lundi 2 novembre 2009

Le lieu-dit Tienne Messe à Vielsalm.

(publié dans Pays de Salm, le 14 mars 1965)

Me voilà invité par « Gazette de Vielsalm » du 20 février à émettre un avis au sujet de la signification du terme « Tienne-messe ».
Sans autre préambule, abordons donc la question.

Les vieilles dénominations du terroir, souvent nées d’une particularité bien maquée, perdent peu à peu leur spontanéité et leur sève. Beaucoup deviennent mutilées par le langage, ou massacrées par le cadastre. Et certaines finissent même par mourir.
Celle du Tienne-Messe, elle, n’a plus toute son allure primitive. Le nom véritable, repris à ses origines, est « thier de messe ». des documents nous le font retrouver il y a quatre cents ans déjà. Et il vient de plus loin encore.
Appellation devenue, dans le langage local, « thiè d’messe », puis « thié n’messe », et Tienne messe.




Mais le secret de cette expression ?
Pour le saisir, il faut se reporter à une époque distante de combien de siècles.
En ce temps-là, pour une région allant de Cierreux à Petit-Thier et de Commanster à Grand-Halleux, il n’y avait de lieu de culte catholique qu’à Vielsalm.
L’endroit qui nous occupe ici voyait donc, chaque dimanche quantité de paroissiens de Salm, dont ceux de Ville-du-Bois, Petit-Thier, Burtonville même, dépourvus de chapelles respectivement jusqu’en 1767, 1705 et 1703.
Le chemin d’alors les amenant à Vielsalm, centre paroissial, n’avait nullement le tracé d’aujourd’hui.
La grand-route de Ville-du-Bois à Vielsalm ne viendra qu’en 1856.
Mais le vieux chemin, lui, de Hermanmont gagnait le gué du Tienne-messe, comme ses restes apparaissent encore à l’heure actuelle. Se dressait soudain devant lui le thier.
L’église, la « messe », était proche. Il restait toutefois, au piéton désireux de raccourci, à gravir la forte pente du thier. Dernière étape, mais rude et, par conséquent, bien de nature à frapper l’esprit de qui voulait en atteindre le terme. Au bout de l’effort, la « messe » sur le thier finissait par donner à l’endroit son appellation. Ou plutôt, davantage à la partie Est de la colline, près de la rivière.
Les archives d’ailleurs confirment d’ailleurs bien cette dernière observation en nous parlant non seulement du « thier de messe », mais aussi de « pont de messe », de « wee de messe » ; tandis que, pour la partie Ouest, aux abords de l’église, elles emploient la dénomination de « thier de la vallée » et de « pont de la vallée ».



Nous pourrions ici citer, à l’appui de cette opinion, bien des textes d’archives, puisés particulièrement aux Actes de la Cour de Salm. Mais il suffira de dire, sur base de ces vieux écrits, que Tienne-messe est donc le thier de messe, le thier à gravir pour assister à la messe.

Qu’on ne s’étonne pas de voir le terme « messe » entrer dans la composition d’un nom de lieu. La vie religieuse d’autrefois n’était-elle pas plus intense que celle d’aujourd’hui ?
Ce terme se rencontre du reste bien autre part qu’à Vielsalm, dans la toponymie. Pour ne as aller fort loin, signalons seulement, toujours d’après les archives, qu’il y avait une « voye de messe » à la sortie de Bèche vers le Thier des carrières, une « voye de messe » aussi à Petit-Thier (citée en 1677), une « piedcente de messe » entre Burtonville et Neuville (1767), une « voye de messe » vers St-Jacques à Fosse, un « courtil del messe » à Bovigny (1591), un « pont de messe » entre Grand-Sart et Petit-Sart (Lierneux)…



Ajoutons encore ce détail : plus d’une personne actuelle de Goronne parlera parfois du « wî d’messe », que remplace aujourd’hui le pont des Gotales, sous Rencheux ; c’est par là qu’autrefois les gens de Goronne se rendaient à la messe.

Gaston REMACLE

Ndlr:

Cet article reproduit partiellement celui paru dans la brochure du Syndicat d'initiative.

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