vendredi 16 mars 2012

DES SALMIENS AU CONGO

Dans un article paru dans Le Pays de Salm du 29 mars 1959 (hebdomadaire publié par Jacques Winand), l'inénarrable « journaliste » local Moustique (Alexis Bruyère) fit un relevé précis des coloniaux salmiens issus de la rue du Général Jacques à Vielsalm. Sur 280 mètres et 52 habitations il en avait trouvé 26 soit un par deux habitations et un par onze mètres de rue !!! Il pensait que c'était un record, ce qui n'est pas impossible. Et de fait, les gens de la région qui dès la fin du 19e siècle sont partis vers l'Etat Indépendant du Congo puis vers le Congo belge sont légion. L'un des premiers et le plus célèbre est sans conteste Alphonse Jacques qui conquit en terre africaine ses premières- et sans doute ses plus grandes – lettres de noblesse.

Le notaire Jules Jacques (1825 – 1900) avait repris l'étude de son père Pierre-Joseph située dans un bâtiment de la route vers Neuville. (En 2008, à cet emplacement, l'immeuble « Art Nouveau » de feu le notaire Delire devenu L'Auberge du Notaire , ensemble de chambres d'hôte de standing). Il fut aussi conseiller provincial et exploita le coticule entre Vielsalm et Salmchâteau. Son épouse Léonie Lamberty lui donna huit enfants : deux filles et six garçons. L'un d'eux, Alphonse, aura un destin hors du commun.

Il naquit à Stavelot le 24 février 1858 chez son grand-père Lamberty mais peut être considéré comme un pur salmien puisque sa famille était bien ancrée à Vielsalm. Il commença au collège Saint-Remacle des études qu'il poursuivit au Collège de la Trinité à Louvain puis à l'Institut Rachez à Bruxelles, en préparation à l'école militaire où il entre en 1876. Il fait encore l'Ecole de guerre avant de s'embarquer le 8 mai 1887 pour le Congo, à ce moment Etat indépendant. Là, il s'occupe de tout : maintien de l'ordre, organisation des transports, vérification des bateaux, entraînement des miliciens de la force publique. Il rentre au pays en 1890 et repart le 13 mai 1891 après avoir été reçu en audience privée chez le pape Léon XIII pour s'occuper cette fois de la lutte anti-esclavagiste au cours de laquelle il sort vainqueur du grand chef des expéditions barbares Tippo-Tip.

C'est aussi à ce moment qu'il fonde un poste qui deviendra Alberville (puis Kalemie). Nouveau retour au pays en 1894 : il se fiance à Pauline Beaupain, puis troisième terme de 1895 à 1898. Durant les quatre années suivantes, il sera réintégré dans les cadres de l'armée et mettra cette trêve dans les expéditions africaines à profit pour se marier et avoir deux enfants.
Cependant, une fois le Congo débarrassé de ses trafiquants de chair humaine, il fallait étudier les ressources du pays. Alphonse Jacques reprend donc du service outre-mer en 1902 pour étudier, construire et exploiter le chemin de fer reliant la frontière méridionale du Congo à la Lualaba. En 1905 : retour en Belgique et vie de garnison à Hasselt, puis le voilà commandant en second de l'Ecole Militaire, ensuite commandant du 12e de Ligne à Liège au moment où éclata la première guerre mondiale qui va lui permettre de se distinguer à nouveau et d'acquérir d'autres titres de gloire. En effet, Jacques avait fondé une ville au Congo, il va en sauver une en Belgique. Le 16 octobre 1914 avec son 12e de ligne, il occupe à Dixmude le point névralgique du front. Si ce point cède, les Allemands seront à Paris quand ils voudront. Jacques tiendra dix-sept jours jusqu'à ce que l'inondation sème la panique chez les Allemands. Après la guerre, il sera chargé de réorganiser l'armée et de représenter la Belgique dans divers pays étrangers.
Alphonse Jacques avait été fait Baron par A.R. du 15 novembre 1919 puis autorisé à ajouter à son patronyme la mention de Dixmude par A.R. du 27 octobre 1924. Il mourut le 21 novembre 1928 et on lui fit des funérailles nationales. Vielsalm honora sa mémoire d'une stèle avec buste en bronze sculpté par P. Van de Kerkhove et qui fut inaugurée près de la maison communale le 14 septembre 1930. Il fut enterré au cimetière de Vielsalm où sa tombe conçue par l'architecte Poupé fut inaugurée le 11 mai 1930. Le conseil communal de Vielsalm, en sa séance de 16 août 1919, baptisa Rue du Général Jacques la route anciennement appelée de Neuville . (En français correct, on dit et on écrit bien Rue DU Général Jacques). Signalons encore que chacun des retours d'Alphonse Jacques au pays était l'occasion de festivités grandioses dans la capitale et à Vielsalm.

Comme dit ci-dessus, de nombreux autres citoyens salmiens ou de la région proche – une quarantaine entre 1887 et 1908 - suivirent, avec moins de réussite et donc de retentissement médiatique, l'exemple de Jacques.

Norbert Niderich né à Vielsalm en 1867 partit en 1890 comme adjoint à l'expédition du Katanga et revint en 1893; Il était seul mais il avait laissé en route un petit compagnon qui devait le rejoindre quelques semaines plus tard : Kalala, premier Noir à arriver et à séjourner ici ! Objet donc de curiosité et de bien des conversations. On cite le cas d'un habitant d'au – delà d'Odeigne venu à pied voir cette chose extraordinaire : un homme à la peau noire. Les gosses de Salmchâteau n’étaient pas les derniers pour taquiner ce phénomène : ils lui criaient : Neûr djâle, neûr djâle ! Et Kalala de se réfugier chez son bienfaiteur en pleurant : Moi pas neûr djâle, moi pas neûr djâle ! Kalala avait été fait prisonnier par un chef noir et vendu à des arabes comme esclave. Il parvint à s'évader et fut recueilli par Diderich et ses hommes. Son protecteur lui fit faire des études à Carlsbourg où il fut baptisé sous le prénom d’Antoine puis retourna en Afrique.

Hubert-Joseph Putz s'engagea au service de l'Etat indépendant du Congo en qualité d'éleveur de bétail et d'agent de culture. Il fut notamment chargé de la capture et de la domestication des zèbres et éléphants au Katanga. Pour cela il se rendit d'abord en Uele où il retrouva un autre Sâmiot , le commandant Jules Laplume qui s'illustra précédemment dans plusieurs actions contre les marchands d'esclaves avant de s'occuper activement de la domestication des éléphants et d'écrire sur le sujet des études intéressantes. Comme, en fait, les éléphants n'étaient pas très nombreux au Katanga, Putz se cantonna aux zèbres. Une grande battue permit la capture d'une centaine de bêtes qui prirent place dans un kraal de 16 ha avec boxes et manège. Il ne semble pas que l'élevage de ces chevaux en pyjama ait connu une suite. Rentré en Belgique en 1909, il s'installa dans son village natal de Salmchâteau où il créa le Cercle africain des Ardennes.
C'est ce Cercle, devenu entre temps royal, (C.R.A.A.) qui en 1957 fut à la base de la création du Mémorial aux vétérans coloniaux du Pays de salm. Après plusieurs projets, il fut décidé d'intégrer celui-ci au site de l'ancienne chapelle Saint-Gengoux déjà citée en 1589 et qui a été ensuite consacrée aussi à Notre-Dame du Luxembourg.(Entre l'actuelle Avenue de la Salm et la Rue de la chapelle).
Ce mémorial de pierre et de bronze fut inauguré le 28 juillet 1957 par la Baronne jacques de Dixmude, veuve du général, en présence des représentants des Rois Baudouin et Léopold III (un fils du Général notamment) , du Ministre des colonies, de très nombreuses personnalités et familles de coloniaux ainsi que d'un important détachement de la Force publique. Il voulait honorer les pionniers (jusqu’en 1898) et les vétérans (jusqu'au 18 octobre 1908) ayant servi sous l'Etat Indépendant du Congo. Par la suite, y fut adjoint le souvenir de tous ceux ayant œuvré au développement du pays devenu Colonie belge.
Quel que soit le regard que les révisionnistes jettent maintenant sur cette œuvre gigantesque de la colonisation et de la civilisation du bassin du Congo, tous ces gens, dont beaucoup ont laissé là-bas leur vie ou leur santé, méritaient bien cet hommage.

Robert NIZET.

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