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jeudi 17 septembre 2015

VIELSALM : DE LA PROPRIÉTÉ BIEVER à la RUE DU VIEUX MARCHÉ (6/6)


En huit ans, l’ensemble de la propriété non bâtie est donc aliéné. Pour les constructions, il faudra attendre quatre années de plus.

En effet, le 30.06.1965 le pharmacien Robert Delcominette-Grutman , établi en haut de la place  comme successeur des Moxhet, acquiert la maison en ruines d’une superficie de 10 ares 42 ca.
 En 1966 intervient l’événement le plus spectaculaire du démantèlement de la propriété : la destruction de la grosse maison Sépult et de ses dépendances.  L’Annonce de Vielsalm  du 12 février signale que  les entreprises Schröder démolissent actuellement les immeubles Sépult, place P.Moxhet. Monsieur Delcominette va  construire sur leur emplacement, en 1968,  un nouvel immeuble à usage de pharmacie et de maison d’habitation. Il sera toutefois exproprié d’une partie pour élargir la grand-route qui était particulièrement étroite à cet endroit. Si étroite d’ailleurs que lors de la création du tram vicinal Lierneux-Vielsalm en 1904 l’origine de la ligne qui devait se trouver au bas de la place du marché avait été déplacée jusque devant la Boutique Klons actuelle  vu l’impossibilité  d’établir une double voie pour ramener les motrices en tête du convoi dans ce véritable goulet.
Je me souviens aussi qu’à cet endroit le trottoir était taillé dans le rocher.
Voilà donc détruite cette grosse demeure qui figure sur tant de cartes postales de la place du marché et qui, durant les dernières années avant sa destruction, était à l’abandon et donc un terrain de jeu rêvé pour les jeunes du quartier. Certains pourraient nous raconter leurs expéditions dans les nombreuses pièces qui étaient encore partiellement meublées. Je n’étais pas de ce quartier : je n’y suis donc pas allé et j’en suis frustré.



Actuellement, le nouvel immeuble a été partagé : côté Place Moxhet il abrite la pharmacie Séghers, deux commerces en-dessous (Laines et tricots d’Anita Lugen et salon de coiffure d’Anne-Sophie meunier) et un appartement ; à l’arrière, un immeuble à appartements.
Le 26 février 1978, soit cinq jours avant son décès, en Suisse donc, elle teste en faveur des œuvres paroissiales de Vielsalm : sans doute la parcelle d’accès à la rue de l’Hôtel de ville est-elle incluse dans ce legs. Celle-ci, acquise par la Commune, vient d’être aménagée pour  conduire  au nouveau parking chargé de délester les rues du centre.
La vieille propriété  Biever puis Sépult a ainsi vécu.
En lieu et place de la grand muraille de schiste, à l’aspect rébarbatif diront certains mais tellement représentative de l’extraction et de la transformation du schiste dans nos carrières, on trouve de nos jours une suite ininterrompue d’entreprises commerciales – à  deux exceptions près – qui constitue une partie de l’artère principale de la localité.


Merci à Marie-Rose Bodson-Fransolet, Pierre Christophe, Marcel Roth, Georges Benoit, Joseph Léonard, l’ASBL Val du Glain, Terre de Salm pour la consultation de la collection de L’Annonce de Vielsalm, Geneviève Fourneau-Orianne, Jeanine Wayaffe, Christine Hoyoux et bien sûr à Joseph Toubon..

Ce texte enrichi  de quelques documents iconographiques peut être obtenu en fascicule.
  
Robert NIZET /     robertnicolas.nizet@gmail.com / 080/420959                        





Á partir de la droite : mur de la parcelle Lambert, maison Edgar Hoffmann, maison André Lejeune, magasin d’électro-ménager de René Huart, magasin UNIC, magasin Super Fémina, pas encore de galerie du Vieux Marché, espace libre, magasin d’électro-ménager Gustin, garages Bechet, pas encore d’Hôtel des Myrtilles, mur de la propriété Delcominette. La photo date de la toute fin des années ’60.





vendredi 4 septembre 2015

VIELSALM : DE LA PROPRIÉTÉ BIEVER à la RUE DU VIEUX MARCHÉ (5/6)




Le lendemain, c’est-à-dire le 10 juillet 1953, les deux demoiselles Lambert de Vielsalm, Marthe et Jacqueline,  acquièrent la parcelle entre celle d’Hoffmann et la propriété de leur père, le notaire Jules Lambert : ce sera leur jardin. Lorsque la commune de Vielsalm achètera plus tard  cette dernière aux quatre filles Lambert, héritières,  elle laissera de côté ce jardin parce qu’il y avait en fait deux propriétaire différents ! Il n’y aura construction sur cette parcelle que  récemment, lorsqu’elle sera acquise par Monsieur Meurice  qui, grâce à un important empiètement sur cette ancienne propriété Lambert devenue donc entretemps propriété communale, y construira deux immeubles imbriqués comprenant deux commerces, quatre appartements et l’agence du Crédit Communal devenu Belfius.

En 1954 intervient la vente des deux parcelles suivantes vers la place : le 29 avril à André Lejeune qui y construit sa maison en 1955, toujours maison d’habitation de nos jours et seule dans ce cas dans la partie de rue qui nous intéresse ici, et le 11 mai 1954 à Camille Huart-Geubel qui établit une première construction  l’année suivante.

En 1957,  quatre nouvelles parcelles sont vendues
Une à Joseph Lignoul-Georges le 15 avril (construction d’une maison et d’un atelier de menuiserie la même année) et deux  à Armel Huart-Minguet et à  Pol Huart (construction d’un garage  en 1957 reconverti en atelier l’année suivante) le 8 mai .
L’atelier appartenant en indivision à Armel et Pol Huart est attribué à Pol suite à un partage du 24 juin 1959. Pol démolit l’atelier la même année et le remplace par une maison en 1962. Il l’agrandit en 1965 puis en fait une supérette à l’enseigne UNIC.
 A l’heure actuelle,  ces dernières sont occupées par  CRÉANET (anciennement UNIC), par le commerce de chaussures  La BOT’IN et par le salon de coiffure de Christophe Remacle, avec logements à l’étage.
Une autre à Jean Christophe-Wayaffe  le 6 mai qui y construit une maison en 1957, agrandie en 1965 et en 1972,  et une à Madame Léontine Bastin épouse de Adolphe  Lierneux le 8 août. Cette dernière sera acquise en 1977 par Pierre Christophe. Ici aussi, il est établi une servitude  au profit du bien restant appartenir aux Sépult permettant le passage sans restriction, en tout temps, à pied ou en véhicule, sans qu’il puisse jamais y exister une entrave quelconque.
Suivant L’Annonce de Vielsalm du 23 mars 1979,  la réouverture du Super Marché Fémina fermé pour cause des travaux de création de la galerie eut lieu en même temps que l’ouverture de celle-ci le jeudi 29 mars 1979.
Le 27 septembre 1957,  le jardin contre la maison Sépult est acquise par Georges Erler-Boutet. Il n’y aura ici une construction qu’à partir de 1971-72 lorsque René et Jeanine Laurent-Wayaffe créeront  L’Hôtel des Myrtilles ouvert en 1973.
Le 8 mai 1958 une parcelle est vendue à Jules Parmentier-Legrand qui la revend en 1960 à Yvon Jourdan-Wayaffe ; elle passe à son épouse Jeanine suite au décès d’Yvon le 23 janvier 1961. Une maison  avec commerce de bijouterie y est construite en 1962, actuellement occupée par l’immobilière de Guibert Grandjean.

Une nouvelle série de ventes intervient en juillet 1958 au profit de  (à partir de la parcelle acquise par Erler) Jean Bechet-Denis le 18 juillet (il y construit un garage en 1965 remplacé par une maison en 1968),  Albert Kopp-Rinck  le 30 juillet et Antoine Demoulin-Erler le 18 juillet. Sur ces deux dernières parcelle a été construit récemment un immeuble à appartements avec bureaux au rez- de- chaussée.
Jean Gustin-Formann achète sa parcelle le 14 novembre 1961,  y construit une maison en 1964 avec commerce d’électro-ménager qui sera repris par son fils. C’est devenu récemment la boulangerie de Dominique Bomboir.
Le garage construit par Jean Bechet sera acquis ultérieurement par L’Hôtel des Myrtilles et l’ensemble ainsi formé  regroupe actuellement le restaurant-pizzeria Il Giardini, le café  Le Pousse Café, le restaurant La Table de Marie et l’hôtel Best Western-Les Myrtilles.

En huit ans, l’ensemble de la propriété non bâtie est donc aliéné. Pour les constructions, il faudra attendre quatre années de plus.
                                                                               Robert NIZET


samedi 8 août 2015

VIELSALM : DE LA PROPRIÉTÉ BIEVER à la RUE DU VIEUX MARCHÉ (4/6)


Les années sinon les mois de la grande propriété sont comptés.
Et effectivement dès 1953, un projet d’aménagement de celle-ci est établi. On est sûr de la date car il est représenté sur ce plan une future construction  [de] Mr Hoffman. On le verra plus loin, Edgard Hoffmann a acheté une parcelle en 1953 et y a construit sa maison en 1954. Ce projet prévoit une demi- douzaine de maisons espacées par des îlots de verdure : on verra que la réalisation sera quelque peu différente.
Le 20 mai 1956, L’Annonce de Vielsalm publie un avis du notaire Jean Duchâteau-Caprasse informant le public qu’il est chargé de vendre de gré à gré à la demande de Mademoiselle Marie-Thérèse Sépult trente-cinq parcelles de nature et d’importance diverses et réparties dans toute la commune, et notamment une maison de maître sise place Paulin Moxhet, avec nombreuses dépendances, remise, jardin et vastes garages, d’une contenance formant ensemble de 17 ares 10 ca.
Elle est bien décidée à tout vendre pour, on le verra plus tard, rejoindre son frère  dans son exil helvétique.
Marie-Thérèse Sépult.


***

Parcelle par parcelle, la propriété du centre de Vielsalm va donc être vendue complètement. La chronologie de son démantèlement me semblait intéressante à établir. N’ayant pu obtenir du Cadastre les modestes renseignements que je sollicitais, j’ai donc dû m’y prendre autrement et ayant frappé à la bonne porte, celle de Joseph Toubon que je remercie déjà,  j’ai pu établir grosso modo la transformation du grand mur de schiste en rue bâtie. Ce qui suit n’est pas un relevé exhaustif de l’évolution des parcelles cadastrales : ce n’est pas le but. Chacun  pourra  éventuellement compléter ce texte par des précisions personnelles. Toutefois, ceux qui auraient des renseignements complémentaires intéressants, qui connaîtraient des anecdotes, qui posséderaient des photos (une de Jules  Sépult serait particulièrement bienvenue) ou des documents relatifs à ces transformations pourraient me les communiquer directement (*)  ou à l’éditrice de L’Annonce. Ils en sont déjà remerciés.


Edgard Hoffmann, sur le clocher de l'église.
Le premier à acquérir une parcelle, le 9 juillet 1953, est Edgard Hoffmann. Il y construit une maison en 1954.  Il est surveillant de travaux et au même moment ont lieu les travaux de construction de la nouvelle église. Les mauvaises langues racontent que tous les camions de pierres n’allaient pas jusqu’à l’église ! Il est un fait que les matériaux sont les mêmes.  La parcelle d’Hoffmann étant enclavée, il est convenu dans l’acte de vente qu’il est établi à perpétuité au profit du lot vendu une servitude de passage de trois mètres de largeur sur les parcelles voisines de telle sorte qu’il aura accès à la rue de l’Hôtel de Ville.
Edgard Hoffmann décède sur le chantier de l’église le 25 novembre 1954 alors que l’aménagement final de sa nouvelle maison n’est pas terminé. Sa veuve Germaine Denis ne l’occupera guère car elle suivra comme dame de compagnie Marie-Thérèse Sépult en Suisse jusqu’au décès de cette dernière en 1978 donc. Madame Denis et sa fille nous vendront cette propriété en 1986. Les caves et le garage seront transformés en local commercial à destination de librairie-papeterie d’abord et actuellement d’atelier de reliure artisanale.
Remarquons que du grand mur de schiste existant au moment où commencent ces ventes il ne reste actuellement qu’un morceau de moins de trois mètres nous appartenant.

(*) robertnicolas.nizet@gmail.com                                   Robert NIZET                                                       


mercredi 29 juillet 2015

VIELSALM : DE LA PROPRIÉTÉ BIEVER à la RUE DU VIEUX MARCHÉ (3/6)

Et puis il y avait eu ce fait divers dramatique : le 29 décembre 1935, Jules Sépult  avait abattu, au Bois Lemaire, son ami Henri Archambeau âgé de 29 ans.

 L’Organe de Vielsalm  du 5 janvier suivant  se borne à signaler dans sa nécrologie que Monsieur Henri Archambeau est décédé tragiquement le 29 décembre 1935. Aucun développement de ce fait tragique : il ne faut pas déplaire aux Sépult !
Heureusement, L’Annonce de Vielsalm est moins servile et plus diserte car à la même date elle publie un compte rendu sous le titre  A Vielsalm, un affreux crime de la folie  dont voici l’essentiel.

Notre petite ville a été dimanche dernier, le théâtre d’une horrible tragédie qu’il faut, paraît-il, attribuer à la folie. [… ]Dimanche donc vers 9 heures du matin, M.J. Sépult, 28 ans, partait pour la chasse dans les bois situés entre Vielsalm et Grand-Halleux. Monsieur H. Archambeau, son traqueur habituel et son chien l’accompagnaient. Plusieurs personnes qui croisèrent les deux hommes ne remarquèrent rien d’anormal dans leurs allures. Pourtant vers 11h30,  Sépult arrivait à Grand-Halleux chez un ouvrier de ses parents, Mr Dumont, et lui déclarait qu’il venait de tuer Archambeau et son chien. M. Dumont qui connaissait le caractère exalté du jeune homme n’en crut rien d’abord. Sépult demanda par téléphone un taxi pour le conduire à Marche et se fit arrêter en chemin à Arbrefontaine chez M. le Curé, un ami de sa famille. Il lui raconta aussi la tragédie. Le prêtre lui conseilla d’aller se constituer prisonnier, tandis que lui-même se chargerait d’avertir ses malheureux parents.Or, dans l’après-midi, M. Dumont pris d’un doute vint à la gendarmerie de Vielsalm raconter ce que Sépult lui avait dit. La gendarmerie alertée apprit qu’en effet les chasseurs n’étaient pas rentrés, puis un peu plus tard que Sépult était arrêté à Marche. Cependant la nuit tombait et pour essayer de retrouver le malheureux Archambeau, on fit appel aux jeunes gens et une battue dans les bois fut organisée.[….] Ce n’est que vers 6h30 que le pauvre garçon fut retrouvé étendu sans vie à proximité de la roche du Hourt. Il tenait encore à la main le gobelet d’un thermos.Entretemps, le Parquet avait décidé de ramener le criminel sur les lieux et une reconstitution eut lieu dans la soirée. A aucun moment, Sépult ne manifesta le moindre repentir. Il déclara au Parquet que, depuis quelques temps,  Archambeau prenait trop d’emprise chez lui et qu’il fallait que ça finisse. À peine arrivé au bois, il tira sur le jeune homme un coup de fusil mais la charge se perdit dans le carnier que portait Archambeau. Pris de peur, celui-ci voulut fuir mais à 10 mètres deux nouveaux coups l’atteignirent l’un à la tête l’autre dans la région du cœur ; il tomba, Sépult le suivit et comme le pauvre homme réclamait à boire il lui tendit son gobelet rempli d’eau puis il l’acheva à bout portant. Il se mit alors à la recherche de son chien et à quelques trois cents mètres de la victime qui agonisait, il abattit aussi la pauvre bête. […]La nouvelle de ce crime affreux ne fut connue à Vielsalm que vers 6 h du soir. Une émotion indescriptible s’ensuivit.


Henri Archambeau [frère d’Alexis Archambeau qui était le beau-père de Monsieur Léon Ginsburg et le grand-père d’Anne-Marie Dourte, photo prise lors de son service militaire] était un garçon très estimé. Il avait perdu sa jeune femme [Maria Schüttler, de nationalité allemande et gouvernante à Vielsalm qu’il avait épousée le 5 janvier dernier et qui était déjà décédée le 16 mai !] il y a quelques mois à peine et s’était montré très affecté par cette perte. Il habitait avec son père [Gengoux Archambeau, surnommé Djingoux dès sôlyètes parce qu’il était menuisier, pour le distinguer de l’autre Gengoux Archambeau, fabricant de pierres à rasoir, surnommé lui Dingoux dès pîres] dont la douleur atroce fait vraiment peine à voir. Sépult est l’unique fils d’une famille très honorable. Il était connu pour un caractère bouillant et l’on se demande comment il pouvait encore porter des armes. Il y a 3 ans, au cours d’une crise, il avait déjà tiré sur son père.

Ce fait se serait passé légèrement plus haut que l’actuelle carrière du Hourt et non pas, comme le croient certains, à l’endroit où se dresse une croix le long de la route à proximité de la ferme du Bois Lemaire.
L’affaire avait fait d’autant plus grand bruit dans la localité  que Jules Sépult échappera à la Justice en s’exilant en Suisse, parce que, dit-on, sa famille avait des sous. Mais sans doute l’a – t – on fait aussi passer pour fou et donc déclaré irresponsable ?
Marie-Thérèse, à cinquante ans bien sonnés, est restée célibataire et est donc seule pour gérer l’important patrimoine reçu des parents. Elle dispose toutefois d’une procuration établie par son frère devant un notaire de  (illisible) en république libanaise le 18 février 1950. (S’il ne peut évidemment rentrer en Belgique, il semble qu’il voyage  néanmoins).
 Les années sinon les mois de la grande propriété sont comptés.

                                                                                                  Robert NIZET

vendredi 24 juillet 2015

VIELSALM : DE LA PROPRIÉTÉ BIEVER à la RUE DU VIEUX MARCHÉ (2/6)

Imaginons un instant que nous sommes revenus un siècle en arrière.

On entrerait chez Sépult par la grande porte cochère par où passait  tout le charroi propre à l’activité d’un gros négociant. On laisserait la maison des patrons : nous n’y sommes pas admis. On découvrirait dans la cour ce charroi au repos - un char à foin, un tombereau, un chariot-  envahi pour l’instant par les poules occupées à picorer, en caquetant,  la traînée de  maïs que la servante leur a jeté. On se souviendrait que, jadis, des chevaux et des chiens de chasse à courre ont, ici,  été hébergés. Derrière les grandes remises, on pénétrerait dans le beau  potager avec ses nombreux carrés de poireaux, carottes, haricots, choux, oignons. Tout autour fleuriraient pois de senteurs, phlox, et lupins. Après un rang serré de groseilliers à maquereaux et de noirs cassis, on trouverait dans le verger de nombreuses variétés de pommes et des biyoques  de toutes sortes. On sentirait le chèvrefeuille grimpant contre le mur, le lilas aussi, et on entendrait le bourdonnement des abeilles et des gros maltons, le tchif-tchaf du pouillot véloce, la moquerie du merle, le bavardage de la pie et les notes flûtées des mésanges… Sur l’herbe seraient étendus, pour blanchir,  les draps de lits et le linge de maison.



La maison du notaire par Mary Lang, le 22 août 1910, dessin envoyé à Dykes Lang à Glasgow

En regardant du haut du grand mur vers le côté bâti de la rue,  on découvrirait une animation de tous les instants. À l’hôtel Bourgeois, deux servantes, prussiennes  à les entendre s’interpeller,  secouerait l’une les draps de lit par la fenêtre, l’autre laverait le seuil en pierre bleue à grande eau. Chez Ernotte-Colson, le patron et son commis disposeraient devant la porte les articles de quincaillerie, de ménage et d’éclairage pour attirer les clients de passage. Gaston Gillet sorti de son atelier avec le tablier maculé d’encre d’imprimerie nous adresserait un signe de connivence : la composition de L’Organe de dimanche est bien avancée. On entendrait sur les pavés le cheval tirant la charrette aux roues cerclées de fer de la boulangerie Masson et, jusqu’à ce qu’il soit au moins chez Beaupain,  les roudjons de son collier. On verrait le tram à vapeur, détaché  des wagons de voyageurs, dépasser ceux-ci par la double voie pour se replacer en tête du convoi. On sentirait la fumée s’échappant de sa grosse cheminée et on entendrait le sifflet annonçant le départ vers Lierneux. Le machiniste François Wansart nous saluerait d’un geste de la main. On ne serait pas certain de remettre  la dame assise (est-ce Catherine do fôrîr ou  Madame Lenfant ou encore une autre ?) discutant avec Marie Jacob de Ville-du-Bois et Marie-Joséphine  Lemoine de Rencheux.  Et si c’est jour de marché, la rue grouillerait alors d’une multitude de cochons et de gorets maintenus en place tant bien que mal par les paysans. Le brouhaha de la place où sont les bovins nous parviendrait atténué.
On s’assoirait alors sur le vieux banc adossé au mur de chez Lambert.
On regarderait le soleil se coucher derrière Rencheux.
On écouterait l’angélus descendre du vieux clocher.
On serait bien…
***
Mais revenons les pieds sur terre.
Un demi-siècle plus tard, la guerre et sa dernière offensive sont terminées depuis une dizaine d’années : leurs derniers dégâts sont encore visibles.
Les temps ont bien changé, les contingences économiques aussi.
Les parents Sépult sont décédés, lui en 1943 en pleine tourmente, elle en 1948.
Et puis il y avait eu ce fait divers dramatique : le 29 décembre 1935, Jules Sépult  avait abattu, au Bois Lemaire, son ami Henri Archambeau âgé de 29 ans.


Robert NIZET

mardi 14 juillet 2015

VIELSALM : DE LA PROPRIÉTÉ BIEVER à la RUE DU VIEUX MARCHÉ (1/6)

Actuellement, la rue du Vieux Marché (anciennement rue de la Station) est presqu’intégralement bâtie des deux côtés. Il n’en a, évidemment, pas toujours été ainsi et sans remonter à Mathusalem, les plus anciens habitants de la localité se souviennent que le côté gauche quand on vient de la place Paulin MOXHET (anciennement place du marché) était bordé par un long et haut mur en pierre sèche de schiste d’environ 175  mètres de long et qu’un gros et vieil immeuble faisait le coin de la place du marché.
Il peut être intéressant  d’établir la chronologie du démantèlement de cette propriété généralement connue sous le nom de SÉPULT et de l’urbanisation de ce côté de la rue. Son origine remonte en fait à plus de quatre cents ans et la première partie de ce texte est un résumé de l’article de Gaston Remacle publié dans les nos1 et 2 de 1968 du Bulletin de l’Institut archéologique du Luxembourg  sous le titre Anciennes maisons de Vielsalm.
À la fin du 16ème siècle, alors que Vielsalm n’était qu’une agglomération d’une trentaine de maisons autour de l’église, l’endroit portait déjà une demeure occupée par Jean BIEVER († vers 1602), la plus haute personnalité du comté de Salm. À la maison joignait une  belle propriété : l’aisance derrière la construction, jardin, potager et champs. Celle-ci connaîtra au cours des siècles suivants nombre de vicissitudes.
Incendiée en 1636 par les Hollandais, elle restera très longtemps à l’état de ruines rachetées en 1656 par Jean Pierre ( † 1657), petit-fils de Jean Biever, en 1698 par Jean Quirin  Deumer,  arrière -petit-fils du même qui en fera don à ses deux neveux, les frères Gaspar et Jean-Quirin  Remacly. Ceux-ci, vers 1750, reconstruisirent une demeure spacieuse « située desous le marché à Vielsalm avec une cour renfermée, deux écuries de vaches, une bergerie, écurie de chevaux et granges ; … derrière les dites granges un petit jardin à herbe et derrière celuy-ci un jardin potager, derrière celui-ci un verger. »



Divers propriétaires se succéderont ensuite : Henri David de Malmedy ; le notaire Jean-Louis Raphaël ; en 1845, au début du Cadastre dans notre région,  le négociant en pierres à rasoir et bourgmestre de la localité Christophe Lamberty ;  entre 1848 et 1852, Pierre-Joseph Offergeld, négociant en pierres à rasoir ;  le clerc de notaire Charles Botte et, le 10 mai 1878,  Pierre-Joseph Sépult, célibataire et négociant. Celui-ci décède le 17 décembre 1895 et le bâtiment devient, au partage de ses biens, la propriété de Pierre-Narcisse Sépult.
Ajoutons encore qu’en 1853 et durant quelques mois, les écuries et annexes de cette maison abritèrent les débuts chez nous de la chasse à courre emmenée par le comte de Cornélissen.

Jean-Bernard SÉPULT, cultivateur et Marie-Thérèse MASSON
Pierre Narcisse SÉPULT                 ° 28.10.1861 à Vielsalm  †19.02.1943
Mariage le 09.02.1899 à 37 ans et alors qu’il est négociant, avec
Louise ANDRIANNE                     ° 05.04.1874 à Mellier     †11.12.1948
Deux enfants :
Marie-Thérèse                                 ° 30.11.1899   † 02.03.1978 à Fribourg (CH)
                                                                                              Célibataire
Jules Octave François Joseph         ° 14.04.1908    † 18.11.1963 à Berne (CH)
                                                                                              Célibataire


                                                                                         Robert Nizet