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vendredi 26 décembre 2014

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

L’Organe de Vielsalm du 10 décembre 1911 : Aux Tailles était arrivé au mois d’août un individu français qui, quoique dépourvu du moindre diplôme, se donna comme un guérisseur d’affections rhumatismales et prétendait avoir une méthode de massage miraculeuse et d’un effet certain. Beau parleur il capta la confiance de certaines gens qui devinrent ses clients. Il concluait avec eux un contrat suivant lequel le  paiement ne se faisait qu’après guérison ! Cependant il toucha une somme de 175 f d’une personne qui était loin d’être guérie et dans le même temps il se rendit coupable de détournement au détriment de l’aubergiste chez qui il louait une chambre et tenta même de fabriquer de la fausse monnaie ! La gendarmerie ayant fait rapport au Parquet celui-ci ordonna l’arrestation du dénommé Tasce Alexandre, 27 ans, originaire de Reims.
Le 17 du même mois,  le journal relate le violent incendie qui a détruit le café Joseph Bruyère au carrefour de Beho (Voir carte postale : les chasseurs à courre y faisait souvent halte)  et un début d’incendie à l’église de Goronne qui a pu être arrêté à temps.

L’Organe du 3 novembre 1912 annonce la fête traditionnelle de la saint Hubert dont il a été question récemment. La grand -messe sera chantée par des artistes amateurs ; après celle-ci, les membres du « Rallye-Vielsalm » vêtus de l’habit rouge seront transportés en automobile au lieu de rendez-vous et galoperont par monts et par vaux à la suite des molosses formant le réputé équipage. Le soir, après un splendide  laisser-courre le banquet aura lieu à la Villa des Dragons.
Le 10 novembre,  le journal nous apprend la descente à Regné d’un ballon de dimensions respectables et monté par deux personnes de nationalité allemande.

L’Organe de Vielsalm du 28 décembre 1913 commence par un genre d’éditorial de l’éditeur. On va voir que celui-ci est bien optimiste et peu réaliste.
1913 se meurt dans la neige et les brumes qui laissent flotter dans les cieux gris comme de lourdes tristesses d’adieux.
Plus rapides, plus pressés semblent fuir ces derniers jours comme si, dirait-on, ils avaient hâte d’effacer de  nos esprits les chiffres lugubres de l’année qui agonise…
Mais voici 1914 dont les syllabes fusent, vives, alertes, sonores, enjouées, avec dans la voix des rires cristallins d’une toute jeune fille…
C’est d’un heureux présage. Et j’entrevois, lointaine, dissipant le rideau de grisaille et de mélancolie, l’aube nacrée, teintée d’azur de l’année nouvelle.
A nos lecteurs et abonnés, L’ORGANE DE VIELSALM présente ses meilleurs vœux.
La Rédaction.

Celle-ci ne pouvait évidemment pas prévoir  l’événement de Sarajevo et la tragédie qui allait s’en suivre pour le monde entier.


                                                                                     Robert Nizet

lundi 14 juillet 2014

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps


L’Organe du 8 juillet 1906 signale  qu’un début d’incendie à la ferme dite du bois Lemaire a été rapidement circonscrit. Mais le 15 du même mois on apprend que le feu a complètement détruit l’aile droite de cette ferme qui appartient à Jules Andrianne, rentier à Vielsalm. 15 chars de foin et la plus grande partie du mobilier ont été la proie des flammes. Assurance par la Cie « La Belgique ».

Dans la même édition on prie les lecteurs de bien remarquer que le bienfaisant purgatif qui est si répandu dans notre ville sous le nom de Pilule antiglaireuse Wahléry se vend maintenant partout au prix modique de 1 Fr la boîte.

A partir du 29 juillet les magasins Delhaize situés à Vielsalm près de la poste seront fermés le dimanche à 1 heure de relevée.

L’Organe du 30 juin 1907 : un détachement de l’Ecole de guerre se composant de 38 officiers et 65 chevaux séjournera à Vielsalm les 13 et 14 juillet prochains. Par A.R. du 26 juin, Alphonse Jacques, capitaine-commandant, adjoint d’état-major est promu au grade de major.

Dans l’Organe du 4 juillet 1909 : Mardi dernier vers 6 heures du soir plusieurs ballons sont passés au-dessus de Vielsalm. Vers 7h30, atterrissage à Cahay du ballon « Köln » piloté par M.Milarch Ernest, professeur de mathématique et de physique à l’Université de Boon [Bonn ?] qui était accompagné de M. Kurt de Nisewand, assesseur de justice à Cologne. 38 ballons avaient été lâchés dans cette dernière ville le mardi 28 et 27 le lendemain. Leur ballon a effectué le trajet Vielsalm-Cologne en 3 heures et par un temps pluvieux. Après avoir rangé leur matériel, les aéronautes sont allés prendre un repos bien mérité à l’Hôtel de Belle-Vue. Le même jour, un autre ballon monté par des officiers allemands a atterri à Lierneux. Un autre encore à Grand-Halleux dans la prairie de M. Lemaire à Bècharprez.

L’Organe du 17 juillet 1910  regrette que  lors de la visite des officiers supérieurs de l’Ecole de guerre du 13 au 18 juin dernier, aucune société musicale de Vielsalm n’a eu l’idée d’organiser un tout petit concert pour égayer un peu les tristes soirées que ces Messieurs ont dû passer en nos murs. Ce n’est pas gentil. Espérons que l’an prochain on tiendra compte de ce petit reproche.
 [Il est vrai qu’en ce temps- là, Pètoine n’existait pas encore !!!]

Au Conseil provincial,  le souhait est émis que l’on construise à Salmchâteau-halte un bâtiment convenable dans le genre de celui de Cierreux. Le baron de Rosée appuie la demande et Bernard Denis assure  que c’est une réelle nécessité. Il revient aussi sur le cas de Rencheux où la halte n’est dotée pour tout abri que d’un ancien wagon.

L’Organe du 7 juillet 1912 : A Regné, un incendie a détruit la maison Cloosens : tout a été brûlé et les nombreux sauveteurs qui faisaient partie d’une noce chez le voisin ont détruit presque la totalité des meubles des jeunes mariés en voulant les éloigner du sinistre.

A Bovigny, l’enterrement de la victime de l’accident survenu à l’Ardoisière les Corbeaux a eu lieu mardi au milieu d’une grande affluence et un discours fut prononcé par un camarade du défunt.


                                                                                         Robert NIZET

vendredi 30 mai 2014

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

L’Organe de Vielsalm du 4 juin 1911  nous apprend le décès le 14 avril dernier  à  Nouvel-Anvers d’Arthur Hoffmann parti pour le continent noir le 14 avril 1910, un an plus tôt jour pour jour ! C’est par deux lettres de compatriotes à leur famille que cette triste nouvelle a été connue.

Dans celui du 11 juin,  des accidents d’automobiles sont relatés.  A Salmchâteau, une automobile a renversé le jour de la Pentecôte une fille de 14 ans à la sortie de la messe. On constata d’abord qu’elle n’avait rien de grave. En fait elle décèdera une semaine plus tard.
A Salmchâteau toujours et toujours à la Pentecôte, un terrible accident a marqué  la première étape de la course cycliste  organisée pour la fête. L’auto du notaire Lambert conduite par son chauffeur Thomas Remy qui avait été mise à la disposition des organisateurs accrocha le gamin de sept ans et demi de chez Monfort-Huppertz de Provèdroux lors du passage sur le pont. L’enfant fut tué sur le coup. (Voir à ce sujet l’article illustré  Les débuts de l’ère automobile à Vielsalm dans le n°71 de la revue Glain et Salm, Haute Ardenne ).
 Concours de circonstances extraordinaire : les deux accidents ont été causés presque au même endroit, à un jour d’intervalle par la même automobile conduite par le même chauffeur !
Moins grave, à Vielsalm, l’automobile portant le N° 12077B a écrasé lundi à midi sur la place du marché le chien de Mme Vve Joiris et s’est empressée de filer à l’anglaise sans indemniser celle-ci.

Ah ces autos  qui roulent si vite ! L’avion c’est bien plus sûr :

Le 26 juin la première page de l’Organe rapporte en long et en large  le Circuit Européen d’Aviation. Nul ne croyait au passage à Vielsalm des hardis aviateurs du Circuit européen mais non seulement il en est passé mais nous avons eu la veine de voir des atterrissages et des envolées. Dimanche à Regné atterrissait le monoplan Deperdussin piloté par Prévost. Après avoir passé la nuit à l’Hôtel Albert et avoir été dépanné par l’aviateur Lauser qui suivait l’étape en auto, Prévost  est reparti à 6 heures du matin. Au même moment un biplan et un monoplan survolaient Vielsalm. Le clou de la journée fut sans conteste l’atterrissage sur le thier du Monty  du biplan Farman piloté par Wynmalen. Celui-ci fut reçu au château d’Hermanmont puis repartit le lendemain après  que des ouvriers eurent mis le terrain en état et que des voitures eurent amené de Liège des mécaniciens. D’autres aviateurs ont atterri à Malempré, Cherain, Stavelot, Chevron et Manhay.

Dans l’Organe du 9 juin   1912 : de violents orages se sont déchainés sur Grand-Halleux. Une vache a été tuée ; les ouvriers de la gare ont été renversés par la foudre mais sans mal ; le clocheton de l’école a été mis en pièce.
Dans celui du 23 juin : dans la nuit  de lundi à mardi un incendie s’est déclaré dans le moulin appartenant à Mesdemoiselles Andrianne : les dégâts se bornent à des pertes purement matérielles d’ailleurs couvertes par l’assurance. Ce vieux moulin datait de 1732, fut brulé et reconstruit en partie en 1803 et des réparations y furent faites en 1872.
Si non è vero…
                                                                                         Robert NIZET



samedi 23 novembre 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps


Le 18 novembre 1906 : Monsieur Lucien Remacle, agent du Comité spécial du Katanga, décoré de l’Etoile de service de l’Etat indépendant du Congo est décédé le 26 septembre dernier à l’âge de 36 ans. Son premier départ pour le pays noir datait de juin 1898.

Le 14 novembre 1909 : Lundi dernier, le tram partant de Vielsalm à 5 h 4 m a renversé une charrette à bras se trouvant sur la ligne du vicinal en face de la scierie Denis à Vielsalm-Station. Le propriétaire du véhicule s’est vu contraint à payer 50 frs de dommage pour dégradation à la locomotive.

Le 10 novembre 1911 : À Regné, les habitants ont été, jeudi 7 écoulé, très étonnés de voir atterrir [sic] un ballon de dimensions respectables monté par deux personnes de nationalité allemande.

Le 9 novembre 1913 : Dimanche dernier vers 7 heures du soir deux automobiles arrivant en sens inverse et appartenant, l’une à M. Van Praet de Bruxelles et l’autre à un automobiliste allemand, voulurent se croiser dans la rue de Neuville actuellement encombrée de matériaux de construction. Les chauffeurs vinrent s’immobiliser contre les tas de pierres. L’auto de M.Van Praet put tant bien que mal continuer sa route. Il n’en fut pas de même de la seconde voiture qui, ayant l’avant défoncé, dut être garée chez M. Gillis. Il n’y eut pas d’accident de personne à déplorer.

Le 23 novembre 1913 : À Salmchâteau, lundi dernier dans l’après-midi, Mme Vve Futvoye rinçait son linge dans la rivière la salm [le Glain] lorsque son pied glissa et elle tomba à l’eau. A l’appel d’une autre femme, un dénommé Winand accourut et parvint à ramener la malheureuse sur la berge. Des soins immédiats lui furent prodigués et on parvint non sans peine à la ranimer. Cette personne de 69 ans est restée alitée plusieurs jours mais est actuellement hors de danger.

La Saint-Clément : après les fêtes somptueuses du « Rallye- Vielsalm », voici les réjouissances plus modestes mais plus vives du monde ouvrier. Dimanche prochain sera consacré au culte de saint Clément, patron des ardoisiers auxquels se joignent les ouvriers de la pierre. Le dur labeur de ces braves procure au pays de Salm des ressources considérables et y crée un bien-être familial. Salmchâteau sera particulièrement en liesse et  La Concordia  réjouira la population par ses accords harmonieux.
Mais la fête sera ternie car, à Bihain, un de ces ouvriers de la pierre, M. Husquet était occupé à vouloir faire descendre un banc de pierre lorsque celui-ci se détacha et vint s’abattre sur le malheureux qui eut la jambe écrasée. Le docteur appelé d’urgence dut se résoudre à faire amputer le membre : on conduisit le malheureux en voiture à Bruxelles.

A Bra sur Lienne, un braconnier de Lansival a été surpris hier par un garde-pêche et arrêté : c’est un récidiviste, H.S., connu pour dévaster les rivières du coin.

Le 19 novembre 1933 : À Gouvy, un train coupe un homme en deux. On a découvert à l’entrée de la station le cadavre mutilé d’un cultivateur de Gouvy, Clotuche Fr., 40 ans, célibataire. Le malheureux, faisant partie de la fanfare, avait participé aux festivités de l’anniversaire de l’Armistice. Ayant sans doute bu plus que de raison, il s’était pris de querelle avec un ouvrier de la localité. Qu’advint-il ensuite, on ne sait, mais un train le surprit sur la voie et le coupa littéralement en deux à hauteur de la poitrine.

                                                                                         Robert NIZET




jeudi 8 août 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

L’Organe de Vielsalm nous tient au courant de toutes  les petites nouvelles du coin :

Le 21 juillet 1912 : Notre sympathique G. Paquay vient de remporter une médaille d’or et un diplôme d’honneur à la course de régularité pour motocyclettes Paris-Liège.

Le 27 juillet 1913 : les coureurs indépendants du Circuit provincial organisé par le vélodrome de Jupille et le comité des fêtes d’Ayeneux traverseront notre localité lundi prochain vers 1h de l’après-midi.

Le 26 juillet 1914 : A Grand-Halleux, au Vélodrome de la Salm, des courses ont eu lieu le 19 écoulé sous les applaudissements frénétiques d’une foule passionnée et avec le concours de la société de fanfares. Classement de la première course : 1er : Lanuit, 2ème : Jeunejean, 3ème : Gilson, tous de Grand-Halleux, 4ème : Hoffmann de Rencheux, 5ème : Baccus de Grand-Halleux.

La nécrologie nous apprend que jeudi dernier ont été célébrées les funérailles de Constant Paquay. Une foule énorme y assistait, preuve certaine de l’estime acquit [sic] par le regretté défunt.

Le 9 juillet 1933 : Sur le circuit de Stavelot-Francorchamps se courra dimanche le Grand Prix de Belgique vitesse automobile. Le départ sera donné à 13h et les concurrents devront boucler 40 fois le circuit. Seront en présence la Maserati de Zehender, les 4 Bugatti de Varzi, Williams, Dreyfus et Lehoux, les 5 Alfa-Roméo de Nuvolari, Wimille, Markewich, Chiron et Moll.
Cette liste d’engagés ne correspond pas tout à fait à la grille de départ figurant dans les livres de références.

A Vielsalm, le vendredi 7 juillet vers 11h30 Alexandre Claude pêchait au ruisseau près de l’étang du Baron de Rosée au Tienne Messe. De loin, il lui sembla apercevoir un baigneur dans ledit étang mais en s’approchant il se rendit compte que c’était un noyé. Il s’agissait en fait d’une femme en laquelle on reconnut vite Léa Gothal, épouse de Constant Putz, camionneur à la boulangerie Demoulin. Le corps était vêtu d’un pantalon blanc et d’un cache corset, comme pour le bain. Les vêtements étaient déposés dans la cabine au bord de l’eau. Comme elle vomissait de la nourriture on suppose qu’elle a voulu aller se baigner après son déjeuner et qu’elle a été prise de congestion. Âgée de 23 ans, elle était mariée depuis 4 ans et n’avait pas d’enfant.

Le 1er juillet 1934 : le meunier François Heinskyll de Regné a été découvert mort, lundi, dans son moulin. Ce moulin est en construction et seule la roue motrice est montée. Le cadavre était au fond du trou de cette roue et portait plusieurs plaies béantes. On se perd en conjecture sur cette mort qui paraît étrange.

Le 8 juillet 1934 : vendredi après-midi un pénible accident est survenu sur le tronçon de la route en réfection devant la propriété  Misson. Un cycliste, M. Renard de Rencheux, s’était engagé dans le couloir déjà réfectionné lorsque la camionnette de M. Caëls de Rencheux survint par derrière et heurta le cycliste qui fut violemment projeté sur la chaussée. Il fut promptement dirigé vers la clinique de Trois-Ponts : on craint une fracture du crâne.

A Ville-du-Bois, vendredi dans l’après-midi, Melle Remacle  était allée traire dans les champs. Les vaches rendues furieuses par le chien qui l’accompagnait se lancèrent sur elle et s’acharnèrent. Aux cris poussés par la victime, des personnes travaillant aux environs accoururent et eurent toutes les peines à la délivrer. Le docteur Misson, mandé, a réservé son diagnostic.
                                                                                                                                                                                                     Robert NIZET


mercredi 9 décembre 2009

Usages d’antan. Lierneux. Barrière et Péage.

(publié en trois parties le 28 novembre 1954, le 5 décembre 1954 et le 12 décembre 1954, dans Pays de Salm ( ?))

Jadis, les villes comme les villages, étaient autorisés à établir des droits de péage, grevant soit le passage d’un pont, soit l’entrée et la sortie à chaque carrefour du village.
Le produit de ce péage était déposé chaque semaine dans une caisse particulière pour servir aux besoins urgents du village. Les commis et les contrôleurs à employer à la collecte susdite étaient désignés par la commune et choisis parmi ceux qui étaient en fonctions dans d’autres services, en prenant égard à leurs capacités et leur probité.

Pour Lierneux, nous sommes portés à croire que le droit de barrière existait encore vers 1885, taxe qui était très impopulaire et qui amenait bien souvent des conflits.

Nous possédions ce que l’on désignait : le bureau A de Basse-Bodeux ; le bureau B d’Odrimont ; le bureau C de Lierneux le tout intéressant le chemin de Regné à Basse-Bodeux.

La perception du droit de péage était mise en adjudication publique. Celle-ci était annoncée par voie d’affiches et les journaux. Les amateurs prenaient communication à la Maison communale de Lierneux, des clauses et des conditions auxquelles la perception était soumise.
L’adjudication avait lieu pour un terme de trois ans. Cependant la commune se préservait le droit de pouvoir résilier le bail à la fin de chaque année, mais cette résiliation devait être notifiée à l’intéressé au moins deux mois avant l’expiration de l’année. En ce qui concerne la perception du droit, on se conformait aux lois du 18 mars 1833.

Les procès-verbaux constatant les contraventions étaient soumis au juge de paix. Quant aux frais d’adjudication, ils étaient comme les droits d’enregistrement, à charge des adjudicataires.

Un procès-verbal d’adjudication publique du péage autorisé parut l’an 1869, le 22 décembre, et accepté par la commission spéciale nommée pour l’entretien de chemins, en présence du commissaire voyer du canton. La réunion eut lieu à la Maison communale de Lierneux, lieu indiqué par les affiches et les annonces. Les amateurs avaient reçu communication des clauses et conditions auxquelles la perception était soumise.

Les poteaux des barrières étaient placés dans la limite déterminée par l’arrêté royal du 9 octobre 1864 et les conditions du cahier des charges général, inséré au N° 1284 du mémorial administratif de la province.

Le procès-verbal du 22 décembre 1869 cité plus haut en ce qui concerne la perception des différents bureaux, nous renseigne que :

Pour le Bureau A, une mise à prix de 120 francs est offerte par le sieur Gilles SONNET, cultivateur à Basse-Bodeux. Aucune nouvelle enchère n’ayant été présentée pendant la durée des deux feux, le susdit SONNET a été déclaré adjudicataire de la perception du bureau A, dit de Basse-Bodeux, au prix de 120 francs. Il présente le sieur Jean Gaspard LEJEUNE, cultivateur à Basse-Bodeux, lequel est accepté.

Le Bureau B d’Odrimont est ensuite exposé sur la mise à prix de 70 francs par an, offerte par le sieur Jean-François LANSIVAL, maréchal-ferrant au dit Odrimont, dont l’offre est acceptée. Il a présenté comme adjudicataire le sieur Thomas François ALBERT, négociant à Odrimont. Celui-ci accepte.

Le Bureau C, dit de Lierneux, est exposé pour le prix de 60 francs, offert par le sieur Pierre-Joseph LAURENT, négociant à Lierneux. Différentes enchères sont offertes. L’une du sieur Jean Pierre MONFORT-MOTHET est déclaré adjudicataire de la perception du droit au bureau susdit. Il présente le sieur Jean Mathieu PAQUAY pour co-adjudicataire, lequel a accepté.

Généralement, les poteaux des barrières étaient généralement placés aux abords de l’habitation du percepteur, un cabaret le plus souvent, où les voituriers, car c’est d’eux qu’il s’agit, s’arrêtaient pour payer leur droit et occasionnellement prendre quelques petits verres, autre profit pour le percepteur. On ne payait pas le « passage », paraît-il, pour la chaux destinée à l’agriculture. Nous ignorons quel était exactement le montant perçu qui variait suivant que le véhicule comportait deux, trois ou quatre roues.

« La Meuse » du 26 mars 1904 écrit au propos du péage exigé sur le passage du pont de la Boverie à Liège, qu’en 1837, il était perçu trois centimes pour une personne ; un cheval ou un mulet, dix centimes ; un bœuf, une vache ou un âne, 5 centimes. À titre documentaire évidemment, cela n’ayant aucun rapport avec la perception de Lierneux dont il est question.

Il y eut adjudication en 1853 (18 avril) ; en 1854 (1er avril) ; en 1855 (9 février) ; en 1858 (15 avril) ; En cette dernière année, l’adjudication rapporta 135 francs à la commune.

En 1860, l’adjudication des barrières ne trouve pas preneur. Le principal motif qui empêchait la réadjudication est que les bureaux de perception étaient mal placés. En effet, en ce moment, on ne payait pas seulement pour la distance à parcourir, mais encore pour la distance parcourue. C’est ainsi qu’un voiturier partant de Lierneux pour Bodeux devait payer trois barrières pour deux lieues de chemin parcouru. À partir d’Odrimont pour Bodeux, on payait deux barrières pour une lieue de chemin et il en était de même pour le voiturier venant de Bra qui partait pour Bodeux et vice versa. Tandis qu’un voiturier qui partait de la partie supérieure du village de Lierneux pouvait aller à Regné et revenir sans devoir rien débourser.

Ce vice d’organisation, qui n’avait en somme été établie par la commune que pour susciter plus de concurrence entre les bailleurs, donnait lieu à des discussions, des embarras, des procès, même entre les voituriers et les collecteurs ce qui dérangeait considérablement ceux-ci. La commune voulut combler cette lacune en ne faisant plus percevoir à Bodeux que lorsqu’on entrait sur la route, soit pour se diriger vers Lierneux ou Bra. Décision fut prise de placer une barrière à Regné à laquelle on ne percevait que du côté de Lierneux. Cette mesure ramena le calme.

En 1862, le 15 novembre, l’adjudication eut lieu en faveur de Jean Pierre MONFORT-MOTTET, barrière de Lierneux, pour 80 francs annuellement ; celle d’Odrimont à Jean François JEHENSON, au prix de 45 francs.

En 1866 (26 mars), adjudication de la barrière de Bodeux, 120 francs.
En 1867 (31 janvier), une circulaire du commissaire d’arrondissement est envoyée aux communes, ayant pour objet la suppression des barrières établies sur les routes provinciales et sur les chemins vicinaux de grandes communications. Des compensations financières ayant été proposées, la commune de Lierneux décida d’adhérer complètement aux propositions dont il s’agit dans la dite circulaire et de se conformer aux décisions qui en adviendra.

En 1870 (13 janvier), approbation des barrières. Basse-Bodeux, 120 fr., Odrimont, 70 francs, Lierneux, 75 fr. Mais peu après, le droit de péage est supprimé.

En 1875, le conseil communal demanda en haut lieu le rétablissement de ce droit. Celui-ci est accordé. En 1885, il existait encore, mais pour disparaître bientôt à tout jamais.

Nous osons affirmer que la dernière barrière de Lierneux était établie au café Mathieu FAIRON (actuellement boucherie GEUZAINE). Nous n’avons pas voulu laisser se dissiper sans en conserver des bribes, cette coutume d’antan.

Charles PIERRARD

dimanche 20 septembre 2009

Notes historiques. Regné-Bihain (2).

(publié dans Pays de Salm, le 13 décembre 1953)

Notre première pensée sera de visiter l’église. Dédiée à Saint Benoît, elle a été érigée en paroisse en 1857. M. l’abbé KARENHOEVEN fut le premier desservant. On compte dans la paroisse, 300 âmes environ.

La chapelle primitive aurait été édifiée en ce lieu en l’an 1715, avec la permission du Grand Vicaire de LIBOIS du chapitre de Liège. Cette chapelle dépendait de la paroisse de Bihain.

Le 4 février de la même année, un certain nombre de manants de Regné comparurent devant la Haute Cour de Malempré où ils reçurent l’autorisation de pouvoir faire célébrer dès ce moment, l’office de la messe.

Sire Jean GOBAUSSE, curé de Bihain, fut avisé officiellement de la promulgation de ce décret daté de Luxembourg, le 14 mai 1718. La consécration de la chapelle par Mgr Jean-Baptiste GILLIS, évêque suffrageant de Liège, eut lieu le 27 juin 1730.

Le maître-autel, que nous avons vu avant les évènements, est assez intéressant, dominé par une belle statue de St Benoit. À gauche et à droite du tabernacle, deux tableaux en bois sculpté représentent les disciples d’Emmaüs et le sacrifice d’Isaac.

On peut voir une chaire de vérité dont les panneaux portent les effigies des quatre évangélistes, très artistiquement sculptés.
Quelques statues complètent l’ornement du sanctuaire. St Clément, patron des carriers ; St Antoine, deuxième patron de l’église ; Ste Philomène ; Ste Thérèse de l’Enfant Jésus ; la Ste Vierge ; St Joseph, Notre Dame de Lourdes, etc.

Dans un document de 1343 (cartulaire Houffalize), on y lit :
« Collin de Raignez qui releva à Stavelot le fief qu’il avait acquis de Lambert, mari de Marie de Malmepré… ».


En 1469, on écrivait « Regnez ». dans un acte relatif à la chapelle de Verleumont, il y est cité « Reigné », (1722).

Quant à l’étymologie, voici ce que nous trouvons chez TANDEL : Regné- Ré indique un ruisseau. Gnez ou Gné sont des formes de « grez » et désignent une demeure.

Les vicaires connus, du moins les plus anciens, sont :

Maître HENEN, 1721.

Léonard REMY, 1725.

Hubert COLIN, Jean MICHELS, 1729,1731.

Pierre LOSTE, de Salm, 1735.

N. LEMAIRE, 1736.

Jean-Marie, 1741.

N. GEORIS, 1745.

Severin de HARRE, 1747 – 1754.

J.-F. CHARPENTIER, 1754 – 1773.

A.-H. Léonard, 1779 – 1788. Etc.


Une ancienne statistique révèle qu’en 1793, Regné comptait trois maisons de laboureurs, douze maisons de première classe, treize de seconde et quatre de troisième.

En 1891, la population était de 265 habitants et il y avait 62 maisons. En construisant la route de La Roche à Vielsalm, on a retrouvé les ruines assez nombreuses d’anciennes habitations.

Le « Mont » des forges de jadis rappelle cette industrie qui se trouvait au pied de la colline. Aujourd’hui, on voit encore des tas de résidus de charbon, de morceaux de fer et de verre.

Quelques familles prétendent que les âtres qu’elles possédaient ont été fabriquées à ces forges. Ces âtres datent de 1600 et portent l’inscription suivante :
« Dominus mitri auditor, 1600 ». De chaque côté de l’âtre se tient un énorme lion (à voir au musée archéologique d’Arlon).

On rencontre encore à Regné plusieurs vieilles fermes authentiques, respirant un air d’autrefois. Néanmoins, l’ardoise a vaincu la paille et le cachet est sensiblement modifié. Les habitations aux murailles schisteuses d’une tonalité noirâtre caractérisent bien le « Haut Pays ».

Si l’on remonte la route vers le plateau, à quelques kilomètres, on jouit bientôt d’un immense panorama infiniment intéressant, mouvementé, dont les multiples lignes se profilent dans un horizon des plus étendu et sans limite précise.

Regné, affirme-t-on, doit son nom à un roi scandinave appelé « Régnier » et qui avant les Romains et sous ces maîtres du monde, servait de faubourg à « Bisange » (Bihain).

Ch. PIERARD

Notes Historiques. Regné-Bihain (1).

(publié dans Pays de Salm, le 6 décembre 1953)

Le village de Regné ne dit rien qui vaille pour les touristes. Les automobilistes, qui en trombe, passent en cet endroit de la haute Ardenne et filent sur la belle route macadamisée vers Vielsalm ou la Baraque Fraiture, ne prêtent qu’un œil distrait aux paysages familiers de ce coin perdu, section de la commune de Bihain, qui semble endormi.

À s’attarder devant cette bourgade si humble, sans aspect particulier, où l’intimité paysanne de ses basses constructions entourent l’églisette, on cherche en vain pourquoi le touriste viendrait s’attarder en un décor si peu attrayant.

L’église ici, est sans prétention. Vieille bergère, elle paraît paître les tombes grises d’ardoises de son cimetière. Pauvre édifice meurtri par la mitraille de la campagne de Von RUNDSTEDT. Il est néanmoins resté debout, perdit sa flèche, son élan vers le ciel. Extérieurement, nous l’avons vu dans un état déplorable. Toiture percée de nombreux trous d’obus, tour ébranlée et lézardée, le mobilier en partie brisé, peu réjouissant tableau.

En août 1952, on procéda à la restauration de l’édifice. Il n’était pas prévu de modifications fondamentales, comparativement à la structure et à son cachet primitif. Les autorités jugèrent superflu, même de l’agrandir. La population relativement réduite de la paroisse ne le concevant pas.

Aux alentours, c’est une succession de croupes larges, de plateaux élevés, où domine « Colanhan », hauteurs en dômes chevauchant à l’infini. L’ensemble à un aspect sévère mais non dénué de pittoresque.

Nous sommes à Regné, dans le voisinage de la crête des Ardennes, non loin du plateau des Tailles (648 mètres).
Le village est encaissé dans un fond de verdure où les maisons s’agglutinent, pareilles à des corps lourds. C’est un désordre de toits, de crêtes, de versants. À flanc de colline, des chemins le traversent en tout sens. Ils vont, serpentant et sinueux, abrupts et très raides parfois.

L’ardoise et la pierre régionale qui s’apparient, fusent de ci, de là, avec les prés clairs et les arbres fruitiers prometteurs de récoltes abondantes de fruits dorés et roses.

Les croix de bois commandent l’entrée du village, mêlant leur symbole à la vie des logis, des nids, des feuilles et des fleurs.

Au moment où nous arrivons à Regné, une grisaille veloutée de brume enveloppe toute chose. En cette fin de juillet, nous vivons la période caniculaire. Ici, cela se remarque tout particulièrement aux fraicheurs du soir et du matin.

L’heure est délicieuse. Si nous faisions un tour dans les environs ?

(à suivre)

Ch. PIERARD.