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jeudi 19 septembre 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

Dans L’Organe de Vielsalm

Du 14 août 1910 : Samedi dernier, l’ouvrier ardoisier J. Muller de Neuville a aperçu au fond d’une ancienne fosse d’extraction le corps d’un homme : le cadavre relevé en présence de la Justice fut reconnu pour le dénommé Putz Fr. -Jos. de Bêche, marié et père de 8 enfants. On suppose qu’il se sera égaré et  tombé dans ce précipice d’une hauteur de 80 mètres. Son pied gauche était déchaussé et sa chaussette se trouvait à 10 m. du cadavre, le veston, manche droite retroussée, à 15 m. Le cadavre était complètement replié sur lui-même, la figure complètement enfoncée, jambe et bras droit cassés. La police a conclu à un accident.

Le 21 août 1910 : La myrtille, ce savoureux fruit forestier fait depuis quelques temps l’objet d’une très sérieuse et très lucrative exportation vers la capitale et d’autres grandes villes du pays. Nombre de familles pauvres trouvent dans la cueillette de cette baie un revenu supplémentaire qui, pour ne pas se chiffrer par des milles et des cents, représente néanmoins pour le budget du ménage un appoint qui n’est pas à dédaigner.

Le 20 août 1911 : À l’École moyenne de Stavelot, on extrait du palmarès le nom de quelques concitoyens qui se sont distingués pendant l’année d’étude 1910-1911 :
-à l’examen de sortie : François Gaston et Dussart Marcel, avec grand fruit, tous deux de Vielsalm ;
-2ème année d’études : Remacle Henri et Buy Henri , tous deux de Vielsalm;
-1ère année d’études : Théophile Malchaire de Neuville.

À Hébronval, un violent incendie s’est déclaré le 14 août chez M. Lejeune, maréchal ferrant. Le feu d’une violence inouïe a détruit le corps de logis, les écuries, les remises, une meule de foin et du bois de chauffage. Seul le mobilier du rez-de-chaussée a pu être sauvé grâce à l’initiative du commandant de gendarmerie des Tailles.

À Fraiture, un vol a été commis chez M. Léonard-Sevrin. Les escarpes ont enlevé une montre et une tabatière, valeur approximative 60 francs.

Le 4 août 1912 : Dimanche dans l’après-midi la voiture conduite par Mr Menu d’Argenteau a fait panache dans un des nombreux virages qui sillonnent la route de Vielsalm à Gouvy. Se trouvaient dans l’auto, outre le conducteur, son épouse et sa demoiselle et un couple d’amis. Recueillies par une auto de passage les victimes furent conduites à Gouvy pour recevoir les soins des docteurs Warland et Bozet. Mme Menu a succombé des suites de ses blessures.

Le 24 août 1913 : Le 31 août prochain, Salmchâteau-Villégiature fêtera sa fondation par des festivités dont le clou sera le corso fleuri à 3 h et le soir à 7h un cortège lumière qui parcourra les rues de la localité.
La formidable randonnée Liège-Paris-Liège (840km) avait réuni les 15, 16 et 17 derniers 92 concurrents. Notre sympathique camarade Georges Paquay a remporté le premier  prix en régularité, le premier prix en vitesse en palier [ ?] et le premier prix en vitesse en côte, ce qui lui donne le premier prix au classement général. Son équipe Singer enlève la coupe offerte par le Baron de Crawhez.


                                                                                         Robert NIZET

lundi 24 mai 2010

Parmi les noms de lieux de la région.

(publié dans « Excelsior », 1er trimestre 1954-1955)

Les noms de lieux sont devenus aujourd’hui l’objet d’une vraie science qu’on appelle la toponymie. L’honneur d’avoir créé ce nom (dérivé de « topos » = lieu, et « nomos » = science) revient à l’historien belge G. KURTH, qui est originaire de notre Luxembourg. Cette science est trop nouvelle pour pouvoir tout expliquer ; le mystère entoure encore une foule de noms qui nous sont familiers, mais que nous ne comprenons plus. Au cours d’une promenade autour de la Salm, nous préciserons la signification et l’origine de quelques termes locaux.

Honneur d’abord à VIELSALM ! Ce nom résulte évidemment d’une déformation de Vieille-Salm. La voix populaire a longtemps cherché une étymologie facile, en rattachant ce nom à salmo, le saumon, qui aurait jadis abondé en nos rivières. Les armoiries de la commune présentent encore deux saumons opposés dos à dos. Pourtant, l’élément « Salm » est tout autre chose ; il s’agit d’une racine très ancienne, répandue dès les temps préhistoriques dans toute l’Europe et même en Asie Mineure. Il désigne des mers, des caps, des fontaines, des rivières ; il se rattache donc à l’idée générale d’eau en mouvement. Aussi n’est-il pas surprenant qu’il ait désigné une rivière : la Salm, dans notre région.

Lorsque la terre se morcela en fiefs, au moyen âge, le nom fut appliqué au « comte de Salm », le seigneur du pays. (La première mention historique date de 1035). Le château-fort bâti par les comtes vers l’an 1000, à l’emplacement de la propriété MOUTON, attira sous sa protection un village qui prit naturellement le nom de maître du lieu.

Mais, vers 1350, les comtes abandonnèrent cette résidence pour construire un nouveau château en amont, à l’emplacement stratégique qui commande l’entrée de la Fosse Roulette. Au pied de ses murs, s’aggloméra un nouveau village, Salm-la-Franchise, qui prit plus tard le nom de SALMCHATEAU.

Dès ce moment, on comprend que les textes anciens aient opposé : la Vieille-Salm, ou Salm-la-Vieille, à Salm-la-Franchise, ou Salm-la-Neuve. Peu à peu, la Vieille-Salm s’est altérée en Vielsalm, comme on l’appelle aujourd’hui.

Le nom de Salmchâteau fait allusion à cette nouvelle résidence que les comtes de Salm ont bâtie, il y a six siècles, sur les hauteurs dominant la rivière.
Lorsqu’il construisirent la forteresse, les comtes accordèrent une franchise à l’endroit ; on entend par là une exemption de certaines taxes que le prince octroyait pour attirer les manants sur ses terres. Ainsi le nouveau village prit le nom de Salm-la-Franchise ; on le baptisa aussi Bas-Château et même Basse-Ville. Le nom de Salmchâteau se généralisa quand disparut le privilège comtal.

RENCHEUX, l’autre « banlieue » de Vielsalm, dissimule mieux ses origines. Il y a quelques siècles, tout contribuait à séparer Rencheux de notre localité : les rochers abrupts qui cernaient le château, la Salm qui inondait les Doyards, le caractère rocailleux du ravin. Il faut, semble-t-il, rattacher Rencheux à un mot wallon : rin, qui désigne les branches du noisetier, qu’on emploie comme tuteurs pour soutenir les tiges de pois. L’appellation ancienne du lieu est Rincheu que l’on prononce aussi Rinchê en patois.

Le suffixe n’est pas inconnu dans la région. On peut relever des noms parallèles : un triheux est un terrain en friches ; un ronhieu ou ronchieux désigne une terre couverte de ronces ; un pircheux est un terrain pierreux.

Il semble donc qu’on ait dénommé Rincheu, ce versant de la Salm couvert d’arbustes, particulièrement de noisetiers. Aujourd’hui encore, de part et d’autre de la « Tchavée », qui gravit la côte, les pentes rocailleuses sont couvertes de futaies qui devaient tout envahir, avant que la main de l’homme élimine ces broussailles.

Quittons notre « capitale », pour survoler au gré de l’alphabet, le vaste pays de Salm, parsemé de petits bourgs aux noms sonores et parfois évocateurs.

ARBREFONTAINE est généralement assimilé à l’endroit dénommé Alba fontana (signifiant blanche fontaine), qui est cité dans des textes très anciens (déjà en 670). Cette étymologie, bien que séduisante, est très discutable, comme le montre un examen attentif du nom.

Les sources aménagées et munies d’un petit réservoir sont souvent désignées, dans nos régions, du nom de « fontaine ». on y joint ordinairement un adjectif ; citons Bellefontaine, Blanchefontaine, Menufontaine, Noirefontaine, Troisfontaine, dans notre province seulement. Il est naturel d’associer ainsi un adjectif à un nom. En revanche, Arbrefontaine résulte de la juxtaposition de deux noms : cette formation est moins normale, car on n’unit pas directement un nom à un autre nom, désignant des objets, sinon avec l’aide d’une préposition ou d’un article. Nous songeons à des localités comme Bois-de-Breux, Queue-du-Bois, Neuville-le-Chaudron.

Il est donc difficile d’identifier Albafontana avec Arbrefontaine. En outre, le groupe de consonnes lb n’aurait pu devenir rb en vertu des lois de la phonétique. Ajoutons que la position géographique de l’actuelle Arbrefontaine semble ne pas coïncider avec la situation de Alba fontana qui se trouvait plus au nord.

Il faut chercher la solution ailleurs. Si nous interrogeons le peuple, nous l’entendons prononcer aujourd’hui encore : Nâfontinne ou Afontinne. Des documents datant de 1501 et de 1525 montrent qu’à l’époque, la localité s’appelait déjà Alfontayne (1). Il arrive en effet qu’on ajoute une préposition à un nom de lieu afin de le préciser. Il semble bien que ce soit ici le cas et que le nom populaire signifie simplement « à la fontaine ».

L’appellation « Arbrefontaine » doit être une interprétation récente du terme wallon ; elle serait due à des scribes qui ont inconsciemment francisé le nom et qui l’ont déformé sous l’aspect que nous connaissons.

Concluons : il semble qu’il n’y a aucun rapport entre l’antique Alba Fontana et Arbrefontaine d’aujourd’hui. La tradition populaire explique aisément l’origine du nom : à la fontaine. Arbrefontaine est une forme moderne et artificielle.

BEHO est un nom d’origine germanique : Bockholz (la forêt de bouleaux) qui dérive d’un terme celtique plus ancien encore. Le mot s’est allégé des lettres qui paraissaient trop lourdes à des populations d’expression wallonne et il est devenu l’actuel Beho. L’aspiration germanique s’est pourtant maintenue dans la deuxième syllabe.

En wallon, le peuple dit parfois « Abhô » ; ce terme, mérite une explication. Jadis, on ajoutait une préposition devant la première syllabe de beaucoup de noms de lieu ; elle servait souvent à préciser l’endroit : à, en, de sur… (cf. Afontinne). Il est arrivé plus d’une fois, que la préposition s’agglomère au nom de manière plus ou moins définitive ; ainsi « à Beho » est devenu « Abhô ». cette forme du mot apparaît, dans des documents, il y a trois siècles.

BOVIGNY doit être rattaché à un nom de personne. Bovo est un nom d’origine franque qui fut latinisé sous la forme Bovinius. Il faut se rappeler que les Gaulois ont constitué dans nos régions de vastes domaines qu’ils désignaient du nom du propriétaire auquel on adjoignait le suffixe acus.

Ainsi Boviniacus représentait, il y a un millénaire, le domaine de Bovo. La finale du mot s’est usée un cours des âges, tandis que se maintenaient les syllabes les plus sonores. La graphie y est une fantaisie de scribe datant du moyen âge.

CIERREUX est également un village très ancien. Ce nom paraît formé de deux éléments : Cheron, un nom gaulois répandu dans le peuple, et un second terme : reux qui désigne un défrichement. Il s’agirait d’un domaine rural ayant appartenu à un certain Cheron. En wallon, on prononce encore le nom : Cherreux. Signalons qu’on doit attribuer la même origine au nom de Halconreux.

COMMANSTER a un passé plus mystérieux. Ce petit village porte, outre son nom wallon, une appellation germanique : Gommelshusen. Le suffixe ster est très répandu en Wallonie (Ster, Jehanster, Colonster…) ; néanmoins le sens du mot reste discuté. Il doit désigner un défrichement ou simplement une terre, un lieu-dit. En outre, la première partie de Commanster est d’origine obscure.

COO n’est autre chose qu’une sympathique forme wallonne : « », traduisant simplement le français cou. Ce mot imagé a désigné l’étroite bande de terre qui séparait deux boucles de l’Amblève. Une tranchée fut jadis creusée à travers ce « cou » par les moines de Stavelot ; depuis lors, l’eau s’y précipite en une cascade bouillonnante.

COURTIL est un nom de lieu très répandu depuis les débuts du moyen âge. Dans le latin populaire, « curtis » désignait une cour de ferme ou une exploitation rurale. On citerait beaucoup de composés wallons comme Walcour, Rocour, Amercoeur. Le domaine agricole de Courtil est connu par de nombreux documents historiques ; il était construit le long d’un chemin très ancien qui menait à Vielsalm.

FARNIERES doit probablement être rattaché à un nom d’arbre : le frêne. Farnières est une altération de Fresnières, c’est-à-dire « le lieu où poussent des frênes ». Le suffixe ières apparaît dans de nombreux noms de lieux : Rosières, Bossières, Tillières, pour désigner des plantations de roses, de bois, de tilleuls. Dans la langue populaire, Farnières est devenu Farnières, par métathèse, quand on perdit de vue le sens originel du nom.

FRAITURE dérive d’un vieux mot français : fraitis = friche, lieu désert. On désignait ainsi les terrains gagnés sur la fagne inculte. Deux lieux-dits ont porté ce nom dans notre région : l’un se trouve près de Nadrin ; l’autre village de Fraiture est voisin de Bihain sur la Lienne ; ses habitants, terrorisés par une épidémie de peste, l’abandonnèrent, paraît-il, au 16e siècle.

GOUVY est une localité à dénomination bilingue : au wallon Gouvy correspond l’allemand Gailig. Il semble que Gouvy doive être rattaché à Gaudiacus qui désigne le domaine d’un certain Gaudius. On peut aussi rapprocher ce nom de Gouy-lez-Piéton.

Des doublets dans le genre de Gailig — Gouvy ne sont pas rares ; la proximité de la zone de langue allemande crée des phénomènes analogues le long de toute la frontière linguistique. La déformation d’un nom de lieu est très naturelle lorsqu’il est prononcé par des populations qui ignorent la langue d’où le nom provient.

A GRAND-HALLEUX, les habitants se donnent aujourd’hui encore le nom de « Halonî » ou de « Haloneux ». En vieux français, un « hallot » désigne une branche ou un buisson ; ce terme est d’origine germanique. Ainsi, on appliquait jadis le nom de « Halleux » à des endroits brouissailleux. Ajoutons une constatation surprenante : Petit-Halleux a, de tout temps, été plus important que son voisin Grand-Halleux.

Cette localité a porté au 16e siècle un nom aujourd’hui disparu : Moustre, qui est une variante de Moustier. Cette appellation dérivait de monasterium ; elle évoquait l’existence du presbytère qui fut bâti lorsque Halleux fut érigé en paroisse

Il n’est pas rare, dans notre pays, qu’un détail religieux fixe le nom d’un lieu ; ainsi, La Gleize (= l’église) ; La Moinerie, Saint-Hubert, Purgatoire, se rattachent à des souvenirs historiques de ce genre.

A. LEKEU

(1)M. G. REMACLE a relevé ce nom dans un dénombrement d’anciens feux de la région.

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Ndlr : Cet article doit être lu avec beaucoup de réserves, il apparaît clairement que l’auteur n’a pas eu accès aux archives du comté de Salm !

samedi 19 septembre 2009

Notes historiques. Fraiture (5).

(publié dans Pays de Salm, le 25 juillet 1954)

Travailleur infatigable, il prit une grande part à l’élaboration de la plupart des lois qui, à cette époque, apportèrent de si profondes modifications à notre régime des finances. Et c’est avec justice que le « Moniteur Belge » du 23 juin 1872, page 1799, dans la notice biographique qu’il lui consacra, put dire :

« … Dans cette longue carrière et surtout dans le poste élevé qu’il a occupé en dernier lieu, Monsieur QUOILIN s’est toujours distingué par sa rare intelligence, par sa grande fermeté ; son zèle et son dévouement ne se sont jamais démentis. Il aimait le travail, il s’y livrait avec ardeur et possédait un rare talent d’analyse. Il portait la lumière dans les questions les plus obscures et les plus compliquées, et il exprimait ses pensées toujours justes, dans un style clair, simple et concis ».


En dehors de sa notice sur les « Finances de l’Etat » insérées dans « L’Exposé de la situation du royaume, période décennale de 1851-1860 », et de quelques articles dans la « Revue Belge ». QUOILIN ne publia rien, sa vaste et importante collaboration à la confection de nos lois d’impôts et de réformes financières est restée forcément anonyme.

Lorsque, le 5 août 1869, malgré les vives instances du ministre, qui désirait le conserver encore à l’activité, il fut admis à la pension de retraite.

Il était commandeur de l’Ordre de Léopold, grand officier des Ordres des S.S. Maurice et Lazarre, grand officier de l’Ordre de la Couronne de Chêne, officier de la Légion d’Honneur, chevalier de 3me classe de l’Ordre de l’Aigle Rouge, décoré de l’Ordre de Medjidié de seconde classe.

À partir de ce jour, il vécut à Ixelles dans un éloignement du monde presque absolu. Dans ces derniers temps, il avait été douloureusement éprouvé ; après une longue et heureuse union, la mort lui avait enlevé la compagne qui faisait le bonheur et le charme de sa vie ; puis un neveu sur lequel il avait concentré la grande affection qu’il portait à tous les membres de sa famille ; enfin, en 1871 un de ses meilleurs amis, Luxembourgeois comme lui, M. PAQUET, président à la Cour de Cassation de Belgique, le confident de toutes ses pensées. Ces deuils répétés, il les supporta pourtant avec une mâle résignation et son énergie ne l’abandonna pas un instant quand il vit s’approcher la fin d’une vie de travail et de devoir ; sa conscience était en repos à tous les points de vue, et, le 21 juin 1872, il s’éteignit à Bruxelles, manifestant le désir de se voir enterrer sans cérémonies autres que celles du culte, sans honneurs militaires, sans discours.

Son portrait a été placé au Musée Archéologique de la province à Arlon.

Fin.

HISTORIENS

Notes historiques. Fraiture (4).

(publié dans Pays de Salm, le 18 juillet 1954)

Fraiture est le village natal de Jean Hilaire QUOILIN, fonctionnaire et publiciste. Il est né en effet en ce lieu le 13 janvier 1795. Il est décédé à Bruxelles le 21 juin 1872. Issus d’une famille de bons cultivateurs ardennais, il fut reçu, le 11 mars 1814, bachelier es lettres par l’académie impériale de Metz. Peu de temps après, il se décida à embrasser la carrière administrative et, le 1er juillet 1819, on le trouve troisième commis de direction à l’administration des contributions, douanes et accises ; le 1er avril 1827, il est chef de division au gouvernement provincial à Luxembourg ; on sait qu’à cette époque, l’administration des contributions, douanes et accises, était dirigée en province par les gouverneurs. Après la révolution de 1830, QUOILIN, se démit de ses fonctions et, sur les instances de M. THORN, gouverneur du Luxembourg belge, il vint en Belgique et prit une large part à la réorganisation de la province.

En consultant « Biographie nationale », des archives gouvernementales et Em. TANDEL, auteur d’ouvrages sur notre Luxembourg, nous trouvons en outre les renseignements que voici :

Pendant son séjour à Arlon, Jean Hilaire QUOILIN avait été appelé à présider le bureau de bienfaisance de cette ville. Dans les provinces de Luxembourg et de Limbourg, rapidement, il parcourt les grades de la hiérarchie administrative ; partout, son intelligence, son zèle perspicace et inlassable attirent sur lui l’attention et, directeur en avril 1847, il est, le 9 mars 1849, appelé au poste de secrétaire général du ministère des finances.

Ce département était alors dirigé par FRÈRE ORBAN qui écrivait à QUOILIN :

« Les travaux de l’administration étant en ce moment très importants et très multiples, mon intention est de vous appeler près de moi pour y prendre part pendant quelque temps. Ce sera pour vous un dérangement, mais vous m’avez habitué à compter sur votre zèle et votre dévouement autant que sur vos lumières et votre expérience des affaires ».


Appréciation flatteuse sans doute.

Déjà dans une autre circonstance où il avait obtenu des résultats hautement appréciés par M. NEYDT, alors ministre des finances.

Pendant de longues années, QUOILIN occupa le poste élevé de secrétaire général et, plus d’une fois, l’offre du portefeuille des finances lui fut faite dans des moments de crise ministérielle. Mais, malgré les vives instances dont il était l’objet, il ne consentit pas à se charger d’un aussi redoutable fardeau, alléguant qu’il ne se croyait pas doué des qualités nécessaires pour affronter une pareille responsabilité.
À suivre.

HISTORIENS

Notes historiques. Fraiture (3).

(publié dans Pays de Salm, le 11 juillet 1954)

Nous n’avons pas sous la main le chiffre de la population de Fraiture pour 1953. On comptait en 1940, 70 hommes et nonante femmes : total de 160 habitants.

En 1793, selon E. TANDEL, il existait trois laboureurs, onze maisons de première classe, treize de seconde, quatre de troisième.

En 1891 : 163 habitants ; 28 maisons, 25 laboureurs, un cordonnier, un couvreur, un fileur de laine, deux menuisiers, deux personnes hors d’état de gagner leur vie, et un membre du clergé séculier. 30 granges et 46 écuries.

À cette époque, la paroisse de Fraiture dépendait de Bihain et du décanat de Stavelot.

L’église date de 1763, la tour de 1830, le presbytère de 1849 et l’école de 1866. L’église, comme on le sait, a tout particulièrement souffert de la guerre, endroit où des combats d’une extrême violence se déroulèrent.



Après les évènements, on songea à restaurer l’édifice, mais on ne s’y appliqua qu’imparfaitement. Des plans ont cependant été dressés et soumis à la commission des monuments et des sites qui les approuva. Il s’agissait de conserver certains aspects de la tour assez originale.
Sur ce point, complet accord. Les travaux, nous dit-on, seraient entrepris au cours de cette année.

Le patron de l’église est Saint Hilaire de Poitiers dont la fête se célèbre le dimanche qui suit le 14 janvier.

On signale qu’il existait une chapelle au 17me siècle ; il y est fait allusion dans des actes de 1604 et 1704. C’est seulement depuis 1808 que Fraiture est le siège d’une paroisse.

Citons quelques vicaires ayant été en fonction avant cette date :

Jean Mathieu LÉONARD, de La Vaux lez Lierneux, en 1708.

Maître LÉONARD, de Regné, au commencement du 18me siècle.

Jean MICGAELIS, cité le 3 mai 1722.

Jacques François MACORPS, cité le 25 juillet 1726.

Pierre DECROTIER, cité le 30 juin 1733 et le 26 avril 1735, mourut le 27 janvier 1739 et fut enterré dans la chapelle de Fraiture.

Henri MARTINI, de Limerlé, cité le 19 septembre et le 23 novembre 1738, mourut le 6 décembre 1738 et inhumé dans la chapelle de Fraiture.

N. HEURAY, vicaire, 1740.

Jean CANARD, cité le 26 avril 1747 et le 20 mai 1758, mourut à Fraiture le 5 novembre 1770, à l’âge de 88 ans.

Henri LÉONARD, 1769 – 1777.

Jean Bernard GUILLEAUME était vicaire de Fraiture en 1781 et 1789.

Jean Lambert MINET, cité le 26 janvier 1795, dans un acte de baptême de Fraiture, était sans doute chapelain à cette date, etc.


À suivre.

HISTORIENS.

Notes historiques. Fraiture (2).

(publié dans Pays de Salm, le 4 juillet 1954)

À deux kilomètres environ, c’est la Baraque de Fraiture, la sœur de la Baraque Michel, mais, et à juste titre, moins orgueilleuse. Jugez donc, 530 mètres d’altitude seulement. C’est là que se croisent les routes de l’Etat, allant de Vielsalm à La Roche et de Houffalize à Werbomont. Aussi, quel mouvement, quel tumulte de klaxons, de cornes et de trompes, quel roulage fiévreux et trépidant. « Parfois au milieu de ce tapage — écrit Albert BONJEAN — s’insinuent avec prudence, à travers l’enchevêtrement des moteurs, de longues charrettes aux essieux boueux sur lesquelles saignent encore les épicéas que la cognée vient d’abattre. Ou bien, quelque patache rustique attelée d’une maigre jument qu’une fermière conduit à la ville prochaine y vendre son beurre et ses œufs. Au milieu de ces autos, de ces camions, de ces limousines, des attelages et des chevaux, quel anachronisme ».

C’est très poétique en effet … et c’est déjà du passé… La modernisation a marqué l’endroit de son empreinte.

En ce point culminant, avons-nous dit, le froid y est parfois plus rigoureux qu’en aucune partie des Ardennes. Les voyageurs y sont, à certains jours, surpris par des brouillards épais causés par les réserves d’eau qui ont été creusées pour en extraire la tourbe. Mais à la saison d’été le pays est plein de charme.



« Vers Les Tailles — écrit Jean d’ARDENNE — commence le tableau sévère des landes marécageuses et où s’accuse l’effort de l’homme, le travail opiniâtre de la charrue qui essaie d’entamer le sol ingrat ».
À la Baraque, deux maisons, deux métairies, si vous voulez, très cossues depuis leur reconstruction d’après guerre.





Un poteau indique : 31 km. d’Aywaille ; 55 de Liège ; 15 de Houffalize ; 17,2 de La Roche ; 12,9 de Salmchâteau et le hameau, objet de notre article, qui a donné son nom au carrefour, se trouve à quelque distance, dans la fourche des routes de Liège et de Trois-Ponts.

« Aux alentours — écrit encore Jean d’ARDENNE — c’est l’Ardenne sous son aspect le plus désolé, mais aussi le plus émouvant et le plus caractéristique. Le plateau rasé, tourbeux, domine en partie un vaste horizon de forêts. Au nord on voit onduler les croupes de la Lienne et de l’Amblève. Au sud, celles de l’Ourthe. Par les ciels mouvementés, cette terre maigre et frissonnante où passent de grandes ombres, expression de la solitude, du silence et du vide, semble raconter un poème d’âpre mélancolie et de morne résignation ».

C’est l’Ardenne Luxembourgeoise dans ses plus captivants attraits. Les drèves forestières, les hautes futaies, les petits champs en damier, les prairies, les baies, les lacets des sentiers, les roches schisteuses, les chaumes, les pignons de pierres grises, les sources jaillissantes révèlent la sérénité de la vie rustique véritable. Non pas de celle qui s’altère de jour en jour, écrit un auteur, mais de cette vie simple et claire, telle une chanson de bergère assise au bord du ruisseau
À suivre.

HISTORIENS

vendredi 18 septembre 2009

Notes historiques. Fraiture (1).

(publié dans Pays de Salm, le 27 juin 1954)

Un village paisible de notre Luxembourg qui dépend de la commune de Bihain, assis sur un coteau sur un beau paysage boisé. On y poursuit la vie campagnarde dans le grand calme et le travail traditionnel des générations. Les maisons sont bien groupées autour de la petite église dont la mince flèche domine à peine le faîte des toits voisins. Petit hameau dont on parle peu.
Dans le pays, on dit que le nom de Fraiture vient du mot patois « Freudure » (froidure) et il eut été bien difficile de lui donner un nom qui caractérisait le mieux le climat de cette contrée.

Fraiture est écrit « Fracture » en 966. Il ne serait pas surprenant que ce mot correspondit au « Scheid » allemand, indiquant séparation, partage de terres, d’héritage, da canton, de pays. « Fractus » de « frango » peut désigner un terrain brisé, une fosse, une carrière.

Fraiture viendrait-il de « Faya », déesse du nord ?

À l’endroit où était situé autrefois le village, il existe un étang alimenté par une fontaine qui ne tarit jamais et qui a pour nom : Fontaine de St-Hilaire.

Cette fontaine paraît sortir d’un amas de décombres, dans une vallée bien abritée par les éminences environnantes. On y a retrouvé jadis une cave et les assises d’une habitation, voire même des sommes d’argent assez importantes enfoncées dans le sol.

Cet étang qui fut le rendez-vous des pêcheurs de truites, est aujourd’hui envahi par une végétation luxuriante dans une épaisse.

L’un des points les plus élevés qui environnent ce vallon s’appelle « Thier de la forge », et, à une faible distance, on voit un amas considérable de résidus de fer et de verre, ce qui porterait à croire qu’autrefois l’industrie y était florissante et qu’il y avait là, une fonderie de fer et une fabrique de verre. Ce n’est nullement surprenant car ces industries sont très anciennes sur le sol luxembourgeois.
L’industrie de la forge du fer trouvait sur place et en grande abondance le minerais, le combustible et l’eau, c’est-à-dire la force motrice. Des exploitations sidérurgiques existaient à Bihain.
Le « Mont des Forges » au hameau de Regné, rappelle les usines de jadis au pied de la colline. À Mont-le-Ban, le « pré aux Fosses », et ainsi nommé parce que l’on y voyait de grandes fosses à demi remplies de scories et de morceaux de fonte, ainsi que les restes d’un fourneau.

On pourrait citer maints exemples, prouvant, qu’au moyen-âge le Luxembourg s’adonnait largement à la métallurgie du fer.



Fraiture fut affranchi en 1808 par Ferdinand II, empereur d’Allemagne, moyennant le payement de trois mille livres.
La seigneurie de Fraiture appartenait vers 1740, à la famille COUDENKOVE.

Il existe non loin, la « Baraque de Fraire », dans la grande fagne qui s’étend exactement à 450 mètres à l’ouest de Bihain, certaines « mardelles » fort intéressantes. Elles ont une forme parfaitement circulaire et sont très bien groupées.
L’une d’elle mesure trente-cinq mètres de diamètre. Il ne peut y avoir de doute quant à l’origine des mardelles qui, toutes, ont été creusées de main d’homme, ainsi qu’en témoignent les terres jetées sur les bords et formant bourrelet ; mais leur destination et leur âge restent à déterminer. Ces mardelles furent étudiées en 1907 par les services des fouilles des musées royaux d’art et d’histoire de Bruxelles.
À suivre.

HISTORIENS

Ndlr:
Ferdinand II, fut empereur d’Allemagne en 1619. Il y a là une faute de frappe lors de la publication de l'article !