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jeudi 24 septembre 2009

Le haut-officier.

Les archives que nous avons consultées montrent, qu'en la deuxième moitié du XVIe siècle, le comte de Salm ne réside plus dans son comté, mais qu'il se fait remplacer par un haut-officier, dont les fonctions sont rémunérées par des appointements.

FAHNE signale que le comte Werner est né à Salm le 17 août 1545.

Toutefois, de tous nos comtes de la famille de REIFFERSCHEID, aucun n'est enterré à Salm, ni leur épouse sauf, à en croire FAHNE, l'épouse de Jean VI, Irmgard de WEVELINGHOVEN, décédée en 1474. La présence d'un haut-officier à Salm serait donc déjà réelle au début du XVIe siècle ou fin du XVe.

Avec le receveur, dont la dénomination indique suffisamment la fonction, le haut-officier avait la haute main sur toute l'administration civile et financière du comté.

Voici les noms des hauts-officiers que nous avons relevés :

- Jean von INGENHEIM, désigné le 26 octobre 1486 par l’archevêque de Trèves à qui le comté était engagé à ce moment.

- « Renier de polich » cité en 1548 à un record.

- « Guillaume del dick, seigneur de froidcourt », signalé en 1560 comme ayant été haut-officier un peu auparavant. Il était arrière-petit-fils de Jean VII de REIFFERSCHEID et d'une fille de Salm. Est enterré à La Gleize.

- Pierre BENDRUM, cité en 1565 et 1571. A exercé également les fonctions de receveur.

- Jean BIEVER, époux de Elsquinne (Elisabeth) FERBERIN. Cité en 1599 comme haut-officier et receveur. Habitait Vielsalm où sa maison fut brûlée par les Hollandais en 1636.

- Nicolas NIDRUM. Cité en 1607 et 1611 comme officier et receveur. Originaire du pays de Thommen.

- Balthazar «d'Elven ». Cité comme officier en 1620 et 1629.

- Gérard d'EYSDEN. Cité comme haut-officier le 5 mars 1641 et encore en 1652. Signalé également comme receveur le 6 février 1638. Epoux de Marie-Catherine HESTERMAN.

- Guillaume HALL. Epoux d'Agnès DEMERADT. Décédé le 27 janvier 1694. Voici l'acte de son décès: « Le 27 est décédé le Sr Wilheme Hal en son vivant officier du comté de Salme». Il est cité comme haut-officier, déjà le 7 décembre 1655 et jusqu'à son décès. Agnès, épouse de Guillaume HALL, décédée le 8 janvier 1664.

- Henri WIROTTE, ou WIROTIUS. Epoux de Anne Jacques SCHLONCK. Est décédé le 4 janvier 1732. Voici l'acte de son décès: « Le 4 est décédé le Sr Henry Wirotius jadis officier et admodiateur de ce comté ». Il est originaire de Priesmont et fils de Mathieu WIROTTE, prévôt du comté. Henri WIROTTE est signalé comme haut-officier en mai 1699 et jusqu'à 1715. Il a rempli également les fonctions de receveur.

- Eric-Adolphe FOCCART. Né le 19 décembre 1655. Fils de Jacques FOCCART, maître des gardes au château de Salm, et de Jeanne RUTH. Cette dernière est sœur de Jean RUTH, greffier de la Cour de Salm à ce moment. L'enfant eut comme parrain Jean RUTH, greffier, et il reçut le prénom du comte Eric-Adolphe, alors comte de Salm. Eric-Adolphe FOCCART épousa Hélène RAYMUNDI (née le 8-10-1659), de Vielsalm, petite-fille par sa mère Anne PIERRE ou PIERRET, de Jean PIERRE mayeur de Laloux puis receveur du comté. Il avait épousé en secondes noces, Marie-Catherine CANNART, veuve d’Antoine HORMAN, en son vivant officier de Brandebourg. Voici l'acte de son décès, le 25 août 1726 : « Le 25 août est décédé le Sr Erich Adolphe Foccart, offr. de ce comté de Salme ». Il est cité comme haut-officier en 1715 et à son décès.

- Eric-Adolphe RUTH. Né le 9 janvier 1693. Fils de Gérard RUTH, greffier de la Cour de Salm, et de Marie-Gertrude, fille de Guillaume HALL haut-officier. Filleul de Eric-Adolphe FOCCART précité. Il épousa, le 24 septembre 1738, à Vielsalm, Marguerite HONVELEZ († 31-1-1753), née le 17 mai 1703, à Vielsalm, petite-fille par sa mère Lucie WIROTTE de Mathieu WIROTTE prévôt du comté de Salm, et sœur de Gérard HONVELEZ, greffier de Salm ; Lucie WIROTTE est également la mère, d'un premier mariage, du jésuite et historien Jean BERTHOLET.
Eric-Adolphe RUTH est décédé le 2 mars 1762. Voici l'acte de son décès: « 2da obiit Dnus erich adolphus ruth ex vielsalm stapa comitatus Salmensis ».
Il est cité comme haut-officier le 29 novembre 1726 et jusqu'à son décès, donc pendant trente-cinq ans. Il est signalé également comme échevin en 1719 et 1720 ; comme receveur en 1726 et 1731 ; comme prévôt de 1745 à 1762. Habitait la maison devenue l'école Saint-Joseph à Vielsalm.

- Jean-Pierre KESLER. Est cité comme haut-officier le 1 octobre 1765 et le 12 septembre 1768. Originaire de Saint-Vith, mais résidait déjà au pays de Salm avant d'exercer les charges de haut-officier, puisqu'il est signalé comme procureur d'office en 1754 et 1759.

- François-Louis BAUJOZ. N'est pas originaire du pays de Salm. Epousa, le 1 mai 1760, à Vielsalm, Marie-Joseph HENNUY, de la paroisse de Bihain, fille de Jean-Guillaume HENNUY, receveur du comté de Salm. Il est cité comme haut-officier le 23 juillet 1771 et jusqu'à son décès, le 12 septembre 1779. Voici l'acte de son décès, à Vielsalm : « le 12 a deux heures et demi du matin est décédé Mons. François Louis Baujoz de Vielsalm juge des domaines de Sa Maj. haut officier du comté. L. Martiny, curé de Salm ».
Sa pierre tombale, armoriée, a été retrouvée en 1953 lors de la reconstruction de l’église actuelle de Vielsalm.

- de GRABLER. Cité comme haut-officier le 7 septembre 1782. Il n'était plus en fonction à la fin de 1782. En mai 1782, ses biens avaient été hypothéqués en faveur du comte Sigismond.

- Charles-Denis-Chrétien BAUJOZ. Originaire de Malines. Fils de Denis-François BAUJOZ, avocat au Grand Conseil de Malines. Il épousa, le 11 juin 1793, à Vielsalm, Jeanne-Elisabeth LAMBERTY (16-10-1776 -16-2- 1801), fille de Jean-Christophe LAMBERTY de Vielsalm et prévôt du comté.
Il était licencié es lois et lui-même avocat au Grand Conseil de Malines. Est signalé comme haut-officier en 1790 et 1794. A exercé également les fonctions de receveur jusqu'à octobre 1794. Entre le décès de François­Louis BAUJOZ et la désignation de Charles-Denis-Chrétien BAUJOZ comme haut-officier, le père de ce dernier a exercé les fonctions de Grand baillif et administrateur plénipotentiaire du comté de Salm, depuis le 13 septembre 1783.

- Jean-Jacques MARTHOZ. Originaire de Harzé-Aywaille. Notaire à Vielsalm. Epoux de Barbe SOLIVAUX. Cité comme haut-officier en 1794, 1795 et jusqu'à la fin du comté de Salm. Décédé à Aix-la-Chapelle le 11 août 1811 à 58 ans.


Ndlr:

Publié avec les corrections et ajouts de G. REMACLE.

samedi 1 août 2009

Anciennes maisons de Vielsalm. (2)

(publié dans Pays de Salm, le 27 février 1966)

parlons aujourd’hui d’une autre maison, toute remplie de bien des souvenirs de Vielsalm si elle pouvait nous les exprimer.
Certes, son aspect n’est plus celui de sa jeunesse ; elle a été amplement complétée, aménagée aussi pour des fins nouvelles, et même sa façade a changé d’allure. Toutefois, il lui demeure certaines portions chargées d’ans.
Il s’agit de l’école St-Joseph.

En 1637 ou un peu avant, s’installe à Vielsalm Jean RUTH. Encore un étranger au pays. Il devient greffier du comté, et le premier acte rédigé de son écriture – mais quelle écriture, indéchiffrable à première vue ! – est du 30 novembre 1637.
Un document dira de lui, un peu plus tard : « estranger ny at grands moyens, vive honnestement de sa charge ».
Où s’est-il installé car, depuis 1636 la moitié de la localité est en ruines à la suite d’un vaste incendie allumé par des troupes hollandaises.
Bientôt, il effectue plusieurs achats, en 1643, 1651, de parts de maisons, à Jean MIDO, à Jean le CHARLIER, à Balthasar ROBERT… ; toutes se situent à l’endroit de l’actuelle école St-Joseph.
Jean fait alors, sans doute, table rase de ces constructions et, en 1656 déjà, il a « une maison bastie par le même greffier située sur le marché à la Vielsalm ».
Peu auparavant, il a épousé Anne, fille de Gérard d’EYSDEN, haut-officier du comté de Salm, dont il aura 11 enfants, à partir de 1641.il devient aussi, après quelque temps, officier du comté de Manderscheid Kayl.

Il vivait encore le 31 janvier 1661, date de son second mariage à Salm.

Gérard, son premier fils, né en 1642, lui succéda dans les fonctions de greffier de Salm, déjà en 1670.
Lui aussi, comme son père, rechercha une alliance qui pouvait le pousser loin. Il fixa son choix sur une fille du haut-officier de Salm à ce moment, c’est-à-dire Marie Gertrude fille de Guillaume HALL.
15 enfants naquirent de ce mariage, tous baptisés à Vielsalm. Ainsi habitée, la maison RUTH devait certes bourdonner comme une ruche et avoir déjà une certaine ampleur.
Génération suivante. Les enfants de Gérard RUTH se sont peu à peu dispersés. La maison de Vielsalm devient, en indivision, propriété de trois d’entre eux : Eric Adolphe, Jeanne Elisabeth, célibataire et Isabelle décédée vers 1750.
Depuis longtemps déjà, la propriété joignant la maison est constituée.
Elle s’étend depuis le « marché jusqu’au sentier qui va derrier la maison de Belveaux » (la dite maison BELVEAUX est à l’origine des bâtiments groupant les demeures actuelles de MM. LEROT et GODFRAIND).
Il faut s’arrêter un peu ici à Eric Adolphe, personnage dont l’activité a marqué fortement la vie du comté de Salm durant une partie du 18e siècle.

Il est né en 1693. il épousa, le 29 septembre 1738, sa voisine Marguerite HONVELEZ dont il eut un fils et une fille.
Fils et petit-fils de greffiers de Salm, petit-fils et arrière-petit-fils de haut-officier de Salm, filleul aussi d’un autre haut-officier, Eric Adolphe FOCCART (le prénom Eric Adolphe imitait celui du comte de Salm Eric Adolphe, décédé en 1673), le jeune RUTH se trouvait ainsi placé à l’entrée de la vie sur une voie que l’on devine. Rien d’étonnant donc de le voir devenir échevin de Salm, greffier, puis haut-officier même après son parrain, de 1726 à son décès en 1762. on lui reconnaissait un beau talent de parole et d’écriture, qu’appréciait son seigneur.
De sa maison, au haut du « marché » à Vielsalm, Eric-Adolphe orientait et commandait les destinées du comté de Salm. Ce ne fut pas sans heurts et sans diversité. C’est l’époque des grands procès des sujets de Salm contre leur seigneur, et le passage aussi de troupes étrangères à plusieurs reprises. RUTH joua ici un rôle un peu particulier dont nous avons conté ailleurs (voir l’ouvrage « Vielsalm et ses environs ») quelques péripéties, et vous y renvoyons.
Aucun des enfants d’Eric Adolphe ne reprit la maison paternelle, d’ailleurs en indivision. Le fils, Gérard Joseph, quitta Vielsalm pour passer à Luxembourg et, homme de loi, y devint secrétaire du Conseil provincial de justice.
Signalons en passant ce détail, en digression. A Luxembourg, le petit-fils de Gérard Joseph, c’est-à-dire Antoine RUTH (né en 1802), docteur en droit, fut condamné à mort, par contumace, par la Cour d’Assises du Grand-Duché le 6 février 1833, parce qu’il s’était rallié au Gouvernement de Bruxelles de 1830. il fut cependant amnistié peu après, devint procureur du Roi à Neufchâteau, puis de 1844 à 1849, professeur de droit civil à l’Université de Liège. Il mourut du choléra en 1849.

A Vielsalm, le 3 avril 1767, l’un des indivisaires, Jeanne Elisabeth, sœur d’Eric Adolphe, fit donation de sa part à sa nièce Marie Jeanne HARTER, veuve LAMBERTY (dont la mère était Marie Gertrude RUTH, sœur de Jeanne Elisabeth. Devenue veuve, M.J. HARTER, dont le mari était officier de Cronenbourg, était revenue à Vielsalm avec ses quatre enfants.
Possédant désormais le tiers de la maison qui nous intéresse ici, sa famille finit par en avoir la totale propriété. Et le fils Jean Christophe LAMBERTY est bien « possesseur de la maison de feu Monsieur l’officier RUTH », dit un document de 1789. toutefois, une pierre toujours visible au mur de façade (au-dessus du calvaire) porte l’inscription « C.L. 1777 »).

Jean Chrisptophe, lui aussi, n’est pas le premier venu. Né en 1743, décédé en 1809. juriste. Prévôt du comté de Salm de 1780 jusqu’à la fin du comté. Mayeur de Gouvy nommé par le comte Sigismond le 20 octobre 1779. premier maire de la commune de Vielsalm ( sa pierre tombale est encastrée dans le mur d’enceinte de l’église de Vielsalm).

Il mourut après une maladie de six jours. Il avait épousé, le 4 août 1772, Catherine Thérèse OTTE, fille de Jean Bernard OTTE, mayeur de Salm. Neuf enfants.

Après 1809, Jean François Noël, fils de Jean Christophe, continua d’habiter au même endroit, finalement avec sa fille Philippine jusqu’en 1853.
A partir de ce moment, la famille abandonne sa résidence et la maison va bientôt prendre une autre destination.



En 1854, c’est le moment de la création de la chasse à courre à Vielsalm. Le comte de CORNELISSEM, venant de Spa, hébergeant sa petite meute et ses chevaux depuis quelques mois dans la maison « Sépult », les transféra à l’ancienne maison RUTH. CORNELISSEM, lui, n’y résidera qu’en pied-à-terre, mais non certains membres de son personnel.





Cela dura jusqu’en 1860, quand une demoiselle LAMBERTY, restée propriétaire de l’immeuble, le légua aux religieuses de la Providence qui y installèrent une école pour filles en 1862.








Désormais, la vieille maison, qui peu à peu subira une toilette nouvelle et des agrandissements, servira à des fins scolaires.
En 1909, les religieuses bâtirent le « Pensionnat du Sacré-Cœur » que l’on connaît. Les bâtiments « sur le marché » furent cédés à des religieux allemands qui y établirent un pensionnat. (L’école libre des filles continua de trouver place dans le bâtiment, sauf une petite interruption en 1909 et 1910)
La fin de la guerre de 1914-1918 amena le départ des religieux allemands et le bâtiment fut repris par les œuvres scolaires paroissiales de Vielsalm. C’est donc l’actuelle école St-Joseph, où l’école libre des garçons a rejoint celle des filles en septembre 1919.
Encore un détail.
La propriété créée il y a trois siècles par Jean RUTH est restée, à vrai dire, intacte. Elle s’étend toujours depuis la place du « marché jusqu’à la ruelle derrière la maison Bellevaux ».

Gaston REMACLE