Affichage des articles dont le libellé est meules. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est meules. Afficher tous les articles

vendredi 20 septembre 2013

Entretien avec un archéologue



 Début août, un jeune archéologue m’a annoncé sa visite imminente dans la région de Salm afin d’y prospecter à la recherche de meules. Afin d’organiser au mieux son séjour, j’ai pris contact avec Henry d’Otreppe, président de l’ASBL Val du Glain, Terre de Salm, afin qu’il rassemble au musée du coticule des hommes de terrain pour aiguiller le chercheur sur les différents sites. Jean-Claude Duvivier, Joseph Clesse, les agents DNF envoyés par Jean-Pierre Offergeld, Bruno Van Eerdenbrugh et Alain Hanson se sont montrés particulièrement efficaces.
Georges BENOIT

Paul Picavet découvre une ébauche de meule.
Bonjour Paul Picavet. Pouvez-vous vous présenter aux lecteurs de « L’Annonce » en quelques mots ?
― P. P. : Bonjour. Je travaille depuis quelques années comme archéologue dans le nord de la France. Notre mission est de mettre au jour les sites archéologiques menacés par les projets d'aménagement du territoire, d'en étudier la stratigraphie et le mobilier, afin d'enrichir nos connaissances sur les périodes chronologiques concernées. Mon axe de recherche s'oriente vers les outils en pierre utilisés pendant la Protohistoire et l'Antiquité. La pierre étant très bien conservée au cours du temps, l'analyse de ces objets et des traces d'usure qui les affectent apportent beaucoup d'informations sur le geste effectué et sur la pratique d'activités artisanales et domestiques que nous ne connaissons plus dans notre société industrialisée. Les meules sont un des exemples les plus parlants de cet usage de la pierre que nous ne nous représentons plus. Utilisées quotidiennement dans l'Antiquité, elles sont présentes sur la majorité des sites fouillés, et sont le fruit d'un travail d'extraction et de façonnage démontrant un grand savoir faire.
Bruno, l'orpailleur, Paul, l'archéologue, et Alain, le géologue.
 Comment en êtes-vous venu à vous intéresser à la région de Vielsalm ?
― P. P. : On retrouve des meules en arkose dévonienne, un grès grossier gris formé à l'ère Primaire, sur tous les sites gallo-romains du nord de la France. Habituellement, on situe leur fabrication à Macquenoise, sur la frontière franco-belge, où l'arkose affleure et a été exploité à grande échelle à la période romaine pour la fabrication de meules. Mais en faisant quelques recherches, je suis tombé sur le blog "Vielsalm et ses environs", où Georges Benoit republie les archives de la région. Plusieurs articles publiés par Gaston Remacle dans les années 1960 mentionnent la présence de grandes excavations sur les bancs d'arkose, où l'on peut observer des ébauches de meules circulaires. A l'époque, il ne sait pas les dater, mais suppose une exploitation d'époque romaine. D'autres ébauches de meules, en forme de grains de café, attirent aussi son attention, et indiqueraient une exploitation pré- ou proto-historique. Or, il se trouve que la roche d'âge dévonien qui affleure dans les environs de Vielsalm est géologiquement comparable à celle de Macquenoise. Mon but était donc d'observer cette roche sur site et d'en prélever des échantillons, afin de voir si les deux faciès sont similaires, à l’œil nu et microscopiquement. Nous travaillons pour cela avec des géologues.

Comment s’est déroulé votre séjour ?
― P. P. : Dès mon arrivée au musée du Coticule à Salmchâteau, j'ai été accueilli de façon inattendue et tout à fait exceptionnelle par les membres de l'asbl Val du Glain, Terre de Salm.  Ce groupe de passionnés et de spécialistes de disciplines diverses (géologie, nature, histoire...) a tout de suite montré son intérêt pour mes recherches. J'ai donc été accompagné pendant trois jours par ces personnes connaissant parfaitement le terrain, et qui ont pu me guider directement sur les sites que je souhaitais découvrir. Sans cette aide précieuse, j'aurais erré dans la forêt avec mes cartes en espérant trouver quelque chose de visible. 

Quelles sont vos premières conclusions ?

― P. P. : Allant au delà de mes espérances, le gisement s'est avéré gigantesque et nous n'avons pas pu parcourir l'ensemble des sites mentionnés dans les archives. Tout l'ouest de Salmchâteau reste à prospecter. Nous avons observé, dans les bois, d'immenses levées de débris rocheux entourant des fosses plus ou moins profondes, témoins d'une exploitation ancienne de la roche à grande échelle. Certains blocs esquissent une forme circulaire, parfois bien aboutie, et la perforation centrale de la meule est quelquefois entamée. Ces ébauches de meules, dont certaines sont exposées au musée du Coticule, dépassent 1 m de diamètre, et permettent de dater l'exploitation la plus visible du Moyen-Âge. Quelques indices évoquent cependant une exploitation antérieure, comme la présence de blocs circulaires de 60 à 90 cm de diamètre qui peuvent remonter à l'époque romaine, et celle de blocs dits "en grain de café" qui correspondent à des ébauches de meules "va-et-vient" de la Protohistoire (Néolithique ou âges des métaux). Ces exploitations plus anciennes semblent cependant avoir été oblitérées ou détruites par les exploitations plus récentes.

mardi 18 août 2009

Vielsalm et ses environs, un peu d’histoire.

(supplément à L’Annonce de Vielsalm du 13 février 1955)

Le territoire des environs de Vielsalm est habité depuis longtemps. À la période néolithique déjà, des hommes y résidaient, comme le révèlent des signes indubitables de leur présence, découverts notamment près de Bihain.
Les Celtes de l’âge du fer, à leur tour, y ont laissé des vestiges d’une activité fort intense. Ils ont procédé au délavage de terres aurifères le long de plusieurs ruisseaux, sur une étendue de trente kilomètres allant du plateau des Tailles à la haute Amblève. Ils ont édifié un camps de refuge ou enceinte fortifiée au Gros-Thier. Ils ont exploité des carrières et fabriqué en quantité des meules à broyer le grain. Ils ont confié au sol bien des tombes dont plusieurs nous ont révélé leur secret. Ils ont enrichi la toponymie de termes parmi lesquels ceux de Glain et de Salm.
Avec l’occupation romaine, les traces de l’activité humaine se multiplient. À ce moment, se crée tout un réseau de chemins secondaires parcourant le pays de Salm ; ils se rattachent à la grande voie Reims-Cologne passant près d’Oderhange ou joignent des centres habités, Langlire, Lierneux, Stavelot, etc. Le schiste ardoisier de Cahay est exploité. Un commerce de meules de moulin en arkose, de type circulaire, s’établit. Des grands domaines ou villas se constituent comme dans toute l’Ardenne, on les retrouvera à l’époque franque et plus tard : Cherain, Lierneux, Glain, Halleux, etc.
Vers 648, le roi des Francs Sigebert III notifie la fondation des monastères de Stavelot et de Malmedy dans sa forêt d’Ardenne, et concède à l’abbé Remacle une étendue de 12 milles, soit environ 30 km. Dans le circuit des deux monastères.
Les environs de Vielsalm étaient donc compris dans ce territoire ; ils le resteront jusqu’en 670, lorsque le ruisseau d’Ennal sera choisi pour limite sud des terres de Stavelot.
L’arrivée des moines à Stavelot influença fortement la vie de notre région, particulièrement par la création de plusieurs paroisses régionales, Lierneux, Cherain, Bihain, Glain, et celle qui sera plus tard paroisse de Salm.
Vers l’an mille, des seigneurs se rattachant à la famille de LUXEMBOURG, venant de l’est, s’installèrent dans le pays. Ils prirent le nom de SALM – celui du ruisseau rongeant le pied de la forteresse qu’ils édifièrent. Celle-ci s’éleva en face de l’endroit qu’occupe actuellement l’église de Vielsalm.
Toutefois, au début du XIVe siècle, elle fut abandonnée au profit d’une nouvelle, édifiée à 3 km. vers le sud, et dont les ruines subsistent près de Salmchâteau.
Le comté de Salm ainsi créé, inféodé au comté puis duché de Luxembourg, devait durer près de huit siècles, jusqu’au décret du 9 vendémiaire an IV annexant la Belgique à la France. Après quelques agrandissements périphériques, il comprenait une quarantaine de villages ou hameaux et environ 500 ménages en 1659. Le territoire de l’actuelle commune de Vielsalm constituait la partie centrale de ce comté.
Le premier comte de Salm est Gislebert, cité pour la première fois en 1034/1035, arrière petit-fils de Sigefroid fondateur de la maison de Luxembourg. Ses successeurs sont les suivants : Gislebert II, mort entre 1056 et 1059 ; Herman I ; Herman II, comte de 1095 à 1135. Puis Henri I ; le fils de ce dernier, Henri également, abandonna Salm-en-Ardenne, pour fonder Salm-en-Vosges, à sa sœur Elise qui épousa Frédéric de VIANDEN, celui-ci devenant par là comte de Salm vers 1163.
Après Frédéric, nous avons Guillaume I, Henri II vers 1210, Henri III de 1245 à 1257, Guillaume II, Guillaume III vers 1295, Henri IV, Henri V, Henri VI de 1314 à 1359, Henri VII décédé vers 1415.
Le fils unique de ce dernier étant mort à la bataille d’Othée en 1408, Henri VII désigna pour son héritier un proche parent, Jean VI de REIFFERSCHEIDT, tige des comtes de SALM-REIFFERSCHEIDT. Jusqu’à la fin de l’ancien régime, ceux-ci administrèrent leur comté, directement d’abord, puis par l’intermédiaire d’un haut officier.
Le dernier comte de Salm fut Charles-Joseph de SALM-REIFFERSCHEIDT, comte depuis le 13 novembre 1782, Maréchal héréditaire de l’Electorat de Cologne, Chambellan de Sa Majesté impériale et royale.
Les comtes de Salm portaient des armoiries parlantes, caractérisées par deux saumons adossés. L’écu de SALM-EN-ARDENNE présentait les deux poissons de gueules sur champ d’argent, celui des SALM-EN-VOSGES les montrait d’argent sur champ de gueules. C’est l’écu des SALM-EN-ARDENNE qui figure dans les armoiries actuelles des communes de Vielsalm et de Grand-Halleux.
Sous l’ancien régime, l’agriculture surtout constituait la base des ressources de la région. Quant aux carrières, il a fallu la fin du XVIIIe siècle pour les voir prendre une activité un peu sensible.
Avec cinquante années de guerre, le XVIIe siècle fut vraiment ici, comme dans tout le Luxembourg, un siècle de malheur. Peste, passage des armées, pillages, fuites des populations, destruction du bétail, violences de toutes sortes, marquent cette dure période. Le pays était dévasté. Toutefois, le travail et le développement des relations amenèrent au siècle suivant un renouveau : l’agriculture prospère, l’activité commerciale se développe, la population augmente de façon notable, un plus grand sentiment de liberté se fait jour.
On vit bien, sous le régime français, l’ardeur de ce dernier. Car, en octobre 1798, Vielsalm et ses environs furent l’un des centres actifs de ce qu’on a appelé la guerre des paysans. Cette « résistance » dut céder, mais en apparence et devant la force brutale.
C’est à ce moment, par l’arrêté du 14 fructidor an III, que la localité de Vielsalm est devenue chef-lieu cantonal et l’est resté. Ce choix allait lui valoir des faveurs nouvelles par l’installation progressive des services administratifs.
La seconde moitié du XIX e siècle devait apporter des changements considérables dans la vie économique et sociale de la région. Le pays s’ouvre. La route de Sedan à Malmedy passe en 1846. La voie ferrée de Spa à Luxembourg est livrée au service public en 1867. Les chemins s’améliorent fortement. Désormais le pays de Salm se rattache de façon plus intime au vaste monde.
Notre région peut revendiquer plusieurs hommes distingués. Parmi les comtes de Salm, citons Gislebert 1er, qui devînt comte de Luxembourg ; son petit-fils Herman 1er fut élu roi de Germanie en opposition à Henri IV, en juillet 1081, couronné le 26 décembre suivant ; il infligea plusieurs défaites à ses adversaires. Vielsalm a vu naître, le 30 décembre 1688, Jean BERTHOLET, jésuite, historien réputé du duché de Luxembourg. Et sans parler ici des pionniers africains, signalons encore le sculpteur Henri-Joseph RUTXHIEL, né à Lierneux le 4 juin 1775, décédé à Paris en 1837 ; le musée du Louvre conserve plusieurs de ses œuvres.
Au cours des âges, les environs de Vielsalm ont subi bien des violences. Romains, Francs, Normands, féodaux, Bourguignons, Hollandais, Lorrains, Français, Autrichiens, Prussiens, Russes…, presque toute l’Europe y a passé.
L’homme de l’endroit a tout supporté, avec courage. La tornade apaisée, on l’a vu panser ses blessures, rebâtir sa demeure, reprendre le travail. Ici, toujours on s’est battu pour vivre.
Et ce sont les vertus engendrées sur cette terre d’authentique Ardenne que des pionniers sont allés porter au cœur de l’Afrique. Pour y rayonner notre civilisation.

Gaston REMACLE.

mercredi 5 août 2009

Description de Vielsalm, en 1820.

( publié dans Géographie du royaume des Pays-Bas et de ses colonies asiatiques, Bruxelles, 1820, p.45.)


VIEL-SALM, bourg, qui dépendait du duché de Luxembourg, à 2 lieues et demie de Stavelot et 10 de Liège. Il renferme des carrières de pierres à rémouleur et à repasser les rasoirs. Population : 2530. C’était le chef-lieu d’un comté, consistant en 40 tant villages que hameaux. Le village de Salm-Château est à 3 quarts de lieue de Viel-Salm. Il a des carrières de pierres meulinières. Le château, qui avait été bâti sur la pointe d’un rocher, est ruiné par le tems et par les guerres.

L.-D.-J. DEWEZ.

Description de Vielsalm, en 1827.

(publié dans Le Voyageur dans le royaume des Pays-Bas, Bruxelles, 1827, p.77.)



Viel-Salm, bourg à 2 lieues et demie de Stavelot et 10 de Liège, est très commerçant. On trouve dans les environs des carrières de pierres meulières et des pierres à aiguiser et à repasser, qui surpassent de beaucoup celles qu’on trouve en Allemagne. Elles sont recherchées dans toute l’Europe.



J. GAUTIER, avocat à la cour supérieure de justice à Bruxelles.

mercredi 29 juillet 2009

A travers l’histoire régionale, Vielsalm et ses environs :

(publié dans ?; le 28 octobre 1978)

Au temps de la préhistoire.

On appelle préhistoriques, les temps sur lesquels on n’est renseigné par aucun document écrit et précédant l’ère chrétienne. On se bas alors, pour connaître cette époque, sur des vestiges matériels. Ceux-ci ne manquent pas dans notre région ; ils permettent d’admettre qu’elle a été habitée déjà depuis fort longtemps et même par une population très active. De l’examen de ces vestiges, on peut conclure qu’ils se rapportent pour la plupart aux derniers siècles avant J.-C., ce qu’on appelle l’époque de la Tène, ou l’âge du fer, et qui a vu dans nos régions des populations celtiques.
Voici quelques-uns de ces vestiges.
  • Le camp dit abusivement « romain » au sommet du Gros-Thier entre Bèche et Salmchâteau. Il n’a rien de « romain » ; il a été édifié pour servir de refuge et de défense aux populations de ce temps-là.

  • Plusieurs tombes ont été découvertes et fouillées sur le territoire de la commune de Bovigny et aux abords, livrant des poteries, anneaux et bracelets, une hache.

  • Autre vestige : des pierre taillées en forme de fève de café, d’environ 40 cm. De longueur et destinées à servir de meules à broyer le grain. On en retrouve encore sur le banc d’arkose qui va des Quatre-Vents (Neuville) vers l’est, ainsi que près de Provedroux ; on a dû en fabriquer des quantités considérables.

  • Une longue série d’excavations pour l’extraction de la pierre d’arkose constitue un indice encore de cette époque. Partant des environs de Joubiéval, on la retrouve à l’est des Quatre-Vents, puis plus loin au-delà des Mauvaises-Pierres (Petit-Thier). On ne peut que lui donner un âge d’environ deux millénaires.

  • Entre autres, deux noms antiques de cours d’eau de la région témoignent aussi de la présence celtique. Il s’agit de GLAIN et SALM, deux termes que l’on rencontre dans toute l’Europe. Termes hydronimiques, c’est-à-dire désignant de l’eau. GLAIN se rapporte à « eau brillante » ; SALM à « eau un peu trouble ».

  • Le long de plusieurs de nos ruisseaux, particulièrement celui de Louxibou descendant vers Cierreux, celui de Bèchefa descendant vers Bèche, ainsi qu’aux sources du Salm, on constate la présence d’une quantité de tertres irréguliers et d’origine artificielle, des « tambales » dit le langage du pays. Ils appartiennent à une bande qui va du plateau des Tailles jusqu’à la haute Amblève. Les archéologues sont d’accord pour reconnaître qu’il s’agit là de résidus de délavages aurifères et ils situent leur origine à l’âge du fer. Il y a là une activité considérable.

  • On sait que la Gaule a été jadis un des pays grands producteurs d’or. César en a tiré des sommes considérables ; elles lui ont permis de conquérir Rome où l’abondance d’or, après la guerre des Gaules, fit tomber le rapport de valeur de l’or à l’argent de 1/11,91 en 150 à 1/8,39 en 50 avant J.-C.

  • D’autres vestiges plus anciens encore ont été trouvés non loin de notre région. Par exemple, des haches en pierre polie, près de Gouvy, près de Baclain, entre Hébronval et Bihain en 1947.

Ndlr:

Cet article a déjà été publié, morcelé, de 1972 à 1974, sous la rubrique "Connaissons notre région".

mardi 28 juillet 2009

Meules.

(mise-à-jour le 06/08/2013)

De nos jours encore, on retrouve sur le sol, près de Bèche, aux environs de Burtonville, comme dans la forêt entre ce village et Tinseubois, et plus loin encore, des meules de moulin en arkose à différents degrés d’achèvement. Nous en avons examiné plus de septante.
Il ne s’agit plus ici de meules ovoïdes, du type préhistorique ; mais elles sont plus grandes, circulaires, d’environ 1 m. de diamètre, avec un trou au centre.



Meule découverte entre Beaufays et Burtonville.

Des meules de même type se rencontrent aussi en nombre important aux environs d’Ondenval et Thirimont au pays de Malmedy, et aux environs de Joubiéval, sur le même banc d’arkose que celui des environs de Burtonville.

(G. REMACLE, Les meules en arkose, dans Ardenne et Famenne, 1960 ; C. DUBOIS, Vestiges antiques dans les cantons de Malmedy et de Saint-Vith, dans Folklore Stavelot-Malmedy, 1947, p.16.)






Dans l’ensemble, elles ont dû faire l’objet d’une activité considérable, basée sur une connaissance approfondie de la forêt, quantité de blocs épars ayant servi à la fabrication sur place de ces meules.
L’industrie de ces pierres ne peut se situer qu’à l’époque romaine.



Meule à Sart-Lierneux (il y en avait 2 autres au même endroit).



Meule abandonnée en cours de façonnage au Bois St-Jean; diamètre 1,24 m.

(photographies de Gaston REMACLE)

Ndlr:

1) Quand a cessé la fabrication de ces meules ? Christophe de GERNICHAMPS, pasteur de Villers-Ste-Gertrude, dans son histoire de St-Symètre (1625) déclara à propos du comté de Salm " D'avantage ce territoir à ce bonheur qu'il produit des pierres de moulin [...]"...

2) une meule a été découverte à La Bedine vers 1976.
(P.LEJEUNE, Une meule à La Bèdine, dans G.S.H.A. n°6 (1977) pp.75-76)

lundi 27 juillet 2009

Connaissons notre région. (VII)

(série d’articles publiés dans « Les Annonces de l ‘Ourthe » ( ?) en 1972-1974)

Au temps de la préhistoire (suite).

Autre vestige : des pierre taillées en forme de fève de café, d’environ 40 cm. De longueur et destinées à servir de meules à broyer le grain. On en retrouve encore sur le banc d’arkose qui va des Quatre-Vents (Neuville) vers l’est, ainsi que près de Provedroux ; on a dû en fabriquer des quantités considérables.
Une longue série d’excavations pour l’extraction de la pierre d’arkose constitue un indice encore de cette époque. Partant des environs de Joubiéval, on la retrouve à l’est des Quatre-Vents, puis plus loin au-delà des Mauvaises-Pierres (Petit-Thier). On ne peut que lui donner un âge d’environ deux millénaires.

Entre autres, deux noms antiques de cours d’eau de la région témoignent aussi de la présence celtique. Il s’agit de GLAIN et SALM, deux termes que l’on rencontre dans toute l’Europe. Termes hydronimiques, c’est-à-dire désignant de l’eau. GLAIN se rapporte à « eau brillante » ; SALM à « eau un peu trouble ».

Gaston REMACLE

dimanche 26 juillet 2009

Meules.

(mise à jour 10/09/09)

Vers 1890, Gustave JOTTRAND, lors de défrichements de bruyères près de Salmchâteau, au lieu-dit « persay », a découvert de nombreuses petites meules à broyer le grain, en arkose. Au voisinage, se trouvent des carrières, dont on voyait toujours les traces en 1968.







Meule du « persay », jadis en possession de Gaston REMACLE.


(G. JOTTRAND, L'industrie de la fabrication des meules en Belgique avant et après la conquête romaine, dans Bull. Soc. Anthrop., t.13, Bruxelles, 1894 -95. Cfr. Aussi, G. JOTTRAND, Communication sur les meules en arkose, au Congrès d’Archéologie d’Arlon de 1899, Arlon, 1900 ; et G. JOTTRAND, Notice sur Alt-Salm et anecdotes de l’époque, dans un Guide touriste à Vielsalm et les environs, Vielsalm, GILLET, sans date (vers 1907).)

Ces meules sont de type ovoïde, rappelant la forme d’une fève de café. Par un mouvement de va-et-vient effectué à la main, elles permettaient de broyer le grain sur un bloc de pierre.
Plusieurs exemplaires apportés par JOTTRAND près des ruines du château de Salm s’y rencontrent toujours. Gaston REMACLE en a trouvé d’autres.
Il s’agit là d’un type de meules bien antérieur à l’époque romaine ; celle-ci reprendra l’industrie de meules, mais en donnant aux pierres une autre forme et de plus grandes dimensions.
Le mode de mouture auquel les meules ovoïdes servaient s’est continué identique, à travers les âges, depuis les temps les plus reculés. Toutefois, il semble bien qu’au pays de Salm leur fabrication sur une grande échelle, ne puisse se situer avant la période celtique.
Gaston REMACLE estime qu’il faut attribuer à la même industrie et à la même époque les « fosses », comme les appelle le langage local, parsèment la crête du thier à partir de Quatre-Vents et dans la direction de l’est.
Elles sont au nombre d’une quarantaine, s’échelonnant sur une longueur de près d’un km. La plus importante compte une douzaine de mètres de profondeur, « la grande fosse ».
L’aspect des excavations, leur importance d’ensemble, leur genre uniforme d’exploitation portent à conclure qu’elles ne peuvent être dues qu’à une mise en valeur systématique du thier, et en vue d’une activité commerciale assez prononcée.
Broussailles, mousses, bruyères, humus, qui en recouvrent les pentes témoignent d’un long passé.
Aucune archive ne fait mention d’un travail à cet endroit. D’autre part, les besoins locaux de pierre pour la construction dans le passé trouvaient à se satisfaire sans recourir à la pierre de ce thier.
Les blocs extraits ne pouvaient être que d’un volume restreint, vu la nature de la pierre et le mode d’extraction, et ne permettaient la fabrication que de pièces assez modestes.

Ndlr:

1) Dans les notes de G.REMACLE, il est précisé qu'une longue suite d’excavations du même genre se retrouve également entre Sart et Provedroux, ainsi qu’à l’est de Mauvaises-pierres, ce dernier endroit est dit en 1738, « sur les fosses des vieux moulins dit in den Houcken » (acte not. HONVLEZ, 2-6-1738).

2) P. LEJEUNE, relate la découverte d'un broyeur néolithique à Neuville en 1975, dans G.S.H.A. n°3 (1975), pp.67-68.

3) F. CUMONT, Note concernant les meules en arkose et en téphrite de la région de Vielsalm, dans Annales de la Fédér. archéol. et histor. de Belgique, t.14, Arlon, 1900, pp.29-32.

4) P. LEJEUNE, relate la découverte de 2 autres broyeurs, l'un près de l'église de Neuville, l'autre le long du chemin forestier allant de "Qautre-Vents" au sommet du Gros-Thier, dans G.S.H.A. n°5 (1976), p.83.

5) P. LEJEUNE, relate la découverte d'un quatrième broyeur néolithique à Neuville, dans G.S.H.A. n°11 (1979), p.95.

samedi 25 juillet 2009

La pierre curieuse de Bêchefa.

(publié dans L’Avenir du Luxembourg, le 22 février 1948)

Sous le titre « Le pas d’âne de Bèche-Fayt », l’ « Avenir » du 8 février a publié un billet à propos d’une pierre curieuse se trouvant au lieu ainsi indiqué de « Bèche-Fayt ». et à cette pierre, fait soupçonner l’auteur du billet, a pu être attaché un certain caractère de légende.

À l’intention du lecteur, nous voudrions ajouter ici quelques détails qui paraissent susceptibles d’intéresser.

La pierre en question avait retenu, en effet, l’attention de feu l’abbé GUILLAUME. Lui-même nous l’a assuré, ainsi que Mlle Marie-Joseph PAQUAY qui la lui avait indiquée.
Relevons d’abord la dénomination exacte de l’endroit où gisait la dite pierre. Celui-ci n’est pas « Bèche-Fayt », mais « So Bèchefa », selon l’appellation locale.
« So Bèchefa », c’est-à-dire sur, au-dessus de Bèchefa.
Il faut remarquer la différence entre fa et fayt. Un toponymiste en saisira vite toute la valeur.
« Bèchefa », c’est la fagne de Bèche. Et M. le curé GUILLAUME faisait de « Bèche » une variante du « beek » en flamand et du « bach » allemand. « Bèche » signifierait donc ruisseau.

Quant à l’expression « So Bèchefa », elle est compréhensible pour désigner l’endroit qui nous occupe ici ; celui-ci se trouve en fait au-dessus du fond humide que traverse le ruisseau arrosant le village de Bèche.

Nous ne pensons pas que M. le curé GUILLAUME ait donné à la pierre de « So Bèchefa » le nom de « pas d’âne », quoi qu’il en soit, c’est l’aspect de cette pierre même qui intéresse. Comment s’explique-t-il ?

Il s’agit d’un bloc d’arkose. Tout simplement, c’est l’un des nombreux spécimens d’une meule de moulin non achevée, telle qu’il s’en est fabriqué des quantités aux premiers siècles de notre ère. Déjà, à l’époque pré romaine, la population de la région pratiquait la taille de meules, de forme ovoïde ; on en a retrouvé bien des exemplaires. Quand les conquérants romains furent installés dans le pays, ils en continuèrent la production, mais sur un autre type, le type circulaire, d’environ un mètre de diamètre. Toute une population a dû être occupée à cette industrie et au transport des produits. Des carrières fournissant la pierre furent ouvertes ; on peut les voir encore aujourd’hui.

En outre, de nombreux blocs d’arkose gisant ça et là sur le sol, dans la campagne, furent également soumis à la taille en vue du même résultat. Le travail ne réussissait pas toujours ; il fallait alors l’abandonner, et la meule non achevée restait là, telle celle de Bèchefa. Actuellement encore, on peut en retrouver plusieurs, que nous avons pu nous-mêmes examiner.

Les produits de cette industrie ont dû être considérables, à preuve la quantité de débris et l’importance des fosses d’extraction visibles encore de nos jours.

Les meules circulaires de type gallo-romain comportaient, au centre un trou d’environ 10 cm. De diamètre. Qu’un peu d’imagination ait voulu voir dans ce trou la marque d’un pied de solipède, rien de fort étonnant.
Puis qu’on ait fait de ce solipède quelque coursier mystérieux, ou l’âne de saint Remacle, rien de très bizarre non plus. L’imagination pouvait se livrer, ici comme en d’autres domaines, à bien des fantaisies.

Selon les renseignements qui nous sont parvenus ces derniers temps, la pierre de « So Bèchefa » serait maintenant disparue ; sans doute aura-t-elle été, comme tant d’autres, brisée par quelque habitant des environs en quête de pierres à bâtir.

Ajoutons que d’autres spécimens du travail de l’arkose sont restés dans la région. Pour notre part, nous connaissons deux pierres tombales avec croix en relief, un petit bénitier, une croix verticale et la cuve baptismale de l’ancienne église de Saint-Martin, à Bovigny.

Gaston REMACLE