vendredi 24 juillet 2015

VIELSALM : DE LA PROPRIÉTÉ BIEVER à la RUE DU VIEUX MARCHÉ (2/6)

Imaginons un instant que nous sommes revenus un siècle en arrière.

On entrerait chez Sépult par la grande porte cochère par où passait  tout le charroi propre à l’activité d’un gros négociant. On laisserait la maison des patrons : nous n’y sommes pas admis. On découvrirait dans la cour ce charroi au repos - un char à foin, un tombereau, un chariot-  envahi pour l’instant par les poules occupées à picorer, en caquetant,  la traînée de  maïs que la servante leur a jeté. On se souviendrait que, jadis, des chevaux et des chiens de chasse à courre ont, ici,  été hébergés. Derrière les grandes remises, on pénétrerait dans le beau  potager avec ses nombreux carrés de poireaux, carottes, haricots, choux, oignons. Tout autour fleuriraient pois de senteurs, phlox, et lupins. Après un rang serré de groseilliers à maquereaux et de noirs cassis, on trouverait dans le verger de nombreuses variétés de pommes et des biyoques  de toutes sortes. On sentirait le chèvrefeuille grimpant contre le mur, le lilas aussi, et on entendrait le bourdonnement des abeilles et des gros maltons, le tchif-tchaf du pouillot véloce, la moquerie du merle, le bavardage de la pie et les notes flûtées des mésanges… Sur l’herbe seraient étendus, pour blanchir,  les draps de lits et le linge de maison.



La maison du notaire par Mary Lang, le 22 août 1910, dessin envoyé à Dykes Lang à Glasgow

En regardant du haut du grand mur vers le côté bâti de la rue,  on découvrirait une animation de tous les instants. À l’hôtel Bourgeois, deux servantes, prussiennes  à les entendre s’interpeller,  secouerait l’une les draps de lit par la fenêtre, l’autre laverait le seuil en pierre bleue à grande eau. Chez Ernotte-Colson, le patron et son commis disposeraient devant la porte les articles de quincaillerie, de ménage et d’éclairage pour attirer les clients de passage. Gaston Gillet sorti de son atelier avec le tablier maculé d’encre d’imprimerie nous adresserait un signe de connivence : la composition de L’Organe de dimanche est bien avancée. On entendrait sur les pavés le cheval tirant la charrette aux roues cerclées de fer de la boulangerie Masson et, jusqu’à ce qu’il soit au moins chez Beaupain,  les roudjons de son collier. On verrait le tram à vapeur, détaché  des wagons de voyageurs, dépasser ceux-ci par la double voie pour se replacer en tête du convoi. On sentirait la fumée s’échappant de sa grosse cheminée et on entendrait le sifflet annonçant le départ vers Lierneux. Le machiniste François Wansart nous saluerait d’un geste de la main. On ne serait pas certain de remettre  la dame assise (est-ce Catherine do fôrîr ou  Madame Lenfant ou encore une autre ?) discutant avec Marie Jacob de Ville-du-Bois et Marie-Joséphine  Lemoine de Rencheux.  Et si c’est jour de marché, la rue grouillerait alors d’une multitude de cochons et de gorets maintenus en place tant bien que mal par les paysans. Le brouhaha de la place où sont les bovins nous parviendrait atténué.
On s’assoirait alors sur le vieux banc adossé au mur de chez Lambert.
On regarderait le soleil se coucher derrière Rencheux.
On écouterait l’angélus descendre du vieux clocher.
On serait bien…
***
Mais revenons les pieds sur terre.
Un demi-siècle plus tard, la guerre et sa dernière offensive sont terminées depuis une dizaine d’années : leurs derniers dégâts sont encore visibles.
Les temps ont bien changé, les contingences économiques aussi.
Les parents Sépult sont décédés, lui en 1943 en pleine tourmente, elle en 1948.
Et puis il y avait eu ce fait divers dramatique : le 29 décembre 1935, Jules Sépult  avait abattu, au Bois Lemaire, son ami Henri Archambeau âgé de 29 ans.


Robert NIZET

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