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dimanche 19 octobre 2014

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

Un article de l’Organe de Vielsalm du 13 octobre 1907 intéressera incontestablement les ornithologues et d’une façon générale ceux qui se passionnent pour la gent ailée et qui pourront comparer avec ce que l’on connaît un siècle plus tard.
Le commencement du mois d’octobre coïncide avec le départ, le retour ou le passage de nombreux oiseaux migrateurs. Les pies grièches quittent nos parages vers cette époque, sauf la pie grièche vigilante qui n’émigre pas.
Quant aux alouettes, quoiqu’elles ne disparaissent jamais de nos contrées, il s’en fait en ce moment des migrations partielles. Des sarcelles et les canards siffleurs arriveront dans quelques jours, de même que le milan royal dont l’apparition coïncide avec celle des bécasses.
Vers le 15, passage automnal des grives françaises, signe ordinaire que la bonne saison de la grive commune est près de finir ; les bécasses et les bécassines séjournent plus longtemps. La dernière semaine d’octobre est marquée par une troisième arrivée de canards.

Dans l’Organe du 7 novembre 1909  on apprend que l’Automobile  [sic] d’un de nos sympathiques sportmann  [re-sic] de la chasse à courre a écrasé lundi dernier le chien de M.Gillis mais que celui-ci a été largement rémunéré. Dans celui du 14 novembre : lundi dernier le tram partant de Vielsalm  à 5h04 a renversé une charrette à bras se trouvant sur les rails en face de la scierie Denis à Vielsalm-Station. Le propriétaire du véhicule s’est vu contraint de payer 50 Frs de dommage pour dégradations à la locomotive.

Le 27 novembre 1910  il est de nouveau question de l’attentat de Hermanmont dont il a été question précédemment : le principal inculpé , F.Louis, a été renvoyé  des fins de la  poursuite par jugement rendu au tribunal correctionnel de Marche.

Le 24 novembre 1907 :
 Une belle course à Vielsalm entre deux sportmen (Comte de Jonghe et Comte Arnould d’Oultremont) et pour un pari de plusieurs milliers de francs. Le second avait parié que son cheval avec une voiture dite « américaine » rallierait Spa en 1 heure et 30 minutes. Pari gagné en 1 heure et 16 minutes sous les acclamations d’une foule enthousiaste et suivi d’un goûter chez le maître d’équipage de Sinçay.

A Courtil un incendie dû probablement à la malveillance détruit  complètement deux habitations logeant les familles Quoilin, Jacquet et Winant et jette 15 personnes dont 10 enfants sur le pavé à l’époque la plus dure de l’année.

A Bihain,  il est question d’instituer une école ménagère. Les futurs cordons bleus pourront apprendre à faire du bon café, à cuire les œufs et les pommes de terre et à détester l’eau de vie. Ces jeunes filles apprendront aussi que dans un jardin on peut cultiver autre chose que des choux et des poireaux.

Le 17 novembre 1907 :
Un accident de vélo à Bovigny : le dénommé R. de Halconreux a renversé près de Sterpigny un vieillard de 73 ans qui a eu le bras foulé et de nombreuses contusions à la figure. Il a reçu les soins du Docteurt Bozet de Limerlé.

A Hébronval,  un troupeau de 3 vaches, 3 génisses et 2 veaux a disparu pendant un moment d’absence du propriétaire. Celui-ci et la gendarmerie ont battu le pays toute la nuit sans succès dans un brouillard intense. Ce n’est que trois jours plus tard qu’on retrouva les bêtes sur le pic de Colanhan .
                                                                                         Robert NIZET


mercredi 28 octobre 2009

L’ancienne maison Otte à Vielsalm et une pierre curieuse, de 1725.


(publié dans Ardenne et Famenne, revue trimestrielle, n°4, 1968-1969) pp.241-245)

La pierre datée figurant sur la photo reproduite ci-contre se trouve actuellement encastrée dans le mur de soutènement d’une propriété située à Vielsalm, à l’extrémité de la ruelle dite « des Savoyards », derrière l’église.
Elle est en grès d’arkose, pierre du pays (dimensions : 45 cm. de hauteur, 26 cm. à la plus grande largeur).

A Vielsalm, bien peu de gens la connaissent.

Disons tout de suite que, de prime abord, elle nous a fortement intrigué, non par sa forme qui paraît bien la destiner à occuper le centre d’un cintre de porte, celle-ci d’assez belle ampleur, mais par les détails de la sculpture et par le terrain sur lequel elle se trouve.



On le voit, au-dessus de la date, il y a une tête, genre de masque, riant ou grimaçant ; le sens de cette figure nous échappe.

La date surtout nous a frappé. Nous devons absolument écarter « 1125 », car l’emploi de chiffres arabes en 1125 ne se conçoit pas. Du reste, d’autres éléments d’information permettent d’admettre que, malgré l’insolite conformation du deuxième chiffre, la date à retenir est donc celle de 1725.

L’intérêt qu’a éveillé en nous cette pierre s’est avivé surtout du fait de l’endroit où elle se trouve. L’immeuble qui l’a portée est celui d’une famille qui a profondément marqué de son influence Vielsalm autrefois, et même le comté de Salm ; nous parlons de la famille OTTE, dont la figure la plus marquante a été Jean-Bernard (1719 – 1793).







Nous sommes certain que la maison en question a été celle de Jean-Bernard OTTE, licencié (docteur) en médecine, mayeur de Salm de 1747 à son décès, soit pendant plus de 45 ans, receveur du comté et greffier à certain moment, homme de confiance plus d’une fois du comte de Salm au cours d’un demi-siècle salmien assez troublé.

Par son aspect et sa disposition, l’immeuble datait certainement du XVIIIe siècle. Tel qu’on l’a connu jusqu’en 1931, il avait, pour le XVIIIe siècle, une allure dépassant de loin celle des demeures communes, avec son corridor central, trois pièces à gauche, trois pièces à droite, l’étage de même, sans parler des dépendances, de belles boiseries et lambris au corps de logis. La situation matérielle du constructeur devait être à l’avenant.
Qui était ce bâtisseur ?



En 1725, Jean-Bernard ne comptait que six ans. Son père, Georges OTTE, était décédé en 1720. Il n’avait pas manqué déjà d’une certaine aisance matérielle, comme ses ancêtres directs d’ailleurs, et il avait, comme ceux-ci, exercé des activités commerciales. Son mariage lui avait donné l’entrée, acceptée sans doute, dans la « grande » famille de Vielsalm à ce moment, la famille PIERRET.

(On trouvera divers détails sur ces familles OTTE et PIERRET dans notre ouvrage de G.REMACLE, Vielsalm et ses environs (2e édition, Vielsalm, 1968.))

Et par Jeanne-Elisabeth PIERRET, mère de Jean-Bernard, fille de Catherine de LIMBOURG de Malmedy, filleule de Gilles de LIMBOURG, docteur en médecine et bourgmestre de Malmedy, les vues et les ambitions de la famille de Georges pouvaient encore s’élargir.

(Sur la famille de LIMBOURG, voir Annuaire de la noblesse belge, 1895, pp.121, 139, et revue Folklore Stavelot-Malmedy-Saint-Vith, 1963, p.92, et 1964, pp.110-111)

On peut raisonnablement penser que c’est sous l’influence des de LIMBOURG que Jean-Bernard put faire des études de médecine. A en juger par son activité et son comportement au cours de son mayorat, il devait être intelligent et sensé. Son instruction lui a permis une belle carrière et une destinée dont a bénéficié sa descendance.

Jeanne-Elisabeth PIERRET a-t-elle été « bâtisseur » ? Comme elle était veuve depuis 1720, on l’admet difficilement. On voit plutôt que la propriété, déjà bâtie, sera venue un jour à Jean-Bernard par héritage. L’étude des anciennes familles de Vielsalm nous amène à penser que seul un membre de sa famille, en 1725, a pu faire édifier la maison, sans doute l’un des deux frères de Georges, plus particulièrement Bernard, marchand et sans alliance, ou Jean PIERRET, grand-père et parrain de Jean-Bernard OTTE.

Notons en passant que cette maison ne figure pas sur le dessin de Vielsalm établi par le dessinateur spadois Mathieu XHROUET avant 1715, alors que l’emplacement de l’immeuble y est très visible.

Nous estimons donc que la date de 1725 se justifie pour la construction du bâtiment.

Celui-ci comportait, s’ouvrant sur la façade et à côté du corps de logis, une grande porte cintrée. La pierre de 1725 devait normalement se trouver au milieu de l’arc de cercle.

Jean-Bernard OTTE est décédé en sa demeure le 11 décembre 1793. Son épouse, Marie-Elisabeth LEMOINE,le 1er ventôse an XII ; le procès-verbal de mise sous scellés après le décès de la défunte témoigne de la disposition du bâtiment et de la valeur de son mobilier.

(AESTH, Justice de paix de Vielsalm, 1er ventôse an XII)

Henri-Joseph (décédé le 6 juin 1814), fils de Jean-Bernard, reprit l’immeuble après le décès de ses parents, bien qu’il fût juge au tribunal civil de première instance de Malmedy, puis son neveu, Jean-François OTTE, établi à Commanster. Dès lors, la maison a vu défiler bien des occupants (dont l’école communale des filles de 1884 à 1892).

De 1845 à 1866, elle servit même de caserne de gendarmerie, ce qui lui valut, jusqu’à sa fin, le surnom de « Vieille Caserne ».

Cette fin approchait. Des locataires de passage se succédèrent, de divers genres. Le vendredi 20 février 1931, vers 5 h. du matin, un incendie ravagea tout. Incendie toujours resté un peu mystérieux.

Le journal L’Organe de Vielsalm du 22 février 1931, relatant l’incendie, déclare la maison « construite en 1725 », opinion basée, sans doute, sur la date de notre pierre.

Propriété à ce moment de Joseph PAQUAY-TALBOT, après Léonard JEUNEJEAN, le bâtiment comptait six ménages. Il ne resta que des murs branlants ; on n’a gardé qu’un beau marteau de porte en cuivre (replacé à la maison de Mme. Annie BELLEFROID-PAQUAY) et … la pierre de 1725.

Toutefois, peu avant l’incendie, le bel escalier intérieur avait été enlevé et vendu ; il se trouve maintenant au mess des officiers, rue du Général JACQUES, à Vielsalm.

Depuis une trentaine d’années, on a rebâti une nouvelle maison à cet endroit. Il est dommage que notre pierre n’y ait pas retrouvé sa place.

Le masque léonin grimaçant qui décore la pierre a vraisemblablement une valeur apotropaïque. Sans doute à comparer avec différentes têtes de pierre qui ont été décrites dans cette revue (1958, I, p.10 ; 2, p.53 ; 4, p.170 ; 1959, 3, p.138).

Gaston REMACLE

Au moment de mettre la revue sous presse, M. G. REMACLE a découvert une photo de la maison (dans L’art populaire en Wallonie, Ed. Musée Vie Wallonne, Lg, 1970). Nous regrettons de ne pouvoir la reproduire (N.d.l.R.)

samedi 12 septembre 2009

Petite histoire de l'enseignement à Vielsalm.



(publié dans Excelsior 1956-57, 3e trim. et dans L’Annonce de Vielsalm, le 30 juin 1957)

Vielsalm compte plusieurs écoles. Nous sommes tellement habitués à les voir qu’on leur suppose aisément une existence longue et calme, et un aspect identique à celui d’aujourd'hui.
Pourtant il y a eu là, ainsi qu'on a pu le dire de bien de nos écoles rurales, « quelque chose comme une épopée non écrite de l’instruction ». Effort toujours repris, on va le voir, et toujours amplifié.
Jusqu'en 1824, il n’y eut à Vielsalm aucune école du genre de celles que nous connaissons à l'heure présente. Et jusqu’à cette date aussi, les pouvoirs publics ne se soucièrent pas d'y organiser un enseignement.
Autour du clocher paroissial; pourtant, se tenait depuis longtemps une école élémentaire.
Pendant plusieurs siècles, Vielsalm avait eu le privilège d'être le centre vital de l'ancienne paroisse de Salm, allant de Cierreux à Goronne et de Commanster à Ennal. Or, au diocèse de Liège dont nous faisions partie jusqu' en 1842, les statuts archidiaconaux, qui remontaient au moins au XIIe siècle, invitaient les curés à établir une école près de leur église; école tenue le plus souvent par le curé même ou un vicaire écolâtre.
De la sorte, il y eut, à Vielsalm, une école vicariale.
Depuis quand ? Avant le dix-septième siècle, aucune trace à notre connaissance. Vielsalm, d’ailleurs, ne comptait que 8 ménages en 1501, 13 en 1561, 20 en 1611. L’existence d’une école suppose un groupement humain un peu important.
Mais, vers 1650, une école paroissiale fonctionne à Vielsalm, et depuis quelque temps déjà. Modeste, sans doute, réelle toutefois. Nous le savons par le fait que des personnes de l’époque simples paysans, savaient mettre la main à la plume, témoignant d’une belle calligraphie et d’une orthographe enviable.
Quel était son programme d’enseignement ? Assez simple assurément, d'autant plus que la période d’écolage ne comportait que les mois d’hiver. On se bornait à la lecture, un peu d’écriture et de calcul, et le catéchisme: le nécessaire pour savoir traiter ses affaires d'argent, de coeur et de conscience.

Encore y avait-il des élèves « écrivants », et des « non écrivants », la redevance à payer au maître variant selon l’un ou l’autre cas : une plaquette (environ 29 centimes) vers 1750, de chaque enfant non écrivant, et le double (un escalin), de ceux qui apprenaient a écrire, outre le chauffage.

L école avait-elle du succès? On peut l'affirmer. Elle rencontrait un intense désir du savoir. Ainsi, vers 1805, par exemple, bien que payante et de fréquentation libre, elle comptait près d'une centaine d élèves inscrits.
Ce désir était d'ailleurs celui de toute la région. L'école de Vielsalm recevait des élèves de toutes les localités voisines. Pourtant, dès que celles-ci le pouvaient, elles constituaient chez elles une école semblable à celle de Vielsalm : « Nos enfants grandissent dans une ignorance terrible », disait une requête des habitants de Neuville en 1807, « car nous ne pouvons les envoyer à l’école de Vielsalm qu’à l’âge de dix ans au moins et quel progrès pourraient-ils faire dans cette école où il y a quelquefois près de cent enfants rassemblés sous un seul maître.
Identique souhait exprimé par les autres localités de la paroisse de Salm même depuis longtemps déjà :à Ville-du-Bois en 1766, à Commanster en 1751, à Burtonville et Petit-Thier en 1704, à Goronne, le désir d’avoir un vicaire à demeure s’appuyait notamment sur le besoin d'une école tenue « exactement », surtout pendant l'hiver; les documents de l’époque témoignent de ces faits.

Ce régime dura jusqu'en 1824.
Nous faisions alors partie du Grand-Duché de Luxembourg. Le roi grand-duc Guillaume encourageait vivement 19instruction publique dans le Luxembourg. Selon son désir, une commission d'encouragement fut institué en 1819 pour réagir contre la négligence et l’incurie des autorités locales en matière d’enseignement. Une école modèle fut créée en 1818 à Luxembourg, destinée à former des instituteurs capables. A Luxembourg également, un
cours de pédagogie fut ouvert durant les mois d’été ; en 1820, déjà 172 instituteurs avaient répondu à l'invitation. Aux États Généraux des Pays-Bas, du 12 juin 1820, le ministre de l’Instruction Publique déclara solennellement que les mesures prises dans le Luxembourg sous le rapport de 1’instruction méritaient « d'être citées avec distinction ».


Des circulaires du 16 avril 1822 et du 11 octobre 1823 donnèrent aux bourgmestres du Grand-Duché des conseils pour l’organisation d’un enseignement primaire.
La commune de Vielsalm, sans revenu pourtant répondit à l’appel. Le 19 décembre 1823, le Conseil communal décida d’intervenir pour la tenue d'une école primaire permanente, à partir du 1er janvier 1824. Instituteur désigné : Henri-Michel PIERROT, originaire du sud de 1a province ; il serai t rétribué par les parents des élèves. En même temps, le Conseil allouait 15 florins (1 florin valait 2,116 fr.) pour la confection de bancs qui manquaient totalement.
L'élan était donné. bien que l’instituteur PIERROT ait quitté Vielsalm peu après.
Le 2 juin 1828, un règlement imposait, cette fois, aux communes du Grand-Duché, la création d’au moins une école primaire. A Vielsalm, on décida de la tenir à partir du 1er décembre 1828. Instituteur désigné: Jean-Bernard LAMBERTY, de Vielsalm, sorti de 1’école modèle de Luxembourg. En même temps, le Conseil communal décidait l’organisation d’une école temporaire dans cinq autres localités de la commune.
En 1849, on commença de construire. Ce nouveau bâtiment a résista jusqu'en 1953. L’école des garçons en occupa une des salles ; les garçons d’abord jusqu’à 1900, puis les filles et l’école gardienne jusqu'au 10 mai 1940.
En 1899, après l’achat par la commune du parc communal actuel, fut édifiée une nouvelle salle d'école ; ce bâtiment, agrandi à diverses reprises est devenu l'École moyenne de l’Etat actuelle.

L’application de la loi organique sur l’enseignement primaire du 23 septembre 1842 modifia quelque peu la tenue de l'école.
Il y eut désormais une école permanente dans toutes les localités de la commune ( sauf Rencheux, Priesmont et La Comté) qui n’envoyèrent plus leurs enfant à l’école de Vielsalm.

C’ est à partir de ce moment aussi et pendant une vingtaine d années, que la rétribution mensuelle à payer par les élèves non indigents fut fixée à 0,75 fr., pour les « commençants » et à 1,25 fr., pour les « grammairiens ».

Jusqu'alors, l'école était restée mixte. La population de la localité, avec Rencheux et Priesmont, augmentait pourtant. Il y avait 105 élèves inscrits en 1862.
Le Conseil communal s inquiétait de cette affluence, en regrettant un manque de ressources suffisantes pour créer une école de filles, construire une seconde salle d’école, et un logement pour le personnel enseignant.

Mais en 1862, des Religieuses de la Providence vinrent s’installer à Vielsalm. Elles y commencèrent une école primaire pour filles et une école gardienne, ce dans le bâtiment occupé actuellement encore par les écoles libres place Paulin MOXHET.
Toutes les filles quittèrent l’école mixte pour l’école nouvelle des Religieuses. Il y eut ainsi, vers 1870, 60 filles à l'école primaire et 40 enfants à l école gardienne.
Dans ces circonstances le Conseil communal jugea que la création d’une nouvelle école communale, pour filles, ne rencontrerait « qu’un blâme général » , et il accorda, à plusieurs reprises, un subside à l’école des filles.
Sauf une petite interruption, en 1909 et 1910, l’école libre des filles a occupé le même bâtiment jusqu’à nos jours.






La mise en application de la loi scolaire du 10 juillet 1879 vint provoquer, dans le régime scolaire de Vielsalm, de nouvelles modifications.
D’une part, création d’une école libre de garçons, à partir de fin 1879. Elle se tiendra, jusqu’en 1919, dans le bâtiment occupé aujourd’hui par Ch. LEGROS, rue du Général JACQUES, en face du Cercle catholique. Après 1919, elle rejoindra le bâtiment des écoles libre actuelles.

D’autre part, création, pour la rentrée scolaire de 1879, d'une école communale de filles puis, en 1880, d’une école gardienne communale. Les locaux manquaient totalement, néanmoins, pour les abriter et, pendant vingt ans, l'administration communale en aura grand soucis.

Voici un aperçu de ces graves préoccupations.
D’abord installée en la salle des séances communales, l’école nouvelle ira, en 1880, dans l’ancienne maison DENIS, voisine de la maison communale rue des Savoyards, et louée pour 600 frs. par an.
Elle y restera quelques années. Elle s’y trouvera bien mal installée, « dans un état de délabrement inouï » constate une dépêche du ministre de l’Intérieur qui intervient en novembre 1888. Vers 1889, on retrouve l'école au rez-de-chaussée de la maison dite « vieille caserne », même rue, louée pour 300 frs.

En 1892, nouveau déménagement, dans la maison Paul COLSON, en lieu dit « Le Doyard », louée 500 fr. ; bail renouvelé le 13 février 1895.
Au début de 1903 enfin, transfert dans les locaux de l'ancienne école des garçons, ceux-ci occupant désormais une nouvelle école construite (salle des douches de 1’Ecole moyenne).

Au cours de ces événements, il a été question, durant plusieurs années d’établir une école à Rencheux, et d’en construire une à Vielsalm sur un terrain qu’on ne parvenait pas à trouver.
Puis, à partir de 1883, on projeta pendant longtemps d’acheter l’immeuble appelé « Hôtel de Belle-Vue », et de l’aménager.
Après le 10 mai 1940, le bâtiment de l’école des filles ayant été ébranlé par suite de la destruction de l’église proche, l’école effectua son dernier transfert, dans les locaux neufs près de la maison communale actuelle, où elle se trouve toujours.

Citons maintenant le nom des membres du personnel enseignant de 1823 à 1920 (non compris les intérimaires) :
Ecole communale de garçons :
MM.
Henri-Michel PIERROT (1824)
Jean-Bernard LAMBERTY (1828 à 1859)
Clément MERCY (1859 à 1867)
Emile PIETTE (1867 à 1879)
Joseph-Edouard JACQMIN.
Victor MOCKEL (1886 à 1913)
Léon COLLIN.

Ecole communale de filles :
Mmes JACQMIN-DUHEM et HERMAN-GOEDERT.

Ecole communale gardienne :

Mmles RAQUET Célestine (1880 à 1886 ) ; CUVELLIEZ Marguerite (1886-1896) ; THEATE Marie (1896 à 1910) ; GOEDERS Marie ; BERTHOLET Jeanne ; MOSTENNE Alice.

Ecole libre de garçons:

MM. CULOT Calixte (1879 à 1888) ; GRIGNARD ; BERGER Albert ( 1888-1896) ; NOEL Emile (jusqu’en 1900) ; KIEFFER Joseph (1900-190) ; les religieux de la congrégation des Frères Maristes (1903-1914) - LEKEU Théophile (1914-1919) - HABARU Ferdinand et MOYSE Norbert.


Ecoles libres de filles, primaire et gardienne :

Les religieuses de la Providence, depuis 1862.

Cet enseignement primaire s’est couronné , avec le temps, d'un enseignement moyen donné dans deux établissements :

- Le Pensionnat du Sacré-Coeur, créé en 1909 et tenu par les religieuses de la Providence.



- L’Ecole moyenne de l’Etat, qui débuta en septembre 1932. Par arrêté royal du 22 décembre 1955, les écoles communales de Vielsalm ont été rattachées à l’Ecole moyenne avec effet rétroactif au 1er septembre 1955.



En 1881, il fut question d’établir une école moyen, par les soins de l'administration communale. Celle-ci, toutefois, y renonça, ayant déjà, à ce moment, huit écoles primaires et gardienne il soutenir dans la commune.

Ces quelques lignes suffiront croyons-nous, à montrer combien l'organisation de l’enseignement à Vielsalm a coûté d’ efforts et comment des initiatives constamment renouvelées et persévérantes ont fini par avoir raison de difficultés.
Efforts et initiatives, qui auraient manqué d’ardeur et de réussite sans une profonde sincérité et un vif désir du savoir.


Que ce soit un stimulant, aujourd’hui, pour de nouveaux progrès dans le développement culturel de la localité et de la région.

Gaston REMACLE

lundi 7 septembre 2009

Il y a 2 siècles. Quand Ville-du-Bois voulait une chapelle (2).

(publié dans Pays de Salm, le 28 mars 1954)

(suite)
La chapelle bâtie en 1765, et les autorisations nécessaires accordées en 1766 et 1767, restait à assurer la subsistance du prêtre attaché à demeure à la localité.

En ce temps-là, les curés et les vicaires ne recevaient aucune allocation des pouvoirs publics. Leurs ressources venaient en général de leurs biens personnels, du casuel, de certaines redevances et offrandes. Certains prêtres même, étaient exploitants agricoles, les mœurs d’alors différant de celles d’aujourd’hui.

Le 26 décembre 1766, les chefs de ménage de Ville-du-Bois assemblés vinagèrement par devant le notaire RAPHAEL, de Vielsalm, avec comme témoins « sire Laurent Martiny official du consistoire de Stavelot et curé de Salm et Halleux » et « Jean Etienne George de Rencheux » s’engagèrent, par n acte revêtu de leurs signatures, « volontairement et solidairement l’un pour l’autre et tant pour eux que pour leurs descendants et successeurs » à pourvoir à la subsistance et entretien d’un prêtre, et ce, de la façon suivante :

- payer au prêtre « pour rétribution annuelle chaque ménage un demi stier de seigle ou deux escalins et un stier d’avoine ou deux escalins à la nouvelle année, avec un pain ou une plaquette ; et au mois de mai une livre de boeur et un demi quartron d’œufs ou au lieu de ce cinq sols et demis ce qui importera annuellement au moins quarante-huit écus et treize sols de cette province, attendu qu’ils sont au nombre de septante-trois ménages actuellement ».

- lui fournir « une demeure honête et décente ». un bâtiment fut mis à la disposition du vicaire et dans lequel, dès 1767 déjà, le prêtre tint école. C’est le presbytère actuel. A ce bâtiment fut joint un potager d’environ sept ares, donné à la maison vicariale par des habitants du village.

- fournir « le pain et le vin nécessaire pour la célébration des messes ».

- en outre, pour la tenue de l’école, le « prêtre percevra une plaquette de chaque enfant non escrivant, et un escalin de ceux qui apprendront à écrire, et fourniront au surplus le chauffage nécessaire » (l’escalin valait deux plaquettes ou francs 0,58 environ).

De son côté, le prêtre devait :

- tenir l’école « assiduement » ; de fait, une école sera mentionnée déjà en 1767.

- et célébrer « les messes des dimanches et lundis et des fêtes de la vierge qui se faiteroient à l’intention des habitants ».

et ainsi, dès 1767, un prêtre fut attaché à demeure comme vicaire à Ville-du-Bois : l’abbé Jean-Pierre DECROTIER, auparavant vicaire à Goronne, et originaire de Mont-le-Ban.

Il y resta jusqu’à sa mort, à Ville-du-Bois, le 13 octobre 1801, soit donc trente-cinq ans.

Nous donnons maintenant la fin du document du 26 décembre 1766, constituant l’engagement de la communauté de Ville-du-Bois concernant le prêtre de la localité :

« … en foi de quoi lecture distinctement faite les dits habitans ont signé
et respectivement marqué ne sachant écrire en présence de sire Laurent Martiny
official du consistoire de Stavelot et curé de Salm et Halleux et de Jean
Etienne George de Rencheux témoins requis et appellés qui ont aussi signé et moi
susdit notaire sousigné au dit Ville du Bois ut supra sont à la minute
originelle signés et respectivement marqués Jean Cottin ; Pierre Cuvelier,
marque de Barbe X veuve Pierre Gengoux ; signé Gilles Bertrand pour sa mère ;
marque d’Anne X veuve Bastin Christophe ; signé Léonard Deprelle ; marque de
Pierre Jean X Pierre ; signé Pierre Englebert ; marque de X Mathieu Melchior ;
signé Joseph Dantinne ; Bartholomé Jeunejean ; Jean Henri Piron ; Bartholomé
Henri Bontems ; marque X de Jean Piron Tichon ; marque X de Mathieu Counet ;
marque X de Maurice Lebecque ; signé Jean-Henri Laurent ; marque X de Henri
Bontems ; marque X de Gérard Jeunejean ; marque X de Jean Gérard Remacle ;
marque X de George Fourgon ; signé Jean Joseph Talbot ; marque X de Henri
Alexandre pour la veuve Alexandre sa mère ; signé Joseph Lebecque, Noel Jean
George ; marque de X Hubert Bontems, signé Hubert Cuvelier ; Gengoux Roualle ;
marque de X Joseph Englebert ; signé François Deprelle le jeune ; marque de
Servais X Cahay ; marque X de Henri Dantine ; signé Pierre Warny ; marque X de
Marie Catherine veuve Bartholomé Bontems ; marque X de Marie Elisabeth Georis
pour sa mère veuve ; marque de X Mathieu Pierre Noel ; plusieurs étant absens
les suivans commis de la communauté se font forts et pleigent caution pour eux
sont signé François Deprelle ; François Gengoux ; Mathieu Remacle ; marque X
d’Englebert Henri Jean Henri ; signé Henri Jeunejean ; Gengoux Dantine ; Jean
Benoit Cuvelier ; Jean Servais Gengoux ; puis L. Martiny curé de Salm témoin ;
Jean Etienne George témoin ; et soussigné in fidem J.F. Raphaël notaire ».

Gaston REMACLE

samedi 1 août 2009

Anciennes maisons de Vielsalm. (2)

(publié dans Pays de Salm, le 27 février 1966)

parlons aujourd’hui d’une autre maison, toute remplie de bien des souvenirs de Vielsalm si elle pouvait nous les exprimer.
Certes, son aspect n’est plus celui de sa jeunesse ; elle a été amplement complétée, aménagée aussi pour des fins nouvelles, et même sa façade a changé d’allure. Toutefois, il lui demeure certaines portions chargées d’ans.
Il s’agit de l’école St-Joseph.

En 1637 ou un peu avant, s’installe à Vielsalm Jean RUTH. Encore un étranger au pays. Il devient greffier du comté, et le premier acte rédigé de son écriture – mais quelle écriture, indéchiffrable à première vue ! – est du 30 novembre 1637.
Un document dira de lui, un peu plus tard : « estranger ny at grands moyens, vive honnestement de sa charge ».
Où s’est-il installé car, depuis 1636 la moitié de la localité est en ruines à la suite d’un vaste incendie allumé par des troupes hollandaises.
Bientôt, il effectue plusieurs achats, en 1643, 1651, de parts de maisons, à Jean MIDO, à Jean le CHARLIER, à Balthasar ROBERT… ; toutes se situent à l’endroit de l’actuelle école St-Joseph.
Jean fait alors, sans doute, table rase de ces constructions et, en 1656 déjà, il a « une maison bastie par le même greffier située sur le marché à la Vielsalm ».
Peu auparavant, il a épousé Anne, fille de Gérard d’EYSDEN, haut-officier du comté de Salm, dont il aura 11 enfants, à partir de 1641.il devient aussi, après quelque temps, officier du comté de Manderscheid Kayl.

Il vivait encore le 31 janvier 1661, date de son second mariage à Salm.

Gérard, son premier fils, né en 1642, lui succéda dans les fonctions de greffier de Salm, déjà en 1670.
Lui aussi, comme son père, rechercha une alliance qui pouvait le pousser loin. Il fixa son choix sur une fille du haut-officier de Salm à ce moment, c’est-à-dire Marie Gertrude fille de Guillaume HALL.
15 enfants naquirent de ce mariage, tous baptisés à Vielsalm. Ainsi habitée, la maison RUTH devait certes bourdonner comme une ruche et avoir déjà une certaine ampleur.
Génération suivante. Les enfants de Gérard RUTH se sont peu à peu dispersés. La maison de Vielsalm devient, en indivision, propriété de trois d’entre eux : Eric Adolphe, Jeanne Elisabeth, célibataire et Isabelle décédée vers 1750.
Depuis longtemps déjà, la propriété joignant la maison est constituée.
Elle s’étend depuis le « marché jusqu’au sentier qui va derrier la maison de Belveaux » (la dite maison BELVEAUX est à l’origine des bâtiments groupant les demeures actuelles de MM. LEROT et GODFRAIND).
Il faut s’arrêter un peu ici à Eric Adolphe, personnage dont l’activité a marqué fortement la vie du comté de Salm durant une partie du 18e siècle.

Il est né en 1693. il épousa, le 29 septembre 1738, sa voisine Marguerite HONVELEZ dont il eut un fils et une fille.
Fils et petit-fils de greffiers de Salm, petit-fils et arrière-petit-fils de haut-officier de Salm, filleul aussi d’un autre haut-officier, Eric Adolphe FOCCART (le prénom Eric Adolphe imitait celui du comte de Salm Eric Adolphe, décédé en 1673), le jeune RUTH se trouvait ainsi placé à l’entrée de la vie sur une voie que l’on devine. Rien d’étonnant donc de le voir devenir échevin de Salm, greffier, puis haut-officier même après son parrain, de 1726 à son décès en 1762. on lui reconnaissait un beau talent de parole et d’écriture, qu’appréciait son seigneur.
De sa maison, au haut du « marché » à Vielsalm, Eric-Adolphe orientait et commandait les destinées du comté de Salm. Ce ne fut pas sans heurts et sans diversité. C’est l’époque des grands procès des sujets de Salm contre leur seigneur, et le passage aussi de troupes étrangères à plusieurs reprises. RUTH joua ici un rôle un peu particulier dont nous avons conté ailleurs (voir l’ouvrage « Vielsalm et ses environs ») quelques péripéties, et vous y renvoyons.
Aucun des enfants d’Eric Adolphe ne reprit la maison paternelle, d’ailleurs en indivision. Le fils, Gérard Joseph, quitta Vielsalm pour passer à Luxembourg et, homme de loi, y devint secrétaire du Conseil provincial de justice.
Signalons en passant ce détail, en digression. A Luxembourg, le petit-fils de Gérard Joseph, c’est-à-dire Antoine RUTH (né en 1802), docteur en droit, fut condamné à mort, par contumace, par la Cour d’Assises du Grand-Duché le 6 février 1833, parce qu’il s’était rallié au Gouvernement de Bruxelles de 1830. il fut cependant amnistié peu après, devint procureur du Roi à Neufchâteau, puis de 1844 à 1849, professeur de droit civil à l’Université de Liège. Il mourut du choléra en 1849.

A Vielsalm, le 3 avril 1767, l’un des indivisaires, Jeanne Elisabeth, sœur d’Eric Adolphe, fit donation de sa part à sa nièce Marie Jeanne HARTER, veuve LAMBERTY (dont la mère était Marie Gertrude RUTH, sœur de Jeanne Elisabeth. Devenue veuve, M.J. HARTER, dont le mari était officier de Cronenbourg, était revenue à Vielsalm avec ses quatre enfants.
Possédant désormais le tiers de la maison qui nous intéresse ici, sa famille finit par en avoir la totale propriété. Et le fils Jean Christophe LAMBERTY est bien « possesseur de la maison de feu Monsieur l’officier RUTH », dit un document de 1789. toutefois, une pierre toujours visible au mur de façade (au-dessus du calvaire) porte l’inscription « C.L. 1777 »).

Jean Chrisptophe, lui aussi, n’est pas le premier venu. Né en 1743, décédé en 1809. juriste. Prévôt du comté de Salm de 1780 jusqu’à la fin du comté. Mayeur de Gouvy nommé par le comte Sigismond le 20 octobre 1779. premier maire de la commune de Vielsalm ( sa pierre tombale est encastrée dans le mur d’enceinte de l’église de Vielsalm).

Il mourut après une maladie de six jours. Il avait épousé, le 4 août 1772, Catherine Thérèse OTTE, fille de Jean Bernard OTTE, mayeur de Salm. Neuf enfants.

Après 1809, Jean François Noël, fils de Jean Christophe, continua d’habiter au même endroit, finalement avec sa fille Philippine jusqu’en 1853.
A partir de ce moment, la famille abandonne sa résidence et la maison va bientôt prendre une autre destination.



En 1854, c’est le moment de la création de la chasse à courre à Vielsalm. Le comte de CORNELISSEM, venant de Spa, hébergeant sa petite meute et ses chevaux depuis quelques mois dans la maison « Sépult », les transféra à l’ancienne maison RUTH. CORNELISSEM, lui, n’y résidera qu’en pied-à-terre, mais non certains membres de son personnel.





Cela dura jusqu’en 1860, quand une demoiselle LAMBERTY, restée propriétaire de l’immeuble, le légua aux religieuses de la Providence qui y installèrent une école pour filles en 1862.








Désormais, la vieille maison, qui peu à peu subira une toilette nouvelle et des agrandissements, servira à des fins scolaires.
En 1909, les religieuses bâtirent le « Pensionnat du Sacré-Cœur » que l’on connaît. Les bâtiments « sur le marché » furent cédés à des religieux allemands qui y établirent un pensionnat. (L’école libre des filles continua de trouver place dans le bâtiment, sauf une petite interruption en 1909 et 1910)
La fin de la guerre de 1914-1918 amena le départ des religieux allemands et le bâtiment fut repris par les œuvres scolaires paroissiales de Vielsalm. C’est donc l’actuelle école St-Joseph, où l’école libre des garçons a rejoint celle des filles en septembre 1919.
Encore un détail.
La propriété créée il y a trois siècles par Jean RUTH est restée, à vrai dire, intacte. Elle s’étend toujours depuis la place du « marché jusqu’à la ruelle derrière la maison Bellevaux ».

Gaston REMACLE