jeudi 30 juillet 2009

De l’exploitation des ardoises et du coticule au Comté de Salm, antérieurement à l’an 1625.

(publié dans les Annales de la Société géologique de Belgique, tome XXXVIII, 1910-1911, BB 3 à 5)

J’ai eu l’occasion, il y a peu de temps de lire un ouvrage devenu très rare, qui n’existe plus à ma connaissance qu’à la Bibliothèque royale de Bruxelles, et qui donne quelques renseignements sur l’exploitation du coticule et de l’ardoise du Comté de Salm ; je crois intéressant de transcrire tels quels les passages de ce travail concernant cette industrie, ainsi qu’un autre passage vantant les qualités d’un « pouhon » de la région.

Le titre de l’ouvrage est celui-ci :
« Déclaration chronologique concernante la vertueuse et mémorable vie S. Symetre, prestre et martyr. Entremeslée d’une chronographie tant des lieux de sa conversation que de plusieurs autres. Translatée et augmentée par M. Christophe de Gernichamps, Pasteur de Villers-S. Gertrude, au territoire de Durbuy ». (Imprimé à Liège par Léonard SHEAL, imprimeur-juré, en l’an 1625)

« annotation. Chronographie du Comté de Salm [suite]
D’avantage ce territoir a ce bonheur qu’il produit des pierres de moulin, et a mesme des carrieres à tirer des pierres propres à tout usage de massonerie. On y voire en une montagne pas fort distante du château se voyent plusieurs fosses d’où l’on tire des escailles très propres pour les couvertures des édifices, lesquelles en ce sont admirables, qu’elles se peuvent fendre si menuement et délicatement qu’on les peut quelque peu fleschir avant qu’elles se viennent à rompre estantes aucune d’une couleur perse, d’autres verdes.
L’usage et le soleil les endurcissent tellement que ne cédantes pas au fer, les cloux avec lesquels on les attache se trouvent consommez et mangez par la rouille, icelles demeurant entières ; et voilà pourquoi on en fait grand cas, les menant par navigation jusqu’en Hollande, Zélande, Angleterre et autres provinces, ce qui cause grand profit aux habitateurs de ce lieu.
D’où vient que parfois sont à voir des ouvriers s’employans alentour de cet ouvrage à nombre de septante et davantage lesquels vivent sous des loix et statuts particuliers tels, que si quelque difficulté ou doute entre eux survient, ils ont recours à iceux, ce qui cause qu’ils sont toujours très concordés et unanimes.
Mais à cause que leur vocation est fort pénible et laborieuse, ils se recréent quelquefois par boisson et d’autant qu’en taillant et fendant les roches il peut arriver que quelque lourde pièce de quelque rocher tombant dans les fosses et concavitez, vient à mettre tout en dégast par prevoyance et indices que le naturel des rochers leur a par expérience enseigné ils eschapent facilement semblables périls, de façon qu’iceux bien rarement se trouvent accablez ni endommagez aucunement. De mesmes pierres se font des tablettes très comodes à recevoir la croye, petites et grandes, portatifères autres lesquelles on apporte comunément es régions estrangères.
Outre tout quoi, il se trouve proche des fondations du Chasteau des queües à aiguiser toute sorte de ferremens [coticule], les plus exquises singulières et rares qui se peuvent recouvrer en aucun pays voisin comme attestent ceux qui les ont expérimenté. D’où ils ont prins occasion de les transporter annuellement en grand nombre aux relevées foires de Francfort et de là à Venise et ès autres provinces.
Celles sont d’une couleur jaunastre tirant sur le blanc, mais le moyen avec lequel on les tire est assez dangereux, partant que ceux qui les veulent mettre au jour se trainent par des trous soubterriens de bien longue estendue et fort estroitz, tellment qu’ils sont contraints par nécessité se trainer et grimper avant qu’ils arrivent aux lieux prétendus ; ou estant ils les tranchent du rocher selon les veines trouvées et menées et taschent les ayant préparées (ou le commodité de la place le permet) les jeter en lumière ; duquel œuvre ils sont pour le plus souvent empeschés et retardés au temps d’esté pour la crudité du lieu subterrien, et de sa froidir excessive. De façon que tant plus piquante et aprè est la froidure de l’hiver, tant plus aisément font ils leur besoing.
Cette contrée… elle est arrosée du fleuve nommé Glaine [La Glaine ou le Glain est l’ancien nom de la Salm] produisante de très bons poissons comme truites, barbillons et autres au bord et rivage duquel se voit une fontaine acide ou comme on dit vulgairement pouhon [Près de Grand-Halleux probablement], de mesme naturel que celuy de Spa, on y voire le surpassant en légèreté tesmoin l’expérience, en sorte que d’aucuns personnages d’auctorité l’on à icelle préférée ; ses effects sont de purger l’estomach, donner appétit, deschasser l’hydropisie, refroidir de foye, rompre la gravelle. La preuve de tout quoy est, partant que les paysants de ce lieu qui en boivent ordinairement ne se trouvent jamais atteints de ces infirmités ».


J’ai trouvé ce passage intéressant en ceci qu’il est de ceux qui donnent le plus de détails sur ces exploitations anciennes, qui ont si peu changé aujourd’hui si ce n’est que les exploitants du coticule s’éclairent à présent à l’acétylène et se protègent sous des boisages encore très primitifs ; ce qui a en tous cas le plus changé, c’est la foi dans l’omnipotence du pouhon de Grand-Halleux pour soulager tous les maux des humains. Dans cette région, le mode d'exploitation des ardoises est, comme on le sait, resté bien simple encore comme d’ailleurs celui du coticule ; l’exploitation en est presque partout discontinue et de fait au fur et à mesure de la commande dans presque toutes les carrières. Les progrès de l’exploitation des mines n’ont fait qu’effleurer cette contrée, où la lutte pour la vie n’a point encore créé la concurrence, protagoniste du progrès économique.

Charles FRAIPONT, ingénieur Civil des Mines, assistant à l’Université.

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