jeudi 23 juillet 2009

Le moulin Lebecque.

(publié dans L’Avenir du Luxembourg, le 4 avril 1946)

C’est avec regret que les amis des choses du passé auront vu disparaître, ces derniers jours, une construction bien familière.

Il s’agit du « moulin LEBECQUE », à Ville-du-Bois, appelé aussi « moulin du Bârfa » par les gens de l’endroit, « Bârfa » étant le nom du creux où se blottissait le vieux bâtiment en pierres d’arkose si abondantes aux environs.

Depuis vingt ans que son tic-tac sympathique ne résonnait plus, le moulin avait pâti de bien des vandalismes.

La guerre qui vient de finir l’avait aussi rudoyé. Son sort vient d’être définitivement réglé. C’est une équipe de prisonniers allemands casernés à Rencheux qui a procédé à la démolition de la bâtisse.

Il n’est peut-être pas sans intérêt d’en dire quelques mots.

La construction du moulin remonte à 1820. Elle fut entreprise par Jean-Maurice LEBECQUE de Ville-du-Bois (1778 – 1850), laboureur, commerçant, messager, gros propriétaire. Le nom du constructeur est resté, jusqu’à nos jours, attaché au bâtiment. Par voie d’héritage, le moulin passa dans la famille JEUNEJEAN de Ville-du-Bois, qui l’a conservé jusqu’à ces dernières années.



(personnage: François JEUNEJEAN, propriétaire du moulin, photo prise avant 1915)



Tapi au fond du val, entre deux raidillons prononcés, écarté du village, le moulin paraît avoir eu aux yeux de la génération actuelle, une situation un peu étrange et difficilement compréhensible. Elle s’explique toutefois aisément et semble très normale pour le début du siècle dernier. Car le moulin se plaçait au passage d’une voie séculaire alors encore très fréquentée. Mais combien le savent seulement. Elle n’est plus aujourd’hui qu’un modeste chemin champêtre ; depuis un siècle la grand’route Vielsalm-Poteau surtout a draîné la circulation dans un autre sens et contribué à jeter l’oubli sur tout un passé.

Jusqu’à la fin de la guerre 1914-1918, le moulin servit. Il se montra même, en ces quatre années, plus indispensable que jamais. Avec le meunier d’alors M. SEPULT, que de bons tours joués aux Allemands contrôleurs, tout à l’avantage des familles où l’on pouvait ainsi manger un peu à sa faim.

C’est également durant cette guerre que le moulin fut pourvu d’un dispositif pour assurer l’éclairage – Oh ! rudimentaire, mais utile – de Ville-du-Bois.

C’est encore lui qui, alors, fut souvent complice de secours en vivres et vêtements offert aux prisonniers russes dont le camp se trouvait quelques centaines de mètres plus loin. Gamin, l’auteur de ces lignes y fut même un jour de la sorte pris en flagrant délit, et emmené par un sévère landsturm.

Le moulin LEBECQUE a vécu. Parce qu’il évoque tout un passé, sa disparition jettera dans les cœurs de ceux qui l’ont connu, une note de mélancolie.

Gaston REMACLE



Ndlr:

Note de G. REMACLE :

meuniers:
- Victor TALBOT.
- Conrard REMY, de 1901 à 1907 ( + 1970), marié en 1905 à Eugénie FELTEN (+ 1970).
- Fernand REMACLE.

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