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dimanche 2 mai 2010

Le moulin d’Ecdoval.

(publié dans Ourthe-Amblève, du 8 juin 1962)

« Moulins et meuniers de notre vieille Ardenne, sont choses de chez nous, imprégnées de mystérieux passé, symbole du rude travail, de vie simple. »


Les moulins de Lierneux ont-ils une histoire ? On ne sait. Mais aujourd’hui certains ont perdu leur silhouette traditionnelle, et beaucoup de par leur aménagement plus moderne rompent l’ordonnance des sites rustiques. Hélas ! pour vivre, il faut marcher avec les progrès de son temps.

Le moulin d’Ecdoval, à Lierneux, doit avoir son origine dans un temps dont on ne parle plus. Pendant des siècles, il a tourné inlassablement, moulant du grain, moulant du bruit, moulant du vent… moulant des … souvenirs. À l’emplacement du moulin actuel, il semble certain que l’abbaye de Stavelot en avait fait construire un. Il nous est difficile d’en préciser la date. Au dessus d’une petite porte de l’ancienne bâtisse, une inscription taillée dans la pierre indiquait : A.G.1167.

Au sujet des revenus du monastère de Stavelot, au ban de Lierneux, en 1365, il est cité « Kedovauz » ; s’agit-il du moulin ou de certaines dépendances voisines ?

Aussi loin que nous avons pu remonter, nous trouvons un acte daté du 14 février 1452, ainsi conçu :
« Les doyen et chapitre de Stavelot donnent en ascence pour 15 ans, les deux moulins qu’ils possèdent à Lierneux à Collar fils, Grivot Hernaes de Brinxhen, demeurant à Lierneux, moyennant une rente de 15 muids de regon par an. »

(Traduction : « Recueil des chartes » par HALKIN et ROLAND)

« Donneit l’an N.S.J.C. mil MC et L le jour de St-Valentin ».


(Pour le deuxième moulin, il s’agit du moulin de La Fosse, mieux connu sous le nom de « Paquay » qui semble avoir existé depuis longtemps.)



D’autres documents anciens sont relatifs à ces moulins, notamment un acte daté du 21 avril 1490.

« Les doyen et chapitre de Stavelot accensent à Johan, fils de Ponchieu de Roggerez, pour 3 ans, leurs deux moulins de Lierneux, moyennant une rente annuelle de onze muids et quatre coupes de bon regon. Anthon de Malmedie maïeur pour ce temps de Stavelot, et Adam Basnéa de Lierneux se portent caution pour Johan.»


En 1496, il n’est plus question que d’un seul moulin, vraisemblablement celui d’Ecdoval. Nous trouvons l’acte suivant :

« 6 février 1496, pour un terme de 6 ans, les doyen et chapitre de Stavelot, louent à Hubert de Vernullement leur moulin de Lierneux, moyennant une rente annuelle de 9 muids et quatre coupes de regon. »


Un autre document :

« Le 12 avril 1545, Guillaume de Manderscheid, abbé de Stavelot, accense à Jean Degné, ces deux moulins l’un dit moulin de la Fosse, l’autre moulin Esdouvaulx, pour neuf ans, moyennant une redevance annuelle de 21 muids de regon. »


Jacques Halconreux de Joubiéval était meunier à Ecdoval en 1616-1628-1629. Son fils Cornet le meunier de Lierneux est cité en avril 1560 et le 30 août. Il était mort en 1649 (Taille de 1679).
Dans une liste de confirmés (1680) il est cité : « Johannes Molitoris de Gudoval ».

En 1795, la révolution française par ses réquisitions ruineuses et son administration brutale s’empara du moulin d’Ecdoval en temps que propriété de l’abbaye de Stavelot. Le moulin est vendu aux enchères au profit de la République.

Par décret du Prince d’Orange des Pays-Bas, il a été acheté entre 1825 et 1830 par le sieur LEBRUN à Madame CALLEZ de Stavelot. On croit que la bâtisse qui existait avant 1940 datait de cette époque.

Dans un document du 18e siècle, on écrit : « Decdoval ».

En 1831, le moulin est en possession du sieur Philippe Joseph CALLEZ. Le 7 août 1832, ce dernier introduit une demande afin d’obtenir la concession d’un terrain communal contigu à ce moulin. La municipalité de Lierneux accordée, pour la somme de 43 florins 26 cents. Ce terrain étant destiné à y construire un bâtiment adossé au dit moulin (contenance du terrain évaluée par le sieur NISEN, arpenteur juré, 3 perches 86 aunes).

En 1855, une nouvelle demande de construction est faite, ce qui laisse supposer que l’immeuble était dans un mauvais état ou détruit dans des circonstances indéterminées. Cette demande (8 février) émanant de Guillaume-Joseph STRAPS occupant le moulin, qu’il avait acquis des enfants LÉONARD Jean-Joseph, joignant dit le document, le ruisseau dit « Eau de Ghée », quel moulin sera mu par deux roues hydrauliques alimentées par ce ruisseau.

L’autorisation fut accordée par le Conseil communal en sa séance du 23 mars 1855.

Au cours de la dernière guerre, principalement en janvier 1945, lors de la contre-offensive de VON RUNDSTEDT, le moulin d’Ecdoval, dit aussi Gilles, subit de bien graves dégâts. Le moulin proprement dit cependant, résista aux secousses des bombardements. Il n’en fut pas de même de la maison d’habitation contigüe qui a été ravagée par un incendie provoqué par les bombes. Heureusement on parvint à localiser le sinistre.

Des décombres on sauva une vieille taque de cheminée en fonte, portant le millésime 1607. Elle mesure 1m10 sur 1m10 et est divisée en trois parties. Le pourtour est décoré de dessin, de fleurs et d’ornements divers sans aucun art spécial. Au centre un relief : « Adam et Eve au paradis terrestre », et sur les côtés le « Sacrifice d’Isaac » ; cette taque, à notre point de vue, n’a aucune valeur historique, mais la date doit retenir l’attention.

Les immeubles et le moulin proprement dits qui tout d’abord passèrent à M. VECHOUX, ancien mayeur de Lierneux et ensuite à M. Léopold BECHOUX, appartiennent aujourd’hui à M. Jules BECHOUX, fils de ce dernier, qui en assure l’exploitation.

C’est un joli coin que le moulin d’Ecdoval et il fait rêver le poète. Au fond du vallon, il se niche, ombragé par les frondaisons. Un petit ruisseau marque ses jolis méandres, sépare les prairies. Sa voix en s’aventurant vers Lansival s’affirme plus grave et bondit entre les pierres. Jadis, il formait le réservoir pour alimenter la grande roue à aube qui battait le courant du ruisseau. C’était autant de motifs d’enchantement, de sujets de légendes et de contes peut-être, de chansons enfantines.
Aujourd’hui inerte, elle est sans force, vermoulue, fée électricité l’a supplantée.

Elle ne tourne plus, si ce n’est pour rien ! Sur son axe encloué, la roue est immobile, Son biez est à plein bord envasé tout du long. Et son étang jadis vrai miroir d’eau tranquille Le voici devenu marais nauséabond. Donc, ce qui ici créa le siècle qui succombe Lui-même le détruit. Mais des siècles lointains, Voyez, comme il respecte à l’égal d’une touche Les humbles souvenirs… (chante l’abbé FOURGON)


C. PIERARD

mercredi 2 septembre 2009

L’église de Mont-Saint-Martin à Bovigny.

(publié dans Ardenne et Famenne, 1968-1969/1)

I.
Plusieurs documents nous font savoir qu’au haut Moyen Age existait, en Ardenne, une villa, un domaine du nom de Glain, mentionné sous la dénomination de Glaniau villa, Glaniaco, Glaniacho, Glengou.
Vers 720, 6 décembre, Charles Martel, maire du palais, vint y tenir un plaid (à Glaniau villa) et y rendit une sentence devant une cour nombreuse.

(J.HALKIN/ C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t.I, Bruxelles, 1909, pp.39-40)

Un autre document, une charte privée du 14 avril 915 indique les limites de ce domaine : la terre de Saint-Remacle (Lierneux), la terre de Saint-Aubin (Gouvy), et les terres de deux particuliers Erlebold et Everhelm (ces deux dernières sont le domaine de Thommen et ce qui fut le comté de Salm primitif).

(J.HALKIN/ C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t.I, Bruxelles, 1909, pp.126-129)

Ces limites sont celles de l’actuelle commune de Bovigny et de ce qui fut l’ancienne paroisse de Mont-Saint-Martin jusqu’à 1803, excepté toutefois Cierreux (au nord du ruisseau) qui, jusqu’à 1803, fit partie de la paroisse de Salm.
On estime raisonnablement que l’emplacement du chef-lieu du domaine de Glain se trouvait à l’endroit occupé actuellement par les bâtiments de la ferme dite « des Concessions ».

II.

Le 1 octobre 814, l’empereur Louis le Pieux confirma les monastères de Stavelot et de Malmedy dans la possession de plusieurs dîmes et chapelles situées en territoire royal, parmi lesquelles celle de glaniaco. Confirmation renouvelée le 1er février 950 par Otton Ier.

(J.HALKIN/ C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t.I, Bruxelles, 1909, pp.66 et 163)

Ces droits, fait remarquer le diplôme impérial, avaient déjà été donnés aux monastères par les prédécesseurs de Louis (ab antecessoribus nostris).
De quels devanciers s’agit-il ? De deux ou trois ? En tout cas cela nous reporte pour le moins au VIIIe siècle.
En 814, la chapelle de Glaniaco existait donc déjà depuis longtemps.

III.

Vers 1130, au commencement de l’abbatiat de Wibald, un dénombrement des églises à la collation de l’abbé de Stavelot cite celle de « Monte Sancti Martini ».

(J.HALKIN/ C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t.I, Bruxelles, 1909, p.305)

À la même date, Mont-Saint-Martin est encore cité dans le relevé des églises et terres payant des redevances à l’église de Stavelot.

(J.HALKIN/ C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t.I, Bruxelles, 1909, p.309)

Désormais, c’est sous ce nom de Saint-Martin, de Mont-Saint-Martin, que seront mentionnées, dans les documents, l’église et la paroisse en question. Que cette église, à partir de certain moment, ait été désigné par le nom de son titulaire, rien d’étonnant. De même, que le mont sur lequel s’élevait l’édifice.

IV.

Glain, chef-lieu de la villa royale, est à l’écart de Mont-Saint-Martin. Dès lors, le bâtiment capella de Glaniaco se trouvait-il au chef-lieu du domaine royal ? Ou faut-il le voir, déjà à son origine, sur le sommet du Mont ? Il y a là un problème.
Géographiquement, le Mont-Saint-Martin est bien mieux placé que Glain pour servir de centre paroissial ; il n’est pas tellement éloigné non plus du chef-lieu de l’ancien domaine, environ 1 km., et sur un terrain de même niveau.
D’autre part, en 814 et déjà depuis les devanciers de Louis le Pieux, la capella de Glaniaco était église non seulement du chef-lieu, mais église régionale ; car des dîmes, que l’on peut croire importantes à raison du fait qu’elles font l’objet d’un diplôme impérial, lui étaient attachées.
À notre avis, ce caractère régional permet de penser que, dès l’origine de la paroisse, aux premiers temps de l’évangélisation par les moines de Stavelot, l’église paroissiale s’est trouvée sur le thier devenu « Mont-Saint-Martin ».
La dénomination église de Glain peut très bien d’ailleurs avoir signifié église du domaine de Glain, quel qu’ait été l’emplacement de l’édifice du culte, cela quand la vie au chef-lieu était encore active. Cette vie venant à faiblir et disparaître peu à peu, entre 814 et 1130 (cela fait trois siècles), le nom du patron de l’église aura prévalu sur l’ancienne dénomination.

V.

Le 2 juin 1717, à la suite d’une demande des paroissiens adressée à l’évêque de Liège, le titre d’église paroissiale de Saint-Martin fut transféré à la « chapelle de Bovigny ».
C’était la régularisation d’une situation de fait.

(A.P. Bovigny. Cité par L.LOMRY/ P.-F. LOMRY, La toponymie de la commune de Bovigny, dans A.I.A.LUX., Arlon, 1947, p.135)

Depuis longtemps, une partie de la paroisse avait été ravagée. Bien des endroits, habités autrefois, étaient devenus déserts : Lamerlé, Outrimont, Pumont, Oburcy, Belvaux, Walo, et d’autres. La situation de l’église, sur le mont, était devenue réellement excentrique et le curé résidait à Bovigny, près de ce qui restait de ses paroissiens.
À quel moment la dévastation de la paroisse s’est-elle effectuée ? Le P. LEMAIRE la place « vers le milieu du XVIIe siècle ».

(H.LEMAIRE, Ancienne église de Saint-Martin en Ardenne, Luxembourg, 1879, pp.17-26. L’auteur pense qu’on inhumait déjà à Bovigny avant 1717, basant son opinion sur la présence à Bovigny d’une croix tombale datée de 1666 (p.21))

Toutefois, elle a eu lieu bien avant. Le dénombrement des chefs de ménage de 1472 ne cite aucune des localités notées ci-dessus.

(A.E.A.)

Non plus que les dénombrements ultérieurs.

(J.GROB/J. VANNERUS, Dénombrements des feux des duché de Luxembourg et comté de Chiny, t.I, Bruxelles, 1921. G.REMACLE, Chefs de ménage de Bovigny, dans B.I.A.LUX., 1965-2.
N.B. Sur l’ancienne paroisse de Saint-Martin, voir aussi D. GUILLEAUME, L’archidiaconé d’Ardenne dans l’ancien diocèse de Liège, Liège, 1913)


Sans entrer dans d’autres détails, remarquons seulement que les temps du XIVe siècle, au plus tard, ont amené bien des malheurs dans le pays, et nous situons, quant à nous, la dévastation du ban de Saint-Martin à cette époque.
Le maintien du droit de collation, et d’une part aux dîmes, dans le chef de l’abbaye de Stavelot, a gardé jusqu’en 1717, à l’église du Mont-Saint-Martin, son titre d’église paroissiale.

Gaston REMACLE, 24/10/1968