mercredi 9 septembre 2009

Au pays de Salm. Le chemin des carrosses.

(publié dans L’avenir du Luxembourg, le 27 mars 1947)

Des carrosses ?
Comment parler de carrosses en notre siècle de vitesse ? D’un chemin des carrosses ?
Et l’on pense tout de suite à ces équipages de luxe, passant au trot de coursiers nerveux, piaffants…
Il s’agit ici d’un vieux chemin, aujourd’hui presque oublié, mais toujours bien marqué au sol.
Ah ! s’il pouvait parler, que d’histoires pleines d’intérêt il pourrait nous conter ! Tout un long passé, plein de vie, revivrait devant nos imaginations.
Ce vieux chemin a fait l’objet d’une étude qui vient de paraître dans le bulletin « Folklore de Stavelot-Malmédy ». l’auteur de ce travail ? Un grand ami du passé de notre région, qui, toute sa vie, s’est efforcé de l’étudier avec amour : M. l’abbé GUILLAUME, curé émérite de Burtonville, décédé hélas ! lors des événements tragiques de l’offensive des Ardennes. C’est à l’occasion de la publication de son travail que nous parlons ici du chemin des carrosses.
Notre vieux chemin se situe à l’extrémité Est du pays de Salm. Durant combien de siècles, il a servi de communication entre Stavelot et Luxembourg !
Nous estimons même, pour notre part, qu’il n’est autre qu’un diverticule gallo-romain, se raccordant à la chaussée romaine Reims-Cologne. Il faisait partie, pensons-nous, de tout un réseau de voies couvrant la région à cette époque, et qu’il serait intéressant de décrire un jour.
C’est entre le hameau de Poteau et son arrivée sur le territoire de la commune de Wanne que le chemin porte le nom de « chemin des carrosses ». les habitants de Petit-Thier, proches, le savent bien.

Mais on le désignait aussi sous le nom de « grand chemin ». et vraiment, il avait grande allure, avec sa largeur moyenne de huit à dix mètres.
« Chemin des frontières », dit-on encore. L’appellation est étrange ? Non pas. D’abord, sous l’ancien Régime, il a marqué la limite entre le comté de Salm et la Seigneurie de St-Vith. D’autre part, après le traité des limites, acte final du Congrès de Vienne, signé le 26 juin 1816, les Pays-Bas et la Prusse eurent comme délimitation ce qui séparait Salm et St-Vith, c’est-à-dire notre antique voie de communication. Il fut alors jalonné de bornes en pierre castaine dont plusieurs s’y trouvent encore.

Une autre appellation encore siérait à merveille, fait remarquer M. l’abbé GUILLAUME, à notre vieux chemin. Celle de frontière linguistique. Car, en fait, sur la plus grande partie de son tracé, il sépare l’un de l’autre, le parler wallon et l’allemand.

Sur son parcours, aucune localité importante. Mais il est jalonné toutefois d’une série de demeures surgies peu à peu. Certaines sont disparues depuis un siècle.
Citons-en l’endroit, en partant de Stavelot : Somagne ; Li Bûtay ; Belle-femme ; Mohiprez ; A mon Mâfat ; A mon l’gros ; Poteau ; Malès-pîres ; Les Essers ; A mon Cretels ; Baraque de Beho ; Schmieden.

… Au cours du prochain été, par une journée de soleil, allez rendre visite au vieux chemin des carrosses, et le laisser un instant entraîner vos pas. Dans l’air vif de la forêt, ce sera une promenade exquise, tonifiante pour le corps et pour l’âme.
Et le charme du riche et rude passé de chez nous réchauffera votre cœur.

Gaston REMACLE

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