mardi 8 septembre 2009

À Goronne-Vielsalm. Centenaire du sanctuaire Notre-Dame de la Salette.

(publié dans L’Avenir du Luxembourg, le 22 septembre 1954)

Le 19 septembre 1846, sur les hauteurs alpestres de la Salette, deux petits bergers. Mélanie et Maximin, avaient vu une « belle dame », la robe très longue, très ample, le fichu, la haute coiffe, le diadème, les roses qui brillaient sur sa tête, ses épaules et ses chaussures, le crucifix qui reposait sur sa poitrine et des larmes dans les yeux. La belle dame leur avait parlé de l’oubli du repos dominical, du devoir de l’assistance à la messe du dimanche, des obligations du Carême et des blasphèmes. Elle parla en français d’abord, en patois ensuite. Elle ne cessait pas de pleurer. Les bergers la virent enfin s’élever de terre en regardant le ciel et disparaître. Après des enquêtes longues, prudentes et minutieuses, l’autorité ecclésiastique proclama la réalité et l’authenticité de cette apparition.

En 1853, des faits étranges et qui ne sont pas sans rapport avec le miracle de la Salette, jetèrent dans l’étonnement les populations du pays de Salm. Sur le plateau de Goronne, solitude de forêts et de pâturages, un paysan, Jean-Maurice CUVELIER, se mourait dans la chambre basse d’une ferme. Marié à une dame FREDERICH, de Grand-Halleux, il n’avait eu en cette vie que peines et misères. De ses sept enfants, cinq étaient morts. Lui-même, condamné par un médecin, avait embrassé, sans espoir de le revoir jamais, son fils aîné, appelé à Liège par la loi de la conscription. Et voici qu’après une nuit de coma, l’agonisant s’éveilla sain de corps et d’esprit. Il expliqua à sa femme qu’une « belle dame » et qui pleurait lui était apparue en songe. Elle lui avait parlé : « Si tu veux être guéri, promets de construire une chapelle en mon honneur à Pelhémon ». il avait promis.

En ce temps-là, Goronne vivait à l’écart des bruits du monde. CUVELIER et sa femme ignoraient tout des prodiges de la Salette. Le curé de la paroisse, l’abbé PONDANT, plus instruit des nouvelles religieuses, n’eut aucune hésitation en écoutant la description de la dame faite par le miraculé ; il s’agissait sans aucun doute de la Vierge de la Salette. Maurice CUVELIER entreprit sans retard l’exécution de sa promesse. Non loin de la route, entre Arbrefontaine et Goronne, au lieu dit « Pelhémon », s’éleva une spacieuse chapelle dédiée à Notre-Dame de la Salette.
En 1854, tandis que les paroisses du doyenné de Vielsalm se préparaient à fêter l’inauguration du nouveau sanctuaire, une nouvelle sensationnelle courut toute la région et attira des foules de curieux à Goronne : la femme de CUVELIER avait mis au monde un enfant apparemment non-viable : sans bras, le petit corps portait dans sa chair, imprimés en stigmates, les signes de la Dame de la Salette, le front en coiffe, des marques roses autour de la tête, aux épaules et aux pieds, une croix dessinée sur la poitrine et des larmes dans les yeux. Ressemblance douloureuse avec la statue de la Vierge qui, dans la chambre de l’accouchée, attendait d’être transportée en procession dans le sanctuaire de Pelhémon. L’enfant vécut neuf mois. Jamais, l’autorité épiscopale ne s’engagea dans la reconnaissance des merveilles de Goronne. La chapelle de Pelhémon resta un lieu de dévotion du pays de Salm. Elle est probablement de toute la Belgique le plus ancien sanctuaire dédié à Notre-Dame de la Salette.





Le 19 septembre 1954, cent ans après les étranges événements de Goronne, des cérémonies commémoratives ont attiré de nombreux pèlerins autour du sanctuaire de Pelhémon. Les descendants de la famille CUVELIER étaient accourus de partout : fait curieux, sur la cinquantaine de descendants du miraculé d’il y a cent ans, aucun n’habite plus Goronne. Tous sont dispersés à travers la Belgique. Malgré le temps gris et une pluie fine qui ne cessa presque pas de tomber, du matin au soir, de ce dimanche anniversaire, les processions de 10 h.30 et de 15 heures ne furent pas mouillées.
Le char de Notre-Dame de la Salette, le matin, et celui de Notre-Dame de Luxembourg, l’après-midi, entraînèrent derrière eux la foule des grands jours. Les chants étaient dirigés par l’infatigable Désiré JACQUES.
M. le Doyen de Vielsalm célébrait la messe, assisté de M. le Préfet des Salésiens de Farnières et de M. l’aumônier du Pensionnat du S[acré].C[oeur].

[ill.]

Statues en bois sculpté de Notre-Dame de la Salette et des deux bergers Mélanie et Maximin, telles qu'elles furent placées, il y a cent ans, dans la chapelle de Pelhémon. Comme les autres statues du sanctuaire, elles sont l'oeuvre du sculpteur de Grand-Halleux, connu au XIXe siècle, dans le pays de Salm, sous le nom de « le bon Dieu de Grand-Halleux ».


Après l’Evangile, le R.P. Edmond, supérieur des Franciscains de Liège, rappela les paroles et les leçons de la « belle dame ».
À l’harmonium, M. l’abbé BACCUS, curé d’Arbrefontaine, accompagnait le chœur des jeunes filles de la paroisse.

Aux vêpres solennelles de l’après-midi dans une brève allocution, le R.P. Edmond félicita les paroissiens de Goronne pour l’ornementation parfaite du long parcours de la procession, pour leur générosité et leur ferveur dans la participation aux cérémonies de la journée.

La « belle dame », qui pleurait à la Salette sur l’ingratitude des hommes, aura certainement ressenti de la consolation en ce centenaire de sa chapelle de Pelhémon. Un pèlerin étranger disait après la cérémonie du soir : « Quelle belle et nombreuse jeunesse possède Goronne ! Je croyais que c’était un village mort. Et voici que j’y ai vu et entendu des jeunes gens et des jeunes filles d’une vitalité riche en promesses ! ».

A.E.D.

Ndlr :

1) Le 21 décembre 1961, la 3e Chambre de la Cour d'appel de Liège a rendu son arrêt à l'encontre des prévenus PAQUOT, MAHAIM, FONTAINE, DODENGE et SIMON. Ceux-ci avaient été condamnés par le tribunal correctionnel de Marche. Depuis 1958, ils avaient organisé une cinquantaine de vols d'objets religieux et d'objets d'art dans les églises, notamment à Vaux-Chavanne. Ce ne fut qu'en mars 1960 que la police judiciaire de Marche procéda aux arrestations, après un nouveau vol commis à Goronne-Vielsalm. Un lot de 10 statuettes avaient été volé dans cette dernière chapelle, statuettes évaluées à plus de 300 000 fr. Celles-ci en bois sculpté datant du XVIIe siècle, d'autres exécutées par un menuisier de Grand-Halleux, Henri LAMBERT, qui était surnommé "Hinri dè bon dju". (coupure de presse)

2 commentaires:

  1. georges cuvelliez11 octobre 2016 à 23:28

    Bonjour
    J'ai lu avec intérêt cet article mais à l'occasion il faudrait corriger "Cuvelier" par "Cuvelliez", famille dont je suis un des descendants directs
    Merci si vous y parvenez!

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  2. L'article n'est pas de moi, je l'ai reproduit tel quel.

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