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jeudi 11 mars 2010

Sire Dupont.

(publié dans « Pays de Salm » le 2 mars 1958)

Pierre François DUPONT est né le 27 mars 1726 au pays de Laroche, d’après certains. Ses parents, châtelains, possédaient armoiries et blason et seraient originaires d’une bourgade de Carinthie.
Mais si nous en croyons une biographie du R.P. LEMAIRE, Jésuite, cette assertion est totalement légendaire, car c’est bien à Bra-sur-Lienne qu’il vit le jour.
Son père Jean-Baptiste DUPONT (ou du PONT) avait épousé Françoise LEONARD, de Villettes.
Dieu bénit cette union car Pierre-François se fit prêtre, ce qui vint compléter le nombre de quinze prêtres, religieux et religieuses que cette famille donna à l’Eglise en moins d’un siècle.
Bachelier en théologie, Sire DUPONT est nommé bénéficiaire en l’église de La Roche en 1747. En 1749, il est nommé curé de Bra où il succède à Jean-Jacques de HARLINVAL.




L'église de Bra.


Il aurait voulu, écrit le R.P. LEMAIRE, achever l’œuvre de son prédécesseur et construire une nouvelle église conçue dans le style du nouveau chœur, mais sa bonne volonté vint échouer devant l’inertie de la plupart de ses paroissiens dont il ne sut peut-être pas conquérir l’affection, assez pour les rendre généreux au gré de ses désirs.
Cette œuvre capitale ne fut possible qu’après son départ de Bra et par son successeur immédiat.
Pendant les neuf années de son pastorat, il fut souvent en procès avec plusieurs de ses paroissiens qui, contre toute justice, se refusaient à payer les dimes auxquelles il avait droit et que sa conscience lui faisait un devoir de maintenir comme une obligation dont il aura à répondre à ses supérieurs et à son successeur. D’autres procès eurent lieu pour amender certains paroissiens à prendre leur part dans les frais qu’entrainait l’entretien du presbytère, de l’école, etc. …
Nommé curé à Lierneux, en 1758, il succéda au Révérend Messire Gilles-François GERKINET, protonotaire apostolique, ci-devant conseiller et secrétaire particulier du prince sérénissime de LOUVENTEIN, décédé le 24 octobre de la même année.




L'église de Lierneux.

Dans sa nouvelle paroisse, sire DUPONT ne trouva pas plus de tranquillité, car les paroissiens de Lierneux se montrèrent à son égard pour le moins aussi peu accommodants que ses impatients et derniers ouailles.
On avait cru que tous les hommes de bonne volonté se rangeraient à ses côtés. La charge était lourde, certes, et il méritait qu’elle soit allégée, et une fois de plus, il ne fut pas répondu à son attente.
Les archives paroissiales témoignent que c’était l’homme prêt à se sacrifier pour la cause de Dieu et du prochain.
Il soutenait l’affligé, encourageait l’abattu, calmait la souffrance du malade et jetait la semence de la vertu dans tous les cœurs.
Il avait pris possession de l’église de Lierneux, qui devint la sienne, et il y était entré avec confiance. L’union, hélas, ne fut pas parfaite entre le pasteur et les fidèles.
Le cœur qui n’avait battu que pour Dieu, l’Eglise et le bien de ses frères se paralysa. Les portes de l’Eternité s’étant ouvertes devant lui, son âme alerte remonta à sa source. Ce prêtre modeste et dévoué mourut saintement le 5 février 1788.
Honorons sa vénérable mémoire.
La pierre sépulcrale était jadis encastrée à droite de l’autel, côté de l’Evangile, en l’église de Lierneux. C’est là que fut placée la porte de la nouvelle sacristie lors de la construction et depuis, la pierre fut placée dans l’ancienne contre le mur et entre les deux fenêtres de l’abside. Des signes bizarres et des armoiries sont incrustés dans la pierre. Nous n’en avons pas découvert le sens.
Elle a été sauvée de la destruction et mise en lieu sûr.




Quand à l’inscription, elle est conçue comme suit :
Illic Jacet Rdus admodus Dnus P.F. Dupont Natus 20 martis 1726 S. Théollovanis Bacc. Etinec Lesia Rupensi benefidiatus 1747 Bus Byter et pastor in braa 1780 Requiescat in pace.

Traduction :
Ici repose
Le très révérend Monsieur P.F.
Dupont, né le 27 mars 1726
Bachelier en théologie
Bénéficiaire en l’église de La Roche
En 1747, prêtre et curé de Bra 1758
Est mort le 5 février 1788
Qu’il repose en paix.

C. PIERARD

vendredi 25 décembre 2009

Les Six Sacrements du curé Hasech.

(publié dans « Reflets du Luxembourg », le 10 novembre 1960)

En ce temps-là, la paroisse de Gouvy, ci-devant pays de Liège, était administrée par l’abbé Hasech. Les habitants de cette localité vivaient heureux. Il s’agissait d’une félicité mineure, comme peut s’en composer une population villageoise qui se livre à la culture du seigle et de l’épautre, à l’élève du bétail et au bûcheronnage.

Ce curé était très vieux. On lui attribuait quelque 116 ans. En tout cas, il était arrivé à Gouvy en l’an de grâce 1426. C’est dire qu’il y était depuis 93 ans. Que personne ne se récrie ! Des cas pareils de longévité étaient alors moins rares que maintenant. Dans ses Mémoires d’Outre-Tombe, Chateaubriand relate que vivait à Dieppe, en 1645, une dame Gauchie, âgée de 150 ans.

L’abbé Hasech possédait bel air et bonne mine. Il restait droit, allait d’une démarche assurée, faisait preuve de sens très aigus et d’un esprit parfaitement lucide.

Un jour de mai 1519, alors qu’il se livrait à ses dévotions quotidiennes, il vit entrer son doyen. Le visiteur venait l’avertir que Mgr le Prince-Evêque, se rendant en Allemagne à la fin du mois, ferait halte à Gouvy. Le vénérable pasteur qui n’avait plus vu le prélat depuis son ordination, s’étonna de cette nouvelle. Il demanda : « Qui est évêque, maintenant ? »
— Le prince Erard de la Marck, répondit le doyen.
— Est-ce un jeune ou un vieux ?
— Il y a quelques années qu’il préside aux destinées de la principauté. D’après ce que je peux juger, il ne doit pas avoir atteint la cinquantaine.
— C’est jeune, Monsieur le Doyen, c’est jeune pour assumer une charge semblable ! Et que viendra-t-il faire ici ?
— Il sera de passage et il aime, là ou il s’arrête, à rendre visite au curé.

Erard de la Marck avait la réputation d’être un réformateur sévère. Mais il ne possédait pas partout des pouvoirs suffisants de correction ou de juridiction, à raison d’anciens privilèges obtenus par les clercs. Il nourrissait néanmoins l’espoir d’aboutir un jour à l’autorité nécessaire. Aussi, au cours de ses voyages, s’arrêtait-il volontiers chez les ecclésiastiques de tout rang, afin d’enquêter sur les mœurs et le savoir des prêtres en prévision des réformes qu’il préparait. Son principal souci était la doctrine. Il redoutait l’ignorance, en un temps où le dogme commençait à être interprété fort lâchement. Quoique plusieurs cures fussent vides de titulaire, il préférait voir une paroisse sabs desservant que de la savoir aux mains d’un ignare ou d’un indigne. Ayant appris que le plus vieux curé de la principauté était l’abbé Hasech, il estima qu’un prêtre de cet âge devait rentrer en enfance. Aussi résolut-il, à l’occasion de sa mission en Allemagne, de rendre visite à ce vieillard, de lui imposer un examen dogmatique et de lui faire comprendre, en cas d’insuccès, que le moment de l’effacement était venu pour lui.



Quand il apprit la date de la visite du prélat, bien qu’il eût passé l’âge des grandes émotions, l’abbé Hasech s’affaira. Au lieu d’attendre le prône du dimanche pour dire la nouvelle à ses paroissiens, il prit sa canne et son chapeau et s’en alla de porte en porte et tint à peu près ce langage à ses ouailles : « Le 30 mai, Mgr le Prince-Evêque sera parmi nous. Or, il y a 93 ans que je vous administre les sacrements des vivants et des morts, au nom du Père, du Fils et du St-Esprit. Vous avez toujours accepté que je le fasse pro deo, car il vous est arrive très souvent d’oublier mon casuel. Je ne vous en fais pas le reproche, pas plus que je ne me plains de ceux qui, subrepticement, charruaient dans mon douaire. La dîme que vous me devez se réduit à peu de chose, parce que je ferme les yeux sur vos erreurs de poids et de qualité. Aussi, suis-je fort dépourvu. C’est pourquoi je sollicite votre concours, afin de recevoir dignement le chef du diocèse ».

Les villageois ignoraient ce qu’était un évêque. Ils connaissaient un peu le Pape comme chef de l’Eglise universelle et considéraient qu’entre leur pasteur et Jésus-Christ n’existait que le Souverain Pontife. Mais, puisqu’il était avéré que dans la hiérarchie ecclésiastique se trouvait un autre dignitaire, ils promirent au curé de faire les choses au mieux.

Des ouvriers bénévoles se présentèrent au presbytère pour badigeonner les murs. D’autres s’attachèrent à mettre l’église en état. Ils débusquèrent les hiboux, arrachèrent les nids d’oiseaux, remplacèrent les carreaux cassés. Des femmes frottèrent les bancs, lavèrent la Ste-Vierge et les autres saints…

— Ah ! dit l’abbé Hasech, je ne savais pas que mon église fût si sale. Prenez garde, vous allez me prolonger la vie, car je n’aurai nulle envie de la quitter si vous me faites un tel paradis sur la terre.
Comme il gênait dans ce travail, il était délogé de tous les coins où il se réfugiait. Aussi fit-il le tour de ses confrères et s’enquit auprès d’eux des mœurs épiscopales. Il revenait chaque soir un peu plus savant, ayant appris de l’un ce que l’autre ne savait pas.
Dans la dernière semaine, les paysans affluèrent à la cure. Ils apportèrent des mottes de beurre, des œufs, de la farine, des poules dodues, et des quartiers de bœuf. Anatole Balas se mit à brasser de la nouvelle bière. Guillaume Lantremange apporta du vieux vin de myrtille. Arthur Bragard offrit le miel pour les gâteaux. Puis, aux deux derniers jours, les garçons allèrent aux mais et les filles aux fleurs des champs.

La grosse affaire était la confection d’un nouvel habit pour le pasteur. Depuis trente ans, il répétait : « A mon âge, on ne se fait plus couper un nouveau vêtement ». Mais Clémence, la tenace servante, voulait que son maître prît mesure. Gaston Lardinois et sa femme vinrent donc avec une nouvelle pièce de drap procéder aux mensurations.

Enfin, la veille de la fête, Lucien Larcot, maréchal ferrant de son état, mais qui barbifiait aussi les vivants et les morts, passa avec des ciseaux et un rasoir, fit tomber les favoris du visage de l’abbé et le rajeunit, en lui taillant à mesure sa barbe et sa moustache.
Le lendemain, l’abbé fut debout de grand matin. Ignorant si un évêque se levait tôt ou tard, il revêtit tout de suite son pourpoint orné d’un col à rabat blanc avec liséré noir. Les chausses de sa culotte bouffaient au-dessus des genoux, mais il portait des jarretières neuves et de si belles boucles d’argent sur des chaussures reluisantes, qu’on l’eût pris pour le curé le mieux mis de la chrétienté.

Il attendait, assis sur le banc devant le presbytère, le bon vouloir de Monseigneur. Il avait dépêché Colas Maréchal sur la route de Vielsalm. Le paysan, chevauchant un petit cheval vigoureux, était chargé de venir annoncer l’arrivée de l’évêque. Le curé regardait aussi loin que sa vue put porter sur la route de poussière grise. Mais là, comme dans la campagne, c’était la grande et calme sérénité du printemps qui déployait ses fastes dans le chant des alouettes et le parfum des fleurs.

— Il se fait attendre, dit en passant Victor Jacquemart.
— Il va arriver, répondit l’abbé, l’heure du repas approche et je ne connais pas de gens de ville qui n’y songent quand ils se rendent dans un village.

A peine eut-il prononcé ces mots que l’on vit la monture de Colas Maréchal revenir ventre à terre. De loin le cavalier faisait des signes, manifestant ainsi l’imminence de l’événement. Le galop du cheval avait fait sortir les paysans qui se placèrent entre les bannières de feuillage platées le long de la chaussée. Alors, les cloches se mirent à sonner et on vit apparaître en grand arroi, l’équipage de Monseigneur le Prince-Evêque.

Le prélat descendit de voiture. Entouré de ses chanoines et de ses gens, il avait grand air en s’avançant parmi la foule qu’il bénissait. Il alla ainsi jusqu’à l’église où, après une brève cérémonie, il adressa une allocution à ses bien aimés fidèles.

L’abbé Hasech reçut son évêque au presbytère, où la chair plantureuse fut arrosée de belle façon.
On a beau être évêque ou chanoine, les jours gras sont pour tout le monde et les plaisirs de la table sont salutaires pour compenser la disette des temps de jeûne et d’abstinence !

La bière locale parut délectable aux visiteurs. Le vin cependant fit à ce point merveille, qu’une parabole sur la vigne du seigneur allait être racontée par un jeune clerc, qui passait pour le secrétaire du prince. Mais celui-ci ne badinait pas avec la dignité, aussi prévint-il les convives que l’heure du départ arrivait. Avant de sortir, il dit en s’adressant à l’abbé Hasech : « M. le desservant, j’ai à vous parler ».
— Comme il vous plaira, Monseigneur.

Le vieux prêtre conduisait le dignitaire dans une petite pièce austère, garnie d’un Christ et de quelques meubles de bois blanc. L’évêque, après avoir fait compliment au curé sur sa verte vieillesse, le remercia pour son hospitalité, puis lui dit sans détour qu’il était venu pour lui faire subir un examen doctrinal.

— Monseigneur, répondit l’abbé, ne vous semble-t-il pas que j’aie passé l’âge des études ?
— Ne dites pas cela, M. le Curé, un bon prêtre se doit d’avoir toujours présents à l’esprit la doctrine et le dogme.
— Oh ! pour cela, dit le pasteur, je pense, sans trop me vanter, connaître les vérités de la foi, les vertus théologales, le Décalogue, les fins dernières de l’homme et toutes les prières usuelles.
— Mais c’est très bien, M. le Curé, alors il vous sera facile de me dire combien il y a de sacrements ?
— Il y en a six, Monseigneur.
— Vous êtes sûr de ce que vous dites ?
— Absolument certain.
— Alors, énumérez-les moi.
— Le Baptême, la Pénitence, l’Eucharistie, l’Extrême-Onction, l’Ordre et le Mariage.
L’Evêque fit une moue sévère et commanda cavalièrement :
— Allons, dites-moi vite celui que vous avez oublié.
— Excusez-moi, dit l’abbé Hasech, mais je n’en oublie pas.
— Dois-je comprendre que vous êtes de ces hérétiques qui nient la divinité du St-Esprit ?
— Dieu m’en garde, Monseigneur ! Je sais qu’il est le grand méconnu de la sainte Trinité, mais je célèbre avec ferveur la fête de la Pentecôte. Mes paroissiens en font autant. J’invoque l’Esprit-Saint tous les jours dans mes oraisons et je le cite chaque fois que je fais le signe de la croix.
— Alors, vous devriez savoir qu’il est un sacrement qui s’appelle la Confirmation.
— Que Monseigneur me pardonne, je croyais que la Confirmation n’existait plus, il y a au moins 93 ans qu’elle n’a plus été administrée à Gouvy.
L’Evêque se mordit les lèvres, puis il prit le parti de rire de l’humour du curé Hasech, lui promettant qu’à l’avenir il y aurait sept sacrements à Gouvy comme ailleurs.

Usmard LEGROS

dimanche 20 septembre 2009

Une heure avec le curé de Bihain.

(publié dans L’Annonce de Vielsalm, le 3 février 1952)

En septembre 1901, après quelques années de professorat à St-Louis et un stage de vicariat à Couvin, M. l’abbé F. CLAISE était nommé curé de Bihain.
Né à Rogery en 1871, sur la rive droite de la Salm, il connut dès sa jeunesse le recueillement des longs hivers, les brouillards, la neige et le froid. Les fagnes de Bihain ne l’effraient pas. Il y travaille pendant 50 ans et c’est là que bientôt ses paroissiens et ses amis célébreront son jubilé de pastorat.

Passé les rochers chaotiques du val de Salmchâteau, la route de la Baraque Fraiture monte vers la région des Fagnes. Très vite se révèle l’âme d’un autre monde. Durant la longue saison des brumes hivernales, ou, en juin, dans le moutonnement des houppes soyeuses des linaigrettes, ou encore devant les mauves tapis de bruyère et de tourbe, le rêve du voyageur flotte par-dessus l’immense solitude sauvage qui s’étend entre Regné, Hébronval, Bihain, Petites Tailles et la Pisserote. De cette étendue se dégagent l’effroi, le mystère et la mort.
L’œil n’y découvre aucun repère. C’est l’anéantissement, l’effort inculte des courts mois d’été dans le sourire éphémère et les multiples regards d’une étrange flore subalpine.
Dans cette lande déserte, entre 600 et 614 m. d’altitude, est blotti dans un bouquet d’arbres le presbytère de Bihain. Vieille maison ramassée sur elle-même, aux murs épais, îlot paisible entouré d’une mer de lichens. Partout l’eau dort entre l’argile et le gazon. Derrière la grille du jardin, une pelouse bien tondue, des parterres de fleurs, des rideaux frais aux fenêtres, une porte massive, c’est l’entrée accueillante et grave de la demeure d’un patriarche.
Au salon, murs, armoires, appuis de fenêtres et de cheminées, tout, jusqu’au vieux bahut de chêne, rappelle les souvenirs d’une longue vie : portrait de l’abbé BODSON, chanoine à 96 ans, ancien curé de Rogery, qui vers 1883, initia le petit François aux secrets de la langue de Cicéron ; photos des séminaristes de Bastogne d’avant 1900 ; figures des Papes, de Pie IX à Pie XII, des évêques de Namur, de nombreux confrères, et surtout une multitude de Vierges, statues rapportées de pèlerinages variés, Vierges de Belgique et de France, et, à la place d’honneur, N.-D. de Lourdes, où il fut onze fois.
Un voyage à Lourdes ? D’un pas menu mais toujours alerte, M. le curé s’en va vers l’armoire-bibliothèque, en retire un grand registre : le livre de comptabilité journalière tenu depuis son arrivée à Bihain. La vie était rude en 1901. Ennemi des dettes, le jeune prêtre dresse chaque jour le bilan des dépenses et des recettes. La lecture des premiers feuillets de ce document financier évoque un temps de petits sous péniblement gagnés et parcimonieusement dépensés.

En 1905, Bihain-Lourdes, aller-retour : 62 fr. ;

La pension complète à l’Hôtel du Sacré-Cœur, eau chaude et ascenseur : 7 fr. ;

La façon d’une soutane avec doublure et boutons : 14 fr. ;

des chaussures chez GABRIEL, à Vielsalm : 14 fr. ;

Des bottines en veau, tout ce qu’il y a de chic, chez CABUS, à Namur : 15,40 fr. ;

1 litre de lait :0,20 fr. ;

1 kilo de café avec 6 œufs : 1,40 fr. ;

pour un dîner de fête où rosbeaf, saucisson, jambon étaient servis copieusement à une douzaine de personnes la note se monte à 9,50 fr. ;

9 000 ardoises de Ville-du-Bois, voiturage compris : 429 fr. ;

4 gros poèles de Couvin avec 30 p.c. de réduction 169,50 fr. ;

chez LECROMBS, à Rogery, 4 gros jambons fumés : 50,60 fr. ;

Un abonnement de 5 jours sur tout le réseau belge : 14,50 fr. ;

Chez MATHURIN, à Houffalize, 6 paires de bas : 11,90 fr.

Un chapeau castor : 16 fr.

2 poulets : 16 fr.

2 tonnes de charbon rendues à domicile : 70 fr.

On allait à Liège pour 2,50 fr.

Un permis de chasse : 45 fr.

Canards, lièvres, grives, sangliers et chevreuils relevaient parfois le menu de la cure.

La misère était grande dans cette paroisse ouvrière des Fagnes. Avec 250 fr. de traitement trimestriel et 2 fr. d’honoraires par messe, le curé s’ingéniait à équilibrer son budget. Ce n’était pas facile. Après s’être fait architecte, il passa manœuvre à la construction de son église.

Les docteurs MICHAUX, LEGROS, de Vielsalm, LEJEUNE, de Lierneux, visitaient rarement, à pied ou à cheval, ce village sans téléphone et rues d’accès. Ils furent tout heureux de trouver en l’abbé CLAISE un homme expert dans l’art d’Esculape, d’un diagnostic quasi infaillible, habile dans le choix des remèdes et dans les premiers soins à donner aux malades.
Le presbytère se transforma en pharmacie. Son curé acquit la réputation d’un médecin des âmes autant que des corps.

Il est un prêtre aimé, le savant que l’on consulte, le guérisseur qui distribue gratuitement la santé, le bâtisseur de la Maison de Dieu et du peuple. Peuple d’ouvriers qui, pendant 10 et 12 h. par jour, pour un salaire de 2,50 fr. peinaient dans les carrières ou s’acharnaient sur une terre souvent ingrate.

En 1901, Bihain compte 509 habitants. Jusqu’en 1914, l’exploitation des pierres à rasoir, sous la direction d’ingénieurs bavarois, occupe une partie des ouvriers de la région. Les autres découpent la tourbe des Fagnes et la vendent 25 fr. le chariot.
L’invasion d’août 1914 cause à Bihain une catastrophe dont les répercussions se ressentent encore aujourd’hui. La plupart des carrières sont abandonnées le matériel inondé et les galeries effondrées. Après 1919, impossible de les remettre en état ni de récupérer leur matériel. Des familles entières sans gagne-pain se résignent à l’exode. La guerre de 1940 accentue plus douloureusement encore le malheur de 1914. L’offensive des Ardennes réduit en poussière une partie du village. Dans les quelques carrières restées actives, la pierre se fait rare, le prix d’extraction ne permet plus de concurrencer sur le marché les pierres artificielles. Sans maisons, sans meubles, à quoi bon rester dans un village aussi déshérité ? On part vers les grandes villes : Liège et Verviers ; les jeunes hommes se casent dans les douanes, la gendarmerie et autres services administratifs.

« Ma paroisse, me dit le Curé, n’a pas péri du fait de la dénatalité. Elle compte des familles de 10 et 12 enfants. Il n’y a plus de travail pour eux ici. Le lendemain de leur mariage, les jeunes hommes s’en vont ailleurs. À 90 ans, je deviens le curé d’une colonie de vieux célibataires ».

Les Fagnes ne nourrissent pas les hommes. En un demi-siècle, Bihain est passé de 500 à 260 habitants.
L’abbé François CLAISE ne désespère cependant pas de l’avenir de Bihain. L’œuvre de ses 50 ans de pastorat n’a pas été vaine. Animé d’un véritable esprit social, il a changé la mentalité qui régnait dans sa paroisse avant 1900. Il est l’ancêtre. Les gamins qui écoutèrent ses premières leçons de catéchismes ont aujourd’hui 60 ans. Il est demeuré au milieu d’eux, ses ouvriers, ses paysans, ses Fagnards, les conseillant, les soulageant, leur donnant Dieu.

Les festivités de son jubilé de 50 ans de pastorat sont remises à plus tard. Le Curé n’a pas voulu quitter les siens avant que sa tâche ne soit achevée. Il a voulu que sur l’immensité morne des Fagnes, l’église de Bihain s’élève toute renouvelée, lumineux témoin de la Vie.



A.E.D.

Les funérailles de M. le curé de Bihain.

(publié dans L’Avenir du Luxembourg, le 4 avril 1952)

Mercredi matin, à Ville-du-Bois, dans la chambre funéraire, dans le cortège, à l’offrande pendant la messe, près de huit cents personnes sont venues témoigner à M. le Curé de Bihain leur reconnaissance. N’avait-il pas été le prêtre aimé de tous ? Et c’est son caractère sacerdotal et uniquement celui-là qu’il avait demandé qu’on rappelle à ses funérailles.

Sur son cercueil et au pied du catafalque, on ne voyait pas les innombrables décorations dont il avait été gratifié à juste titre pendant les hostilités de 1914-1918 et 1940-1945. Son patriotisme avait toujours été marqué de cette grandeur qui exclut la haine mais se dévoue jusqu’au risque de la vie pour la sauvegarde des libertés traditionnelles. On ne voyait pas non plus les centaines de lettres de gratitude qu’au cours de sa longue carrière il avait reçues de ceux qui lui devaient la santé du corps, un secours d’argent ou l’octroi d’une situation.
Seuls, la chasuble, l’étole, le calice, le bréviaire et la barrette rappelaient ce qu’il avait été avant tout : un prêtre, et un saint prêtre, qui, dès 1901, apportait dans ses contacts avec les hommes un sens social, plutôt rare à cette époque et qui pouvait paraître audacieux.

Dans le chœur de l’église, avait pris place Mgr Van ZUYLEN, évêque coadjuteur de Liège, un grand ami du défunt, qui avait passé les années de sa jeunesse et ses vacances d’étudiant à la cure de Bihain.

Mgr l’Evêque de Namur était venu la veille à Ville-du-Bois prier près du corps de l’abbé François CLAISE, l’un des plus anciens curés du diocèse.
Derrière Mgr Van ZUYLEN, plus de soixante prêtres se pressaient : parmi les principaux : MM. les Supérieurs du Petit Séminaire de Bastogne et de l’Institut Saint-Remacle de Stavelot, MM. les Doyens d’Houffalize, de Vielsalm, de Barvaux, d’Erezée et de Stavelot. M. l’abbé LEGROS, inspecteur de l’enseignement diocésain.
Parmi les personnalités civiles : M. J. MERGET, député ; le comte Ch. de LIMBURG STIRUM, ancien sénateur et propriétaire de Bois Saint-Jean ; M. le baron Van ZUYLEN d’Argenteau ; des députés provinciaux, de nombreux bourgmestres, échevins et conseillers de la région.

Avant la messe, des degrés de l’autel, pour répondre à la volonté du défunt et au désir exprimé par la famille, M. le Doyen d’Houffalize remercia publiquement M. le curé de Regné qui avait assuré le service de la paroisse de Bihain pendant la maladie de l’abbé CLAISE, et M. le curé de Ville-du-Bois qui s’était dépensé jour et nuit au chevet de son nouveau paroissien mourant.
Il dit en quelques mots la sainteté du prêtre qui nous quitte, prêtre fidèle à sa foi, fidèle à son sacerdoce, fidèle à sa paroisse.
Fidèle à sa paroisse, l’abbé CLAISE a voulu l’être dans la mort. Né à Rogery en 1871, ayant aujourd’hui encore de nombreux parents dans sa paroisse natale et à Vielsalm, Ville-du-Bois, Commanster, Bovigny et Beho, il a choisi pour son dernier repos de cimetière de Bihain ; c’est là qu’il veut rester, parmi ceux qu’il a aidés à bien mourir pendant les cinquante et une années de son pastorat.
Après la messe, célébrée par M. le Curé de Ville-du-Bois, assisté des curés de Fraiture et d’Ottré, et un frugal repas terminé, le cortège funéraire prit la route de Bihain.
À l’église, M. le Doyen d’Houffalize chanta une dernière absoute.

Au cimetière, avant que le cercueil ne descende dans la tombe, trois discours furent prononcés. M. DACO, au nom du Conseil de Fabrique, rappela avec émotion comment l’abbé François CLAISE avait apporté pendant plus de cinquante ans, dans la solitude des Fagnes, la présence du Christ : il en avait refait les gestes, redit les paroles et, comme Lui, dévoré du zèle de la Maison de Dieu, avait construit, puis restauré après la tourmente de l’offensive, une belle église.

M. le Bourgmestre, au nom de la commune, exprima les regrets unanimes de la population de n’avoir pu célébrer, l’an dernier, le jubilé des cinquante ans de pastorat de l’abbé CLAISE. Et pourtant, quelle reconnaissance ses administrés ne lui devaient-ils pas ! Le curé de Bihain s’était fait tout à tous. Tous ses paroissiens étaient ses enfants. Tous l’entouraient de respect et d’affection. Son presbytère leur était ouvert. Les conseils éclairés sortis de la bouche de cet homme de Dieu ne seront jamais oubliés.
Un enfant de l’école et du catéchisme, au nom de ses petits compagnons, dit merci à celui qui, comme le Divin Maître, avait été l’ami des enfants.



La figure douce, souriante et cependant volontaire du curé de Bihain se détachant sur un fond de nuages bas et tourmentés, telle qu’on la voit sur la photographie parue mardi dernier dans « L’Avenir du Luxembourg » n’est pas prête de disparaître de la mémoire des gens de la vallée de la Salm et des hauteurs des Fagnes de Bihain. Ses parents savent que l’héritage de ce prêtre n’est pas fait de pièces que ronge la rouille et que mordent les vers. Sur le souvenir de ses 56 ans de sacerdoce et de son jubilé de 50 ans de pastorat à Bihain, il n’avait pas énuméré tous ses travaux ; une prière livrait tout son secret, l’amour de toute sa vie. […]

A.E.D.

samedi 19 septembre 2009

Notes historiques. Fraiture (3).

(publié dans Pays de Salm, le 11 juillet 1954)

Nous n’avons pas sous la main le chiffre de la population de Fraiture pour 1953. On comptait en 1940, 70 hommes et nonante femmes : total de 160 habitants.

En 1793, selon E. TANDEL, il existait trois laboureurs, onze maisons de première classe, treize de seconde, quatre de troisième.

En 1891 : 163 habitants ; 28 maisons, 25 laboureurs, un cordonnier, un couvreur, un fileur de laine, deux menuisiers, deux personnes hors d’état de gagner leur vie, et un membre du clergé séculier. 30 granges et 46 écuries.

À cette époque, la paroisse de Fraiture dépendait de Bihain et du décanat de Stavelot.

L’église date de 1763, la tour de 1830, le presbytère de 1849 et l’école de 1866. L’église, comme on le sait, a tout particulièrement souffert de la guerre, endroit où des combats d’une extrême violence se déroulèrent.



Après les évènements, on songea à restaurer l’édifice, mais on ne s’y appliqua qu’imparfaitement. Des plans ont cependant été dressés et soumis à la commission des monuments et des sites qui les approuva. Il s’agissait de conserver certains aspects de la tour assez originale.
Sur ce point, complet accord. Les travaux, nous dit-on, seraient entrepris au cours de cette année.

Le patron de l’église est Saint Hilaire de Poitiers dont la fête se célèbre le dimanche qui suit le 14 janvier.

On signale qu’il existait une chapelle au 17me siècle ; il y est fait allusion dans des actes de 1604 et 1704. C’est seulement depuis 1808 que Fraiture est le siège d’une paroisse.

Citons quelques vicaires ayant été en fonction avant cette date :

Jean Mathieu LÉONARD, de La Vaux lez Lierneux, en 1708.

Maître LÉONARD, de Regné, au commencement du 18me siècle.

Jean MICGAELIS, cité le 3 mai 1722.

Jacques François MACORPS, cité le 25 juillet 1726.

Pierre DECROTIER, cité le 30 juin 1733 et le 26 avril 1735, mourut le 27 janvier 1739 et fut enterré dans la chapelle de Fraiture.

Henri MARTINI, de Limerlé, cité le 19 septembre et le 23 novembre 1738, mourut le 6 décembre 1738 et inhumé dans la chapelle de Fraiture.

N. HEURAY, vicaire, 1740.

Jean CANARD, cité le 26 avril 1747 et le 20 mai 1758, mourut à Fraiture le 5 novembre 1770, à l’âge de 88 ans.

Henri LÉONARD, 1769 – 1777.

Jean Bernard GUILLEAUME était vicaire de Fraiture en 1781 et 1789.

Jean Lambert MINET, cité le 26 janvier 1795, dans un acte de baptême de Fraiture, était sans doute chapelain à cette date, etc.


À suivre.

HISTORIENS.

mardi 15 septembre 2009

Figures du temps passé. Les curés que j’ai connus.

(publié dans Ourthe-Amblève, du 28 mai 1976)

[Extrait :]

L’abbé Célestin GUILLAUME ne fut curé de Grandmenil que quelques années, un espèce d’intérimaire en attendant que le curé ROLIN qui était à Braibant revienne.
Célestin GUILLAUME naquit à Courtil-Bovigny en 1868. Il en imposait par sa haute stature mais surtout par son savoir. De souche terrienne, il était de race et, dès lors, à même de comprendre le paysan, de s’intéresser à sa vie, de parler son langage et de garder avec lui un contact sans effort.
Qu’on imagine l’influence énorme que peut avoir sur les Grandmenilois, la plupart cultivateurs, cet homme qui est de chez eux et qui pourtant leur est tellement supérieur. Car, c’est cette supériorité qui est la grande force du curé.
C’est dans nos villages ruraux, une élite intellectuelle et morale. Le curé est un homme qui a fait des études et surtout les plus fécondes et les plus proprement humaines.
Il est donc instruit et de plus c’est un philosophe et un théologien.
Tel était le curé GUILLAUME. Mais cette supériorité il ne la fit jamais sentir à ses paroissiens. Très affable et très complaisant, il gagna en peu de mois l’estime de toutes ses ouailles. Nullement rigoriste et moins encore janséniste, il avait des idées larges. Il est essentiellement le père de sa paroisse, l’homme désintéressé qui vit pour autrui et qui se fait tout à tous de nuit comme de jour. Avec lui, ses paroissiens réapprennent sans cesse le sens de leur vie de labeur et de difficultés. Aussi quand ceux-ci ont une confidence délicate à faire ou un bon conseil à demander c’est à leur curé qu’ils vont. Cela ils n’auraient jamais osé le faire avec son prédécesseur.
Ses sermons sont très compréhensibles. Aux jours de fêtes religieuses, à Pâques, à l’Ascension, à la Toussaint, à la Noël, etc., il soigne spécialement ses prédications. Ce qui fait dire aux Grandmenilois : « Notre curé prêche comme un évêque ». ces fêtes il sait les mettre en valeur. Je me souviens qu’une nuit de Noël, ses paroissiens furent agréablement surpris en entrant dans l’église à minuit de voir celle-ci éclairée à giorno au moyen de lampes vénitiennes de toutes les couleurs.



Et puis, le curé GUILLAUME était toujours original, toujours amusant même quand il était profond, et ce, sans en avoir l’air. En vrai ardennais, « ergoté » et matois, sa conversation ne manquait ni de piquant ni de saveur. Il était même quelque peu farceur. Voici une de ses meilleures farces.

La première année de son pastorat à Grandmenil, désirant savoir comment ses nouveaux paroissiens se comportaient à la « grande fête », il s’affubla, le soir venu, de son caban avec capuchon et gagna par « la rouale » — qui existe toujours — le café BOSMAN à proximité duquel étaient installés, pour la ducasse, les « chevaux de bois ».
Là, dans la pénombre créée par la lanterne du carrousel, il accosta Alphonse D. Se faisant passer pour une jeune fille d’un village voisin, il lui proposa de faire une promenade, aller et retour, jusqu’à Manhay. Chemin faisant, il se fit raconter en détail comment les Grandmenilois fêtaient leur patron Saint Maurice.

Revenus à l’endroit dont ils étaient partis, quels ne furent pas l’étonnement et la confusion d’Alphonse D. quand l’abbé GUILLAUME lui dit que la promenade nocturne, il l’avait faite en compagnie de son curé.

En agissant de la sorte, le nouveau curé avait moissonné de la matière pour ses sermons de plusieurs dimanches.
L’abbé Célestin GUILLAUME a publié :
« Le Monde des Esprits » (Paris 1910) et « L’Ardenne satanique » (Walcourt 1915) sous le pseudonyme I. SYLVAN.
« Nos malades et nos trépassés » (Tamines 1910)
« Données générales de l’histoire et de la toponymie appliquées à notre Luxembourg-Nord » (Arlon 1911)
« Hubert-Joseph Debra, curé à Bovigny et son école latine 1834-1878 » (Namur 1926)
« Au bord de la Salm : dissertation toponymique » (Namur 1935)

Après avoir été curé de Burtonville-Vielsalm jusqu’en 1930, l’abbé GUILLAUME prit à charge le vicariat de Courtil. C’est là qu’il mourut, en 1944, lors de l’offensive von RUNSTEDT après avoir été maltraité par la soldatesque allemande.

A. JACOBY

dimanche 13 septembre 2009

Au temps du bon doyen Paquay.

(publié dans le Bulletin paroissial de Salmchâteau, 1960)

(Jean-Guillaume PAQUAY, né à Neuville le 8.3.1788, décédé à Rencheux le 10.7.1860, curé-doyen à Vielsalm de 1827 à 1853).

En ce temps-là, Mr le doyen PAQUAY avait un sacristain du nom de Pépaix, type farceur, dont les grosses blagues sont restées légendaires dans le val de Salm.

Il arrivait à Pépaix d’actionner les cloches intempestivement, sans ordre ni motif, au beau mitan du jour. Mr le Doyen accourait dare-dare pour tomber à bras raccourcis sur le sonneur, mais celui-ci avait chaque fois déjà pris le large.

Une fois, le révérend PAQUAY crut bien pouvoir enfin donner une rossée d’importance à l’incorrigible Pépaix. Il crut bien, en effet, le surprendre, dans le « trou aux cloches », encore soulevé par la corde du gros bourdon lancé à toute volée.
Mais la gifle, rageusement donnée au bon moment, ne lui arracha à lui-même qu’un cri de douleur … Il venait de frapper la statue de saint-Gengoux, que Pépaix avait traitreusement pendue à la corde.

Quant à Pépaix, il resta introuvable.

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Mr le doyen PAQUAY a veillé fort tard. Le lendemain matin, il pénètre à l’église, les yeux encore alourdis de sommeil. Il aperçoit vaguement le rideau de son confessionnal, côté des pénitents, un peu relevé.

« Pour sûr, c’est encore la vieille Honorine qui veut se confesser ! ».

De mauvaise humeur, il serait temps de dire la messe, Mr le Doyen pénètre au confessionnal. Un peu sourd, il n’entend rien de la confession de sa pénitente. Mais ce n’est pas tellement grave, il en connaît par cœur le répertoire, todis comme todis.

Mr le Doyen impose la pénitence habituelle, lève solennellement la main droite, et, pieusement, récite la formule d’absolution. Puis il sort.

Mais Honorine, elle, reste au confessionnal.

Intrigué, Mr le Doyen s’approche et s’aperçoit avec stupeur qu’il vient, lui, pauvre pécheur, d’absoudre … la statue de la Vierge Immaculée que Pépaix, le sacristain, occupé au grand nettoyage, avait remisée la veille au confessionnal en attendant de la remettre à sa place.


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En ce temps-là, Pépaix habitait La Comté.
Un jour, il revenait de Vielsalm avec son « clitchet » que traînait cahin-caha son vieux bœuf Arbijou.

Sur le clitchet : deux douzaines d’ardoises, une livre de gros clous, un bon morceau de zinc, peu de chose en somme, mais assez tout de même pour justifier l’usage du clitchet. Ah, j’allais l’oublier, il y avait aussi un kilo de tabac, « del balance ».

Arrivé au bas de la mauvaise « gripette » qui introduit à La Comté, Arbijou (1), dont l’humeur capricieuse était connue de tout le village, fatigué de la promenade, Arbijou refusa net de tirer plus longtemps.

Après bien des palabres inutiles, Pépaix s’attela en tête du convoi et, courageusement, sous les regards narquois de ses concitoyens, entraîna le bœuf et le clitchet.

Inutile de vos dire qu’il dut, à plusieurs reprises s’arrêter pour reprendre haleine. Au dernier démarrage, alors qu’il ne restait plus que la traversée du village, Arbijou manifesta quelques velléités de reprendre le harnais, mais Pépaix se retourna furieux et lui jeta à la face : « Trop tard, valet, ti l’as volou, ti magn’rais ti honte djusqu’al copette ».

La leçon était dure pour Arbijou, mais les cœurs de lion sont les vrais cœurs de père.

(1)Arbijou : de âr (hâr) et bijou. Bijou est l’un des noms souvent donnés à une bête de trait. âr (ou hâr), terme usité couramment pour inviter l’animal de trait à virer à gauche.


Ndlr:

Republié par G. REMACLE dans un journal le 13 janvier 1963.

vendredi 4 septembre 2009

Ville-du-Bois. Ses prêtres.

(publié dans l’Annonce de Vielsalm le 6 octobre 1946)

En ce mois d’octobre, il y a 26 ans qu’arrivait à Ville-du-Bois, pour y desservir la paroisse, M. le Curé LEFEBVRE.
Un quart de siècle, cela compte.
Les vingt six ans de pastorat de M. le Curé LEFEBVRE prennent une belle place dans la série de prêtres ayant exercé les fonctions sacerdotales dans la paroisse. C’est pourquoi nous croyons l’occasion bonne de donner le relevé des prêtres qui ont présidé spécialement à la vie religieuse de cette localité.

C’est seulement depuis 1842 que le village constitue une paroisse propre.
A cette date, Ville-du-Bois est distrait de la paroisse de Vielsalm dont il faisait partie depuis 1803, et son église était érigée en succursale.

Avant 1803 et pendant des siècles, Ville-du-Bois avait été une des localités de la paroisse de Salm. Celle-ci occupait tout le territoire allant de Cierreux à Poteau et de Commanster à Grand-Halleux ; l’église et le presbytère se trouvaient à Vielsalm.
La plus ancienne citation de la paroisse de Salm date de 1131. toutefois il y a lieu de penser qu’elle remonte à l’époque caloringienne. Son origine serait antérieure à celles du comté de Salm et de Vielsalm. Quoiqu’il en soit, pour l’instant il s’agit seulement de rappeler les prêtres connus qui ont particulièrement reçu en charge les intérêts spirituels des habitants de Ville-du-Bois.

Le premier était Sire Jean-Pierre DECROTIER, originaire de Mont-le-Ban et fixé à Ville-du-Bois dès 1767. Il y restera 34 ans.

Les circonstances de sa venue méritent d’être signalées. Vers le milieu du XVIIIe siècle, les habitants de Ville-du-Bois jugèrent que leur communauté « fort grande et peuplée » méritait bien une chapelle et un prêtre la desservant en permanence. Ils entreprirent à cet effet des démarches auprès de l’autorité civile et de l’autorité religieuse. Et sans même en attendre le résultat, on bâtit. La chapelle érigée, l’autorité dut bien reconnaître le fait. Il y a lieu de penser que le Curé de Salm, Sire Laurent MARTINY, n’était pas hostile à l’entreprise. Bref, l’Abbé DECROTIER, vicaire à Vielsalm, fut chargé des fonctions sacerdotales à Vile-du-Bois. Il tint également école pour les enfants de la localité.

La fin de sa carrière rencontra l’hostilité du Régime français. Les Sans-culottes s’étaient installés dans la région en 1795. dès 1796, surgirent des difficultés religieuses, notamment avec le Curé de Salm, l’Abbé BARTHELEMY, qui est obligé de s’enfuir. Pressé de prêter le fameux serment de haine à la Royauté et à l’anarchie, l’abbé DECROTIER refuse ; en conséquence, le presbytère doit être mis sous séquestre.

L’attitude du prêtre ne manqua pas d’influencer celle de ses ouailles. Ville-du-Bois ayant été érigée en commune, son agent et l’agent-adjoint démissionneront plutôt que de prêter aussi le serment. En guise de protestation, la localité diffère même de tenir les assemblées primaires et de faire le nécessaire en matière d’impôt. La résistance fut vive, comme en d’autres localités voisines d’ailleurs.
Elle cédera, mais devant la menace, celle d’envoyer des garinsaires dans les maisons du village.

Après le fameux coup d’Etat de Napoléon en 1799, le serment exigé fut remplacé par une simple promesse de fidélité à la constitution nouvelle. Le 20 janvier 1800, l’Abbé DECROTIER fit à Vielsalm la promesse demandée.
Il mourut le 13 octobre 1801 à Ville-du-Bois.

Lui succéda le R.P. THIMOTEE prémissaire et écolâtre.

Puis l’Abbé François REUCHENBERG, cité dès 1805. il était natif d’Aix-la-Chapelle. Il est mort à Ville-du-Bois, à 50 ans, le 5 septembre 1816. sa pierre funéraire se trouve encore actuellement au cimetière de Vielsalm.

Vient après lui l’Abbé GUILLAUME, de 1818 à 1823. c’est lui qui notait que parmi les devoirs du vicaire figure celui de « tenir les écoles en hiver ».

Puis l’Abbé Paul COLLIN, de 1824 à 1833. lui aussi s’occupe de l’instruction des enfants. En 1828, lorsque l’Asministration communale de Vielsalm établira une école primaire à Ville-du-Bois, c’est l’Abbé COLLIN qui est nommé instituteur.

En 1833, il est remplacé par l’Abbé KELLEN, précédemment à Burtonville. Celui-ci restera jusqu’en 1843.
En 1842, Ville-du-Bois étant érigé en paroisse, M. KELLEN est nommé premier administrateur.

Vient alors l’Abbé PONDANT, curé pendant 18 mois, de 1843 à 1845.

Ensuite l’Abbé GROGNA, 18 mois également, jusqu’en 1847.

M. l’Abbé WATHELET, originaire de Vielsalm, arrive le 19 octobre 1848. il restera 26 ans, jusqu’au 14 novembre 1874. transféré à Gesves, puis à Lomprez, il garda un souvenir tel de Ville-du-Bois qu’il voulut y être enterré en 1885.

Après lui, M. l’Abbé Félix GROFILS, de Wandre, de 1874 à Pâques 1897. transféré à Lesves, il fut élevé par après au canonicat. Lui aussi voulut être enterré à Ville-du-Bois en 1911. comme l’indique son épitaphe, il dirigea « la paroisse avec un zèle ardent et une exquise bonté ». aimant beaucoup sa paroisse, il se dépensa pour la doter d’une nouvelle église, une des plus belles de la région. Sans cesse préoccupé du bien de la localité, cultivé, il fut également le promoteur de plusieurs autres projets en faveur de ses ouailles.

M. l’Abbé HENNUY, originaire de Rettigny, le remplaça, de 1897 au 1 octobre 1920. la maladie lui imposa la retraite. Longtemps, il s’était dévoué au service des écoles locales de filles, et on lui doit aussi l’existence d’une laiterie prospère durant une dizaine d’années.
C’est M. le Curé LEFEBVRE qui lui a succédé.

De l’œuvre entreprise par ces prêtres, il y aurait beaucoup à dire. Bornons-nous à relever leur effort sans cesse poursuivi en faveur de l’instruction des enfants.

Quand les pouvoirs publics décidèrent d’établir une école primaire à Ville-du-Bois et que l’Abbé COLLIN fut nommé instituteur, il y avait soixante ans que l’Abbé DECROTIER avait commencé son œuvre d’instruction, continuée par ses successeurs, succédant elle même à celle que depuis longtemps les Curés de Salm avaient entreprise pour leurs paroissiens.
Plus tard, dès le début du Xxe siècle et toujours dans le même esprit de développer la vie intellectuelle du village, le prêtre local suscita la création d’une école primaire de filles et d’une école gardienne qui ont duré quarante ans, et une école dominicale de jeunes filles qui exista vingt ans.

Bel effort qui, à lui seul, mérite bien à ses auteurs pour le moins un fervent souvenir.

Gaston REMACLE

jeudi 3 septembre 2009

Arbrefontaine-Le chemin de croix.

(publié dans L’Avenir du Luxembourg le 10 août 1952)

Pour y aller, il faut le vouloir. Ni train, ni autobus. Une route communale bien asphaltée. Elle descend des casernes de Rencheux-Vielsalm dans le val de Goronne, remonte sous les ombrages jusqu’au village du même nom et redescend vers un ruisseau connu déjà en 666, sous le nom d’Alba Fontana, et d’Albus Fons en 815 et 950. Moines de Stavelot et Rois Francs, puis Maires du Palais de Lierneux, furent les premiers à se partager les domaines de l’une et l’autre rive. Bientôt, les comtes de Salm convoitèrent l’ensemble de ce territoire et se l’approprièrent, par violence, disent les uns, par accord avec les moines, disent les autres. Fin du 16me siècle ou début du 17me, le patronage de Lierneux, sur la paroisse d’Arbrefontaine, est enlevé en leur faveur par les mêmes comtes de Salm. Sous la République française, le village est inscrit au canton de Vielsalm, arrondissement de Malmedy et département de l’Ourthe. En 1818, il passe à la province de Luxembourg.

Aujourd’hui avec ses hameaux de Menil, Chenay et Devant-le-Bois, Arbrefontaine compte 311 habitants et, depuis 1843, appartient au diocèse de Namur.
On raconte que le premier curé nommé par l’Evêque de Namur s’appelait « Maka ». soucieux de mettre au clair, et il y réussit, le sommier des titres antérieurement fort embrouillé, il n’eut pas le même succès avec les gens de sa paroisse ; ses brouilles avec plusieurs d’entre eux et ses démêlés sont restés célèbres. Lors d’une visite épiscopale, la première après le rattachement d’Arbrefontaine au diocèse de Namur, les cloches de l’église St-Maurice sonnaient à toute volée pour saluer le départ de l’Evêque. Au bourgmestre qui l’accompagnait jusqu’à la sortie du village, Monseigneur dit : « Vous avez de bien belles cloches, M. le bourgmestre ». – « Oui, Monseigneur, répondit le mayeur ; c’est dommage que le « maka » [le battant] ne vaut rien ! ».

L’un des successeurs de l’abbé MAKA, M. BONNECOMPAGNIE, curé de 1852 à 1871, devint doyen de Vielsalm. Son ministère fut illustré par les aventures du célèbre sorcier « Le Vieux Berger ».
Mais, plus que la sorcellerie, la piété a peuplé Arbrefontaine d’histoires merveilleuses. À chaque pas se lèvent des croix, des chapelles, dont la voix populaire raconte les origines légendaires ou vraies, toujours étranges, et surtout ce remarquable monument de la foi des anciens : « Les stations de la Chapelle du Calvaire », vieux de plusieurs siècles et dont le curé actuel, M. l’abbé BACCUS, a entrepris l’audacieuse et la couteuse restauration matérielle et spirituelle.









À la sortie du village, vers Odrimont, le long d’un chemin encaissé, chemin qui mène au bois, au lieu dit « Blanchar », à l’ombre de hêtres et de chênes, apparaissent, adossés au talus de droite, quatorze édicules d’une architecture curieuse, rustique et cependant de proportions harmonieuses. Ils s’échelonnent suivant la courbe du chemin dans un chatoiement d’ombres et de lumières. Un étroit sentier ç flanc de talus permet de passer d’un édicule à l’autre et d’aboutir à une chapelle carrée avec autel et statue de la Vierge.

Les archives paroissiales ne donnent aucune précision sur la date d’érection de ce monument. Elles parlent comme les vieilles gens : « Autrefois, depuis longtemps déjà, un dimanche par mois, les paroissiens d’Arbrefontaine et des environs avaient coutume de faire solennellement en cet endroit le chemin de croix ».

Une tradition rapporte qu’une ancienne religieuse, retirée à Arbrefontaine, Mlle Anne MASSOZ, décédée en 1772, fit construire en sa demeure un sanctuaire. On peut encore voir l’emplacement. Personne très pieuse, elle aurait, -- cette supposition ne s’appuie sur aucune preuve sérieuse, elle semble purement sentimentale, -- elle aurait, de son vivant, dirigé les travaux des stations et de la chapelle du Calvaire.
Une croix de schiste, retrouvée dans les ruines de l’édifice après l’offensive des Ardennes, et plantée aujourd’hui à gauche de l’allée centrale, face à la chapelle, porte l’inscription suivante :

IHS
IN : MEMOIR : DE LA MORT
ET : PASSION :DE IESUS CHRIST
PRIE : POUR LES : TREPASE
P 1736 Z
PV AVE


1736 ? Serait-ce la date recherchée ? Peut-on se fier à ce document gravé dans la pierre ? Les gens du village vous diront : « Nos stations du calvaire sont d’un temps plus reculé. Elles remontent probablement au 17me siècle ».
Sur quoi s’appuient-ils pour parler de la sorte ? Peut-être sur les matériaux et l’architecture du monument.

Chaque édicule, en pierres plates de schiste superposées, témoigne d’un art ancien. Il forme un bloc massif de 1m.50 de haut sur 0m.90 de large et de long, le tout recouvert d’une dalle de schiste de 1m.30 sur 1m.10. C’est surtout la superposition des pierres plates de schiste qui donne à ces édicules un étonnant cachet. Leur austère beauté s’allie à la représentation primitive des mystères le la Passion. Au centre, face au chemin, une ouverture profonde, étroite, grillagée, abrite l’une des scènes des quatorze stations. Les anciens du village se souviennent des personnages en bois sculpté qui composaient chacune des scènes. Ces statuettes ont disparu lors de la dernière restauration des édicules, en 1898. Elles furent remplacées par de mièvres plâtres sulpiciens en ovale. Dans la restauration, entreprise en cette année 1952, M. l’abbé BACCUS espère recueillir l’argent nécessaire à la remise en place, au fond des logettes de schiste, de personnages en bois dans le style simple et un peu rude des édicules.

La grande chapelle de la Vierge a souffert de la guerre. Un obus l’a détruite en partie. Aucun dossier de dommages n’en a été relevé. La négligence est d’autant plus regrettable que l’ensemble des stations et de la chapelle du calvaire mériterait d’être classé au nombre des sites et des monuments historiques. En attendant, pour en achever la restauration, le dévoué curé compte sur la générosité de ses paroissiens. Sur les étrangers aussi qui reprendront bientôt la coutume plusieurs fois séculaire de gravir l’étroit sentier du chemin de croix.

Aux touristes, Arbrefontaine offre la curiosité de ses vieilles fermes ardennaises, véritables musées d’antiquités où vivent des paysans parmi des ustensiles, des meubles et des boiseries, conservées avec le plus grand soin et d’une valeur inestimable. Au cours de leurs promenades au bord du ruisseau, dans la fraicheur des bois, ils cueilleront des légendes avec fraises, framboises, airelles et myrtilles. Aux carrefours des chemins, au creux du vallon, à la limite des herbages, chaque croix, chaque chapelle leur dira l’histoire d’un passé lointain ou récent : celle des dévots de Menil parlant à saint Roch, celle encore « au Chenay » de l’homme qui échappa miraculeusement aux brigands en faisant vœu de construire une chapelle à Marie, et cette autre d’hier, quand la famille TOUBON s’enfuit en mai 1940 devant l’invasion des brigands nazis. Sur les routes de l’exode. Dame TOUBON pleurait : tous les membres de sa famille avaient été dispersés par l’ouragan. Elle promit de construire un sanctuaire à Notre-Dame de Grâce si elle avait le bonheur de retrouver tous les siens réunis, la guerre terminée. Elle eu ce bonheur, et, en 1949, au lieu dit Plennsoul route d’Odrimont, s’élevait la chapelle du vœu à N.-D. de Grâce.

Les habitants d’Arbrefontaine, gens calmes, travailleurs, aimables, accueillants, ont une voirie que leur envient les communes environnantes. Ils seront bientôt très fiers de montrer aux étrangers dans sa beauté retrouvée l’un des plus rares monuments de la foi des anciens du pays de Salm : les quatorze édicules en schiste des stations du Calvaire et, sur la colline, devant le vaste horizon de bois et de prés, la chapelle de la Vierge, enveloppée de solitude et du souvenir des trépassés.

A.E.D.

En 1797, un curé de Salm installait un curé de Bovigny.

(publié dans Pays de Salm le 24 décembre 1961)

Dans nos régions, le changement de pasteur dans une paroisse a toujours été l’occasion de quelque cérémonie.
L’installation, le dimanche 10 décembre, de Monsieur le Doyen PECHON,nous a fait fouiller nos notes et y retrouver la copie d’un document de 1797.
Il s’agit du procès-verbal de l’installation d’un curé, à Bovigny, l’abbé Jean Servais LEMOINE.
Nous le reproduisons ci-après.
On en goûtera le rituel qui est d’ailleurs conservé en partie.
La copie a été prise directement sur l’original.

Soit connu à tous et un chacun, que cejourd’hui deuxième jour complémentaire de l’an cinq de la république française, dix huitième septembre 1797, v.st.
Je soussigné curé de Salm présent sire Lambert Joseph BLAISE vicaire de Courtil et Nicolas JACOB de Bovigny mambour actuel de l’église paroissiale témoins à ce spécialement appellés et également sousignés en suite des investitures pour la cure de Bovigny dépéchées le cinq septembre mil sept cent quatre vingt dix sept à sire Jean Servais LEMOINE aussi sousigné par ordre et au nom et sous le scel de Monseigneur Adrien Jean Baptiste Théodore d’OULTREMONT de Wegimont en sa qualité d’archidiacre d’Ardenne, j’ai mis le sus dit sire Jean Servais LEMOINE en possession d’icelle cure de Bovigny avec les formalités suivantes :
1° Je lui ai mis les clefs de l’église paroissiale en main qu’il a ouverte.
2° Je l’ai conduit au cloché où il a mis la main aux cloches.
3° à la chaire des prédications où il est monté.
4° aux confessionnaux où il s’est placé.
5° aux fonds baptismaux qu’il a ouverts et touchés.
6° à la sacristie où il a visité les saintes huiles.
7° à l’autel qu’il a touché de même que le calice et miselle, à ouvert le tabernacle, le saint ciboire où se trouvent les hosties consacrées et ensuite a donné la bénédiction.
De l’église, je l’ai reconduit vers la maison pastorale fermée qu’il a ouverte avec la clef que je lui ai mis en main, entré dans la maison il a allumé un feu nouveau de tout quoi j’en ai averti les présens et toutes ces formalités se sont faites d’une manière pacifique et tranquille sans opposition ni réclamation de qui que ce soit.
En foi de quoi, nous avons tous signé le présent acte que nous avons remis de suite au susdit sire Jean Servais LEMOINE curé de Bovigny pour s’en servir et faire valoir en cas de besoin.
Fait à Bovigny les jours, mois et an que dessus.
L.J. BLAISE qui supra testis ; N.JACOB mambour témoins ; J.S. LEMOINE, curé de Bovigny ;
In fidem P. BARTHELEMY curé de Salm.

Ce document nous fait remarquer certains faits assez curieux.
C’est le curé de Salm, l’abbé Pierre BARTHÉLEMY, qui met Sire LEMOINE en possession de sa nouvelle cure. Le curé de Salm n’avait pourtant aucun droit de primauté par rapport à la cure de Bovigny. Il faut croire que pour procéder à cette installation l’abbé BARTHÉLEMY avait reçu une délégation spéciale.
D’autre part, il faut observer qu’à ce moment l’abbé BARTHÉLEMY se cachait depuis un an déjà. Il s’efforçait d’échapper aux autorités françaises qui le recherchaient du fait qu’il avait refusé de prêter le serment de fidélité prescrit par les républicains français.
Pendant six années, il disparut ainsi de la vie publique, la paroisse de Salm étant administrée par un vicaire. En cachette toutefois, il continuait d’accomplir certains actes de son ministère, tels des baptêmes, mariages.
C’est ainsi, sans doute, qu’il aura procédé à l’installation du nouveau curé de Bovigny.
Ajoutons que Jean Servais LEMOINE état originaire de Rencheux, né le 9 février 1739, fils de Servais LEMOINE et de Jeanne ISRAEL.
Il succédait, à la cure de Bovigny, à son cousin Jean Léonard LEMOINE, également originaire de Rencheux, ce dernier succédant lui aussi à un parent, son oncle, Sire Gengoux ENGLEBERT, originaire de Petit-Thier.

Gaston REMACLE

lundi 31 août 2009

Le chemin de croix du Mont-Saint-Martin (Bovigny).

V. d. G., dans G.S.H.A. n°6 (1977), p. 76.

Notes sur la paroisse Sainte-Anne de Commanster.

P. LEJEUNE, dans G.S.H.A. n°6 (1977) pp.48-52.

Bovigny. Droits du curé relatifs à la nomination et à la révocation des vicaires.

(publié dans le Bulletin paroissial de Bovigny, septembre 1910)

Article 15. le curé at le droit et privilège de mettre et changer le vicaire de Rogery à sa volonté sans la participation des habitans du dit Rogery. Item a le droit et le privilège de mettre et changer le vicaire ou marguillier de la paroisse sans la participation des paroissiens, le tout suivant la teneur et soub l’exception de la convention suivante dont la copie se trouve authentiquée écrite sur un papier timbré de mot à mot comme il suit icy :

Cejourd’huy 19e jour du mois de may en l’an 1682, par devant moy Henri du MOULIN, notaire soussigné à Houffalize est comparu en sa propre personne Me Henry RUTTE, vénérable pasteur de Bovigny d’une parte ; Jacob JONAS et Henry COLAY résidents à Rogery ; Guillaume MATHIEU de Honvelez ; de la parte du dit Bovigny et Longchamps, Henri HUART et Bartholomé JACQMIN, et de la parte du village de Cortil, Jean Hubert de REMACLE et Jean WYEMME, tous de la paroisse de Bovigny d’autre parte ; lesquels m’ont declarez que difficulté s’alloit entre eux naître selon toute apparence, pour laquelle éviter et vivre en bon pasteur et paroissiens, ils se sont le jour d’hier pourparlé à l’intervention de Cola PYRA et de Jean PAQUAY de Halconreux absents, iceux aussi de la parte des manants du dit Halconreux, et envoyez exprès à ce sujet aussi bien que les susmentionnés de hacun de leur communauté, ont tombez d’accord par forme de transaction volontaire avec le dit leur révérend pasteur en la forme et manière suivante, savoir :
Que comme cy devant il estoit de coutume qu’en la ditte paroisse il y avait pour servir à l’église du dit lieu un marguillier séculier et qu’en la place d’icelui et pour la plus grande comodité de la ditte paroisse le dit Révérend Pasteur leur a ccordé de prendre unchapelain, qui se devra contenter avec les simples droits qu’avait le dit éculier sans qu’il puisse prétendre autre droit du dit Pasteur, non plus que des dits paroissiens, lequel célébrerat une messe basse tous les dimanches et fêtes à l’intention de la dite paroisse, pour laquelle les dits paroissiens pourront convenir avec les chapelains qui seront cy après établis ; et sans préjudice toutefois de la messe haute qui se célébrera aussi ès dits jour par le Rd Pasteur et ses successeurs en charge, laquelle messe basse se célébrerat à telle heure qu’il plaira au dit Pasteur, à laquelle place de chapelain seront doresnavant préferez à tous autre tous les enfants de la paroisse qui viendront à être prêtre et sera seulement pour un an, après lequel le dit Rd pasteur les pourrat congédier sans qu’il sera ni ses dits successeurs obligez de déclarer à leurs paroissiens les causes et raisons pourquoy ils seront ainsy congédiez après le dit an, et jouiront les dits chapelains alternativement de pareils droits qui seront promis et payé au premier qui serat cy après établit et seront aussi obligez à rendre pareille service qui sera divisé avec le dit premier.
Avec ce, tout différents seront extincts et abolys, qui pouvaient être pour cet égard entre le dit Révérend pasteur et les dits ses paroisssiens, promettant l’une et l’autre des parties, tant pour eux que pour leurs voisins absents de ne jamais dir ni aller à l’encontre de la teneur du présent instrument soub obligation que de stil, rennçant à toute exception et bénéfice de droit pouvant faire à ce contraire ainsi fait et passé au dit Bovigny en la maison pastorale les jour, mois et an que dessus, en foy ont parties hinc inde soussignez et soubmarquez en présence de Henri LAPLUME aussi notaire roial résident à Salm, pour lors présent pris pour témoin et aussi soubsigné, et après lecture parties ont là même conditionné que le présent acte sera lu à haute et intelligible voix un jour de dimanche devant l’église paroissiale du dit Bovigny après la grand’messe présents tous les paroissiens afin que chacun d’eux aurat à se déclarer en cas ils y remarquent aucun point en yceluy leur préjudiciant, à peine que par après ils n’y seront plus reçus en justice ni autrement et sortirat le dit acte en ses pleins et entiers effets.
Suivent les signatures.

jeudi 27 août 2009

Bovigny contre ceulx d’aval et d’amont.

(publié dans L’Avenir du Luxembourg, le 14 janvier 1932)

Ceci se passait non pas hier mais exactement en 1750 pour certains faits, immédiatement avant pour certains autres. Sir Gengoux ENGLEBERT de Rencheux (Vielsalm) était alors curé de Bovigny. Il exerçait en même temps les fonctions de Doyen du Concile de Stavelot, se disait parfois archidiacre des Quartes chapelles. À peine installé dans sa cure, il posa en réformateur des abus régnant dans le Comté de Salm et même hors du Comté, pour autant que ces abus pouvaient être préjudiciables à sa paroisse et à ses paroissiens. Ses mémoires se trouvent au dépôt des archives paroissiales de Bovigny. Nous en extrayons les lignes suivantes, prenant soin de n’en altérer ni le style, ni l’orthographe. Les incidents auxquels il fait allusion sont caractéristiques de l’époque et caractéristiques aussi de la personnalité de Sir ENGLEBERT, un homme à poigne.

Pours les ceulx de la Vieille-Salm.

Le curé de Bovigny consent par dévotion, non par obligation, de se rendre ou d’envoyer soit un prêtre, soit un diacre, processionnellement avec le confanon, le jour du Saint-Sacrement, à la Vieille-Salm, pour seconder la piété de ses paroissiens, et estant arrivé avec son monde à la croix dite vulgairement « Pitite crû », à l’entrée de la Vieille-Salm que dessus, le curé de cette dernière paroisse doit venir ou envoyer un prêtre à sa rencontre, avec le confanon, jusqu’à cet endroit, et s’il manque à cette coutume, la procession de Bovigny après avoir vainement attendu là qu’on vient l’y chercher pourra s’en retourner sans aller plus avant. Après la procession, ou avant, le curé de la Vieille-Salm doit inviter celui de Bovigny ou son envoyé à prendre la soupe et il est tenu de lui donner à dîner. S’il manque à ce point de bienséance, on peut aussi manquer à la coutume d’aller à la Vieille-Salm pour seconder la dévotion des paroissiens. De mon temps, j’ai toujours été fort exact à faire respecter nos droits, ainsi d’ailleurs que ceulx de la Vieille-Salm font observer les leurs à notre égard, qui sont de primer en l’occurrence sur nous. J’ai encore appris des vieilles gens que du passé le curé de Vieille-Salm était aussi tenu de donner le dîné au mambour de Bovigny, à pareil jour ; mais n’ayant pu obtenir rien de bien certain à ce sujet, et n’ayant vu pratiquer rien de semblable, mieux vaut ne pas en parler. Après la soupe ou dîné, les ceulx de Bovigny peuvent retourner sans être obligés d’assister aux vêpres, sinon à leur bon plaisir ; et quand je suis resté à cet office, je n’ai jamais pris place au chœur pendant qu’il se chantait, crainte de poser un antécédent.

Pour les ceulx d’Arbrefontaine.
Le curé de Bovigny ou l’envoyé de sa part, sert à la Grand’messe à la Vieille-Salm et prend part à la procession, le jour du Saint-Sacrement, mais son rôle est de remplir les fonctions de diacre, et celui d’Arbrefontaine qui s’y trouve aussi, celui de sous-diacre, lequel droit de faire le ministère de diacre, j’ai toujours, comme mes prédécesseurs observé et fait observer des prêtres qui m’ont remplacé, quant même le curé d’Arbrefontaine aurait été là en personne ; et cela pour conserver notre privilège de primauté. En conséquence aussi notre confanon doit avoir la droite, et celuy d’Arbrefontaine la gauche. Du temps de mon prédécesseur, j’ai vu, estant pour lors chapelain à la Vieille-Salm, que le confanon d’Arbrefontaine, après une longue altercation avec celuy de Bovigny, a emporté la droite par la force sur le nôtre, ce qui a fait que celuy-ci s’est arrêté, et tous les paroissiens de Bovigny et le clergé ont quitté les rangs et sont retournés à la Vieille-Salm, ce qui a provoqué un gros scandale. Je me suis proposé au cas que le confanon d’Arbrefontaine voudrait emporter la droite sur la nôtre, d’y faire mettre ordre sur le pied, par le curé de la Vieille-Salm ou le Procureur d’office, en présence de 2 témoins, et d’en demander satisfaction, et si rien ne s’effectue, je ferai le tour de la procession, après laquelle je rentrerai à Bovigny sans dîner, et dorénavant ce sera « nicht » pour la Vieille-Salm, et cela aussi longtemps qu’on ne nous aura pas fait donner satisfaction de la part de ceulx d’Arbrefontaine, car si nous allons ainsi que dit à la Vieille-Salm, ceulx de la Vieille-Salm doivent nous maintenir dans notre droit de primauté, et sont à ce obligés.

Pour ceulx de Bovigny.
Ce jourd’huy, 24 mars 1750, sont comparus en parties, des paroissiens de Bovigny d’un costé, les curé et mambour d’autre costé, lesquels pour bonne fin et éviter les différends qui surviennet souvent au sujet de la boisson que l’église a payée de tout temps et continue à payer au jour du Saint-Sacrement à la Vieille-Salm, aux paroissiens de Bovigny, ce qui figure dans les comptes de fabrique pour tantôt plus, tantôt moins, se sont arrangés et ont fait les conventions suivantes, scavoir : les dits paroissiens s’obligent à porter le confanon à la procession comme il se porte, et les mambours avec le curé se tiennent forts pour l’église de leur payer annuellement à cette occasion, dix escalins et demi, argent courant à condition que le mambour, lorsqu’il se trouve du cortège, aura son dîné franc, et que celui qui voudra se rafraîchir avant la grand messe et mise en marche, sera tenu de payer de son argent ce qu’il boira, et que tous mes paroissiens, de n’importe quel village qu’ils puissent être, auront droit et privilège de bénéficier de cet escot, pourvu qu’ils soient avec le groupe des participants, et non isolés, laquelle convention peut-être tenue pour non valable, et alors on en revient aux coutumes comme d’avant.

Pour les ceulx d’aval et d’amont.
Le jour du Saint-Sacrement, il y a à la Vieille-Salm, une si grande affluence de prêtres qu’une bonne partie d’entre eux reste oisive dans l’église ou à la sacristie sans rien faire pendant les offices. Les paroissiens de Bovigny qui assistent à la procession sont tout au plus, année commune, à 3 ou 4 jeunes gens, quelque fois 10 ou 12 tout au plus, et encore bien souvent par une espèce de rendez-vous, et manifestent une mauvaise intention. La dévotion, en partant, consiste en quelques hymnes que le prêtre chante au sortir du village, et le reste du chemin se passe à rire, à causer, à badiner. Étant arrivés à Salm, ils vont de suite dans les cabarets, en attendant la messe. Après la messe et la procession qui se fait à Vieille-Salm, ils rentrent de nouveau dans quelque cabaret, se font traiter, font venir des violons, dansent, crient, hurlent, et boivent plusieurs jusqu’à s’ennivrer, à tel point que presque tous les ans, il y en a qui restent en arrière et ne retournent que de la nuit, pendant que leurs père et mère soupirent, se chagrinnent et murmurent contre eux à la maison. Quand le soir approche, après que le prêtre les a fait rappeler plusieurs fois avant que de parvenir à les ravoir chez luy, il se trouve obligé de partir presque seul, ou du moins avec la moindre partie, les uns restant dans les cabarets jusque bien tard, les aultres ne retournant que pendant la nuit, d’aultres encore le lendemain, sans parler des folies qu’ils commettent par ivrognerie dans leur retour. Le curé de Bovigny s’offre à faire voir qu’il s’est commis, il n’y a pas bien longtemps, un scandale général et très gros dans la procession solennelle même qui se faisait à ce jour à la Vieille-Salm, quel scandale n’aurait pas arrivé si la prétendue procession de Bovigny ne s’y était pas trouvée. Donc vouloir obligé un curé de Bovigny à mener une semblable procession à la Vieille-Salm, ou le faire mener par son chapelain, c’est vouloir l’obliger à conduire ou faire conduire ses ouailles à la boucherie et parmy les loups, puisqu’elles y vont voir après les offices, toutes sortes de mauvais exemples, par les tumultes scandaleux, les disputes, les querelles, les jurements, les ivrogneries, les familiarités scandaleuses, les bals, et les danses, chaque cabaret ayant ses joueurs de violons pour amuser son monde.

Conclusion : Le curé de Bovigny manquerait donc grièvement à ses obligations s’il ne retranchait à présent cette prétendue procession. J’ai fait consulter cela par un habile avocat à Luxembourg, comme on pourra voir par les papiers volants, et il résoudra [sic] qu’on serait fondé de ne plus y prendre part ; outre tout cela encore il y a une défense de l’Evêque placetée du Conseil de Luxembourg, qui défend de plus faire des processions hors de sa paroisse ».
Signé : ENGLEBERT 1752.

Pour copie conforme :
C. NEX
(abbé Célestin GUILLAUME)

Ndlr :

Dans les notes de G. REMACLE, on trouve :
1) L’abbé Gengoux ENGLEBERT est né à Petit-Thier le 22 juin 1702, fils de Mathieu ENGLEBERT et d’Elisabeth Mathieu COLLAS.
2) voir LOMRY, Toponymie de Bovigny, A.I.A.LUX. 1947, p.136.

lundi 27 juillet 2009

Connaissons notre région. (XII)

(série d’articles publiés dans « Les Annonces de l ‘Ourthe » ( ?) en 1972-1974)

L’abbé DUMONT, premier curé-doyen de Vielsalm.

C’est à partir de 1803 qu’a existé le doyenné de Vielsalm. Le premier curé-doyen, à partir d’octobre 1803, fut l’abbé Jean-Nicolas DUMONT. Né à Vielsalm le 17 septembre 1757, fils de Gérard-François et Marie-Elisabeth FRAIKIN. Décédé le 27 juillet 1827. Fut d’abord vicaire à Ligneuville, puis curé à Butgenbach. Sous le régime républicain français, il eut des difficultés avec l’autorité du moment. Arrêté par la gendarmerie de Malmedy, il fut condamné à la déportation au-delà du Rhin. Il put revenir au cours de 1802, et fut désigné pour Vielsalm.
Voici son portrait : « Taille de 1 m.732, cheveux et sourcils gris, yeux bleus, menton rond, nez pointu, visage allongé marqué de petite vérole ». Par testament, il légua tous ses biens (sauf une petite partie à sa sœur habitant Vienne), « aux pauvres de la paroisse de Vielsalm y compris Petit-Thier » : l’actif de cette donation s’élevait à 36 036,90 F.

Gaston REMACLE