jeudi 10 septembre 2009

En 1964… Il y avait cinquante ans.

(publié dans Pays de Salm, le 12 janvier 1964)

Les événements de notre époque vont tellement vite !

À cette allure, bien des souvenirs s’accumulent, rapides, et finissent par tomber sans retard dans l’oubli.
Cinquante années, c’est peu. Toutefois, que de choses s’y rapportant, dont presque toutes les traces ont quitté la mémoire de leurs contemporains. Pour les raviver, il faut surtout le soin qu’en a eu un chroniqueur joint à quelque effort spécial du souvenir.
Avec l’appui de ces faibles moyens, nous voudrions rappeler ici l’un ou l’autre événement d’il y a un demi-siècle, intéressant la vie de notre région ; une tranche de la petite histoire.
Il y a cinquante ans…

La commune de Vielsalm avait comme bourgmestre M. Jules TALBOT, de Beaufays, nommé par arrêté royal du 8 juillet 1909.

On voyait alors, chaque jour, le garde champêtre M. Auguste BOURGEOIS, se rendre à pied à Beaufays, porter quelque missive ; tandis que, plusieurs fois par semaine, le bourgmestre gagnait la maison communale à Vielsalm, pédalant sans arrêt sur son vélo à pignon fixe.
Le vélo, si dépassé aujourd’hui, était en ce temps-là chose peu commune encore, et les bons marcheurs restaient légion.

Quant aux autos et aux motos, elles constituaient des attractions quasi rarissimes. En 1914, il n’y avait à Vielsalm que deux autos (une au boucher Joseph GILLIS, qui la cacha à Goronne durant la guerre de 1914 ; une à Joseph MOLHAN « louageur de voitures » en face de la gare de Vielsalm ; et une troisième, croyons-nous, à M. le notaire LAMBERT), et deux motos (dont une à Georges PAQUAY).

En ce qui concerne les moyens de transport, on peut signaler aussi que le tram à vapeur de Lierneux pénétrait bien loin dans la rue actuelle du Vieux-Marché ; le terminus s’y marquait d’un poteau portant l’inscription « Vielsalm-village ».
Manifestations de progrès également dans les communications que les suivantes ; la ligne vicinale de Manhay venait d’être achevée ; on projetait d’établir un train express entre Liège et Luxembourg avec arrêt à Vielsalm ; on envisageait d’instaurer le service téléphonique dans les communes de Lierneux, Vaux-Chavanne et environs.

Et l’on commençait de parler avion. « Aéroplane », disait-on.
En l’été 1912, un biplan Farman vint, certain jour après quatre heures, s’échouer entre Ville-du-Bois et Ennal, sur le thier boisé. Le pilote, seul dans son appareil, était un hollandais du nom de WEYMALEN, participant au Circuit d’Europe. Grosse attraction !
À la vesprée et la nuit, il fallut aménager dans les bruyères et les souches de l’endroit, une piste d’envol.
Le lendemain matin, l’avion avec son petit chat noir en velours comme mascotte, s’envola au lever du soleil. De nombreux curieux l’accompagnèrent du regard jusqu’à le voir tournoyer au-dessus de Spa. À l’école primaire, ce fut là un beau sujet de rédaction !
L’année précédente déjà, un monoplan parti de Paris à 6 h.20 avait atterri vers 9 h. 45 à Regné. Événement sensationnel.

De quoi parlait-on encore ?

La vie restant inspirée, plus qu’aujourd’hui, par l’agriculture, les préoccupations allaient, par exemple, beaucoup aux pommes de terre. La récolte de ces tubercules n’avait pas été fameuse en 1913, ayant livré quantité de tubercules gâtés ; et les prix offerts atteignaient à peine quatre farncs les 100 kgs.
Le bétail, par contre, ne se vendait pas mal. Les foires de Vielsalm, le troisième mardi de chaque mois, voyaient la présentation de trois ou quatre centaines de « rouges bêtes » et autant de porcs. La même chose aux foires mensuelles de Salmchâteau. Les bœufs se vendaient, par exemple, vers 500 et 600 frs ; des transactions s’effectuaient encore en « napoléons », ceux-ci estimés à vingt francs.
À propos de bétail, on parlait aussi de la rage. Une épidémie avait surgi dans le pays en décembre 1912 ; elle se manifesta dans notre région au cours de 1913. On constata des cas de rage canine à Gouvy, Bovigny, Lierneux. On abattit plusieurs chiens à Odrimont, Verleumont, et ailleurs, ainsi que d’autres animaux mordus. On eut des inquiétudes également pour des enfants RECKERS de Beho. Tous les chiens durent porter des muselières durant plusieurs mois.




Restant dans le domaine de la vie professionnelle, notons que les carrières d’ardoises de Cahay manifestaient une grande activité. Quand, chaque jour ouvrable, à 18 h., le sifflet strident de la sirène déchirait le silence de la campagne, on voyait surgir des galeries et des hayons un fourmillement d’ouvriers. Journée bien gagnée, de dix heures de travail, pour laquelle le meilleur ouvrier recevait 3 fr.75.
Mais parfois ces laborieux parlaient-ils d’un accident survenu le jour à un compagnon. Il y en avait de mortels ; après bien d’autres, citons celui du 29 juin 1912, qui tua Henri-Joseph BLANJEAN de Bovigny, et celui du 31 janvier 1913, qui coûta la vie à Léopold-Félix COTTIN de Salmchâteau.

C’était le temps encore où Georges BEAUPAIN tannait à Beaufays ; où les frères EVRARD et Constant REMACLE fabriquaient des briques à Ville-du-Bois ; où Bernard DENIS et son gendre Joseph KIEFFER brassaient à Vielsalm et Nicolas LAPLUME à Salmchâteau ; tandis que plusieurs ateliers de pierres à rasoir à Salmchâteau ; tandis que plusieurs ateliers de pierres à rasoir à Salmchâteau et Vielsalm, travaillaient à plein rendement.

La hantise de la guerre ne préoccupait pas les esprits comme aujourd’hui ; du moins ne voyait-on aucune menace pour notre pays. La guerre italo-turque de 1912, la guerre des Balkans de 1913, n’intéressait guère ; cela se passait si loin !
Pourtant, tout près de chez nous, en 1913, l’armée prussienne avait effectué des manœuvres aux environs de Recht. Combien de curieux avaient regardé, de Poteau et pardessus la frontière, les « casques à pointe » et les uniformes fris ! Et l’on ne se rendait pas compte du danger si proche que le 4 août 1914 devait nous amener.

La vie continuait assez paisible ; le temps passait avec ses peines et ses embellies. On buvait la « petite goutte » dont le prix venait d’être porté à 10 centimes, celle de Hasselt et de Vieux Système à 15 centimes ; la bière allait à 5 et 10 centimes la chope.

Quelques autres événements défrayaient la conversation : la clémence de l’hiver de 1913 ; le désir des habitants de Neuville d’avoir une église, qui ne sera construite qu’en 1928 ; la présence du typhus à Lierneux qui y fit plusieurs victimes ; l’incendie du Cercle catholique de Vielsalm et de ses abords ; la création d’une section de Croix-Rouge à Vielsalm ; le succès remporté en septembre, à la fête internationale de Kinkempois, par la société de gymnastique de Salmchâteau ; le vingt-cinquième anniversaire du comice agricole ; l’instruction primaire obligatoire jusqu’à 14 ans, qui fut votée le 19 mai 1914 ; la préparation du cinquantenaire de la fanfare « Les Echos de la Salm », à célébrer en août 1914 et qui n’eut pas lieu.
Il y avait aussi la vie politique qui, ma foi, ne manquait pas de vigueur. Mais, au terme de ces notes hâtives, n’en disons qu’un mot : cette vigueur, n’était-ce pas, chez la population, un signe de bonne santé ?
C’était il y a cinquante ans.

Gaston REMACLE

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