samedi 12 septembre 2009

Petite histoire de l'enseignement à Vielsalm.



(publié dans Excelsior 1956-57, 3e trim. et dans L’Annonce de Vielsalm, le 30 juin 1957)

Vielsalm compte plusieurs écoles. Nous sommes tellement habitués à les voir qu’on leur suppose aisément une existence longue et calme, et un aspect identique à celui d’aujourd'hui.
Pourtant il y a eu là, ainsi qu'on a pu le dire de bien de nos écoles rurales, « quelque chose comme une épopée non écrite de l’instruction ». Effort toujours repris, on va le voir, et toujours amplifié.
Jusqu'en 1824, il n’y eut à Vielsalm aucune école du genre de celles que nous connaissons à l'heure présente. Et jusqu’à cette date aussi, les pouvoirs publics ne se soucièrent pas d'y organiser un enseignement.
Autour du clocher paroissial; pourtant, se tenait depuis longtemps une école élémentaire.
Pendant plusieurs siècles, Vielsalm avait eu le privilège d'être le centre vital de l'ancienne paroisse de Salm, allant de Cierreux à Goronne et de Commanster à Ennal. Or, au diocèse de Liège dont nous faisions partie jusqu' en 1842, les statuts archidiaconaux, qui remontaient au moins au XIIe siècle, invitaient les curés à établir une école près de leur église; école tenue le plus souvent par le curé même ou un vicaire écolâtre.
De la sorte, il y eut, à Vielsalm, une école vicariale.
Depuis quand ? Avant le dix-septième siècle, aucune trace à notre connaissance. Vielsalm, d’ailleurs, ne comptait que 8 ménages en 1501, 13 en 1561, 20 en 1611. L’existence d’une école suppose un groupement humain un peu important.
Mais, vers 1650, une école paroissiale fonctionne à Vielsalm, et depuis quelque temps déjà. Modeste, sans doute, réelle toutefois. Nous le savons par le fait que des personnes de l’époque simples paysans, savaient mettre la main à la plume, témoignant d’une belle calligraphie et d’une orthographe enviable.
Quel était son programme d’enseignement ? Assez simple assurément, d'autant plus que la période d’écolage ne comportait que les mois d’hiver. On se bornait à la lecture, un peu d’écriture et de calcul, et le catéchisme: le nécessaire pour savoir traiter ses affaires d'argent, de coeur et de conscience.

Encore y avait-il des élèves « écrivants », et des « non écrivants », la redevance à payer au maître variant selon l’un ou l’autre cas : une plaquette (environ 29 centimes) vers 1750, de chaque enfant non écrivant, et le double (un escalin), de ceux qui apprenaient a écrire, outre le chauffage.

L école avait-elle du succès? On peut l'affirmer. Elle rencontrait un intense désir du savoir. Ainsi, vers 1805, par exemple, bien que payante et de fréquentation libre, elle comptait près d'une centaine d élèves inscrits.
Ce désir était d'ailleurs celui de toute la région. L'école de Vielsalm recevait des élèves de toutes les localités voisines. Pourtant, dès que celles-ci le pouvaient, elles constituaient chez elles une école semblable à celle de Vielsalm : « Nos enfants grandissent dans une ignorance terrible », disait une requête des habitants de Neuville en 1807, « car nous ne pouvons les envoyer à l’école de Vielsalm qu’à l’âge de dix ans au moins et quel progrès pourraient-ils faire dans cette école où il y a quelquefois près de cent enfants rassemblés sous un seul maître.
Identique souhait exprimé par les autres localités de la paroisse de Salm même depuis longtemps déjà :à Ville-du-Bois en 1766, à Commanster en 1751, à Burtonville et Petit-Thier en 1704, à Goronne, le désir d’avoir un vicaire à demeure s’appuyait notamment sur le besoin d'une école tenue « exactement », surtout pendant l'hiver; les documents de l’époque témoignent de ces faits.

Ce régime dura jusqu'en 1824.
Nous faisions alors partie du Grand-Duché de Luxembourg. Le roi grand-duc Guillaume encourageait vivement 19instruction publique dans le Luxembourg. Selon son désir, une commission d'encouragement fut institué en 1819 pour réagir contre la négligence et l’incurie des autorités locales en matière d’enseignement. Une école modèle fut créée en 1818 à Luxembourg, destinée à former des instituteurs capables. A Luxembourg également, un
cours de pédagogie fut ouvert durant les mois d’été ; en 1820, déjà 172 instituteurs avaient répondu à l'invitation. Aux États Généraux des Pays-Bas, du 12 juin 1820, le ministre de l’Instruction Publique déclara solennellement que les mesures prises dans le Luxembourg sous le rapport de 1’instruction méritaient « d'être citées avec distinction ».


Des circulaires du 16 avril 1822 et du 11 octobre 1823 donnèrent aux bourgmestres du Grand-Duché des conseils pour l’organisation d’un enseignement primaire.
La commune de Vielsalm, sans revenu pourtant répondit à l’appel. Le 19 décembre 1823, le Conseil communal décida d’intervenir pour la tenue d'une école primaire permanente, à partir du 1er janvier 1824. Instituteur désigné : Henri-Michel PIERROT, originaire du sud de 1a province ; il serai t rétribué par les parents des élèves. En même temps, le Conseil allouait 15 florins (1 florin valait 2,116 fr.) pour la confection de bancs qui manquaient totalement.
L'élan était donné. bien que l’instituteur PIERROT ait quitté Vielsalm peu après.
Le 2 juin 1828, un règlement imposait, cette fois, aux communes du Grand-Duché, la création d’au moins une école primaire. A Vielsalm, on décida de la tenir à partir du 1er décembre 1828. Instituteur désigné: Jean-Bernard LAMBERTY, de Vielsalm, sorti de 1’école modèle de Luxembourg. En même temps, le Conseil communal décidait l’organisation d’une école temporaire dans cinq autres localités de la commune.
En 1849, on commença de construire. Ce nouveau bâtiment a résista jusqu'en 1953. L’école des garçons en occupa une des salles ; les garçons d’abord jusqu’à 1900, puis les filles et l’école gardienne jusqu'au 10 mai 1940.
En 1899, après l’achat par la commune du parc communal actuel, fut édifiée une nouvelle salle d'école ; ce bâtiment, agrandi à diverses reprises est devenu l'École moyenne de l’Etat actuelle.

L’application de la loi organique sur l’enseignement primaire du 23 septembre 1842 modifia quelque peu la tenue de l'école.
Il y eut désormais une école permanente dans toutes les localités de la commune ( sauf Rencheux, Priesmont et La Comté) qui n’envoyèrent plus leurs enfant à l’école de Vielsalm.

C’ est à partir de ce moment aussi et pendant une vingtaine d années, que la rétribution mensuelle à payer par les élèves non indigents fut fixée à 0,75 fr., pour les « commençants » et à 1,25 fr., pour les « grammairiens ».

Jusqu'alors, l'école était restée mixte. La population de la localité, avec Rencheux et Priesmont, augmentait pourtant. Il y avait 105 élèves inscrits en 1862.
Le Conseil communal s inquiétait de cette affluence, en regrettant un manque de ressources suffisantes pour créer une école de filles, construire une seconde salle d’école, et un logement pour le personnel enseignant.

Mais en 1862, des Religieuses de la Providence vinrent s’installer à Vielsalm. Elles y commencèrent une école primaire pour filles et une école gardienne, ce dans le bâtiment occupé actuellement encore par les écoles libres place Paulin MOXHET.
Toutes les filles quittèrent l’école mixte pour l’école nouvelle des Religieuses. Il y eut ainsi, vers 1870, 60 filles à l'école primaire et 40 enfants à l école gardienne.
Dans ces circonstances le Conseil communal jugea que la création d’une nouvelle école communale, pour filles, ne rencontrerait « qu’un blâme général » , et il accorda, à plusieurs reprises, un subside à l’école des filles.
Sauf une petite interruption, en 1909 et 1910, l’école libre des filles a occupé le même bâtiment jusqu’à nos jours.






La mise en application de la loi scolaire du 10 juillet 1879 vint provoquer, dans le régime scolaire de Vielsalm, de nouvelles modifications.
D’une part, création d’une école libre de garçons, à partir de fin 1879. Elle se tiendra, jusqu’en 1919, dans le bâtiment occupé aujourd’hui par Ch. LEGROS, rue du Général JACQUES, en face du Cercle catholique. Après 1919, elle rejoindra le bâtiment des écoles libre actuelles.

D’autre part, création, pour la rentrée scolaire de 1879, d'une école communale de filles puis, en 1880, d’une école gardienne communale. Les locaux manquaient totalement, néanmoins, pour les abriter et, pendant vingt ans, l'administration communale en aura grand soucis.

Voici un aperçu de ces graves préoccupations.
D’abord installée en la salle des séances communales, l’école nouvelle ira, en 1880, dans l’ancienne maison DENIS, voisine de la maison communale rue des Savoyards, et louée pour 600 frs. par an.
Elle y restera quelques années. Elle s’y trouvera bien mal installée, « dans un état de délabrement inouï » constate une dépêche du ministre de l’Intérieur qui intervient en novembre 1888. Vers 1889, on retrouve l'école au rez-de-chaussée de la maison dite « vieille caserne », même rue, louée pour 300 frs.

En 1892, nouveau déménagement, dans la maison Paul COLSON, en lieu dit « Le Doyard », louée 500 fr. ; bail renouvelé le 13 février 1895.
Au début de 1903 enfin, transfert dans les locaux de l'ancienne école des garçons, ceux-ci occupant désormais une nouvelle école construite (salle des douches de 1’Ecole moyenne).

Au cours de ces événements, il a été question, durant plusieurs années d’établir une école à Rencheux, et d’en construire une à Vielsalm sur un terrain qu’on ne parvenait pas à trouver.
Puis, à partir de 1883, on projeta pendant longtemps d’acheter l’immeuble appelé « Hôtel de Belle-Vue », et de l’aménager.
Après le 10 mai 1940, le bâtiment de l’école des filles ayant été ébranlé par suite de la destruction de l’église proche, l’école effectua son dernier transfert, dans les locaux neufs près de la maison communale actuelle, où elle se trouve toujours.

Citons maintenant le nom des membres du personnel enseignant de 1823 à 1920 (non compris les intérimaires) :
Ecole communale de garçons :
MM.
Henri-Michel PIERROT (1824)
Jean-Bernard LAMBERTY (1828 à 1859)
Clément MERCY (1859 à 1867)
Emile PIETTE (1867 à 1879)
Joseph-Edouard JACQMIN.
Victor MOCKEL (1886 à 1913)
Léon COLLIN.

Ecole communale de filles :
Mmes JACQMIN-DUHEM et HERMAN-GOEDERT.

Ecole communale gardienne :

Mmles RAQUET Célestine (1880 à 1886 ) ; CUVELLIEZ Marguerite (1886-1896) ; THEATE Marie (1896 à 1910) ; GOEDERS Marie ; BERTHOLET Jeanne ; MOSTENNE Alice.

Ecole libre de garçons:

MM. CULOT Calixte (1879 à 1888) ; GRIGNARD ; BERGER Albert ( 1888-1896) ; NOEL Emile (jusqu’en 1900) ; KIEFFER Joseph (1900-190) ; les religieux de la congrégation des Frères Maristes (1903-1914) - LEKEU Théophile (1914-1919) - HABARU Ferdinand et MOYSE Norbert.


Ecoles libres de filles, primaire et gardienne :

Les religieuses de la Providence, depuis 1862.

Cet enseignement primaire s’est couronné , avec le temps, d'un enseignement moyen donné dans deux établissements :

- Le Pensionnat du Sacré-Coeur, créé en 1909 et tenu par les religieuses de la Providence.



- L’Ecole moyenne de l’Etat, qui débuta en septembre 1932. Par arrêté royal du 22 décembre 1955, les écoles communales de Vielsalm ont été rattachées à l’Ecole moyenne avec effet rétroactif au 1er septembre 1955.



En 1881, il fut question d’établir une école moyen, par les soins de l'administration communale. Celle-ci, toutefois, y renonça, ayant déjà, à ce moment, huit écoles primaires et gardienne il soutenir dans la commune.

Ces quelques lignes suffiront croyons-nous, à montrer combien l'organisation de l’enseignement à Vielsalm a coûté d’ efforts et comment des initiatives constamment renouvelées et persévérantes ont fini par avoir raison de difficultés.
Efforts et initiatives, qui auraient manqué d’ardeur et de réussite sans une profonde sincérité et un vif désir du savoir.


Que ce soit un stimulant, aujourd’hui, pour de nouveaux progrès dans le développement culturel de la localité et de la région.

Gaston REMACLE

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