vendredi 3 juillet 2015

Trois hôtels « de Belle-Vue » à Vielsalm (5/5)

Léontine Jeunejean, veuve d’Eugène Thonard, ma grand-tante.

Léontine, sœur de Victor Jeunejean, père de ma maman, était donc la tante de celle-ci: je l’ai forcément bien connue. Elle revenait une à deux fois l’an à Vielsalm et séjournait chez nous : c’était notre Tante Titine puis, quand notre plus jeune frère dont elle était la marraine de baptême commença à parler, Ninine. Sa venue était, pour nous enfants, une grande joie, d’autant plus qu’elle nous apportait à chaque fois des cadeaux. Ses jeux de construction en bois nous ont amusés des années durant. Nous étions à chaque fois désolés qu’elle reparte à Bruxelles car disait-elle, elle avait des locataires. Je me demandais bien pourquoi elle ne ramassait pas ses loques à terre avant de venir ! Elle habitait au 19 de la rue de l’Industrie, une rue donnant dans la rue Belliard. Empruntant cette rue lorsque, bien plus tard, j’allais à Bruxelles en voiture, j’apercevais à chaque fois son ancienne maison avec balcon, jusqu’à ce qu’un jour je constate qu’elle avait été remplacée par un immeuble moderne. Nous allions aussi, mes sœur et frère, en vacances chez elle durant l’été. Ainsi en 1958, j’y suis allé une douzaine de jours et quotidiennement nous nous rendions au Heysel sur le site de l’Expo 58. La plupart des musées de Bruxelles ont aussi reçu notre visite, année après année. Si j’ai souvent écouté les conversations qu’elle avait avec mes parents et retenu de précieuses indications, il n’en reste pas moins que si j’avais été plus curieux, plus ouvert, j’aurais pu lui poser de nombreuses questions et connaître beaucoup de choses de plus du passé de la localité. Elle est morte dans un certain dénuement et seule maman et son cousin Loulou Jacques allaient encore la voir, dans la mesure de leurs possibilités. Outre son veuvage prématuré, il y avait un autre drame dans sa vie. Son mari avait été enterré dans la tombe Moxhet, au-dessus de la morgue, j’ignore pourquoi. En fait un lien familial existait du fait que le père de Paulin Moxhet, Auguste, avait épousé Louise Henrard. Eugène Thonard était donc le cousin de Paulin Moxhet. Cette famille nourrissait à l’ égard de Léontine une haine tenace. Elle n’eut jamais accès à la tombe de son mari et les fleurs qu’elle y déposait étaient systématiquement enlevées. A son décès, son corps ne put rejoindre celui d’Eugène et trouva refuge dans la tombe Jacques, sous la morgue. Une de ses soeurs, Emilie, avait en effet épousé Gustave Jacques, le fabricant de pierres à aiguiser de Salmchâteau. Elle était en excellents termes avec les Jacques. Je suis allé rendre visite avec elle à Gustave et j’ai des souvenirs, certes assez vagues, de la propriété de Salmchâteau au début des années’50.

Sur l’emplacement de l’hôtel : un parking. 

Le croquis cadastral n°25 de 1956 montre que l’ancienne église est remplacée par la nouvelle et les ruines de l’hôtel supprimées. Je n’ai trouvé aucune mention de l’aménagement de ce parking.





*** 

Plus rien ne permet d’imaginer qu’il y eut, là, sept décennies durant, un établissement prospère et dont la renommée dépassait de loin les limites de la commune. Des réceptions prestigieuses, comme celles de la chasse à courre, y eurent lieu, des banquets de mariage et de sociétés. Y séjourna un nombre incalculable de gens se déplaçant à pied, à cheval, en vélo ou en voiture, des touristes pour des vacances ou de passage lors d’une excursion : à deux pas se trouvait la halte de Sous-Bois vers l’Allemagne, à deux cents mètres celle de Rencheux vers Liège ou le Grand-Duché, à cent mètres le départ du tram vers Lierneux, sur le pas de la porte l’arrêt des malles-poste venant de Stavelot ou allant vers Lierneux… Vinrent s’y restaurer ou y prendre un verre toutes sortes de gens de passage, des acheteurs de pierres à aiguiser ou d’ardoises de toiture, les marchands de bestiaux et les fermiers les jours de marché sur la place, les constructeurs de la ligne Vielsalm-Born et les casques à pointe durant la première guerre, les Anglais venus nous libérer, les invités des gens de la chasse à courre, les colporteurs et transporteurs, les médecins, les notaires et tout le petit peuple de nos contrées… Régissant un personnel qui devait être important et accueillant tout ce monde, Tante Titine, après un beau mariage qui ne dura que quatre années suivies d’un très long veuvage…

3) L’Hôtel de Belle-Vue Archambeau


Depuis 1937, il existe de l’autre côté de la route, en face de l’église et donc un peu plus haut que l’hôtel Thonard, un autre hôtel appartenant, lui, à cette époque, à Alexis et Maria Archambeau. Il portait l’appellation Salm-Hôtel. Or, à l’autre entrée de la localité, au quartier de la gare, se trouvait l’hôtel Delvaux appelé Hôtel de la Salm. Il semble qu’il y avait confusion entre les deux et donc les Archambeau ont décidé de débaptiser le leur et de récupérer l’appellation Belle-Vue (sans le « de », en façade tout au moins car il était présent sur les actions de la société) en 1959. Il a fonctionné à la satisfaction générale jusqu’en 2006 et fut longtemps le seul restaurant de la localité mentionné dans le Guide Michelin rouge. Il n’y avait donc aucun rapport entre les deux immeubles pas plus qu’entre les propriétaires respectifs. Cet immeuble existe toujours, inchangé, mais est sorti de la famille. Il est devenu la Villa Belle-Vue, maison de vacances privée.

 Robert NIZET 
(Un fascicule reprenant ce texte augmenté de divers documents photographiques est disponible)

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