mercredi 23 novembre 2011

Ardoises (1841)

A un quart de lieue au sud de Viel-Salm, se trouvent les nombreuses carrières d’ardoises bien connues sous ce nom. Elles sont disposées en ligne droite, de 1 000 mètres environ de longueur, depuis le village de Neuville jusque près de celui de Salm-Château, sur le versant nord d'une colline dont la direction est de l'ouest à l'est. Direction 83° vers ouest; inclinaison 54° à 58° vers sud.

L'épaisseur du banc de schiste fissile est d'environ 20 mètres, mais il n'y en a guère que le tiers qui soit susceptible de fournir de véritables ardoises; des lits très-minces d'une substance verdâtre stéatiteuse, qui suivent invariablement la direction et 1’inclinaison du schiste ardoisier, et qui sont connus des mineurs sous le nom générique de Minants, divisent la puissance du banc ardoisier en plusieurs couches, que les mineurs désignent par des noms particuliers.

Voici les noms et l'épaisseur de ces couches, en allant du S.-E. au N.-O:

Les Veinettes 1m30
Les Litys 1m60
La Deliveine 3m50
Les Nougré 3m00
La Fleur-de-Grosse-Veine 3m60
La Grosse-Veine 6m00
La Fou-Veine inconnue


L'exploitation des ardoisières de Vieil-Salm se fait à ciel ouvert, quoiqu'elle y ait atteint une profondeur que l'on peut bien évaluer à 50 mètres; mais, comme il devenait trop coûteux d'élever la pierre, les déblais et les eaux jusqu'au bord de ces immenses excavations, on a pratiqué, dans plusieurs d'entre elles, de grandes galeries qui, partant à peu près du fond des travaux, percent la montagne, et viennent déboucher sur son flanc. C'est par cette galerie, dans laquelle peuvent circuler les voitures, que s'opèrent le transport des matériaux et l'écoulement des eaux qu'on élève jusqu'à ce niveau, lorsque cela est nécessaire, soit au moyen de pompes mues à bras d'hommes , soit au moyen d'un seau attaché, à l'extrémité d'une longue perche, qui est elle-même fixée à un arbre, auquel un ouvrier imprime un mouvement de bascule.

Ce mode d'exploitation ne laisse pas de présenter de grands dangers, à cause des écoulements qui viennent quelquefois, pendant les dégels, encombrer les carrières et nécessiter des travaux de déblai, pendant plusieurs années consécutives. Il est loin aussi d'offrir toute la régularité et l'économie désirables.

Ces carrières, au nombre de 28, dont une seule souterraine, appartiennent, pour la plupart, à des particuliers de Viel-Salm et à des compagnies d'ouvriers. La Société d'industrie Luxembourgeoise en possède, depuis 1838, deux, dont une seule est en activité; elle est en outre intéressée dans six autres; son intervention n'a point produit, il faut bien le reconnaître, l'influence qu'on était en droit d'en attendre, sur la direction des travaux.

A 150 mètres environ au sud de la grande ligne d'ardoisières de Viel-Salm et sur la même colline, mais dans le vallon qui conduit à Salm-Château, on a ouvert, il y a fort longtemps, une carrière d'où l'on a extrait, dit-on, de fort bonnes ardoises.

C'est apparemment sur le prolongement de cette seconde bande, mais sur le versant opposé du vallon, que M. de Simony (du Marteau, près de Spa), a essayé d'en ouvrir plusieurs au sommet, au milieu et au bas de ce versant. La plus importante d'entre celles-ci consiste en une galerie souterraine d'une vingtaine de mètres de longueur, à l'extrémité de laquelle on a commencé un ouvrage ou chambre d'exploitation; mais, après deux ou trois ans d'efforts infructueux, on a renoncé à cette entreprise.

Les ardoises de Viel-Salm ont un aspect tout particulier dont on peut donner une première idée, en le comparant à celui de la chair de poule; mais les papilles arrondies auxquelles il est dû sont disposées suivant les lignes du long grain et constituent des fibres dont l'ensemble rappelle assez bien le nerf de la qualité de fer connue sous le nom de fer fort. Ce sont aussi les seules de la province de Luxembourg qui offrent cette teinte rougeâtre ou plutôt violacée des ardoises les plus estimées de Fumay.

Les ardoises de Viel-Salm sont très-droites ou planes, mais un peu raboteuses; tellement dures qu'elles ne se détériorent jamais aux trous de clous; elles présentent cette ténacité et cette élasticité qui permettent de les percer, de les clouer et de se porter sur les toits qui en sont couverts, sans crainte de les briser. Elles pèsent de 700 à 800 livres le mille de Grandes-Voisines, de manière que, sous l'échantillon Flamandes, elles pèseraient 606 à 691 livres, soit 300 à 340 kilog. le mille.

Elles résistent parfaitement à l'action destructive des météores; mais elles se couvrent assez rapidement, dans plusieurs localités, de lichens et de mousse qui doivent, à la longue, compromettre la solidité des toits. II y a cependant chez M. Kuborn, à Martelange, un toit qui en est couvert depuis plus de 150 ans, qui est encore en fort bon état, quoique les couvreurs, dit le propriétaire, ne soient jamais montés dessus et sur lequel on ne voit pas la plus petite tache verte. Elles ont toujours été fort estimées non-seulement dans la province de Luxembourg, mais encore à Verviers et dans tous les environs, et jusqu'en Prusse; la production annuelle en est toujours considérable, quoiqu'assez variable (2 à 4 millions). On les vendait aux carrières en 1840:

Les Grandes-Voisines fr. 20 à 22 le mille.
Moyennes ,, 13
Petites ,, 6

Le transport de ces ardoises jusqu'à Verviers peut coûter, en moyenne, fr. 9 le mille; on estime que ce prix pourrait être réduit à fr. 7, si l'on construisait l'embranchement de route projeté vers celle de Bastogne à Liège.

Les parties du banc ardoisier de Viel-Salm qui ne peuvent point être fendues en véritables ardoises sont débitées en plaques irrégulières de plus grandes dimensions. On nomme Herbains ou Cherbains celles qui ont à peu près 0m35 de longueur sur 0m22 de largeur, et Ardoises à Mortier, celles de toutes dimensions que l'on emploie à couvrir, en les cimentant avec du mortier, les toits excessivement plats que l'on remarque, avec surprise, dans une grande partie de l'Ardenne, où les neiges sont si abondantes et si persistantes en hiver. Ces deux espèces d'ardoises se vendent principalement dans les environs, non pas en nombre, mais en volume. On place les Cherbains de champ les uns contre les autres et on vend ces tas à raison de fr. 2 le pied courant de S'.-Lambert (0m297), qui renferme ordinairement 40 pièces et au maximum 50. Quant aux ardoises à mortier, on en fait des tas irréguliers que l'on vend fr. 6, 7 ou 8 chacun.



Ministère des travaux publics et de la Guerre, Commission des matériaux indigènes. Premier rapport, ardoises, Bruxelles, 1841, pp. 33-35

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