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lundi 27 juillet 2009

Connaissons notre région. (VIII)

(série d’articles publiés dans « Les Annonces de l ‘Ourthe » ( ?) en 1972-1974)

Au temps de la préhistoire (suite).

Le long de plusieurs de nos ruisseaux, particulièrement celui de Louxibou descendant vers Cierreux, celui de Bèchefa descendant vers Bèche, ainsi qu’aux sources du Salm, on constate la présence d’une quantité de tertres irréguliers et d’origine artificielle, des « tambales » dit le langage du pays. Ils appartiennent à une bande qui va du plateau des Tailles jusqu’à la haute Amblève. Les archéologues sont d’accord pour reconnaître qu’il s’agit là de résidus de délavages aurifères et ils situent leur origine à l’âge du fer. Il y a là une activité considérable. On sait que la Gaule a été jadis un des pays grands producteurs d’or. César en a tiré des sommes considérables ; elles lui ont permis de conquérir Rome où l’abondance d’or, après la guerre des Gaules, fit tomber le rapport de valeur de l’or à l’argent de 1/11,91 en 150 à 1/8,39 en 50 avant J.-C.
D’autres vestiges plus anciens encore ont été trouvés non loin de notre région.

Gaston REMACLE

samedi 25 juillet 2009

LE PAS D’ANE DE BECHE-FAYT.

(publié dans L’Avenir du Luxembourg, le 8 février 1948)

Quand, au Pays de Salm, quelqu’un découvrait une curiosité comme celle-là, il consultait l’augure qui rendait les oracles en ces matières : l’abbé GUILLAUME, curé émérite, qui consacrait à l’histoire et au folklore de l’ancien Comté de Salm les loisirs de sa retraite à Burtonville.

M. Octave SÉPULT, un avocat de Vielsalm, puis Mlle Marie-Joséphine PAQUAY, une habitante des Quatre-Vents, lui signalèrent donc cette pierre curieuse qui gisait dans le Bèche-Fayt.

C’est un bloc d’arkose, non dégrossi, portant, burinée sur une de ses faces, la trace d’un pied de solipède. Et ce fait l’apparente à une famille nombreuse ; celle des pierres à empreintes, dont des spécimens curieux sont signalés un peu partout de par le monde, et qui souvent gardent une légende qui fuit le charme des folkloristes.

Deux autres pierres à empreintes étaient déjà bien connues au Pays de Salm. Celle des Roches du Hourt, d’abord. Je ne parle pas de cette roche dans laquelle les caprices des forces d’érosion ont gravé un portrait fort ressemblant de Léopold II, roi des Belges. Mais du bloc de la cime dans lequel sont marquées très nettement deux empreintes de pied de cheval : celles de Bon Secours, le fougueux courtier du grand saint Hubert, disent les vieilles gens répétant une vieille légende.

L’autre pierre est moins connue et elle est perdue aujourd’hui. Elle gisait, il y a quelques années, aux abords de Mont-le-Soye, non loin de Petit-Thiers, sur terrain appartenant à M. MASSANGE. Celui-ci la fit enlever et transporter probablement à Stavelot. Et ce fut un tort. En tout cas, cette pierre a laissé son nom au lieu qu’elle quittait et que les gens du pays, comme sans doute aussi le cadastre, continuent d’appeler le Pas d’Ane. Car elle portait, gravée, la trace d’un pied d’âne, de l’âne de saint Remacle, fondateur de Stavelot, dit la légende. Cette pierre était célèbre aux temps jadis et bien des femmes du pays, sollicitant la fin d’une stérilité qui les peinait, venaient mettre leur pied dans le Pas d’Ane : le geste était, paraît-il, très efficace.
C’est par analogie avec cette pierre connue et légendaire de la région, que M. le curé GUILLAUME donna le nom de Pas d’Ane à celle de Bèche-Fayt, que lui avaient signalée l’avocat SÉPULT et Mlle PAQUAY. Cette pierre du Bèche-Fayt avait-elle connu une légende, comme celle du Hourt et celle de Mont-le-Soye ? Quelle avait été cette légende ?

Pendant les dernières années de sa vie, M. le Curé de Burtonville consacra de nombreuses heures à rechercher cette légende perdue. La découvrit-il ? En trouva-t-il des traces ?
Seul pourrait nous le dire l’actuel dépositaire de ses manuscrits.
D’ailleurs, il est fort possible que cette pierre dans laquelle un pied de solipède a été buriné de main d’homme, n’ait jamais donné le jour à une légende. Mais, en tout cas, le curé de Burtonville n’a pas perdu son temps en se livrant à ses recherches. Son attention fut portée vers les autres pierres à empreintes du Pays de Salm et c’est dans un de ses articles posthumes, publié par les soins de la Société de Folklore Stavelot-Malmedy, que j’ai puisé les détails que vous venez de lire et qui vous auront peut-être intéressés.

XX.

Ndlr :

Gaston REMACLE rectifia les erreurs de cet article, par le sien " La pierre curieuse de Bèchefa " publié dans le même journal, le 22 février 1948.

La pierre curieuse de Bêchefa.

(publié dans L’Avenir du Luxembourg, le 22 février 1948)

Sous le titre « Le pas d’âne de Bèche-Fayt », l’ « Avenir » du 8 février a publié un billet à propos d’une pierre curieuse se trouvant au lieu ainsi indiqué de « Bèche-Fayt ». et à cette pierre, fait soupçonner l’auteur du billet, a pu être attaché un certain caractère de légende.

À l’intention du lecteur, nous voudrions ajouter ici quelques détails qui paraissent susceptibles d’intéresser.

La pierre en question avait retenu, en effet, l’attention de feu l’abbé GUILLAUME. Lui-même nous l’a assuré, ainsi que Mlle Marie-Joseph PAQUAY qui la lui avait indiquée.
Relevons d’abord la dénomination exacte de l’endroit où gisait la dite pierre. Celui-ci n’est pas « Bèche-Fayt », mais « So Bèchefa », selon l’appellation locale.
« So Bèchefa », c’est-à-dire sur, au-dessus de Bèchefa.
Il faut remarquer la différence entre fa et fayt. Un toponymiste en saisira vite toute la valeur.
« Bèchefa », c’est la fagne de Bèche. Et M. le curé GUILLAUME faisait de « Bèche » une variante du « beek » en flamand et du « bach » allemand. « Bèche » signifierait donc ruisseau.

Quant à l’expression « So Bèchefa », elle est compréhensible pour désigner l’endroit qui nous occupe ici ; celui-ci se trouve en fait au-dessus du fond humide que traverse le ruisseau arrosant le village de Bèche.

Nous ne pensons pas que M. le curé GUILLAUME ait donné à la pierre de « So Bèchefa » le nom de « pas d’âne », quoi qu’il en soit, c’est l’aspect de cette pierre même qui intéresse. Comment s’explique-t-il ?

Il s’agit d’un bloc d’arkose. Tout simplement, c’est l’un des nombreux spécimens d’une meule de moulin non achevée, telle qu’il s’en est fabriqué des quantités aux premiers siècles de notre ère. Déjà, à l’époque pré romaine, la population de la région pratiquait la taille de meules, de forme ovoïde ; on en a retrouvé bien des exemplaires. Quand les conquérants romains furent installés dans le pays, ils en continuèrent la production, mais sur un autre type, le type circulaire, d’environ un mètre de diamètre. Toute une population a dû être occupée à cette industrie et au transport des produits. Des carrières fournissant la pierre furent ouvertes ; on peut les voir encore aujourd’hui.

En outre, de nombreux blocs d’arkose gisant ça et là sur le sol, dans la campagne, furent également soumis à la taille en vue du même résultat. Le travail ne réussissait pas toujours ; il fallait alors l’abandonner, et la meule non achevée restait là, telle celle de Bèchefa. Actuellement encore, on peut en retrouver plusieurs, que nous avons pu nous-mêmes examiner.

Les produits de cette industrie ont dû être considérables, à preuve la quantité de débris et l’importance des fosses d’extraction visibles encore de nos jours.

Les meules circulaires de type gallo-romain comportaient, au centre un trou d’environ 10 cm. De diamètre. Qu’un peu d’imagination ait voulu voir dans ce trou la marque d’un pied de solipède, rien de fort étonnant.
Puis qu’on ait fait de ce solipède quelque coursier mystérieux, ou l’âne de saint Remacle, rien de très bizarre non plus. L’imagination pouvait se livrer, ici comme en d’autres domaines, à bien des fantaisies.

Selon les renseignements qui nous sont parvenus ces derniers temps, la pierre de « So Bèchefa » serait maintenant disparue ; sans doute aura-t-elle été, comme tant d’autres, brisée par quelque habitant des environs en quête de pierres à bâtir.

Ajoutons que d’autres spécimens du travail de l’arkose sont restés dans la région. Pour notre part, nous connaissons deux pierres tombales avec croix en relief, un petit bénitier, une croix verticale et la cuve baptismale de l’ancienne église de Saint-Martin, à Bovigny.

Gaston REMACLE