lundi 10 août 2009

Au centre du Pays de Salm, Vielsalm.

(publié dans le Bulletin du Syndicat d’initiative de Vielsalm, 1951, n°1)

L’intérêt est toujours grand de remonter à l’origine des choses, de la découvrir, la comprendre. Elle éclaire, elle enseigne.
Ainsi en va-t-il particulièrement s’il s’agit de groupements humains ; car on y retrouve l’homme avec ses soucis, ses ambitions, sa vie. Ceux qui, les premiers, ont, là, bâti leur demeure, pourquoi s’y sont-ils fixés ? Par quoi y ont-ils été retenus ? Quel mobile les a guidés ?
La question peut se poser pour chacune de nos localités. Au cœur du pays de Salm, elle va nous retenir pour Vielsalm même.

Si à propos du passé de Vielsalm, on interroge les personnes d’âge, si l’on examine avec attention l’aspect des lieux, si l’on consulte certain plan centenaire ou quelques archives, la conclusion s’impose vite que, il y a un siècle, l’endroit présentait un groupement de maisons bien différent de celui d’aujourd’hui.
Le vieux Vielsalm d’il y a cent ans et plus se tenait tout entier, pour ainsi dire, autour de l’église et de la place voisine.
D’une centaine d’habitations en ce temps-là, une quarantaine il y a trois cents ans, il se groupait aisément aux abords de cet endroit.
Le « pont des perches », à ce moment, se distinguait de Vielsalm tout autant que Priesmont, Cahay ou Rencheux. Et quand, rejointe aujourd’hui par les maisons qui ont couru vers elle, la gare du chemin de fer fut édifiée, la population de Vielsalm jugeait bon de protester du fait que cette gare le laissait « tout à fait à l’écart ».
Pour entrevoir l’origine de Vielsalm, il faut donc se tourner vers la crête rocheuse du Tienne-Messe, et lui demander son secret.
Quelle attirance a bien pu décider ceux-là qui, les premiers, y ont édifié un logis ?
Présence d’eau potable ? Ou disposition favorable du sol à la naissance d’un centre rural, comme la plupart des autres localités aux temps reculés ? Certes, non. Car les lieux qui ont servi d’assise au Vielsalm primitif ne constituaient rien de moins qu’un crête rocheuse se terminant presque en ravin.
Jusqu’à l’établissement d’une conduite d’eau communale, le problème de l’eau restera d’ailleurs épineux pour Vielsalm ; en 1854 encore, la raison majeure invoquée et pour laquelle « la construction d’une fontaine sur la place publique de la localité » se montrait « d’une nécessité absolue », était, dit un procès-verbal du moment, « que les habitants doivent se rendre à la rivière de la Salm très distante de la localité et dont les abords sont très difficiles, pour procurer l »eau nécessaire à la population et au bétail ».
Si, par un travail sincère de l’esprit, considérant la colline du Tienne-Messe jusqu’à son extrémité ouest, on fait abstraction du remblai de la voie ferrée Vielsalm-St-Vith, datant de 1915, du remblai aussi sur lequel gisent les ruines de l’hôtel de Belle-Vue et descend la grand’route actuelle, on aperçoit alors un paysage bien différent de celui d’aujourd’hui ; tout le contraire du fonds indispensable à un établissement rural.
Mais on voit une disposition du sol très favorable à servir de base à une forteresse médiévale. La hauteur est escarpée, en effet. Elle domine plusieurs vallées profondes vers Grand-Halleux, vers l’est et l’Eiffel aussi, vers le sud encore avec une vue au delà de Provedroux. Un circuit de hauteurs encadre, au loin. Et, de cet observatoire, regardant vers le nord, l’imagination entrevoit le riche Stavelot du moyen âge.
C’est bien une forteresse, qui, un jour, est venue s’ériger à cet endroit.

C’était vers l’an 1000.
Un document dont la date est à fixer entre fin 1034 et début 1035 cite, pour la première fois, le nom de Salm : « comes Gisilbertus de Salmo ». d’autres données autorisent à admettre que l’installation chez nous des seigneurs qui prirent le nom de « SALM » remonterait même un peu plus haut, dans la seconde moitié du Xe siècle, avec Sigefroi dont l’insistance, en 959, à vouloir s’établir à Bodeux donnait grande inquiétude à l’abbé Werinfrid de Stavelot.
Disons donc, en bref, vers l’an 1000. Après 1035, les mentions de Salm comme nom du comté, des comtes, ou de leurs châteaux, vont se multiplier.
Sur le promontoire de Vielsalm, les seigneurs dressèrent leur demeure. Château et forteresse, avec une chapelle castrale vraisemblablement, dès le début du comté ; le tout entouré d’une enceinte et d’un fossé dont, paraît-il, on retrouvait encore des traces au siècle dernier.
Le castel s’élevait tout au bord de l’arête, en face des ruines actuelles de l’hôtel de Belle-vue. La première mention qu’on en connaisse est de 1153 : « mon château de Salm », dit le comte Henri Ier, en le mettant, avec tous ses biens, à la disposition de l’abbé Wibald de Stavelot.
Autour de ce château primitif, peu à peu surgirent des demeures. Résultat d’une double tendance bien humaine : celle, chez les faibles, de trouver protection auprès de la force ; celle, chez le puissant, de s’attirer des sujets. La présence, en 1501, de six ménages francs sur les huit de l’agglomération n’interdit pas de penser qu’à l’origine, le château abrita une franchise murée. Mais que de temps a-t-il fallu, au bourg naissant pour prendre vigueur ?
Et il arriva, certain jour le fier château fut abandonné. Nécessité d’une autre époque, sans doute. Un nouvel édifice seigneurial vint à s’élever 3 km. Vers le sud.
L’ancien castel, peu à peu, subit la décrépitude. Le 9 septembre 1560, fut par « noble Dame Elisabeth natifve de Hennenberg, Comtesse de Saulme », cédée « héréditablement en fief à Gilles le moulnier de la vieille Saulme », « la place appellée le vieux chasteau gisant au dit vieille-Salme avecque les appendices et circuits à la ditte place ».
Privée de son centre vital, la localité n’allait-elle pas, désormais, sur une base aussi ingrate, s’anémier ?
Il en est des groupements humains comme des hommes ; certains ont plus de chances que d’autres.
La fortune a souri à Vielsalm. À côté du château, était venu se constituer un centre paroissial. D’une grande paroisse, allant de Commanster aux Halleux et de Cierreux à Petit-Thier. Le château désaffecté, le centre paroissial fixé resta. Pour voir, chaque dimanche au moins, une grande affluence de monde. Aucune autre, du comté de Salm, ne l’égalait. De fait, la position géographique de l’endroit au sein du comté, n’était-ce pas assez pour attirer là des affaires et des influences ?
Ainsi, au XVIIIe siècle, le notaire y réside. Il y a aussi quelques « marchands » en ce siècle qui apporte bien des choses nouvelles. Et des « taverniers ». jusqu’à son décès en 1793, Sire Laurent MARTINY, curé de Salm, sera doyen du Concile de Stavelot. Et, depuis les environs de 1600, le mayeur du comté en fait, est de Vielsalm.
Voilà une situation qui pouvait, un jour, favoriser l’essor de l’endroit.
C’est ce qui advint à la fin du XVIIIe siècle, avec le régime français. Une fois encore, la fortine souriait à Vielsalm.
Par l’arrêté du 14 fructidor an III (31 août 1795), il devenait chef-lieu du septième canton du département de l’Ourthe. Et ce choix allait lui valoir peu à peu des faveurs nouvelles, avec la fixation du centre décanal en 1803, avec l’installation progressive de services administratifs, avec l’établissement, en 1867, d’une gare qui devait susciter la naissance rapide de nombreuses habitations nouvelles et stimuler l’activité commerciale.
La population était restée longtemps sans supériorité sur celle des villages voisins, une bonne centaine de familles seulement il y a un siècle. Depuis, elle a pris de l’ampleur.
Rural autrefois, commerçant aujourd’hui, Vielsalm est devenu bourgade, au visage tout rénové après la tourmente d’hier. Une petite capitale.
En face des anciennes communautés du pays de Salm, ses égales autrefois, ses aînées même pour plusieurs, c’est un privilège. Le service le justifie. Celui de rayonner, celui d’épanouir la région voisine, de respecter son caractère propre en lui communiquant le vrai progrès.
Cela, au sein d’un paysage que peut, certes, consacrer le grand tourisme.
Demain, tout peut être tellement plus beau qu’autrefois.

Gaston REMACLE


Ndlr:

Cet article a été republié dans l'Annonce de Vielsalm du 11 mars 1951.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Quelques précisions sur la chapelle St-Roch à Arbrefontaine

Dans une de ses chroniques, parues dans le journal publicitaire « Ourthe-Amblève », OURTHAM alias Charles PIERARD (+ 1973) signalait : « La...