samedi 1 août 2009

En regardant des Ruines.

(publié dans L’Annonce de Vielsalm le 14 juin 1953)

Le 10 mars 1953, à 10,50 h., M. le Bourgmestre de Vielsalm donnait le premier coup de pioche officiel marquant le début des travaux de reconstruction de l’église de Vielsalm, blessée à mort le 10 mai 1940.
À l’heure qu’il est, les travaux vont bon train. L’emplacement et les abords du nouvel édifice en subiront une modification complète.
S’il est un endroit qui, pour la région de Vielsalm, est chargé d’histoire, le voilà bien ici. Plusieurs fois déjà, des travaux d’importance ont entamé son aspect primitif. Ceux d’aujourd’hui vont faire tomber plus inexorablement encore le voile de l’oubli sur ce vieux coin, tout imprégné du souvenir des hommes et des choses. Aussi, convient-il d’évoquer un peu, à son sujet, le passé régional auquel il est lié.









Sauf la tour reconstruite en 1870, l’église détruite en 1940 avait été édifiée entièrement en 1715. Un subside de 6 000 écus, donné par le comte de Salm, servit à couvrir une grande partie des dépenses.
Dans le style du XVIIIe siècle, elle avait grande allure. À tel point, que le comte de Salm reprocha, paraît-il, à son haut-officier RUTH, l’édification d’une « cathédrale » au lieu d’une église de village comme il l’avait autorisé.
L’église nouvelle se dressait sur l’emplacement même de plusieurs églises antérieures. Combien ? on ne sait. On dit que la précédente était de 1511. Mais la paroisse dont elle constituait le centre vital remontait vraisemblablement à la période carolingienne, au temps où le zèle des religieux, installés à Stavelot depuis la moitié du VIIe siècle, évangélisait la région. En 1131, l’ « Ecclesia de Salmes » figure encore dans le relevé des églises payant des redevances à Stavelot.
La paroisse de « Salm » ainsi dénommée en 1131 concernait, et ce, jusqu’à 1803, tout le territoire allant de Cierreux à Ennal, et de Commanster à Goronne. Des chapelles pour les diverses localités la composant ne viendront qu’assez tard : Grand-Halleux, vers 1425 ; Commanster, 1683 ; Goronne, 1691 ; Burtonville, 1703 ; Petit-Thier, 1704 ; Salmchâteau, 1723 ; Ville-du-Bois, 1766.
Quant au premier édifice religieux de cette grande paroisse, s’est-il élevé à l’endroit des travaux actuels de construction ? Ce n’est pas certain. Toutefois, après la naissance du comté de Salm, l’église modeste du moment apparaît comme liée à la présence du château de Salm.
Car il y eut, à l’endroit devenu Vielsalm, le premier château des comtes de Salm.
Il est bien établi aujourd’hui que sur le promontoire rocheux qui constitue l’emplacement de l’actuelle villa de Madame MOUTON, s’est dressée la demeure féodale primitive des « de Salm », du nom même du ruisseau heurtant le pied du rocher. La première mention qu’on en connaisse est de 1153 : « castellum meum Salmis » (mon château de Salm), dit le comte Henri Ier en le mettant avec tous ses biens à la disposition de l’abbé Wibald de Stavelot. Toutefois, l’installation dans la région de la famille seigneuriale doit être datée de vers l’an 1000 déjà.
La crête rocheuse servant d’assise au manoir, avec ses abords, présentait en ce temps-là un aspect bien différent de celui d’aujourd’hui ; face au pays de Stavelot, elle offrait une disposition du sol très favorable à servir de base à une forteresse médiévale. Le remblai de la voie du chemin de fer établie en 1915, le remblai aussi sur lequel reposent la grand-route actuelle et les ruines de l’hôtel de Belle Vue, les travaux en cours pour la construction de l’église, ont complètement déformé le site. Par un travail sincère de l’esprit, l’imagination le recrée toutefois assez aisément.
Au bord de l’arête rocheuse, accessible seulement par le sud-est, le castel s’éleva. En face, l’église régionale vint se poser. Le chemin dévalant vers le ruisseau les séparait.
Trois bons siècles passèrent. Dans la première moitié du XIVe, entre 1307 et 1362, la demeure seigneuriale fut abandonnée, au profit d’une nouvelle édifiée 3 km. Vers le sud ; les restes en sont toujours visibles près de Salmchâteau.
L’ancien château tomba peu à peu en ruines. Le 9 septembre 1560, « illustre et noble Dame Elisabeth natifve de Hennenberg, comtesse de Saulme » céda héréditablement en fief à « Gilles le moulnier de la Vielle Saulme […] la place appelée le vieu chasteau gisant au dit Vielle Salme avecque les appendices et circuits à la ditte place … ».
À Vielsalm, la dénomination de « place du vieux château » donnée à l’endroit subsista pendant plus de deux siècles encore. En voici, par exemple, une mention de 1740 : « Le Sieur Jean-Louis Coster cède au Sieur Jean Raphaël bourgeois marchand résident à la Vielle Salme une place de maison scituée au dit Vielle Salme au lieu nommé le vieux château ».
Revenons sur le chantier des travaux d’où nous sommes partis.
Endroit chargé d’histoire ! Car, sous les dalles des anciennes églises successives, et tout autour de l’édifice religieux, jusqu’à la fin du siècle dernier et donc pendant huit siècles au moins, il servit de cimetière. En nombre incalculable, des milliers de défunts ont été, là, déposés.
Un véritable ossuaire pour la région. Il appelle le respect.
Au moment où les exigences contemporaines imposent la transformation et le renouvellement de ce vieux coin de Vielsalm, peut être les travaux en cours apporteront-ils des découvertes et, par là, des lumières nouvelles sur le passé de la région.










Gaston REMACLE

Ndlr:

publié également dans Excelsior, en mai 1953.

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