jeudi 4 septembre 2014
Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps
dimanche 10 août 2014
Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps
vendredi 30 mai 2014
Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps
lundi 24 mars 2014
Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps
samedi 23 novembre 2013
Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps
jeudi 3 octobre 2013
Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps
mercredi 23 janvier 2013
Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps
lundi 18 juin 2012
LA PREMIERE AUTOMOBILE A VIELSALM ???
- Les origines du garage Jeunejean remontent aux environs de 1880. A cette
époque le grand-père et le père (Jules Jeunejean) de Monsieur (Arthur) Jeunejean
travaillaient ensemble. Leur petite entreprise était située rue du Vieux Marché
à l’emplacement de l’actuel salon de coiffure Lanuit (2). Ils ont géré dans un
premier temps un commerce de bicyclettes et ensuite ont développé le marché de
la motocyclette dans la région.
- C’est en 1898 que la première voiture arrive à Vielsalm chez Monsieur Jules
Jeunejean. Il s’agissait d’une de Dion-Bouton un cylindre.
- En 1931, il (= Arthur Jeunejean) s’établit avenue de la Salm (3) et vend des motos
et des voitures de marque Gillet et Citroën.Deux photos illustrent cette introduction avec les légendes suivantes :
- La première voiture de Vielsalm, une de Dion-Bouton 1 cylindre (cette voiture
est actuellement au Musée de la Voiture à Bruxelles)
- Monsieur Jeunejean et sa maman (+/-1910)
Ce texte et la légende des photos ne manquent pas d’interpeller. Ces informations ont sans doute été données à la stagiaire de vive voix et reproduites sans être vérifiées : ce n’était pas l’objectif du stage portant sur la comptabilité et l’organisation de l’entreprise mais il semble bien qu’elles ne soient guère exactes.
Que la première voiture apparue à Vielsalm ait été la propriété de la famille Jeunejean, des mécaniciens, est plausible et même vraisemblable.
Que cette première voiture (1ère photo) date de 1898 est manifestement faux : jusqu’en 1903 au moins et même plus tard pour certaines marques, les voitures automobiles (concept alors récent) ressemblaient plutôt à des calèches hippomobiles auxquelles on aurait enlevé les timons alors que le véhicule représenté est déjà une voiture « moderne » : moteur à l’avant, habitacle (ouvert) au centre et coffre ( ou support pour un panier ou une valise) à l’arrière.
Qu’il s’agisse d’une de Dion-Bouton de 1898 n’est pas exact non plus puisque la première voiture de la marque fabriquée en grand nombre avec 2970 exemplaires entre 1899 et 1902 était un vis-à-vis appelé la petite voiture donc pas du tout la voiture photographiée. En fait, selon Monsieur Yvan Mahy, le plus gros collectionneur belge de véhicules anciens (plus de 1000 !) dont une partie de la collection est exposée à l’Autoworld de Bruxelles et une autre partie à Leuze-en-Hainaut (4) il s’agit d’une Ford T de 1910 ou 1911. Il possède d’ailleurs le même modèle.
L’autre photo montre effectivement une de Dion-Bouton datant d’entre 1903 et 1906. L’Amicale de Dion-Bouton de France précise que ça devrait être un bicylindre de 10HP de type W si elle est de 1904. Mais la teinte noire qui fut préconisée en 1905 pourrait la faire correspondre à un type AB. Monsieur Mahy n’a pas souvenance d’une première automobile qui existerait encore quelque part.
L’endroit des photographies
Au début du 20ème siècle l’extrémité vers Salmchâteau du côté droit de l’actuelle rue du Vieux Marché ne comportait que deux immeubles :
- la pharmacie Rausens devenue plus tard le domicile et le cabinet du dentiste Maurice Delaval et actuellement propriété de Monsieur et Madame Mullen ;
- l’horlogerie-bijouterie de Florent Guillaume (père) inchangée à ce jour mais volets toujours baissés !
Entre les deux existait un parc arboré dans lequel a été photographiée la fameuse voiture. On distingue en effet entre les arbres la grande fenêtre en trois parties verticales que l’on retrouve sur l’autre photo.
La date des prises de vue
Jules Jeunejean né à Verviers le 15 mars 1873, frère d’Arnold (des machines agricoles) était arrivé ( revenu ?) à Vielsalm en 1886 et avait épousé en 1902 Augustine Detrés ( 5). De cette union était nés trois filles et un fils, Arthur, le 9 juin 1907. (Celui-ci épousera ultérieurement Maria Mathieu : ils auront trois fils : Jules, Jean-Jacques et Luc).
Sur les deux photos, Arthur est le deuxième personnage à partir de la gauche. Sur la photo avec sa maman il est bien mieux visible et y apparaît comme un petit garçon de 3 à 5 ans. Cette photo en tout cas daterait donc de 1911-1913. L’indication du rapport de stage mentionné ci-dessus peut donc être considérée comme exacte. L’autre photo devrait dater des mêmes années.
Le nouveau garage Jeunejean
En 1931 (d’après ce rapport de stage) Arthur s’installe donc au bas des Chars-à-Bœufs dans un nouveau garage construit par un autre Jeunejean, Joseph, fils d’Auguste et d’Hortense Archambeau. Auguste est un des neuf enfants de Léonard-Joseph Jeunejean (1839-1890) et de Geneviève Martiny (1841-1911), mes arrières- grands-parents maternels de Ville-du-Bois. Joseph épousera la fille du pharmacien Rausens, Simone, et s’expatriera au Maroc (dès 1931 ?) Sur la troisième photo, Simone est sur le pas de la porte, Joseph au guidon de la deuxième moto à partir de la gauche.
Pour trouver un ancêtre commun aux deux branches Jeunejean, il faut remonter à Henri Le Jeusne Jehan né vers 1635 à Ville-du-Bois et marié à Anne avant 1666 !
Tout ceci, j’en conviens, ne nous donne aucune certitude ni sur la date ni sur la marque de la première voiture à Vielsalm. On peut supposer sans grand risque d’erreur que ce serait plutôt la de Dion-Bouton. Remarquons que Gaston Remacle donne comme date de la première voiture à Vielsalm 1899 et comme propriétaire Jules Jeunejean ! Des investigations plus poussées sont actuellement en cours pour tenter de confirmer ces informations de deux sources différentes. Reste à voir si elles aboutiront.
Il est cependant tout à fait possible que la première auto apparue chez nous ne soit pas celle d’un habitant de la localité. Ce pourrait par contre être celle d’un participant à la chasse à courre. Ces gens étaient généralement très bien nantis et certains étaient à la pointe du progrès, parfois même des sportsmen disait-on alors. Ils eurent donc très tôt des automobiles et arrivaient avec elles à Vielsalm pour la période de chasse.
Je tire cette présomption d’abord de la reproduction que je possède (comme beaucoup d’autres sans doute) d’une photo d’époque non datée et montrant un rendez-vous de chasse (à courre). On y voit six anciennes voitures et un tricycle datant à coup sûr d’avant 1910. Qui possède l’original de cette photo ? Peut-être y a-t-il une date au dos de celle-ci ? Il serait très intéressant de la connaître.
Ensuite, une carte postale éditée par Octave Baccus montre un autre rendez-vous de chasse, à Deiffelt probablement mais le cachet postal est déjà ici de 1914. On y distingue aussi six voitures dont une seule est bien visible.
Une autre photo éditée aussi par Octave Baccus sous forme de photo-carte et reproduite ici montre une magnifique voiture de maître, prise à l’arrière de la villa « Chez Nous », anciennement auberge de jeunesse sur l’emplacement actuel du domicile et du cabinet de Monsieur et Madame Lenoir, dentistes, rue du Général Jacques. Le document a été envoyé le 29.09.1910 à Monsieur Louis Denis, chauffeur d’auto à Mariemont par un certain Georges qui s’ennuyait royalement à Vielsalm ! Les propriétaires des lieux à ce moment sont le vicomte Albert de Jonghe et son épouse Isabelle Cornet d’Elzius qui était la fille d’une sœur du baron de Rosée. J’ai tendance à croire qu’il s’agit de leur voiture et de leur chauffeur mais on ne peut exclure qu’il s’agirait d’un ami venu leur rendre visite au volant d’une voiture extraordinaire qui aurait attiré l’attention de notre grand photographe. En effet l’identification de ce « coupé de ville » a posé des problèmes à Monsieur Mahy, ma référence en la matière. J’ai donc sollicité les lecteurs des Annonces de l’Ourthe via La petite gazette de l’anecdote et de l’insolite de René Henry. Plusieurs passionnés ont donné différents avis mais d’après Monsieur Martin Huwart de Ville-au-Bois (Aywaille), cette voiture serait une FONDU modèle 1910 fabriquée à Vilvorde dans la division auto d’une usine de matériel pour chemin de fer. Il m’a d’ailleurs procuré une autre photo d’une voiture identique, ce qui me convainc de son identification sauf vraiment preuve irréfutable du contraire. Merci donc à Monsieur Huwart même si certains ne sont pas d’accord avec lui et semblent chercher la petite bête !
Dernière minute
En dernière minute me parvient l’information suivant laquelle le véhicule immatriculé 13979 (déductible en examinant l’original à la loupe) correspond bien au vicomte A. de Jonghe de Bruxelles.
(1) Aimablement prêté par Jean-Claude Duvivier
(2) Actuellement en 2012 annexe du magasin de jouets Lanuit et/ou friterie La fontaine de France
(3) Immeuble occupé en 2012 par l’entreprise de chauffage Philippe Hurdebise
(4) Mahymobiles
(5) Généalogie Jeune jean par Gaston Remacle
mardi 10 avril 2012
LA HAUTE ARDENNE ET LES DEBUTS DU SPORT AUTOMOBILE
De 1890 à 1900, les constructeurs se multiplient et commencent à compter une certaine clientèle : l'industrie automobile fait ses débuts. Mais ces pionniers furent confrontés ab initio à l'important problème d'avoir à prouver que les voitures qu'ils construisaient, propulsées par des moyens mécaniques et non plus tirées par des chevaux, constituaient une solution de remplacement valable. Ils s'attachèrent à démontrer que ces automobiles pouvaient couvrir certaines distances à des vitesses bien supérieures à celles que les charrettes ou chariots attelés étaient capable d'atteindre et, pour ce faire, organisèrent des compétitions. La course automobile est donc aussi vieille que l'automobile elle-même.
Les premières courses d'automobiles organisées dès 1884 se déroulèrent de ville à ville : Paris - Rouen, Paris - Bordeaux, Paris – Vienne, et bien d'autres. Les accidents causés par le passage de ces épreuves dans les localités populeuses, l'augmentation des vitesses atteintes et la recherche du nouveau firent naître l'idée de courir en circuit fermé. Elle prit forme en Belgique, avec le Circuit des Ardennes et la formule ne tarda pas à être universellement adoptée.
En 1902 donc, il y bien plus de cent ans, était organisée la première compétition "en circuit". C'est sur le Luxembourg belge, région accidentée, peu peuplée et dont les routes offrent de longues lignes droites que s'est porté le choix de l'Automobile club de Belgique. Son président, le baron Pierre de Crawhez (1874-1925) fut pour beaucoup dans la décision. Organisateur, participant…et vainqueur du Circuit des Ardennes, il a son mémorial à Bastogne.
Les tracés.
Il n'y eut pas qu'un seul tracé, mais bien deux, au départ et à l'arrivée de Bastogne.
Circuit utilisé en 1902 et 1903, puis en 1906 et 1907 : Bastogne, Longlier, Offaing, Léglise, Habay-la-Neuve, Corne du Bois des Pendus, Martelange, Bastogne, Malmaison, Bastogne, soit plus ou moins 85 km.
Circuit utilisé en 1904 et 1905 : Bastogne, Ortheuville, Baconfoy, Champlon, St-Hubert, Recogne, Neuchâteau, Hamipré, Léglise, Habay-la –Neuve, Corne du Bois des Pendus, Martelange, Malmaison, Bastogne soit 120 km.
Le règlement.
Le règlement technique de l'épreuve, comme celui des autres compétitions organisées en Europe à cette époque était assez complexe et variait régulièrement. Il était essentiellement basé sur le poids de l'engin et, par conséquent, sur la cylindrée, un gros moteur pesant évidemment plus qu'un petit. En 1906, les voitures étaient classées en deux catégories, l'une de 650 à 1000 kg, l'autre de 400 à 650 kg, les deux places étant occupées, mais le véhicule ne devait comprendre à ce moment ni eau ni essence ni pièces de rechange, ni accumulation d'allumage.
La séance de pesage avait lieu à la gare du Sud à Bastogne et suscitait déjà un grand mouvement de curiosité. Il faut encore signaler qu'à l'origine, l'épreuve était organisée pour des amateurs mais, dès la première édition, les "professionnels" firent le spectacle et glanèrent les lauriers.
Le règlement de la course elle-même était, par contre simple : les concurrents s'élançaient de minute en minute et accomplissaient le plus rapidement possible le nombre de tour imposé. Il n'y avait pas de points de contrôle, ni de secteurs neutralisés, ni de passages à niveau. Le conducteur, une fois le départ donné, dès l'aube pour les premiers, n'est astreint à aucun arrêt en cours de route. Il peut choisir ses points de ravitaillement. Il n'y avait donc pas de départ groupé mais bien un "contre la montre".
Une particularité de la réglementation de la première édition du Circuit était que toutes les places des véhicules classés dans la catégorie "tourisme" devaient être occupées par un passager. Pour les autres éditions, comme pour la plupart des courses automobiles d'alors, le "chauffeur" était toujours accompagné d’un mécanicien. Le fait que des voitures de puissance différente s'élançaient les unes derrière les autres et donc étaient amenées à se rattraper et à se dépasser, conjugué à la poussière soulevée par le passage de ces engins lancés à toute allure, engendrait des difficultés et même parfois des accidents. On tenta dès 1905 d'aménager les routes par un traitement au goudron : cet arrosage dit "goudrogénitage" supprimait, pour un temps, toute poussière.
Les six éditions et leur palmarès.
- Le 31 juillet 1902 : 75 inscrits, 6 partants, 33 à l'arrivée; 6 tours de circuit, distance 514 km; 4 catégories : course, voitures légères, voiturettes, tourisme. Vainqueur : Charles Jarrott (GB) sur Panhard 13,6 litres en 5 h 53'38" à la moyenne de 86,9 km/h.
- Les 22 et 23 juin 1903, deux épreuves annexes se déroulent le premier jour : une course au km et une course de côte; deux catégories : voitures et voitures légères; 6 tours et 514 km à parcourir. Les voiturettes et motocycles concourent le lendemain sur un circuit de 136 km à faire deux fois : Arlon, Bastogne, Champlon, St-Hubert, Recogne, Semel, Longlier, Léglise, Habay-la-Neuve, Etalle, Arlon. Vainqueur sur 44 partants : Pierre de Crawhez sur Panhard 70cv en 5h 52'08" à la moyenne de 87,6 km/h.
- Les 24 et 25 juillet 1904 : même chose que l'année précédente pour les voiturettes et motocycles; l'épreuve se dispute sur un circuit allongé à parcourir cinq fois (600 km); catégories : voitures et voitures légères; le record du tour est établi à 107 km/h par Le Blon sur Hotchkiss. Vainqueur sur 34 partants : Georges Heath sur Panhard 90 cv à la moyenne de 92,2 km/h.
- Les 5, 6 et 7 août 1905 : également deux journées : circuit pour les voiturettes et motocycles : Arlon, Corne du Bois des Pendus, Habay-la-Neuve, Stockem, Arlon; le grand circuit (5 tours, 600 km) a fait l'objet d'un "goudrogénitage". Vainqueur sur 14 partants :Victor Hémery (F) sur Darracq 80 CV en 5h 58'32" à la moyenne de 100;5 km/h.
- Le 13 août 1906, on revient au premier tracé qu'il faut effectuer 7 fois (600 km). 28 inscrits mais 19 partants seulement. L'américain Arthur Duray gagne sur une de Dietrich à 106;5 km/h de moyenne.
- Les 25 et 26 juillet 1907, introduction d'un nouveau règlement avec deux épreuves sur le grand circuit : l'une pour les voitures de cylindrée réduite à deux litres et d'un poids maximum de 1175 kg; 23 partants, participation des pneus Englebert qui équipaient la voiture du vainqueur, Brabazon sur Minerva à 96,24 km/h; l'autre pour les engins de formule libre disputant d'autres épreuves à l'étranger; 6 participants; 7 tours soit 600 km; vainqueur : Pierre de Caters (b) sur Mercédes à 92,55 km/h.
Les vitesses atteintes ne manquent pas d'étonner. Nous sommes, rappelons-le, au début du XXe siècle et l'automobile, si elle n'en est plus à ses balbutiements, n'en a pas pour autant dépassé le stade de la prime jeunesse. De plus, les routes ne sont toujours que des chemins empierrés, même si les grenailles sont, à partir de 1905, enduites de goudron. Mais les voitures, très lourdes (une tonne et plus) étaient également très puissante (12, 14 et même 18 litres de cylindrée et développant 100 CV et plus) et bénéficiaient déjà de certains perfectionnements comme l'arbre à cames en tête et les jantes démontables.
Il n'empêche que ces performances sont véritablement extraordinaires pour une époque où la presque totalité de la population se déplace encore à pied, à cheval ou en voiture…hippomobile au rythme maximum de 10 km/h, ou le parc automobile est encore, surtout dans la province du Luxembourg, réduit à quelques dizaines de véhicules réservés à une catégorie de gens aisés.
Importance sociale.
Pour donner une idée de l'importance de cette course de voitures pour une grande partie de la province du Luxembourg, nous donnerons la parole à deux auteurs d'études sur la région de Bastogne.
Pour le chanoine P.Fécherolle, dans sa Contribution à l'histoire de Bastogne – Bastogne dans le temps, la physionomie de Bastogne a subi une modification assez brusque au début du XXe siècle : beaucoup plus tôt que les petites villes luxembourgeoises de même importance, la localité s'est "urbanisée", a pris les attitudes de la grande ville. La cause en est le Circuit des Ardennes (…). Cet événement qui se passait au début des vacances attirait un certain nombre d'étrangers qui séjournaient pendant quelques jours, voire quelques semaines (…). L'entraînement durait plusieurs jours et la localité connaissait une fièvre et une activité que jamais elle n'a retrouvées (…). Il paraît que de deux civilisations en contact, c'est la plus avancée qui absorbe l'autre (…). On a copié le "genre" et les toilettes du beau monde qui remplissait les hôtels et logeait un
peu partout (…). Les gens de Bastogne se sont mis à copier les élégances qu'ils avaient sous les yeux et ce fut la fin de ce qu' il pouvait y avoir de "paysan" dans les allures de la petite ville (…).
Quant à A.-J. Guillaume, il consacre dans son ouvrage polycopié Bastogne et l'histoire quelques pages, remplies d'imprécisions mais aussi de détails pittoresques, au Circuit des Ardennes.
"Chaque année, à l'époque de cette épreuve, Bastogne, la paisible et tranquille cité ardennaise, qui n'avait guère connu jusque là que le brouhaha des foires et les chariots amenant à la gare les récoltes des campagnards voisins, voit affluer les foules, les grandes foules cosmopolites qui sont aux aguets des plaisirs inédits (…). Le Comité des fêtes fait de louables efforts pour procurer aux étrangers, à des prix raisonnables, gîtes, nourriture et garages. Mais les bons ardennais, profitant de cette aubaine exceptionnelle, ne se font point scrupule de rançonner les touristes. Des cas nombreux et typiques d'exploitation sont restés légendaires. Un vulgaire seau d'eau se paie 1 franc; 1 franc aussi une bouteille de bière. On dut donner 10 francs pour un lit et 20 francs pour garer une auto dans un coin de remise. Mais tel était l'attrait de ces courses que les étrangers passaient allègrement par les exigences les plus exorbitantes. Un fleuve d'or coulait dans la petite cité, nommé " Paris en Ardenne", pendant ces jours d'amusement, de fièvre et les Bastognais y puisent sans vergogne (…).
Le jour du départ, "la foule est dense derrière les barrages. La route de Marche est occupée par des autos; des autos encore sous la surveillance des chauffeurs couvrent toute l'étendue du "Carré". Et sans cesse des machines arrivent de tous les points, amenant de nouveaux spectateurs. Il faut jouer des coudes pour se frayer un passage et parvenir jusqu'aux fils de fer, car tous veulent dévisager les "Coureur" qui se préparent à partir (…). Et, de minute en minute, les différents coureurs s'élancent au milieu des acclamations enthousiastes des spectateurs, acclamations qui se répètent dans les villages de la traversée, sur tout le parcours de ce gigantesque triangle de plus de quatre-vingt-cinq kilomètres que comporte le circuit et les concurrents devront effectuer sept fois (…).
"Des villageois en sarrau coudoient des snobs en costume excentrique, courtes culottes, bas quadrillés, caquette plate; à côté des linons et des mousselines, la robe noire des ecclésiastiques fait tache.
"Et tous ces éléments hétéroclites se bousculent sans hostilité, camaradant presque comme un jour de fête nationale (…). De jeunes paysans tiennent en main la liste des engagés sur laquelle ils s'apprêtent à inscrire les arrivées successives; ils tendent l'oreille pour écouter les pronostics émis par les étrangers parlant français. De vieux fermiers fumant la pipe font remarquer la couche de boue qui souille les trèfles bordant la route, certains champs de pommes de terre qu'on n'avait pas suffisamment respectés.
" A côté des ces gens calmes, des citadins font des paris, des éphèbes, à la figure blême, aux cheveux cosmétiqués, engagent des conversations galantes avec des jeunes personnes outrageusement fardée (…).
" L'intérêt grandit à mesure que les machines apparaissent. On suppute avec passion les chances de tel ou tel coureur."
Cet enthousiasme se retrouvait à coup sûr dans toutes localités traversées et le long du parcours où se rassemblaient tous les villageois des environs et d'ailleurs. Il s'agissait vraiment d'un événement extraordinaire dont la réputation s'étendait à l'Europe entière et même au-delà, puisque participaient des pilotes que l'on retrouvait lors de toutes les grandes compétitions, des automobiles représentant tous les grands et petits constructeurs d'alors, des marques de pneumatiques comme Englebert, qui allaient, elles aussi faire leur chemin par la suite.
On venait de loin pour assister à cet événement, ou tout au moins dans l'espoir de voir un passage, et l'excursion était dignement fêtée. Témoin, cette carte postale envoyée de Bastogne en 1904 et disant : 'Je suis au Circuit des Ardennes. Il y a beaucoup de monde. Il est 1 ½ h du matin et on ne s'ennuie guère. Compliment à tout le monde. Bonjour. Alfred." Et cette autre envoyée de Vielsalm à Ostende : 'Lundi 7 août 1905. 9 ½ h du matin. Sommes levés bien tôt pour partir au Circuit des Ardennes. Nous sommes en panne à Vieil-Salm. On répare quelque chose à la machine mais nous espérons bien encore arriver à la Barrière de Champlon. Gros baisers."
L'épreuve sportive s'accompagnait de toute une série de festivités : grands concerts au kiosque de la place du Carré par la Lyre ouvrière ou par la Philarmonique, cirque, foire, baraques de toutes sortes. La Compagnie des wagons-lits organisait même un train spécial à destination de Bastogne.
Bref, le Circuit des Ardenne constitua pour cette région une événement de renommée quasi mondiale, une occasion exceptionnelle de délassement, mais aussi une cause de profonde évolution.
Fin …et suite.
Le Circuit des Ardennes ne sera pas reconduit en 1908 : trop peu de concurrents s'étaient inscrits.
Il faut dire qu'une vingtaine d'épreuves importantes se sont déroulées en 1907. Le virus a gagné le monde entier et chacun veut essayer une nouvelle formule,
imposer un nouveau règlement. Les exigences techniques ne sont jamais les mêmes et les constructeurs ne savent plus où donner de la tête. Certaines épreuves vont prendre de l'importance, d'autres perdre celle qu'elles s'étaient forgée en quelques années. Ce fut, hélas le cas du Circuit des Ardennes.
La Haute Ardenne n'en a pas moins été un très haut lieu du sport automobile à l'époque héroïque.
Une commémoration sur deux jours a été organisée pour le centenaire de l'épreuve : des centaines d'anciennes automobiles se sont élancées sur un parcours adapté. Cette commémoration aura lieu tous les trois ans donc aussi du 30 juin au 3 juillet 2011.
Robert NIZET
jeudi 10 septembre 2009
En 1964… Il y avait cinquante ans.
Les événements de notre époque vont tellement vite !
À cette allure, bien des souvenirs s’accumulent, rapides, et finissent par tomber sans retard dans l’oubli.
Cinquante années, c’est peu. Toutefois, que de choses s’y rapportant, dont presque toutes les traces ont quitté la mémoire de leurs contemporains. Pour les raviver, il faut surtout le soin qu’en a eu un chroniqueur joint à quelque effort spécial du souvenir.
Avec l’appui de ces faibles moyens, nous voudrions rappeler ici l’un ou l’autre événement d’il y a un demi-siècle, intéressant la vie de notre région ; une tranche de la petite histoire.
Il y a cinquante ans…
La commune de Vielsalm avait comme bourgmestre M. Jules TALBOT, de Beaufays, nommé par arrêté royal du 8 juillet 1909.
On voyait alors, chaque jour, le garde champêtre M. Auguste BOURGEOIS, se rendre à pied à Beaufays, porter quelque missive ; tandis que, plusieurs fois par semaine, le bourgmestre gagnait la maison communale à Vielsalm, pédalant sans arrêt sur son vélo à pignon fixe.
Le vélo, si dépassé aujourd’hui, était en ce temps-là chose peu commune encore, et les bons marcheurs restaient légion.
Quant aux autos et aux motos, elles constituaient des attractions quasi rarissimes. En 1914, il n’y avait à Vielsalm que deux autos (une au boucher Joseph GILLIS, qui la cacha à Goronne durant la guerre de 1914 ; une à Joseph MOLHAN « louageur de voitures » en face de la gare de Vielsalm ; et une troisième, croyons-nous, à M. le notaire LAMBERT), et deux motos (dont une à Georges PAQUAY).
En ce qui concerne les moyens de transport, on peut signaler aussi que le tram à vapeur de Lierneux pénétrait bien loin dans la rue actuelle du Vieux-Marché ; le terminus s’y marquait d’un poteau portant l’inscription « Vielsalm-village ».
Manifestations de progrès également dans les communications que les suivantes ; la ligne vicinale de Manhay venait d’être achevée ; on projetait d’établir un train express entre Liège et Luxembourg avec arrêt à Vielsalm ; on envisageait d’instaurer le service téléphonique dans les communes de Lierneux, Vaux-Chavanne et environs.
Et l’on commençait de parler avion. « Aéroplane », disait-on.
En l’été 1912, un biplan Farman vint, certain jour après quatre heures, s’échouer entre Ville-du-Bois et Ennal, sur le thier boisé. Le pilote, seul dans son appareil, était un hollandais du nom de WEYMALEN, participant au Circuit d’Europe. Grosse attraction !
À la vesprée et la nuit, il fallut aménager dans les bruyères et les souches de l’endroit, une piste d’envol.
Le lendemain matin, l’avion avec son petit chat noir en velours comme mascotte, s’envola au lever du soleil. De nombreux curieux l’accompagnèrent du regard jusqu’à le voir tournoyer au-dessus de Spa. À l’école primaire, ce fut là un beau sujet de rédaction !
L’année précédente déjà, un monoplan parti de Paris à 6 h.20 avait atterri vers 9 h. 45 à Regné. Événement sensationnel.
De quoi parlait-on encore ?
La vie restant inspirée, plus qu’aujourd’hui, par l’agriculture, les préoccupations allaient, par exemple, beaucoup aux pommes de terre. La récolte de ces tubercules n’avait pas été fameuse en 1913, ayant livré quantité de tubercules gâtés ; et les prix offerts atteignaient à peine quatre farncs les 100 kgs.
Le bétail, par contre, ne se vendait pas mal. Les foires de Vielsalm, le troisième mardi de chaque mois, voyaient la présentation de trois ou quatre centaines de « rouges bêtes » et autant de porcs. La même chose aux foires mensuelles de Salmchâteau. Les bœufs se vendaient, par exemple, vers 500 et 600 frs ; des transactions s’effectuaient encore en « napoléons », ceux-ci estimés à vingt francs.
À propos de bétail, on parlait aussi de la rage. Une épidémie avait surgi dans le pays en décembre 1912 ; elle se manifesta dans notre région au cours de 1913. On constata des cas de rage canine à Gouvy, Bovigny, Lierneux. On abattit plusieurs chiens à Odrimont, Verleumont, et ailleurs, ainsi que d’autres animaux mordus. On eut des inquiétudes également pour des enfants RECKERS de Beho. Tous les chiens durent porter des muselières durant plusieurs mois.

Restant dans le domaine de la vie professionnelle, notons que les carrières d’ardoises de Cahay manifestaient une grande activité. Quand, chaque jour ouvrable, à 18 h., le sifflet strident de la sirène déchirait le silence de la campagne, on voyait surgir des galeries et des hayons un fourmillement d’ouvriers. Journée bien gagnée, de dix heures de travail, pour laquelle le meilleur ouvrier recevait 3 fr.75.
Mais parfois ces laborieux parlaient-ils d’un accident survenu le jour à un compagnon. Il y en avait de mortels ; après bien d’autres, citons celui du 29 juin 1912, qui tua Henri-Joseph BLANJEAN de Bovigny, et celui du 31 janvier 1913, qui coûta la vie à Léopold-Félix COTTIN de Salmchâteau.
C’était le temps encore où Georges BEAUPAIN tannait à Beaufays ; où les frères EVRARD et Constant REMACLE fabriquaient des briques à Ville-du-Bois ; où Bernard DENIS et son gendre Joseph KIEFFER brassaient à Vielsalm et Nicolas LAPLUME à Salmchâteau ; tandis que plusieurs ateliers de pierres à rasoir à Salmchâteau ; tandis que plusieurs ateliers de pierres à rasoir à Salmchâteau et Vielsalm, travaillaient à plein rendement.
La hantise de la guerre ne préoccupait pas les esprits comme aujourd’hui ; du moins ne voyait-on aucune menace pour notre pays. La guerre italo-turque de 1912, la guerre des Balkans de 1913, n’intéressait guère ; cela se passait si loin !
Pourtant, tout près de chez nous, en 1913, l’armée prussienne avait effectué des manœuvres aux environs de Recht. Combien de curieux avaient regardé, de Poteau et pardessus la frontière, les « casques à pointe » et les uniformes fris ! Et l’on ne se rendait pas compte du danger si proche que le 4 août 1914 devait nous amener.
La vie continuait assez paisible ; le temps passait avec ses peines et ses embellies. On buvait la « petite goutte » dont le prix venait d’être porté à 10 centimes, celle de Hasselt et de Vieux Système à 15 centimes ; la bière allait à 5 et 10 centimes la chope.
Quelques autres événements défrayaient la conversation : la clémence de l’hiver de 1913 ; le désir des habitants de Neuville d’avoir une église, qui ne sera construite qu’en 1928 ; la présence du typhus à Lierneux qui y fit plusieurs victimes ; l’incendie du Cercle catholique de Vielsalm et de ses abords ; la création d’une section de Croix-Rouge à Vielsalm ; le succès remporté en septembre, à la fête internationale de Kinkempois, par la société de gymnastique de Salmchâteau ; le vingt-cinquième anniversaire du comice agricole ; l’instruction primaire obligatoire jusqu’à 14 ans, qui fut votée le 19 mai 1914 ; la préparation du cinquantenaire de la fanfare « Les Echos de la Salm », à célébrer en août 1914 et qui n’eut pas lieu.
Il y avait aussi la vie politique qui, ma foi, ne manquait pas de vigueur. Mais, au terme de ces notes hâtives, n’en disons qu’un mot : cette vigueur, n’était-ce pas, chez la population, un signe de bonne santé ?
C’était il y a cinquante ans.
Gaston REMACLE
