lundi 3 août 2009

Un enfant de Vielsalm, Jean BERTHOLET.

(publié dans L’Annonce de Vielsalm, le 16 septembre 1951)

Un oublié ?

Au cours des derniers mois, à plusieurs reprises et notamment dans ce journal, la suggestion a été faite de dédier certaines rues de Vielsalm à des personnalités issues de la localité.
À ce propos, le nom de BERTHOLET a été présenté.
Et l’on s’est demandé quel était ce personnage qui serait donc issu de la terre salmienne, et dont le souvenir n’y est guère resté vivant.
Serait-il vraiment un oublié ?
Poser la question, c’est déjà dissiper un peu cet oubli, et peut-être rendre déjà à sa mémoire un hommage qu’elle mérite.
Car BERTHOLET, Jean BERTHOLET, le Révérend Père BERTHOLET, est bien de Vielsalm, et sa laborieuse et féconde existence pourrait, dans sa localité d’origine, trouver un souvenir plus conscient et plus fier.
Pour répondre à un désir qui nous a été exprimé, les lignes suivantes voudraient éclairer davantage la figure de ce savant religieux et aider à le faire mieux connaître dans son pays natal.

Une ancienne famille.

C’est bien le 30 décembre 1688 qu’est né à Vielsalm, Jean BERTHOLET, fils de Paul BERTHOLET et de Lucie WIROTTE.
La famille est ancienne dans la région.
On y relève le nom de « Bertholet, marischal de la Vieille Saulme » au début du XVIIe siècle. Après les tristes années et la misère de la guerre de trente ans, la famille BERTHOLET subsiste à Vielsalm. À ce moment, Michel BERTHOLET et Jean BERTHOLET, chefs de ménage, y exercent la profession de forgeron. Jean sera le grand-père du futur Jésuite.
La famille maternelle, celle des WIROTTE, n’est pas moins bien établie dans le pays. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, elle est présente à Priesmont avec Henry WIROTTE.
Les WIROTTE de Priesmont sont probablement apparentés aux WIROTTE de Goronne où ce nom de famille existe déjà en 1472.


C’est de Priesmont que viendra Lucie WIROTTE pour s’unir à Paul BERTHOLET de Vielsalm.
La famille WIROTTE de Priesmont occupait, dans ce coquet hameau, une des trois maisons existantes à la fin du seizième siècle. Priesmont est ancien, peut-être plus que Vielsalm.
Le site est d’ailleurs favorable à un habitat, offrant une belle exposition au soleil, une eau potable abondante, du terrain à volonté tout proche, un vaste panorama.
Les WIROTTE d’avant 1600 y voisinaient avec la famille de Jean PIEROTTE, et avec celle de Jean, époux d’Elisabeth, dont la maison reste aujourd’hui encore comme partie d’un groupe de bâtiments.
Quant à celle des WIROTTE, remise à neuf et amplifiée au début du dix-huitième siècle – le linteau de la porte est daté de 1723 – elle accuse, à l’heure actuelle encore, une personnalité imposante bien marquée ; c’est la demeure qu’occupent les familles BELGE-DANTINE et BURTON-LAURENT. Une maison de notabilités jusqu’à la fin de l’ancien régime.

Au service de la région.

Sans doute, comme les familles de ce temps-là, les WIROTTE et les BERTHOLET étaient de rudes ouvriers, vivant surtout du travail de la terre, sur leur propre bien, ou d’un métier artisanal.
Mais leur pensée et leur ambition se montrent plus larges que le dur labeur pour la subsistance quotidienne. Elles se manifestent, à vrai dire, une âme d’élite. On voit ces deux familles rechercher la fonction publique, au service de leur région ; et ce goût de la chose publique, et du service se continue et se multiplie au cours de plusieurs générations.
Ainsi, Henry WIROTTE cité plus haut est haut forestier du comté de Salm, ainsi que son fils Georges. Son petit-fils, Mathieu WIROTTE, grand-père de Jean BERTHOLET, est prévôt du comté, Jean WIROTTE, frère de Lucie et oncle du futur Jésuite, est échevin à la Haute Cour de Justice. On verra enfin, dans la première moitié du dix-huitième siècle, Henry WIROTTE comme Haut officier du Comté.
Quant à la famille WIROTTE de Goronne, d’elle, viendront Jean WIROTTE, échevin et greffier de la Haute Cour de Stavelot, et son frère Georges, établi à Vielsalm, clerc juré du comté au début du dix-septième. Philippe, le fils de Georges, sera lui aussi échevin, tandis que son frère, du nom de Georges également, deviendra prêtre.
La famille BERTHOLET témoigne du même esprit : Michel JACOB, de Priesmont, qui épousa Catherine BERTHOLET, sœur du futur historien, devient mayeur de Salm. Michel BERTHOLET, de Vielsalm, est échevin au XVIIIe siècle ; et Sébastien HONVLÉ, second mari de Lucie WIROTTE, restera, durant combien d’années, échevin féodal.
C’est dans cette atmosphère que grandit le fils de Paul BERTHOLET et de Lucie WIROTTE. Comment n’y aurait-il pas trouvé le désir d’une généreuse vie et d’une belle vocation !

Les jeunes années…

De Jean BERTHOLET s’écoulèrent selon l’austère vie de l’époque. Les BERTHOLET et les WIROTTE vivant en ordre principal et direct de l’agriculture. Jean a dû certainement participer au travail du sol.
D’autre part, le malheur entra dans la famille. Le père, Paul BERTHOLET, vint à mourir, laissant trois enfants en bas-âge.
Après quelques années de veuvage, Lucie WIROTTE se refit un foyer en épousant en secondes noces Sébastien HONVLÉ.
On imagine un peu le jeune Jean dans le cadre du moment, au sein du si charmant site, hélas ! à jamais anéanti aujourd’hui, allant du Tiennemesse à Priesmont, dévalant sous l’église vers le « pont de la vallée » jeté sur la fraîche rivière venant de Vifsâm, ou grimpant par « les roches » vers Priesmont, tandis qu’à deux pas, sous la place du « vieux château », tournait le moulin banal alimenté par le Glain.
Les débuts du savoir, Jean les acquit sans doute, selon l’usage, à l’école tenue par le clergé local. Il se sentit appelé à l’état religieux et attiré par la Compagnie de Jésus. Il fit ses études d’humanités et de philosophie au collège des Jésuites à Luxembourg, puis il entra au noviciat de cet ordre à Tournai.
Mais les études, alors déjà, étaient coûteuses, Sébastien HONVLÉ fit des avances au jeune étudiant, assurant son entretien et sa pension annuelle. De son côté, Jean ne voulut pas imposer à son beau-père de trop lourdes charges ; par acte passé devant le notaire MEURICE de Vielsalm le 28 septembre 1708, l’étudiant lui abandonnait ses biens provenant de ses parents, moyennant quoi le dit HONVLÉ s’obligeait à donner deux cents écus pour payer les deux années de noviciat à Tournai.
Il acheva ensuite ses études à Douai et Paris.

Historien.

Jean BERTHOLET est devenu le Révérend Père BERTHOLET, Jésuite, ayant prononcé ses vœux à Armentières le 2 février 1723.
Il s’adonna d’abord, durant quinze années, à la prédication. Existence fatigante qui affaiblit sa santé. Ses supérieurs le chargèrent alors des fonctions de professeur, à Luxembourg puis à Namur.
C’est à cette période de sa vie que les Etats du Luxembourg le choisirent pour composer « l’Histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg et comté de Chiny ». il fallait, pour mériter un tel choix, qu’il s’imposât par une valeur peu commune.
Le travail qu’il entreprit de la sorte était considérable, puisqu’il ne comportera pas moins de huit volumes, publiés de 1741 à 1743.
C’est précisément cette œuvre qui allait lui valoir sa réputation, celle d’historien.

Il aborda cette tâche avec joie et diligence, déclara-t-il lui même, sous les auspices de S.M. l’Impératrice et Reine.
L’œuvre, pourtant, valut à son auteur d’amers déboires. La guerre allumée durant la composition et l’impression dérangea les projets. L’écrivain dut contracter des dettes onéreuses. Pour y satisfaire, il se vit obligé de laisser vendre une partie de sa bibliothèque les 4 et 5 mai 1747. En 1751, encore, les héritiers de l’imprimeur le poursuivaient.
BERTHOLET parle même des « injures grossières vomies » contre lui par Pierre BOURGEOIS, fournisseur du papier nécessaire à l’édition.
Faisant suite à sa requête, les Etats du Luxembourg décidèrent de l’aider en lui remettant une somme de 2 216 florins 16 sols.
L’ « Histoire ecclésiastique et civile du Luxembourg » de BERTHOLET a été sujette à critiques.
Toutefois, à l’époque de sa composition, elle a marqué des progrès très sensibles par rapport aux travaux antérieurs sur le même sujet.
L’œuvre est vieillie, certes, mais toujours digne de respect.

Après une existence laborieuse, Jean BERTHOLET est décédé le 26 février 1755 à Liège où il s’était retiré.
Cette ville lui a dédié une de ses rues.
Vielsalm ne pourrait-il s’inspirer de cet exemple ?
À une époque où l’enseignement de l’histoire s’appuie sur la notion d’éléments locaux, ce serait par là maintenir vivant, au pays de Salm, pour les générations qui montent, un grand et noble souvenir.

Gaston REMACLE

Ndlr :
1) Cet article améliore et corrige « Vielsalm gardera-t-il vivant le souvenir de Jean Bertholet ? », publié en 1949.
2) Sur la jeunesse de Jean BERTHOLET et ses rapports avec son beau-père, voir G. BENOIT Apports concernant la vie de Jean Bertholet, dans G.S.H.A. n°55, 2001, pp.18-24.

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