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dimanche 20 septembre 2009

Une heure avec le curé de Bihain.

(publié dans L’Annonce de Vielsalm, le 3 février 1952)

En septembre 1901, après quelques années de professorat à St-Louis et un stage de vicariat à Couvin, M. l’abbé F. CLAISE était nommé curé de Bihain.
Né à Rogery en 1871, sur la rive droite de la Salm, il connut dès sa jeunesse le recueillement des longs hivers, les brouillards, la neige et le froid. Les fagnes de Bihain ne l’effraient pas. Il y travaille pendant 50 ans et c’est là que bientôt ses paroissiens et ses amis célébreront son jubilé de pastorat.

Passé les rochers chaotiques du val de Salmchâteau, la route de la Baraque Fraiture monte vers la région des Fagnes. Très vite se révèle l’âme d’un autre monde. Durant la longue saison des brumes hivernales, ou, en juin, dans le moutonnement des houppes soyeuses des linaigrettes, ou encore devant les mauves tapis de bruyère et de tourbe, le rêve du voyageur flotte par-dessus l’immense solitude sauvage qui s’étend entre Regné, Hébronval, Bihain, Petites Tailles et la Pisserote. De cette étendue se dégagent l’effroi, le mystère et la mort.
L’œil n’y découvre aucun repère. C’est l’anéantissement, l’effort inculte des courts mois d’été dans le sourire éphémère et les multiples regards d’une étrange flore subalpine.
Dans cette lande déserte, entre 600 et 614 m. d’altitude, est blotti dans un bouquet d’arbres le presbytère de Bihain. Vieille maison ramassée sur elle-même, aux murs épais, îlot paisible entouré d’une mer de lichens. Partout l’eau dort entre l’argile et le gazon. Derrière la grille du jardin, une pelouse bien tondue, des parterres de fleurs, des rideaux frais aux fenêtres, une porte massive, c’est l’entrée accueillante et grave de la demeure d’un patriarche.
Au salon, murs, armoires, appuis de fenêtres et de cheminées, tout, jusqu’au vieux bahut de chêne, rappelle les souvenirs d’une longue vie : portrait de l’abbé BODSON, chanoine à 96 ans, ancien curé de Rogery, qui vers 1883, initia le petit François aux secrets de la langue de Cicéron ; photos des séminaristes de Bastogne d’avant 1900 ; figures des Papes, de Pie IX à Pie XII, des évêques de Namur, de nombreux confrères, et surtout une multitude de Vierges, statues rapportées de pèlerinages variés, Vierges de Belgique et de France, et, à la place d’honneur, N.-D. de Lourdes, où il fut onze fois.
Un voyage à Lourdes ? D’un pas menu mais toujours alerte, M. le curé s’en va vers l’armoire-bibliothèque, en retire un grand registre : le livre de comptabilité journalière tenu depuis son arrivée à Bihain. La vie était rude en 1901. Ennemi des dettes, le jeune prêtre dresse chaque jour le bilan des dépenses et des recettes. La lecture des premiers feuillets de ce document financier évoque un temps de petits sous péniblement gagnés et parcimonieusement dépensés.

En 1905, Bihain-Lourdes, aller-retour : 62 fr. ;

La pension complète à l’Hôtel du Sacré-Cœur, eau chaude et ascenseur : 7 fr. ;

La façon d’une soutane avec doublure et boutons : 14 fr. ;

des chaussures chez GABRIEL, à Vielsalm : 14 fr. ;

Des bottines en veau, tout ce qu’il y a de chic, chez CABUS, à Namur : 15,40 fr. ;

1 litre de lait :0,20 fr. ;

1 kilo de café avec 6 œufs : 1,40 fr. ;

pour un dîner de fête où rosbeaf, saucisson, jambon étaient servis copieusement à une douzaine de personnes la note se monte à 9,50 fr. ;

9 000 ardoises de Ville-du-Bois, voiturage compris : 429 fr. ;

4 gros poèles de Couvin avec 30 p.c. de réduction 169,50 fr. ;

chez LECROMBS, à Rogery, 4 gros jambons fumés : 50,60 fr. ;

Un abonnement de 5 jours sur tout le réseau belge : 14,50 fr. ;

Chez MATHURIN, à Houffalize, 6 paires de bas : 11,90 fr.

Un chapeau castor : 16 fr.

2 poulets : 16 fr.

2 tonnes de charbon rendues à domicile : 70 fr.

On allait à Liège pour 2,50 fr.

Un permis de chasse : 45 fr.

Canards, lièvres, grives, sangliers et chevreuils relevaient parfois le menu de la cure.

La misère était grande dans cette paroisse ouvrière des Fagnes. Avec 250 fr. de traitement trimestriel et 2 fr. d’honoraires par messe, le curé s’ingéniait à équilibrer son budget. Ce n’était pas facile. Après s’être fait architecte, il passa manœuvre à la construction de son église.

Les docteurs MICHAUX, LEGROS, de Vielsalm, LEJEUNE, de Lierneux, visitaient rarement, à pied ou à cheval, ce village sans téléphone et rues d’accès. Ils furent tout heureux de trouver en l’abbé CLAISE un homme expert dans l’art d’Esculape, d’un diagnostic quasi infaillible, habile dans le choix des remèdes et dans les premiers soins à donner aux malades.
Le presbytère se transforma en pharmacie. Son curé acquit la réputation d’un médecin des âmes autant que des corps.

Il est un prêtre aimé, le savant que l’on consulte, le guérisseur qui distribue gratuitement la santé, le bâtisseur de la Maison de Dieu et du peuple. Peuple d’ouvriers qui, pendant 10 et 12 h. par jour, pour un salaire de 2,50 fr. peinaient dans les carrières ou s’acharnaient sur une terre souvent ingrate.

En 1901, Bihain compte 509 habitants. Jusqu’en 1914, l’exploitation des pierres à rasoir, sous la direction d’ingénieurs bavarois, occupe une partie des ouvriers de la région. Les autres découpent la tourbe des Fagnes et la vendent 25 fr. le chariot.
L’invasion d’août 1914 cause à Bihain une catastrophe dont les répercussions se ressentent encore aujourd’hui. La plupart des carrières sont abandonnées le matériel inondé et les galeries effondrées. Après 1919, impossible de les remettre en état ni de récupérer leur matériel. Des familles entières sans gagne-pain se résignent à l’exode. La guerre de 1940 accentue plus douloureusement encore le malheur de 1914. L’offensive des Ardennes réduit en poussière une partie du village. Dans les quelques carrières restées actives, la pierre se fait rare, le prix d’extraction ne permet plus de concurrencer sur le marché les pierres artificielles. Sans maisons, sans meubles, à quoi bon rester dans un village aussi déshérité ? On part vers les grandes villes : Liège et Verviers ; les jeunes hommes se casent dans les douanes, la gendarmerie et autres services administratifs.

« Ma paroisse, me dit le Curé, n’a pas péri du fait de la dénatalité. Elle compte des familles de 10 et 12 enfants. Il n’y a plus de travail pour eux ici. Le lendemain de leur mariage, les jeunes hommes s’en vont ailleurs. À 90 ans, je deviens le curé d’une colonie de vieux célibataires ».

Les Fagnes ne nourrissent pas les hommes. En un demi-siècle, Bihain est passé de 500 à 260 habitants.
L’abbé François CLAISE ne désespère cependant pas de l’avenir de Bihain. L’œuvre de ses 50 ans de pastorat n’a pas été vaine. Animé d’un véritable esprit social, il a changé la mentalité qui régnait dans sa paroisse avant 1900. Il est l’ancêtre. Les gamins qui écoutèrent ses premières leçons de catéchismes ont aujourd’hui 60 ans. Il est demeuré au milieu d’eux, ses ouvriers, ses paysans, ses Fagnards, les conseillant, les soulageant, leur donnant Dieu.

Les festivités de son jubilé de 50 ans de pastorat sont remises à plus tard. Le Curé n’a pas voulu quitter les siens avant que sa tâche ne soit achevée. Il a voulu que sur l’immensité morne des Fagnes, l’église de Bihain s’élève toute renouvelée, lumineux témoin de la Vie.



A.E.D.

Notes historiques. Regné-Bihain (2).

(publié dans Pays de Salm, le 13 décembre 1953)

Notre première pensée sera de visiter l’église. Dédiée à Saint Benoît, elle a été érigée en paroisse en 1857. M. l’abbé KARENHOEVEN fut le premier desservant. On compte dans la paroisse, 300 âmes environ.

La chapelle primitive aurait été édifiée en ce lieu en l’an 1715, avec la permission du Grand Vicaire de LIBOIS du chapitre de Liège. Cette chapelle dépendait de la paroisse de Bihain.

Le 4 février de la même année, un certain nombre de manants de Regné comparurent devant la Haute Cour de Malempré où ils reçurent l’autorisation de pouvoir faire célébrer dès ce moment, l’office de la messe.

Sire Jean GOBAUSSE, curé de Bihain, fut avisé officiellement de la promulgation de ce décret daté de Luxembourg, le 14 mai 1718. La consécration de la chapelle par Mgr Jean-Baptiste GILLIS, évêque suffrageant de Liège, eut lieu le 27 juin 1730.

Le maître-autel, que nous avons vu avant les évènements, est assez intéressant, dominé par une belle statue de St Benoit. À gauche et à droite du tabernacle, deux tableaux en bois sculpté représentent les disciples d’Emmaüs et le sacrifice d’Isaac.

On peut voir une chaire de vérité dont les panneaux portent les effigies des quatre évangélistes, très artistiquement sculptés.
Quelques statues complètent l’ornement du sanctuaire. St Clément, patron des carriers ; St Antoine, deuxième patron de l’église ; Ste Philomène ; Ste Thérèse de l’Enfant Jésus ; la Ste Vierge ; St Joseph, Notre Dame de Lourdes, etc.

Dans un document de 1343 (cartulaire Houffalize), on y lit :
« Collin de Raignez qui releva à Stavelot le fief qu’il avait acquis de Lambert, mari de Marie de Malmepré… ».


En 1469, on écrivait « Regnez ». dans un acte relatif à la chapelle de Verleumont, il y est cité « Reigné », (1722).

Quant à l’étymologie, voici ce que nous trouvons chez TANDEL : Regné- Ré indique un ruisseau. Gnez ou Gné sont des formes de « grez » et désignent une demeure.

Les vicaires connus, du moins les plus anciens, sont :

Maître HENEN, 1721.

Léonard REMY, 1725.

Hubert COLIN, Jean MICHELS, 1729,1731.

Pierre LOSTE, de Salm, 1735.

N. LEMAIRE, 1736.

Jean-Marie, 1741.

N. GEORIS, 1745.

Severin de HARRE, 1747 – 1754.

J.-F. CHARPENTIER, 1754 – 1773.

A.-H. Léonard, 1779 – 1788. Etc.


Une ancienne statistique révèle qu’en 1793, Regné comptait trois maisons de laboureurs, douze maisons de première classe, treize de seconde et quatre de troisième.

En 1891, la population était de 265 habitants et il y avait 62 maisons. En construisant la route de La Roche à Vielsalm, on a retrouvé les ruines assez nombreuses d’anciennes habitations.

Le « Mont » des forges de jadis rappelle cette industrie qui se trouvait au pied de la colline. Aujourd’hui, on voit encore des tas de résidus de charbon, de morceaux de fer et de verre.

Quelques familles prétendent que les âtres qu’elles possédaient ont été fabriquées à ces forges. Ces âtres datent de 1600 et portent l’inscription suivante :
« Dominus mitri auditor, 1600 ». De chaque côté de l’âtre se tient un énorme lion (à voir au musée archéologique d’Arlon).

On rencontre encore à Regné plusieurs vieilles fermes authentiques, respirant un air d’autrefois. Néanmoins, l’ardoise a vaincu la paille et le cachet est sensiblement modifié. Les habitations aux murailles schisteuses d’une tonalité noirâtre caractérisent bien le « Haut Pays ».

Si l’on remonte la route vers le plateau, à quelques kilomètres, on jouit bientôt d’un immense panorama infiniment intéressant, mouvementé, dont les multiples lignes se profilent dans un horizon des plus étendu et sans limite précise.

Regné, affirme-t-on, doit son nom à un roi scandinave appelé « Régnier » et qui avant les Romains et sous ces maîtres du monde, servait de faubourg à « Bisange » (Bihain).

Ch. PIERARD

samedi 19 septembre 2009

Notes historiques. Fraiture (3).

(publié dans Pays de Salm, le 11 juillet 1954)

Nous n’avons pas sous la main le chiffre de la population de Fraiture pour 1953. On comptait en 1940, 70 hommes et nonante femmes : total de 160 habitants.

En 1793, selon E. TANDEL, il existait trois laboureurs, onze maisons de première classe, treize de seconde, quatre de troisième.

En 1891 : 163 habitants ; 28 maisons, 25 laboureurs, un cordonnier, un couvreur, un fileur de laine, deux menuisiers, deux personnes hors d’état de gagner leur vie, et un membre du clergé séculier. 30 granges et 46 écuries.

À cette époque, la paroisse de Fraiture dépendait de Bihain et du décanat de Stavelot.

L’église date de 1763, la tour de 1830, le presbytère de 1849 et l’école de 1866. L’église, comme on le sait, a tout particulièrement souffert de la guerre, endroit où des combats d’une extrême violence se déroulèrent.



Après les évènements, on songea à restaurer l’édifice, mais on ne s’y appliqua qu’imparfaitement. Des plans ont cependant été dressés et soumis à la commission des monuments et des sites qui les approuva. Il s’agissait de conserver certains aspects de la tour assez originale.
Sur ce point, complet accord. Les travaux, nous dit-on, seraient entrepris au cours de cette année.

Le patron de l’église est Saint Hilaire de Poitiers dont la fête se célèbre le dimanche qui suit le 14 janvier.

On signale qu’il existait une chapelle au 17me siècle ; il y est fait allusion dans des actes de 1604 et 1704. C’est seulement depuis 1808 que Fraiture est le siège d’une paroisse.

Citons quelques vicaires ayant été en fonction avant cette date :

Jean Mathieu LÉONARD, de La Vaux lez Lierneux, en 1708.

Maître LÉONARD, de Regné, au commencement du 18me siècle.

Jean MICGAELIS, cité le 3 mai 1722.

Jacques François MACORPS, cité le 25 juillet 1726.

Pierre DECROTIER, cité le 30 juin 1733 et le 26 avril 1735, mourut le 27 janvier 1739 et fut enterré dans la chapelle de Fraiture.

Henri MARTINI, de Limerlé, cité le 19 septembre et le 23 novembre 1738, mourut le 6 décembre 1738 et inhumé dans la chapelle de Fraiture.

N. HEURAY, vicaire, 1740.

Jean CANARD, cité le 26 avril 1747 et le 20 mai 1758, mourut à Fraiture le 5 novembre 1770, à l’âge de 88 ans.

Henri LÉONARD, 1769 – 1777.

Jean Bernard GUILLEAUME était vicaire de Fraiture en 1781 et 1789.

Jean Lambert MINET, cité le 26 janvier 1795, dans un acte de baptême de Fraiture, était sans doute chapelain à cette date, etc.


À suivre.

HISTORIENS.

dimanche 6 septembre 2009

Bénitier roman (?) à Bihain.

A.W./ P. LEJEUNE, dans G.S.H.A. n°8 (1978) pp.84-85.

Une photo est publiée dans G.S.H.A. n°9 (1978) p.182.

samedi 5 septembre 2009

Il y a 2 siècles. Quand Ville-du-Bois voulait une chapelle.

(publié dans Pays de Salm, le 21 mars 1954)

Faisant partie de la paroisse de Salm, pendant longtemps Ville-du-Bois n’a possédé aucune chapelle ou église.

Vers la moitié du XVIIIe siècle, les habitants du village jugeant « leur communauté fort grande et peuplée » soit 73 ménages, décidèrent de « faire ériger une chapelle et « d’y faire célébrer la sainte messe, moyennant la permission des supérieurs, par un prêtre duement à ce salarié ».

Si l’on se représente l’état des chemins en ce temps-là, ainsi que l’ittinéraire à parcourir, on comprend que pour une population de plus de 300 personnes, l’érection d’une chapelle se justifiât.

Il y a lieu de remarquer qu’en effet à ce moment, et pendant un siècle encore, le chemin reliant Ville-du-Bois à Vielsalm différait totalement de celui d’aujourd’hui. De Ville-du-Bois à Hermanmont il s’en écartait vers le sud, tandis qu’à partir de Hermanmont il descendait au gué du Tienne-messe et, de là, se dirigeait vers l’endroit appelé actuellement Sous-bois. Et quel chemin !

Aussi, combien ne pouvaient que difficilement se rendre à Vielsalm pour la messe dominicale. Et que de difficultés aussi pour la fréquentation de l’école paroissiale, l’instruction religieuse, les baptêmes, etc. Situation pénible à laquelle une solution s’imposait.

On imagine qu’intervenait bien un peu également une raison d’amour-propre. Depuis longtemps Ville-du-Bois était la plus populeuse des localités de la paroisse de Salm, dépassant même Vielsalm, comme il le dépasera pendant près d’un siècle encore. Or, Salmchâteau, Goronne, Burtonville, Petit-Thier, Cierreux, Commanster, localités de population moindre, avaient leur chapelle depuis quelque temps déjà.

C’est ainsi qu’au cours de 1766, une requête fut introduite auprès de l’Evêque de Liège, dont notre région relevait alors au point de vue religieux, et ce jusqu’en 1842.
Intempéries, rigueurs de l’hiver, distance à franchir, relief accidenté du sol, rivière à traverser, eaux stagnantes sur le parcours, constituent un ensemble de raisons mises en relief.

La réponse fut favorable. Fin 1766, Monseigneur l’Evêque de Liège reconnaissait le bien fondé de la requête, et l’autorisation est accordée.

Mais il y avait l’autorité civile. Une requête lui fut également présentée. Elle rencontra un refus, le 27 avril 1766.

Il faut se rappeler ici qu’au comté de Salm, à ce moment, se multipliaient les débats entre le seigneur et les sujets. D’autre part, la reconstruction de l’église de Vielsalm, un peu auparavant, avait entraîné des dépenses considérables que le comte avaient blâmées. Qui sait si la crainte de nouvelles dépenses n’a pas eu son influence dans le rejet de la requête.

Et pourtant, les habitants de Ville-du-Bois voulaient leur chapelle. Ils n’avaient pas attendu la réponse à leurs requêtes pour se mettre à la besogne. Au cours de l’été 1765 déjà, un édifice avait été érigé, entièrement à leurs frais.

Le 29 mars 1765, Jean Gérard DELVEAUX et Quirin LAMBORELLE, tous deux de Houffalize, firent accord avec les commis de la communauté de Ville-du-Bois pour exécuter la construction d’une chapelle. Le premier, de faire, pour septembre, toute la charpente nécessaire, pour une somme équivalent à 71 écus (environs 330 frs.). le second, de faire les murailles crépies, de 3 pieds moins un quart d’épaisseur et 18 de hauteur, pour un bâtiment mesurant à l’intérieur 53 pieds de long et 25 de large, avec, de chaque côté, trois fenêtres larges de 3 pieds et hautes de 6, et cela pour le prix de 56 écus (environ 260 frs.) ; le travail de maçonnerie devant commencer en mai. L’édifice comporterait un clocher comme celui de l’église de Salmchâteau à ce moment-là.

Les commis de Ville-du-Bois signant cet accord étaient François-Pierre GENGOUX, François-Gérard ANDRIANNE, Jean-Benoît CUVELIER, Mathieu REMACLE, Jean LEONARD, Jean GEORGE, Gengoux DANTINNE, Henri JEUNEJEAN.

C’est avec les « commis de la communauté » que l’accord était conclu, bien qu’en présence de deux habitants de Vielsalm figurant au nom de la paroisse de Salm, preuve de l’accord au moins tacite de l’autorité religieuse locale.

Dès lors, le rejet de la requête à l’autorité civile, comme nous l’avons dit ci-dessus, arrivait trop tard. Cette dernière se trouvait devant le fait accompli.

La chapelle bâtie, il restait à pouvoir y bénéficier de la célébration du culte et de la présence à demeure d’un prêtre.

Le 26 décembre 1766, les autorisations manquant toujours, les habitants expriment la volonté de pourvoir à « l’honête entretien » de leur chapelle « en subvenant promptement à sa décoration et à tous les ornements nécessaires ». et, ajoutent-ils en gens décidés, de pourvoir également à la subsistance et l’entretien d’un prêtre. A cette date déjà même des fondations de messes sont faites à la dite chapelle.

Le 31 décembre enfin, Monseigneur l’Evêque accorde la demande de bénir l’édifice et fait savoir, qu’à la première occasion opportune, celui-ci sera consacré.
Six semaines plus tard, le 12 février 1767, le Conseil provincial de l’Impératrice permet également au curé MARTINY de Vielsalm de bénir la chapelle.

Dès lors, on peut considérer l’édifice comme ouvert au culte et devenu centre de vie religieuse pour la localité.

L’emplacement de la chapelle était le même que celui de l’église actuelle. Mais le bâtiment s’orientait de l’est à l’ouest, avec entrée du côté de l’ouest.

Restait à assurer la subsistance du prêtre attaché à demeure au village.

(La fin au prochain numéro)

Gaston REMACLE

vendredi 4 septembre 2009

Ville-du-Bois. Ses prêtres.

(publié dans l’Annonce de Vielsalm le 6 octobre 1946)

En ce mois d’octobre, il y a 26 ans qu’arrivait à Ville-du-Bois, pour y desservir la paroisse, M. le Curé LEFEBVRE.
Un quart de siècle, cela compte.
Les vingt six ans de pastorat de M. le Curé LEFEBVRE prennent une belle place dans la série de prêtres ayant exercé les fonctions sacerdotales dans la paroisse. C’est pourquoi nous croyons l’occasion bonne de donner le relevé des prêtres qui ont présidé spécialement à la vie religieuse de cette localité.

C’est seulement depuis 1842 que le village constitue une paroisse propre.
A cette date, Ville-du-Bois est distrait de la paroisse de Vielsalm dont il faisait partie depuis 1803, et son église était érigée en succursale.

Avant 1803 et pendant des siècles, Ville-du-Bois avait été une des localités de la paroisse de Salm. Celle-ci occupait tout le territoire allant de Cierreux à Poteau et de Commanster à Grand-Halleux ; l’église et le presbytère se trouvaient à Vielsalm.
La plus ancienne citation de la paroisse de Salm date de 1131. toutefois il y a lieu de penser qu’elle remonte à l’époque caloringienne. Son origine serait antérieure à celles du comté de Salm et de Vielsalm. Quoiqu’il en soit, pour l’instant il s’agit seulement de rappeler les prêtres connus qui ont particulièrement reçu en charge les intérêts spirituels des habitants de Ville-du-Bois.

Le premier était Sire Jean-Pierre DECROTIER, originaire de Mont-le-Ban et fixé à Ville-du-Bois dès 1767. Il y restera 34 ans.

Les circonstances de sa venue méritent d’être signalées. Vers le milieu du XVIIIe siècle, les habitants de Ville-du-Bois jugèrent que leur communauté « fort grande et peuplée » méritait bien une chapelle et un prêtre la desservant en permanence. Ils entreprirent à cet effet des démarches auprès de l’autorité civile et de l’autorité religieuse. Et sans même en attendre le résultat, on bâtit. La chapelle érigée, l’autorité dut bien reconnaître le fait. Il y a lieu de penser que le Curé de Salm, Sire Laurent MARTINY, n’était pas hostile à l’entreprise. Bref, l’Abbé DECROTIER, vicaire à Vielsalm, fut chargé des fonctions sacerdotales à Vile-du-Bois. Il tint également école pour les enfants de la localité.

La fin de sa carrière rencontra l’hostilité du Régime français. Les Sans-culottes s’étaient installés dans la région en 1795. dès 1796, surgirent des difficultés religieuses, notamment avec le Curé de Salm, l’Abbé BARTHELEMY, qui est obligé de s’enfuir. Pressé de prêter le fameux serment de haine à la Royauté et à l’anarchie, l’abbé DECROTIER refuse ; en conséquence, le presbytère doit être mis sous séquestre.

L’attitude du prêtre ne manqua pas d’influencer celle de ses ouailles. Ville-du-Bois ayant été érigée en commune, son agent et l’agent-adjoint démissionneront plutôt que de prêter aussi le serment. En guise de protestation, la localité diffère même de tenir les assemblées primaires et de faire le nécessaire en matière d’impôt. La résistance fut vive, comme en d’autres localités voisines d’ailleurs.
Elle cédera, mais devant la menace, celle d’envoyer des garinsaires dans les maisons du village.

Après le fameux coup d’Etat de Napoléon en 1799, le serment exigé fut remplacé par une simple promesse de fidélité à la constitution nouvelle. Le 20 janvier 1800, l’Abbé DECROTIER fit à Vielsalm la promesse demandée.
Il mourut le 13 octobre 1801 à Ville-du-Bois.

Lui succéda le R.P. THIMOTEE prémissaire et écolâtre.

Puis l’Abbé François REUCHENBERG, cité dès 1805. il était natif d’Aix-la-Chapelle. Il est mort à Ville-du-Bois, à 50 ans, le 5 septembre 1816. sa pierre funéraire se trouve encore actuellement au cimetière de Vielsalm.

Vient après lui l’Abbé GUILLAUME, de 1818 à 1823. c’est lui qui notait que parmi les devoirs du vicaire figure celui de « tenir les écoles en hiver ».

Puis l’Abbé Paul COLLIN, de 1824 à 1833. lui aussi s’occupe de l’instruction des enfants. En 1828, lorsque l’Asministration communale de Vielsalm établira une école primaire à Ville-du-Bois, c’est l’Abbé COLLIN qui est nommé instituteur.

En 1833, il est remplacé par l’Abbé KELLEN, précédemment à Burtonville. Celui-ci restera jusqu’en 1843.
En 1842, Ville-du-Bois étant érigé en paroisse, M. KELLEN est nommé premier administrateur.

Vient alors l’Abbé PONDANT, curé pendant 18 mois, de 1843 à 1845.

Ensuite l’Abbé GROGNA, 18 mois également, jusqu’en 1847.

M. l’Abbé WATHELET, originaire de Vielsalm, arrive le 19 octobre 1848. il restera 26 ans, jusqu’au 14 novembre 1874. transféré à Gesves, puis à Lomprez, il garda un souvenir tel de Ville-du-Bois qu’il voulut y être enterré en 1885.

Après lui, M. l’Abbé Félix GROFILS, de Wandre, de 1874 à Pâques 1897. transféré à Lesves, il fut élevé par après au canonicat. Lui aussi voulut être enterré à Ville-du-Bois en 1911. comme l’indique son épitaphe, il dirigea « la paroisse avec un zèle ardent et une exquise bonté ». aimant beaucoup sa paroisse, il se dépensa pour la doter d’une nouvelle église, une des plus belles de la région. Sans cesse préoccupé du bien de la localité, cultivé, il fut également le promoteur de plusieurs autres projets en faveur de ses ouailles.

M. l’Abbé HENNUY, originaire de Rettigny, le remplaça, de 1897 au 1 octobre 1920. la maladie lui imposa la retraite. Longtemps, il s’était dévoué au service des écoles locales de filles, et on lui doit aussi l’existence d’une laiterie prospère durant une dizaine d’années.
C’est M. le Curé LEFEBVRE qui lui a succédé.

De l’œuvre entreprise par ces prêtres, il y aurait beaucoup à dire. Bornons-nous à relever leur effort sans cesse poursuivi en faveur de l’instruction des enfants.

Quand les pouvoirs publics décidèrent d’établir une école primaire à Ville-du-Bois et que l’Abbé COLLIN fut nommé instituteur, il y avait soixante ans que l’Abbé DECROTIER avait commencé son œuvre d’instruction, continuée par ses successeurs, succédant elle même à celle que depuis longtemps les Curés de Salm avaient entreprise pour leurs paroissiens.
Plus tard, dès le début du Xxe siècle et toujours dans le même esprit de développer la vie intellectuelle du village, le prêtre local suscita la création d’une école primaire de filles et d’une école gardienne qui ont duré quarante ans, et une école dominicale de jeunes filles qui exista vingt ans.

Bel effort qui, à lui seul, mérite bien à ses auteurs pour le moins un fervent souvenir.

Gaston REMACLE

samedi 1 août 2009

Une pierre tombale d’un comte de Salm.

(publié dans l’Avenir du Luxembourg, le 4 avril 1953)

Les ouvriers qui travaillent au déblaiement des ruines de l’église de Vielsalm ont tiré des fondations de l’emplacement de l’ancien chœur une immense pierre tombale mesurant plus de deux mètres de long et à peu près 1 mètre 50 de large. Sur la surface, dans l’encadrement de motifs ornementaux, probablement du XVe ou du XVIe siècle, ont été burinés trois personnages. Au centre, un cavalier en armes, grandeur humaine avec, à ses pieds un grand écusson orné des deux saumons. Dans la partie supérieure de la pierre, de chaque côté de la tête du grand gisant, deux petits personnages, que certains croient des anges et qui sont plutôt deux enfants du comte ; tous deux portent, en effet, à leurs pieds un petit écusson avec les deux saumons.
Vendredi après-midi, la pelle mécanique dégageait des fondations près du chœur, le squelette d’un cheval et deux crânes humains.
La pierre tombale des comtes de Salm a été transportée dans la cour de l’école libre. Certains prétendent qu’à l’endroit du visage et des mains, se trouvaient des mosaïques, qui auraient été enlevés, ou une matière très friable qui n’aurait pas résisté à l’enfouissement.
Il est bon de se rappeler que la femme de Jean VI fut la dernière de la famille à être enterrée dans l’église de Vielsalm, en 1474 ; son mari se fit enterrer à Cologne en 1475. Les comtesses de Salm mirent au monde des enfants à Vielsalm jusqu’en 1545. Le dernier des comtes né ainsi serait Werner, fils de Jean IV de Salm. À partir de cette date, il n’y a plus de trace de résidence de la famille comtale à Vielsalm.
Sur la pierre tombale découverte, on ne lit aucune description.

(Anonyme)

En regardant des Ruines.

(publié dans L’Annonce de Vielsalm le 14 juin 1953)

Le 10 mars 1953, à 10,50 h., M. le Bourgmestre de Vielsalm donnait le premier coup de pioche officiel marquant le début des travaux de reconstruction de l’église de Vielsalm, blessée à mort le 10 mai 1940.
À l’heure qu’il est, les travaux vont bon train. L’emplacement et les abords du nouvel édifice en subiront une modification complète.
S’il est un endroit qui, pour la région de Vielsalm, est chargé d’histoire, le voilà bien ici. Plusieurs fois déjà, des travaux d’importance ont entamé son aspect primitif. Ceux d’aujourd’hui vont faire tomber plus inexorablement encore le voile de l’oubli sur ce vieux coin, tout imprégné du souvenir des hommes et des choses. Aussi, convient-il d’évoquer un peu, à son sujet, le passé régional auquel il est lié.









Sauf la tour reconstruite en 1870, l’église détruite en 1940 avait été édifiée entièrement en 1715. Un subside de 6 000 écus, donné par le comte de Salm, servit à couvrir une grande partie des dépenses.
Dans le style du XVIIIe siècle, elle avait grande allure. À tel point, que le comte de Salm reprocha, paraît-il, à son haut-officier RUTH, l’édification d’une « cathédrale » au lieu d’une église de village comme il l’avait autorisé.
L’église nouvelle se dressait sur l’emplacement même de plusieurs églises antérieures. Combien ? on ne sait. On dit que la précédente était de 1511. Mais la paroisse dont elle constituait le centre vital remontait vraisemblablement à la période carolingienne, au temps où le zèle des religieux, installés à Stavelot depuis la moitié du VIIe siècle, évangélisait la région. En 1131, l’ « Ecclesia de Salmes » figure encore dans le relevé des églises payant des redevances à Stavelot.
La paroisse de « Salm » ainsi dénommée en 1131 concernait, et ce, jusqu’à 1803, tout le territoire allant de Cierreux à Ennal, et de Commanster à Goronne. Des chapelles pour les diverses localités la composant ne viendront qu’assez tard : Grand-Halleux, vers 1425 ; Commanster, 1683 ; Goronne, 1691 ; Burtonville, 1703 ; Petit-Thier, 1704 ; Salmchâteau, 1723 ; Ville-du-Bois, 1766.
Quant au premier édifice religieux de cette grande paroisse, s’est-il élevé à l’endroit des travaux actuels de construction ? Ce n’est pas certain. Toutefois, après la naissance du comté de Salm, l’église modeste du moment apparaît comme liée à la présence du château de Salm.
Car il y eut, à l’endroit devenu Vielsalm, le premier château des comtes de Salm.
Il est bien établi aujourd’hui que sur le promontoire rocheux qui constitue l’emplacement de l’actuelle villa de Madame MOUTON, s’est dressée la demeure féodale primitive des « de Salm », du nom même du ruisseau heurtant le pied du rocher. La première mention qu’on en connaisse est de 1153 : « castellum meum Salmis » (mon château de Salm), dit le comte Henri Ier en le mettant avec tous ses biens à la disposition de l’abbé Wibald de Stavelot. Toutefois, l’installation dans la région de la famille seigneuriale doit être datée de vers l’an 1000 déjà.
La crête rocheuse servant d’assise au manoir, avec ses abords, présentait en ce temps-là un aspect bien différent de celui d’aujourd’hui ; face au pays de Stavelot, elle offrait une disposition du sol très favorable à servir de base à une forteresse médiévale. Le remblai de la voie du chemin de fer établie en 1915, le remblai aussi sur lequel reposent la grand-route actuelle et les ruines de l’hôtel de Belle Vue, les travaux en cours pour la construction de l’église, ont complètement déformé le site. Par un travail sincère de l’esprit, l’imagination le recrée toutefois assez aisément.
Au bord de l’arête rocheuse, accessible seulement par le sud-est, le castel s’éleva. En face, l’église régionale vint se poser. Le chemin dévalant vers le ruisseau les séparait.
Trois bons siècles passèrent. Dans la première moitié du XIVe, entre 1307 et 1362, la demeure seigneuriale fut abandonnée, au profit d’une nouvelle édifiée 3 km. Vers le sud ; les restes en sont toujours visibles près de Salmchâteau.
L’ancien château tomba peu à peu en ruines. Le 9 septembre 1560, « illustre et noble Dame Elisabeth natifve de Hennenberg, comtesse de Saulme » céda héréditablement en fief à « Gilles le moulnier de la Vielle Saulme […] la place appelée le vieu chasteau gisant au dit Vielle Salme avecque les appendices et circuits à la ditte place … ».
À Vielsalm, la dénomination de « place du vieux château » donnée à l’endroit subsista pendant plus de deux siècles encore. En voici, par exemple, une mention de 1740 : « Le Sieur Jean-Louis Coster cède au Sieur Jean Raphaël bourgeois marchand résident à la Vielle Salme une place de maison scituée au dit Vielle Salme au lieu nommé le vieux château ».
Revenons sur le chantier des travaux d’où nous sommes partis.
Endroit chargé d’histoire ! Car, sous les dalles des anciennes églises successives, et tout autour de l’édifice religieux, jusqu’à la fin du siècle dernier et donc pendant huit siècles au moins, il servit de cimetière. En nombre incalculable, des milliers de défunts ont été, là, déposés.
Un véritable ossuaire pour la région. Il appelle le respect.
Au moment où les exigences contemporaines imposent la transformation et le renouvellement de ce vieux coin de Vielsalm, peut être les travaux en cours apporteront-ils des découvertes et, par là, des lumières nouvelles sur le passé de la région.










Gaston REMACLE

Ndlr:

publié également dans Excelsior, en mai 1953.

vendredi 31 juillet 2009

La pierre tombale d’un comte de Salm découverte à Vielsalm en 1953.

(publié dans L’Annonce de Vielsalm, le 22 août 1954)

Cet été aura vu l’avance rapide des travaux de reconstruction de l’église de Vielsalm. La toiture se complète chaque jour. L’ensemble du monument prend corps de plus en plus, et il dresse, sur le beau décor des horizons boisés, une masse imposante et originale.
Encore quelques mois, et ce coin de Vielsalm aura pris visage tout nouveau et attrayant.
Plus rien n’apparaîtra de ces blessures de guerre qui jetaient une souffrance dans le pittoresque et l’attrait de la localité.
Mais plus rien non plus, sur cet endroit historique, ne rappellera le passé.
A voir la fière église moderne, avec des abords coquets, qui se souviendra encore ! Qui se souviendra de la belle église, comme une « cathédrale », du 18e siècle ; de celles qui l’ont précédée ; du vieux cimetière avec ses dizaines de milliers de morts ? Si, comme dit LAMARTINE, « C’est la cendre des morts qui créa la Patrie », c’est bien ici qu’il faut trouver le cœur de ce qui fut l’ancienne paroisse de Salm.

Cette ancienne paroisse de Salm allait, on le sait, d’Ennal à Commanster, de Poteau à Cierreux et Goronne.
Sa fondation remonte à l’époque carolingienne. Mais son appellation de « Salm » ne viendra que plus tard, lorsque la terre elle-même, sous le régime féodal, aura pris nom de comté de Salm.
Où fut érigée la première église, modeste chapelle, sans doute ? A notre avis, non pas à l’endroit devenu Vielsalm, d’ailleurs inhabité aux temps carolingiens. Ce n’est que plus tard, après l’établissement, vers l’an 1000, des seigneurs qui prirent le nom de SALM, que le centre religieux s’est déplacé. Le système féodal, la présence du château à l’emplacement de la villa actuelle de Mme MOUTON, amenèrent pour la région une vue nouvelle. De gré ou de force, vraisemblablement, la vie religieuse elle-même dut en tenir compte. Et l’église, de Salm désormais, s’établit près du château.

Nous sommes ici vers le Xie siècle ou même peut-être le XIIe.
Depuis, au même emplacement, plusieurs bâtisses se sont succédé, chaque fois agrandies sûrement. Cinq ou six, peut-on admettre, si l’on tient compte de l’histoire locale et des modes de construction d’autrefois.

Et depuis également, le cimetière créé autour de l’édifice a accueilli les défunts jusqu’en 1873.
Dès lors, est-ce exagération que de parler de dizaines de milliers de morts, alors qu’à la fin du 18e siècle, par exemple, et sans compter ceux du ban des Halleux, il se faisait chaque année à Vielsalm environ 75 enterrements ?

Les édifices successifs, les tombes par milliers, celles de gens modestes et celles de personnalités, tout cela aurait dû, semble-t-il, laisser au sol un nombre considérable de vestiges. L’histoire locale y aurait trouvé une lumière plus vive.

Pourtant, au cours de déblais, l’an dernier, qu’a-t-on découvert ?
A notre avis, deux trouvailles surtout méritent de retenir l’attention.

Il s’agit de deux pierres. L’une, en arkose, ayant constitué des fonts baptismaux. L’autre, la pierre tombale d’un chevalier.

Laissant pour l’instant la première, pourtant bien caractéristique et plus ancienne nous voudrions ici insister sur la seconde.

Au moment de la découverte, on en a parlé déjà. Par sa masse, son caractère artistique marqué, son genre, elle a normalement frappé l’attention. Il n’est pas inutile, pensons-nous, d’y revenir.

La pierre en question se trouve toujours provisoirement, à l’heure actuelle, dans la cour de l’école libre à Vielsalm.

Il s’agit d’une dalle de granit mesurant 2,54 m. de longueur, 1,24 de largeur et 0,21 d’épaisseur. Autour de la pierre et longeant les bords, des bandeaux creux ; vraisemblablement, il y eut là une épitaphe en métal. Puis, comme cadre général, une brillante décoration de style ogival.

La partie centrale et maîtresse de la décoration présente un chevalier en armure. Au bas du gisant, un bouclier avec les deux saumons de SALM. Sur la cotte de mailles, deux grands saumons ; celui du côté droit apparaît très clairement, et mesure 0,92 m. Au côté gauche, une épée.
La tête est nue, avec cheveux retombant sur le côté. Mais la figure est occupée par un creux qui a dû contenir une matière autre que la pierre. Un creux également, sur la poitrine, indique la place des mains, jointes pour la prière.

Au-dessus de la tête du gisant, une main bénissant.
Plus haut, trois petits creux dont deux en forme d’anges tournés vers le troisième.

Enfin, à côté, dans la partie supérieure, deux enfants pourvus chacun, en forme d’ailes, de deux saumons, et accompagnés de l’écusson de Salm.

Le coin inférieur gauche est sérieusement ébréché. Il apparaît en outre avec une usure très marquée qui a enlevé entièrement le dessin décoratif selon un triangle d’environ 75 cm, pour chaque côté de l’angle droit.

Pour les restes de quel personnage la dalle a-t-elle été taillée ?

A en juger par les détails qui la décorent, elle se rapporte à un membre de l’ancienne famille seigneuriale de Salm, qui ne peut-être qu’un comte même.
On a dit que cette décoration serait attribuable au XVe siècle. Et comme est décédé en 1415 le dernier comte de Salm de la maison de VIANDEN, Henri VII, on en a conclu que la pierre tombale en question ne peut être que celle de Henri VII.

Conclusion un peu hâtive, nous paraît-il. Car, à les examiner soigneusement, les motifs décoratifs présentent un style général qui n’est pas celui du flamboyant, mais d’une époque antérieure. Pour notre part, nous les attribuons au XIVe siècle ; et nous avons entendu défendre également cette opinion par d’autre que nous, de façon nette.

Dans ces conditions, il est malaisé d’admettre le nom du comte Henri VII comme étant celui du personnage pour lequel la pierre a été réalisée. Mais on pense plutôt à son père, Henri VI, décédé en 1359 ou 1360.

D’autres détails confirment d’ailleurs cette opinion.
Les motifs décoratifs constitués par les deux enfants figurés au-dessus du gisant apparaissent manifestement comme étant d’une facture différente de celle du reste du travail. Ils offrent moins de finesse et moins de symétrie. Ils sont d’une autre main.

Ils se présentent aussi comme constituant une ajoute au dessin d’abord conçu et réalisé par l’artiste. Un effort sincère de l’esprit permet facilement de s’en rendre compte, et qu’il y a là un complément de décoration, qui a sa signification, sans doute, mais dont l’absence ne nuirait nullement à l’ensemble.

Cet ornement signifierait, a-t-on dit, des enfants morts tout jeunes, enfants du personnage représentés par le gisant.

Ce ne peut être le cas pour Henri VII. A son décès en 1415, on le sait formellement, celui-ci n’avait plus aucun héritier. Son épouse, Philippine de SCHOONVORST, était décédée déjà avant juillet 1399. à cette dernière date, trois enfants lui restaient, Henri, Jeanne, Marie, mais des enfants assez grands ; ils mourront sans descendance avant leur père. En 1415, celui-ci était donc seul, depuis plusieurs années déjà.

Comment, dès lors, expliquer que sur sa dalle mortuaire, confectionnée après 1415, on aurait fait mention, ultérieurement encore, de motifs rappelant des enfants décédés combien d’années avant leur père ?

Toutes ces considérations nous écartent de l’opinion selon laquelle la dalle concernerait Henri VII.

Mais il semble bien plus plausible de penser ici à Henri VI.
Celui-ci laissait une épouse, Mahaut de THUIN, qui lui survécut de plusieurs années, et au moins un fils, Henri VII ; tous deux ont pu se préoccuper, de la sorte et normalement, de la tombe de Henri VII.

Telle qu’elle a été mise au jour l’an dernier, la dalle gisait sous une couche de remblai, dans le chœur de l’ancienne église, près de l’autel ; sa disposition permet d’admettre qu’elle avait déjà été déplacée, avant d’être recouverte par le remblai, et pour servir à un usage autre que celui de couverture d’une tombe.

De ce fait, il y a lieu de déduire qu’elle ne se trouvait à cet endroit, invisible, depuis la construction de l’église en 1715.
Or, voilà qu’elle nous revient dans son état du début du XVIIIe siècle, c’est-à-dire avec de l’usure par les pas et dépourvue de sa décoration métallique.

Quelle était cette dernière ? Cuivre, bronze, argent ?

Quel serait le motif de sa disparition ? On peut émettre sans doute, à ce propos, plusieurs hypothèses.

Il ne serait pas exclu, croyons-nous, de penser qu’il s’agirait ici de faits de rapines et brigandage militaires.
Précisément, notre région a souffert, au début du XVIIe siècle, de bandes armées hostiles au culte catholique. N’a-t-on pas vu, en 1636, les Hollandais brûler la maison pastorale de Vielsalm et interdire la célébration de la messe dans l’église de Salm ? Et en 1631, d’autres bandes piller l’église de Saint-Martin (Bovigny) et la chapelle de Courtil ? Tant d’actes de violences ont été commis au siècle de malheur !

Le plan d’aménagement de la nouvelle église de Vielsalm et de ses abords comporterait, paraît-il, l’utilisation de la vieille dalle funéraire d’Henri VI. Elle serait encastrée dans l’un des murs de la tour.

Ce serait là une belle réalisation. Elle conserverait à Vielsalm, qui en a tant perdu, un beau vestige du passé.

Gaston REMACLE