mercredi 28 octobre 2009

L’ancienne maison Otte à Vielsalm et une pierre curieuse, de 1725.


(publié dans Ardenne et Famenne, revue trimestrielle, n°4, 1968-1969) pp.241-245)

La pierre datée figurant sur la photo reproduite ci-contre se trouve actuellement encastrée dans le mur de soutènement d’une propriété située à Vielsalm, à l’extrémité de la ruelle dite « des Savoyards », derrière l’église.
Elle est en grès d’arkose, pierre du pays (dimensions : 45 cm. de hauteur, 26 cm. à la plus grande largeur).

A Vielsalm, bien peu de gens la connaissent.

Disons tout de suite que, de prime abord, elle nous a fortement intrigué, non par sa forme qui paraît bien la destiner à occuper le centre d’un cintre de porte, celle-ci d’assez belle ampleur, mais par les détails de la sculpture et par le terrain sur lequel elle se trouve.



On le voit, au-dessus de la date, il y a une tête, genre de masque, riant ou grimaçant ; le sens de cette figure nous échappe.

La date surtout nous a frappé. Nous devons absolument écarter « 1125 », car l’emploi de chiffres arabes en 1125 ne se conçoit pas. Du reste, d’autres éléments d’information permettent d’admettre que, malgré l’insolite conformation du deuxième chiffre, la date à retenir est donc celle de 1725.

L’intérêt qu’a éveillé en nous cette pierre s’est avivé surtout du fait de l’endroit où elle se trouve. L’immeuble qui l’a portée est celui d’une famille qui a profondément marqué de son influence Vielsalm autrefois, et même le comté de Salm ; nous parlons de la famille OTTE, dont la figure la plus marquante a été Jean-Bernard (1719 – 1793).







Nous sommes certain que la maison en question a été celle de Jean-Bernard OTTE, licencié (docteur) en médecine, mayeur de Salm de 1747 à son décès, soit pendant plus de 45 ans, receveur du comté et greffier à certain moment, homme de confiance plus d’une fois du comte de Salm au cours d’un demi-siècle salmien assez troublé.

Par son aspect et sa disposition, l’immeuble datait certainement du XVIIIe siècle. Tel qu’on l’a connu jusqu’en 1931, il avait, pour le XVIIIe siècle, une allure dépassant de loin celle des demeures communes, avec son corridor central, trois pièces à gauche, trois pièces à droite, l’étage de même, sans parler des dépendances, de belles boiseries et lambris au corps de logis. La situation matérielle du constructeur devait être à l’avenant.
Qui était ce bâtisseur ?



En 1725, Jean-Bernard ne comptait que six ans. Son père, Georges OTTE, était décédé en 1720. Il n’avait pas manqué déjà d’une certaine aisance matérielle, comme ses ancêtres directs d’ailleurs, et il avait, comme ceux-ci, exercé des activités commerciales. Son mariage lui avait donné l’entrée, acceptée sans doute, dans la « grande » famille de Vielsalm à ce moment, la famille PIERRET.

(On trouvera divers détails sur ces familles OTTE et PIERRET dans notre ouvrage de G.REMACLE, Vielsalm et ses environs (2e édition, Vielsalm, 1968.))

Et par Jeanne-Elisabeth PIERRET, mère de Jean-Bernard, fille de Catherine de LIMBOURG de Malmedy, filleule de Gilles de LIMBOURG, docteur en médecine et bourgmestre de Malmedy, les vues et les ambitions de la famille de Georges pouvaient encore s’élargir.

(Sur la famille de LIMBOURG, voir Annuaire de la noblesse belge, 1895, pp.121, 139, et revue Folklore Stavelot-Malmedy-Saint-Vith, 1963, p.92, et 1964, pp.110-111)

On peut raisonnablement penser que c’est sous l’influence des de LIMBOURG que Jean-Bernard put faire des études de médecine. A en juger par son activité et son comportement au cours de son mayorat, il devait être intelligent et sensé. Son instruction lui a permis une belle carrière et une destinée dont a bénéficié sa descendance.

Jeanne-Elisabeth PIERRET a-t-elle été « bâtisseur » ? Comme elle était veuve depuis 1720, on l’admet difficilement. On voit plutôt que la propriété, déjà bâtie, sera venue un jour à Jean-Bernard par héritage. L’étude des anciennes familles de Vielsalm nous amène à penser que seul un membre de sa famille, en 1725, a pu faire édifier la maison, sans doute l’un des deux frères de Georges, plus particulièrement Bernard, marchand et sans alliance, ou Jean PIERRET, grand-père et parrain de Jean-Bernard OTTE.

Notons en passant que cette maison ne figure pas sur le dessin de Vielsalm établi par le dessinateur spadois Mathieu XHROUET avant 1715, alors que l’emplacement de l’immeuble y est très visible.

Nous estimons donc que la date de 1725 se justifie pour la construction du bâtiment.

Celui-ci comportait, s’ouvrant sur la façade et à côté du corps de logis, une grande porte cintrée. La pierre de 1725 devait normalement se trouver au milieu de l’arc de cercle.

Jean-Bernard OTTE est décédé en sa demeure le 11 décembre 1793. Son épouse, Marie-Elisabeth LEMOINE,le 1er ventôse an XII ; le procès-verbal de mise sous scellés après le décès de la défunte témoigne de la disposition du bâtiment et de la valeur de son mobilier.

(AESTH, Justice de paix de Vielsalm, 1er ventôse an XII)

Henri-Joseph (décédé le 6 juin 1814), fils de Jean-Bernard, reprit l’immeuble après le décès de ses parents, bien qu’il fût juge au tribunal civil de première instance de Malmedy, puis son neveu, Jean-François OTTE, établi à Commanster. Dès lors, la maison a vu défiler bien des occupants (dont l’école communale des filles de 1884 à 1892).

De 1845 à 1866, elle servit même de caserne de gendarmerie, ce qui lui valut, jusqu’à sa fin, le surnom de « Vieille Caserne ».

Cette fin approchait. Des locataires de passage se succédèrent, de divers genres. Le vendredi 20 février 1931, vers 5 h. du matin, un incendie ravagea tout. Incendie toujours resté un peu mystérieux.

Le journal L’Organe de Vielsalm du 22 février 1931, relatant l’incendie, déclare la maison « construite en 1725 », opinion basée, sans doute, sur la date de notre pierre.

Propriété à ce moment de Joseph PAQUAY-TALBOT, après Léonard JEUNEJEAN, le bâtiment comptait six ménages. Il ne resta que des murs branlants ; on n’a gardé qu’un beau marteau de porte en cuivre (replacé à la maison de Mme. Annie BELLEFROID-PAQUAY) et … la pierre de 1725.

Toutefois, peu avant l’incendie, le bel escalier intérieur avait été enlevé et vendu ; il se trouve maintenant au mess des officiers, rue du Général JACQUES, à Vielsalm.

Depuis une trentaine d’années, on a rebâti une nouvelle maison à cet endroit. Il est dommage que notre pierre n’y ait pas retrouvé sa place.

Le masque léonin grimaçant qui décore la pierre a vraisemblablement une valeur apotropaïque. Sans doute à comparer avec différentes têtes de pierre qui ont été décrites dans cette revue (1958, I, p.10 ; 2, p.53 ; 4, p.170 ; 1959, 3, p.138).

Gaston REMACLE

Au moment de mettre la revue sous presse, M. G. REMACLE a découvert une photo de la maison (dans L’art populaire en Wallonie, Ed. Musée Vie Wallonne, Lg, 1970). Nous regrettons de ne pouvoir la reproduire (N.d.l.R.)

2 commentaires:

  1. Le "bar" sur le ciffre sept se fait sut tout en écriture à la main, presque jamais en imprimerie ni en sculpture.

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  2. merci pour toutes ces infos :-)
    florence otte

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