dimanche 4 octobre 2009

La « maison Sépult », de Vielsalm, est démolie.

(publié le 19 février 1966)

La démolition récente du bâtiment dit « maison SÉPULT » aura encore enlevé à Vielsalm des traces de son passé. De rares photos, sans doute, rappelleront le souvenir de cette construction. Nous voudrions aider celui-ci à garder un peu de vie en apportant quelques notes d’histoire.

La bâtisse était-elle ancienne ? Nous n’avons trouvé, à ce sujet, aucune information sûre, et le style du bâtiment ne fournit pas, croyons-nous, d’indications traduisant l’esprit d’une époque. Il y a bien, dans le mur de soutènement de la propriété, le long de la rue du Vieux-Marché, une pierre datée de 1813, heureusement replacée ces dernières années, mais a-t-elle un rapport avec le bâtiment ? Nous ne le pensons pas.
À notre avis, le passé de l’endroit bâti n’est pas indépendant de toute la propriété joignant la maison. Et précisément, des documents anciens nous enseignent que, depuis près de quatre siècles au moins, cette propriété n’a guère changé jusqu’à ces dernières années. Disons-en quelques mots.

En ce temps-là, — ainsi commencent bien des histoires — il y a donc près de quatre cents ans, l’endroit occupé par la maison qui vient d’être démolie portait déjà une demeure. C’était le temps du vieux Vielsalm, d’une trentaine de maisons, toutes groupées près de l’église.
Habitait sur ce coin, au bas de la place « du marché », face à l’église entourée du cimetière, un personnage, et non des moindres, la plus haute personnalité du comté de Salm à ce moment, Jean BIEVER.
Jean est un étranger, mais établi ici, comme officier et receveur du comté de Salm. Il est marié. Son épouse s’appelle Elisabeth FERBERIN. Il a au moins six enfants qui lui survivront. Il mourut, assez jeune, croyons-nous, vers 1602, alors que son épouse vivait encore au début de 1624.

À cette époque de guerres de religion, les temps sont bien tragiques. La famille de NASSAU, dont on sait la part qu’elle prend alors dans les affaires hollandaises, possède la seigneurie de Saint-Vith. C’est ainsi, qu’à plusieurs reprises, des troupes hollandaises, commandées par Philippe de NASSAU s’amènent de Saint-Vith vers l’ouest. En 1593 notamment, les voilà de passage à Salm, y commettant bien des sévices, menaçant du feu, prenant des otages. Et il faut leur payer la grosse rançon pour laquelle les autorités de Salm contractent un emprunt auprès de Laurent GÉRARD, bourgeois de Liège.
Mais l’emprunt, tôt ou tard, doit être remboursé.
Le 7 juin 1599, c’est « au domicile habitatoire du Sr Jean BIEVER » que les autorités salmiennes se réunissent pour régler l’affaire. Il y a là Jean BIEVER, Jean de FROIDCOURT de Menil, prévôt du comté, Pierre GILLET de Vielsalm, mayeur, Jean GEORIS de Gernechamps, mayeur des Halleux, et les échevins : « Jean NOËL de Commanster, PASQUEAU de Courtys, Jean SAUVAGE de Loinchamps, Hubert OTTE du Menil, Jean REMACLE de la Ville-du-Bois, et Gérard MACQUAR » de Petit-Halleux. Également, l’épouse de Laurent GÉRARD, de Liège, et son frère Jean.
On discuta chaudement, sans doute. Finalement, Pierre GILLET garantit, sur ses biens, le remboursement de 2 000 florins carolus, empruntés « au denier douzième » (environ 8 %). Hubert OTTE fait de même pour la somme de 1 000 florins carolus (le dit florin valait 20 sols, soit environ la valeur de trois journées d’ouvrier-manœuvre).

À la maison BIEVER, joignait une belle propriété dont nous parlent plusieurs documents. Elle comprenait nn seulement l’aisance derrière la construction, mais aussi « un jardin aux arbres et potager, et champs s’extendant jusques au courtis TRISSET ». Nous savons que le « courtis TRISSET » (TRISSET est le nom d’une famille de Vielsalm à l’époque) se trouvait vers le bout de l’actuelle propriété de M. le notaire LAMBERT, en face de l’école des handicapés ; la propriété BIEVER longeait donc la route devenue actuellement rue du Vieux Marché.

Elle comprenait même, à ce moment, de l’autre côté de la route, une bande de huit journaux (environ 1,75 hectare) bordant la route ; c’est plus tard, vers 1750, que cette bande de huit journaux est sortie de la propriété à la suite de diverses opérations de vente.

Jean BIEVER décédé vers 1602, sa propriété passa donc à ses héritiers, ses enfants.
Vers 1625, l’épouse BIEVER meurt. La propriété resta d’abord en indivision, certains enfants étant d’ailleurs encore mineurs.
Mais voici l’année 1636, si terrible pour la région et tout le Luxembourg. Au comté de Salm, les Hollandais de Saint-Vith, reviennent. Entre autres méfaits, on leur doit l’incendie de 17 maisons à Vielsalm, soit environ la moitié de la localité. Parmi les maisons incendiées, il y a celle de feu Jean BIEVER.

La maison va-t-elle être reconstruite en ces temps mauvais ? Elle ne l’est pas encore en 1656, quand ses ruines sont désignées comme étant « une chassie de maison consumée par le feu que l’ennemi hollandais y avoit mis, granges et estableries aussy ruynées… » ; ni en 1661.

Avec le temps, les co-propriétaires voudraient toutefois sortir d’indivision. Mais « parmy la présente conioncture de guère (ils) n’ont sceu bonnement venir ensemble pour faire la dite division et veu que cependant les dits biens et héritages alloient de plus en plus en ruyne, et tomboient en frische », il faut bien en finir.
En 1656 donc, l’un des six indivisaires se décide à racheter la propriété et ruines dans leur état du moment. Il y a cinq parts à racheter, chacune estimée à 400 daldres ( le daldre vaut 30 sols).

L’acheteur est Jean PIERRE, de Vielsalm, petit-fils de Jean BIEVER par sa mère Catherine BIEVER. Il est l’époux de Anne Claude DEUMER. Il est mayeur de Salm, ainsi que l’ont été son père Jean PIERRE (ainsi nommé également), et son grand-père Pierre GILLET cité ci-dessus.

Soit dit en passant, Pierre GILLET, grand-père paternel de Jean PIERRE (II), était fils de Gillet le meunier qui, en 1560, avait reçu en fief, de la comtesse de Salm Elisabeth de HENNENBERG, « la place appellée le vieu chasteau gisant au dit Vieille Salm ». il y aurait beaucoup à dire sur la descendance du dit meunier Gillet, à la destinée vraiment curieuse, et dont la lignée subsiste toujours actuellement dans la noblesse avec le titre de baron ; mais passons.







Revenons à la maison BIEVER. Jean PIERRE ne profita guère de son acquisition. En 1657, il décède. Sa veuve, Anne Claude DEUMER, reprit alors, avec ses enfants, le chemin de son village natal, à Ourthe (Beho), gardant toutefois la propriété des biens de Vielsalm.
Ses enfants, après son décès, finiront par se débarrasser de l’héritage. Le 2 août 1698, Jean Jacques, fils d’Anne Claude, agissant pour lui, ses frères et sœurs, effectue un échange de biens avec son cousin Quirin DEUMER, de Vielsalm. Jean Jacques lui cède tous ses biens de famille situés au comté de Salm, tandis que Jean Quirin cède à Jean Jacques tous ses biens provenant de ses parents « au finage d’Ourte ».

Voilà donc Quirin DEUMER propriétaire de l’ancienne propriété BIEVER. Il trouve là, sans doute, une satisfaction sentimentale puisqu’il est également arrière-petit-fils de Jean BIEVER, par sa grand-mère Catherine BIEVER.
Dans quel état se trouve alors la propriété en question et particulièrement la partie bâtie ? Nous l’ignorons. Mais, cinquante ans plus tard, c’est certain, une demeure, spacieuse, existe. Elle est en effet « située desous le marché à Vielsalm avec une cour renfermée, deux écuries de vaches, une bergerie, écurie de chevaux et granges ». cela ne ressemble-t-il pas à ce qui est venu à nous jusqu’à ces derniers jours ?
Et derrière ces bâtiments, il y a « derrière les dites grange et écuries … un petit jardin à herbes, et derrière celui-cy un jardin potager, derrière celui-ci un verger ».

Qui en est propriétaire ? Le 5 février 1718, Jean Quirin DEUMER avait fait donation de tous ses biens à ses deux neveux, le prêtre Gaspar REMACLY et son frère Jean Quirin REMACLY, prévôt de Salm (ils sont fils d’Anne Elisabeth DEUMER, sœur de Jean Quirin DEUMER, et habitent Vielsalm).

Le 27 mai 1727, décès de Jean Quirin REMACLY. Son frère Gaspar hérite de ses biens.
On peut penser que la reconstruction de la maison, ainsi qu’elle est décrite ci-dessus pour l’année 1752, est l’œuvre des frères REMACLY.

Gaspar REMACLY décède le 11 juillet 1748. Avant sa mort déjà, il était entré en procès pour diverses affaires. Une sentence finale du Grand Conseil de Malines, du 23 novembre 1751, provoqua la vente de ses biens. Ainsi, en 1752, en vente publique, devient acquéreur, comme dernier enchérisseur, de toute la propriété BIEVER, ce pour 1 500 écus, Jean Henri DAVID de Malmedy (l’écu valait 56 sols).

DAVID garda son nouveau bien à peine huit ans. Le 21 mai 1760, il vendit « une maison située dessous le marché dudit Vielsalm, écuries, jardin potager et verger derier les dites écuries… la dite maison, écuries et jardins provenans de feu Sire REMACLY vivant personnat de Salm… ». Montant de la vente : 900 écus (le reste des biens REMACLY trouva un autre acquéreur).

Qui était le nouveau propriétaire ? Jean Louis RAPHAËL, notaire.

Jean Louis est le fils de Jean RAPHAËL, étranger au pays, marchand établi à Vielsalm, marié en 1725 ou 1726 à Barbe Catherine PIETTE de Vielsalm ; 9 enfants, dont Jean Louis. Celui-ci, né en 1728, se maria deux fois, ses épouse étant de Bitbourg, et lui donnèrent 13 enfants.

Jean Louis RAPHAËL exerça aussi diverses fonctions dans l’administration du comté de Salm. Il est décédé à Vielsalm le 14 septembre 1810, et son épouse en 1819. Il était l’arrière-grand-père de M. Clément RAPHAËL, décédé en 1965.

Le 17 mars 1817, pardevant le notaire MARTHOZ de Vielsalm, eut lieu la vente des biens RAPHAËL afin de sortir d’indivision.

Qui acheta la maison ? Nous n’en avons pas d’indication mais, quelques années plus tard, on trouve dans cet immeuble, comme propriétaire, Christophe LAMBERTY. Sauf erreur, considérons-le donc comme acheteur en 1817. Né en 1787, Christophe est négociant, notamment de pierres à rasoir. Bourgmestre de Vielsalm d’octobre 1823 au 31 août 1836. Est décédé en 1864. Il est fils de Jean Christophe LAMBERTY, dernier prévôt de Salm et premier bourgmestre de la commune ; Jean Christophe habitait l’immeuble devenu l’actuelle école St-Joseph.

Les destinées de la « maison SÉPULT » sont ainsi arrivées très proches des temps actuels, et nos recherches se sont arrêtées à peu près ici. On trouve encore, comme occupant de la maison, à la fin du siècle dernier, Charles BOTTE, époux OFFERGELD, clerc de notaire.
On peut dire aussi qu’en 1853, durant quelques mois, les écuries et annexes de la maison abritèrent les débuts de la chasse à courre, appartenant au comte de CORNELISSEM.
Comment la dite maison et sa propriété sont-elles passées à la famille SÉPULT ? Il ne faudrait sans doute pas chercher beaucoup pour trouver à cet égard un peu de lumière.
Mais il suffira d’avoir, par les lignes qui précèdent, évoqué à grands traits, tout un passé de Vielsalm, et tout un passé d’une belle propriété désormais vouée à un autre destin.

Gaston REMACLE

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