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jeudi 4 septembre 2014

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

L’Organe du 11 septembre 1910 :
 Mercredi dernier, un jeune homme de Jevigné se rendait à vélo à son travail, porteur de ciseaux servant à élaguer les haies. Il fit une chute et se troua la tête d’outre en outre avec son outil. Il est mort sur place.
On ne dira plus que nos Ardennes reculent devant l’admission de tous les progrès modernes : les communes de Cherain,  Mont-le-Ban, Limerlé et Sommerain ont réussi à obtenir le téléphone  rattaché au réseau  de Liège. Sans doute les démarches incessantes de quelques particuliers de ces communes ont-elles hâté la réalisation de leur désir.

L’Organe du 3 septembre 1911 :
A Vielsalm, dans la nuit du 30 au 31 août, on a dérobé plusieurs chemises, draps de lits et mouchoirs de poche se trouvant dans du linge « mis au vert » en lieu dit Les Doyards.  La police a procédé à une enquête sérieuse et le coupable n’est pas loin d’être pincé.
(Sur la carte postale prise avant 1905 et envoyée en 1908 à Octavie Lange, tailleuse, Chalet du Parc [de Rosée] à Vielsalm, on voit le linge mis à blanchir le long du bief du moulin dans les Doyards)

Sâm po-tot : le titre de cette société de Salmchâteau se justifie par la présence dans ce groupe, outre les Sâmiots, d’éléments de diverses localités voisines. De l’esprit, du mouvement, de la gaieté, de l’épargne, telles sont les grandes qualités auxquelles il convient d’y ajouter le divertissement à bon marché, la bonne et franche camaraderie. A la répartition des sommes versées et des bénéfices réalisés pendant le cours d’une année, certains membres ont touché du 27 %.
L’Organe du 1er septembre 1935 : 
Grave accident de la route à Deyfeld.
MM. Joseph Holzheimer et Léopod Geubel, l’un et l’autre 33 ans, de Deyfeld, après une excursion, regagnaient la localité vers 21 heures. Le premier qui était en avance sur son compagnon dévalait la pente qui aboutit au hameau lorsqu’il entra en collision avec l’auto d’un habitant de Gouvy contre laquelle M. Geubel se jeta à son tour. M. Holzheimer, le crâne ouvert, décéda sur place ; M . Geubel eut l’épaule fracturée et des contusions.
L’Organe du 1er septembre 1912 donne un large compte-rendu des courses cyclistes organisées à Grand-Halleux. Celle pour non licenciés sur le trajet Trois-Ponts-Basse-Bodeux-Manhay-La Baraque de Fraiture-Vielsalm, soit 65 km a vu la victoire d’un Tromme en 5 heures 1 minute et 30 secondes. Celle des juniors sur 35 km a été gagnée par un Gilson en 5 heures 46 minutes et 30 secondes.
 Les moyennes n’étaient donc pas époustouflantes mais il faut tenir compte de l’état des routes et du matériel sans doute plutôt rustique.

L’Organe du 6 octobre 1912 : A Trois-Ponts, vendredi dernier, un incendie d’une rare violence s’est déclaré chez M.E. Lambert, marchand de pétrole. Malgré les efforts des sauveteurs, le feu s’est communiqué à une maison voisine.  Les deux habitations furent réduites en cendres.
A Stavelot, un orage d’une rare violence s’est abattu sur cette contrée lundi soir : quatre bêtes à cornes ont été foudroyées à Xierfomont,  appartenant au même propriétaire. Celui-ci finissait de traire une des vaches lorsqu’elle fut frappée par le fluide. La commotion le projeta violemment à terre.

                                                                                         Robert NIZET


dimanche 10 août 2014

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

L’Organe du 11 août 1935  rapporte  un accident mortel survenu à Salmchâteau : mardi dernier une automobile-camion [ ?] pilotée par le sieur Omer Zwanepoel est descendue dans un ravin par suite d’un dérapage. Le conducteur a essayé de se sauver mais la voiture s’est renversée sur lui et l’a écrasé. Le malheureux, âgé de 21 ans était l’aîné de quatre enfants et sa pauvre mère fait peine à voir.

Dans l’Organe du 15 septembre 1907 :
À Vielsalm, des essais ont été faits dans les derniers jours de la semaine passée : on préconise l’éclairage électrique pour le 22 septembre, jour de la kermesse. Bravo !
Le lundi de cette fête, le cercle cycliste de notre ville organisera une course réservée aux amateurs du canton sur le parcours Vielsalm- Laroche et retour soit 64 km 8hm.

L’Organe du 15 septembre 1908   nous informe  du Le Libre-Échange à Lierneux: Sous ce titre vient de paraître une petite revue trimestrielle qui s’adresse non aux économistes mais aux collectionneurs de cartes postales illustrées. La directrice qui habite Lierneux s’est donné pour mission de servir d’intermédiaire entre les amateurs des cinq parties du monde en publiant  leurs adresses dans sa revue. Elle leur donne en outre d’utiles conseils dans ses causeries et chroniques « philocartistes ». [Actuellement on dit  « cartophiles »]

Actuellement, les collectionneurs trouvent encore parfois des cartes postales revêtues du cachet « Libre-Échange »
La même édition annonce que sur les pressantes sollicitations de ses amis et d’une bonne partie de la population régionale, M. Robert Malherbe s’est enfin décidé à rentrer au pays natal et y exercer la profession de Barbier-Coiffeur-Parfumeur à l’instar des grandes villes du pays. Il nous revient dans la maison de M. Th. Duvivier. L’ouverture de son salon de coiffure moderne, conforme à l’hygiène, se fera le 19, veille de la fête à la gare.

L’Organe du 12 septembre 1909 :
 À Petit-Thier, dans la nuit du 7 au 8 août, le tronc en fonte se trouvant à l’intérieur de la chapelle de Tinseubois (frontière allemande) a été fracturé à coups de marteaux, le contenu a été enlevé par les bandits  mais les ornements de la chapelle ont été respectés. La police de Vielsalm a ouvert enquête mais il est peu probable qu’elle réussisse : il est fort à penser que les voleurs sont des gentlemens[sic] du pays de la choucroute.


Au Concours Agricole organisé par le Comice de Houffalize, notre sympathique concitoyen M. Arnold Jeunejean,  le Constructeur-Mécanicien bien connu a obtenu la médaille d’argent hors concours pour la magnifique collection de machines agricoles et appareils de laiterie exposés.
Dans celui du 19 septembre : La fille du cultivateur P. de Limerlé turbinant  le  lait vint à abandonner la manivelle de la turbine. Voulant la reprendre elle se fit accrocher par la tresse de ses cheveux et tellement projetée de tous côtés que le cuir chevelu fut en partie arraché et deux doigts écrasés dans l’engrenage à tel point que le docteur dut les amputer.


                                                                               Robert NIZET

vendredi 30 mai 2014

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

L’Organe de Vielsalm du 4 juin 1911  nous apprend le décès le 14 avril dernier  à  Nouvel-Anvers d’Arthur Hoffmann parti pour le continent noir le 14 avril 1910, un an plus tôt jour pour jour ! C’est par deux lettres de compatriotes à leur famille que cette triste nouvelle a été connue.

Dans celui du 11 juin,  des accidents d’automobiles sont relatés.  A Salmchâteau, une automobile a renversé le jour de la Pentecôte une fille de 14 ans à la sortie de la messe. On constata d’abord qu’elle n’avait rien de grave. En fait elle décèdera une semaine plus tard.
A Salmchâteau toujours et toujours à la Pentecôte, un terrible accident a marqué  la première étape de la course cycliste  organisée pour la fête. L’auto du notaire Lambert conduite par son chauffeur Thomas Remy qui avait été mise à la disposition des organisateurs accrocha le gamin de sept ans et demi de chez Monfort-Huppertz de Provèdroux lors du passage sur le pont. L’enfant fut tué sur le coup. (Voir à ce sujet l’article illustré  Les débuts de l’ère automobile à Vielsalm dans le n°71 de la revue Glain et Salm, Haute Ardenne ).
 Concours de circonstances extraordinaire : les deux accidents ont été causés presque au même endroit, à un jour d’intervalle par la même automobile conduite par le même chauffeur !
Moins grave, à Vielsalm, l’automobile portant le N° 12077B a écrasé lundi à midi sur la place du marché le chien de Mme Vve Joiris et s’est empressée de filer à l’anglaise sans indemniser celle-ci.

Ah ces autos  qui roulent si vite ! L’avion c’est bien plus sûr :

Le 26 juin la première page de l’Organe rapporte en long et en large  le Circuit Européen d’Aviation. Nul ne croyait au passage à Vielsalm des hardis aviateurs du Circuit européen mais non seulement il en est passé mais nous avons eu la veine de voir des atterrissages et des envolées. Dimanche à Regné atterrissait le monoplan Deperdussin piloté par Prévost. Après avoir passé la nuit à l’Hôtel Albert et avoir été dépanné par l’aviateur Lauser qui suivait l’étape en auto, Prévost  est reparti à 6 heures du matin. Au même moment un biplan et un monoplan survolaient Vielsalm. Le clou de la journée fut sans conteste l’atterrissage sur le thier du Monty  du biplan Farman piloté par Wynmalen. Celui-ci fut reçu au château d’Hermanmont puis repartit le lendemain après  que des ouvriers eurent mis le terrain en état et que des voitures eurent amené de Liège des mécaniciens. D’autres aviateurs ont atterri à Malempré, Cherain, Stavelot, Chevron et Manhay.

Dans l’Organe du 9 juin   1912 : de violents orages se sont déchainés sur Grand-Halleux. Une vache a été tuée ; les ouvriers de la gare ont été renversés par la foudre mais sans mal ; le clocheton de l’école a été mis en pièce.
Dans celui du 23 juin : dans la nuit  de lundi à mardi un incendie s’est déclaré dans le moulin appartenant à Mesdemoiselles Andrianne : les dégâts se bornent à des pertes purement matérielles d’ailleurs couvertes par l’assurance. Ce vieux moulin datait de 1732, fut brulé et reconstruit en partie en 1803 et des réparations y furent faites en 1872.
Si non è vero…
                                                                                         Robert NIZET



lundi 24 mars 2014

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

L’Organe de Vielsalm du 30 mars 1913 rapporte qu’à  Lierneux, un incendie d’une extrême violence s’est déclaré dimanche soir dans l’habitation de M. André Monfort.  Grâce au prompt secours apporté par le pompier volontaire de la colonie avec son matériel moderne, le sinistre a pu être localisé. Sur plainte anonyme, le parquet de Verviers a ouvert une enquête et interrogé plusieurs pensionnaires.
Il est vrai que les Monfort connaissent des incendies à répétition !

Dans celui du  12 mars 1933 :  Un avis important : Eugène Grognard a l’honneur d’informer le public qu’il vient de louer le moulin et la scierie Kieffer et qu’il se recommande pour tout ce qui concerne des deux industries en garantissant un travail parfait et à un prix avantageux.

L’édition du  7 janvier 1934  signale des jeux dangereux. Des jeunes gens de la localité étaient occupés à glisser sur la Vieille tchavi. Un des toboggans sur lequel avaient pris  place J. Bande, J. Ravigna et A.Jeunejean n’a pu s’engager sur la route de Ville-du-Bois et alla buter contre un arbre. J. Bande eut une déchirure à la cuisse et J. Ravigna fut tout contusionné.

Rebelote le 11 février de la même année : glissant au même endroit, le petit Paul Fraiture  tomba si malencontreusement qu’il se fractura le bras.

Une collision d’autos à Vielsalm dans L’Organe du 21 janvier 1934 :
M. Toussaint, garagiste à Ville-du-Bois, pilotant la voiture de M. Demoulin, se dirigeait vers Vielsalm, lorsque arrivé au pont sur l’eau maréchal [sic. Serait-ce à l’entrée de la propriété de Rosée ? ] il entra violemment en collision avec l’auto Gillis-Dumont, boucher à Vielsalm et roulant en sens inverse. La dépanneuse du garage Biémont vint dépanner les voitures et la police enquête pour déterminer les responsabilités de cet accident qui n’a causé que des dégâts matériels.

Le 11 mars 1934 : A Ville-du-Bois,  l’instituteur Depierreux  donnait une leçon de gymnastique et employait un extenseur dont il tenait une extrémité tandis que les élèves tiraient à l’autre bout. Soudain, l’un d’eux lâcha la poignée qui fut lancée au visage de l’instituteur, lui brisant les lunettes dont un éclat pénétra profondément dans l’œil. Le médecin mandé d’urgence put extraire l’éclat de verre et malgré la vilaine entaille espère lui conserver l’œil.

Dans le même journal, de l’espionnage à Vielsalm ?
Le 1er mars une nouvelle servante vint s’engager chez M. M… à Ville -du-Bois. Mercredi, les ouvriers occupés aux fortins remarquèrent que cette demoiselle photographiait un de ces fortins sous  tous les angles. La gendarmerie vint lui confisquer toutes les plaques. Cette personne, une allemande dont les papiers ne sont pas en règle, vient d’être réexpédiée à la frontière comme indésirable en Belgique. La mise à l’ombre aurait été plus judicieuse.
Mais le 18 mars  une rectification est apportée : contrairement à ce qui était annoncé et de renseignements puisés à source certaine, il est absolument faux qu’il y ait eu une affaire d’espionnage à Ville-du-Bois.
Précipitation ou psychose ?

                                                                                         Robert NIZET

samedi 23 novembre 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps


Le 18 novembre 1906 : Monsieur Lucien Remacle, agent du Comité spécial du Katanga, décoré de l’Etoile de service de l’Etat indépendant du Congo est décédé le 26 septembre dernier à l’âge de 36 ans. Son premier départ pour le pays noir datait de juin 1898.

Le 14 novembre 1909 : Lundi dernier, le tram partant de Vielsalm à 5 h 4 m a renversé une charrette à bras se trouvant sur la ligne du vicinal en face de la scierie Denis à Vielsalm-Station. Le propriétaire du véhicule s’est vu contraint à payer 50 frs de dommage pour dégradation à la locomotive.

Le 10 novembre 1911 : À Regné, les habitants ont été, jeudi 7 écoulé, très étonnés de voir atterrir [sic] un ballon de dimensions respectables monté par deux personnes de nationalité allemande.

Le 9 novembre 1913 : Dimanche dernier vers 7 heures du soir deux automobiles arrivant en sens inverse et appartenant, l’une à M. Van Praet de Bruxelles et l’autre à un automobiliste allemand, voulurent se croiser dans la rue de Neuville actuellement encombrée de matériaux de construction. Les chauffeurs vinrent s’immobiliser contre les tas de pierres. L’auto de M.Van Praet put tant bien que mal continuer sa route. Il n’en fut pas de même de la seconde voiture qui, ayant l’avant défoncé, dut être garée chez M. Gillis. Il n’y eut pas d’accident de personne à déplorer.

Le 23 novembre 1913 : À Salmchâteau, lundi dernier dans l’après-midi, Mme Vve Futvoye rinçait son linge dans la rivière la salm [le Glain] lorsque son pied glissa et elle tomba à l’eau. A l’appel d’une autre femme, un dénommé Winand accourut et parvint à ramener la malheureuse sur la berge. Des soins immédiats lui furent prodigués et on parvint non sans peine à la ranimer. Cette personne de 69 ans est restée alitée plusieurs jours mais est actuellement hors de danger.

La Saint-Clément : après les fêtes somptueuses du « Rallye- Vielsalm », voici les réjouissances plus modestes mais plus vives du monde ouvrier. Dimanche prochain sera consacré au culte de saint Clément, patron des ardoisiers auxquels se joignent les ouvriers de la pierre. Le dur labeur de ces braves procure au pays de Salm des ressources considérables et y crée un bien-être familial. Salmchâteau sera particulièrement en liesse et  La Concordia  réjouira la population par ses accords harmonieux.
Mais la fête sera ternie car, à Bihain, un de ces ouvriers de la pierre, M. Husquet était occupé à vouloir faire descendre un banc de pierre lorsque celui-ci se détacha et vint s’abattre sur le malheureux qui eut la jambe écrasée. Le docteur appelé d’urgence dut se résoudre à faire amputer le membre : on conduisit le malheureux en voiture à Bruxelles.

A Bra sur Lienne, un braconnier de Lansival a été surpris hier par un garde-pêche et arrêté : c’est un récidiviste, H.S., connu pour dévaster les rivières du coin.

Le 19 novembre 1933 : À Gouvy, un train coupe un homme en deux. On a découvert à l’entrée de la station le cadavre mutilé d’un cultivateur de Gouvy, Clotuche Fr., 40 ans, célibataire. Le malheureux, faisant partie de la fanfare, avait participé aux festivités de l’anniversaire de l’Armistice. Ayant sans doute bu plus que de raison, il s’était pris de querelle avec un ouvrier de la localité. Qu’advint-il ensuite, on ne sait, mais un train le surprit sur la voie et le coupa littéralement en deux à hauteur de la poitrine.

                                                                                         Robert NIZET




jeudi 3 octobre 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

On lit dans  L’Organe de Vielsalm :

Le 24 septembre 1909 :
Nouvelles de l’expédition Laplume au Congo : une colonne de cent  hommes  vient de quitter le district du Bangalla pour se rendre dans l’Ouellé où elle renforcera l’expédition Laplume qui opère contre le sultan Djabbir, sans grand succès jusqu’à présent,  avantages partiels et revers se succédant. Elle enregistre de nombreux cas de désertion : un grand nombre de soldats passe au camp de l’ennemi avec leurs armes perfectionnées.
L’état civil nous apprend la naissance de Marie  Kieffer que de nombreux lecteurs ont encore connue.
 Un personnage !

Dans la nuit du 24 au 25 septembre un malandrin a tenté de cambrioler le moulin Lebecque à Ville-du-Bois. Le meunier rentrant chez lui aperçut de la lumière dans le bâtiment. Sa femme retourna à Ville-du-Bois pour chercher du renfort. Le cambrioleur sauta par la fenêtre et se blessa,  parvint néanmoins à se sauver mais fut rattrapé. Après lui avoir administré une bonne raclée, on l’amena à la gendarmerie de Vielsalm où il avoua qu’il avait un complice. Sur place la gendarmerie constata diverses disparitions dont une machine à coudre. En fait, le duo, des polonais [déjà !] s’était rendu coupable d’autres faits du genre dans la région.

Le 7 octobre 1906 : un terrible accident à la gare du chemin de fer de Vielsalm.
François Pècheux, ouvrier préposé au service des manœuvres s’est fait écraser entre une locomotive et un wagon au quai de déchargement en amont de la gare. La victime eut le bassin complètement déplacé, un bras et une jambe cassés en plusieurs endroits et de nombreuses contusions. Le docteur Tilman fit transporter la victime chez elle où elle mourut quatre heures plus tard dans d’atroces douleurs.
Pècheux était marié et père de deux enfants et habitait depuis quelques temps au passage à niveau de Cierreux. Il était au service de l’État depuis 35 ans.

Le 29 septembre 1907 :
A Ottré, le cordonnier Briol, après avoir verni les fenêtres de son habitation employa du calygène pour nettoyer les taches sur les vitres. Sa petite fille s’empara du bol contenant le produit et en but une gorgée : l’effet fut terrible. Atrocement brûlée, tous les efforts du médecin furent inutiles et elle expira après 24 heures d’atroces souffrances.
A Bovigny, le ruisseau venant de Beho vers Bovigny [le Glain, donc ?] a été chaulé dans les premiers jours de la semaine. La police est sur les traces de ces écumeurs de rivières.

Le 6 octobre 1907.
On apprend d’Aix- la- Chapelle que l’automobile club impérial a entamé avec la ville des pourparlers pour l’établissement d’un autodrome et d’une piste d’essais dans l’Eifel. La province avancera le capital et la ville se chargera des intérêts. Le club automobile de Francfort s’est prononcé contre ce projet car en raison de la proximité de la frontière belge, c’est la Belgique qui profitera des avantages commerciaux que procureront ces réunions.
[S’agit-il du fameux Nürburgring près de Adenau, à proximité du château de Nürburg à une centaine de km de Vielsalm ? Si oui, on a mis le temps puisque la construction de cette piste date de 1925, son inauguration de 1927 !]
A partir de samedi prochain commencera le chauffage de nuit des trains de voyageurs partant entre 11h du soir et 4 h du matin. A partir du 3 novembre, tous les trains seront chauffés jour et nuit.


                                                                               Robert NIZET

mercredi 23 janvier 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps


L’Organe du dimanche 1er janvier 1905
Dans un petit village des bords de l’Ourthe, on a aperçu tout récemment une limousine automobile arrêtée près d’un appareil photographique sur pied. L’auto était en fait un laboratoire complet de photographe avec vitres rouges, cuvettes, révélateur, fixateur pour développer un cliché. L’opérateur travaillait pour un éditeur de cartes postales illustrées de Paris et avait réalisé quatre cents clichés de « La Belgique en hiver » en dix jours de givre. Grâce aux plaques rapides et à une automobile tout aussi rapide, les clichés se faisaient à la douzaine. Où est le temps du collodion liquide où l’on faisait trois clichés par jour ?

Mais que sont devenus ces clichés ?

A Lierneux un incendie a détruit au centre du village quatre maisons occupées par MM. Monfort, Germain, Habotte, Constant Gaspard et Jean-Jos. Mathieu. On n’a pu préserver que les récoltes avoisinantes et sauver le bétail sauf une chèvre et un porc. Il ne reste que quelques murs.

Dans l’Organe du dimanche 8 janvier on apprend que les religieuses dominicaines établies à Provèdroux, n°18 sont à la disposition des malades pour aller les soigner à domicile.

Qui se souvient de ce service particulier ?

L’Organe du 7 janvier 1906  commence par un avis aux lecteurs : L’Organe créé en 1885 vient donc de doubler le cap de sa vingt-unième (sic) année. Le plus vif désir de l’éditeur a toujours été de rendre son journal le plus intéressant possible. Il organisera cette année dans chaque village de la contrée un service sérieux de reporters afin que les plus petits faits lui soient renseignés et que la moindre nouvelle n’échappe pas à la connaissance de ses lecteurs.

La dame de L’Annonce ne devrait-elle pas faire de même ?

Mr l’abbé Hautôt, vicaire d’Etalle, vient d’être promu curé à Commanster.

Si l’on dit que c’est une promotion…

Innovation dans l’Organe du 12 janvier 1913 : une chronique des livres que l’on va retrouver tout au long de l’année et même au-delà et qui est signée G. de Prouves.

Je me demande si c’est un ancêtre de Guy don de Bêche. Je me promets de poser la question  à celui-ci !

Dans la nuit de mercredi à jeudi dernier, les habitants furent réveillés par les cris de Au feu, Au feu puis le clairon et le tocsin lancèrent aussi le signal avertisseur d’un incendie.
Le feu qui s’était déclaré soudainement (route de Neuville c'est-à-dire actuelle rue du Général Jacques) dans l’atelier de M. Rommès, charron, ne tarda pas à s’étendre à deux autres maisons, l’une habitée par M. Jacoby et l’autre, le local du cercle catholique, occupée par le tenancier. Ces constructions vieilles de plus de cent ans ne tardèrent pas à être transformées en un immense brasier et furent bientôt réduites en  cendres. Les pompiers et les habitants accourus sur les lieux mirent tout en œuvre pour circonscrire les flammes mais il fallut se borner à préserver les maisons voisines. On ignore les causes qui ont provoqué l’incendie dont les dégâts sont évalués à plus de 25.0000Fr.

A Limerlé, un vol d’environ 80m de fil de cuivre a été commis au préjudice de l’Administration des téléphones et télégraphes. Ce fil  fut coupé sur la ligne qui reliait  Limerlé à Cherain.

Il n’y a vraiment rien de neuf sous le soleil.

Il n’y avait, en ce temps- là dans notre localité, aucune difficulté pour  faire soigner ses dents :
Maurice Sasserath  peut être consulté à l’Hôtel Molhan-Renard à Vielsalm-Gare le troisième mardi de chaque mois ou chez Joseph Denis entrepreneur aux Quatre-Coins ; Ad. Leloup dentiste à Malmedy peut être consulté tous les premiers mardis du mois au café de la Renaissance Emile Lekeu-Lambert ; Amédée Hesse de Verviers se signale aussi à l’attention des lecteurs et reçoit le premier lundi du mois chez Cahay, hôtelier à la Gare ;   le Dr Legros de Vielsalm s’est aussi spécialisé dans l’art dentaire.
                           
                                                                            Robert NIZET




lundi 18 juin 2012

LA PREMIERE AUTOMOBILE A VIELSALM ???

Dans un rapport de stage (1) effectué par Marie-Bernadette Bodeux en 1979 au garage Jeunejean (concessionnaire Renault) dans le cadre de l’épreuve écrite pour l’examen de qualification à l’I.S.C. de Vielsalm, on lit dans l’introduction :





- Les origines du garage Jeunejean remontent aux environs de 1880. A cette
époque le grand-père et le père (Jules Jeunejean) de Monsieur (Arthur) Jeunejean
travaillaient ensemble. Leur petite entreprise était située rue du Vieux Marché
à l’emplacement de l’actuel salon de coiffure Lanuit (2). Ils ont géré dans un
premier temps un commerce de bicyclettes et ensuite ont développé le marché de
la motocyclette dans la région.

- C’est en 1898 que la première voiture arrive à Vielsalm chez Monsieur Jules
Jeunejean. Il s’agissait d’une de Dion-Bouton un cylindre.

- En 1931, il (= Arthur Jeunejean) s’établit avenue de la Salm (3) et vend des motos
et des voitures de marque Gillet et Citroën.



Deux photos illustrent cette introduction avec les légendes suivantes :



- La première voiture de Vielsalm, une de Dion-Bouton 1 cylindre (cette voiture
est actuellement au Musée de la Voiture à Bruxelles)
- Monsieur Jeunejean et sa maman (+/-1910)

Ce texte et la légende des photos ne manquent pas d’interpeller. Ces informations ont sans doute été données à la stagiaire de vive voix et reproduites sans être vérifiées : ce n’était pas l’objectif du stage portant sur la comptabilité et l’organisation de l’entreprise mais il semble bien qu’elles ne soient guère exactes.

Que la première voiture apparue à Vielsalm ait été la propriété de la famille Jeunejean, des mécaniciens, est plausible et même vraisemblable.

Que cette première voiture (1ère photo) date de 1898 est manifestement faux : jusqu’en 1903 au moins et même plus tard pour certaines marques, les voitures automobiles (concept alors récent) ressemblaient plutôt à des calèches hippomobiles auxquelles on aurait enlevé les timons alors que le véhicule représenté est déjà une voiture « moderne » : moteur à l’avant, habitacle (ouvert) au centre et coffre ( ou support pour un panier ou une valise) à l’arrière.

Qu’il s’agisse d’une de Dion-Bouton de 1898 n’est pas exact non plus puisque la première voiture de la marque fabriquée en grand nombre avec 2970 exemplaires entre 1899 et 1902 était un vis-à-vis appelé la petite voiture donc pas du tout la voiture photographiée. En fait, selon Monsieur Yvan Mahy, le plus gros collectionneur belge de véhicules anciens (plus de 1000 !) dont une partie de la collection est exposée à l’Autoworld de Bruxelles et une autre partie à Leuze-en-Hainaut (4) il s’agit d’une Ford T de 1910 ou 1911. Il possède d’ailleurs le même modèle.

L’autre photo montre effectivement une de Dion-Bouton datant d’entre 1903 et 1906. L’Amicale de Dion-Bouton de France précise que ça devrait être un bicylindre de 10HP de type W si elle est de 1904. Mais la teinte noire qui fut préconisée en 1905 pourrait la faire correspondre à un type AB. Monsieur Mahy n’a pas souvenance d’une première automobile qui existerait encore quelque part.

L’endroit des photographies
Au début du 20ème siècle l’extrémité vers Salmchâteau du côté droit de l’actuelle rue du Vieux Marché ne comportait que deux immeubles :
- la pharmacie Rausens devenue plus tard le domicile et le cabinet du dentiste Maurice Delaval et actuellement propriété de Monsieur et Madame Mullen ;
- l’horlogerie-bijouterie de Florent Guillaume (père) inchangée à ce jour mais volets toujours baissés !
Entre les deux existait un parc arboré dans lequel a été photographiée la fameuse voiture. On distingue en effet entre les arbres la grande fenêtre en trois parties verticales que l’on retrouve sur l’autre photo.

La date des prises de vue
Jules Jeunejean né à Verviers le 15 mars 1873, frère d’Arnold (des machines agricoles) était arrivé ( revenu ?) à Vielsalm en 1886 et avait épousé en 1902 Augustine Detrés ( 5). De cette union était nés trois filles et un fils, Arthur, le 9 juin 1907. (Celui-ci épousera ultérieurement Maria Mathieu : ils auront trois fils : Jules, Jean-Jacques et Luc).
Sur les deux photos, Arthur est le deuxième personnage à partir de la gauche. Sur la photo avec sa maman il est bien mieux visible et y apparaît comme un petit garçon de 3 à 5 ans. Cette photo en tout cas daterait donc de 1911-1913. L’indication du rapport de stage mentionné ci-dessus peut donc être considérée comme exacte. L’autre photo devrait dater des mêmes années.

Le nouveau garage Jeunejean
En 1931 (d’après ce rapport de stage) Arthur s’installe donc au bas des Chars-à-Bœufs dans un nouveau garage construit par un autre Jeunejean, Joseph, fils d’Auguste et d’Hortense Archambeau. Auguste est un des neuf enfants de Léonard-Joseph Jeunejean (1839-1890) et de Geneviève Martiny (1841-1911), mes arrières- grands-parents maternels de Ville-du-Bois. Joseph épousera la fille du pharmacien Rausens, Simone, et s’expatriera au Maroc (dès 1931 ?) Sur la troisième photo, Simone est sur le pas de la porte, Joseph au guidon de la deuxième moto à partir de la gauche.
Pour trouver un ancêtre commun aux deux branches Jeunejean, il faut remonter à Henri Le Jeusne Jehan né vers 1635 à Ville-du-Bois et marié à Anne avant 1666 !

Tout ceci, j’en conviens, ne nous donne aucune certitude ni sur la date ni sur la marque de la première voiture à Vielsalm. On peut supposer sans grand risque d’erreur que ce serait plutôt la de Dion-Bouton. Remarquons que Gaston Remacle donne comme date de la première voiture à Vielsalm 1899 et comme propriétaire Jules Jeunejean ! Des investigations plus poussées sont actuellement en cours pour tenter de confirmer ces informations de deux sources différentes. Reste à voir si elles aboutiront.

Il est cependant tout à fait possible que la première auto apparue chez nous ne soit pas celle d’un habitant de la localité. Ce pourrait par contre être celle d’un participant à la chasse à courre. Ces gens étaient généralement très bien nantis et certains étaient à la pointe du progrès, parfois même des sportsmen disait-on alors. Ils eurent donc très tôt des automobiles et arrivaient avec elles à Vielsalm pour la période de chasse.

Je tire cette présomption d’abord de la reproduction que je possède (comme beaucoup d’autres sans doute) d’une photo d’époque non datée et montrant un rendez-vous de chasse (à courre). On y voit six anciennes voitures et un tricycle datant à coup sûr d’avant 1910. Qui possède l’original de cette photo ? Peut-être y a-t-il une date au dos de celle-ci ? Il serait très intéressant de la connaître.


Ensuite, une carte postale éditée par Octave Baccus montre un autre rendez-vous de chasse, à Deiffelt probablement mais le cachet postal est déjà ici de 1914. On y distingue aussi six voitures dont une seule est bien visible.





Une autre photo éditée aussi par Octave Baccus sous forme de photo-carte et reproduite ici montre une magnifique voiture de maître, prise à l’arrière de la villa « Chez Nous », anciennement auberge de jeunesse sur l’emplacement actuel du domicile et du cabinet de Monsieur et Madame Lenoir, dentistes, rue du Général Jacques. Le document a été envoyé le 29.09.1910 à Monsieur Louis Denis, chauffeur d’auto à Mariemont par un certain Georges qui s’ennuyait royalement à Vielsalm ! Les propriétaires des lieux à ce moment sont le vicomte Albert de Jonghe et son épouse Isabelle Cornet d’Elzius qui était la fille d’une sœur du baron de Rosée. J’ai tendance à croire qu’il s’agit de leur voiture et de leur chauffeur mais on ne peut exclure qu’il s’agirait d’un ami venu leur rendre visite au volant d’une voiture extraordinaire qui aurait attiré l’attention de notre grand photographe. En effet l’identification de ce « coupé de ville » a posé des problèmes à Monsieur Mahy, ma référence en la matière. J’ai donc sollicité les lecteurs des Annonces de l’Ourthe via La petite gazette de l’anecdote et de l’insolite de René Henry. Plusieurs passionnés ont donné différents avis mais d’après Monsieur Martin Huwart de Ville-au-Bois (Aywaille), cette voiture serait une FONDU modèle 1910 fabriquée à Vilvorde dans la division auto d’une usine de matériel pour chemin de fer. Il m’a d’ailleurs procuré une autre photo d’une voiture identique, ce qui me convainc de son identification sauf vraiment preuve irréfutable du contraire. Merci donc à Monsieur Huwart même si certains ne sont pas d’accord avec lui et semblent chercher la petite bête !

Dernière minute

En dernière minute me parvient l’information suivant laquelle le véhicule immatriculé 13979 (déductible en examinant l’original à la loupe) correspond bien au vicomte A. de Jonghe de Bruxelles.


Robert Nizet

(1) Aimablement prêté par Jean-Claude Duvivier
(2) Actuellement en 2012 annexe du magasin de jouets Lanuit et/ou friterie La fontaine de France
(3) Immeuble occupé en 2012 par l’entreprise de chauffage Philippe Hurdebise
(4) Mahymobiles
(5) Généalogie Jeune jean par Gaston Remacle

mardi 10 avril 2012

LA HAUTE ARDENNE ET LES DEBUTS DU SPORT AUTOMOBILE

Vers la deuxième moitié du XIXe siècle, de nombreux chercheurs se mirent à la tâche, en France, en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne et même aux Etats-Unis, empruntant leurs solutions aux voitures à chevaux, aux machines à vapeur, aux locomotives et aux bateaux, pour mettre au point ce qui allait devenir une "automobile".
De 1890 à 1900, les constructeurs se multiplient et commencent à compter une certaine clientèle : l'industrie automobile fait ses débuts. Mais ces pionniers furent confrontés ab initio à l'important problème d'avoir à prouver que les voitures qu'ils construisaient, propulsées par des moyens mécaniques et non plus tirées par des chevaux, constituaient une solution de remplacement valable. Ils s'attachèrent à démontrer que ces automobiles pouvaient couvrir certaines distances à des vitesses bien supérieures à celles que les charrettes ou chariots attelés étaient capable d'atteindre et, pour ce faire, organisèrent des compétitions. La course automobile est donc aussi vieille que l'automobile elle-même.
Les premières courses d'automobiles organisées dès 1884 se déroulèrent de ville à ville : Paris - Rouen, Paris - Bordeaux, Paris – Vienne, et bien d'autres. Les accidents causés par le passage de ces épreuves dans les localités populeuses, l'augmentation des vitesses atteintes et la recherche du nouveau firent naître l'idée de courir en circuit fermé. Elle prit forme en Belgique, avec le Circuit des Ardennes et la formule ne tarda pas à être universellement adoptée.

En 1902 donc, il y bien plus de cent ans, était organisée la première compétition "en circuit". C'est sur le Luxembourg belge, région accidentée, peu peuplée et dont les routes offrent de longues lignes droites que s'est porté le choix de l'Automobile club de Belgique. Son président, le baron Pierre de Crawhez (1874-1925) fut pour beaucoup dans la décision. Organisateur, participant…et vainqueur du Circuit des Ardennes, il a son mémorial à Bastogne.

Les tracés.
Il n'y eut pas qu'un seul tracé, mais bien deux, au départ et à l'arrivée de Bastogne.
Circuit utilisé en 1902 et 1903, puis en 1906 et 1907 : Bastogne, Longlier, Offaing, Léglise, Habay-la-Neuve, Corne du Bois des Pendus, Martelange, Bastogne, Malmaison, Bastogne, soit plus ou moins 85 km.
Circuit utilisé en 1904 et 1905 : Bastogne, Ortheuville, Baconfoy, Champlon, St-Hubert, Recogne, Neuchâteau, Hamipré, Léglise, Habay-la –Neuve, Corne du Bois des Pendus, Martelange, Malmaison, Bastogne soit 120 km.

Le règlement.
Le règlement technique de l'épreuve, comme celui des autres compétitions organisées en Europe à cette époque était assez complexe et variait régulièrement. Il était essentiellement basé sur le poids de l'engin et, par conséquent, sur la cylindrée, un gros moteur pesant évidemment plus qu'un petit. En 1906, les voitures étaient classées en deux catégories, l'une de 650 à 1000 kg, l'autre de 400 à 650 kg, les deux places étant occupées, mais le véhicule ne devait comprendre à ce moment ni eau ni essence ni pièces de rechange, ni accumulation d'allumage.
La séance de pesage avait lieu à la gare du Sud à Bastogne et suscitait déjà un grand mouvement de curiosité. Il faut encore signaler qu'à l'origine, l'épreuve était organisée pour des amateurs mais, dès la première édition, les "professionnels" firent le spectacle et glanèrent les lauriers.
Le règlement de la course elle-même était, par contre simple : les concurrents s'élançaient de minute en minute et accomplissaient le plus rapidement possible le nombre de tour imposé. Il n'y avait pas de points de contrôle, ni de secteurs neutralisés, ni de passages à niveau. Le conducteur, une fois le départ donné, dès l'aube pour les premiers, n'est astreint à aucun arrêt en cours de route. Il peut choisir ses points de ravitaillement. Il n'y avait donc pas de départ groupé mais bien un "contre la montre".
Une particularité de la réglementation de la première édition du Circuit était que toutes les places des véhicules classés dans la catégorie "tourisme" devaient être occupées par un passager. Pour les autres éditions, comme pour la plupart des courses automobiles d'alors, le "chauffeur" était toujours accompagné d’un mécanicien. Le fait que des voitures de puissance différente s'élançaient les unes derrière les autres et donc étaient amenées à se rattraper et à se dépasser, conjugué à la poussière soulevée par le passage de ces engins lancés à toute allure, engendrait des difficultés et même parfois des accidents. On tenta dès 1905 d'aménager les routes par un traitement au goudron : cet arrosage dit "goudrogénitage" supprimait, pour un temps, toute poussière.

Les six éditions et leur palmarès.
- Le 31 juillet 1902 : 75 inscrits, 6 partants, 33 à l'arrivée; 6 tours de circuit, distance 514 km; 4 catégories : course, voitures légères, voiturettes, tourisme. Vainqueur : Charles Jarrott (GB) sur Panhard 13,6 litres en 5 h 53'38" à la moyenne de 86,9 km/h.
- Les 22 et 23 juin 1903, deux épreuves annexes se déroulent le premier jour : une course au km et une course de côte; deux catégories : voitures et voitures légères; 6 tours et 514 km à parcourir. Les voiturettes et motocycles concourent le lendemain sur un circuit de 136 km à faire deux fois : Arlon, Bastogne, Champlon, St-Hubert, Recogne, Semel, Longlier, Léglise, Habay-la-Neuve, Etalle, Arlon. Vainqueur sur 44 partants : Pierre de Crawhez sur Panhard 70cv en 5h 52'08" à la moyenne de 87,6 km/h.
- Les 24 et 25 juillet 1904 : même chose que l'année précédente pour les voiturettes et motocycles; l'épreuve se dispute sur un circuit allongé à parcourir cinq fois (600 km); catégories : voitures et voitures légères; le record du tour est établi à 107 km/h par Le Blon sur Hotchkiss. Vainqueur sur 34 partants : Georges Heath sur Panhard 90 cv à la moyenne de 92,2 km/h.
- Les 5, 6 et 7 août 1905 : également deux journées : circuit pour les voiturettes et motocycles : Arlon, Corne du Bois des Pendus, Habay-la-Neuve, Stockem, Arlon; le grand circuit (5 tours, 600 km) a fait l'objet d'un "goudrogénitage". Vainqueur sur 14 partants :Victor Hémery (F) sur Darracq 80 CV en 5h 58'32" à la moyenne de 100;5 km/h.
- Le 13 août 1906, on revient au premier tracé qu'il faut effectuer 7 fois (600 km). 28 inscrits mais 19 partants seulement. L'américain Arthur Duray gagne sur une de Dietrich à 106;5 km/h de moyenne.
- Les 25 et 26 juillet 1907, introduction d'un nouveau règlement avec deux épreuves sur le grand circuit : l'une pour les voitures de cylindrée réduite à deux litres et d'un poids maximum de 1175 kg; 23 partants, participation des pneus Englebert qui équipaient la voiture du vainqueur, Brabazon sur Minerva à 96,24 km/h; l'autre pour les engins de formule libre disputant d'autres épreuves à l'étranger; 6 participants; 7 tours soit 600 km; vainqueur : Pierre de Caters (b) sur Mercédes à 92,55 km/h.

Les vitesses atteintes ne manquent pas d'étonner. Nous sommes, rappelons-le, au début du XXe siècle et l'automobile, si elle n'en est plus à ses balbutiements, n'en a pas pour autant dépassé le stade de la prime jeunesse. De plus, les routes ne sont toujours que des chemins empierrés, même si les grenailles sont, à partir de 1905, enduites de goudron. Mais les voitures, très lourdes (une tonne et plus) étaient également très puissante (12, 14 et même 18 litres de cylindrée et développant 100 CV et plus) et bénéficiaient déjà de certains perfectionnements comme l'arbre à cames en tête et les jantes démontables.
Il n'empêche que ces performances sont véritablement extraordinaires pour une époque où la presque totalité de la population se déplace encore à pied, à cheval ou en voiture…hippomobile au rythme maximum de 10 km/h, ou le parc automobile est encore, surtout dans la province du Luxembourg, réduit à quelques dizaines de véhicules réservés à une catégorie de gens aisés.

Importance sociale.
Pour donner une idée de l'importance de cette course de voitures pour une grande partie de la province du Luxembourg, nous donnerons la parole à deux auteurs d'études sur la région de Bastogne.

Pour le chanoine P.Fécherolle, dans sa Contribution à l'histoire de Bastogne – Bastogne dans le temps, la physionomie de Bastogne a subi une modification assez brusque au début du XXe siècle : beaucoup plus tôt que les petites villes luxembourgeoises de même importance, la localité s'est "urbanisée", a pris les attitudes de la grande ville. La cause en est le Circuit des Ardennes (…). Cet événement qui se passait au début des vacances attirait un certain nombre d'étrangers qui séjournaient pendant quelques jours, voire quelques semaines (…). L'entraînement durait plusieurs jours et la localité connaissait une fièvre et une activité que jamais elle n'a retrouvées (…). Il paraît que de deux civilisations en contact, c'est la plus avancée qui absorbe l'autre (…). On a copié le "genre" et les toilettes du beau monde qui remplissait les hôtels et logeait un
peu partout (…). Les gens de Bastogne se sont mis à copier les élégances qu'ils avaient sous les yeux et ce fut la fin de ce qu' il pouvait y avoir de "paysan" dans les allures de la petite ville (…).

Quant à A.-J. Guillaume, il consacre dans son ouvrage polycopié Bastogne et l'histoire quelques pages, remplies d'imprécisions mais aussi de détails pittoresques, au Circuit des Ardennes.
"Chaque année, à l'époque de cette épreuve, Bastogne, la paisible et tranquille cité ardennaise, qui n'avait guère connu jusque là que le brouhaha des foires et les chariots amenant à la gare les récoltes des campagnards voisins, voit affluer les foules, les grandes foules cosmopolites qui sont aux aguets des plaisirs inédits (…). Le Comité des fêtes fait de louables efforts pour procurer aux étrangers, à des prix raisonnables, gîtes, nourriture et garages. Mais les bons ardennais, profitant de cette aubaine exceptionnelle, ne se font point scrupule de rançonner les touristes. Des cas nombreux et typiques d'exploitation sont restés légendaires. Un vulgaire seau d'eau se paie 1 franc; 1 franc aussi une bouteille de bière. On dut donner 10 francs pour un lit et 20 francs pour garer une auto dans un coin de remise. Mais tel était l'attrait de ces courses que les étrangers passaient allègrement par les exigences les plus exorbitantes. Un fleuve d'or coulait dans la petite cité, nommé " Paris en Ardenne", pendant ces jours d'amusement, de fièvre et les Bastognais y puisent sans vergogne (…).
Le jour du départ, "la foule est dense derrière les barrages. La route de Marche est occupée par des autos; des autos encore sous la surveillance des chauffeurs couvrent toute l'étendue du "Carré". Et sans cesse des machines arrivent de tous les points, amenant de nouveaux spectateurs. Il faut jouer des coudes pour se frayer un passage et parvenir jusqu'aux fils de fer, car tous veulent dévisager les "Coureur" qui se préparent à partir (…). Et, de minute en minute, les différents coureurs s'élancent au milieu des acclamations enthousiastes des spectateurs, acclamations qui se répètent dans les villages de la traversée, sur tout le parcours de ce gigantesque triangle de plus de quatre-vingt-cinq kilomètres que comporte le circuit et les concurrents devront effectuer sept fois (…).
"Des villageois en sarrau coudoient des snobs en costume excentrique, courtes culottes, bas quadrillés, caquette plate; à côté des linons et des mousselines, la robe noire des ecclésiastiques fait tache.
"Et tous ces éléments hétéroclites se bousculent sans hostilité, camaradant presque comme un jour de fête nationale (…). De jeunes paysans tiennent en main la liste des engagés sur laquelle ils s'apprêtent à inscrire les arrivées successives; ils tendent l'oreille pour écouter les pronostics émis par les étrangers parlant français. De vieux fermiers fumant la pipe font remarquer la couche de boue qui souille les trèfles bordant la route, certains champs de pommes de terre qu'on n'avait pas suffisamment respectés.
" A côté des ces gens calmes, des citadins font des paris, des éphèbes, à la figure blême, aux cheveux cosmétiqués, engagent des conversations galantes avec des jeunes personnes outrageusement fardée (…).
" L'intérêt grandit à mesure que les machines apparaissent. On suppute avec passion les chances de tel ou tel coureur."

Cet enthousiasme se retrouvait à coup sûr dans toutes localités traversées et le long du parcours où se rassemblaient tous les villageois des environs et d'ailleurs. Il s'agissait vraiment d'un événement extraordinaire dont la réputation s'étendait à l'Europe entière et même au-delà, puisque participaient des pilotes que l'on retrouvait lors de toutes les grandes compétitions, des automobiles représentant tous les grands et petits constructeurs d'alors, des marques de pneumatiques comme Englebert, qui allaient, elles aussi faire leur chemin par la suite.
On venait de loin pour assister à cet événement, ou tout au moins dans l'espoir de voir un passage, et l'excursion était dignement fêtée. Témoin, cette carte postale envoyée de Bastogne en 1904 et disant : 'Je suis au Circuit des Ardennes. Il y a beaucoup de monde. Il est 1 ½ h du matin et on ne s'ennuie guère. Compliment à tout le monde. Bonjour. Alfred." Et cette autre envoyée de Vielsalm à Ostende : 'Lundi 7 août 1905. 9 ½ h du matin. Sommes levés bien tôt pour partir au Circuit des Ardennes. Nous sommes en panne à Vieil-Salm. On répare quelque chose à la machine mais nous espérons bien encore arriver à la Barrière de Champlon. Gros baisers."

L'épreuve sportive s'accompagnait de toute une série de festivités : grands concerts au kiosque de la place du Carré par la Lyre ouvrière ou par la Philarmonique, cirque, foire, baraques de toutes sortes. La Compagnie des wagons-lits organisait même un train spécial à destination de Bastogne.
Bref, le Circuit des Ardenne constitua pour cette région une événement de renommée quasi mondiale, une occasion exceptionnelle de délassement, mais aussi une cause de profonde évolution.

Fin …et suite.
Le Circuit des Ardennes ne sera pas reconduit en 1908 : trop peu de concurrents s'étaient inscrits.
Il faut dire qu'une vingtaine d'épreuves importantes se sont déroulées en 1907. Le virus a gagné le monde entier et chacun veut essayer une nouvelle formule,
imposer un nouveau règlement. Les exigences techniques ne sont jamais les mêmes et les constructeurs ne savent plus où donner de la tête. Certaines épreuves vont prendre de l'importance, d'autres perdre celle qu'elles s'étaient forgée en quelques années. Ce fut, hélas le cas du Circuit des Ardennes.
La Haute Ardenne n'en a pas moins été un très haut lieu du sport automobile à l'époque héroïque.
Une commémoration sur deux jours a été organisée pour le centenaire de l'épreuve : des centaines d'anciennes automobiles se sont élancées sur un parcours adapté. Cette commémoration aura lieu tous les trois ans donc aussi du 30 juin au 3 juillet 2011.

Robert NIZET

jeudi 10 septembre 2009

En 1964… Il y avait cinquante ans.

(publié dans Pays de Salm, le 12 janvier 1964)

Les événements de notre époque vont tellement vite !

À cette allure, bien des souvenirs s’accumulent, rapides, et finissent par tomber sans retard dans l’oubli.
Cinquante années, c’est peu. Toutefois, que de choses s’y rapportant, dont presque toutes les traces ont quitté la mémoire de leurs contemporains. Pour les raviver, il faut surtout le soin qu’en a eu un chroniqueur joint à quelque effort spécial du souvenir.
Avec l’appui de ces faibles moyens, nous voudrions rappeler ici l’un ou l’autre événement d’il y a un demi-siècle, intéressant la vie de notre région ; une tranche de la petite histoire.
Il y a cinquante ans…

La commune de Vielsalm avait comme bourgmestre M. Jules TALBOT, de Beaufays, nommé par arrêté royal du 8 juillet 1909.

On voyait alors, chaque jour, le garde champêtre M. Auguste BOURGEOIS, se rendre à pied à Beaufays, porter quelque missive ; tandis que, plusieurs fois par semaine, le bourgmestre gagnait la maison communale à Vielsalm, pédalant sans arrêt sur son vélo à pignon fixe.
Le vélo, si dépassé aujourd’hui, était en ce temps-là chose peu commune encore, et les bons marcheurs restaient légion.

Quant aux autos et aux motos, elles constituaient des attractions quasi rarissimes. En 1914, il n’y avait à Vielsalm que deux autos (une au boucher Joseph GILLIS, qui la cacha à Goronne durant la guerre de 1914 ; une à Joseph MOLHAN « louageur de voitures » en face de la gare de Vielsalm ; et une troisième, croyons-nous, à M. le notaire LAMBERT), et deux motos (dont une à Georges PAQUAY).

En ce qui concerne les moyens de transport, on peut signaler aussi que le tram à vapeur de Lierneux pénétrait bien loin dans la rue actuelle du Vieux-Marché ; le terminus s’y marquait d’un poteau portant l’inscription « Vielsalm-village ».
Manifestations de progrès également dans les communications que les suivantes ; la ligne vicinale de Manhay venait d’être achevée ; on projetait d’établir un train express entre Liège et Luxembourg avec arrêt à Vielsalm ; on envisageait d’instaurer le service téléphonique dans les communes de Lierneux, Vaux-Chavanne et environs.

Et l’on commençait de parler avion. « Aéroplane », disait-on.
En l’été 1912, un biplan Farman vint, certain jour après quatre heures, s’échouer entre Ville-du-Bois et Ennal, sur le thier boisé. Le pilote, seul dans son appareil, était un hollandais du nom de WEYMALEN, participant au Circuit d’Europe. Grosse attraction !
À la vesprée et la nuit, il fallut aménager dans les bruyères et les souches de l’endroit, une piste d’envol.
Le lendemain matin, l’avion avec son petit chat noir en velours comme mascotte, s’envola au lever du soleil. De nombreux curieux l’accompagnèrent du regard jusqu’à le voir tournoyer au-dessus de Spa. À l’école primaire, ce fut là un beau sujet de rédaction !
L’année précédente déjà, un monoplan parti de Paris à 6 h.20 avait atterri vers 9 h. 45 à Regné. Événement sensationnel.

De quoi parlait-on encore ?

La vie restant inspirée, plus qu’aujourd’hui, par l’agriculture, les préoccupations allaient, par exemple, beaucoup aux pommes de terre. La récolte de ces tubercules n’avait pas été fameuse en 1913, ayant livré quantité de tubercules gâtés ; et les prix offerts atteignaient à peine quatre farncs les 100 kgs.
Le bétail, par contre, ne se vendait pas mal. Les foires de Vielsalm, le troisième mardi de chaque mois, voyaient la présentation de trois ou quatre centaines de « rouges bêtes » et autant de porcs. La même chose aux foires mensuelles de Salmchâteau. Les bœufs se vendaient, par exemple, vers 500 et 600 frs ; des transactions s’effectuaient encore en « napoléons », ceux-ci estimés à vingt francs.
À propos de bétail, on parlait aussi de la rage. Une épidémie avait surgi dans le pays en décembre 1912 ; elle se manifesta dans notre région au cours de 1913. On constata des cas de rage canine à Gouvy, Bovigny, Lierneux. On abattit plusieurs chiens à Odrimont, Verleumont, et ailleurs, ainsi que d’autres animaux mordus. On eut des inquiétudes également pour des enfants RECKERS de Beho. Tous les chiens durent porter des muselières durant plusieurs mois.




Restant dans le domaine de la vie professionnelle, notons que les carrières d’ardoises de Cahay manifestaient une grande activité. Quand, chaque jour ouvrable, à 18 h., le sifflet strident de la sirène déchirait le silence de la campagne, on voyait surgir des galeries et des hayons un fourmillement d’ouvriers. Journée bien gagnée, de dix heures de travail, pour laquelle le meilleur ouvrier recevait 3 fr.75.
Mais parfois ces laborieux parlaient-ils d’un accident survenu le jour à un compagnon. Il y en avait de mortels ; après bien d’autres, citons celui du 29 juin 1912, qui tua Henri-Joseph BLANJEAN de Bovigny, et celui du 31 janvier 1913, qui coûta la vie à Léopold-Félix COTTIN de Salmchâteau.

C’était le temps encore où Georges BEAUPAIN tannait à Beaufays ; où les frères EVRARD et Constant REMACLE fabriquaient des briques à Ville-du-Bois ; où Bernard DENIS et son gendre Joseph KIEFFER brassaient à Vielsalm et Nicolas LAPLUME à Salmchâteau ; tandis que plusieurs ateliers de pierres à rasoir à Salmchâteau ; tandis que plusieurs ateliers de pierres à rasoir à Salmchâteau et Vielsalm, travaillaient à plein rendement.

La hantise de la guerre ne préoccupait pas les esprits comme aujourd’hui ; du moins ne voyait-on aucune menace pour notre pays. La guerre italo-turque de 1912, la guerre des Balkans de 1913, n’intéressait guère ; cela se passait si loin !
Pourtant, tout près de chez nous, en 1913, l’armée prussienne avait effectué des manœuvres aux environs de Recht. Combien de curieux avaient regardé, de Poteau et pardessus la frontière, les « casques à pointe » et les uniformes fris ! Et l’on ne se rendait pas compte du danger si proche que le 4 août 1914 devait nous amener.

La vie continuait assez paisible ; le temps passait avec ses peines et ses embellies. On buvait la « petite goutte » dont le prix venait d’être porté à 10 centimes, celle de Hasselt et de Vieux Système à 15 centimes ; la bière allait à 5 et 10 centimes la chope.

Quelques autres événements défrayaient la conversation : la clémence de l’hiver de 1913 ; le désir des habitants de Neuville d’avoir une église, qui ne sera construite qu’en 1928 ; la présence du typhus à Lierneux qui y fit plusieurs victimes ; l’incendie du Cercle catholique de Vielsalm et de ses abords ; la création d’une section de Croix-Rouge à Vielsalm ; le succès remporté en septembre, à la fête internationale de Kinkempois, par la société de gymnastique de Salmchâteau ; le vingt-cinquième anniversaire du comice agricole ; l’instruction primaire obligatoire jusqu’à 14 ans, qui fut votée le 19 mai 1914 ; la préparation du cinquantenaire de la fanfare « Les Echos de la Salm », à célébrer en août 1914 et qui n’eut pas lieu.
Il y avait aussi la vie politique qui, ma foi, ne manquait pas de vigueur. Mais, au terme de ces notes hâtives, n’en disons qu’un mot : cette vigueur, n’était-ce pas, chez la population, un signe de bonne santé ?
C’était il y a cinquante ans.

Gaston REMACLE