lundi 17 août 2009

Dans le passé du Pays de Salm.

(publié dans le Bulletin du Syndicat d’Initiative de Vielsalm, 1950, n°2)

Irons-nous aujourd’hui faire une petite incursion dans le passé du pays de Salm ?

Le cadre d’une tribune touristique peut bien l’autoriser, et nous permettre ainsi, à grands traits, de connaître mieux notre région, et partant, de l’aimer davantage.

On a tendance à ramener le passé du pays de Salm aux seuls siècles de l’existence du comté du même nom. Sans doute, c’est de cette époque que date la fortune du nom de Salm. Toutefois, l’histoire de la région présente des perspectives plus vastes, et elle offre des données qui nous éclairent bien au-delà de l’existence du comté de Salm.

Le pays est habité depuis longtemps. Des hommes de l’âge néolithique même y ont laissé des vestiges de leur existence. Les polissoirs en arkose amenés à Courtil-Bovigny par feu le Docteur LOMRY en témoignent ; recueillis aux environs de Salmchâteau, ils sont aujourd’hui encastrés dans le mur d’une ferme, comme une preuve permanente de la présence de l’homme préhistorique.

Que le promeneur n’oublie pas de les contempler au passage.

Moins antiques déjà, des peuplades de l’âge de fer nous ont laissé des traces fort marquantes et toujours visibles de leur séjour. Elles ont procédé à l’extraction de l’or le long de plusieurs ruisseaux, particulièrement de celui de Louxibou ; elles ont aussi fabriqué des meules à broyer le grain, notamment près de Salmchâteau et aménagé le retranchement dit « camp romain ». les tertres nombreux de gravier délavé qui nous restent, comme l’enceinte du refuge du Gros-Thier, attestent une vie fort intense. Et les termes mêmes de « Glain » et de « Salm » gardent le souvenir du langage de cette époque.

Quant aux Romains, leur présence a dû se montrer très active dès le début. La grande voie-Reims-Cologne qu’ils créèrent passait aux confins de ce qui est devenu pays de Salm, à Thommen et Saint-Vith. Plusieurs chemins secondaires allant vers l’ouest s’en détachaient, ou couraient vers elle, sillonnant le pays de Salm ; leur tracé subsiste toujours par endroits, et nous pourrions l’indiquer un jour.

Notre opinion est aussi que le début de notre ère a vu l’exploitation sur une grande échelle du Thier-des-Carrières et des Quatre-Vents. Le « camp romain », occupé, y a trouvé son nom actuel.

C’est encore l’époque où se constituent les domaines agricoles connus sous le nom de « villas ». les invasions, dès la fin du IIe siècle, y semèrent des ruines, sans doute comme ailleurs ; mais dans toute la région, ces domaines sont fixés, car ils s’affirment nettement à la période franque et carolingienne qui les a continué : Lierneux, Cherain, Bihain, Thommen, Glain (Bovigny), Amblève, etc. il y a lieu de penser que l’ensemble formé par les actuelles communes de Vielsalm, Petit-Thier, Grand-Halleux, avec les localités de Commanster, Cierreux et Goronne, occupe l’emplacement de deux de ces domaines caractéristiques de l’époque pré-féodale ; de petits groupes d’habitations y existaient, par exemple, Ville-du-Bois, Glain, et peut-être les Halleux.

L’arrivée des moines à Stavelot, avec l’abbé Remacle, devenu saint Remacle, vers 648, ne fut pas sans influencer fortement notre région. Très vite, l’œuvre d’évangélisation fit tâche d’huile.

Des paroisses se constituent dont la vie, pendant des siècles, commandera quantité d’activités et de relations. Il semble bien que ce qui est devenu la paroisse de Salm, comme celle de Glain-Bovigny, a son origine à la période carolingienne. Pendant une vingtaine d’années même, le pays de Salm a dû dépendre de l’abbaye de Stavelot-Malmédy ; mais en 670, à la demande des moines, un accord du 6 septembre réduisit le territoire qu’ils avaient reçu du roi Sigebert III, et le ruisseau d’Ennal constitua, désormais, pour les terres de Stavelot, une portion de leur limite sud.

La naissance du comté de Salm remonte aux environs de l’an 1000. Un document daté de 1034-35 en atteste l’existence par la mention « comes Gisilbertus de Salmo ». toutefois, la famille de ce comte Gislebert, arrière-petit-fils de Sigefroid le fondateur de la maison de Luxembourg, devait déjà se trouver dans le pays à la fin du Xe siècle.

Ayant campé leur forteresse, face au pays de Stavelot, sur un promontoire rocheux aujourd’hui déformé et devenu le berceau de Vielsalm, les seigneurs qui prirent le nom de SALM, ( du ruisseau tout proche de leur demeure) arrondirent peu à peu leur territoire, absorbant Arbrefontaine, puis tout le domaine de Glain (Bovigny), poussant jusqu’à Beho, Gouvy, Rettigny.

Le canton actuel de Vielsalm, sauf une partie de la commune de Beho, correspond à peu près à cet ancien territoire. Quant à la demeure seigneuriale, celle de Vielsalm fut abandonnée au début du XIVe siècle, au profit d’une nouvelle, à 3 kilomètres vers le sud. Néanmoins, les comtes finirent par ne plus résider dans le pays vers la moitié du XVIe siècle, et ils laissèrent à un haut officier le soin d’y gérer leurs affaires.

Le régime français et l’annexion de la Belgique à la France par un décret du 9 vendémiaire an IV (1 octobre 1795) mirent fin à l’ancien comté de Salm ; il avait duré huit siècles.

Au cours des siècles, la population salmienne s’était développée de façon assez sensible. En 1659, le comté comprenait 485 feux.

L’agriculture surtout y constituait la base des ressources et de l’activité. Après les ravages du XVIIe siècle, le travail et le développement des relations avaient amené une prospérité marquante, bien que le trafic se dirigeât davantage vers Stavelot et Malmédy. Proches.

C’est alors, en 1775, que le spirituel De FELLER, passant dans le pays, jugea que ses habitants étaient « d’un bon naturel, pleins de religion et de probité, officieux et polis ».

Depuis, pourquoi auraient-ils changé ?

Gaston REMACLE

Ndlr :
Cet article a été republié dans L’Annonce de Vielsalm, du 12 novembre 1950.

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