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lundi 2 juillet 2018

Glain et Salm Haute Ardenne n°68 (juin 2012)

Sommaire

- L. MARQUET, La Roche-en-Ardenne au XVIIe siècle au temps des guerres, pp. 5-23.

- J. BOSMANS, Aires de faulde et charbonniers en Ardenne: le dramatique incendie d'une hutte de charbonniers, la nuit du 10 au 11 août 1808 à Belheid (Samrée), pp. 25-29.

- M. PETERS, Autour d'une croix de 1877 et d'une chapelle à Beho, pp. 31-34.

- G. BENOIT, Course cycliste endeuillée à Salmchâteau en 1911, pp. 35-36.

- J. DE POTTER/G. ANTOINE/H. D'OTREPPE, Aux origines de la maison De Potter à Gouvy, pp. 37-38.

- J. DETAILLE/B. VAN EERDENBRUGH, Les vestiges d'orpaillage de l'âge du fer en amont de Bèche et dans la forêt domaniale du Grand Bois, pp. 39-47.

- R. NIZET, Les kiosques à musique de Vielsalm, pp. 49-54.

- C. DRAILY/O. VRIELYNCK, La nécropole celte de Courtil "Hastape" dans le groupe nord des tombelles ardennaises, pp. 55-62.

- HONORÉ, Mémoires de la guerre 1914-1918 à Vielsalm, pp. 63-76.

- G. BENOIT, Sur l'exploitation du plomb à Bihain, p. 77.

- GRUEN/BILFINGER, Reconstruction du tunnel de Trois-Ponts en 1940, pp. 79-83.

- V.d.G., Au fil des lectures: Salm à Bruxelles..., p. 85.

- J. THOMAS, De l'argile pour les fours à pains, p. 86.

- J. TOUBON, Quelques ajoutes à propos de Pierre Joseph MONFORT de Lierneux, pp. 88-89.

- V.d.G., Burtonville: la croix Bontemps, p. 90.

- C. LEGROS,A propos de myrtilles, pp. 91-93.

- G. BENOIT, Bovigny - Le docteur (Pierre-François) Lomry (1868-1941), pp. 96-97.

- H. D'OTREPPE, Hier et aujourd'hui: Grand-Menil, p. 98.

- G. BENOIT, La croix Jeanpierre, sous Priesmont, p.100.

vendredi 6 février 2015

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

L’Organe du 16 septembre 1906 : Au Congo, les essais de traction à l’aide d’éléphants ont donné les plus heureux résultats et le gouvernement poursuit avec une louable ténacité la domestication de ces pachydermes. C’est au commandant Laplume que cette tâche ingrate avait été confiée et, malgré les difficultés énormes auxquelles il a dû faire face, il s’en est tiré avec honneur.
La rubrique de l’état civil annonce la naissance de Willy, fils de PAQUAY Joseph et de TALBOT Marie-Thérèse.

L’Organe du 29 août 1909 : À Vielsalm, le camionneur de la boulangerie Demoulin en rentrant avec son attelage mercredi soir est tombé dans un des fossés ouverts pour la construction d’un aqueduc en face de la gendarmerie . Le malheureux a une jambe brisée.
À Salmchâteau un vol de chaussures dont a été victime M. Winand Gabriel a été commis par deux vagabonds faisant partie d’une troupe de nomades venue d’Allemagne. La gendarmerie recherche les filous.

Le 26 septembre 1909 : À Courtil, mardi à 6 heures du soir, le tocsin sonne : une épaisse fumée se répand au-dessus de la maison Schoune où habitent les familles Lefèvre-Schoune et Vve Schoune-Burnay. En moins d’une heure le feu a réduit cette habitation en un brasier ardent. C’est la seconde fois en à peu près un an que la Vve Schoune voit son habitation incendiée. Absente au moment des faits, elle rentre attristée et désespérée. On dit qu’une partie de ses écus est devenue la proie des flammes !
Le 3 octobre 1909 : À Beho, M. Bernard, médecin, un vénérable octogénaire doyen du corps médical luxembourgeois a été renversé par un cycliste maladroit. Il n’a pas tardé à succomber.
À Bihain, départ aujourd’hui à 11 heures de la course cycliste organisée par  le cercle de la Vieille Bizance. [ ???]

Le 7 juillet 1912 : À l’Université de Liège, M. P. Gomez a subi avec distinction l’épreuve du grade légal de candidat ingénieur.

Le 25 août 1912 : État civil, décès : BERNARD Léonie-Henriette, 72 ans, rentière veuve de JOTTRAND Gustave.

Le 31 aout 1913 : État civil, naissance : Albert-Joseph fils de KOPP Fr et de GRÉS Elise.

                                                                               Robert NIZET

vendredi 30 janvier 2015

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

En 1905, l’Organe de Vielsalm rapporte : 

Le 6 août : À Honvelez, un violent incendie a détruit dans la nuit du 31 juillet au 1er août les maisons Jacquet, Paulot et Legrand alors que celle de chez Gengoux a pu être préservée. 

Le 13 août : À Courtil, on a dérobé une somme de 80francs au nommé L. Depierreux en s’introduisant dans sa demeure par une fenêtre de l’étage. On soupçonne deux individus aperçus récemment et qui auraient profité de l’absence des propriétaires. L’an dernier, à 500m de là, on avait déjà volé des instruments de menuiserie. 
Un accident aux ardoisières « Les Jeannesses » de M. Jos. Gomez : Louis Fraikin était occupé à extraire un bloc de pierre quand un éboulement survint et recouvrit le malheureux au secours duquel tous les ouvriers se portèrent. Il avait de nombreux membres cassés et fut reconduit chez lui où il expira le lendemain. Il était âgé de 40ans, était originaire de Neuville, célibataire et soutien de sa vieille mère aveugle. 

Le 20 août : « The original cinematographe » venant d’Ensival est installé pour quelques jours seulement dans notre ville. L’établissement mesure 26 mètres de façade sur 9 mètres de profondeur et est éclairé à l’électricité. Les représentations seront agrémentées par un orchestre symphonique ! 

À Gouvy, les ouvriers de la gare ont trouvé à hauteur du magasin des marchandises le cadavre du dénommé Renard, conseiller communal de Steinbach. Il était porteur d’un billet pour Gouvy délivré à Liège Guillemins. En voulant traverser les voies pour prendre la correspondance vers Bastogne il aura trébuché car il porte au front une blessure faite par un tire-fonds soutenant le rail. 

Le 27 août : le wallon fait peur aux Allemands ! Au programme du Congrès de la langue française qui va se tenir à Liège figurait une excursion à Malmedy, petite ville wallonne de la Prusse rhénane proche de Stavelot. Elle n’aura pas lieu : pour le gouvernement prussien elle aurait été une espèce de manifestation contre les efforts méthodiques qu’il fait pour déraciner de Malmedy et des villages voisins le dialecte wallon et pour le remplacer par la langue allemande. 

Le 17 septembre : À Vielsalm vendredi dernier un violent incendie a détruit les maisons de M.M. Demoulin, Vve Lekeu, V ve Hens et Melle Lemoine ainsi que deux hangars appartenant à Mme Vve X-Orban. Grâce aux efforts de nos pompiers les maisons voisines ont pu être préservées. Des autres il ne reste que quelques murs prêts à s’écrouler. 

Le 24 septembre, retour sur cet incendie. Le parquet est descendu pour établir les responsabilités. Il semble que l’incendie s’est déclaré dans la charcuterie Demoulin et qu’en un instant il s’est communiqué aux maisons Hens, Demoulin et Lemoine. On ne peut comprendre comment avec un matériel aussi défectueux (les tuyaux coulaient par tous les joints) nos pompiers soient parvenus à garantir la rue des Savoyards qui n‘est séparée des maisons incendiées que par une étroite ruelle et dont un bâtiment a le pignon recouvert de planches. Le danger était encore bien plus grand pour la maison Starck mais les pompiers ont pu faire reculer le feu à chaque attaque. Espérons que les autorités accepteront de leur fournir du matériel convenable à l’avenir. 

 Robert NIZET

vendredi 25 octobre 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

Le 24 novembre 1907 :

Une belle course à Vielsalm entre deux sportmen (Comte de Jonghe et Comte Arnould d’Oultremont) et pour un pari de plusieurs milliers de francs. Le second avait parié que son cheval avec une voiture dite « américaine » rallierait Spa en 1 heure et 30 minutes. Pari gagné en 1heure et 16 minutes sous les acclamations d’une foule enthousiaste et suivi d’un goûter chez le maître d’équipage de Sinçay.

A Courtil un incendie dû probablement à la malveillance détruit  complètement deux habitations logeant les familles Quoilin, Jacquet et Winant et jette 15 personnes dont 10 enfants sur le pavé à l’époque la plus dure de l’année.

A Bihain,  il est question d’instituer une école ménagère. Les futurs cordons bleus pourront apprendre à faire de bon café, à cuire les œufs et les pommes de terre et à détester l’eau de vie. Ces jeunes filles apprendront aussi que dans un jardin on peut cultiver autre chose que des choux et des poireaux.

Le 17 novembre 1907 :

Un accident de vélo à Bovigny : le dénommé R. de Halconreux a renversé près de Sterpigny un vieillard de 73 ans qui a eu le bras foulé et de nombreuses contusions à la figure. Il a reçu les soins du Docteurt Bozet de Limerlé.

A Hébronval,  un troupeau de 3 vaches, 3 génisses et 2 veaux a disparu pendant un moment d’absence du propriétaire. Celui-ci et la gendarmerie ont battu le pays toute la nuit sans succès dans un brouillard intense. Ce n’est que trois jours plus tard qu’on retrouva les bêtes sur le pic de Colanhan !

Le 15 septembre 1908 :

Création du Libre-Échange à Lierneux, revue destinée aux collectionneurs de cartes postales. La directrice qui habite Lierneux s’est donné pour mission de servir d’intermédiaire entre les amateurs des cinq parties du monde en publiant leurs adresses dans sa revue. Elle donne en outre d’utiles conseils dans ses causeries et chroniques « philocartistes ». [On dit maintenant « cartophiles »].
Les collectionneurs trouvent encore actuellement des cartes revêtues du cachet « Libre-Echange ».

On annonce que sur les pressantes sollicitations de ses amis et d’une bonne partie de la population de la région M. Robert Malherbe a décidé de  rentrer définitivement au pays natal et d’y exercer la profession de barbier-coiffeur-parfumeur. Il nous revient dans une maison appartenant à M. Théophile Duvivier.  L’ouverture de son salon moderne conforme à l’hygiène se fera le 19 courant, veille de la kermesse.

Le 27 septembre 1908

Visite princière à Vielsalm. La princesse Clémentine est venue dans le plus strict incognito et a été reçue à la villa « Chez nous », propriété de M. le Vicomte de Jonghe( voir carte postale). Après une visite des Equipages Rallye -Vielsalm,  la Princesse est repartie en auto pour Spa.

Aux Eaux et Forêts,  Alfred Denis, garde à Tinseubois,  vient d’être promu au grade de brigadier-forestier et est remplacé par Gustave Rondeux, fils du sympathique brigadier H.Rondeux qui part à la retraite.

Aux Tailles, vendredi dernier, deux chevaux appartenant à M.Nizet d’Ottré ont été enlisés en voulant  traverser les fanges. Grâce au dévouement de la gendarmerie [ Les gendarmes, à cette époque, étaient mis à toutes les sauces !] et de 15 hommes requis par celle-ci les malheureuses bêtes ont pu être retirées de leur fâcheuse  position.


                                                                  Robert NIZET

dimanche 31 mars 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps


Dans l’Organe de Vielsalm du 15 janvier 1907, il est question de loups. Alors qu’ils n’avaient plus été aperçus chez nous depuis plus de trente ans, l’un d’eux vient d’être abattu par le directeur de la Source de Chevron. D’autre part, une bande de 9 spécimens fut aperçue par Hubert L. de Malmedy sur sa chasse de l’Hertogenwald : il en abattu trois de 52, 44 et 32 kg. De plus on affirme avoir relevé des traces de loups près de Manhay. Le fait n’est pas commun : ces fauves n’étaient plus apparus dans la Fagne depuis un demi-siècle.

Le 24 février suivant il est signalé que les loups causent en ce moment les plus grands dommages au grand gibier. Des bandes entières de loups quittent les forets d’Ardenne et se rendent en territoire allemand. Tiraillés par la fin il en est qui se risquent jusque dans les villages. A Nidrum, un grand chien qui était attaché a été complètement dévoré. Ailleurs, un garde forestier en a tué un qui voulait entrer dans une maison.
Il n’est pas sans agrément, pour tuer le temps et par d’affreuses tempêtes, de remuer un peu l’effroi des bonnes gens !

Le 27 février 1908, on lit dans l’Organe que Vielsalm pourrait bien être doté d’ici 2 ou 3 ans d’une sous lieutenance de gendarmerie. Le Ministère de la Guerre est en pourparlers pour l’achat du pensionnat des Sœurs de la Providence qui servirait de caserne aux braves pandores : ceux-ci feraient partie de la gendarmerie à cheval. Sous toutes réserves.

Il s’agit du bâtiment au-dessus de la place du marché que les Sœurs vont quitter pour leur nouvel immeuble des Chars-à-Bœufs dont la construction a commencé.

Dans l’Organe du 21 février 1909 : à Courtil, des voleurs se sont introduits par la fenêtre et nuitamment dans l’Hôtel de la Station et ont emporté le contenu du comptoir, des pipes, des porte-monnaie, une paire de souliers d’un voyageur, etc…
Les malandrins  ont abandonné les boîtes vides dans un hangar voisin et l’un deux a oublié son capuchon de couleur brune sur lequel quelqu’un qui voit clair a découvert des taches de résine et des poils de cheval blancs. Espérons que ces indices seront suffisants pour mettre la police sur une piste.

Dans les petits nouvelles communiquées par L’Organe du 28 février 1909 :  depuis quelques temps, un bureau  de télégraphe est installé à Salmchâteau, il reçoit les télégrammes et exprès postaux au départ et à l’arrivée ;  le carnaval sera fêté dignement cette année à Vielsalm, la jeunesse se prépare et d’après des indiscrétions, on devrait voir des merveilles ; on vend un bon chien de charrette avec harnais et une bonne charrette à chien chez Malherbe-Ledent, machines à lessiver à Vielsalm-Station ; une école professionnelle de coupe dirigée par Madame Motin s’installe au même endroit ; on propose de louer un bel atelier de forgeron au point d’arrêt du vicinal à Salmchâteau.

L’Organe du 27 février 1910 : De retour du Congo, M. Dumont de Bêche est rentré au pays dimanche dernier.  Notre aimable concitoyen est en très bonne santé et se propose de repartir bientôt pour le pays noir.

Celui du 6 mars 1910 nous apprend que Arbrefontaine va être doté d’une salle de fêtes. Ainsi en a décidé à l’unanimité la jeunesse du village. L’emplacement du nouveau local est acquis : il est situé à l’entrée du village et heureusement choisi. Désormais les habitants du village  trouveront chez eux les distractions qu’ils ont dû aller chercher  dans les localités voisines jusqu’à ce jour.

Et au rayon « nécrologie » : mercredi dernier succombait à Rencheux à l’âge de 70 ans, Monsieur Henri Rondeux, brigadier-forestier. Cette mort a causé en notre ville une vive émotion, le regretté défunt étant très connu et très estimé. Il comptait à Vielsalm de bonnes et solides amitiés.  D’un abord jovial, M. Rondeux était un homme plein d’affabilité et de délicatesse ; ce cœur d’or remplissait sans bruit, comme sans ostentation, les différents services que sa charge de brigadier-forestier lui imposait. On compterait difficilement les personnes qu’il a aidées de ses conseils et de son appui. Les obsèques ont eu lieu au milieu d’une grande affluence.

Robert NIZET

lundi 24 mai 2010

Parmi les noms de lieux de la région.

(publié dans « Excelsior », 1er trimestre 1954-1955)

Les noms de lieux sont devenus aujourd’hui l’objet d’une vraie science qu’on appelle la toponymie. L’honneur d’avoir créé ce nom (dérivé de « topos » = lieu, et « nomos » = science) revient à l’historien belge G. KURTH, qui est originaire de notre Luxembourg. Cette science est trop nouvelle pour pouvoir tout expliquer ; le mystère entoure encore une foule de noms qui nous sont familiers, mais que nous ne comprenons plus. Au cours d’une promenade autour de la Salm, nous préciserons la signification et l’origine de quelques termes locaux.

Honneur d’abord à VIELSALM ! Ce nom résulte évidemment d’une déformation de Vieille-Salm. La voix populaire a longtemps cherché une étymologie facile, en rattachant ce nom à salmo, le saumon, qui aurait jadis abondé en nos rivières. Les armoiries de la commune présentent encore deux saumons opposés dos à dos. Pourtant, l’élément « Salm » est tout autre chose ; il s’agit d’une racine très ancienne, répandue dès les temps préhistoriques dans toute l’Europe et même en Asie Mineure. Il désigne des mers, des caps, des fontaines, des rivières ; il se rattache donc à l’idée générale d’eau en mouvement. Aussi n’est-il pas surprenant qu’il ait désigné une rivière : la Salm, dans notre région.

Lorsque la terre se morcela en fiefs, au moyen âge, le nom fut appliqué au « comte de Salm », le seigneur du pays. (La première mention historique date de 1035). Le château-fort bâti par les comtes vers l’an 1000, à l’emplacement de la propriété MOUTON, attira sous sa protection un village qui prit naturellement le nom de maître du lieu.

Mais, vers 1350, les comtes abandonnèrent cette résidence pour construire un nouveau château en amont, à l’emplacement stratégique qui commande l’entrée de la Fosse Roulette. Au pied de ses murs, s’aggloméra un nouveau village, Salm-la-Franchise, qui prit plus tard le nom de SALMCHATEAU.

Dès ce moment, on comprend que les textes anciens aient opposé : la Vieille-Salm, ou Salm-la-Vieille, à Salm-la-Franchise, ou Salm-la-Neuve. Peu à peu, la Vieille-Salm s’est altérée en Vielsalm, comme on l’appelle aujourd’hui.

Le nom de Salmchâteau fait allusion à cette nouvelle résidence que les comtes de Salm ont bâtie, il y a six siècles, sur les hauteurs dominant la rivière.
Lorsqu’il construisirent la forteresse, les comtes accordèrent une franchise à l’endroit ; on entend par là une exemption de certaines taxes que le prince octroyait pour attirer les manants sur ses terres. Ainsi le nouveau village prit le nom de Salm-la-Franchise ; on le baptisa aussi Bas-Château et même Basse-Ville. Le nom de Salmchâteau se généralisa quand disparut le privilège comtal.

RENCHEUX, l’autre « banlieue » de Vielsalm, dissimule mieux ses origines. Il y a quelques siècles, tout contribuait à séparer Rencheux de notre localité : les rochers abrupts qui cernaient le château, la Salm qui inondait les Doyards, le caractère rocailleux du ravin. Il faut, semble-t-il, rattacher Rencheux à un mot wallon : rin, qui désigne les branches du noisetier, qu’on emploie comme tuteurs pour soutenir les tiges de pois. L’appellation ancienne du lieu est Rincheu que l’on prononce aussi Rinchê en patois.

Le suffixe n’est pas inconnu dans la région. On peut relever des noms parallèles : un triheux est un terrain en friches ; un ronhieu ou ronchieux désigne une terre couverte de ronces ; un pircheux est un terrain pierreux.

Il semble donc qu’on ait dénommé Rincheu, ce versant de la Salm couvert d’arbustes, particulièrement de noisetiers. Aujourd’hui encore, de part et d’autre de la « Tchavée », qui gravit la côte, les pentes rocailleuses sont couvertes de futaies qui devaient tout envahir, avant que la main de l’homme élimine ces broussailles.

Quittons notre « capitale », pour survoler au gré de l’alphabet, le vaste pays de Salm, parsemé de petits bourgs aux noms sonores et parfois évocateurs.

ARBREFONTAINE est généralement assimilé à l’endroit dénommé Alba fontana (signifiant blanche fontaine), qui est cité dans des textes très anciens (déjà en 670). Cette étymologie, bien que séduisante, est très discutable, comme le montre un examen attentif du nom.

Les sources aménagées et munies d’un petit réservoir sont souvent désignées, dans nos régions, du nom de « fontaine ». on y joint ordinairement un adjectif ; citons Bellefontaine, Blanchefontaine, Menufontaine, Noirefontaine, Troisfontaine, dans notre province seulement. Il est naturel d’associer ainsi un adjectif à un nom. En revanche, Arbrefontaine résulte de la juxtaposition de deux noms : cette formation est moins normale, car on n’unit pas directement un nom à un autre nom, désignant des objets, sinon avec l’aide d’une préposition ou d’un article. Nous songeons à des localités comme Bois-de-Breux, Queue-du-Bois, Neuville-le-Chaudron.

Il est donc difficile d’identifier Albafontana avec Arbrefontaine. En outre, le groupe de consonnes lb n’aurait pu devenir rb en vertu des lois de la phonétique. Ajoutons que la position géographique de l’actuelle Arbrefontaine semble ne pas coïncider avec la situation de Alba fontana qui se trouvait plus au nord.

Il faut chercher la solution ailleurs. Si nous interrogeons le peuple, nous l’entendons prononcer aujourd’hui encore : Nâfontinne ou Afontinne. Des documents datant de 1501 et de 1525 montrent qu’à l’époque, la localité s’appelait déjà Alfontayne (1). Il arrive en effet qu’on ajoute une préposition à un nom de lieu afin de le préciser. Il semble bien que ce soit ici le cas et que le nom populaire signifie simplement « à la fontaine ».

L’appellation « Arbrefontaine » doit être une interprétation récente du terme wallon ; elle serait due à des scribes qui ont inconsciemment francisé le nom et qui l’ont déformé sous l’aspect que nous connaissons.

Concluons : il semble qu’il n’y a aucun rapport entre l’antique Alba Fontana et Arbrefontaine d’aujourd’hui. La tradition populaire explique aisément l’origine du nom : à la fontaine. Arbrefontaine est une forme moderne et artificielle.

BEHO est un nom d’origine germanique : Bockholz (la forêt de bouleaux) qui dérive d’un terme celtique plus ancien encore. Le mot s’est allégé des lettres qui paraissaient trop lourdes à des populations d’expression wallonne et il est devenu l’actuel Beho. L’aspiration germanique s’est pourtant maintenue dans la deuxième syllabe.

En wallon, le peuple dit parfois « Abhô » ; ce terme, mérite une explication. Jadis, on ajoutait une préposition devant la première syllabe de beaucoup de noms de lieu ; elle servait souvent à préciser l’endroit : à, en, de sur… (cf. Afontinne). Il est arrivé plus d’une fois, que la préposition s’agglomère au nom de manière plus ou moins définitive ; ainsi « à Beho » est devenu « Abhô ». cette forme du mot apparaît, dans des documents, il y a trois siècles.

BOVIGNY doit être rattaché à un nom de personne. Bovo est un nom d’origine franque qui fut latinisé sous la forme Bovinius. Il faut se rappeler que les Gaulois ont constitué dans nos régions de vastes domaines qu’ils désignaient du nom du propriétaire auquel on adjoignait le suffixe acus.

Ainsi Boviniacus représentait, il y a un millénaire, le domaine de Bovo. La finale du mot s’est usée un cours des âges, tandis que se maintenaient les syllabes les plus sonores. La graphie y est une fantaisie de scribe datant du moyen âge.

CIERREUX est également un village très ancien. Ce nom paraît formé de deux éléments : Cheron, un nom gaulois répandu dans le peuple, et un second terme : reux qui désigne un défrichement. Il s’agirait d’un domaine rural ayant appartenu à un certain Cheron. En wallon, on prononce encore le nom : Cherreux. Signalons qu’on doit attribuer la même origine au nom de Halconreux.

COMMANSTER a un passé plus mystérieux. Ce petit village porte, outre son nom wallon, une appellation germanique : Gommelshusen. Le suffixe ster est très répandu en Wallonie (Ster, Jehanster, Colonster…) ; néanmoins le sens du mot reste discuté. Il doit désigner un défrichement ou simplement une terre, un lieu-dit. En outre, la première partie de Commanster est d’origine obscure.

COO n’est autre chose qu’une sympathique forme wallonne : « cô », traduisant simplement le français cou. Ce mot imagé a désigné l’étroite bande de terre qui séparait deux boucles de l’Amblève. Une tranchée fut jadis creusée à travers ce « cou » par les moines de Stavelot ; depuis lors, l’eau s’y précipite en une cascade bouillonnante.

COURTIL est un nom de lieu très répandu depuis les débuts du moyen âge. Dans le latin populaire, « curtis » désignait une cour de ferme ou une exploitation rurale. On citerait beaucoup de composés wallons comme Walcour, Rocour, Amercoeur. Le domaine agricole de Courtil est connu par de nombreux documents historiques ; il était construit le long d’un chemin très ancien qui menait à Vielsalm.

FARNIERES doit probablement être rattaché à un nom d’arbre : le frêne. Farnières est une altération de Fresnières, c’est-à-dire « le lieu où poussent des frênes ». Le suffixe ières apparaît dans de nombreux noms de lieux : Rosières, Bossières, Tillières, pour désigner des plantations de roses, de bois, de tilleuls. Dans la langue populaire, Farnières est devenu Farnières, par métathèse, quand on perdit de vue le sens originel du nom.

FRAITURE dérive d’un vieux mot français : fraitis = friche, lieu désert. On désignait ainsi les terrains gagnés sur la fagne inculte. Deux lieux-dits ont porté ce nom dans notre région : l’un se trouve près de Nadrin ; l’autre village de Fraiture est voisin de Bihain sur la Lienne ; ses habitants, terrorisés par une épidémie de peste, l’abandonnèrent, paraît-il, au 16e siècle.

GOUVY est une localité à dénomination bilingue : au wallon Gouvy correspond l’allemand Gailig. Il semble que Gouvy doive être rattaché à Gaudiacus qui désigne le domaine d’un certain Gaudius. On peut aussi rapprocher ce nom de Gouy-lez-Piéton.

Des doublets dans le genre de Gailig — Gouvy ne sont pas rares ; la proximité de la zone de langue allemande crée des phénomènes analogues le long de toute la frontière linguistique. La déformation d’un nom de lieu est très naturelle lorsqu’il est prononcé par des populations qui ignorent la langue d’où le nom provient.

A GRAND-HALLEUX, les habitants se donnent aujourd’hui encore le nom de « Halonî » ou de « Haloneux ». En vieux français, un « hallot » désigne une branche ou un buisson ; ce terme est d’origine germanique. Ainsi, on appliquait jadis le nom de « Halleux » à des endroits brouissailleux. Ajoutons une constatation surprenante : Petit-Halleux a, de tout temps, été plus important que son voisin Grand-Halleux.

Cette localité a porté au 16e siècle un nom aujourd’hui disparu : Moustre, qui est une variante de Moustier. Cette appellation dérivait de monasterium ; elle évoquait l’existence du presbytère qui fut bâti lorsque Halleux fut érigé en paroisse

Il n’est pas rare, dans notre pays, qu’un détail religieux fixe le nom d’un lieu ; ainsi, La Gleize (= l’église) ; La Moinerie, Saint-Hubert, Purgatoire, se rattachent à des souvenirs historiques de ce genre.

A. LEKEU

(1)M. G. REMACLE a relevé ce nom dans un dénombrement d’anciens feux de la région.

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Ndlr : Cet article doit être lu avec beaucoup de réserves, il apparaît clairement que l’auteur n’a pas eu accès aux archives du comté de Salm !

dimanche 13 septembre 2009

Le gros Joseph, de Courtil.

Le gros Djôsef, courtaud, rougeaud et tout rondouillard, ne se tuait pas tellement au travail. Par contre, il transpirait beaucoup à boustifailler ; après quoi, il fallait bien qu’il se reposât. « Entre les coups », il prisait continuellement.

Un matin, après avoir, comme d’habitude, copieusement déjeuné, il doit aller à Beho, assister à l’enterrement d’une vieille connaissance. Après la cérémonie, Djôsef avait l’estomac dans les talons. Il se dirigea vers la mortuaire, croyant bien y trouver table mise pour e repas traditionnel des funérailles.

Malheureusement, il avait oublié que le défunt, lui aussi, misogyne impénitent, n’avait aucune parenté dans la localité. Rebroussant chemin et de plus en plus affamé, force lui fut d’entrer dans la première gargote rencontrée. Il s’y fit servir trois tranches d’un immense pain de seigle, une vraie roue de brouette, tranches grassement beurrées, qu’il avala goulûment, avec deux grandes jattes de café.

Puis il héla le patron pour régler la douloureuse : « C’est un demi franc ».
– « Mais, c’est trop cher ! Je n’ai pas mangé mon saoul » !
– «Tant pis, vous pouviez en prendre davantage pour le même prix » !
– « en ce cas, raboutomme li pan èt l’boure ».

et Djôsef, reculant de plusieurs crans la boucle de sa ceinture, se remet à table et enfourne quatre autres grosses tartines.
Enfin, il se redressa dignement et s’éloigna vers Courtil, en « pennetant » tout au long du chemin.

ROUVA

lundi 31 août 2009

Jeu d'autrefois, à Courtil-Bovigny.

C. GUILLAUME, dans G.S.H.A. n°6 (1977), pp.44-45.

Bovigny. Procession du 2 juillet.

(publié dans le Bulletin paroissial de Bovigny, septembre 1909)

1750.
Du temps passé, on faisoit une procession solennelle le jour de la Visitation de la Ste. Vierge (2 juillet) avec le Vénérable d’icy à St. Martin, de St. Martin à Cortil, de Cortil on revenait à Bovigny. Mais comme j’ai trouvé cette procession très fatigante et peu dévote parce qu’il n’y assistait que quelques jeunes gens. J’ai présenté une supplique à Liège pour la raccourcir où je n’ai pu rien obtenir, de là j’ai fait la même au Nonce Apostolique à Cologne, qui a permis au curé de la raccourcir. Depuis lors, j’ai allé avec la dite procession d’ici en droiture à la croix sur le gros Baileux, et de cette croix à la chapelle de Cortil, et de là on est retourné en droiture icy à Bovigny. ENGLEBERT, doyen.

Depuis l’abrogation des fêtes, la procession est remise par le Grand vicaire de Liège au jour de l’Assomption, 15 d’août. Signé J. LEMOINE, curé.
Extrait d’un vieux registre paroissial.

Paroisse de Bovigny. Édifices religieux.

(publié dans le Bulletin paroissial, août 1910)

L’ancienne chapelle de Notre-Dame, érigée à Bovigny au 15e siècle devint officiellement le centre paroissial en 1717. Elle avait été reconstruite et agrandie en 1684 sous le pastorat de Sire Henri RUTH. Elle fut consacrée en 1714, sous le pastorat de Sire Nicolas MACHURAY, par Mgr. LIBOIS, évêque suffragant de Liège. La cloche actuelle date de 1723.
L’église actuelle a été réédifiée et agrandie en 1891, elle est dédiée à St. Martin.

Courtil possédait une chapelle, dédiée à St. Hubert, déjà citée en 1604. Elle a été démolie et remplacée par la belle chapelle actuelle en 1898. Courtil fut érigé officiellement en chapellenie l’an 1762.

Rogery fut doté d’une chapelle en 1714. Le patron était St. Eloi. L’érection en paroisse eut lieu en 1839.
La section paroissiale de Cierreux, sauf 3 maisons situées sur l’ancien chemin de Vielsalm (le moulin) avait une chapelle vicariale dépendant de Vielsalm et construite en 1704. Le village de Cierreux fait partie de la paroisse de Bovigny depuis 1802. Jusqu’en 1816, un vicaire y résidait. L’ancienne maison vicariale a été démolie il y a quelques années. Actuellement Cierreux n’est plus qu’une annexe reconnue vers l’an 1874 desservie par e vicaire de Courtil.

Halconreux possède une petite chapelle d’origine inconnue et dédiée à St. Donat. Souvent les habitants de Halconreux ont engagé un prêtre qui célébrait la messe le dimanche. Nous trouvons les noms de Sire PIROTTE, de 1759 à 1763, de Sire RENARD en 1763, de sire CRINE en 1762. C’est à Halconreux que M. WAGNER vicaire de Courtil se retira en 1861. Il y mourut en 1866.

dimanche 26 juillet 2009

Polissoirs.

(mise-à-jour le 06/09/09)

Dans le mur extérieur d’une ferme de Courtil qui a appartenu à la famille LOMRY, près de la chapelle, sont encastrés deux larges blocs d’arkose. Ils proviennent des environs de Salmchâteau et ont été amenés à Courtil par le docteur LOMRY.
L’un mesure environ 1 m. X 0,80 ; l’autre, un peu davantage.
Chacun d’eux comporte des rainures de diverses dimensions, atteignant jusqu’à 17 cm. de longueur, 1 cm. De largeur et 0,6 cm de profondeur.
Il s’agit de polissoirs antiques. Selon l’étude dont ils ont été l’objet, il convient de les dater, non pas de l’âge néolithique, mais également de l’âge du fer.






Les polissoirs de Courtil. (photographies de Gaby LALLEMAND)

(A. MARCHAL, À propos des polissoirs de Courtil, dans B.I.A.LUX., pp.69-73.)

Ndlr:

1) P.LEJEUNE relate la découverte de 2 polissoirs d'arkose entre Cahay et Neuville.
(P. LEJEUNE, "Polissoirs" d'arkose (Cahay-Neuville), dans G.S.H.A. n°8 (1978) pp.81-82)