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samedi 9 mai 2015

Jean Bertholet

BERTHOLET.

Bertholet (Jean), historien, naquit à Vieil-Salm, bourg de la province de Liège, le 30 décembre 1688.
Dès qu'il fut en âge de fréquenter un collège avec fruit, ses parents l'envoyèrent à Luxembourg où il fit son cours d'humanités et sa philosophie sous la conduite des jésuites.
Ayant pris la résolution d'embrasser leur institut, Bertholet se rendit au collège de Tournay, où il commença son noviciat le 8 octobre 1708.
Après ses premiers vœux et son année de répétition, il fut chargé, selon la coutume, de régenter les basses classes, et il remplit ces fonctions l'espace de sept ans à Tournay et ailleurs.
Il commença à Douai son cours de théologie qu'il acheva à Paris : ayant été ordonné prêtre, il se lia à la Société de Jésus par la profession solennelle des quatre vœux. Cette cérémonie eut lieu à Armentières, le 2 février 1723.
La prédication lui fut principalement recommandée par ses supérieurs ; il s'en occupa pendant quatorze années avec le plus grand zèle. Il parcourut toutes les villes et les communes de la province Gallo-Belgique. L'activité de sa vie empêcha qu'on vit les défauts de son caractère.
Enfin sa santé ne pouvant plus soutenir cette fatigue, il abandonna la chaire et se voua, du consentement de ses supérieurs, à la composition de divers ouvrages historiques. L'histoire ancienne de la province du Luxembourg semblait l'intéresser le plus. Il étudia tour à tour les P. P. Catrou, Rouillé, Longueval et l'abbé Fleury qu'il avait choisis pour ses modèles.
L'auteur n'étant pas d'accord avec ses supérieurs, au sujet de la publication de son ouvrage, et l'étant encore moins avec ses imprimeurs et ses graveurs, il se créa beaucoup de difficultés désagréables pour lui-même, et nuisibles au succès de son livre. Changeant souvent d'imprimeur et de relieur, il laissa à chacun d'eux une partie de sa publication en paiement de ce qu'il leur devait. Ce fut dans cette circonstance que son caractère parut dans tout son jour. Tout le monde fut convaincu que le père Bertholet était un drôle de corps, un original. Pour ne pas devoir s'adresser à ses supérieurs, il avait emprunté à tous ses collègues de toute la province Wallone, la petite somme de leurs épargnes. Mais toutes ces sommes réunies ne pouvaient couvrir les dépenses incessantes d'une publication aussi longue que celle de l'histoire du Luxembourg. Il en résulta qu'on eut la plus grande peine à fournir aux derniers souscripteurs un exemplaire complet. « Il faut vous dire », écrivit le père Mareschal à un de ses amis de Bruxelles, le 31 mai 1767, « que l’entêtement de l'auteur a été cause de la dispersion des différents volumes de son histoire. Il s'est obstiné à imprimer sans avoir les fonds nécessaires, et a emprunté de nos collègues ou des étrangers de quoi fournir aux frais les plus pressants. Outre cela, il a eu des difficultés avec son papetier, son imprimeur, son graveur et différents relieurs, ce qui l'a obligé à envoyer aux uns une partie de ses volumes à mesure qu'ils sortaient de la presse, pour les apaiser; et que d'autres ont saisi d'autres parties pour s'assurer de leur dû. »
Il résulte clairement de cet exposé que l'administration de Marie-Thérèse n'a pu avoir la moindre influence sur l'esprit ou les goûts de Jean Bertholet. M. De Reiffenberg, en insinuant l'opinion contraire à la page 47 de sa fameuse « Introduction », a donc commis une erreur grave. Mais ce qui est plus fort, c'est que le père Bertholet a passé la majeure partie de sa vie hors de la Belgique, et que la plupart de ses travaux historiques ont été élaborés avant sa retraite à Liège et avant le règne de Marie-Thérèse. Il est d'ailleurs difficile de comprendre comment les lois de cette souveraine auraient pu avoir de l'influence sur la Société de Jésus, à Liège.
La volumineuse histoire du Luxembourg ne fut pas la seule publication de l'auteur. Mais toutes lui attirèrent des critiques assez violentes dont les mauvais effets rejaillissaient jusque sur l'ordre des jésuites. Ses supérieurs crurent qu'il était de leur intérêt comme de leur honneur d'y mettre un terme.
La mort l'arracha de ses travaux historiques à Liège, le 26 février 1755, à l'âge de 67 ans.





Nous devons au père Jean Bertholet, les ouvrages suivants :
1° « Histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg et du comté de Chiny », Luxembourg, 1741-1743, 8 vol. in-4°. Cet ouvrage, vivement critiqué dès son apparition, n'a pas eu de succès. M. Dewez, en résumant toutes ces critiques, accuse l'auteur d'avoir entassé sans goût comme sans méthode, tous les miracles ridicules dont sont remplies les vieilles légendes. Voici le jugement du célèbre évêque Hontheim sur le même livre : « Licèt quàm ad pluribus rebus exteris, ad universalem magis quàm ad particularem historiam pertinentibus nos gravaverit auctor, atque in super regulis critices se modicè admodùm tinctum probaverit ; in eo tamen illi debitores sumus, quod ex Luxemburgensi  principali archivo (quod ci patuit) probationum loco complures cartas aliaque non contemnenda monumenta ediderit, ad res harum partium, signanter vero ad monasticen superioris Archidiœcesis, apprime facientia. » Cette, critique est judicieuse ; elle n'est pas entachée de la dédaigneuse philosophie de M. Dewez.
On voit que Bertholet a été égaré par ses modèles les pères Catrou et Rouillé. Je suis loin de vouloir me mettre en opposition avec tout le monde, mais je suis convaincu qu'il est souvent difficile de faire mieux que celui qu'on hasarde de critiquer. Bertholet fut accusé par son frère, le père Michel Simon, plus connu sous le nom de Khalen, d'avoir copié les mémoires de M. Pierret, qu'il aurait eus du baron de Marchant d'Ansebourg. Un capucin se mit aussi delà partie, et ce religieux fut plus laborieux et plus actif que le père Khalen. Enfin l'ouvrage de J. Bertholet occasionna une espèce de soulèvement dans la république des lettres. On lui attribue à tort un opuscule qui au contraire a été publié contre lui, comme l'indique suffisamment le titre que voici : « L'Ancienne tradition d'Arlon, injustement attaquée par le P. Bertholet, jésuite ; mais justement défendue par la ville d'Arlon et le magistrat d'Arlon », Luxembourg , 1744, in-8e.


2° « Histoire de l'institution de la Fête-Dieu, avec la Vie des bienheureuses Julienne et Eve, toutes deux originaires de Liège », Liège, 1746, in-4°. Ce livre, orné de quantité de tailles-douces, est dédié au prince-évêque Jean-Théodore de Bavière. L'auteur y a inséré beaucoup de hors-d'œuvre comme dans ses autres compositions. D'ailleurs il n'écrit pas avec la simplicité que demande l'histoire. On est autorisé à présumer que tout ce volume est le résultat d'un sermon prononcé par le père Bertholet à Saint-Martin-en-Mont.
3° « Oraison funèbre de S. M. l’Impératrice-mère Élisabeth-Christine, née duchesse de Brunswick Wolffenbuttel, etc., composée en latin par le R. P. Jacques De Laet, de la comp. de Jésus, et traduite du latin en français par le R.P. », etc., Bruxelles, 1751, in-4°.
4° « Histoire de l'église et de la principauté de Liège », 1749, manusc. in-fol. de la Bibliothèque de l'Université de Liège. On lit en tête de ce livre : « Les réviseurs ont rejeté ce livre à la révision, tant ceux de la province Gallo-Belgique que ceux de la Flandre-Belgique, où l'auteur, autorisé par N. R. P. Général, s'était adressé. Signé : J. - B. De Marne, collegii Leodiensis vice rector ».
5° « Vies des Saints des Pays-Bas, selon l'ordre du Martyrologe belgique, où sont rapportées les fondations des évêchés, des églises collégiales, des abbayes, des monastères et des couvents des différents ordres religieux, soit d'hommes, soit de femmes », manusc. en 2 vol. infol., qui est probablement celui désigné par la Commission d'histoire, sous le titre de : « Histoire ecclésiastique des Pays-Bas, y compris le Martyrologe Belgique », dont le premier volume se trouve à la Bibliothèque du séminaire, et le second dans celle de l'Université de Liège.
6° « La Vie des Saintes des Pays-Bas, ou les femmes illustres dans l'Église », 1747, in-fol. Ce manuscrit ne se trouve pas sur la liste des ouvrages du père Bertholet, dressée par un de ses confrères de Liège après sa mort; il est comme le précédent, à la Bibliothèque de Liège.
7° « Abrégé de l'histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg et du comté de Chiny », in-fol. Le manuscrit original de 635 appartient à M. Lavalleye, professeur à l'Université de Liège.


M. –F. – V. GOETHALS, « Lectures relatives à l'histoire des sciences, des arts, des lettres, des mœurs et de la politique en Belgique, et dans les pays limitrophes, commencées en 1818 », tome 3, Bruxelles,  1838, pp. 221-227.

jeudi 31 décembre 2009

3. Relations entre seigneur et sujets.

Les droits seigneuriaux indiqués ci-dessus donnent une idée de ce que devaient être les relations entre sujets et seigneurs au comté de Salm.

Mais quel était l'esprit de ces relations ? L'autorité s'efforçait-elle de rester dans la justice et la bienveillance, en tenant compte de l'évolution apportée progressivement dans les mœurs et les besoins ? Les sujets, eux se préoccupaient-ils d'accomplir loyalement leurs obligations ?

En tout cas, au XVIIIe siècle, l'esprit de ces derniers n'est guère à la soumission. Depuis longtemps, le comte ne réside plus dans son domaine, pratiquement depuis la fin du XVe siècle. D'autre part, la population est devenue assez importante ; rien d'étonnant si elle prend conscience de sa force et de sa personnalité.

On voit le comte se soucier d'une bonne justice, pourtant. De façon formelle, il ordonne par exemple, le 6 février 1539, que « doresnavant toutes choses dans notre pays et haulteur soit fait par droit mesure et raison, sans faire tort à nos sujets et surceans, et sans fouler le pauvre » ; l'ordonnance fixe ensuite certaines règles d'application en vue de ce but.

Le 3 mai 1722, une nouvelle ordonnance viendra rappeler et confirmer celle de 1539 ; elle trouve un appui, sollicité préalablement, dans une autre de Sa Majesté l'Impératrice.

Le 21 janvier 1737, le comte reproche même à ses justiciers d'avoir permis des impositions excessives.

Malgré certaines incompréhensions peut-être, particulièrement au dix-huitième siècle, c'est encore le souci de l'intérêt des sujets et de celui du comté qui apparaît bien dans l'utilisation des richesses matérielles du territoire telle que s'efforcent de la régler les seigneurs ; les carrières, les bois, les terres.

Les carrières, rappellent des ordonnances de 1737 et 1738, sont à la disposition de tous et des seuls sujets du comté ; car le fonds reste au comte (c'est-à-dire au souverain gérant le domaine public), la modique redevance demandée aux exploitants est purement personnelle et exclut le travail en collaboration ou salariat. C'est plus tard seulement qu'un autre régime s'implantera peu à peu, dans la seconde moitié du siècle.

Les bois sont l'objet du même souci. Des ordonnances datées du 1 octobre 1731 et du 15 décembre 1736 s'efforcent de prévenir les dévastations, de rappeler les forestiers au devoir, tout en assurant à tous la disposition des quantités nécessaires de bois.
La population qui augmente a besoin de terres et de bois. Le comte se préoccupe de régler l'appropriation des terrains vagues et non cultivés, sous la forme de concessions d'acensements personnels. Particulièrement au XVIIIe siècle, de nombreux acensements sont concédés dont l'une des conditions était qu'ils fussent défrichés.



Il était demandé également une redevance annuelle assez modique, généralement « deux bons sols » pour un journal de terre ainsi accensée, « paiable à la recette au jour des sts Pierre et Paul de chaque année ». En outre, un supplément, payable en une seule fois, d'une demi-couronne de France par journal, à la fin du XVIIIe siècle, à titre de « vin d'honneur ». Ne pas confondre ces acins personnels avec les acins de communautés, ceux-ci étant d'ailleurs des étendues boisées.

Voici un exemple d'acensement personnel :

« Assansement fait en faveur de Jean Henri Parmentier de Ville du Bois. Ce jourd'hui 27 9bre 1791 pardt moi notaire admis au Conseil Souverain de Luxemhourg résident à Vielsalm sousigné présens les témoins au bas de cette dénommés, personnellement est comparu Jean Henri Parmentier de Ville du Bois lequel nous a déclaré d'avoir repris en assensement de son altesse monsgr le prince de Salm par le notaire sousigné son procureur d'office, un morceau d'aisance en Bruières d'un journal et demi, le journal de cent verges, la verge de seize pieds mesure St-Lambert en une seule pièce située en lieu dit maar-sart au finage de Burtonville joindant du deseur a Nicolas Burton du desous au chemin, du levant aussi au chemin et du couchant a Paul Bosquée parmis un cens foncier et indivisible de trois Bons sols paiable à la recette de ce comté au jour de St Pierre et Paul et dont la première échéance tombera a pareil jour de l'année prochaine et en sus d'une demie couronne de France et dix huit sols pour vin d'honneur une fois qu'il a payé comptents et sous condition de défricher le dit terrein a peine de nullité des présentes. Et pour le dessus réaliser et en requérir et opérer le transport et œuvre de loi ubique parties ont commis et constitués tous porteur de son double autentique de même que pour affirmer que la présente n'est directement ni indirectement en faveur des gens de main morte. Ce fait et passé à Vielsalm présent les Sieurs Honvlez échevins de ce comte et Jean Henri Lemoine de Rencheux qui comme requis ont avec le comparant outre moi notaire signé lecture fait ut supra J. H. Parmentier sont signés Honvlez testis avec pphe. J. H. Lemoine testis puis étoit in fidem J. J. Marthoz avec pphe ».

(CS, 1791-1794/102 et 103).


Au temps de la Révolution française, on regrettera un peu ce régime, puisqu'on se révoltera par les armes contre les nouveaux maîtres.
Joseph HENS, La guerre des paysans..., rappelle ce propos de son arrière-grand-mère, Marie-Jeanne HUBERT, de Commanster : « avant que les Français ne chassassent les Impériaux hors du pays, on était tranquille » ; tandis que les Français, après leur arrivée, « on les souhaitait à tous les diables ».

Pourtant, dès le début du XVIIIe siècle, on voit naître des débats incessants entre sujets et seigneur. Ils durèrent une bonne partie du siècle. Nous résumons ces événements d'après les détails recueillis par FAHNE dans les archives du château de Raitz en Moravie, et d'après d'autres documents de la Cour de Salm.

Les difficultés surgirent un peu à propos de tout. Un esprit général de désordre semble les dominer.

Plusieurs ordonnances seigneuriales, à cette époque, interviennent contre les abus qui se sont établis à propos de l'usage des bois, des carrières, de la pêche, du droit de mortemain.

Les sujets prétendaient avoir des droits égaux sur les forêts, et notamment le droit d'y conduire paître leurs porcs.

Requis en 1723 de fournir la corvée pour la reconstruction d'une aile incendiée du château de Salm, comme ils l'avaient fournie en 1645 après un autre incendie, et en 1653 pour des travaux de terrassement, ils refusaient maintenant, déclarant n'être tenus à la corvée qu'en mars et en septembre, et non pas pour de nouvelles constructions.

Ils refusaient également de payer la réparation des moulins banaux et contestaient le taux de la mouture.

Ils ne consentaient pas à payer un cadeau de noces de 1 500 florins à une des filles du comte François-Guillaume, alors que le comte appuyait cette revendication sur un droit qu'il assurait ancien et incontestable.

Ainsi, surgirent six procès devant le Conseil provincial de Luxembourg, évoqués en appel plus tard au Grand Conseil de Malines, sur l'usage des forêts, la reconstruction du château, les moulins, la pêche, les assensements, et le cadeau de noces à la fille du comte.

Ce dernier déposa plainte à Luxembourg concernant les travaux au château, le 26 juillet 1726. Il obtint gain de cause par sentence du 9 mai 1733, selon laquelle le Conseil provincial déclarait que « les communs habitans du Comté de Salme... auront à faire les voitures des bois, pierres, chaux, terres, d'eau, ardoises et matériaux requis et nécessaires aux bâtiments, réparation et entretien du château de Saline et faire la main d'oeuvre bien fondé » ; elle les condamnait également au paiement des dommages et intérêts ainsi que de la moitié des frais du procès.

(C.P. LUX. Sentence 1654)

Le 28 juillet 1740, le Conseil de Malines confirma cette sentence.

Quant au procès au fait de rabinage des bois, il fut intenté à Luxembourg par requête comtale du 13 février 1730.

Des soulèvements eurent lieu dans le comté, avant 1737 déjà.

L'agent principal des troubles était un LEONARD, réfugié à Halconreux afin d'échapper à des poursuites pour excitation au désordre dans la seigneurie de Houffalize. Se donnant la mission d'un tribun défenseur du droit du peuple, il excita les villageois, acquérant beaucoup d’influence et prestige. Soutenu secrètement par le haut-officier RUTH, il poussait la population à l'utilisation sans mesure des forêts. Après la sentence de 1733, il reprit ses excitations, faisant valoir que le recours au Grand Conseil de Malines modifierait en faveur des communautés, l'arrêt de Luxembourg. S'étant permis de faire chasser du comté les officiers de la prévôté ducale de Bastogne, il osa pénétrer plus avant dans le Luxembourg où il fut arrêté et jugé comme rebelle.

Pour couvrir les frais des procès, on vit, en 1740, les sujets effectuer plusieurs emprunts auprès de la baronne de WAHA, de Wanne, de 150, 1 100 et 750 écus, emprunts remboursés à partir de 1755 par les communautés sur lesquelles ils avaient été répartis.

Plusieurs documents concernant ces emprunts figurent aux actes de la Cour de Salm. Pour agir en leur nom, les sujets avaient choisi leurs délégués, « commis des communautés du comté de Salm », par acte passé devant notaire le 3 avril 1734, soit : Henri TOUBON, d'Arbrefontaine ; Henri-Martin PIRARD, de Bovignv ; Jean GENGOUX, de Grand-Halleux Paul ENGLEBERT et Henri COMTE de Vicisalm. Ces délégués agissaient en dehors du groupe des mayeur et échevins du comté ; ces derniers, d’ailleurs, se désolidarisèrent des 5 délégués et leur action, par acte du 23 mai 1746 passé par devant le notaire G. HONVLEZ.

(Protocole Not. HONVLEZ, archives détenues illégalement par A. LEJEUNE)

Après avoir gagné le procès sur les travaux au château, le comte perdit quatre des autres procès en première instance.

Son conseiller TARTREAUX, docteur en droit, qui le défendait au Conseil de Malines, homme sérieux et habile, présenta alors aux communautés une transaction, le 23 mai 1751. Elle proposait de partager par moitié les bois contestés, une moitié aux villages, l'autre au seigneur.

Celui-ci recevait également la dîme sur le produit de la part des villages, ainsi qu'une somme fixe de 200 pistoles pour les travaux du château et d'autres petites sommes pour les moulins et les acensements. Le cadeau de noces de la jeune comtesse était abandonné.

TARTREAUX réalisa l'accord proposé. Toutefois, le haut-officier E. A. RUTH, dont G. REMACLE va reparler, et le receveur GENGER, excitèrent sous main les communautés, déclarant que leurs délégués les avaient vendues au comte. Celui-ci, qui s'était déplacé expressément de Bedbur à Salm, furieux de cette calomnie, rejeta la transaction et repartit pour Bedbur. Les procès recommencèrent à Malines, en deuxième instance. Par sentence du 1 mars 1752, les communautés, cette fois, furent condamnées.

Le 20 août suivant, à leur tour les sujets offrirent une transaction. On y devine la tentative de voir adoucir la rigueur des décisions judiciaires et, au fond, d'y échapper.

La transaction fut acceptée car des documents ultérieurs en font état.

On peut se demander si le fait de l'absence du seigneur dans son comté, depuis longtemps, ne fut pas sans faciliter les excès, même chez ceux-là qui davantage devaient tenir au maintien de l'ordre. Car justiciers et forestiers, par exemple, se voient rappeler avec insistance, au respect des usages. La garde du château est défectueuse et des prisonniers parviennent à s'échapper.

En 1754, un certain Jean CONIL, chirurgien, fut arrêté pour crime d'homicide et emprisonné au château de Salm. Le maître de garde, Nicolas DAIROMONT, échevin, lui laissant beaucoup de liberté, le prisonnier s'évada en plein midi, pendant que DAIROMONT s'était absenté et que les gardiens jouaient aux cartes. Dans cette affaire, le haut-officier RUTH apparaît comme étant protecteur notoire de DAIROMONT.

(FAHNE, Cod. Dipl., pp. 326-328, publie à ce sujet un long document du 21 décembre 1754, extrait des actes du Grand Conseil de Malines).

Surtout, le haut-officier Eric-Adolphe RUTH apparaît dans tous ces événements comme jouant un rôle assez bizarre et peu conforme à ses devoirs envers son maître.

Le 7 janvier 1750, HENNUY écrivait de RUTH au comte Charles-Antoine, à propos de la situation désordonnée du comté : « Il faut que tout soit brouillé. Au lieu d'avancer les affaires come il seroit de son devoir, et de l'intérêt de votre Excellence et de ses sujets il ne cherche qu'a les prolonger pour se rendre nécessaire, consommer votre bien, absorber celui de ses pauvres sujets, semer la désunion partout et faire sa cour au détriment des autres et de leur bonheur ».

(FAHNE, Geschichte, I, p. 40)

En 1739, le receveur Jean-Guillaume HENNUY devait avoir encaissé 18 823 florins 25 sols. Or, en 1742, il avait toujours un arriéré de 13 973 florins 9 ½ sols. RUTH lui reprocha d'être négligent. Devant cette accusation, HENNUY déposa plainte auprès du comte, déclarant que précisément son déficit provenait du fait que RUTH ne lui avait pas transmis le produit de la vente de bois, et qu'il encourageait les gens du pays à ne pas payer leurs redevances.

Le comte envoya à Salm un surintendant, Guillaume-Joseph TEWIS. Du travail de deux commissions constituées successivement, HENNUY sortit acquitté. Il resta longtemps encore au service du comte. Mais sa défense dévoila beaucoup de choses. Notamment que les comptes de RUTH même se soldaient par un important déficit, ainsi que ceux de son ami GENGER, nouveau receveur.

Déjà en 1739, RUTH devait 9 225 florins 4 sols. Il avait promis de mettre ses biens en gage pour couvrir cette dette. Douze ans plus tard, ce gage n'était toujours pas réalisé, et le comte n'y réussit même pas en 1751 quand il vint à Salm ; à ce moment, la dette du haut-officier s'élevait à 14 555 florins, valeur supérieure à celle des biens de RUTH.

En même temps, les procès dont nous avons parlé plus haut se déroulaient.
« Il est inoui, écrivait TARTREAUX au comte le 1 juin 1751, combien il se trouve de désordre clans cette pauvre conté, si belle pourtant d'ailleurs. Je ne scaurais dire la quantité de plaintes que m'ont fait les sujets sur les officiers. »

TARTREAUX se préoccupa d'écarter RUTH. Mais le comte ne pouvait se décider à licencier son haut-officier, doué d'un beau talent de parole et d'écriture. Il espérait davantage en d'autres mesures. Peut-être aurait-il réussi si TEWIS n'avait été un fonctionnaire négligent, et même indulgent pour RUTH. Celui-ci resta haut-officier du comté jusqu'à son décès le 2 mars 1762.

TARTREAUX intenta même une poursuite contre RUTH, pour avoir dépassé les droits de sa charge. Mais les usages du duché de Luxembourg accordaient aux employés supérieurs le droit d'aller en appel contre tout licenciement portant atteinte à l'honneur. D'où des procédures fort longues en perspective et telles qu'il n'en résulterait pratiquement pas d'amélioration dans la situation du comté.

Après le retour du comte Charles-Antoine à Bedbur en 1751, les difficultés au sujet de la situation financière du comté ne s'apaisèrent pas.

Charles-Antoine étant décédé le 13 juillet 1755, son frère Léopold, « curateur des Messires les enfans » mineurs de Charles-Antoine, jugea « qu'il étoit d'une nécessité indispensable » de se « transporter dans le Comté de Salm pour y arranger diférentes affaires contentieuses... et notamment pour examiner les comptes de la recette de plusieurs années, qui n'étoient pas passés ».

(CS, 1753-1757/280-281)

E. A. RUTH se reconnu, le 24 novembre 1755, débiteur envers le comte de 6 000 florins, somme pour laquelle il engagea ses appointements et la totalité de ses biens.

(CS, 1749-1763/246-248)

Le 5-10-1751, le receveur J. P. GENGER s'était trouvé, lui, redevable de 460 écus, 2 escalins, 2 sols et demi, et pour couvrir cette dette il dut hypothéquer ses biens.

(CS, 1749-1753, 269-271)

D'autre part, en 1761 l'ancien receveur HENNUY était mort, alors qu'il était toujours redevable au comte de 12 500 écus constituant la recette des années 1754 à 1758. Toutefois, un peu auparavant, il s'était fait payer par les sujets 2 324 florins, 12 sols, 6 deniers, alors que l'examen de ses comptes, après son décès, montra qu'il avait trop perçu et que sa veuve devait rembourser 1 797 florins 3 sols.

(CS, 1749-1763:406-409)

Pour garantir ces sommes, la veuve HENNUY céda ses biens, parmi lesquels une maison de maître située à l'emplacement de la maison actuelle De POTTER à Vielsalm. Cet immeuble, devenu propriété du comte, fut séquestré sous le régime français, puis vendu.

Les autorités ducales avaient fini par s'émouvoir de la situation troublée du comté et avaient invité le comte même, en 1755, à se rendre à Salm.

Le 21 novembre 1755, le président du Conseil provincial de Luxembourg écrivait au comte de Salm ; « Monsieur, Depuis très longtemps j'ai vu avec peine les dissenssions qui ont divisé les officiers, la justice et les sujets du Comté de Salm, et le dérangement des affaires du Seigneur, qui en étoit la suite nécessaire, touché de cette situation, d'une des plus belles terres de la province, je me suis fait une loi, à mon arrivée à la présidence de ce Conseil de donner tous mes soins au rétablissement de la bonne intelligence, entre l'officier et ceux de la justice, dont la conduite est toujours d'exemple au reste de la Seigneurie j'ai parlé, j'ai écris, et j'espère au moins avoir réussi en partie, je suis persuadé que la présence de votre excellence achèvera de remettre toutes choses dans l'ordre quelles doivent avoir, surtout si elle daigne s'appliquer à réformer ou baisser de crédit les esprits brouillons qui ne savent vuider de rien sans procès. Je supplie votre Excellence de disposer de moi, lorsqu'elle visera que je pourrois lui être utile, et d'agréer le profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, de votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur. Gerden ; Luxembourg, le 21 9bre 1755. »

(CS, 1753-1757/265-266)

L'historien Jean BERTHOLET, ami du comte, l'avait invité, lui aussi, à venir à Salm, écrivant de Liège le 6 juin 1752: « Il me semble que pour obvier à d'autres maux et pacifier une bonne fois toutes choses, votre présence, Monseigneur, est absolument nécessaire à Salm. Venez donc comme un ange de paix ».

(FAHNE, Geschichte, I, p. 41).

Les dernières années du siècle semblent avoir présenté plus de calme.

Les grands procès sont terminés. Plusieurs des personnages mêlés aux événements rapportés ci-dessus sont décédés. On procède au partage des bois. Certaines des redevances des sujets à l'égard de leur seigneur, devenues périmées, sont tombées. La plupart des autres sont réduites à prix d'argent.

Des temps nouveaux approchent. Et de nouvelles institutions. En 1795, la République française déclarant les provinces des Pays-Bas réunies à la France, le comté de Salm cessa d'exister.

mardi 18 août 2009

Vielsalm et ses environs, un peu d’histoire.

(supplément à L’Annonce de Vielsalm du 13 février 1955)

Le territoire des environs de Vielsalm est habité depuis longtemps. À la période néolithique déjà, des hommes y résidaient, comme le révèlent des signes indubitables de leur présence, découverts notamment près de Bihain.
Les Celtes de l’âge du fer, à leur tour, y ont laissé des vestiges d’une activité fort intense. Ils ont procédé au délavage de terres aurifères le long de plusieurs ruisseaux, sur une étendue de trente kilomètres allant du plateau des Tailles à la haute Amblève. Ils ont édifié un camps de refuge ou enceinte fortifiée au Gros-Thier. Ils ont exploité des carrières et fabriqué en quantité des meules à broyer le grain. Ils ont confié au sol bien des tombes dont plusieurs nous ont révélé leur secret. Ils ont enrichi la toponymie de termes parmi lesquels ceux de Glain et de Salm.
Avec l’occupation romaine, les traces de l’activité humaine se multiplient. À ce moment, se crée tout un réseau de chemins secondaires parcourant le pays de Salm ; ils se rattachent à la grande voie Reims-Cologne passant près d’Oderhange ou joignent des centres habités, Langlire, Lierneux, Stavelot, etc. Le schiste ardoisier de Cahay est exploité. Un commerce de meules de moulin en arkose, de type circulaire, s’établit. Des grands domaines ou villas se constituent comme dans toute l’Ardenne, on les retrouvera à l’époque franque et plus tard : Cherain, Lierneux, Glain, Halleux, etc.
Vers 648, le roi des Francs Sigebert III notifie la fondation des monastères de Stavelot et de Malmedy dans sa forêt d’Ardenne, et concède à l’abbé Remacle une étendue de 12 milles, soit environ 30 km. Dans le circuit des deux monastères.
Les environs de Vielsalm étaient donc compris dans ce territoire ; ils le resteront jusqu’en 670, lorsque le ruisseau d’Ennal sera choisi pour limite sud des terres de Stavelot.
L’arrivée des moines à Stavelot influença fortement la vie de notre région, particulièrement par la création de plusieurs paroisses régionales, Lierneux, Cherain, Bihain, Glain, et celle qui sera plus tard paroisse de Salm.
Vers l’an mille, des seigneurs se rattachant à la famille de LUXEMBOURG, venant de l’est, s’installèrent dans le pays. Ils prirent le nom de SALM – celui du ruisseau rongeant le pied de la forteresse qu’ils édifièrent. Celle-ci s’éleva en face de l’endroit qu’occupe actuellement l’église de Vielsalm.
Toutefois, au début du XIVe siècle, elle fut abandonnée au profit d’une nouvelle, édifiée à 3 km. vers le sud, et dont les ruines subsistent près de Salmchâteau.
Le comté de Salm ainsi créé, inféodé au comté puis duché de Luxembourg, devait durer près de huit siècles, jusqu’au décret du 9 vendémiaire an IV annexant la Belgique à la France. Après quelques agrandissements périphériques, il comprenait une quarantaine de villages ou hameaux et environ 500 ménages en 1659. Le territoire de l’actuelle commune de Vielsalm constituait la partie centrale de ce comté.
Le premier comte de Salm est Gislebert, cité pour la première fois en 1034/1035, arrière petit-fils de Sigefroid fondateur de la maison de Luxembourg. Ses successeurs sont les suivants : Gislebert II, mort entre 1056 et 1059 ; Herman I ; Herman II, comte de 1095 à 1135. Puis Henri I ; le fils de ce dernier, Henri également, abandonna Salm-en-Ardenne, pour fonder Salm-en-Vosges, à sa sœur Elise qui épousa Frédéric de VIANDEN, celui-ci devenant par là comte de Salm vers 1163.
Après Frédéric, nous avons Guillaume I, Henri II vers 1210, Henri III de 1245 à 1257, Guillaume II, Guillaume III vers 1295, Henri IV, Henri V, Henri VI de 1314 à 1359, Henri VII décédé vers 1415.
Le fils unique de ce dernier étant mort à la bataille d’Othée en 1408, Henri VII désigna pour son héritier un proche parent, Jean VI de REIFFERSCHEIDT, tige des comtes de SALM-REIFFERSCHEIDT. Jusqu’à la fin de l’ancien régime, ceux-ci administrèrent leur comté, directement d’abord, puis par l’intermédiaire d’un haut officier.
Le dernier comte de Salm fut Charles-Joseph de SALM-REIFFERSCHEIDT, comte depuis le 13 novembre 1782, Maréchal héréditaire de l’Electorat de Cologne, Chambellan de Sa Majesté impériale et royale.
Les comtes de Salm portaient des armoiries parlantes, caractérisées par deux saumons adossés. L’écu de SALM-EN-ARDENNE présentait les deux poissons de gueules sur champ d’argent, celui des SALM-EN-VOSGES les montrait d’argent sur champ de gueules. C’est l’écu des SALM-EN-ARDENNE qui figure dans les armoiries actuelles des communes de Vielsalm et de Grand-Halleux.
Sous l’ancien régime, l’agriculture surtout constituait la base des ressources de la région. Quant aux carrières, il a fallu la fin du XVIIIe siècle pour les voir prendre une activité un peu sensible.
Avec cinquante années de guerre, le XVIIe siècle fut vraiment ici, comme dans tout le Luxembourg, un siècle de malheur. Peste, passage des armées, pillages, fuites des populations, destruction du bétail, violences de toutes sortes, marquent cette dure période. Le pays était dévasté. Toutefois, le travail et le développement des relations amenèrent au siècle suivant un renouveau : l’agriculture prospère, l’activité commerciale se développe, la population augmente de façon notable, un plus grand sentiment de liberté se fait jour.
On vit bien, sous le régime français, l’ardeur de ce dernier. Car, en octobre 1798, Vielsalm et ses environs furent l’un des centres actifs de ce qu’on a appelé la guerre des paysans. Cette « résistance » dut céder, mais en apparence et devant la force brutale.
C’est à ce moment, par l’arrêté du 14 fructidor an III, que la localité de Vielsalm est devenue chef-lieu cantonal et l’est resté. Ce choix allait lui valoir des faveurs nouvelles par l’installation progressive des services administratifs.
La seconde moitié du XIX e siècle devait apporter des changements considérables dans la vie économique et sociale de la région. Le pays s’ouvre. La route de Sedan à Malmedy passe en 1846. La voie ferrée de Spa à Luxembourg est livrée au service public en 1867. Les chemins s’améliorent fortement. Désormais le pays de Salm se rattache de façon plus intime au vaste monde.
Notre région peut revendiquer plusieurs hommes distingués. Parmi les comtes de Salm, citons Gislebert 1er, qui devînt comte de Luxembourg ; son petit-fils Herman 1er fut élu roi de Germanie en opposition à Henri IV, en juillet 1081, couronné le 26 décembre suivant ; il infligea plusieurs défaites à ses adversaires. Vielsalm a vu naître, le 30 décembre 1688, Jean BERTHOLET, jésuite, historien réputé du duché de Luxembourg. Et sans parler ici des pionniers africains, signalons encore le sculpteur Henri-Joseph RUTXHIEL, né à Lierneux le 4 juin 1775, décédé à Paris en 1837 ; le musée du Louvre conserve plusieurs de ses œuvres.
Au cours des âges, les environs de Vielsalm ont subi bien des violences. Romains, Francs, Normands, féodaux, Bourguignons, Hollandais, Lorrains, Français, Autrichiens, Prussiens, Russes…, presque toute l’Europe y a passé.
L’homme de l’endroit a tout supporté, avec courage. La tornade apaisée, on l’a vu panser ses blessures, rebâtir sa demeure, reprendre le travail. Ici, toujours on s’est battu pour vivre.
Et ce sont les vertus engendrées sur cette terre d’authentique Ardenne que des pionniers sont allés porter au cœur de l’Afrique. Pour y rayonner notre civilisation.

Gaston REMACLE.

dimanche 9 août 2009

BERTHOLET Jean.

(publié par A. et A. DE BACKER, Bibliothèque des écrivains de la compagnie de Jésus, Notices bibliographiques, Liège, 1836)

BERTHOLET, Jean, historien, né à Viel-Salm dans la Province de Liège , le 30 Décembre 1688 , entra au noviciat de Tournay , le 8 Octobre 1708. Après avoir régenté les classes à Tournay et ailleurs, il s'occupa de la prédication avec le plus grand zèle. Sa santé étant venue à s'affaiblir, il se voua à la composition de divers ouvrages historiques.
Pendant la publication de son grand ouvrage il se créa beaucoup de difficultés avec ses supérieurs, ses imprimeurs et ses graveurs; et elles furent bien nuisibles au succès de son livre. BERTHOLET mourut à Liège, le 26 Février 1755.

1. Histoire Ecclésiastique et Civile du Duché de Luxembourg et du Comté de Chiny. Par le R. P. Jean BERTHOLET de la Compagnie de Jésus. Première Partie. Depuis l'établissement des Romains dans les Gaules. Tome premier. A Luxembourg, chez André CHEVALIER, Imprimeur de Sa Majesté la Reine de Hongrie et de Bohême, et Marchand Libraire, 1741, in-4°, pp. 455, sans les lim. et les append. — Seconde Partie. Depuis la fondation du Royaume d'Austrasie. Tome second, 1742, pp. 564. — Troisième Partie. Depuis Sigéfroi, premier Comte de Luxembourg. Tome troisième , pp. 432.—Tome quatrième, pp. 460. — Tome cinquième, 1747 , pp. 458 ;— Tome sixième , pp. 388. — Quatrième Partie. Depuis Wenceslas, premier Duc de Luxembourg. Tome septième, pp. 492.— Tome huitième, pp. 197-302. Tous ces volumes ont des prél. et des appendices; fig. Dédié à S. Majesté la Reine de Hongrie et de Bohème.

Cet ouvrage fut vivement critiqué dès son apparition. « M. SIMON (dit Kalen) a écrit contre cet ouvrage, et y a relevé un très-grand nombre de fautes considérables. Le P. BERTHOLET a beaucoup profité de l'ouvrage du Père Alexandre VILTHEME son Confrère intitulé Luxemburgica. Les Dissertations du premier tome de l'Histoire de Luxembourg ne sont presque que des abrégés du Père VILTHEME. »
C'est ainsi que s'exprime CALMET , Bibl. Lorr. art. BERTHOLET , col. 112 et à l'art. Simon, col. 899, il continue : « Michel SIMON dit Khalen naquit à Boufferdanges, à une demie lieue de la ville de Luxembourg , dans le fond de Merschkirch, il a été d'abord Jésuite; ensuite ayant jugé à propos de sortir de la Société , il a composé divers ouvrages Il a aussi composé une critique de l'Histoire de Luxembourg du P. BERTHOLET, Jésuite, il y relève un grand nombre de fautes où cet Historien est tombé. Il dit que le P. BERTHOLET a beaucoup profité du Manuscrit de M. PIERRET, qui lui a été prêté par M. le Baron de MARCHANT D'ANSEBOURG. J'ai en main cette Critique du P. BERTHOLET, par M. SIMON. » — « Un Capucin se mit aussi de la partie, et ce religieux fut plus laborieux et plus actif que le P. Khalen...
Je suis loin de vouloir me mettre en opposition avec tout le monde, mais je suis convaincu qu'il est souvent difficile de faire mieux que celui qu'on hasarde de critiquer. On lui attribue à tort un opuscule , qui au contraire a été publié contre lui : L'ancienne tradition d'Arlon , injustement attaquée par le P. BERTHOLET Jésuite; mais justement défendue par la ville d'Arlon et le magistrat d'Arlon. Luxembourg , 1744 , in-8°. » (GOETHALS , page 225).

2. Histoire de l'Institution de la Fête Dieu, avec la Vie des bienheureuses Julienne et Eve, toutes deux originaires de Liège. A Liège, chez F. A. BARCHON et J. JACOB, 1746, in-4°, orné de quantités de tailles-douces , de Jos. et Jac. KLAUBER, pp. 316 et CXI, sans les limin.

Histoire de l'Institution de la Fête-Dieu, avec la Vie des bienheureuses Julienne et Eve qui en furent les premières promulgatrices , suivie de l'abrégé historique de l'institution des illustres Confréries de l'Adoration perpétuelle de l'Auguste Sacrement des Autels et surtout de celle érigée dans l'insigne Eglise primaire de Saint-Martin à Liège en 1765. Par le R. P. BERTHOLET D. L. C. D. J. Troisième édition revue, annotée, et ornée de 17 gravures conformes à celles de l'édition originale. Liège, Félix OUDART, Imprimeur-Editeur. MDCCCXLVI , gr. in-8°, pp. 144-xxiv.
Cet ouvrage a été traduit en Allemand : BERTHOLET , Geschichte der Einsetzung des Frohnleichnamsfestes mit dem Leben der glückseligen Juliana und Eva, die dessen erste Beförderinnen waren. Uebersetzt von J. L. BECQUÊRAY. 5 Auflage. Coblenz, Hölscher, 1847, pp. LXI-236 , avec 6 grav.

3. Oraison funèbre de Sa Majesté l'Impératrice mère Elisabeth Christine, née Duchesse de Brunswick-Wolffenbuftel, etc, composée et prononcée en latin, par le R. Père Jacques de LAET, de la Compagnie de Jésus , et traduite du latin en françois par le R. P. Jean BERTHOLET de la même Compagnie. A Bruxelles , chez George FRICX, 1757, in-4° , pp. 28.

I. Histoire de l'Eglise et de la principauté de Liège , 1749 , in-fol. MS. de la Bibl. de l'Université de Liège.
On lit en tête de ce livre : « Les réviseurs ont rejeté ce livre à la révision, tant ceux de la Province Gallo-Belgique que ceux de la Flandre Belgique , où l'auteur, autorisé par N. R. P. Général s'était adressé. (Signé) « J. B. de MARNE , Collegii Leodiensis vice rector. »

IL Vies des Saints des Pays-Bas, selon l'ordre du Martyrologe Belgique, où sont rapportées les fondations des évêchés , des églises collégiales , des abbayes , des monastères et des couvents des différents ordres religieux , soit d'hommes, soit de femmes MS. in-fol., 2 vol., le 1" se trouve à la Bibl. du Séminaire, et le 2d dans celle de l'Université de Liège.

III. La Vie des Saintes des Pays-Bas, ou les femmes illustres de l'Eglise, 1747 , MS. in-fol., à la Bibl. de l'Université de Liège. Le MS. original est de 635 pages.

IV. Abrégé de l'histoire ecclésiastique et civile du Duché de Luxembourg et du Comté de Chiny. MS. in-fol., appartenant à M. LAVALLEYE, professeur à Liège. GOETHALS, Lectures , III.

mardi 4 août 2009

BERTHOLET.

(publié dans « Lectures relatives à l’histoire des sciences, des arts, des lettres, des mœurs et de la politique en Belgique, et dans les pays limitrophes » T. III, Bruxelles 1838, pp.221-227)

BERTHOLET ( Jean), historien, naquit à Vieil-Salm, bourg de la province de Liège, le 30 décembre 1688.

Dès qu'il fut en âge de fréquenter un collège avec fruit, ses parents l'envoyèrent à Luxembourg où il fit son cours d'humanités et sa philosophie sous la conduite des jésuites.

Ayant pris la résolution d'embrasser leur institut, BERTHOLET se rendit au collège de Tournay, où il commença son noviciat le 8 octobre 1708.

Après ses premiers vœux et son année de répétition, il fut chargé, selon la coutume, de régenter les basses classes, et il remplit ces fonctions l'espace de sept ans à Tournay et ailleurs.

Il commença à Douai son cours de théologie qu'il acheva à Paris : ayant été ordonné prêtre, il se lia à la Société de Jésus par la profession solennelle des quatre vœux. Cette cérémonie eut lieu à Armentières, le 2 février 1723.

La prédication lui fut principalement recommandée par ses supérieurs ; il s'en occupa pendant quatorze années avec le plus grand zèle. Il parcourut toutes les villes et les communes de la province Gallo-Belgique. L'activité de sa vie empêcha qu'on vit les défauts de son caractère.

Enfin sa santé ne pouvant plus soutenir cette fatigue, il abandonna la chaire et se voua , du consentement de ses supérieurs, à la composition de divers ouvrages historiques. L'histoire ancienne de la province du Luxembourg semblait l'intéresser le plus. Il étudia tour à tour les P. P. CATROU , ROUILLÉ , LONGUEVAL et l'abbé FLEURY qu'il avait choisis pour ses modèles.

L'auteur n'étant pas d'accord avec ses supérieurs , au sujet de la publication de son ouvrage, et l'étant encore moins avec ses imprimeurs et ses graveurs , il se créa beaucoup de difficultés désagréables pour lui- même, et nuisibles au succès de son livre. Changeant souvent d'imprimeur et de relieur, il laissa à chacun d'eux une partie de sa publication en paiement de ce qu'il leur devait. Ce fut dans cette circonstance que son caractère parut dans tout son jour. Tout le monde fut convaincu que le père BERTHOLET était un drôle de corps , un original. Pour ne pas devoir s'adresser à ses supérieurs, il avait emprunté à tous ses collègues de toute la province Wallonne , la petite somme de leurs épargnes. Mais toutes ces sommes réunies ne pouvaient couvrir les dépenses incessantes d'une publication aussi longue que celle de l'histoire du Luxembourg. Il en résulta qu'on eut la plus grande peine à fournir aux derniers souscripteurs un exemplaire complet. « Il faut vous dire », écrivit le père MARESCHAL à un de ses amis de Bruxelles, le 31 mai 1767, « que l'entêtement de l ' auteur a été cause de la dispersion des différents volumes de son histoire. Il s'est obstiné à imprimer sans avoir les fonds nécessaires, et a emprunté de nos collègues ou des étrangers de quoi fournir aux frais les plus pressants. Outre cela, il a eu des difficultés avec son papetier, son imprimeur, son graveur et différents relieurs, ce qui l'a obligé à, envoyer aux uns une partie de ses volumes à mesure qu'ils sortaient de la presse, pour les apaiser; et que d'autres ont saisi d'autres parties pour s'assurer de leur dû. »

Il résulte clairement de cet exposé que l'administration de Marie-Thérèse n'a pu avoir la moindre influence sur l'esprit ou les goûts de Jean BERTHOLET. M. De REIFFENBERG, en insinuant l'opinion contraire à la page 47 de sa fameuse « Introduction », a donc commis une erreur grave. Mais ce qui est plus fort, c'est que le père BERTHOLET a passé la majeure partie de sa vie hors de la Belgique, et que la plupart de ses travaux historiques ont été élaborés avant sa retraite à Liège et avant le règne de Marie-Thérèse. Il est d'ailleurs difficile de comprendre comment les lois de cette souveraine auraient pu avoir de l'influence sur la Société de Jésus, à Liège.

La volumineuse histoire du Luxembourg ne fut pas la seule publication de l'auteur. Mais toutes lui attirèrent des critiques assez violentes dont les mauvais effets rejaillissaient jusque sur l'ordre des jésuites. Ses supérieurs crurent qu'il était de leur intérêt comme de leur honneur d'y mettre un terme.

La mort l'arracha de ses travaux historiques à Liège, le 26 février 1755, à l'âge de 67 ans.

Nous devons au père Jean BERTHOLET, les ouvrages suivants :

  • 1° « Histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg et du comté de Chiny », Luxembourg, 1741-1743,8 vol. in-4°. Cet ouvrage, vivement critiqué dès son apparition, n'a pas eu de succès. M. DEWEZ, en résumant toutes ces critiques, accuse l'auteur d'avoir entassé sans goût comme sans méthode , tous les miracles ridicules dont sont remplies les vieilles légendes. Voici le jugement du célèbre évêque Hontheim sur le même livre : « Licèt quàm pluribus rebus exteris, ad universalem magis quàm ad particularem historiam pertinentibus nos gravaverit auctor, atque in super regulis critices se modicè admodùm tînctum probaverit ; in eo tamen illi debitores sumus, quôd ex Luxemburgensi principali archivo (quod eipatuit) probatiouum loco complures cartas aliaque non contemnenda monumenta ediderit, ad res harum partium, signanter verô ad monasticen superioris Archidiœcesis, apprimé facientia. » Cette critique est judicieuse ; elle n'est pas entachée de la dédaigneuse philosophie de M. DEWEZ.

On voit que BERTHOLET a été égaré par ses modèles les pères CATROU et ROUILLÉ. Je suis loin de vouloir me mettre en opposition avec tout le monde, mais je suis convaincu qu'il est souvent difficile de faire mieux que celui qu'on hasarde de critiquer. BERTHOLET fut accusé par son frère, le père Michel SIMON, plus connu sous le nom de KHALEN, d'avoir copié les mémoires de M. PIERRET, qu'il aurait eus du baron de MARCHANT D'ANSEBOURG. Un capucin se mit aussi de la partie, et ce religieux fut plus laborieux et plus actif que le père KHALEN. Enfin l'ouvrage de J. BERTHOLET occasionna une espèce de soulèvement dans la république des lettres. On lui attribue à tort un opuscule qui au contraire a été publié contre lui, comme l'indique suffisamment le titre que voici : « L'Ancienne tradition d'Arlon, injustement attaquée par le P. BERTHOLET, jésuite ; mais justement défendue par la ville d'Arlon et le magistrat d'Arlon », Luxembourg, 1744, in-8°.

  • 2e « Histoire de l'institution de la Fête-Dieu, avec la Vie. des bienheureuses Julienne et Eve, toutes deux originaires de Liège », Liège, 1746, in-4°. Ce livre, orné de quantité de tailles-douces, est dédié au prince-évêque Jean-Théodore de BAVIÈRE. L'auteur y a inséré beaucoup de hors-d'œuvre comme dans ses autres compositions. D'ailleurs il n'écrit pas avec la simplicité que demande l'histoire. On est autorisé à présumer que tout ce volume est le résultat d'un sermon prononcé par le père BERTHOLET à Saint-Martin-en-Mont.
  • 3° « Oraison funèbre de S. M. l'Impératrice-mère Elisabeth-Christine, née duchesse de Brunswick Wolffenbuttel, etc., composée en latin par le R. P. Jacques De LAET, de la comp. de Jésus, et traduite du latin en français par le R. P., etc. », Bruxelles, 1751, in-4°.

  • 4° « Histoire de l'église et de la principauté de Liège », 1749, manusc. in-fol. de la Bibliothèque de l'Université de Liège. On lit en tête de ce livre : « Les réviseurs ont rejeté ce livre à la révision, tant ceux de la province Gallo-Belgique que ceux de la Flandre-Belgique, où l'auteur, autorisé par N. R. P. Général, s'était adressé. Signé : J. - B. De Marne, collegii Leodiensis vice rector ».

  • 5° « Vies des Saints des Pays-Bas, selon l'ordre du Martyrologe Belgique, où sont rapportées les fondations des évêchés, des églises collégiales, des abbayes, des monastères et des couvents des différents ordres religieux, soit d'hommes, soit de femmes », manusc. en 2 vol. in- fol., qui est probablement celui désigné par la Commission d'histoire, sous le titre de : « Histoire ecclésiastique des Pays-Bas, y compris le Martyrologe Belgique », dont le premier volume se trouve à la Bibliothèque du séminaire, et le second dans celle de l'Université de Liège.

  • 6° « La Vie des Saintes des Pays-Bas, ou les femmes illustres dans l'Église », 1747, in-fol. Ce manuscrit ne se trouve pas sur la liste des ouvrages du père BERTHOLET, dressée par un de ses confrères de Liège après sa mort; il est comme le précédent, à la Bibliothèque de Liège.

  • 7° « Abrégé de l'histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg et du comté de Chiny », in-fol. Le manuscrit original de 635 appartient à M. LAVALLEYE, professeur à l'Université de Liège.

Félix-Victor GOETHALS

lundi 3 août 2009

Un enfant de Vielsalm, Jean BERTHOLET.

(publié dans L’Annonce de Vielsalm, le 16 septembre 1951)

Un oublié ?

Au cours des derniers mois, à plusieurs reprises et notamment dans ce journal, la suggestion a été faite de dédier certaines rues de Vielsalm à des personnalités issues de la localité.
À ce propos, le nom de BERTHOLET a été présenté.
Et l’on s’est demandé quel était ce personnage qui serait donc issu de la terre salmienne, et dont le souvenir n’y est guère resté vivant.
Serait-il vraiment un oublié ?
Poser la question, c’est déjà dissiper un peu cet oubli, et peut-être rendre déjà à sa mémoire un hommage qu’elle mérite.
Car BERTHOLET, Jean BERTHOLET, le Révérend Père BERTHOLET, est bien de Vielsalm, et sa laborieuse et féconde existence pourrait, dans sa localité d’origine, trouver un souvenir plus conscient et plus fier.
Pour répondre à un désir qui nous a été exprimé, les lignes suivantes voudraient éclairer davantage la figure de ce savant religieux et aider à le faire mieux connaître dans son pays natal.

Une ancienne famille.

C’est bien le 30 décembre 1688 qu’est né à Vielsalm, Jean BERTHOLET, fils de Paul BERTHOLET et de Lucie WIROTTE.
La famille est ancienne dans la région.
On y relève le nom de « Bertholet, marischal de la Vieille Saulme » au début du XVIIe siècle. Après les tristes années et la misère de la guerre de trente ans, la famille BERTHOLET subsiste à Vielsalm. À ce moment, Michel BERTHOLET et Jean BERTHOLET, chefs de ménage, y exercent la profession de forgeron. Jean sera le grand-père du futur Jésuite.
La famille maternelle, celle des WIROTTE, n’est pas moins bien établie dans le pays. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, elle est présente à Priesmont avec Henry WIROTTE.
Les WIROTTE de Priesmont sont probablement apparentés aux WIROTTE de Goronne où ce nom de famille existe déjà en 1472.


C’est de Priesmont que viendra Lucie WIROTTE pour s’unir à Paul BERTHOLET de Vielsalm.
La famille WIROTTE de Priesmont occupait, dans ce coquet hameau, une des trois maisons existantes à la fin du seizième siècle. Priesmont est ancien, peut-être plus que Vielsalm.
Le site est d’ailleurs favorable à un habitat, offrant une belle exposition au soleil, une eau potable abondante, du terrain à volonté tout proche, un vaste panorama.
Les WIROTTE d’avant 1600 y voisinaient avec la famille de Jean PIEROTTE, et avec celle de Jean, époux d’Elisabeth, dont la maison reste aujourd’hui encore comme partie d’un groupe de bâtiments.
Quant à celle des WIROTTE, remise à neuf et amplifiée au début du dix-huitième siècle – le linteau de la porte est daté de 1723 – elle accuse, à l’heure actuelle encore, une personnalité imposante bien marquée ; c’est la demeure qu’occupent les familles BELGE-DANTINE et BURTON-LAURENT. Une maison de notabilités jusqu’à la fin de l’ancien régime.

Au service de la région.

Sans doute, comme les familles de ce temps-là, les WIROTTE et les BERTHOLET étaient de rudes ouvriers, vivant surtout du travail de la terre, sur leur propre bien, ou d’un métier artisanal.
Mais leur pensée et leur ambition se montrent plus larges que le dur labeur pour la subsistance quotidienne. Elles se manifestent, à vrai dire, une âme d’élite. On voit ces deux familles rechercher la fonction publique, au service de leur région ; et ce goût de la chose publique, et du service se continue et se multiplie au cours de plusieurs générations.
Ainsi, Henry WIROTTE cité plus haut est haut forestier du comté de Salm, ainsi que son fils Georges. Son petit-fils, Mathieu WIROTTE, grand-père de Jean BERTHOLET, est prévôt du comté, Jean WIROTTE, frère de Lucie et oncle du futur Jésuite, est échevin à la Haute Cour de Justice. On verra enfin, dans la première moitié du dix-huitième siècle, Henry WIROTTE comme Haut officier du Comté.
Quant à la famille WIROTTE de Goronne, d’elle, viendront Jean WIROTTE, échevin et greffier de la Haute Cour de Stavelot, et son frère Georges, établi à Vielsalm, clerc juré du comté au début du dix-septième. Philippe, le fils de Georges, sera lui aussi échevin, tandis que son frère, du nom de Georges également, deviendra prêtre.
La famille BERTHOLET témoigne du même esprit : Michel JACOB, de Priesmont, qui épousa Catherine BERTHOLET, sœur du futur historien, devient mayeur de Salm. Michel BERTHOLET, de Vielsalm, est échevin au XVIIIe siècle ; et Sébastien HONVLÉ, second mari de Lucie WIROTTE, restera, durant combien d’années, échevin féodal.
C’est dans cette atmosphère que grandit le fils de Paul BERTHOLET et de Lucie WIROTTE. Comment n’y aurait-il pas trouvé le désir d’une généreuse vie et d’une belle vocation !

Les jeunes années…

De Jean BERTHOLET s’écoulèrent selon l’austère vie de l’époque. Les BERTHOLET et les WIROTTE vivant en ordre principal et direct de l’agriculture. Jean a dû certainement participer au travail du sol.
D’autre part, le malheur entra dans la famille. Le père, Paul BERTHOLET, vint à mourir, laissant trois enfants en bas-âge.
Après quelques années de veuvage, Lucie WIROTTE se refit un foyer en épousant en secondes noces Sébastien HONVLÉ.
On imagine un peu le jeune Jean dans le cadre du moment, au sein du si charmant site, hélas ! à jamais anéanti aujourd’hui, allant du Tiennemesse à Priesmont, dévalant sous l’église vers le « pont de la vallée » jeté sur la fraîche rivière venant de Vifsâm, ou grimpant par « les roches » vers Priesmont, tandis qu’à deux pas, sous la place du « vieux château », tournait le moulin banal alimenté par le Glain.
Les débuts du savoir, Jean les acquit sans doute, selon l’usage, à l’école tenue par le clergé local. Il se sentit appelé à l’état religieux et attiré par la Compagnie de Jésus. Il fit ses études d’humanités et de philosophie au collège des Jésuites à Luxembourg, puis il entra au noviciat de cet ordre à Tournai.
Mais les études, alors déjà, étaient coûteuses, Sébastien HONVLÉ fit des avances au jeune étudiant, assurant son entretien et sa pension annuelle. De son côté, Jean ne voulut pas imposer à son beau-père de trop lourdes charges ; par acte passé devant le notaire MEURICE de Vielsalm le 28 septembre 1708, l’étudiant lui abandonnait ses biens provenant de ses parents, moyennant quoi le dit HONVLÉ s’obligeait à donner deux cents écus pour payer les deux années de noviciat à Tournai.
Il acheva ensuite ses études à Douai et Paris.

Historien.

Jean BERTHOLET est devenu le Révérend Père BERTHOLET, Jésuite, ayant prononcé ses vœux à Armentières le 2 février 1723.
Il s’adonna d’abord, durant quinze années, à la prédication. Existence fatigante qui affaiblit sa santé. Ses supérieurs le chargèrent alors des fonctions de professeur, à Luxembourg puis à Namur.
C’est à cette période de sa vie que les Etats du Luxembourg le choisirent pour composer « l’Histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg et comté de Chiny ». il fallait, pour mériter un tel choix, qu’il s’imposât par une valeur peu commune.
Le travail qu’il entreprit de la sorte était considérable, puisqu’il ne comportera pas moins de huit volumes, publiés de 1741 à 1743.
C’est précisément cette œuvre qui allait lui valoir sa réputation, celle d’historien.

Il aborda cette tâche avec joie et diligence, déclara-t-il lui même, sous les auspices de S.M. l’Impératrice et Reine.
L’œuvre, pourtant, valut à son auteur d’amers déboires. La guerre allumée durant la composition et l’impression dérangea les projets. L’écrivain dut contracter des dettes onéreuses. Pour y satisfaire, il se vit obligé de laisser vendre une partie de sa bibliothèque les 4 et 5 mai 1747. En 1751, encore, les héritiers de l’imprimeur le poursuivaient.
BERTHOLET parle même des « injures grossières vomies » contre lui par Pierre BOURGEOIS, fournisseur du papier nécessaire à l’édition.
Faisant suite à sa requête, les Etats du Luxembourg décidèrent de l’aider en lui remettant une somme de 2 216 florins 16 sols.
L’ « Histoire ecclésiastique et civile du Luxembourg » de BERTHOLET a été sujette à critiques.
Toutefois, à l’époque de sa composition, elle a marqué des progrès très sensibles par rapport aux travaux antérieurs sur le même sujet.
L’œuvre est vieillie, certes, mais toujours digne de respect.

Après une existence laborieuse, Jean BERTHOLET est décédé le 26 février 1755 à Liège où il s’était retiré.
Cette ville lui a dédié une de ses rues.
Vielsalm ne pourrait-il s’inspirer de cet exemple ?
À une époque où l’enseignement de l’histoire s’appuie sur la notion d’éléments locaux, ce serait par là maintenir vivant, au pays de Salm, pour les générations qui montent, un grand et noble souvenir.

Gaston REMACLE

Ndlr :
1) Cet article améliore et corrige « Vielsalm gardera-t-il vivant le souvenir de Jean Bertholet ? », publié en 1949.
2) Sur la jeunesse de Jean BERTHOLET et ses rapports avec son beau-père, voir G. BENOIT Apports concernant la vie de Jean Bertholet, dans G.S.H.A. n°55, 2001, pp.18-24.

vendredi 24 juillet 2009

Vielsalm gardera-t-il vivant le souvenir de Jean BERTHOLET ?

(publié dans L’Avenir du Luxembourg, le 25 mai 1949)

Un oublié ?

En effet, ne l’était-il pas un peu, oublié à Vielsalm, ce Père BERTHOLET, issu de la capitale du pays de Salm ? Depuis plus de deux siècles, on ne s’en souvient plus guère.

La ville de Liège, qui a enregistré son décès, lui a gardé un souvenir plus fidèle puisqu’elle lui a dédié une rue.

Le Syndicat d’Initiative de Vielsalm avait édité, l’an dernier, un dépliant au dos duquel un texte rappelle brièvement le souvenir du réputé Jésuite.

L’avait-on remarqué ? Toujours est-il qu’une coquille – heureuse peut-être – vieillissant Jean BERTHOLET d’une vingtaine d’années, a retenu l’attention, provoqué des réflexions, suscité un intérêt, envers cette figure de la terre salmienne. Et voilà, déjà un peu davantage dissipé, l’oubli dans lequel restait le savant religieux dans son pays natal.
Peut-être pourrait-on y ajouter les quelques notes suivantes, afin d’éclairer davantage la figure de l’éminent historien ?

Une ancienne famille.

C’est bien le 30 décembre 1688 qu’est né à Vielsalm, Jean BERTHOLET, fils de Paul BERTHOLET et de Lucie WIROTTE.

La famille est ancienne dans la région.

On y relève le nom de BERTHOLET au début du XVIIe siècle. Après les tristes années et la misère de la guerre de trente ans, la famille BERTHOLET subsiste à Vielsalm. En 1659, Michel BERTHOLET et Jean BERTHOLET, chefs de ménage, y exercent la profession de maréchal ; l’un d’eux sera le grand-père du futur Jésuite.

La famille maternelle, celle des WIROTTE, n’est pas moins bien établie dans le pays. En 1472 déjà, un recensement la mentionne à Goronne. À la fin du seizième siècle, elle apparaît come présente à Priesmont avec Mathieu Jean WIROTTE. C’est de Priesmont que viendra Lucie WIROTTE pour s’unir à Paul BERTHOLET de Vielsalm.
La famille WIROTTE de Priesmont occupait, dans ce coquet hameau, une des deux maisons existantes à la fin du seizième siècle. Priesmont est ancien, peut-être plus que Vielsalm.
Le site, d’ailleurs, est favorable à un habitat, offrant une belle exposition du soleil, une eau potable abondante. Un panorama vaste, et de la proximité d’un fort vieux chemin. Les WIROTTE d’avant 1600 y voisinaient avec la famille de Jean, époux d’Elisabeth, dont la maison reste aujourd’hui encore partie d’un groupe de bâtiments.
Quant à celle des WIROTTE, remise à neuf et amplifiée au début du dix-huitième siècle – le linteau de la porte est daté de 1723 – elle accuse encore, à l’heure actuelle, une personnalité imposante bien marquée : c’est la demeure qu’occupent les familles BELGE-DANTINE et BURTON-LAURENT. Une maison de notabilités jusqu’à la fin de l’ancien régime.

Au service de la région.

Sans doute, comme les familles de ce temps-là, les WIROTTE et les BERTHOLET étaient de rudes ouvriers, vivant surtout du travail de la terre, sur leur propre bien, ou d’un métier artisanal.
Mais leur pensée et leur ambition se montrent plus larges que le dur labeur pour la subsistance quotidienne. Elles se manifestent, à vrai dire, une âme d’élite. On voit ces deux familles rechercher la fonction publique, au service de leur région ; et ce goût de la chose publique, et du service se continue, se multiplie au cours de plusieurs générations.
Ainsi, Georges WIROTTE de Priesmont est clerc juré du Comté de Salm au début du dix-septième siècle. Quelques années plus tard, Mathieu WIROTTE de Priesmont est prévôt du Comté. Philippe WIROTTE est échevin de la Cour de Justice à la fin du dix-septième siècle. Également, Jean WIROTTE, frère de Lucie WIROTTE et oncle du futur Jésuite. On verra enfin, dans la première moitié du dix-huitième siècle, Henry WIROTTE comme Haut officier du Comté.

La famille BERTHOLET témoigne du même esprit, Michel JACOB, de Priesmont, qui épousa Catherine BERTHOLET, sœur du futur historien, devient mayeur de Salm. Michel BERTHOLET, de Vielsalm, est échevin au début du XVIIIe siècle ; et Sébastien HONVLÉ, second mari de Lucie WIROTTE, restera, durant combien d’années, échevin féodal.
C’est dans cette atmosphère que grandit le fils de Paul BERTHOLET et de Lucie WIROTTE. Comment n’y aurait-il pas trouvé le désir d’une généreuse vie et d’une belle vocation !

Les jeunes années…

de Jean BERTHOLET s’écoulèrent selon l’austère vie de l’époque. Les BERTHOLET et les WIROTTE vivant en ordre principal et direct de l’agriculture. Jean a dû certainement participer au travail du sol.

D’autre part, le malheur entra dans la famille. Le père, Paul BERTHOLET, vint à mourir, laissant trois enfants en bas-âge.

Après quelques années de veuvage, Lucie WIROTTE se refit un foyer en épousant en secondes noces Sébastien HONVLÉ.

On imagine u peu le jeune Jean dans le cadre du moment, au sein du si charmant site, hélas ! à jamais anéanti aujourd’hui, allant du Tiennemesse à Priesmont, dévalant sous l’église vers le « pont de la vallée » jeté sur la fraîche rivière venant de Vifsâm, ou grimpant par « les roches » vers Priesmont, tandis qu’à deux pas, sous la place du « vieux château », tournait le moulin banal alimenté par le Glain.

Les débuts du savoir, Jean les acquit sans doute, selon l’usage, à l’école tenue par le clergé local. Il se sentit appelé à l’état religieux et attiré par la Compagnie de Jésus. Mais les études, alors déjà, étaient coûteuses, Sébastien HONVLÉ fit des avances au jeune étudiant, assurant son entretien et sa pension annuelle. De son côté, Jean ne voulut pas imposer à son beau-père de trop lourdes charges ; par acte passé devant le notaire MEURICE de Vielsalm le 28 septembre 1708, l’étudiant lui abandonnait ses biens provenant de ses parents, moyennant quoi le dit HONVLÉ s’obligeait à donner deux cents écus pour payer les deux années de noviciat à Tournai.

Historien

Jean BERTHOLET est devenu le R.P. BERTHOLET, Jésuite.
Il fallait qu’il s’imposât par une valeur peu commune pour être choisi par les Etats du Luxembourg afin de composer l’Histoire ecclésiastique et civile de la province. Travail considérable, puisqu’il ne comporte pas moins de huit volumes, publiés de 1741 à 1743. L’historien l’entreprît, avec joie et avec diligence, déclare-t-il lui même, sous les auspices de S.M. l’Impératrice et reine.
L’œuvre, pourtant, valut à son auteur d’amers déboires. La guerre allumée durant la composition et l’impression dérangea les projets. L’écrivain dut contracter des dettes onéreuses. Pour y satisfaire, il se vit obligé de laisser vendre une partie de sa bibliothèque les 4 et 5 mai 1747. En 1751, encore, les héritiers de l’imprimeur le poursuivaient.
BERTHOLET parle même des « injures, grossièretés et calomnies grossières vomies » contre lui par Pierre BOURGEOIS, fournisseur du papier nécessaire.
Faisant suite à sa requête, les Etats du Luxembourg décidèrent de l’aider en lui remettant une somme de 2 216 florins 16 sols.


Afin de raviver et perpétuer à Vielsalm le souvenir de Jean BERTHOLET, un collaborateur de l’ « Avenir » a, dernièrement, suggéré de voir dédier à l’historien du Luxembourg, une rue de sa localité natale.
La suggestion est heureuse ; il ne semble pas bien malaisé de la réaliser sans rien sacrifier du folklore de la localité. Oserait-on l’espérer ?

À une époque où l’enseignement de l’histoire s’appuie sur la notion d’éléments locaux, ce serait par là maintenir vivant au pays de Salm, pour les générations qui montent, un grand et noble souvenir.

Gaston REMACLE

Ndlr:

1) G. REMACLE donne en note: Décédé le 25 février 1755 à Liège.

2) Des articles ultérieurs de G. REMACLE rectifièrent quelques données inexactes de cet article. (sur Georges WIROTTE, le nombre de maisons à Priesmont)

3) Sur la jeunesse de Jean BERTHOLET et ses rapports avec son beau-père, voir G. BENOIT Apports concernant la vie de Jean Bertholet, dans G.S.H.A. n°55, 2001, pp.18-24.