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jeudi 31 décembre 2009

3. Relations entre seigneur et sujets.

Les droits seigneuriaux indiqués ci-dessus donnent une idée de ce que devaient être les relations entre sujets et seigneurs au comté de Salm.

Mais quel était l'esprit de ces relations ? L'autorité s'efforçait-elle de rester dans la justice et la bienveillance, en tenant compte de l'évolution apportée progressivement dans les mœurs et les besoins ? Les sujets, eux se préoccupaient-ils d'accomplir loyalement leurs obligations ?

En tout cas, au XVIIIe siècle, l'esprit de ces derniers n'est guère à la soumission. Depuis longtemps, le comte ne réside plus dans son domaine, pratiquement depuis la fin du XVe siècle. D'autre part, la population est devenue assez importante ; rien d'étonnant si elle prend conscience de sa force et de sa personnalité.

On voit le comte se soucier d'une bonne justice, pourtant. De façon formelle, il ordonne par exemple, le 6 février 1539, que « doresnavant toutes choses dans notre pays et haulteur soit fait par droit mesure et raison, sans faire tort à nos sujets et surceans, et sans fouler le pauvre » ; l'ordonnance fixe ensuite certaines règles d'application en vue de ce but.

Le 3 mai 1722, une nouvelle ordonnance viendra rappeler et confirmer celle de 1539 ; elle trouve un appui, sollicité préalablement, dans une autre de Sa Majesté l'Impératrice.

Le 21 janvier 1737, le comte reproche même à ses justiciers d'avoir permis des impositions excessives.

Malgré certaines incompréhensions peut-être, particulièrement au dix-huitième siècle, c'est encore le souci de l'intérêt des sujets et de celui du comté qui apparaît bien dans l'utilisation des richesses matérielles du territoire telle que s'efforcent de la régler les seigneurs ; les carrières, les bois, les terres.

Les carrières, rappellent des ordonnances de 1737 et 1738, sont à la disposition de tous et des seuls sujets du comté ; car le fonds reste au comte (c'est-à-dire au souverain gérant le domaine public), la modique redevance demandée aux exploitants est purement personnelle et exclut le travail en collaboration ou salariat. C'est plus tard seulement qu'un autre régime s'implantera peu à peu, dans la seconde moitié du siècle.

Les bois sont l'objet du même souci. Des ordonnances datées du 1 octobre 1731 et du 15 décembre 1736 s'efforcent de prévenir les dévastations, de rappeler les forestiers au devoir, tout en assurant à tous la disposition des quantités nécessaires de bois.
La population qui augmente a besoin de terres et de bois. Le comte se préoccupe de régler l'appropriation des terrains vagues et non cultivés, sous la forme de concessions d'acensements personnels. Particulièrement au XVIIIe siècle, de nombreux acensements sont concédés dont l'une des conditions était qu'ils fussent défrichés.



Il était demandé également une redevance annuelle assez modique, généralement « deux bons sols » pour un journal de terre ainsi accensée, « paiable à la recette au jour des sts Pierre et Paul de chaque année ». En outre, un supplément, payable en une seule fois, d'une demi-couronne de France par journal, à la fin du XVIIIe siècle, à titre de « vin d'honneur ». Ne pas confondre ces acins personnels avec les acins de communautés, ceux-ci étant d'ailleurs des étendues boisées.

Voici un exemple d'acensement personnel :

« Assansement fait en faveur de Jean Henri Parmentier de Ville du Bois. Ce jourd'hui 27 9bre 1791 pardt moi notaire admis au Conseil Souverain de Luxemhourg résident à Vielsalm sousigné présens les témoins au bas de cette dénommés, personnellement est comparu Jean Henri Parmentier de Ville du Bois lequel nous a déclaré d'avoir repris en assensement de son altesse monsgr le prince de Salm par le notaire sousigné son procureur d'office, un morceau d'aisance en Bruières d'un journal et demi, le journal de cent verges, la verge de seize pieds mesure St-Lambert en une seule pièce située en lieu dit maar-sart au finage de Burtonville joindant du deseur a Nicolas Burton du desous au chemin, du levant aussi au chemin et du couchant a Paul Bosquée parmis un cens foncier et indivisible de trois Bons sols paiable à la recette de ce comté au jour de St Pierre et Paul et dont la première échéance tombera a pareil jour de l'année prochaine et en sus d'une demie couronne de France et dix huit sols pour vin d'honneur une fois qu'il a payé comptents et sous condition de défricher le dit terrein a peine de nullité des présentes. Et pour le dessus réaliser et en requérir et opérer le transport et œuvre de loi ubique parties ont commis et constitués tous porteur de son double autentique de même que pour affirmer que la présente n'est directement ni indirectement en faveur des gens de main morte. Ce fait et passé à Vielsalm présent les Sieurs Honvlez échevins de ce comte et Jean Henri Lemoine de Rencheux qui comme requis ont avec le comparant outre moi notaire signé lecture fait ut supra J. H. Parmentier sont signés Honvlez testis avec pphe. J. H. Lemoine testis puis étoit in fidem J. J. Marthoz avec pphe ».

(CS, 1791-1794/102 et 103).


Au temps de la Révolution française, on regrettera un peu ce régime, puisqu'on se révoltera par les armes contre les nouveaux maîtres.
Joseph HENS, La guerre des paysans..., rappelle ce propos de son arrière-grand-mère, Marie-Jeanne HUBERT, de Commanster : « avant que les Français ne chassassent les Impériaux hors du pays, on était tranquille » ; tandis que les Français, après leur arrivée, « on les souhaitait à tous les diables ».

Pourtant, dès le début du XVIIIe siècle, on voit naître des débats incessants entre sujets et seigneur. Ils durèrent une bonne partie du siècle. Nous résumons ces événements d'après les détails recueillis par FAHNE dans les archives du château de Raitz en Moravie, et d'après d'autres documents de la Cour de Salm.

Les difficultés surgirent un peu à propos de tout. Un esprit général de désordre semble les dominer.

Plusieurs ordonnances seigneuriales, à cette époque, interviennent contre les abus qui se sont établis à propos de l'usage des bois, des carrières, de la pêche, du droit de mortemain.

Les sujets prétendaient avoir des droits égaux sur les forêts, et notamment le droit d'y conduire paître leurs porcs.

Requis en 1723 de fournir la corvée pour la reconstruction d'une aile incendiée du château de Salm, comme ils l'avaient fournie en 1645 après un autre incendie, et en 1653 pour des travaux de terrassement, ils refusaient maintenant, déclarant n'être tenus à la corvée qu'en mars et en septembre, et non pas pour de nouvelles constructions.

Ils refusaient également de payer la réparation des moulins banaux et contestaient le taux de la mouture.

Ils ne consentaient pas à payer un cadeau de noces de 1 500 florins à une des filles du comte François-Guillaume, alors que le comte appuyait cette revendication sur un droit qu'il assurait ancien et incontestable.

Ainsi, surgirent six procès devant le Conseil provincial de Luxembourg, évoqués en appel plus tard au Grand Conseil de Malines, sur l'usage des forêts, la reconstruction du château, les moulins, la pêche, les assensements, et le cadeau de noces à la fille du comte.

Ce dernier déposa plainte à Luxembourg concernant les travaux au château, le 26 juillet 1726. Il obtint gain de cause par sentence du 9 mai 1733, selon laquelle le Conseil provincial déclarait que « les communs habitans du Comté de Salme... auront à faire les voitures des bois, pierres, chaux, terres, d'eau, ardoises et matériaux requis et nécessaires aux bâtiments, réparation et entretien du château de Saline et faire la main d'oeuvre bien fondé » ; elle les condamnait également au paiement des dommages et intérêts ainsi que de la moitié des frais du procès.

(C.P. LUX. Sentence 1654)

Le 28 juillet 1740, le Conseil de Malines confirma cette sentence.

Quant au procès au fait de rabinage des bois, il fut intenté à Luxembourg par requête comtale du 13 février 1730.

Des soulèvements eurent lieu dans le comté, avant 1737 déjà.

L'agent principal des troubles était un LEONARD, réfugié à Halconreux afin d'échapper à des poursuites pour excitation au désordre dans la seigneurie de Houffalize. Se donnant la mission d'un tribun défenseur du droit du peuple, il excita les villageois, acquérant beaucoup d’influence et prestige. Soutenu secrètement par le haut-officier RUTH, il poussait la population à l'utilisation sans mesure des forêts. Après la sentence de 1733, il reprit ses excitations, faisant valoir que le recours au Grand Conseil de Malines modifierait en faveur des communautés, l'arrêt de Luxembourg. S'étant permis de faire chasser du comté les officiers de la prévôté ducale de Bastogne, il osa pénétrer plus avant dans le Luxembourg où il fut arrêté et jugé comme rebelle.

Pour couvrir les frais des procès, on vit, en 1740, les sujets effectuer plusieurs emprunts auprès de la baronne de WAHA, de Wanne, de 150, 1 100 et 750 écus, emprunts remboursés à partir de 1755 par les communautés sur lesquelles ils avaient été répartis.

Plusieurs documents concernant ces emprunts figurent aux actes de la Cour de Salm. Pour agir en leur nom, les sujets avaient choisi leurs délégués, « commis des communautés du comté de Salm », par acte passé devant notaire le 3 avril 1734, soit : Henri TOUBON, d'Arbrefontaine ; Henri-Martin PIRARD, de Bovignv ; Jean GENGOUX, de Grand-Halleux Paul ENGLEBERT et Henri COMTE de Vicisalm. Ces délégués agissaient en dehors du groupe des mayeur et échevins du comté ; ces derniers, d’ailleurs, se désolidarisèrent des 5 délégués et leur action, par acte du 23 mai 1746 passé par devant le notaire G. HONVLEZ.

(Protocole Not. HONVLEZ, archives détenues illégalement par A. LEJEUNE)

Après avoir gagné le procès sur les travaux au château, le comte perdit quatre des autres procès en première instance.

Son conseiller TARTREAUX, docteur en droit, qui le défendait au Conseil de Malines, homme sérieux et habile, présenta alors aux communautés une transaction, le 23 mai 1751. Elle proposait de partager par moitié les bois contestés, une moitié aux villages, l'autre au seigneur.

Celui-ci recevait également la dîme sur le produit de la part des villages, ainsi qu'une somme fixe de 200 pistoles pour les travaux du château et d'autres petites sommes pour les moulins et les acensements. Le cadeau de noces de la jeune comtesse était abandonné.

TARTREAUX réalisa l'accord proposé. Toutefois, le haut-officier E. A. RUTH, dont G. REMACLE va reparler, et le receveur GENGER, excitèrent sous main les communautés, déclarant que leurs délégués les avaient vendues au comte. Celui-ci, qui s'était déplacé expressément de Bedbur à Salm, furieux de cette calomnie, rejeta la transaction et repartit pour Bedbur. Les procès recommencèrent à Malines, en deuxième instance. Par sentence du 1 mars 1752, les communautés, cette fois, furent condamnées.

Le 20 août suivant, à leur tour les sujets offrirent une transaction. On y devine la tentative de voir adoucir la rigueur des décisions judiciaires et, au fond, d'y échapper.

La transaction fut acceptée car des documents ultérieurs en font état.

On peut se demander si le fait de l'absence du seigneur dans son comté, depuis longtemps, ne fut pas sans faciliter les excès, même chez ceux-là qui davantage devaient tenir au maintien de l'ordre. Car justiciers et forestiers, par exemple, se voient rappeler avec insistance, au respect des usages. La garde du château est défectueuse et des prisonniers parviennent à s'échapper.

En 1754, un certain Jean CONIL, chirurgien, fut arrêté pour crime d'homicide et emprisonné au château de Salm. Le maître de garde, Nicolas DAIROMONT, échevin, lui laissant beaucoup de liberté, le prisonnier s'évada en plein midi, pendant que DAIROMONT s'était absenté et que les gardiens jouaient aux cartes. Dans cette affaire, le haut-officier RUTH apparaît comme étant protecteur notoire de DAIROMONT.

(FAHNE, Cod. Dipl., pp. 326-328, publie à ce sujet un long document du 21 décembre 1754, extrait des actes du Grand Conseil de Malines).

Surtout, le haut-officier Eric-Adolphe RUTH apparaît dans tous ces événements comme jouant un rôle assez bizarre et peu conforme à ses devoirs envers son maître.

Le 7 janvier 1750, HENNUY écrivait de RUTH au comte Charles-Antoine, à propos de la situation désordonnée du comté : « Il faut que tout soit brouillé. Au lieu d'avancer les affaires come il seroit de son devoir, et de l'intérêt de votre Excellence et de ses sujets il ne cherche qu'a les prolonger pour se rendre nécessaire, consommer votre bien, absorber celui de ses pauvres sujets, semer la désunion partout et faire sa cour au détriment des autres et de leur bonheur ».

(FAHNE, Geschichte, I, p. 40)

En 1739, le receveur Jean-Guillaume HENNUY devait avoir encaissé 18 823 florins 25 sols. Or, en 1742, il avait toujours un arriéré de 13 973 florins 9 ½ sols. RUTH lui reprocha d'être négligent. Devant cette accusation, HENNUY déposa plainte auprès du comte, déclarant que précisément son déficit provenait du fait que RUTH ne lui avait pas transmis le produit de la vente de bois, et qu'il encourageait les gens du pays à ne pas payer leurs redevances.

Le comte envoya à Salm un surintendant, Guillaume-Joseph TEWIS. Du travail de deux commissions constituées successivement, HENNUY sortit acquitté. Il resta longtemps encore au service du comte. Mais sa défense dévoila beaucoup de choses. Notamment que les comptes de RUTH même se soldaient par un important déficit, ainsi que ceux de son ami GENGER, nouveau receveur.

Déjà en 1739, RUTH devait 9 225 florins 4 sols. Il avait promis de mettre ses biens en gage pour couvrir cette dette. Douze ans plus tard, ce gage n'était toujours pas réalisé, et le comte n'y réussit même pas en 1751 quand il vint à Salm ; à ce moment, la dette du haut-officier s'élevait à 14 555 florins, valeur supérieure à celle des biens de RUTH.

En même temps, les procès dont nous avons parlé plus haut se déroulaient.
« Il est inoui, écrivait TARTREAUX au comte le 1 juin 1751, combien il se trouve de désordre clans cette pauvre conté, si belle pourtant d'ailleurs. Je ne scaurais dire la quantité de plaintes que m'ont fait les sujets sur les officiers. »

TARTREAUX se préoccupa d'écarter RUTH. Mais le comte ne pouvait se décider à licencier son haut-officier, doué d'un beau talent de parole et d'écriture. Il espérait davantage en d'autres mesures. Peut-être aurait-il réussi si TEWIS n'avait été un fonctionnaire négligent, et même indulgent pour RUTH. Celui-ci resta haut-officier du comté jusqu'à son décès le 2 mars 1762.

TARTREAUX intenta même une poursuite contre RUTH, pour avoir dépassé les droits de sa charge. Mais les usages du duché de Luxembourg accordaient aux employés supérieurs le droit d'aller en appel contre tout licenciement portant atteinte à l'honneur. D'où des procédures fort longues en perspective et telles qu'il n'en résulterait pratiquement pas d'amélioration dans la situation du comté.

Après le retour du comte Charles-Antoine à Bedbur en 1751, les difficultés au sujet de la situation financière du comté ne s'apaisèrent pas.

Charles-Antoine étant décédé le 13 juillet 1755, son frère Léopold, « curateur des Messires les enfans » mineurs de Charles-Antoine, jugea « qu'il étoit d'une nécessité indispensable » de se « transporter dans le Comté de Salm pour y arranger diférentes affaires contentieuses... et notamment pour examiner les comptes de la recette de plusieurs années, qui n'étoient pas passés ».

(CS, 1753-1757/280-281)

E. A. RUTH se reconnu, le 24 novembre 1755, débiteur envers le comte de 6 000 florins, somme pour laquelle il engagea ses appointements et la totalité de ses biens.

(CS, 1749-1763/246-248)

Le 5-10-1751, le receveur J. P. GENGER s'était trouvé, lui, redevable de 460 écus, 2 escalins, 2 sols et demi, et pour couvrir cette dette il dut hypothéquer ses biens.

(CS, 1749-1753, 269-271)

D'autre part, en 1761 l'ancien receveur HENNUY était mort, alors qu'il était toujours redevable au comte de 12 500 écus constituant la recette des années 1754 à 1758. Toutefois, un peu auparavant, il s'était fait payer par les sujets 2 324 florins, 12 sols, 6 deniers, alors que l'examen de ses comptes, après son décès, montra qu'il avait trop perçu et que sa veuve devait rembourser 1 797 florins 3 sols.

(CS, 1749-1763:406-409)

Pour garantir ces sommes, la veuve HENNUY céda ses biens, parmi lesquels une maison de maître située à l'emplacement de la maison actuelle De POTTER à Vielsalm. Cet immeuble, devenu propriété du comte, fut séquestré sous le régime français, puis vendu.

Les autorités ducales avaient fini par s'émouvoir de la situation troublée du comté et avaient invité le comte même, en 1755, à se rendre à Salm.

Le 21 novembre 1755, le président du Conseil provincial de Luxembourg écrivait au comte de Salm ; « Monsieur, Depuis très longtemps j'ai vu avec peine les dissenssions qui ont divisé les officiers, la justice et les sujets du Comté de Salm, et le dérangement des affaires du Seigneur, qui en étoit la suite nécessaire, touché de cette situation, d'une des plus belles terres de la province, je me suis fait une loi, à mon arrivée à la présidence de ce Conseil de donner tous mes soins au rétablissement de la bonne intelligence, entre l'officier et ceux de la justice, dont la conduite est toujours d'exemple au reste de la Seigneurie j'ai parlé, j'ai écris, et j'espère au moins avoir réussi en partie, je suis persuadé que la présence de votre excellence achèvera de remettre toutes choses dans l'ordre quelles doivent avoir, surtout si elle daigne s'appliquer à réformer ou baisser de crédit les esprits brouillons qui ne savent vuider de rien sans procès. Je supplie votre Excellence de disposer de moi, lorsqu'elle visera que je pourrois lui être utile, et d'agréer le profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, de votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur. Gerden ; Luxembourg, le 21 9bre 1755. »

(CS, 1753-1757/265-266)

L'historien Jean BERTHOLET, ami du comte, l'avait invité, lui aussi, à venir à Salm, écrivant de Liège le 6 juin 1752: « Il me semble que pour obvier à d'autres maux et pacifier une bonne fois toutes choses, votre présence, Monseigneur, est absolument nécessaire à Salm. Venez donc comme un ange de paix ».

(FAHNE, Geschichte, I, p. 41).

Les dernières années du siècle semblent avoir présenté plus de calme.

Les grands procès sont terminés. Plusieurs des personnages mêlés aux événements rapportés ci-dessus sont décédés. On procède au partage des bois. Certaines des redevances des sujets à l'égard de leur seigneur, devenues périmées, sont tombées. La plupart des autres sont réduites à prix d'argent.

Des temps nouveaux approchent. Et de nouvelles institutions. En 1795, la République française déclarant les provinces des Pays-Bas réunies à la France, le comté de Salm cessa d'exister.

jeudi 24 septembre 2009

Le haut-officier.

Les archives que nous avons consultées montrent, qu'en la deuxième moitié du XVIe siècle, le comte de Salm ne réside plus dans son comté, mais qu'il se fait remplacer par un haut-officier, dont les fonctions sont rémunérées par des appointements.

FAHNE signale que le comte Werner est né à Salm le 17 août 1545.

Toutefois, de tous nos comtes de la famille de REIFFERSCHEID, aucun n'est enterré à Salm, ni leur épouse sauf, à en croire FAHNE, l'épouse de Jean VI, Irmgard de WEVELINGHOVEN, décédée en 1474. La présence d'un haut-officier à Salm serait donc déjà réelle au début du XVIe siècle ou fin du XVe.

Avec le receveur, dont la dénomination indique suffisamment la fonction, le haut-officier avait la haute main sur toute l'administration civile et financière du comté.

Voici les noms des hauts-officiers que nous avons relevés :

- Jean von INGENHEIM, désigné le 26 octobre 1486 par l’archevêque de Trèves à qui le comté était engagé à ce moment.

- « Renier de polich » cité en 1548 à un record.

- « Guillaume del dick, seigneur de froidcourt », signalé en 1560 comme ayant été haut-officier un peu auparavant. Il était arrière-petit-fils de Jean VII de REIFFERSCHEID et d'une fille de Salm. Est enterré à La Gleize.

- Pierre BENDRUM, cité en 1565 et 1571. A exercé également les fonctions de receveur.

- Jean BIEVER, époux de Elsquinne (Elisabeth) FERBERIN. Cité en 1599 comme haut-officier et receveur. Habitait Vielsalm où sa maison fut brûlée par les Hollandais en 1636.

- Nicolas NIDRUM. Cité en 1607 et 1611 comme officier et receveur. Originaire du pays de Thommen.

- Balthazar «d'Elven ». Cité comme officier en 1620 et 1629.

- Gérard d'EYSDEN. Cité comme haut-officier le 5 mars 1641 et encore en 1652. Signalé également comme receveur le 6 février 1638. Epoux de Marie-Catherine HESTERMAN.

- Guillaume HALL. Epoux d'Agnès DEMERADT. Décédé le 27 janvier 1694. Voici l'acte de son décès: « Le 27 est décédé le Sr Wilheme Hal en son vivant officier du comté de Salme». Il est cité comme haut-officier, déjà le 7 décembre 1655 et jusqu'à son décès. Agnès, épouse de Guillaume HALL, décédée le 8 janvier 1664.

- Henri WIROTTE, ou WIROTIUS. Epoux de Anne Jacques SCHLONCK. Est décédé le 4 janvier 1732. Voici l'acte de son décès: « Le 4 est décédé le Sr Henry Wirotius jadis officier et admodiateur de ce comté ». Il est originaire de Priesmont et fils de Mathieu WIROTTE, prévôt du comté. Henri WIROTTE est signalé comme haut-officier en mai 1699 et jusqu'à 1715. Il a rempli également les fonctions de receveur.

- Eric-Adolphe FOCCART. Né le 19 décembre 1655. Fils de Jacques FOCCART, maître des gardes au château de Salm, et de Jeanne RUTH. Cette dernière est sœur de Jean RUTH, greffier de la Cour de Salm à ce moment. L'enfant eut comme parrain Jean RUTH, greffier, et il reçut le prénom du comte Eric-Adolphe, alors comte de Salm. Eric-Adolphe FOCCART épousa Hélène RAYMUNDI (née le 8-10-1659), de Vielsalm, petite-fille par sa mère Anne PIERRE ou PIERRET, de Jean PIERRE mayeur de Laloux puis receveur du comté. Il avait épousé en secondes noces, Marie-Catherine CANNART, veuve d’Antoine HORMAN, en son vivant officier de Brandebourg. Voici l'acte de son décès, le 25 août 1726 : « Le 25 août est décédé le Sr Erich Adolphe Foccart, offr. de ce comté de Salme ». Il est cité comme haut-officier en 1715 et à son décès.

- Eric-Adolphe RUTH. Né le 9 janvier 1693. Fils de Gérard RUTH, greffier de la Cour de Salm, et de Marie-Gertrude, fille de Guillaume HALL haut-officier. Filleul de Eric-Adolphe FOCCART précité. Il épousa, le 24 septembre 1738, à Vielsalm, Marguerite HONVELEZ († 31-1-1753), née le 17 mai 1703, à Vielsalm, petite-fille par sa mère Lucie WIROTTE de Mathieu WIROTTE prévôt du comté de Salm, et sœur de Gérard HONVELEZ, greffier de Salm ; Lucie WIROTTE est également la mère, d'un premier mariage, du jésuite et historien Jean BERTHOLET.
Eric-Adolphe RUTH est décédé le 2 mars 1762. Voici l'acte de son décès: « 2da obiit Dnus erich adolphus ruth ex vielsalm stapa comitatus Salmensis ».
Il est cité comme haut-officier le 29 novembre 1726 et jusqu'à son décès, donc pendant trente-cinq ans. Il est signalé également comme échevin en 1719 et 1720 ; comme receveur en 1726 et 1731 ; comme prévôt de 1745 à 1762. Habitait la maison devenue l'école Saint-Joseph à Vielsalm.

- Jean-Pierre KESLER. Est cité comme haut-officier le 1 octobre 1765 et le 12 septembre 1768. Originaire de Saint-Vith, mais résidait déjà au pays de Salm avant d'exercer les charges de haut-officier, puisqu'il est signalé comme procureur d'office en 1754 et 1759.

- François-Louis BAUJOZ. N'est pas originaire du pays de Salm. Epousa, le 1 mai 1760, à Vielsalm, Marie-Joseph HENNUY, de la paroisse de Bihain, fille de Jean-Guillaume HENNUY, receveur du comté de Salm. Il est cité comme haut-officier le 23 juillet 1771 et jusqu'à son décès, le 12 septembre 1779. Voici l'acte de son décès, à Vielsalm : « le 12 a deux heures et demi du matin est décédé Mons. François Louis Baujoz de Vielsalm juge des domaines de Sa Maj. haut officier du comté. L. Martiny, curé de Salm ».
Sa pierre tombale, armoriée, a été retrouvée en 1953 lors de la reconstruction de l’église actuelle de Vielsalm.

- de GRABLER. Cité comme haut-officier le 7 septembre 1782. Il n'était plus en fonction à la fin de 1782. En mai 1782, ses biens avaient été hypothéqués en faveur du comte Sigismond.

- Charles-Denis-Chrétien BAUJOZ. Originaire de Malines. Fils de Denis-François BAUJOZ, avocat au Grand Conseil de Malines. Il épousa, le 11 juin 1793, à Vielsalm, Jeanne-Elisabeth LAMBERTY (16-10-1776 -16-2- 1801), fille de Jean-Christophe LAMBERTY de Vielsalm et prévôt du comté.
Il était licencié es lois et lui-même avocat au Grand Conseil de Malines. Est signalé comme haut-officier en 1790 et 1794. A exercé également les fonctions de receveur jusqu'à octobre 1794. Entre le décès de François­Louis BAUJOZ et la désignation de Charles-Denis-Chrétien BAUJOZ comme haut-officier, le père de ce dernier a exercé les fonctions de Grand baillif et administrateur plénipotentiaire du comté de Salm, depuis le 13 septembre 1783.

- Jean-Jacques MARTHOZ. Originaire de Harzé-Aywaille. Notaire à Vielsalm. Epoux de Barbe SOLIVAUX. Cité comme haut-officier en 1794, 1795 et jusqu'à la fin du comté de Salm. Décédé à Aix-la-Chapelle le 11 août 1811 à 58 ans.


Ndlr:

Publié avec les corrections et ajouts de G. REMACLE.

lundi 31 août 2009

Paroisse de Bovigny. Édifices religieux.

(publié dans le Bulletin paroissial, août 1910)

L’ancienne chapelle de Notre-Dame, érigée à Bovigny au 15e siècle devint officiellement le centre paroissial en 1717. Elle avait été reconstruite et agrandie en 1684 sous le pastorat de Sire Henri RUTH. Elle fut consacrée en 1714, sous le pastorat de Sire Nicolas MACHURAY, par Mgr. LIBOIS, évêque suffragant de Liège. La cloche actuelle date de 1723.
L’église actuelle a été réédifiée et agrandie en 1891, elle est dédiée à St. Martin.

Courtil possédait une chapelle, dédiée à St. Hubert, déjà citée en 1604. Elle a été démolie et remplacée par la belle chapelle actuelle en 1898. Courtil fut érigé officiellement en chapellenie l’an 1762.

Rogery fut doté d’une chapelle en 1714. Le patron était St. Eloi. L’érection en paroisse eut lieu en 1839.
La section paroissiale de Cierreux, sauf 3 maisons situées sur l’ancien chemin de Vielsalm (le moulin) avait une chapelle vicariale dépendant de Vielsalm et construite en 1704. Le village de Cierreux fait partie de la paroisse de Bovigny depuis 1802. Jusqu’en 1816, un vicaire y résidait. L’ancienne maison vicariale a été démolie il y a quelques années. Actuellement Cierreux n’est plus qu’une annexe reconnue vers l’an 1874 desservie par e vicaire de Courtil.

Halconreux possède une petite chapelle d’origine inconnue et dédiée à St. Donat. Souvent les habitants de Halconreux ont engagé un prêtre qui célébrait la messe le dimanche. Nous trouvons les noms de Sire PIROTTE, de 1759 à 1763, de Sire RENARD en 1763, de sire CRINE en 1762. C’est à Halconreux que M. WAGNER vicaire de Courtil se retira en 1861. Il y mourut en 1866.

samedi 1 août 2009

Anciennes maisons de Vielsalm. (2)

(publié dans Pays de Salm, le 27 février 1966)

parlons aujourd’hui d’une autre maison, toute remplie de bien des souvenirs de Vielsalm si elle pouvait nous les exprimer.
Certes, son aspect n’est plus celui de sa jeunesse ; elle a été amplement complétée, aménagée aussi pour des fins nouvelles, et même sa façade a changé d’allure. Toutefois, il lui demeure certaines portions chargées d’ans.
Il s’agit de l’école St-Joseph.

En 1637 ou un peu avant, s’installe à Vielsalm Jean RUTH. Encore un étranger au pays. Il devient greffier du comté, et le premier acte rédigé de son écriture – mais quelle écriture, indéchiffrable à première vue ! – est du 30 novembre 1637.
Un document dira de lui, un peu plus tard : « estranger ny at grands moyens, vive honnestement de sa charge ».
Où s’est-il installé car, depuis 1636 la moitié de la localité est en ruines à la suite d’un vaste incendie allumé par des troupes hollandaises.
Bientôt, il effectue plusieurs achats, en 1643, 1651, de parts de maisons, à Jean MIDO, à Jean le CHARLIER, à Balthasar ROBERT… ; toutes se situent à l’endroit de l’actuelle école St-Joseph.
Jean fait alors, sans doute, table rase de ces constructions et, en 1656 déjà, il a « une maison bastie par le même greffier située sur le marché à la Vielsalm ».
Peu auparavant, il a épousé Anne, fille de Gérard d’EYSDEN, haut-officier du comté de Salm, dont il aura 11 enfants, à partir de 1641.il devient aussi, après quelque temps, officier du comté de Manderscheid Kayl.

Il vivait encore le 31 janvier 1661, date de son second mariage à Salm.

Gérard, son premier fils, né en 1642, lui succéda dans les fonctions de greffier de Salm, déjà en 1670.
Lui aussi, comme son père, rechercha une alliance qui pouvait le pousser loin. Il fixa son choix sur une fille du haut-officier de Salm à ce moment, c’est-à-dire Marie Gertrude fille de Guillaume HALL.
15 enfants naquirent de ce mariage, tous baptisés à Vielsalm. Ainsi habitée, la maison RUTH devait certes bourdonner comme une ruche et avoir déjà une certaine ampleur.
Génération suivante. Les enfants de Gérard RUTH se sont peu à peu dispersés. La maison de Vielsalm devient, en indivision, propriété de trois d’entre eux : Eric Adolphe, Jeanne Elisabeth, célibataire et Isabelle décédée vers 1750.
Depuis longtemps déjà, la propriété joignant la maison est constituée.
Elle s’étend depuis le « marché jusqu’au sentier qui va derrier la maison de Belveaux » (la dite maison BELVEAUX est à l’origine des bâtiments groupant les demeures actuelles de MM. LEROT et GODFRAIND).
Il faut s’arrêter un peu ici à Eric Adolphe, personnage dont l’activité a marqué fortement la vie du comté de Salm durant une partie du 18e siècle.

Il est né en 1693. il épousa, le 29 septembre 1738, sa voisine Marguerite HONVELEZ dont il eut un fils et une fille.
Fils et petit-fils de greffiers de Salm, petit-fils et arrière-petit-fils de haut-officier de Salm, filleul aussi d’un autre haut-officier, Eric Adolphe FOCCART (le prénom Eric Adolphe imitait celui du comte de Salm Eric Adolphe, décédé en 1673), le jeune RUTH se trouvait ainsi placé à l’entrée de la vie sur une voie que l’on devine. Rien d’étonnant donc de le voir devenir échevin de Salm, greffier, puis haut-officier même après son parrain, de 1726 à son décès en 1762. on lui reconnaissait un beau talent de parole et d’écriture, qu’appréciait son seigneur.
De sa maison, au haut du « marché » à Vielsalm, Eric-Adolphe orientait et commandait les destinées du comté de Salm. Ce ne fut pas sans heurts et sans diversité. C’est l’époque des grands procès des sujets de Salm contre leur seigneur, et le passage aussi de troupes étrangères à plusieurs reprises. RUTH joua ici un rôle un peu particulier dont nous avons conté ailleurs (voir l’ouvrage « Vielsalm et ses environs ») quelques péripéties, et vous y renvoyons.
Aucun des enfants d’Eric Adolphe ne reprit la maison paternelle, d’ailleurs en indivision. Le fils, Gérard Joseph, quitta Vielsalm pour passer à Luxembourg et, homme de loi, y devint secrétaire du Conseil provincial de justice.
Signalons en passant ce détail, en digression. A Luxembourg, le petit-fils de Gérard Joseph, c’est-à-dire Antoine RUTH (né en 1802), docteur en droit, fut condamné à mort, par contumace, par la Cour d’Assises du Grand-Duché le 6 février 1833, parce qu’il s’était rallié au Gouvernement de Bruxelles de 1830. il fut cependant amnistié peu après, devint procureur du Roi à Neufchâteau, puis de 1844 à 1849, professeur de droit civil à l’Université de Liège. Il mourut du choléra en 1849.

A Vielsalm, le 3 avril 1767, l’un des indivisaires, Jeanne Elisabeth, sœur d’Eric Adolphe, fit donation de sa part à sa nièce Marie Jeanne HARTER, veuve LAMBERTY (dont la mère était Marie Gertrude RUTH, sœur de Jeanne Elisabeth. Devenue veuve, M.J. HARTER, dont le mari était officier de Cronenbourg, était revenue à Vielsalm avec ses quatre enfants.
Possédant désormais le tiers de la maison qui nous intéresse ici, sa famille finit par en avoir la totale propriété. Et le fils Jean Christophe LAMBERTY est bien « possesseur de la maison de feu Monsieur l’officier RUTH », dit un document de 1789. toutefois, une pierre toujours visible au mur de façade (au-dessus du calvaire) porte l’inscription « C.L. 1777 »).

Jean Chrisptophe, lui aussi, n’est pas le premier venu. Né en 1743, décédé en 1809. juriste. Prévôt du comté de Salm de 1780 jusqu’à la fin du comté. Mayeur de Gouvy nommé par le comte Sigismond le 20 octobre 1779. premier maire de la commune de Vielsalm ( sa pierre tombale est encastrée dans le mur d’enceinte de l’église de Vielsalm).

Il mourut après une maladie de six jours. Il avait épousé, le 4 août 1772, Catherine Thérèse OTTE, fille de Jean Bernard OTTE, mayeur de Salm. Neuf enfants.

Après 1809, Jean François Noël, fils de Jean Christophe, continua d’habiter au même endroit, finalement avec sa fille Philippine jusqu’en 1853.
A partir de ce moment, la famille abandonne sa résidence et la maison va bientôt prendre une autre destination.



En 1854, c’est le moment de la création de la chasse à courre à Vielsalm. Le comte de CORNELISSEM, venant de Spa, hébergeant sa petite meute et ses chevaux depuis quelques mois dans la maison « Sépult », les transféra à l’ancienne maison RUTH. CORNELISSEM, lui, n’y résidera qu’en pied-à-terre, mais non certains membres de son personnel.





Cela dura jusqu’en 1860, quand une demoiselle LAMBERTY, restée propriétaire de l’immeuble, le légua aux religieuses de la Providence qui y installèrent une école pour filles en 1862.








Désormais, la vieille maison, qui peu à peu subira une toilette nouvelle et des agrandissements, servira à des fins scolaires.
En 1909, les religieuses bâtirent le « Pensionnat du Sacré-Cœur » que l’on connaît. Les bâtiments « sur le marché » furent cédés à des religieux allemands qui y établirent un pensionnat. (L’école libre des filles continua de trouver place dans le bâtiment, sauf une petite interruption en 1909 et 1910)
La fin de la guerre de 1914-1918 amena le départ des religieux allemands et le bâtiment fut repris par les œuvres scolaires paroissiales de Vielsalm. C’est donc l’actuelle école St-Joseph, où l’école libre des garçons a rejoint celle des filles en septembre 1919.
Encore un détail.
La propriété créée il y a trois siècles par Jean RUTH est restée, à vrai dire, intacte. Elle s’étend toujours depuis la place du « marché jusqu’à la ruelle derrière la maison Bellevaux ».

Gaston REMACLE