vendredi 4 avril 2014
Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps
mercredi 10 juillet 2013
PARTICIPATION DE LA COMMUNE DE VIELSALM à l’opération « RENDEZ-VOUS SUR LES SENTIERS 2013»
mercredi 9 septembre 2009
Au pays de Salm. Le chemin des carrosses.
Des carrosses ?
Comment parler de carrosses en notre siècle de vitesse ? D’un chemin des carrosses ?
Et l’on pense tout de suite à ces équipages de luxe, passant au trot de coursiers nerveux, piaffants…
Il s’agit ici d’un vieux chemin, aujourd’hui presque oublié, mais toujours bien marqué au sol.
Ah ! s’il pouvait parler, que d’histoires pleines d’intérêt il pourrait nous conter ! Tout un long passé, plein de vie, revivrait devant nos imaginations.
Ce vieux chemin a fait l’objet d’une étude qui vient de paraître dans le bulletin « Folklore de Stavelot-Malmédy ». l’auteur de ce travail ? Un grand ami du passé de notre région, qui, toute sa vie, s’est efforcé de l’étudier avec amour : M. l’abbé GUILLAUME, curé émérite de Burtonville, décédé hélas ! lors des événements tragiques de l’offensive des Ardennes. C’est à l’occasion de la publication de son travail que nous parlons ici du chemin des carrosses.
Notre vieux chemin se situe à l’extrémité Est du pays de Salm. Durant combien de siècles, il a servi de communication entre Stavelot et Luxembourg !
Nous estimons même, pour notre part, qu’il n’est autre qu’un diverticule gallo-romain, se raccordant à la chaussée romaine Reims-Cologne. Il faisait partie, pensons-nous, de tout un réseau de voies couvrant la région à cette époque, et qu’il serait intéressant de décrire un jour.
C’est entre le hameau de Poteau et son arrivée sur le territoire de la commune de Wanne que le chemin porte le nom de « chemin des carrosses ». les habitants de Petit-Thier, proches, le savent bien.
Mais on le désignait aussi sous le nom de « grand chemin ». et vraiment, il avait grande allure, avec sa largeur moyenne de huit à dix mètres.
« Chemin des frontières », dit-on encore. L’appellation est étrange ? Non pas. D’abord, sous l’ancien Régime, il a marqué la limite entre le comté de Salm et la Seigneurie de St-Vith. D’autre part, après le traité des limites, acte final du Congrès de Vienne, signé le 26 juin 1816, les Pays-Bas et la Prusse eurent comme délimitation ce qui séparait Salm et St-Vith, c’est-à-dire notre antique voie de communication. Il fut alors jalonné de bornes en pierre castaine dont plusieurs s’y trouvent encore.
Une autre appellation encore siérait à merveille, fait remarquer M. l’abbé GUILLAUME, à notre vieux chemin. Celle de frontière linguistique. Car, en fait, sur la plus grande partie de son tracé, il sépare l’un de l’autre, le parler wallon et l’allemand.
Sur son parcours, aucune localité importante. Mais il est jalonné toutefois d’une série de demeures surgies peu à peu. Certaines sont disparues depuis un siècle.
Citons-en l’endroit, en partant de Stavelot : Somagne ; Li Bûtay ; Belle-femme ; Mohiprez ; A mon Mâfat ; A mon l’gros ; Poteau ; Malès-pîres ; Les Essers ; A mon Cretels ; Baraque de Beho ; Schmieden.
… Au cours du prochain été, par une journée de soleil, allez rendre visite au vieux chemin des carrosses, et le laisser un instant entraîner vos pas. Dans l’air vif de la forêt, ce sera une promenade exquise, tonifiante pour le corps et pour l’âme.
Et le charme du riche et rude passé de chez nous réchauffera votre cœur.
Gaston REMACLE
mardi 18 août 2009
Vielsalm et ses environs, un peu d’histoire.
Le territoire des environs de Vielsalm est habité depuis longtemps. À la période néolithique déjà, des hommes y résidaient, comme le révèlent des signes indubitables de leur présence, découverts notamment près de Bihain.
Les Celtes de l’âge du fer, à leur tour, y ont laissé des vestiges d’une activité fort intense. Ils ont procédé au délavage de terres aurifères le long de plusieurs ruisseaux, sur une étendue de trente kilomètres allant du plateau des Tailles à la haute Amblève. Ils ont édifié un camps de refuge ou enceinte fortifiée au Gros-Thier. Ils ont exploité des carrières et fabriqué en quantité des meules à broyer le grain. Ils ont confié au sol bien des tombes dont plusieurs nous ont révélé leur secret. Ils ont enrichi la toponymie de termes parmi lesquels ceux de Glain et de Salm.
Avec l’occupation romaine, les traces de l’activité humaine se multiplient. À ce moment, se crée tout un réseau de chemins secondaires parcourant le pays de Salm ; ils se rattachent à la grande voie Reims-Cologne passant près d’Oderhange ou joignent des centres habités, Langlire, Lierneux, Stavelot, etc. Le schiste ardoisier de Cahay est exploité. Un commerce de meules de moulin en arkose, de type circulaire, s’établit. Des grands domaines ou villas se constituent comme dans toute l’Ardenne, on les retrouvera à l’époque franque et plus tard : Cherain, Lierneux, Glain, Halleux, etc.
Vers 648, le roi des Francs Sigebert III notifie la fondation des monastères de Stavelot et de Malmedy dans sa forêt d’Ardenne, et concède à l’abbé Remacle une étendue de 12 milles, soit environ 30 km. Dans le circuit des deux monastères.
Les environs de Vielsalm étaient donc compris dans ce territoire ; ils le resteront jusqu’en 670, lorsque le ruisseau d’Ennal sera choisi pour limite sud des terres de Stavelot.
L’arrivée des moines à Stavelot influença fortement la vie de notre région, particulièrement par la création de plusieurs paroisses régionales, Lierneux, Cherain, Bihain, Glain, et celle qui sera plus tard paroisse de Salm.
Vers l’an mille, des seigneurs se rattachant à la famille de LUXEMBOURG, venant de l’est, s’installèrent dans le pays. Ils prirent le nom de SALM – celui du ruisseau rongeant le pied de la forteresse qu’ils édifièrent. Celle-ci s’éleva en face de l’endroit qu’occupe actuellement l’église de Vielsalm.
Toutefois, au début du XIVe siècle, elle fut abandonnée au profit d’une nouvelle, édifiée à 3 km. vers le sud, et dont les ruines subsistent près de Salmchâteau.
Le comté de Salm ainsi créé, inféodé au comté puis duché de Luxembourg, devait durer près de huit siècles, jusqu’au décret du 9 vendémiaire an IV annexant la Belgique à la France. Après quelques agrandissements périphériques, il comprenait une quarantaine de villages ou hameaux et environ 500 ménages en 1659. Le territoire de l’actuelle commune de Vielsalm constituait la partie centrale de ce comté.
Le premier comte de Salm est Gislebert, cité pour la première fois en 1034/1035, arrière petit-fils de Sigefroid fondateur de la maison de Luxembourg. Ses successeurs sont les suivants : Gislebert II, mort entre 1056 et 1059 ; Herman I ; Herman II, comte de 1095 à 1135. Puis Henri I ; le fils de ce dernier, Henri également, abandonna Salm-en-Ardenne, pour fonder Salm-en-Vosges, à sa sœur Elise qui épousa Frédéric de VIANDEN, celui-ci devenant par là comte de Salm vers 1163.
Après Frédéric, nous avons Guillaume I, Henri II vers 1210, Henri III de 1245 à 1257, Guillaume II, Guillaume III vers 1295, Henri IV, Henri V, Henri VI de 1314 à 1359, Henri VII décédé vers 1415.
Le fils unique de ce dernier étant mort à la bataille d’Othée en 1408, Henri VII désigna pour son héritier un proche parent, Jean VI de REIFFERSCHEIDT, tige des comtes de SALM-REIFFERSCHEIDT. Jusqu’à la fin de l’ancien régime, ceux-ci administrèrent leur comté, directement d’abord, puis par l’intermédiaire d’un haut officier.
Le dernier comte de Salm fut Charles-Joseph de SALM-REIFFERSCHEIDT, comte depuis le 13 novembre 1782, Maréchal héréditaire de l’Electorat de Cologne, Chambellan de Sa Majesté impériale et royale.
Les comtes de Salm portaient des armoiries parlantes, caractérisées par deux saumons adossés. L’écu de SALM-EN-ARDENNE présentait les deux poissons de gueules sur champ d’argent, celui des SALM-EN-VOSGES les montrait d’argent sur champ de gueules. C’est l’écu des SALM-EN-ARDENNE qui figure dans les armoiries actuelles des communes de Vielsalm et de Grand-Halleux.
Sous l’ancien régime, l’agriculture surtout constituait la base des ressources de la région. Quant aux carrières, il a fallu la fin du XVIIIe siècle pour les voir prendre une activité un peu sensible.
Avec cinquante années de guerre, le XVIIe siècle fut vraiment ici, comme dans tout le Luxembourg, un siècle de malheur. Peste, passage des armées, pillages, fuites des populations, destruction du bétail, violences de toutes sortes, marquent cette dure période. Le pays était dévasté. Toutefois, le travail et le développement des relations amenèrent au siècle suivant un renouveau : l’agriculture prospère, l’activité commerciale se développe, la population augmente de façon notable, un plus grand sentiment de liberté se fait jour.
On vit bien, sous le régime français, l’ardeur de ce dernier. Car, en octobre 1798, Vielsalm et ses environs furent l’un des centres actifs de ce qu’on a appelé la guerre des paysans. Cette « résistance » dut céder, mais en apparence et devant la force brutale.
C’est à ce moment, par l’arrêté du 14 fructidor an III, que la localité de Vielsalm est devenue chef-lieu cantonal et l’est resté. Ce choix allait lui valoir des faveurs nouvelles par l’installation progressive des services administratifs.
La seconde moitié du XIX e siècle devait apporter des changements considérables dans la vie économique et sociale de la région. Le pays s’ouvre. La route de Sedan à Malmedy passe en 1846. La voie ferrée de Spa à Luxembourg est livrée au service public en 1867. Les chemins s’améliorent fortement. Désormais le pays de Salm se rattache de façon plus intime au vaste monde.
Notre région peut revendiquer plusieurs hommes distingués. Parmi les comtes de Salm, citons Gislebert 1er, qui devînt comte de Luxembourg ; son petit-fils Herman 1er fut élu roi de Germanie en opposition à Henri IV, en juillet 1081, couronné le 26 décembre suivant ; il infligea plusieurs défaites à ses adversaires. Vielsalm a vu naître, le 30 décembre 1688, Jean BERTHOLET, jésuite, historien réputé du duché de Luxembourg. Et sans parler ici des pionniers africains, signalons encore le sculpteur Henri-Joseph RUTXHIEL, né à Lierneux le 4 juin 1775, décédé à Paris en 1837 ; le musée du Louvre conserve plusieurs de ses œuvres.
Au cours des âges, les environs de Vielsalm ont subi bien des violences. Romains, Francs, Normands, féodaux, Bourguignons, Hollandais, Lorrains, Français, Autrichiens, Prussiens, Russes…, presque toute l’Europe y a passé.
L’homme de l’endroit a tout supporté, avec courage. La tornade apaisée, on l’a vu panser ses blessures, rebâtir sa demeure, reprendre le travail. Ici, toujours on s’est battu pour vivre.
Et ce sont les vertus engendrées sur cette terre d’authentique Ardenne que des pionniers sont allés porter au cœur de l’Afrique. Pour y rayonner notre civilisation.
Gaston REMACLE.
lundi 17 août 2009
Dans le passé du Pays de Salm.
Irons-nous aujourd’hui faire une petite incursion dans le passé du pays de Salm ?
Le cadre d’une tribune touristique peut bien l’autoriser, et nous permettre ainsi, à grands traits, de connaître mieux notre région, et partant, de l’aimer davantage.
On a tendance à ramener le passé du pays de Salm aux seuls siècles de l’existence du comté du même nom. Sans doute, c’est de cette époque que date la fortune du nom de Salm. Toutefois, l’histoire de la région présente des perspectives plus vastes, et elle offre des données qui nous éclairent bien au-delà de l’existence du comté de Salm.
Le pays est habité depuis longtemps. Des hommes de l’âge néolithique même y ont laissé des vestiges de leur existence. Les polissoirs en arkose amenés à Courtil-Bovigny par feu le Docteur LOMRY en témoignent ; recueillis aux environs de Salmchâteau, ils sont aujourd’hui encastrés dans le mur d’une ferme, comme une preuve permanente de la présence de l’homme préhistorique.
Que le promeneur n’oublie pas de les contempler au passage.
Moins antiques déjà, des peuplades de l’âge de fer nous ont laissé des traces fort marquantes et toujours visibles de leur séjour. Elles ont procédé à l’extraction de l’or le long de plusieurs ruisseaux, particulièrement de celui de Louxibou ; elles ont aussi fabriqué des meules à broyer le grain, notamment près de Salmchâteau et aménagé le retranchement dit « camp romain ». les tertres nombreux de gravier délavé qui nous restent, comme l’enceinte du refuge du Gros-Thier, attestent une vie fort intense. Et les termes mêmes de « Glain » et de « Salm » gardent le souvenir du langage de cette époque.
Quant aux Romains, leur présence a dû se montrer très active dès le début. La grande voie-Reims-Cologne qu’ils créèrent passait aux confins de ce qui est devenu pays de Salm, à Thommen et Saint-Vith. Plusieurs chemins secondaires allant vers l’ouest s’en détachaient, ou couraient vers elle, sillonnant le pays de Salm ; leur tracé subsiste toujours par endroits, et nous pourrions l’indiquer un jour.
Notre opinion est aussi que le début de notre ère a vu l’exploitation sur une grande échelle du Thier-des-Carrières et des Quatre-Vents. Le « camp romain », occupé, y a trouvé son nom actuel.
C’est encore l’époque où se constituent les domaines agricoles connus sous le nom de « villas ». les invasions, dès la fin du IIe siècle, y semèrent des ruines, sans doute comme ailleurs ; mais dans toute la région, ces domaines sont fixés, car ils s’affirment nettement à la période franque et carolingienne qui les a continué : Lierneux, Cherain, Bihain, Thommen, Glain (Bovigny), Amblève, etc. il y a lieu de penser que l’ensemble formé par les actuelles communes de Vielsalm, Petit-Thier, Grand-Halleux, avec les localités de Commanster, Cierreux et Goronne, occupe l’emplacement de deux de ces domaines caractéristiques de l’époque pré-féodale ; de petits groupes d’habitations y existaient, par exemple, Ville-du-Bois, Glain, et peut-être les Halleux.
L’arrivée des moines à Stavelot, avec l’abbé Remacle, devenu saint Remacle, vers 648, ne fut pas sans influencer fortement notre région. Très vite, l’œuvre d’évangélisation fit tâche d’huile.
Des paroisses se constituent dont la vie, pendant des siècles, commandera quantité d’activités et de relations. Il semble bien que ce qui est devenu la paroisse de Salm, comme celle de Glain-Bovigny, a son origine à la période carolingienne. Pendant une vingtaine d’années même, le pays de Salm a dû dépendre de l’abbaye de Stavelot-Malmédy ; mais en 670, à la demande des moines, un accord du 6 septembre réduisit le territoire qu’ils avaient reçu du roi Sigebert III, et le ruisseau d’Ennal constitua, désormais, pour les terres de Stavelot, une portion de leur limite sud.
La naissance du comté de Salm remonte aux environs de l’an 1000. Un document daté de 1034-35 en atteste l’existence par la mention « comes Gisilbertus de Salmo ». toutefois, la famille de ce comte Gislebert, arrière-petit-fils de Sigefroid le fondateur de la maison de Luxembourg, devait déjà se trouver dans le pays à la fin du Xe siècle.
Ayant campé leur forteresse, face au pays de Stavelot, sur un promontoire rocheux aujourd’hui déformé et devenu le berceau de Vielsalm, les seigneurs qui prirent le nom de SALM, ( du ruisseau tout proche de leur demeure) arrondirent peu à peu leur territoire, absorbant Arbrefontaine, puis tout le domaine de Glain (Bovigny), poussant jusqu’à Beho, Gouvy, Rettigny.
Le canton actuel de Vielsalm, sauf une partie de la commune de Beho, correspond à peu près à cet ancien territoire. Quant à la demeure seigneuriale, celle de Vielsalm fut abandonnée au début du XIVe siècle, au profit d’une nouvelle, à 3 kilomètres vers le sud. Néanmoins, les comtes finirent par ne plus résider dans le pays vers la moitié du XVIe siècle, et ils laissèrent à un haut officier le soin d’y gérer leurs affaires.
Le régime français et l’annexion de la Belgique à la France par un décret du 9 vendémiaire an IV (1 octobre 1795) mirent fin à l’ancien comté de Salm ; il avait duré huit siècles.
Au cours des siècles, la population salmienne s’était développée de façon assez sensible. En 1659, le comté comprenait 485 feux.
L’agriculture surtout y constituait la base des ressources et de l’activité. Après les ravages du XVIIe siècle, le travail et le développement des relations avaient amené une prospérité marquante, bien que le trafic se dirigeât davantage vers Stavelot et Malmédy. Proches.
C’est alors, en 1775, que le spirituel De FELLER, passant dans le pays, jugea que ses habitants étaient « d’un bon naturel, pleins de religion et de probité, officieux et polis ».
Depuis, pourquoi auraient-ils changé ?
Gaston REMACLE
Ndlr :
Cet article a été republié dans L’Annonce de Vielsalm, du 12 novembre 1950.
vendredi 7 août 2009
Sur la fabrication des ardoises pour toitures (1).
Une nouvelle industrie est née à Vielsalm. La société anonyme « Les Ardoisières du Gros-Thier » a engagé de gros capitaux pour l’utilisation des déchets de schiste ardoisier accumulés au pied du thier.
Et la question vient tout naturellement à l’esprit. Où faut-il reporter la naissance de terrils ? Depuis combien de siècles les hommes ont-ils reconnu, là, les propriétés du schiste ardoisier ? Depuis quand ont-ils tendu là leurs muscles pour le mettre à leu service ?
C’est une histoire longue …
Et ardente, d’un dur et patient effort que ces terrils pourraient révéler.
Celle d’hommes qui ont peiné, pour vivre.
Depuis plus de deux cents ans, nous a-t-on dit.
PLINE, dans son « Histoire naturelle », rapporte que dans la province Belgique on rencontrait des pierres qui se laissent travailler, dont on fait une espèce de toiture.
Qui sait si, en s’exprimant de la sorte, la pensée de PLINE n’allait pas aussi au schiste ardoisier du pays de Salm.
Toujours est-il que des fragments en nombre considérable, d’ardoises pour toiture, ont été retrouvés sur l’emplacement de villas gallo-romaines qui ne sont pas tellement éloignées de Vielsalm, à Mont-Houffalize et la commune de Limerlé. Ces ardoises venaient-elles de chez nous ?
On ne sait. En tout cas notre schiste ardoisier est d’excellente qualité et il ne serait nullement étonnant que celle-ci ait été reconnue au début de notre ère déjà.
A la découverte.
Les archives ne disent rien, croyons-nous, pour situer les débuts de l’exploitation du schiste ardoisier du thier dominant Cahay.
Certains auteurs ont bien pensé qu’il faudrait remonter aux temps gallo-romains pour y trouver déjà la fabrication et le trafic des ardoises.
Mais, à notre connaissance, ils n’apportent, pour étayer cette opinion, aucun élément de preuve. Présomption, sans plus. Il faut chercher des informations à d’autres sources.
Par un effort sincère de l’esprit et en s’attachant à l’observation soigneuse de l’endroit, ne parviendrait-on pas à déceler des indices révélant l’âge des exploitations primitives ? Pour notre part, nous le croyons bien.
L’exploitation du schiste du thier n’est souterraine que depuis un siècle environ, nous basant, pour cet avis, sur la constatation d’un voyageur au pays de Salm en 1854, et qui consignait ainsi son observation : « A la différence des autres ardoisières de l’Ardenne, la pierre s’exploite ici non par galeries, mais à ciel ouvert ».
Mais alors, les déchirures du flanc du thier sont d’une époque antérieure ! Leur aspect, à bien les regarder, révèle un long passé. Leur importance surtout nous reporte à bien des siècles en arrière. Non, ce ne sont pas là les vestiges d’un travail d’il y a deux siècles. Il faut les situer bien plus loin.
L’œil attentif découvre toutefois des signes d’une autre valeur, et qui ne trompent pas. Des chemins.
C’est un fait que la voirie des premiers siècles de notre ère s’est inscrite au sol selon des principes bien connus : maintenir la ligne droite et garder la hauteur. On peut les reconnaître encore fort souvent, et le promeneur trouve à cet examen une satisfaction passionnée.
Précisément, que remarque-t-on ? L’on voit accourir de l’horizon combien de ces chemins antiques, comme à un rendez-vous commun qu’ils se sont donnés. Les uns dégringolent par les Quatre-Vents, les autres viennent à leur rencontre, par le bas du thier.
Celui-ci apparaît de la sorte, en cet âge reculé, comme un centre de rayonnement. Et centre d’activité ; car s’il y a eu, là, une force expansive, créatrice de voies de circulation, c’est qu’il y a eu présence fort active de l’homme.
Cette dernière ne trouve ici son explication que dans le fait d’une exploitation des couches du thier.
Nous croyons donc qu’il y a lieu d’admettre, sur base des signes toujours marqués au sol, que la fabrication des ardoises, chez nous, a été entreprise sur une échelle sérieuse au début de notre ère.
Et, sûrement, cette exploitation s’est opérée selon le système en vigueur à l’époque dans l’empire romain.
Mais Rome n’était pas éternelle.
Déclin et renouveau.
A la fin du IIe siècle déjà, avec les Chauques, puis au IIIe, avec les Francs, voici que des invasions déferlent sur notre pays. La paix romaine est menacée. Bien des centres d’activité tombent peu à peu en ruines.
La vie industrielle et commerciale en subit les conséquences.
Aussi, note-t-on d’une façon générale, pour ce qui est de l’emploi de l’ardoise pour toitures, qu’il tombas peu à peu en désuétude, à tel point que, par exemple, lorsque Wiric, abbé de Saint-Trond, fit recouvrir d’ardoises une aile de son monastère en 1157, le procédé paraissait entièrement nouveau, et excellent contre les incendies.
Pour notre région, à quel moment peut on fixer une reprise sérieuse de l’exploitation du schiste ardoisier ?
Il est difficile de l’établir, à défaut d’archives. Sans doute, a-t-elle dû être progressive.
Toutefois, des éléments d’informations de la fin du XVIe siècle nous donnent la certitude qu’à ce moment-là il y a une réelle exploitation de notre schiste ardoisier. La dénomination de « thierme des ardoises », de « chayres » est alors bien établie. Des personnages sont signalés comme adonnés au travail des ardoises, tel ce « Jean Jacques, escailteur, demeurant e la vieille Saulme » en 1565.
Des transactions commerciales s’opèrent au sujet d’ardoises.
Gaston REMACLE
jeudi 30 juillet 2009
Vieux chemins au pays de Salm.
(inédit ?, 1959)
L’étude de la voirie de la région nous amène à conclure que le moyen âge, particulièrement après les XIe et XIIIe siècles, a vu s’établir un réseau de chemins nouveaux. Il témoigne de relations humaines différentes de celles des temps antérieurs, et il révèle d’autres préoccupations.
C’est un fait général qu’avec la fin des grandes invasions, plus de sécurité renaît. La population s’accroît. De nouveaux groupes d’habitations se créent, tandis que les anciens, qui ont survécu, prennent de l’ampleur. Des centres de la vie chrétienne naissent, rayonnent, et appellent la population, tels, ici, ceux de Stavelot et de Malmedy, et des paroisses s’organisent.
Le commerce aussi, peu à peu, prend de l’essor, provoque déplacements de personnes et charrois.
Inévitablement, les voies de circulation vont s’en ressentir. Elles n’auront plus des ambitions de longues distances et de sécurité qui exigeaient la ligne droite et le maintien sur les hauteurs. Mais, reprenant parfois des tronçons d’anciens chemins, sans doute, ailleurs elles s’en écartent selon les besoins plus immédiats, et elles iront d’une localité à l’autre, et, plus que leurs devancières, éviteront les fortes pentes.
Nous croyons avoir relevé quelques-uns de ces chemins ainsi créés à cette époque, et qui se sont maintenus jusqu’à la naissance de la voirie moderne plus parfaite et répondant à d’autres nécessités.
Leurs traces en sont, en général, toujours visibles ; au temps de notre jeunesse encore, des pas familiers leur restaient fidèles.
De Rogery, que l’on rejoignait facilement en venant d’Ourthe, de Beho et d’Audrange, un chemin prenait la direction de Stavelot. S’y raccordaient les charrois et les pas de la région de Bovigny, Cierreux, Bèche, Neuville.
Presque en ligne droite, il passe d’abord à gué le ruisseau de Cierreux, gagne l’extrémité est de Burtonville sous le nom de voye de Rogery, descend vers Sart-Hennard, passe la Salm, devient la grande vôye en abordant Petit-Thier, traverse Petit-Thier monte vers Les Plins passe au pas d’âne et se dirige alors vers Malmedy. Avant qu’il n’aborde Les Plins, une bifuraction s’en détache, descend à gauche vers Mon-le-Soie où vient le rejoindre un autre venant de Vielsalm par le gué de Tienne-Messe, la halinne vôye aujourd’hui désaffectée entre Priesmont et Ville-du-Bois, Rond-Chêne, Mon-le-Soie ; le chemin commun s’engage alors vers le haut de Logbiermé et vers Stavelot.
Un texte de 1753, qui le mentionne clairement : « un champ gisant à Mont le Soie desous le grand chemin de Salm à Stavelot » (CS 1753-1757/29) ; à l’Atlas des communications vicinales de Vielsalm, le tronçon qui précède Rond-Chêne est cité comme « chemin du village de Ville-du-Bois à Stavelot ».
A Mon-le-Soie a croisé ces derniers chemins un troisième qui conduit à Recht par Mon l’gros où il retrouve le chemin beaucoup plus ancien de Lierneux à Recht. Il constitue toujours, actuellement, la voie assurant les relations Grand-Halleux et Mon-le-Soie. A l’est de Mon-le-Soie, il est repris par les pâtures et les bois.
Une mention de ce chemin, du 16 août 1684 : « une demy iournée à la croix Jean Giet desseur le hour ioindant des deux costés aux hres Matthy Georis du hour et d’un autre au chemin allant vers le Soye » (CS 1683-1718/43).
Par rapport à Grand-Halleux, il présente un tracé plus court et une pente moins raide que la voie plus ancienne qu’il rejoignait donc vers Mon l’gros.
Du fait du passage de ces chemins, il n’est pas étonnant que des habitations se soient érigées pour constituer le hameau de Mon-le-Soie. L’endroit était déjà habité à la fin du XVIe siècle. Etre autres, ces mentions d’archives :
- 1607. « Gillet des Soyes [émancipe] Jean son filz aagé d’environ quinze à seize ans » (CS 1602-1609/224vo).
- 1621. « Jean des Soyes l’aisné… tourne en habot… le pré gisant aux Soyes, gisant pardessouz la maison du dit Jean tenant du costé inférieur au ruisseau et d’un autre endroit à Gillet » (CS 1617-1622/47)
Les dénombrements de 1561 et 1575 font état de « Jean de Soye » parmi les chefs de ménage d’Ennal dont Mon-le-Soie peut-être considéré comme une extension. Actuellement, Mon-le-Soie ne comprend plus qu’une maison et un ménage.
A notre avis, selon les mentions d’archives, l’endroit s’est d’abord dénommé Soye ( = petite scierie). Mon-le-Soie serait, selon le langage de la région, « chez le Soye », ou « chez la Soye ».
La direction de Recht a provoqué aussi une modification à un chemin plus ancien, celui qui, venant de l’ouest par Petit-Thier, vôye wiême et vers Recht.
A partir de bètch do thier, et via la croix du français, un autre tracé s’est établi. Il reste à mi-hauteur de la colline et permet d’éviter une pente assez prononcée.
Toutefois, la partie basse de Petit-Thier, et Blanchefontaine empruntaient, vers Recht, un autre chemin, parallèle au précédent et un peu plus bas.
Deux mentions :
- 1598. « une pièce de terre derière les champs que tient présentement Jean Jeannette du petithierme tenant … pardesseur et pardessouz aux deux chemins de Reth » (CS 1587-1622/7).
1717. « certain champ … gisant au lieu vulg. Appellé le gotay Noel, joindant d’embas au chemin conduisant à Reth » (CS 1702-1725/171vo)
il avait, jusqu’à Poteau, le tracé actuel de la grand-route de l’Etat. Puis, par Moldenberg, il rejoignait le chemin venant de la Croix du Français.
Avant de quitter cette ectrémité du pays de Salm, signalons encore, entre Poteau et Recht, deux chemins coupant la grand-route de l’Etat, et se rejoignant au nord-ouest avant d’arriver à Ochsenbaracken, pour se diriger vers Malmedy.
L’un vient de la région de Crombach et Thommen, et s’approche assez près de Recht qu’il laisse à droite.
L’autre, à la borne 95/, de l’ancienne frontière, se détache du vieux chemin Stavelot-Luxembourg, et s’en écarte et vers l’est. Normalement, devaient le suivre les charrois venant de la région de Commanster et Beho. Avant d’arriver à la maison de M. Pierre DEJOSÉ qu’il laisse à droite, il a suivi un instant le tracé même de la grand-route actuelle Poteau-Recht. L’endroit où il l’abandonne, et ses environs, porte le nom, au cadastre et dans le langage local, de Salmwege.
L’essor de la ville de Liège et du nord du pays a influencé également la voirie de la région de Salm, y provoquant la naissance de chemins.
De Beho et environs, on peut marquer le début de l’un d’eux. Longeant la rive droite du Glain, il le franchit au pont de Saint-Martin, gagne Longchamps (Bovigny), tend vers Honvelez qu’il laisse à droite, descend vers la Ronce en obliquant légèrement, remonte en laissant Provedroux à droite, se dirige vers le moulin KOOS de Sart, puis le Crin-do-Sart, Arbrefontaine, et prend la direction du nord-ouest.
C’est sans doute ce chemin des environs de Erria-Bra signalé par ce texte de 1533 : « une certaine pièce d’héritage … qu’on diest minafays … ioindant d’un costet au chemin tendant de Salme à Liège doultre parte à la Cour de Hierloz et d’autre parte au prés et héritages du dit Enriaulx » .
(H.LEMAIRE, Notice sur la paroisse et l’ancienne vicomté de Bra, Liège, Donnay, 1882, p.24vo.)
Il a déjà porté le nom de « pasay de Lîdje » ou « vôye di Lîdje » en amont du gué (aujourd’hui pont) de Djivni (à l’ancien chemin d’Ourthe à Rogery).
- 1569. « un champ sartable un peu plus haut, par de là le wy de Gevingny, joindant du costé du midy au Pasay de Lîdje, et de l’orient à la voye d’Ourte ».
(L’abbé C. GUILLAUME († 1944, curé émérite de Burtonville) qui cite ce texte dans ses notes manuscrites, ajoutait : « Nous en avons de plus récents, avec les mentions de « voie de Lîdje », et qui ont trait au même chemin ».)
La dénomination de vô de Lîdje lui est toujours attribuée près de Honvelez, et elle se rencontre également à Arbrefontaine.
Deux mentions à ce propos :
- Du 28 septembre 1901 : « Pierre Kaifve et Jean Hubert Malsoult ambedeux d’Arbrefontaine [font un échange de terrains dont] un champ gisant à la voye de Liège » (CS 1587-1622/122).
- Du 15 mai 1730 : « François Mottet d’Arbrefontaine … a mis en gage une demy journée de champ lieu dit à la voye de Liège finage du dit lieu » (CS 1730-1734/5).
A remarquer qu’après le pont de Saint-Martin, ainsi que sur la comune de Lierneux, il s’est confondu avec des tronçons de plus anciens chemins.
Celui qui passe au moulin KOOS de Sart et jusqu’au Crin-do-Sart est signalé en 896 : « via ad campum eorum Anglariam ducens ».
(HALKIN/ROLAND, Les chartes de Stavelot-Malmedy, T.1, p.116)
les localités de Cierreux et Rogery se raccordaient à ce chemin au-dessus de Honvelez. Gouvy le rekoignait à Bovigny par la vieille vôye de Sâm. Bihain, Goronne, Rencheux et Vielsalm le retrouvaient à Arbrefontaine. Tandis qu’un autre courant s’y rattachait au-delà d’Arbrefontaine, passant par Mont-Petit-Halleux, et amenait les voyageurs du ban des Halleux, de Ville-du-Bois, Petit-Thier et plus loin. Petit-Thier atteignait Mont par le bois Cheneux, Rond-Chêne (le chemin passe à une centaine de mètres au sud de Rond-Chêne), Hourt et le gué du Glain.
On peut dater de la première moitié du quatorzième siècle la construction du château de Salm, près de Salmchâteau. Elle a été le point de départ de la naissance de la localité voisine.
Mais une série de chemins apparaissent ainsi comme rayonnant de l’endroit ; ils ne s’expliquent que par la vitalité du manoir féodal qui a provoqué et appelé des relations humaines.
L’un tend vers Lierneux par La Comté, Crin-do-Sart, Menil où il retrouve une plus ancienne voie. La Comté est né sur son passage.
A La Comté, le croisait un chemin venant de Vielsalm, et Rencheux pour gagner Ottré et la région de Bihain.
Un autre, par Haironde, permet de se rendre à Cierreux, Rogery, et Bovigny.
Un troisième, passe le Glain avec le précédent, prend la direction de Taillis né à son passage, puis Commanster, où il se raccorde à d’autres voies vers l’est et le sud.
Enfin, signalons le raccord Salmchâteau-Vielsalm, par Basse-Ville – où il semble bien qu’il faut voir la naissance de Salmchâteau – et Pont-des-Perches, où l’on franchit le Glain, autrefois par un gué. Après Pont-des-Perches, se détachait la route dite des Chars-à-Bœufs à Vielsalm, qui à Neuville se prolongeait par la « vô d’Saint Vé », donc vers Saint-Vith (via Burtonville et la borne 95 de l’ancienne frontière Belgo-prussienne).
Dans cette région du pays de Salm, les routes modernes ont créé un nouveau courant de circulation. Il faut citer ici la route de Trois-Ponts à la Baraque-de-Fraiture par Vielsalm, Salmchâteau, Hébronval, créée en 1846 ; celle, de 1849, qui s’en détache à Salmchâteau et qui court vers le Grand-Duché de Luxembourg ; enfin une troisième, de Vielsalm à Poteau et plus loin, en 1856.
Le perfectionnement de plus en plus poussé des moyens de locomotion, exigeant des routes sans ornières et bien entretenues, a fait le reste. Les vieux chemins tombent en désuétude. Bientôt, repris par les pâtures et les bois, on n’en retrouvera plus qu’à grand-peine de vagues traces.
Gaston REMACLE
mercredi 29 juillet 2009
Chemins.
(C. DUBOIS, Vestiges antiques dans les cantons de Malmedy et et de Saint-Vith, dans Folklore Stavelot-Malmedy, 1947, pp.18-19.
G. REMACLE pense qu’elle passait à Audrange même, Maldange et Hinderhausen)
Une des plus importantes de la Gaule du nord, on la date du premier siècle au moins.
Comme de toute voie principale à cette époque, des chemins secondaires ou diverticules s’en détachaient, et dont les traces nombreuses sont encore visibles à l’heure actuelle.
Il est même possible que certains de ces diverticules aient déjà été inscrits au sol au cours de l’âge celtique.
Tous respectent manifestement les principes caractéristiques des chemins de l’époque romaine : la ligne droite et le maintien des hauteurs.
Ainsi, des centres de rayonnement de ces voies nous sont apparus, notamment la base du Thier-des-Carrières, Audrange, Langlire et Lierneux, etc.
À signaler aussi particulièrement le vieux chemin de Stavelot à Luxembourg, par Poteau.
Le détail du tracé de ces chemins a été étudié dans les articles suivants :
Vieux chemins au pays de Salm.
« L’histoire et la géographie locales, le folklore, la littérature régionale
sont les premiers éléments d’une vraie culture humaine ».
Ernest
NATALIS, professeur à l’Université de Liège.
Les environs de Vielsalm sont habités depuis plusieurs milliers d’années. Des vestiges de peuplades antiques constituent la preuve de cette présence humaine.
Sans remonter jusqu’à la préhistoire, plus près de nous déjà la période romaine nous a laissé des traces sérieuses d’activité.
Je voudrais particulièrement attirer ici l’attention sur celles que constituent les chemins.
Après la conquête de la Gaule du nord, les Romains se préoccupèrent immédiatement d’ouvrir la masse presque impénétrable de la forêt d’Ardenne. Ils y édifièrent quelques grandes voies, capables de permettre l’administration civile et militaire.
Ainsi, dès le premier siècle de notre ère, s’établit non loin d’ici la voie Reims-Cologne, passant par Bastogne, Bellain, Audrange, et vers Amblève.
A ces voies principales vint se raccorder tout un réseau de diverticules, servant de trait d’union entre les diverses exploitations, agricoles ou industrielles, et parfois les ouvrages de défense. Ils consolident ou complétaient une voirie plus ancienne, venant parfois du fond des âges.
D’une façon générale, ces chemins de raccordement ont continué d’être fréquentés au cours du moyen âge ; beaucoup d’entre eux, même, ont laissé de leurs traces visibles jusqu’à nos jours. C’est le cas, par exemple, pour notre région, où les routes actuelles les plus importantes ne comptent qu’un siècle d’existence ou même moins (La route de Salmchâteau à Trois-Ponts est de 1846, celle de Vielsalm à Poteau de 1865).
On connaît les grands principes de la voirie romaine : autant que possible garder la ligne droite et se maintenir sur les hauteurs afin d’assurer la vue sur le territoire à surveiller Fallait-il descendre en plaine ou franchir un ruisseau ? Vite, on passait, on gravissait la côte opposée, et l’on reprenait la hauteur.
(Voyez, par exemple, sur le carte ci-jointe, comment les routes actuelles ont tendance à suivre les vallées tandis que les anciens chemins coupent perpendiculairement ces vallées. Le Glain est ainsi franchi sept fois, et le ruisseau de Petit-Thier trois fois.)

il n’est donc pas impossible de reconstituer, par un examen patient des vestiges marqués au sol, l’itinéraire de certaines routes des premiers siècles de notre ère. Y parvenir c’est trouver là une révélation de l’activité de l’époque.
Cette recherche découvre ainsi des centres de rayonnement, et donc de vie, parfois bien insoupçonnés. C’est ce qui se manifeste pour notre région.
Vous étonnerai-je, par exemple, en signalant, comme pareil centre de rayonnement, le thier au-dessus des Quatre-Vents près de Neuville-Vielsalm ?
Plusieurs vieux chemins s’en détachent dont certains, par le passage au sommet du thier, se dirigent vers le sud. L’un court vers Audrange en s’approchant de Beho. Un second descend vers Bêche, franchit le Glain près de Salmchâteau, remonte, se dirige vers Langlire après avoir voisiné Provedroux. Un autre s’en est séparé à Gottale, gagne Cierreux et plus loin. Un autre encore, vers l’est, conduit à Hinderhausen et Saint-Vith, par Burtonville. Un cinquième s’engage vers Ville-du-Bois où une bifurcation, près de l’église, le porte d’une part vers Malmedy, d’autre part vers le nord-est par Petit-Thier et Recht. Enfin, un dernier dévale de Cahay, constitue la rue Général Jacques à Vielsalm jusqu’à Sous-Bois ; ici, une branche escalade le Thier-de-la-Justice vers Stavelot, tandis qu’une autre branche atteint Lierneux par Rencheux, Goronne et Menil.
Qu’en conclure, sinon qu’il y a eu là, au-dessus de Neuville, il y a plus de quinze siècles, une activité expansive et sérieuse. Et comment l’expliquer si ce n’est par l’exploitation de la richesse de l’endroit, le schiste ardoisier.
On sait d’ailleurs qu’à ce moment l’emploi du schiste ardoisier pour toitures est chose réelle en nos régions et, par exemple, qu’on a retrouvé des ardoises dans les ruines de villas romaines, à Sommerain, près de Limerlé, et près de Bourcy.
Plusieurs localités apparaissent également comme centres de rayonnement de chemins établis selon les principes de la voirie romaine. Ou plutôt, comme points de convergence de ces chemins.
Je signale, à ce sujet, Audrange, Lierneux, Langlire.
Audrange se place sur le tracé primitif de la grande voie Reims-Cologne. Vers cette localité accourent plusieurs diverticules. De Stavelot, par Poteau (Petit-Thier) ; ce chemin suit la crête constituant la ligne de partage des eaux Meuse-Moselle. Des Quatre-Vents, comme indiqué ci-dessus. Du nord-ouest, par Rochelinval, la Croix-de-Tigeonville, Petit-Thier, les abords de Commanster. De Langlire, par Bovigny centre, Belvâ, Saint-Martin, Lamerlé. De l’est, par la fagne de Bihain, puis le relèvement du terrain entre les communes de Bovigny et de Limerlé.
A Lierneux se raccordent aussi plusieurs voies antiques, à travers champs et bois. De l’est, par Recht, Hour, Farnières, Menil. Des Quatre-Vents. De Langlire. De la direction de Bihain. Etc. Lierneux est l’une des plus anciennes localités de chez nous.
Quant à Langlire, nous venons de le citer à plusieurs reprises. A son sujet, je mentionne en outre un vieux chemin venant de Stavelot par Farnières, Goronne, le Crin-do-Sart, le moulin KOOS, et que cite formellement un document de 896.
« Suivez des yeux les vieux chemins qui vous ramènent de l’horizon… », a écrit quelqu’un, « et venez avec confiance chercher l’homme au rendez-vous commun qu’ils se sont donné ».
Nos routes modernes accaparent les faveurs des gens pressés que nous sommes. Et les vieux chemins tombent de plus en plus dans l’abandon. La forêt, les travaux de l’homme, et peu à peu l’oubli, les reprennent.
Pourtant, beaucoup de leurs empreintes visibles se révèlent encore à des yeux de réflexion. Une ornière, un talus, un buisson, une souche, une pierre même constituent des signes révélateurs. Il y a eu là une vie.
Parfois, le hasard d’une fouille vient apporter aussi son témoignage. C’est une tombe, ou des monnaies, ou quelque autre objet qui, enfoui depuis deux millénaires, est ramené au jour.
Le trésor retiré en 1953 de la fontaine du pouhon à Hour ne témoigne-t-il pas en faveur du chemin qui franchit le Glain à quelques pas de la source ? Et toutes les tombes, çà et là ?
Dans la montée vers Farnières ; à plusieurs endroits de la commune de Bovigny ; entre Ville-du-Bois et Petit-Thier ; et ailleurs.
Tombes isolées, ou vrais cimetières. Je signale particulièrement, à ce propos, un ensemble de plus de trente tombes romaines entre Bihain et Hébronval ; et un autre, aussi important, entre Courtil et Gouvy, bien antérieur celui-ci à la période romaine. Le vieux chemin tout proche y trouve confirmation de son ancienneté.
Restons-en là. Mon dessein n’était pas de relever ici toutes les anciennes voies de chez nous. Car il en est d’autres encore. Leur description détaillée dépasserait de loin le cadre des présentes notes. Mais on voulait seulement éveiller l’attention à leur sujet.
Les vieux chemins vous intéressent-ils ? Ils ne tarderont pas à vous manifester leurs grandes volontés : la recherche des ligne de faîte, et l’allure rectiligne.
Ils témoigneront d’une connaissance approfondie du pays. Ils évoqueront une pénétration, dans la vie sociale du temps de leur origine, plus profonde même que celle des chemins de fer au siècle dernier.
Allez à leur découverte. C’est passionnant. Un tumulte vivant dort en souvenir sur le silence actuel de leurs traces.
Et c’est un peu l’âme de ceux qui nous ont devancés que vous trouverez dans ces choses.
Gaston REMACLE