mardi 18 août 2009

Vielsalm et ses environs, un peu d’histoire.

(supplément à L’Annonce de Vielsalm du 13 février 1955)

Le territoire des environs de Vielsalm est habité depuis longtemps. À la période néolithique déjà, des hommes y résidaient, comme le révèlent des signes indubitables de leur présence, découverts notamment près de Bihain.
Les Celtes de l’âge du fer, à leur tour, y ont laissé des vestiges d’une activité fort intense. Ils ont procédé au délavage de terres aurifères le long de plusieurs ruisseaux, sur une étendue de trente kilomètres allant du plateau des Tailles à la haute Amblève. Ils ont édifié un camps de refuge ou enceinte fortifiée au Gros-Thier. Ils ont exploité des carrières et fabriqué en quantité des meules à broyer le grain. Ils ont confié au sol bien des tombes dont plusieurs nous ont révélé leur secret. Ils ont enrichi la toponymie de termes parmi lesquels ceux de Glain et de Salm.
Avec l’occupation romaine, les traces de l’activité humaine se multiplient. À ce moment, se crée tout un réseau de chemins secondaires parcourant le pays de Salm ; ils se rattachent à la grande voie Reims-Cologne passant près d’Oderhange ou joignent des centres habités, Langlire, Lierneux, Stavelot, etc. Le schiste ardoisier de Cahay est exploité. Un commerce de meules de moulin en arkose, de type circulaire, s’établit. Des grands domaines ou villas se constituent comme dans toute l’Ardenne, on les retrouvera à l’époque franque et plus tard : Cherain, Lierneux, Glain, Halleux, etc.
Vers 648, le roi des Francs Sigebert III notifie la fondation des monastères de Stavelot et de Malmedy dans sa forêt d’Ardenne, et concède à l’abbé Remacle une étendue de 12 milles, soit environ 30 km. Dans le circuit des deux monastères.
Les environs de Vielsalm étaient donc compris dans ce territoire ; ils le resteront jusqu’en 670, lorsque le ruisseau d’Ennal sera choisi pour limite sud des terres de Stavelot.
L’arrivée des moines à Stavelot influença fortement la vie de notre région, particulièrement par la création de plusieurs paroisses régionales, Lierneux, Cherain, Bihain, Glain, et celle qui sera plus tard paroisse de Salm.
Vers l’an mille, des seigneurs se rattachant à la famille de LUXEMBOURG, venant de l’est, s’installèrent dans le pays. Ils prirent le nom de SALM – celui du ruisseau rongeant le pied de la forteresse qu’ils édifièrent. Celle-ci s’éleva en face de l’endroit qu’occupe actuellement l’église de Vielsalm.
Toutefois, au début du XIVe siècle, elle fut abandonnée au profit d’une nouvelle, édifiée à 3 km. vers le sud, et dont les ruines subsistent près de Salmchâteau.
Le comté de Salm ainsi créé, inféodé au comté puis duché de Luxembourg, devait durer près de huit siècles, jusqu’au décret du 9 vendémiaire an IV annexant la Belgique à la France. Après quelques agrandissements périphériques, il comprenait une quarantaine de villages ou hameaux et environ 500 ménages en 1659. Le territoire de l’actuelle commune de Vielsalm constituait la partie centrale de ce comté.
Le premier comte de Salm est Gislebert, cité pour la première fois en 1034/1035, arrière petit-fils de Sigefroid fondateur de la maison de Luxembourg. Ses successeurs sont les suivants : Gislebert II, mort entre 1056 et 1059 ; Herman I ; Herman II, comte de 1095 à 1135. Puis Henri I ; le fils de ce dernier, Henri également, abandonna Salm-en-Ardenne, pour fonder Salm-en-Vosges, à sa sœur Elise qui épousa Frédéric de VIANDEN, celui-ci devenant par là comte de Salm vers 1163.
Après Frédéric, nous avons Guillaume I, Henri II vers 1210, Henri III de 1245 à 1257, Guillaume II, Guillaume III vers 1295, Henri IV, Henri V, Henri VI de 1314 à 1359, Henri VII décédé vers 1415.
Le fils unique de ce dernier étant mort à la bataille d’Othée en 1408, Henri VII désigna pour son héritier un proche parent, Jean VI de REIFFERSCHEIDT, tige des comtes de SALM-REIFFERSCHEIDT. Jusqu’à la fin de l’ancien régime, ceux-ci administrèrent leur comté, directement d’abord, puis par l’intermédiaire d’un haut officier.
Le dernier comte de Salm fut Charles-Joseph de SALM-REIFFERSCHEIDT, comte depuis le 13 novembre 1782, Maréchal héréditaire de l’Electorat de Cologne, Chambellan de Sa Majesté impériale et royale.
Les comtes de Salm portaient des armoiries parlantes, caractérisées par deux saumons adossés. L’écu de SALM-EN-ARDENNE présentait les deux poissons de gueules sur champ d’argent, celui des SALM-EN-VOSGES les montrait d’argent sur champ de gueules. C’est l’écu des SALM-EN-ARDENNE qui figure dans les armoiries actuelles des communes de Vielsalm et de Grand-Halleux.
Sous l’ancien régime, l’agriculture surtout constituait la base des ressources de la région. Quant aux carrières, il a fallu la fin du XVIIIe siècle pour les voir prendre une activité un peu sensible.
Avec cinquante années de guerre, le XVIIe siècle fut vraiment ici, comme dans tout le Luxembourg, un siècle de malheur. Peste, passage des armées, pillages, fuites des populations, destruction du bétail, violences de toutes sortes, marquent cette dure période. Le pays était dévasté. Toutefois, le travail et le développement des relations amenèrent au siècle suivant un renouveau : l’agriculture prospère, l’activité commerciale se développe, la population augmente de façon notable, un plus grand sentiment de liberté se fait jour.
On vit bien, sous le régime français, l’ardeur de ce dernier. Car, en octobre 1798, Vielsalm et ses environs furent l’un des centres actifs de ce qu’on a appelé la guerre des paysans. Cette « résistance » dut céder, mais en apparence et devant la force brutale.
C’est à ce moment, par l’arrêté du 14 fructidor an III, que la localité de Vielsalm est devenue chef-lieu cantonal et l’est resté. Ce choix allait lui valoir des faveurs nouvelles par l’installation progressive des services administratifs.
La seconde moitié du XIX e siècle devait apporter des changements considérables dans la vie économique et sociale de la région. Le pays s’ouvre. La route de Sedan à Malmedy passe en 1846. La voie ferrée de Spa à Luxembourg est livrée au service public en 1867. Les chemins s’améliorent fortement. Désormais le pays de Salm se rattache de façon plus intime au vaste monde.
Notre région peut revendiquer plusieurs hommes distingués. Parmi les comtes de Salm, citons Gislebert 1er, qui devînt comte de Luxembourg ; son petit-fils Herman 1er fut élu roi de Germanie en opposition à Henri IV, en juillet 1081, couronné le 26 décembre suivant ; il infligea plusieurs défaites à ses adversaires. Vielsalm a vu naître, le 30 décembre 1688, Jean BERTHOLET, jésuite, historien réputé du duché de Luxembourg. Et sans parler ici des pionniers africains, signalons encore le sculpteur Henri-Joseph RUTXHIEL, né à Lierneux le 4 juin 1775, décédé à Paris en 1837 ; le musée du Louvre conserve plusieurs de ses œuvres.
Au cours des âges, les environs de Vielsalm ont subi bien des violences. Romains, Francs, Normands, féodaux, Bourguignons, Hollandais, Lorrains, Français, Autrichiens, Prussiens, Russes…, presque toute l’Europe y a passé.
L’homme de l’endroit a tout supporté, avec courage. La tornade apaisée, on l’a vu panser ses blessures, rebâtir sa demeure, reprendre le travail. Ici, toujours on s’est battu pour vivre.
Et ce sont les vertus engendrées sur cette terre d’authentique Ardenne que des pionniers sont allés porter au cœur de l’Afrique. Pour y rayonner notre civilisation.

Gaston REMACLE.

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