mercredi 27 juin 2012

Les ceux de chez nous

FIGARO-CI, HISTORIEN-LA

Voilà déjà vingt ans que Georges Benoit exerce le métier de coiffeur dans la Galerie du Vieux marché. Né à Vielsalm il y a 41 ans, il fit, après son école primaire à Rencheux, des études secondaires en coiffure à Liège et suivit durant cinq ans les cours des beaux arts en modelage à l’Académie René Defossez à Spa, n’effectuant pas la sixième parce qu’il n’y apprenait plus rien.

Alors que bien souvent les coiffeurs entretiennent leurs clients des dernières nouvelles du jour, des ragots du village ou racontent les blagues à la mode , Georges a une tout autre conversation : il leur fait part des dernières trouvailles concernant l’ histoire locale qu’il a faites en fouillant les archives, leur détaille la généalogie de sa famille, apparentée semble-t-il à toutes les familles du coin et même d’ailleurs, et celle des Comtes de Salm dont il semble qu’elles se confondent parfois ! Car s’il y a un passionné et un féru d’histoire locale c’est bien notre coiffeur.

Alors qu’il était à l’école de Rencheux, donc, l’instituteur Christian Charlier montra à sa classe un des premiers recueils de cartes postales anciennes de la localité qui venait de paraître. Les petits exercices de généalogie que le maître organisa furent en fait le déclic chez Georges de son intérêt pour l’histoire locale.
La seconde personne qui eut une influence déterminante pour développer cet intérêt fut le député européen-député-bourgmestre Marcel Remacle qui incita Georges à s’investir dans ce domaine. Celui-ci raconte que le bourgmestre, dès 1983, lui permettait, après avoir fait des prouesses physiques pour débrancher l’alarme, d’entrer à la maison communale les jours fériés et les dimanches pour y consulter les archives . Parfois après avoir simplement passé un pardessus sur son pyjama, il conduisait Georges âgé de 15-16 ans un peu partout et notamment aux Archives de l’Etat, lequel de son côté interrogeait inlassablement des vieilles personnes dont sa grand-tante Eugénie de Stavelot.
Enfin, une troisième personne eut une influence prépondérante sur lui : le regretté Philippe Lejeune qui l’initia à la critique historique et qui lui fit comprendre ce qui est le plus sérieux. Philippe venait de plus souvent chez Georges car il excellait déjà – et excelle toujours – dans la lecture des textes en ancien français transcrits d’une manière tout à fait illisible pour les non-initiés. Sa longue pratique de ces textes trouvés dans les archives depuis sa jeunesse lui confère cette facilité.

Depuis, Georges vole de ses propres ailes et fréquente assidûment, régulièrement, inlassablement tous les dépôts d’archives du Royaume – et bien sûr celui de Saint-Hubert où il est photographié avec le conservateur Thierry Scholtes - où il est connu comme le loup blanc. Avec son ordinateur portable qu’il manie de main de maître et avec efficacité, il surfe allègrement sur Internet où, bien introduit et affilié à des forums de généalogie, il fait des découvertes intéressantes qu’il stocke non seulement dans le disque dur de son P.C. mais aussi dans sa prodigieuse mémoire personnelle. Il est bien loin le temps de son modèle Gaston Remacle qui passait des heures à recopier manuellement et textuellement des longs passages d’archives sur des fiches parfois, plus souvent au dos de mortuaires ou même sur des cartons découpés dans des boîtes de sucre de Tirlemont ! Georges peut ainsi approfondir les travaux de celui-ci et explorer des domaines qu’il n’a fait qu’effleurer. Il en est assurément le seul et digne successeur.

Georges a aussi contribué plus d’une fois à faire rentrer dans les dépôts officiels, les sauvant ainsi et les rendant accessibles à tous, des archives publiques détenues par des particuliers, ce qui est interdit par la loi et punissable de lourdes peines. Que ceux qui en détiennent le sachent.

Du résultat de ses recherches il tire des articles pour plusieurs revues d’histoire locale ( Glain et Salm, Haute Ardenne, Segnia, …) et alimente ses sites Internet ( taper sur Google Vielsalm et ses environs, Fondation Morsomme ) et est actuellement, depuis plusieurs mois déjà et sans doute encore pour quelques mois tant sur le métier il remet son ouvrage, occupé à rédiger un ouvrage monumental tant du point de vue du contenu que des illustrations sur La Renaissance en terre de Salm articulé autour de la vie du comte Werner, le comte de Salm le plus important. Pour en avoir aperçu certains extraits, je peux dire qu’il s’agira d’un ouvrage exceptionnel et qui apportera un éclairage nouveau sur cette période de notre histoire. Mais pour en prendre connaissance, encore dormir combien de fois ?

Robert NIZET

dimanche 24 juin 2012

VIELSALM DE MON ENFANCE (6)

(Les numéros précédents ont paru dans L’Annonce de Vielsalm des 9 et 23 mars, 6 et 20 avril, 4 et 18 mai, 1er juin)

{Rues du Général Jacques 2ème partie, des Combattants, des Grands Champs, du Parc et de l’Hôtel de Ville}

Repartons des Quatre coins.
À l’angle de la route de Ville-du-Bois, Louis Bruyère et son épouse Esther ont quitté le quartier de la gare et tiennent un dépôt de pain. A côté, Marcelle Hoffman qui épousera plus tard François Lamy, est la voisine du café « Chez Gaston » . Gaston Heyden et Rose Zinnen ont trois garçons : le second aussi prénommé Gaston sera une des quatre victimes de l’accident au bout de la ligne droite de la Bedinne de la Neckar d’Eric Dupré. Après une maison particulière construite par le professeur Lekeu, nous voici chez Gotal : Louis est électricien et vend aussi des appareils électroménagers, et son épouse est coiffeuse. Ils ont une fille, Arlette, très jolie, qui perdra la vie un dimanche dans le tournant après le passage à niveau de Cierreux.



L’auberge de jeunesse est établie sur l’emplacement de la villa Chez Nous du comte Albert de Jonghe. Sur la carte postale, on reconnaît stationnant devant celle-ci la Borgward Isabella de Robert Chatelain et la Morris Oxford (verte) de Mademoiselle Jeanne Albert, professeur de cuisine à l’École moyenne. Joseph Lebecque, facteur, gère cette auberge avec son épouse. L’immeuble appartient à Adophe Demoulin. Cette vaste propriété de Jonghe a été partagée en quatre ; à côté de l’auberge, nous trouvons les demeures de chez Thiry et de chez Rulmont. Il paraît que les jardins sont inversés : celui de chez Thiry est derrière chez Rulmont, celui de ceux-ci derrière chez Thiry ! Enfin les écuries sont réhabilitées et accueilleront plus tard Gaston Mullenaerts et sa famille.
L’extrémité de la rue est occupée par la forge de Maurice Laloire qui conduit aussi avec maestria le nouveau camion des pompiers, le Big Job, et par la quincaillerie de sa belle-sœur.

De l’autre côté, l’immeuble de l’angle avec la rue de l’Hôtel de Ville est occupé par le coiffeur Archambeau. Le Casino reste , avant la création du Lido, une des deux salles de la localité (avec le Cercle ) mais n’a plus tout à fait la réputation de jadis. Cependant, le Théâtre National, avec Serge Michel notamment, y fait étape une fois l’an pendant plusieurs années. Plusieurs autres grosses animations y ont aussi lieu régulièrement. Viennent ensuite cinq maisons particulières : une maison appartenant à la famille Koos du moulin de Joubiéval occupée un temps comme salles de classes de l’Ecole moyenne, celle d’Albert Gomez, co-propriétaire des Ardoisières du gros Thier et celle, assez semblable, d’un beau-frère, une maison en retrait de la route où l’on a fabriqué du soda dans des bouteilles fermées d’une bille en verre occupée par une famille Libert. Ces billes sont fort recherchées car le jeu de billes est très répandu .Enfin celle de Narcisse Hubermont avant, au coin de la rue du Parc, le garage Biémont où l’on vend des voitures DKW à moteur 2 temps 3 cylindres au bruit si caractéristique et des motos.

L’actuelle rue des Combattants commence avec le magasin d’alimentation générale de Juliette André. L’instituteur Olimar m’y envoie parfois – on a chacun son tour – acheter deux barres de chocolat Côte d’Or fondant : son péché mignon. Puis la maison d’habitation de René Zinnen et de sa famille. Il transporte des bois sur son camion Ford Canada provenant des surplus américains de la guerre. L’ancienne Villa des Roses a été rachetée par l’État pour servir de bureau des Contributions. Bien triste destinée ! Nous irons un moment en classe dans des baraquements sur pilotis installés dans la cour devant cet immeuble. Chez les frères Duchesne, ardoisiers-zingueurs, on trouve aussi un commerce de quincaillerie mais aussi des armes et des munitions.



Dans l’angle des rues vers Neuville et vers Cahay a été placé – après un referendum organisé pour départager les partisans de cet endroit et ceux de la place du marché à la place du kiosque ! – le monument aux morts. On ne le regarde pas assez, habitué qu’on est à sa présence, mais je trouve que c’est une magnifique réalisation.

De l’autre côté de la rue, Roscius Catin, notre professeur de mathématiques à l’École moyenne vient de construire une nouvelle maison : il nous montre comment les notions de géométrie ont permis de calculer les angles et les longueurs de la charpente. Un peu plus bas, la forge de Zéphyrin Dizier à l’endroit appelé â pètrolî : il y avait là jadis un dépôt de pétrole à partir duquel des attelages hippomobiles partaient livrer la précieuse denrée dans les villages.



Une grande partie des Grands Champs, sinon la totalité, appartient aux frères Willy et Gérard Paquay qui y exploitent une scierie. Une voirie a été construite qui permet le lotissement de ce vaste espace. Un autre frère Paquay était architecte et les acheteurs d’un emplacement étaient « invités » à recourir à ses services. La plupart de ces maisons ont un toit à quatre pentes, ce qui nécessite plus de bois pour la charpente, bois acheté « obligatoirement » à la scierie Paquay ! Tout le dessus est, semble-t-il, déjà bâti. Au coin la villa des époux Warnotte dont François est le comptable de la scierie, chez Georges Lelarge, ardoisier, Brunson, René André, Iwan Vier, chez Petit qui travaillait à la scierie Grognard et était coiffeur après journée, chez Mullen, Prosper Orban, Paulin Evrard, Roland Lévêque et Georges Scmitz: dans quel ordre chronologique, je ne peux le dire mais les constructions se sont toutes réalisées en un laps de temps assez court. Dans la descente, chez Jules Désert le receveur des Contributions, le receveur régional Eugène Léonard et sa famille forte de dix enfants ( d’où Léonard 10), et le greffier Bozet venu du quartier de la gare. En face, la nouvelle maison d’un autre Léonard, Henri, surveillant de travaux et père de Roland, Maggy, Jacques, Monique et Pierre, (d’où Léonard 5 puisqu’il n’avait « que » cinq enfants !). Sa Studebacker attire les regards. Et cette construction soulève un tollé car elle privatise une partie du sentier des ardoisiers !
L' École moyenne commence à vraiment se développer et donc à se trouver à l’étroit dans l’immeuble de la rue de l’Hôtel de ville. Elle érige donc ici deux pavillons dits R.T.G., un pour les sections menuiserie et mécanique, l’autre pour la section primaire. Le bas de la « Cité Paquay » n’est pratiquement pas construit : pour preuve un des fils Lassine y a installé un dépôt de vieux fers. Son existence sera éphémère car vont y construire leur demeure, de nouveau dans un ordre chronologique incertain : José Remacle, le notaire Proesmans, puis d’autres plus tard. Au coin, il y a cependant un bâtiment plus ancien appelé la maison du Colonel et qui servit un temps de bureau de poste. En face de celui-ci, Monsieur et Madame Nicolas-Gomez avaient été les premiers à s’établir là. René était à ce moment marchand de cochons. Puis d’autres encore vinrent ajouter leur maison : Bonmariage, Palizeul Recken, Olimar…

Robert Nizet avec la collaboration de Marylène Lebecque et de Joseph Léonard/
A suivre

lundi 18 juin 2012

LA PREMIERE AUTOMOBILE A VIELSALM ???

Dans un rapport de stage (1) effectué par Marie-Bernadette Bodeux en 1979 au garage Jeunejean (concessionnaire Renault) dans le cadre de l’épreuve écrite pour l’examen de qualification à l’I.S.C. de Vielsalm, on lit dans l’introduction :





- Les origines du garage Jeunejean remontent aux environs de 1880. A cette
époque le grand-père et le père (Jules Jeunejean) de Monsieur (Arthur) Jeunejean
travaillaient ensemble. Leur petite entreprise était située rue du Vieux Marché
à l’emplacement de l’actuel salon de coiffure Lanuit (2). Ils ont géré dans un
premier temps un commerce de bicyclettes et ensuite ont développé le marché de
la motocyclette dans la région.

- C’est en 1898 que la première voiture arrive à Vielsalm chez Monsieur Jules
Jeunejean. Il s’agissait d’une de Dion-Bouton un cylindre.

- En 1931, il (= Arthur Jeunejean) s’établit avenue de la Salm (3) et vend des motos
et des voitures de marque Gillet et Citroën.



Deux photos illustrent cette introduction avec les légendes suivantes :



- La première voiture de Vielsalm, une de Dion-Bouton 1 cylindre (cette voiture
est actuellement au Musée de la Voiture à Bruxelles)
- Monsieur Jeunejean et sa maman (+/-1910)

Ce texte et la légende des photos ne manquent pas d’interpeller. Ces informations ont sans doute été données à la stagiaire de vive voix et reproduites sans être vérifiées : ce n’était pas l’objectif du stage portant sur la comptabilité et l’organisation de l’entreprise mais il semble bien qu’elles ne soient guère exactes.

Que la première voiture apparue à Vielsalm ait été la propriété de la famille Jeunejean, des mécaniciens, est plausible et même vraisemblable.

Que cette première voiture (1ère photo) date de 1898 est manifestement faux : jusqu’en 1903 au moins et même plus tard pour certaines marques, les voitures automobiles (concept alors récent) ressemblaient plutôt à des calèches hippomobiles auxquelles on aurait enlevé les timons alors que le véhicule représenté est déjà une voiture « moderne » : moteur à l’avant, habitacle (ouvert) au centre et coffre ( ou support pour un panier ou une valise) à l’arrière.

Qu’il s’agisse d’une de Dion-Bouton de 1898 n’est pas exact non plus puisque la première voiture de la marque fabriquée en grand nombre avec 2970 exemplaires entre 1899 et 1902 était un vis-à-vis appelé la petite voiture donc pas du tout la voiture photographiée. En fait, selon Monsieur Yvan Mahy, le plus gros collectionneur belge de véhicules anciens (plus de 1000 !) dont une partie de la collection est exposée à l’Autoworld de Bruxelles et une autre partie à Leuze-en-Hainaut (4) il s’agit d’une Ford T de 1910 ou 1911. Il possède d’ailleurs le même modèle.

L’autre photo montre effectivement une de Dion-Bouton datant d’entre 1903 et 1906. L’Amicale de Dion-Bouton de France précise que ça devrait être un bicylindre de 10HP de type W si elle est de 1904. Mais la teinte noire qui fut préconisée en 1905 pourrait la faire correspondre à un type AB. Monsieur Mahy n’a pas souvenance d’une première automobile qui existerait encore quelque part.

L’endroit des photographies
Au début du 20ème siècle l’extrémité vers Salmchâteau du côté droit de l’actuelle rue du Vieux Marché ne comportait que deux immeubles :
- la pharmacie Rausens devenue plus tard le domicile et le cabinet du dentiste Maurice Delaval et actuellement propriété de Monsieur et Madame Mullen ;
- l’horlogerie-bijouterie de Florent Guillaume (père) inchangée à ce jour mais volets toujours baissés !
Entre les deux existait un parc arboré dans lequel a été photographiée la fameuse voiture. On distingue en effet entre les arbres la grande fenêtre en trois parties verticales que l’on retrouve sur l’autre photo.

La date des prises de vue
Jules Jeunejean né à Verviers le 15 mars 1873, frère d’Arnold (des machines agricoles) était arrivé ( revenu ?) à Vielsalm en 1886 et avait épousé en 1902 Augustine Detrés ( 5). De cette union était nés trois filles et un fils, Arthur, le 9 juin 1907. (Celui-ci épousera ultérieurement Maria Mathieu : ils auront trois fils : Jules, Jean-Jacques et Luc).
Sur les deux photos, Arthur est le deuxième personnage à partir de la gauche. Sur la photo avec sa maman il est bien mieux visible et y apparaît comme un petit garçon de 3 à 5 ans. Cette photo en tout cas daterait donc de 1911-1913. L’indication du rapport de stage mentionné ci-dessus peut donc être considérée comme exacte. L’autre photo devrait dater des mêmes années.

Le nouveau garage Jeunejean
En 1931 (d’après ce rapport de stage) Arthur s’installe donc au bas des Chars-à-Bœufs dans un nouveau garage construit par un autre Jeunejean, Joseph, fils d’Auguste et d’Hortense Archambeau. Auguste est un des neuf enfants de Léonard-Joseph Jeunejean (1839-1890) et de Geneviève Martiny (1841-1911), mes arrières- grands-parents maternels de Ville-du-Bois. Joseph épousera la fille du pharmacien Rausens, Simone, et s’expatriera au Maroc (dès 1931 ?) Sur la troisième photo, Simone est sur le pas de la porte, Joseph au guidon de la deuxième moto à partir de la gauche.
Pour trouver un ancêtre commun aux deux branches Jeunejean, il faut remonter à Henri Le Jeusne Jehan né vers 1635 à Ville-du-Bois et marié à Anne avant 1666 !

Tout ceci, j’en conviens, ne nous donne aucune certitude ni sur la date ni sur la marque de la première voiture à Vielsalm. On peut supposer sans grand risque d’erreur que ce serait plutôt la de Dion-Bouton. Remarquons que Gaston Remacle donne comme date de la première voiture à Vielsalm 1899 et comme propriétaire Jules Jeunejean ! Des investigations plus poussées sont actuellement en cours pour tenter de confirmer ces informations de deux sources différentes. Reste à voir si elles aboutiront.

Il est cependant tout à fait possible que la première auto apparue chez nous ne soit pas celle d’un habitant de la localité. Ce pourrait par contre être celle d’un participant à la chasse à courre. Ces gens étaient généralement très bien nantis et certains étaient à la pointe du progrès, parfois même des sportsmen disait-on alors. Ils eurent donc très tôt des automobiles et arrivaient avec elles à Vielsalm pour la période de chasse.

Je tire cette présomption d’abord de la reproduction que je possède (comme beaucoup d’autres sans doute) d’une photo d’époque non datée et montrant un rendez-vous de chasse (à courre). On y voit six anciennes voitures et un tricycle datant à coup sûr d’avant 1910. Qui possède l’original de cette photo ? Peut-être y a-t-il une date au dos de celle-ci ? Il serait très intéressant de la connaître.


Ensuite, une carte postale éditée par Octave Baccus montre un autre rendez-vous de chasse, à Deiffelt probablement mais le cachet postal est déjà ici de 1914. On y distingue aussi six voitures dont une seule est bien visible.





Une autre photo éditée aussi par Octave Baccus sous forme de photo-carte et reproduite ici montre une magnifique voiture de maître, prise à l’arrière de la villa « Chez Nous », anciennement auberge de jeunesse sur l’emplacement actuel du domicile et du cabinet de Monsieur et Madame Lenoir, dentistes, rue du Général Jacques. Le document a été envoyé le 29.09.1910 à Monsieur Louis Denis, chauffeur d’auto à Mariemont par un certain Georges qui s’ennuyait royalement à Vielsalm ! Les propriétaires des lieux à ce moment sont le vicomte Albert de Jonghe et son épouse Isabelle Cornet d’Elzius qui était la fille d’une sœur du baron de Rosée. J’ai tendance à croire qu’il s’agit de leur voiture et de leur chauffeur mais on ne peut exclure qu’il s’agirait d’un ami venu leur rendre visite au volant d’une voiture extraordinaire qui aurait attiré l’attention de notre grand photographe. En effet l’identification de ce « coupé de ville » a posé des problèmes à Monsieur Mahy, ma référence en la matière. J’ai donc sollicité les lecteurs des Annonces de l’Ourthe via La petite gazette de l’anecdote et de l’insolite de René Henry. Plusieurs passionnés ont donné différents avis mais d’après Monsieur Martin Huwart de Ville-au-Bois (Aywaille), cette voiture serait une FONDU modèle 1910 fabriquée à Vilvorde dans la division auto d’une usine de matériel pour chemin de fer. Il m’a d’ailleurs procuré une autre photo d’une voiture identique, ce qui me convainc de son identification sauf vraiment preuve irréfutable du contraire. Merci donc à Monsieur Huwart même si certains ne sont pas d’accord avec lui et semblent chercher la petite bête !

Dernière minute

En dernière minute me parvient l’information suivant laquelle le véhicule immatriculé 13979 (déductible en examinant l’original à la loupe) correspond bien au vicomte A. de Jonghe de Bruxelles.


Robert Nizet

(1) Aimablement prêté par Jean-Claude Duvivier
(2) Actuellement en 2012 annexe du magasin de jouets Lanuit et/ou friterie La fontaine de France
(3) Immeuble occupé en 2012 par l’entreprise de chauffage Philippe Hurdebise
(4) Mahymobiles
(5) Généalogie Jeune jean par Gaston Remacle

dimanche 10 juin 2012

VIELSALM DE MON ENFANCE (5)




(Les n° 1, 2, 3 et 4 ont paru dans L’Annonce de Vielsalm des 9 et 23 mars et des 6 et 20 avril et des 4 mai et 18 mai)

{Rue du général Jacques et rue de Hermanmont}
La rue du Général Jacques était à cette époque la rue principale de la localité, celle où étaient concentrés la plupart des commerces et surtout la poste. Installé dans un bâtiment déjà ancien, le bureau de poste était couplé à celui des Télégraphe/Téléphone, c’est dire si l’espace de chacun était mesuré. Je me souviens des employés Louis Siquet, Madame Duvivier, Jocelyne Pignon, principalement et des facteurs Jules Damoiseau, Joseph Graff, Fernand puis Claude Remacle.
Quatre immeubles de cette rue présentaient un intérêt évident. Le mess des officiers du 3ème Chasseurs ardennais d’abord, en retrait de la route, vaste propriété bien entretenue que je connaissais très peu. La maison de Potter ensuite. Je ne saurai que plus tard qu’il s’agit du seul exemple en Ardenne d’une façade Art Nouveau. Un peu plus loin, un bâtiment double avec porche abrite Marcel Remacle et sa famille, propriétaire d’ardoisière et les sœurs Simone et Andrée Bernard. Les gammes d’un piano s’y font souvent entendre. Enfin, plus loin, la grosse maison Paquay-Talbot, négociants en bois, avec ses trois niveaux de fenêtres et les énormes blocs d’arkose qui constituent le bas de la façade. Vraiment de la belle ouvrage !

Quels étaient ces commerces ?
Tout d’abord chez Cécile et Joséphine Masson, boulangerie avec dépôt de la Levure royale . Joséphine est chargée de vérifier le chauffage du baraquement servant d’église. On l’entend – raconte Monsieur le curé Léonard de Grand-Halleux – marteler le plancher de son pas de gendarme, aller et venir pour alimenter les trois poêles. A peine a-t-elle tourné les talons qu’arrive Marie Bruyère venue vérifier si le travail a été fait correctement : « Avou Josephine, on n’sé mâye… ». Le premier commerce qui retient vraiment mon attention est la boucherie de Florent Goffinet. Son épouse Pauline, personne très sympathique, sert seule au comptoir la plupart du temps. Juste à côté, chez Libouton, pompes funèbres et fleurs, ont commencé à se développer. Bien loin de moi l’idée que j’ouvrirai là en 1981 une librairie-papeterie ! Plus loin « Aux Nouveautés » , chez Radermecker, layette, bonneterie, mercerie puis « Fantasy » , chez Richode – Pirson, aussi tout le linge pour l’habillement et la maison. Ces deux-là semblent se faire une concurrence d’autant plus acharnée que les magasins sont contigus. A côté de chez Richode, il y a un grand jardin entouré d’un bon mur de schiste qui vient jusqu’au chêne et où sera construit ultérieurement l’immeuble du Crédit Communal. Après la ruelle conduisant au terrain de football, voici le Cercle, café à l’avant et salle de spectacles à l’arrière : Madame Bruyère est aux commandes. Puis chez Joseph Baccus, photographe. Outre les films et appareils photos, on peut acheter chez lui en 1958 un stéréoscope view master introduit chez nous par l’exposition universelle. J’ai toujours en parfait état celui que saint Nicolas m’avait apporté, ainsi qu’une flopée de disques. Passe-temps bien naïf en regard des PC, consoles de jeux et autres appareils informatiques de maintenant ! L’ Hôtel Central de Gaston Mullenaerts est un des principaux établissements hôteliers de la région ; une partie du bâtiment est toujours une quincaillerie : La Clé d’or. On trouvait encore le cordonnier Edgard et le magasin de vêtements de Marie-Thérèse Baccus épouse Evrard.

En face, voici la mercerie de Marie-Bruyère dont la photo porte la mention « Pension ». Était-ce une activité complémentaire ? Était-ce là aussi qu’habitaient les peintres en bâtiment Jean et Robert et n’y avait-il pas aussi un artiste peintre Jean-Marie Bruyère ? Les souvenirs, ici, sont flous. Marie Bruyère a, elle, été immortalisée par une carte postale où elle pose fièrement en costume ardennais traditionnel. A côté, nous voici chez Philippe Kopp, alimentation générale et articles pour fumeurs puis à la Banque de Bruxelles et son gérant Camille Marquet. Après chez Erler, voici l’électricien Charles Legros où l’on trouve des radios mais aussi du gaz en bonbonne. Pour les fêtes de fin d’année, il installe dans sa vitrine un genre de diorama animé et lumineux qui attire l’attention des petits et des grands. En revenant de la messe je fais le détour pour l’admirer ! Après le boucher Dumont, voici la belle double demeure citée plus haut et puis le magasin Delhaize le Lion tenu par un certain Lassine puis par la famille Clément. Après la poste, le domicile de Mathieu Blanjean, matériaux de construction. Pierre Lannoy cite encore l’ancienne cordonnerie du Vieux Chêne de E. Remy et le salon-lavoir Bucheman. Mais ceci ne me dit absolument rien.
Il est étonnant de voir que de très nombreux magasins vendaient, dans la même rue, beaucoup de marchandises communes.

Aux Quatre-Coins, tournons vers Ville-du-Bois. A gauche, voici la grosse propriété de Sinçay qui est bien pimpante : elle deviendra plus tard l’Internat Les Dragons ( on a conservé le nom en souvenir des trois fils de Ligne qui avaient fait leur service militaire dans le régiment français des dragons ) et sur son terrain de tennis se construira la piscine communale. En face, Abel Evrard a construit sa maison et un grand garage pour son autocar Le Coucou avec lequel il emmène les enfants des écoles en excursions de fin d’année et les grandes personnes à la féerie des glaces à Liège, notamment. Juste en dessous, un Winand a construit un immeuble imposant qu’il destine à la fabrication de chaussures. Projet qui n’aura guère de suite. Nous irons même un temps en classe dans certains des locaux.

Dans le fond d’Hermanmont, Nicolas Schroeder, entrepreneur, a construit une magnifique maison avec toit de chaume, très rare à l’époque. Juste derrière se trouve le local des scouts auquel on tente actuellement de redonner un certain éclat et en face la belle petite maison de chez Arnold.

Et puis nous voilà à la propriété de Rosée en relativement bon état encore à ce moment. Notre instituteur Monsieur Olimar a reçu du baron l’autorisation d’y conduire sa classe une fois l’an pour une observation de la nature. Ça permet effectivement de faire toute une série d’observations et surtout de passer sous le grand pont dont il reste alors quatre arches. L’une de celle-ci tombera d’ailleurs une quinzaine de jours après notre passage ! Plus haut, à l’extérieur du tournant se trouvait le chenil abritant la meute de chasse à courre du Rallye –Vielsalm. Les aboiements de ces chiens nous parvenaient les soirs d’été jusqu’à la Fosse Roulette !

Robert NIZET avec le précieux concours de Pierre LANNOY/ A suivre

samedi 2 juin 2012

Les ceux de chez nous


UN SALMIEN EXPERT EN ŒNOLOGIE

Certains jeunes éprouvent des difficultés à trouver leur voie après les humanités. Ils commencent parfois des études universitaires qu’ils interrompent prématurément au grand dam de leurs parents. Ceux-ci oublient que les ambitions universitaires ne sont pas les seules dignes de considération.

C’est un peu le cas de notre « vedette » de la semaine. Après des primaires à l’école Saint-Joseph et des humanités à l’ISC, Sébastien Huet a tâté de l’université sans conviction ni donc succès, a participé à l’une ou l’autre formation puis s’est mis à travailler comme barman aux Contes de Salme. Là, il a découvert la fonction de sommelier et ce qu’est une cave à vins. Ce fut le premier déclic. Par la suite il suivit à l’Institut technique de Rencheux les cours de dégustation en parallèle avec un emploi à l’herboristerie de Bihain. En 2008, sa passion pour le vin s’étant affirmée, il va faire un tour en Bourgogne et, de passage à Beaune, tombe en arrêt devant une « École du vin » ! Il entre prendre toutes les informations et s’inscrit illico pour l’année 2008-2009 : l’horaire est de 35heures/semaine, permet une formation complète technico-commerciale en vins et spiritueux axée principalement sur le produit, seuls 15% du temps étant consacrés à l’aspect commercial et permet l’obtention du BAC+3. Avant d’entamer les cours, il s’engage chez un viticulteur du coin pour faire les vendanges et travailler en cuverie, manière de se mettre déjà un peu au courant. Au cours de cette année, il fera aussi divers stages en entreprise et un voyage dans le Valais suisse, autre région viticole. Alors qu’il était confronté à des français fils de viticulteurs, des coréens, des chinois notamment et à des professionnels du vin ayant déjà de l’expérience, il sortira néanmoins premier de cette formation ! Chapeau, donc.

Il poursuit sa collaboration avec un viticulteur durant six mois et fin 2010 il s’en va faire les vendanges en Nouvelle-Zélande en profitant de l’inversion des saisons dans l’hémisphère sud. Il voulait faire la connaissance d’un autre pays mais préféra la Nouvelle-Zélande à l’Australie parce que les domaines y sont plus petits. Il fut pour ce choix conseillé judicieusement par François Gaspard, un salmien expatrié en Australie. De retour en juillet il passa l’été comme caviste à Beaune de nouveau, puis fit un autre stage chez un viticulteur dont la particularité est de produire du vin nature, sans produits chimiques, à partir des seuls raisins. L’année 2011 le vit accroître son expérience en Bourgogne toujours, à Avignon dans une chartreuse en tant que conseiller en vins, et de nouveau en Suisse à Neufchâtel et à Montreux. Il rentre au bercail à la fin de l’année dans le but d’ouvrir une structure de vente de vins et s’associe dans ce but avec Fabien Hubermont. Pour assurer ses arrières, il a repris son emploi chez Herbalgem et développe donc ses ventes sans vitrine pour l’instant, leur stock étant chez eux.

L’objectif de Sébastien est de démocratiser le vin et son envie est d’apporter une éducation aux gens qui sont plutôt craintifs : tout le monde ( sauf l’auteur de ces lignes) boit du vin, pourquoi ne pas bien boire ce vin ? Son avantage est de bien connaître les vins qu’il vend, de pouvoir parler de l’endroit où ils sont produits et des viticulteurs qui les fournissent. N’hésitez donc pas à le contacter à son adresse hhvins@gmail.com.

Le vin a vraiment changé la vie de Sébastien : il a eu la chance de côtoyer des stars du vin, de fréquenter des gens cités un peu partout en matière de gastronomie et de voyager déjà pas mal. Pas sûr que l’université lui aurait permis de faire sa profession de ce qu’il aime.

La photo a été prise en Nouvelle-Zélande au domaine Margrain Vineyards à Martinborough. Sébastien effectue un entonnage. Les fermentations terminées en cuve, le pressurage ayant été réalisé, il est temps de mettre le vin en fûts pour sa période d’élevage.

Robert NIZET