dimanche 13 septembre 2009

Au temps du bon doyen Paquay.

(publié dans le Bulletin paroissial de Salmchâteau, 1960)

(Jean-Guillaume PAQUAY, né à Neuville le 8.3.1788, décédé à Rencheux le 10.7.1860, curé-doyen à Vielsalm de 1827 à 1853).

En ce temps-là, Mr le doyen PAQUAY avait un sacristain du nom de Pépaix, type farceur, dont les grosses blagues sont restées légendaires dans le val de Salm.

Il arrivait à Pépaix d’actionner les cloches intempestivement, sans ordre ni motif, au beau mitan du jour. Mr le Doyen accourait dare-dare pour tomber à bras raccourcis sur le sonneur, mais celui-ci avait chaque fois déjà pris le large.

Une fois, le révérend PAQUAY crut bien pouvoir enfin donner une rossée d’importance à l’incorrigible Pépaix. Il crut bien, en effet, le surprendre, dans le « trou aux cloches », encore soulevé par la corde du gros bourdon lancé à toute volée.
Mais la gifle, rageusement donnée au bon moment, ne lui arracha à lui-même qu’un cri de douleur … Il venait de frapper la statue de saint-Gengoux, que Pépaix avait traitreusement pendue à la corde.

Quant à Pépaix, il resta introuvable.

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Mr le doyen PAQUAY a veillé fort tard. Le lendemain matin, il pénètre à l’église, les yeux encore alourdis de sommeil. Il aperçoit vaguement le rideau de son confessionnal, côté des pénitents, un peu relevé.

« Pour sûr, c’est encore la vieille Honorine qui veut se confesser ! ».

De mauvaise humeur, il serait temps de dire la messe, Mr le Doyen pénètre au confessionnal. Un peu sourd, il n’entend rien de la confession de sa pénitente. Mais ce n’est pas tellement grave, il en connaît par cœur le répertoire, todis comme todis.

Mr le Doyen impose la pénitence habituelle, lève solennellement la main droite, et, pieusement, récite la formule d’absolution. Puis il sort.

Mais Honorine, elle, reste au confessionnal.

Intrigué, Mr le Doyen s’approche et s’aperçoit avec stupeur qu’il vient, lui, pauvre pécheur, d’absoudre … la statue de la Vierge Immaculée que Pépaix, le sacristain, occupé au grand nettoyage, avait remisée la veille au confessionnal en attendant de la remettre à sa place.


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En ce temps-là, Pépaix habitait La Comté.
Un jour, il revenait de Vielsalm avec son « clitchet » que traînait cahin-caha son vieux bœuf Arbijou.

Sur le clitchet : deux douzaines d’ardoises, une livre de gros clous, un bon morceau de zinc, peu de chose en somme, mais assez tout de même pour justifier l’usage du clitchet. Ah, j’allais l’oublier, il y avait aussi un kilo de tabac, « del balance ».

Arrivé au bas de la mauvaise « gripette » qui introduit à La Comté, Arbijou (1), dont l’humeur capricieuse était connue de tout le village, fatigué de la promenade, Arbijou refusa net de tirer plus longtemps.

Après bien des palabres inutiles, Pépaix s’attela en tête du convoi et, courageusement, sous les regards narquois de ses concitoyens, entraîna le bœuf et le clitchet.

Inutile de vos dire qu’il dut, à plusieurs reprises s’arrêter pour reprendre haleine. Au dernier démarrage, alors qu’il ne restait plus que la traversée du village, Arbijou manifesta quelques velléités de reprendre le harnais, mais Pépaix se retourna furieux et lui jeta à la face : « Trop tard, valet, ti l’as volou, ti magn’rais ti honte djusqu’al copette ».

La leçon était dure pour Arbijou, mais les cœurs de lion sont les vrais cœurs de père.

(1)Arbijou : de âr (hâr) et bijou. Bijou est l’un des noms souvent donnés à une bête de trait. âr (ou hâr), terme usité couramment pour inviter l’animal de trait à virer à gauche.


Ndlr:

Republié par G. REMACLE dans un journal le 13 janvier 1963.

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