vendredi 31 juillet 2009

Anciennes maisons de Vielsalm.

(publié dans Pays de Salm, le 20 février 1966)

La démolition récente du bâtiment dit « maison Sépult » a encore ravi à Vielsalm un des rares vestiges de son passé. Il reste maintenant à la localité fort peu de chose pour rappeler le visage de Vielsalm d’autrefois.
Profitons de l’occasion pour attirer l’attention sur deux immeubles où l’histoire locale trouve quelques attaches.

Le premier se dresse dans la rue dite des Savoyards, cette rue si typique mais à l’aspect modifié depuis peu.

Tel qu’il est actuellement, le bâtiment envisagé ici paraît bien esseulé. Ses voisins, autrefois, le serraient de près ; ils l’ont peu à peu abandonné et l’on peut se demander si, bientôt, lui aussi ne subira pas une condamnation.
Il s’agit de la maison, vide en ce moment, et qu’occupa en dernier lieu la famille MULLER.

Modestement, elle a son histoire, et en voici quelques traits.

Au temps de sa jeunesse et pour son époque, c’était une demeure qui ne manquait pas de distinction. Elle a d’ailleurs abrité des occupants non dénués de relief.

Il y a plus de deux cents ans y habitait un notaire, Clément WARLET, déjà en fonctions vers 1730. il avait épousé, le 14 février 1729, Marie Emérentianne ARCHAMBEAU, née à Vielsalm en 1705.
Il est décédé le 10 mars 1763.
On connaît ses voisins. Du côté de la place du marché, il y avait Maurice SCHYLLE et sa famille. De l’autre côté, vers Priesmont, c’était la maison de Jean-Bernard OTTE, maieur de Salm durant de nombreuses années, maison qui, plus tard au siècle suivant sera dénommée « vieille caserne ».

Clément WARLET étant défunt en 1763, sa veuve éprouva sans doute des revers de fortune. A 64 ans, en 1769, elle était d’ailleurs devenue incapable de gagner sa vie et « ne subsistait que par les bons soins de son fils prêtre », Joseph Clément.
La maison exigeait à ce moment des frais d’entretien. Un premier emprunt de 160 écus, au sieur PAUL de Provedroux, ne suffirait pas pour les payer.
Ainsi, Marie Emerentianne se résigna à la vente de sa demeure. Le 24 octobre 1769, Jean Guillaume ORBAN, de Vielsalm, en fit l’acquisition pour 300 écus et 4 écus de « couvre-chef » (supplément)

Avec des activités agricoles, comme d’ailleurs presque toutes les familles de Vielsalm en ce temps-là, Jean-Guillaume ORBAN pratiquait déjà un petit commerce.
Mais c’est le fils, surtout, Jean Nicolas, qui retient l’attention.
Il est boutiquier. Né en 1776, il arrive à la majorité et à la période révolutionnaire et de régime nouveau.
Ses idées étaient sans doute assez avancées ; à 24 ans, on le voit adjoint au maire de la commune. En 1810, et jusqu’au 26 septembre 1823, il devient le premier magistrat de la commune, avec les fonctions de maire, succédant à son presque voisin Jean Christophe LAMBERTY.
Plus tard, Jean Nicolas revint aux affaires communales, toutefois avec d’autres fonctions.
Le 15 février 1837, à 61 ans, il est installé comme secrétaire communal jusqu’à sa démission en février 1849. dans l’histoire des communes de la région, il est le seul croyons-nous et à un âge aussi avancé qui ait servi sa commune de cette façon.

Après son décès en 1854, sa fille Catherine Jeanne continua d’habiter la demeure paternelle avec son mari, Michel DENIS, originaire de Neuville et horloger.
Plus tard, d’autres familles ont occupé la maison jusqu’en 1964.

Quel peut être l’âge de cette dernière ? Son emplacement, au cœur de ce que fut le Vielsalm primitif, permet de lui donner bien des années.

Le notaire WARLET, qui l’habita, aurait aujourd’hui plus de 250 ans, et l’on ne sait rien de ses prédécesseurs. Sans exagérer, on peut voir en elle, croyons-nous, environ trois siècles.
Si un jour, la pioche du démolisseur l’atteint, il faudra bien la traiter avec un peu de respect.

Gaston REMACLE

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