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vendredi 30 mai 2014

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

L’Organe de Vielsalm du 4 juin 1911  nous apprend le décès le 14 avril dernier  à  Nouvel-Anvers d’Arthur Hoffmann parti pour le continent noir le 14 avril 1910, un an plus tôt jour pour jour ! C’est par deux lettres de compatriotes à leur famille que cette triste nouvelle a été connue.

Dans celui du 11 juin,  des accidents d’automobiles sont relatés.  A Salmchâteau, une automobile a renversé le jour de la Pentecôte une fille de 14 ans à la sortie de la messe. On constata d’abord qu’elle n’avait rien de grave. En fait elle décèdera une semaine plus tard.
A Salmchâteau toujours et toujours à la Pentecôte, un terrible accident a marqué  la première étape de la course cycliste  organisée pour la fête. L’auto du notaire Lambert conduite par son chauffeur Thomas Remy qui avait été mise à la disposition des organisateurs accrocha le gamin de sept ans et demi de chez Monfort-Huppertz de Provèdroux lors du passage sur le pont. L’enfant fut tué sur le coup. (Voir à ce sujet l’article illustré  Les débuts de l’ère automobile à Vielsalm dans le n°71 de la revue Glain et Salm, Haute Ardenne ).
 Concours de circonstances extraordinaire : les deux accidents ont été causés presque au même endroit, à un jour d’intervalle par la même automobile conduite par le même chauffeur !
Moins grave, à Vielsalm, l’automobile portant le N° 12077B a écrasé lundi à midi sur la place du marché le chien de Mme Vve Joiris et s’est empressée de filer à l’anglaise sans indemniser celle-ci.

Ah ces autos  qui roulent si vite ! L’avion c’est bien plus sûr :

Le 26 juin la première page de l’Organe rapporte en long et en large  le Circuit Européen d’Aviation. Nul ne croyait au passage à Vielsalm des hardis aviateurs du Circuit européen mais non seulement il en est passé mais nous avons eu la veine de voir des atterrissages et des envolées. Dimanche à Regné atterrissait le monoplan Deperdussin piloté par Prévost. Après avoir passé la nuit à l’Hôtel Albert et avoir été dépanné par l’aviateur Lauser qui suivait l’étape en auto, Prévost  est reparti à 6 heures du matin. Au même moment un biplan et un monoplan survolaient Vielsalm. Le clou de la journée fut sans conteste l’atterrissage sur le thier du Monty  du biplan Farman piloté par Wynmalen. Celui-ci fut reçu au château d’Hermanmont puis repartit le lendemain après  que des ouvriers eurent mis le terrain en état et que des voitures eurent amené de Liège des mécaniciens. D’autres aviateurs ont atterri à Malempré, Cherain, Stavelot, Chevron et Manhay.

Dans l’Organe du 9 juin   1912 : de violents orages se sont déchainés sur Grand-Halleux. Une vache a été tuée ; les ouvriers de la gare ont été renversés par la foudre mais sans mal ; le clocheton de l’école a été mis en pièce.
Dans celui du 23 juin : dans la nuit  de lundi à mardi un incendie s’est déclaré dans le moulin appartenant à Mesdemoiselles Andrianne : les dégâts se bornent à des pertes purement matérielles d’ailleurs couvertes par l’assurance. Ce vieux moulin datait de 1732, fut brulé et reconstruit en partie en 1803 et des réparations y furent faites en 1872.
Si non è vero…
                                                                                         Robert NIZET



dimanche 4 mai 2014

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

L’Organe  de Vielsalm du 3 avril 1910  reparle du drame de Spa signalé le 2 janvier de la même année : un quadruple assassinat y avait été commis. On vient de retrouver, trois mois après donc, sur le comptoir du café, dissimulé sous un tiroir un poignard ensanglanté !  Cette découverte établit d’éloquente manière l’incroyable incurie de ceux qui ont dirigé cette instruction et la négligence impardonnable qui a présidé aux premières constatations. C’est alors qu’on faisait l’inventaire en vue de la vente publique de l’établissement qu’on a fait cette découverte.
A la chasse à courre de Vielsalm, il y a chaque jour des prises et les Hallali se font presque dans la localité. Samedi dernier, un magnifique  chevreuil est venu tomber dans les anciennes carrières ouvertes de Cahay suivi bientôt par trois chiens. La curée s’est faite à l’entrée de Vielsalm.

L’Organe du 1er mai rapporte un nouvel accident sur le chemin de fer : le serre-frein Jos. Brasseur en allant prendre son service a été atteint par un wagon vide lancé sur une voie de manœuvre. Atteint de blessures et de fractures le malheureux a été transporté à l’hôpital de Stavelot où il est décédé le lendemain. Il y avait à peine trois mois que sa fille s’était noyée accidentellement dans la Salm [le Glain].
Dans la même édition on apprend que le chien des époux  Denis Colson, colporteurs à Vielsalm avait voulu mordre sa maîtresse et l’on suppose que la bête était atteinte de la rage.

Dans L’Organe de Vielsalm du 14 avril 1912 : depuis 1905 une ligne vicinale relie Vielsalm et le chemin de fer de Gouvy à Trois-Ponts à Lierneux, siège de la colonie wallonne d’aliénés. Ce terminus ne donne qu’une satisfaction relative et le prolongement de la ligne vicinale revient une fois encore sur le tapis : on voudrait qu’elle aboutisse à Trois-Ponts ou même à Stavelot. En fait, comme  une route superbe relie  Lierneux à Stoumont en descendant la vallée de la Lienne, c’est cette route que le vicinal suivra. Venant de  Liège, on ne devra donc plus faire le détour par Trois-Ponts ou Vielsalm et ce nouveau vicinal permettra d’admirer une des plus ravissantes  vallées de l’Ardenne.

On sait, depuis, que ce projet n’a jamais été réalisé.

Le 5 mai 1912 : un accident à Lierneux. Un brave cultivateur nommé Servais, de la Falize, conduisait un bœuf attelé à un rouleau-plombeur. L’animal s’est effrayé et le rouleau de 300 kg est passé sur l’homme dont l’état est grave.

L’Organe  du 11 mai 1913  annonce que des courses de motos traverseront notre localité les 11 et 12 : départ à Bruxelles et arrivée à Spa via  Namur, Marche et Bastogne.

Celui du  18 mai annonce le retour du Congo de C. Denis, fils de M. Denis-Derochette  après y avoir séjourné deux ans. Les Echos de la Salm dont Denis est membre est venu lui souhaiter la bienvenue. Une foule énorme était massée sur le quai de la gare pour l’accueillir.

Le 25 mai cet « exploit » d’automobilistes  est rapporté par  L’Organe : A Bihain, mercredi dernier vers 9h30 du soir , une automobile grise n’ayant pas de phare et marchant à une vitesse vertigineuse se dirigeait vers Houffalize et vint foncer sur un troupeau de moutons appartenant à M. Vincent du Bois St-Jean. Sans faire attention aux cris et aux appels de ce dernier, l’auto continuait à avancer dans ce troupeau de bêtes apeurées. Le fermier constata  que 11 moutons avaient été tués net et 9 autres furent abattus le lendemain. Les auteurs de cette tuerie volontaire n’ont pas daigné s’arrêter et ont continué en riant. L’enquête menée de concert par les gendarmeries des Tailles et de Houffalize ont pu amener la découverte des auteurs de cette sauvagerie.


                                                                     Robert NIZET


samedi 23 novembre 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps


Le 18 novembre 1906 : Monsieur Lucien Remacle, agent du Comité spécial du Katanga, décoré de l’Etoile de service de l’Etat indépendant du Congo est décédé le 26 septembre dernier à l’âge de 36 ans. Son premier départ pour le pays noir datait de juin 1898.

Le 14 novembre 1909 : Lundi dernier, le tram partant de Vielsalm à 5 h 4 m a renversé une charrette à bras se trouvant sur la ligne du vicinal en face de la scierie Denis à Vielsalm-Station. Le propriétaire du véhicule s’est vu contraint à payer 50 frs de dommage pour dégradation à la locomotive.

Le 10 novembre 1911 : À Regné, les habitants ont été, jeudi 7 écoulé, très étonnés de voir atterrir [sic] un ballon de dimensions respectables monté par deux personnes de nationalité allemande.

Le 9 novembre 1913 : Dimanche dernier vers 7 heures du soir deux automobiles arrivant en sens inverse et appartenant, l’une à M. Van Praet de Bruxelles et l’autre à un automobiliste allemand, voulurent se croiser dans la rue de Neuville actuellement encombrée de matériaux de construction. Les chauffeurs vinrent s’immobiliser contre les tas de pierres. L’auto de M.Van Praet put tant bien que mal continuer sa route. Il n’en fut pas de même de la seconde voiture qui, ayant l’avant défoncé, dut être garée chez M. Gillis. Il n’y eut pas d’accident de personne à déplorer.

Le 23 novembre 1913 : À Salmchâteau, lundi dernier dans l’après-midi, Mme Vve Futvoye rinçait son linge dans la rivière la salm [le Glain] lorsque son pied glissa et elle tomba à l’eau. A l’appel d’une autre femme, un dénommé Winand accourut et parvint à ramener la malheureuse sur la berge. Des soins immédiats lui furent prodigués et on parvint non sans peine à la ranimer. Cette personne de 69 ans est restée alitée plusieurs jours mais est actuellement hors de danger.

La Saint-Clément : après les fêtes somptueuses du « Rallye- Vielsalm », voici les réjouissances plus modestes mais plus vives du monde ouvrier. Dimanche prochain sera consacré au culte de saint Clément, patron des ardoisiers auxquels se joignent les ouvriers de la pierre. Le dur labeur de ces braves procure au pays de Salm des ressources considérables et y crée un bien-être familial. Salmchâteau sera particulièrement en liesse et  La Concordia  réjouira la population par ses accords harmonieux.
Mais la fête sera ternie car, à Bihain, un de ces ouvriers de la pierre, M. Husquet était occupé à vouloir faire descendre un banc de pierre lorsque celui-ci se détacha et vint s’abattre sur le malheureux qui eut la jambe écrasée. Le docteur appelé d’urgence dut se résoudre à faire amputer le membre : on conduisit le malheureux en voiture à Bruxelles.

A Bra sur Lienne, un braconnier de Lansival a été surpris hier par un garde-pêche et arrêté : c’est un récidiviste, H.S., connu pour dévaster les rivières du coin.

Le 19 novembre 1933 : À Gouvy, un train coupe un homme en deux. On a découvert à l’entrée de la station le cadavre mutilé d’un cultivateur de Gouvy, Clotuche Fr., 40 ans, célibataire. Le malheureux, faisant partie de la fanfare, avait participé aux festivités de l’anniversaire de l’Armistice. Ayant sans doute bu plus que de raison, il s’était pris de querelle avec un ouvrier de la localité. Qu’advint-il ensuite, on ne sait, mais un train le surprit sur la voie et le coupa littéralement en deux à hauteur de la poitrine.

                                                                                         Robert NIZET




jeudi 3 octobre 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

On lit dans  L’Organe de Vielsalm :

Le 24 septembre 1909 :
Nouvelles de l’expédition Laplume au Congo : une colonne de cent  hommes  vient de quitter le district du Bangalla pour se rendre dans l’Ouellé où elle renforcera l’expédition Laplume qui opère contre le sultan Djabbir, sans grand succès jusqu’à présent,  avantages partiels et revers se succédant. Elle enregistre de nombreux cas de désertion : un grand nombre de soldats passe au camp de l’ennemi avec leurs armes perfectionnées.
L’état civil nous apprend la naissance de Marie  Kieffer que de nombreux lecteurs ont encore connue.
 Un personnage !

Dans la nuit du 24 au 25 septembre un malandrin a tenté de cambrioler le moulin Lebecque à Ville-du-Bois. Le meunier rentrant chez lui aperçut de la lumière dans le bâtiment. Sa femme retourna à Ville-du-Bois pour chercher du renfort. Le cambrioleur sauta par la fenêtre et se blessa,  parvint néanmoins à se sauver mais fut rattrapé. Après lui avoir administré une bonne raclée, on l’amena à la gendarmerie de Vielsalm où il avoua qu’il avait un complice. Sur place la gendarmerie constata diverses disparitions dont une machine à coudre. En fait, le duo, des polonais [déjà !] s’était rendu coupable d’autres faits du genre dans la région.

Le 7 octobre 1906 : un terrible accident à la gare du chemin de fer de Vielsalm.
François Pècheux, ouvrier préposé au service des manœuvres s’est fait écraser entre une locomotive et un wagon au quai de déchargement en amont de la gare. La victime eut le bassin complètement déplacé, un bras et une jambe cassés en plusieurs endroits et de nombreuses contusions. Le docteur Tilman fit transporter la victime chez elle où elle mourut quatre heures plus tard dans d’atroces douleurs.
Pècheux était marié et père de deux enfants et habitait depuis quelques temps au passage à niveau de Cierreux. Il était au service de l’État depuis 35 ans.

Le 29 septembre 1907 :
A Ottré, le cordonnier Briol, après avoir verni les fenêtres de son habitation employa du calygène pour nettoyer les taches sur les vitres. Sa petite fille s’empara du bol contenant le produit et en but une gorgée : l’effet fut terrible. Atrocement brûlée, tous les efforts du médecin furent inutiles et elle expira après 24 heures d’atroces souffrances.
A Bovigny, le ruisseau venant de Beho vers Bovigny [le Glain, donc ?] a été chaulé dans les premiers jours de la semaine. La police est sur les traces de ces écumeurs de rivières.

Le 6 octobre 1907.
On apprend d’Aix- la- Chapelle que l’automobile club impérial a entamé avec la ville des pourparlers pour l’établissement d’un autodrome et d’une piste d’essais dans l’Eifel. La province avancera le capital et la ville se chargera des intérêts. Le club automobile de Francfort s’est prononcé contre ce projet car en raison de la proximité de la frontière belge, c’est la Belgique qui profitera des avantages commerciaux que procureront ces réunions.
[S’agit-il du fameux Nürburgring près de Adenau, à proximité du château de Nürburg à une centaine de km de Vielsalm ? Si oui, on a mis le temps puisque la construction de cette piste date de 1925, son inauguration de 1927 !]
A partir de samedi prochain commencera le chauffage de nuit des trains de voyageurs partant entre 11h du soir et 4 h du matin. A partir du 3 novembre, tous les trains seront chauffés jour et nuit.


                                                                               Robert NIZET

mardi 7 mai 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps


L’Organe de Vielsalm du 9 avril 1905 donne les informations sur le prix d’entrée (1fr) et les abonnements à l’Exposition de Liège dont l’ouverture approche. Les abonnements acquis dès à présent permettent en outre la visite des travaux préparatoires. L’abonnement ordinaire coûtera 20 frs ; pour les actionnaires, 15 frs ; pour les militaires de tous grades en fonction ou à la retraite, leur femme et leurs enfants, 10frs. La demande doit être accompagnée d’une photo format carte de visite sur carton dur.

Retour du Congo : le commandant Alphonse Jacques de la mission d’étude du chemin de fer du Katanga se trouvait à bord de l’Anversville arrivé à Anvers le 3 avril dernier. Il était descendu à Southampton et est revenu par Ostende. Son boy Abdallah l’accompagne. [Précisons pour les tintinophiles que ce n’est pas le même Abdallah, fils de l’émir Mohammed Ben Kalisch Ezab et  cher au capitaine Haddock]. C’est déjà la septième fois que ce négro [sic] vient en Europe. M. Jacques nous est revenu bien portant.

Dans l’édition du 8 avril 1906 il est question de divers travaux auxquels le ministre promet son soutien : construction d’un égoût, pavage de la partie de la route Sedan-Malmedy entre Vielsalm et Salmchâteau et nouvelle voie de chargement du vicinal Lierneux-Vielsalm à la gare de Vielsalm




La pompe située au bas de la place du marché fait l’objet d’articles récurrents.

  
Le 3 juin 1906 : Estudientina – La visite des Etudiants des Mines de L’Université a été, comme les années précédentes, marquée par la culbute de pompe se trouvant au bas de la place du marché.

Le 6 avril 1913 : le passage des étudiants en notre localité a encore été marqué par quelques exploits drolatiques. Ils s’en sont de nouveau pris à notre pauvre borne fontaine, l’ont arrachée, décapitée et sont partis en emportant la partie supérieure. Tout cela accompagné de cris, de chants et de discours. Il paraîtrait que le larcin se trouve à Stavelot à la disposition de notre administration communale.

Le 26 avril 1914 : dans la nuit de lundi à mardi les étudiants liégeois, suivant leur traditionnelle habitude sont venus faire visite aux habitants de Vielsalm et surtout à notre fameuse pompe de la place du marché. Pour la trente-unième [sic] fois cette dernière a été malmenée et en fin de compte portée sur le kiosque au milieu d’un charivari très animé. Selon leur coutume ils sont arrivés le lendemain matin pour lui rendre leurs derniers hommages, malheureusement leur espoir fut déçu, la pompe avait été soustraite à leur extravagance. Cette fumisterie durera-t-elle jusqu’à la consommation des siècles ou fera-t-on disparaître ou placer moins en vue cette pauvre persécutée ?

Chaque année à pareille époque, l’Organe rapporte des faits similaires.
 Lu sur une carte éditée par Ernotte-Colson avec la légende « Vielsalm-Grand’Place » et envoyée le 24 mai 1905 : Mon cher Marcel. Ci-dessus [avec une flèche] la pompe que nous avons fichue par terre dès notre arrivée à 5 heures à Vielsalm ; un superbe jet d’eau s’élève sur la place. Ebahissement général des naturels. Léon.
Les « naturels », c’est nos grands-parents !

Maintenant (en 2013)  que la place est de nouveau pourvue d’une fontaine, cette tradition pourrait, ne trouvez-vous pas, être remise à l’honneur ?  Je compte glisser l’idée à l’un ou l’autre président d’étudiants toujours à la recherche de tours à jouer !

Dans l’Organe du 3 avril 1910 : Nous  savons de la meilleure source que nous sommes sur le point d’obtenir un train venant de Gouvy vers 4h40, allant jusque Grand-Halleux sans arrêt, puis, retournant de là à 5h25 pour s’arrêter partout et donner la correspondance à Gouvy vers Libramont à 6h05. Nous savons aussi que M. le chef de station de Vielsalm a donné un avis défavorable. Allons, MM. les intéressés de Vielsalm, tâchez de faire changer d’avis notre brave chef de station. [qui, à l’époque, était J.C. Goffart]

                                                                                         Robert NIZET 

mercredi 10 avril 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps


Il est question dans L’Organe de Vielsalm du 19 mars 1905 de la grande exposition de Liège de 1905: les halles ne seront pas accessibles après la chute du jour. Mais comme l’enceinte est ouverte jusqu’à 11 heures du soir, il faut éclairer les jardins et diverses attractions. De surcroît il faut compter sur un éclairage à la hauteur des progrès de la science et donnant aux jardins un aspect gai et accueillant. Une entente est donc intervenue entre les exposants de chaudières et de dynamos : ils seront les producteurs de la force électrique nécessaire. Pour l’éclairage des façades on a adopté un  moyen ingénieux : on projettera la lumière électrique sur leur surface claire de façon à les faire surgir de la nuit comme des palais de rêve.

On annonce aussi que le chef de l’expédition du chemin de fer du Katanga, le capitaine Alphonse Jacques, vient de s’embarquer à Boma, accompagné de ses deux adjoints, pour rentrer au pays.

Dans l’Organe du 15 mars 1914 : un million de francs a été mis en circulation en pièces d’or à l’effigie du Roi Albert. L’auteur de la gravure a réussi un profil très décoratif de notre roi.

Vendredi dernier à Petit-Thier, l’habitation de l’instituteur Servais a été l’objet d’une tentative de cambriolage. L’auteur, qui est connu de la gendarmerie  et dont  le nom est tu par déférence vis-à-vis de sa famille, a emporté un révolver et quelques paperasses. Celles-ci ont été renvoyées par expresse [sic] de Grand-Halleux à leur propriétaire.

Le parc communal est doté pour quelques temps d’un établissement de « Ringking » : il s’agit de ce sport moderne (patins à roulettes)  qui fait si grande fureur dans les villes. Pour une fois, Vielsalm a donc la veine de voir arriver dans ses murs cette attraction qui ne manque ni de difficultés ni d’adresse. Avis aux amateurs de culbutes magistrales !

L’Organe du 7 mars 1908  reprend un article de la Revue Belge et Coloniale où il est question du commandant Laplume.
Grand, sec comme une trique, d’humeur toujours joyeuse, acclimaté comme pas un, le commandant Laplume est bien le colonial qui s’est complètement fait à l’ambiance africaine ; dédaigneux du casque  encombrant, on le rencontre, par le soleil le plus vif, le chef couvert seulement d’un fez.
Mais Laplume n’est pas seulement un chasseur d’éléphant, un dresseur d’une patience angélique.
Parti pour la première fois le 6 novembre 1892 comme sergent, il rentrait en 1898 après avoir été deux fois au Nil et un peu partout chef de poste dans l’ouest de l’Uele.
C’est lui qui, abandonné au combat par son peloton apeuré, resta seul bien en vue de l’ennemi pour donner le change à ceux-ci en feignant de commander ses hommes, détournant ainsi une attaque contre la colonne Chaltin en marche ; c’est encore lui qui, pour tuer le temps, se mit à noter le nombre de minutes qu’il fallait aux ennemis pour recharger leurs canons !
En juillet 1899 il fut envoyé au Congo pour commencer le dressage des éléphants. Après avoir été examiner les procédés utilisés au Gabon, il entama la domestication des pachydermes à Kira-Vungu et à son retour en Belgique quatre ans plus tard il en avait déjà domestiqué douze.  Retourné en 1904 il en retrouva huit et finit par réunir un troupeau de 28 bêtes capables de tirer la charrue et de  transporter des matériaux. Pendant ce nouveau séjour il délivra  plus de quatre mille esclaves qu’il renvoya dans leur foyer.
Carrière bien remplie dont Laplume passé du grade de sergent à celui de capitaine-commandant peut s’enorgueillir à juste titre.

Rappelons que Jules-Henri Laplume était né le 16 novembre 1866 à Salmchâteau et qu’après des études d’instituteur, il s’engagea à l’armée puis au service de l’Etat indépendant du Congo. Il est l’auteur de plusieurs études sur l’élevage des éléphants.

                                                                                     Robert NIZET

dimanche 31 mars 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps


Dans l’Organe de Vielsalm du 15 janvier 1907, il est question de loups. Alors qu’ils n’avaient plus été aperçus chez nous depuis plus de trente ans, l’un d’eux vient d’être abattu par le directeur de la Source de Chevron. D’autre part, une bande de 9 spécimens fut aperçue par Hubert L. de Malmedy sur sa chasse de l’Hertogenwald : il en abattu trois de 52, 44 et 32 kg. De plus on affirme avoir relevé des traces de loups près de Manhay. Le fait n’est pas commun : ces fauves n’étaient plus apparus dans la Fagne depuis un demi-siècle.

Le 24 février suivant il est signalé que les loups causent en ce moment les plus grands dommages au grand gibier. Des bandes entières de loups quittent les forets d’Ardenne et se rendent en territoire allemand. Tiraillés par la fin il en est qui se risquent jusque dans les villages. A Nidrum, un grand chien qui était attaché a été complètement dévoré. Ailleurs, un garde forestier en a tué un qui voulait entrer dans une maison.
Il n’est pas sans agrément, pour tuer le temps et par d’affreuses tempêtes, de remuer un peu l’effroi des bonnes gens !

Le 27 février 1908, on lit dans l’Organe que Vielsalm pourrait bien être doté d’ici 2 ou 3 ans d’une sous lieutenance de gendarmerie. Le Ministère de la Guerre est en pourparlers pour l’achat du pensionnat des Sœurs de la Providence qui servirait de caserne aux braves pandores : ceux-ci feraient partie de la gendarmerie à cheval. Sous toutes réserves.

Il s’agit du bâtiment au-dessus de la place du marché que les Sœurs vont quitter pour leur nouvel immeuble des Chars-à-Bœufs dont la construction a commencé.

Dans l’Organe du 21 février 1909 : à Courtil, des voleurs se sont introduits par la fenêtre et nuitamment dans l’Hôtel de la Station et ont emporté le contenu du comptoir, des pipes, des porte-monnaie, une paire de souliers d’un voyageur, etc…
Les malandrins  ont abandonné les boîtes vides dans un hangar voisin et l’un deux a oublié son capuchon de couleur brune sur lequel quelqu’un qui voit clair a découvert des taches de résine et des poils de cheval blancs. Espérons que ces indices seront suffisants pour mettre la police sur une piste.

Dans les petits nouvelles communiquées par L’Organe du 28 février 1909 :  depuis quelques temps, un bureau  de télégraphe est installé à Salmchâteau, il reçoit les télégrammes et exprès postaux au départ et à l’arrivée ;  le carnaval sera fêté dignement cette année à Vielsalm, la jeunesse se prépare et d’après des indiscrétions, on devrait voir des merveilles ; on vend un bon chien de charrette avec harnais et une bonne charrette à chien chez Malherbe-Ledent, machines à lessiver à Vielsalm-Station ; une école professionnelle de coupe dirigée par Madame Motin s’installe au même endroit ; on propose de louer un bel atelier de forgeron au point d’arrêt du vicinal à Salmchâteau.

L’Organe du 27 février 1910 : De retour du Congo, M. Dumont de Bêche est rentré au pays dimanche dernier.  Notre aimable concitoyen est en très bonne santé et se propose de repartir bientôt pour le pays noir.

Celui du 6 mars 1910 nous apprend que Arbrefontaine va être doté d’une salle de fêtes. Ainsi en a décidé à l’unanimité la jeunesse du village. L’emplacement du nouveau local est acquis : il est situé à l’entrée du village et heureusement choisi. Désormais les habitants du village  trouveront chez eux les distractions qu’ils ont dû aller chercher  dans les localités voisines jusqu’à ce jour.

Et au rayon « nécrologie » : mercredi dernier succombait à Rencheux à l’âge de 70 ans, Monsieur Henri Rondeux, brigadier-forestier. Cette mort a causé en notre ville une vive émotion, le regretté défunt étant très connu et très estimé. Il comptait à Vielsalm de bonnes et solides amitiés.  D’un abord jovial, M. Rondeux était un homme plein d’affabilité et de délicatesse ; ce cœur d’or remplissait sans bruit, comme sans ostentation, les différents services que sa charge de brigadier-forestier lui imposait. On compterait difficilement les personnes qu’il a aidées de ses conseils et de son appui. Les obsèques ont eu lieu au milieu d’une grande affluence.

Robert NIZET

mardi 5 mars 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps


Dans l’Organe du 12 février 1905 :
La série rouge continue à Lierneux : jeudi dernier le feu a détruit trois maisons appartenant à M. Guillaume. Cette catastrophe porte à 12 le nombre de maisons incendiées à Lierneux depuis un mois !

Jules Jeunejean, mécanicien et maréchal ferrant informe que ses ateliers seront transférés rue de la Station dans l’ancienne maison Arasse.
 Il s’agit de l’immeuble Cottin,  Simon jusque récemment (puisqu’il vient d’être vendu et va être rasé) et situé  sous le monument aux Coloniaux. Un certain Walrant (ou Wallerant ?) y a aussi (avant ou après ?) fabriqué des pierres à rasoir.

Enfin, l’éditeur incite ses lecteurs à demander les nouvelles cartes postales illustrées de la chasse à courre de Vielsalm. Sans doute Gillet se bornait-il à les imprimer, laissant à plusieurs commerçants de la localité le soin de les éditer ?

Dans l’Organe du 11 février 1906 un abonné signale l’état lamentable du matériel roulant sur la ligne Gouvy-Libramont : les trains y sont composés de voitures légères destinées à ne faire que du 45km/h mais roulent souvent à du 60 km/h pour récupérer le retard. Donc le matériel est détraqué, disloqué, les ressorts déformés et on subit des secousses. Pourtant il existe, remisées dans des dépôts, de nombreuses voitures construites pour le service des voyageurs durant l’exposition de Liège.

A Bovigny, une chasse avait été organisée à la Heid. Un sanglier avait été blessé et fut poursuivi par quelques chasseurs mais l’animal rendu furieux bourra sur eux à différentes reprises et cassa la jambe gauche à Jules Jacob de  Rogery. Soins donnés par le Dr Lomry qui participait à la chasse et la bête de 76 kg achevée.

Il est annoncé dans l’Organe du 27 janvier 1907 que les obsèques solennelles pour le repos de l’âme de Monsieur Lucien Remacle seront célébrées en l’église de Ville-du-Bois le mercredi 30 janvier courant à 10 heures du matin.
Lucien Remacle, agent du comité spécial du Katanga et décoré de l’étoile de service de l’Etat indépendant du Congo, était né à Ville-du-Bois le 4 juillet 1870 et est décédé au poste de Lubefu le 26 septembre 1906.

On suppose, vu le délai, que le corps avait été rapatrié.

L’Organe du 24 janvier 1909 relate l’accident mortel survenu à la halte de Rencheux : Gengoux Peters de Ville-du-Bois, garde barrière de nuit, a été tamponné par le train de marchandises de 21h45 et trouvé à l’état de cadavre vers 22 heures. On suppose qu’il n’aura pas entendu venir le train ou que, trompé par l’obscurité, il  se sera approché trop près de la voie.

L’Organe du 6 février 1910 donne le compte-rendu complet de la séance du 30 janvier du conseil communal. Il y est question d’une lettre de la Fabrique d’église tendant à obtenir l’autorisation de placer une nouvelle horloge à l’église. Celle qui existe est dans un tel état de délabrement qu’elle fait craindre des accidents et qu’elle indique l’heure d’une façon très irrégulière, étant en fonction depuis 203 ans. Le devis présenté par M. Lugeler de Strasbourg, ayant comme représentant à Vielsalm Joseph Starck,  s’élève à 1864 Fr et l’intervention de la commune serait de 932 Fr. Bien qu’il y aurait eu appel à deux fabricants mais qu’un seul devis soit présenté, la proposition de placement est admise à l’unanimité.

 L’Organe du 9 février 1913 est consacré, comme très souvent, principalement au compte rendu du conseil communal. Cette fois-ci, celui-ci commence par indiquer qu’une assistance nombreuse se trouvait dans la salle, attendant avec stoïcité l’ouverture des débats qui, malheureusement pour eux, se sont déroulés le plus courtoisement et sans altercation.

Ce n’était pas toujours le cas.

Ces séances du conseil semblaient être attendues et suivies comme une distraction fort prisée ! Remarquons cette fois, notamment,  une demande de subsides des Zélés Orphéonistes de Bêche (un Bêchlî sachant manier la plume ne pourrait-il nous instruire sur cette société ?) et une pétition des gens de Rencheux réclamant l’eau alimentaire !

A Lierneux, dimanche dernier vers midi, la maison de Mr J. Massoz a été tellement malmenée par le vent que le pignon a été enlevé. Une personne qui était alitée a été projetée de l’étage au rez–de- chaussée et y est arrivée indemne. Il n’y a pas d’accident à déplorer.

M. Léopold Michaux, ancien docteur à Vielsalm, qui était parti au Congo l’année dernière (1913) est décédé à Kambové le 28 janvier dernier à l’âge de 47
ans.

                                                                                     Robert NIZET

vendredi 16 mars 2012

DES SALMIENS AU CONGO

Dans un article paru dans Le Pays de Salm du 29 mars 1959 (hebdomadaire publié par Jacques Winand), l'inénarrable « journaliste » local Moustique (Alexis Bruyère) fit un relevé précis des coloniaux salmiens issus de la rue du Général Jacques à Vielsalm. Sur 280 mètres et 52 habitations il en avait trouvé 26 soit un par deux habitations et un par onze mètres de rue !!! Il pensait que c'était un record, ce qui n'est pas impossible. Et de fait, les gens de la région qui dès la fin du 19e siècle sont partis vers l'Etat Indépendant du Congo puis vers le Congo belge sont légion. L'un des premiers et le plus célèbre est sans conteste Alphonse Jacques qui conquit en terre africaine ses premières- et sans doute ses plus grandes – lettres de noblesse.

Le notaire Jules Jacques (1825 – 1900) avait repris l'étude de son père Pierre-Joseph située dans un bâtiment de la route vers Neuville. (En 2008, à cet emplacement, l'immeuble « Art Nouveau » de feu le notaire Delire devenu L'Auberge du Notaire , ensemble de chambres d'hôte de standing). Il fut aussi conseiller provincial et exploita le coticule entre Vielsalm et Salmchâteau. Son épouse Léonie Lamberty lui donna huit enfants : deux filles et six garçons. L'un d'eux, Alphonse, aura un destin hors du commun.

Il naquit à Stavelot le 24 février 1858 chez son grand-père Lamberty mais peut être considéré comme un pur salmien puisque sa famille était bien ancrée à Vielsalm. Il commença au collège Saint-Remacle des études qu'il poursuivit au Collège de la Trinité à Louvain puis à l'Institut Rachez à Bruxelles, en préparation à l'école militaire où il entre en 1876. Il fait encore l'Ecole de guerre avant de s'embarquer le 8 mai 1887 pour le Congo, à ce moment Etat indépendant. Là, il s'occupe de tout : maintien de l'ordre, organisation des transports, vérification des bateaux, entraînement des miliciens de la force publique. Il rentre au pays en 1890 et repart le 13 mai 1891 après avoir été reçu en audience privée chez le pape Léon XIII pour s'occuper cette fois de la lutte anti-esclavagiste au cours de laquelle il sort vainqueur du grand chef des expéditions barbares Tippo-Tip.

C'est aussi à ce moment qu'il fonde un poste qui deviendra Alberville (puis Kalemie). Nouveau retour au pays en 1894 : il se fiance à Pauline Beaupain, puis troisième terme de 1895 à 1898. Durant les quatre années suivantes, il sera réintégré dans les cadres de l'armée et mettra cette trêve dans les expéditions africaines à profit pour se marier et avoir deux enfants.
Cependant, une fois le Congo débarrassé de ses trafiquants de chair humaine, il fallait étudier les ressources du pays. Alphonse Jacques reprend donc du service outre-mer en 1902 pour étudier, construire et exploiter le chemin de fer reliant la frontière méridionale du Congo à la Lualaba. En 1905 : retour en Belgique et vie de garnison à Hasselt, puis le voilà commandant en second de l'Ecole Militaire, ensuite commandant du 12e de Ligne à Liège au moment où éclata la première guerre mondiale qui va lui permettre de se distinguer à nouveau et d'acquérir d'autres titres de gloire. En effet, Jacques avait fondé une ville au Congo, il va en sauver une en Belgique. Le 16 octobre 1914 avec son 12e de ligne, il occupe à Dixmude le point névralgique du front. Si ce point cède, les Allemands seront à Paris quand ils voudront. Jacques tiendra dix-sept jours jusqu'à ce que l'inondation sème la panique chez les Allemands. Après la guerre, il sera chargé de réorganiser l'armée et de représenter la Belgique dans divers pays étrangers.
Alphonse Jacques avait été fait Baron par A.R. du 15 novembre 1919 puis autorisé à ajouter à son patronyme la mention de Dixmude par A.R. du 27 octobre 1924. Il mourut le 21 novembre 1928 et on lui fit des funérailles nationales. Vielsalm honora sa mémoire d'une stèle avec buste en bronze sculpté par P. Van de Kerkhove et qui fut inaugurée près de la maison communale le 14 septembre 1930. Il fut enterré au cimetière de Vielsalm où sa tombe conçue par l'architecte Poupé fut inaugurée le 11 mai 1930. Le conseil communal de Vielsalm, en sa séance de 16 août 1919, baptisa Rue du Général Jacques la route anciennement appelée de Neuville . (En français correct, on dit et on écrit bien Rue DU Général Jacques). Signalons encore que chacun des retours d'Alphonse Jacques au pays était l'occasion de festivités grandioses dans la capitale et à Vielsalm.

Comme dit ci-dessus, de nombreux autres citoyens salmiens ou de la région proche – une quarantaine entre 1887 et 1908 - suivirent, avec moins de réussite et donc de retentissement médiatique, l'exemple de Jacques.

Norbert Niderich né à Vielsalm en 1867 partit en 1890 comme adjoint à l'expédition du Katanga et revint en 1893; Il était seul mais il avait laissé en route un petit compagnon qui devait le rejoindre quelques semaines plus tard : Kalala, premier Noir à arriver et à séjourner ici ! Objet donc de curiosité et de bien des conversations. On cite le cas d'un habitant d'au – delà d'Odeigne venu à pied voir cette chose extraordinaire : un homme à la peau noire. Les gosses de Salmchâteau n’étaient pas les derniers pour taquiner ce phénomène : ils lui criaient : Neûr djâle, neûr djâle ! Et Kalala de se réfugier chez son bienfaiteur en pleurant : Moi pas neûr djâle, moi pas neûr djâle ! Kalala avait été fait prisonnier par un chef noir et vendu à des arabes comme esclave. Il parvint à s'évader et fut recueilli par Diderich et ses hommes. Son protecteur lui fit faire des études à Carlsbourg où il fut baptisé sous le prénom d’Antoine puis retourna en Afrique.

Hubert-Joseph Putz s'engagea au service de l'Etat indépendant du Congo en qualité d'éleveur de bétail et d'agent de culture. Il fut notamment chargé de la capture et de la domestication des zèbres et éléphants au Katanga. Pour cela il se rendit d'abord en Uele où il retrouva un autre Sâmiot , le commandant Jules Laplume qui s'illustra précédemment dans plusieurs actions contre les marchands d'esclaves avant de s'occuper activement de la domestication des éléphants et d'écrire sur le sujet des études intéressantes. Comme, en fait, les éléphants n'étaient pas très nombreux au Katanga, Putz se cantonna aux zèbres. Une grande battue permit la capture d'une centaine de bêtes qui prirent place dans un kraal de 16 ha avec boxes et manège. Il ne semble pas que l'élevage de ces chevaux en pyjama ait connu une suite. Rentré en Belgique en 1909, il s'installa dans son village natal de Salmchâteau où il créa le Cercle africain des Ardennes.
C'est ce Cercle, devenu entre temps royal, (C.R.A.A.) qui en 1957 fut à la base de la création du Mémorial aux vétérans coloniaux du Pays de salm. Après plusieurs projets, il fut décidé d'intégrer celui-ci au site de l'ancienne chapelle Saint-Gengoux déjà citée en 1589 et qui a été ensuite consacrée aussi à Notre-Dame du Luxembourg.(Entre l'actuelle Avenue de la Salm et la Rue de la chapelle).
Ce mémorial de pierre et de bronze fut inauguré le 28 juillet 1957 par la Baronne jacques de Dixmude, veuve du général, en présence des représentants des Rois Baudouin et Léopold III (un fils du Général notamment) , du Ministre des colonies, de très nombreuses personnalités et familles de coloniaux ainsi que d'un important détachement de la Force publique. Il voulait honorer les pionniers (jusqu’en 1898) et les vétérans (jusqu'au 18 octobre 1908) ayant servi sous l'Etat Indépendant du Congo. Par la suite, y fut adjoint le souvenir de tous ceux ayant œuvré au développement du pays devenu Colonie belge.
Quel que soit le regard que les révisionnistes jettent maintenant sur cette œuvre gigantesque de la colonisation et de la civilisation du bassin du Congo, tous ces gens, dont beaucoup ont laissé là-bas leur vie ou leur santé, méritaient bien cet hommage.

Robert NIZET.