dimanche 16 août 2009

Une région qui ne doit pas mourir.

(publié le 9 avril 1947)

Quelqu’un m’a dit : « Vielsalm, c’est là-bas au bout du pays, un coin perdu. Un peu comme le désert ! »
Et un autre : « Il n’y a là rien, ou presque. Un pays de rudesse ! On s’y enterre ! »
Et d’autres…
Au pays de Salm, qui n’a recueilli des propos de ce genre.
Mais aussi, combien ne les ont pas entendus avec tristesse, et avec ce sentiment qu’ils constituent une injustice.
Car ce ne peut être vrai, non, que la terre de Salm porte la marque d’une infériorité. Terre d’Ardenne, oui. Terre bréhaigne, comme dit TH. BRAUN, mais riche de pittoresque de passé. Riche tout autant de possibilités d’avenir.
Son pittoresque ? Inutile d’en parler ici. Il éclate tellement aux yeux de qui sait voir. Il se présente en une diversité et une plénitude capables de satisfaire les plus difficiles.
Mais regardons plutôt l’histoire de la région.
Non pas celle de batailles, ni celles de princes, qui révèle pourtant une lignée glorieuse, les comtes puis princes de Salm.
Mais l’histoire du peuple, de la population de chez nous. Tout au long de son cours, elle manifeste une énergie, un amour du labeur, un amour de la vie, qui valent une noblesse et une légitime fierté.
Les gens du pays de Salm ignorent peut-être trop la richesse morale de leur passé, et la vitalité de leur race.
Sans parler du travail au sol, toujours repris, continué, amélioré, sait-on qu’il y a deux mille ans déjà, une activité intense s’y livrait avec succès, aux recherches aurifères et à l’exploitation des carrières d’arkose et de schiste.
Et tout au long des siècles, malgré les dévastations répétées, et de grandes misères l’homme de l’endroit, tenace et farouche, a repris sa tâche rebâtissant sa demeure, multipliant la vie.
Il faut beaucoup de caractère, de vertu, aux familles, pour se maintenir et durer. Or ces familles foisonnent au pays de Salm. Combien d’entre elles ont pourrait citer, dont on peut remonter la trace, au même endroit, jusqu’à ce que les documents fassent défaut pour nous éclairer sur les origines de ces lignées.
Ces familles ces hommes, ont tenu, fidèles à leur terroir.
Et non pas, pour sûr avec une âme serve. À travers les documents qui nous restent de ce passé, on entrevoit un fier amour de l’indépendance et une volonté de s’imposer au respect. Qu’on pense ici particulièrement au XVIIIe siècle, où la population Salmienne, jusqu’à devenir frondeuse, multipliait les tentatives d’affranchissement à l’égard de ses seigneurs. Et qu’on pense aussi ce soubresaut de révolte ouverte, les armes à la main, contre la tyrannie du Régime français, parce qu’il attentait aux consciences : « Résistance » déjà, alors, aussi belle que celle de la dernière guerre. Elle ne céda que devant la force brutale. Mais les âmes ne céderont jamais ; car elles avaient trop en elles l’amour de la liberté et la conscience de leur valeur morale.
Toute la région représente une pensée. Celle de la terre de Salm il ne serait pas osé, croyons-nous, de la caractériser par la vaillance et la fierté.
Cette pensée devrait néanmoins être consciente dans les cœurs. L’est-elle assez chez ceux qui vivent en ce Nord-Est de la province de Luxembourg ? Certes non, et c’est grand dommage. Il s’agirait de l’y faire pénétrer, d’en faire apprécier la valeur, d’en faire jouir avec goût et bonheur. Ce serait pour un tel épanouissement de la vie ! On ne verrait plus alors cet exode, presque une fuite, dans certains villages de la région.
Il semble toutefois qu’une volonté agissante, bien qu’hésitante peut-être, apparaisse, qui traduit un sentiment qui réjouit. C’est comme un instinct vital, incoercible, et qui se fait jour malgré tout.
Ne voit-on pas dans tous les villages d’alentour, relever les ruines ? Que de dévastations opérées par l’offensive des Ardennes ! Or voilà, qu’après deux ans seulement, la région ne se ressemble plus. Oui, certes, des blessures restent béantes à des centaines de demeures. Mais le travail de restauration accompli déjà est immense. Sans l’intervention des pouvoirs publics. On veut vivre et c’est tout. Il y a là un effort qui se place tout naturellement dans le prolongement de celui que les siècles passés ont vu après d’autres dévastations. Mais il ne serait pas mauvais que l’on soit conscient de sa valeur, et des sources profondes auquel il se nourrit.
Signalons un autre signe, formel aussi, d’une volonté de vivre. Car il y a des signes qui ne trompent pas. C’est celui que, depuis quelques semaines, révèle un action énergique pour faire de Vielsalm un centre accueillant. Action qui dépasse l’amour étroit du terroir et le relie à tout le pays.
Ainsi dans une union fraternelle viennent de reprendre une ardeur rénovée des groupements en vue de promouvoir le tourisme et les belles réjouissances : « Syndicat d’initiative », « Comité des fêtes », « Vielsalm-villégiature », rassemblent, coordonnent des initiatives au bénéfice de la région.
De la sorte, d’excellentes choses se préparent, se précisent, dont on verra sous peu les manifestations. Cela dans une cohérence de bonnes volontés qui mérite d’être soulignée. C’est de bon augure pour l’avenir.
De cette région, quelqu’un écrivait dernièrement : « tout ce qui a fait sa prospérité depuis deux cents ans s’épuise. Les ardoisières, la pierre à rasoir, les forêts ».
Il est, en tout cas quelque chose qui malgré les apparences, n’est pas épuisé. C’est la volonté d’y vivre.
Et cela suffit. Il en surgira bien l’esprit qui provoquera les réalisations nécessaires et efficaces.
L’optimisme s’impose donc.
Non la région de Salm ne doit pas mourir.
Parce qu’elle ne le mérite pas.
Et parce que, malgré les désertions il est assez de bonnes volontés pour y épanouir encore la vie.

Gaston REMACLE

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