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samedi 11 octobre 2014

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

En 1905, l’Organe du 22 octobre signale que la démission du notaire Jacques est acceptée et que l’adjudication pour la construction  d’une route au lieu-dit des Chars-à-Bœufs, avec rectification de celle du cimetière à Cahay [ ?] sera ouverte.

Le 29 octobre de la même année : une noyade à Bovigny et un vol à Sart.
Depuis quinze jours on recherchait la nommée  Bovy M.H. veuve Lejeune. On savait qu’elle était allée du côté de la chapelle St-Martin malgré la tempête et la pluie. Ce matin, un ouvrier carrier se rendant à son ouvrage a découvert le cadavre de la disparue qui aura sans doute voulu traverser la rivière sur des pierres mais les eaux étant fortes, elle aura glissé et se sera noyée.
Des escarpes se sont introduits dans la maison Archambeau-Daco, cabaretier à Sart-Lierneux. Tout en pensant avoir fait une bonne rafle, les voleurs sont volés car croyant enlever beaucoup de viande ils sont partis avec un jeune veau trouvé dans les flancs d’une bête tuée la veille !

L’Organe du 13 octobre 1907 nous apprend que Mademoiselle Géradon fille de notre géomètre du cadastre a réussi avec grand fruit l’examen de sortie de l’école normale de Nancy.
A Bovigny, Mme Gester et sa fille étaient occupées à arracher du sable quand survint un éboulement les ensevelissant toutes les deux. Après de nombreux efforts, on parvint à retirer les malheureuses mais la jeune fille avait cessé de vivre. Madame Gester portait de nombreuses blessures et avait une jambe cassée. Son état est inquiétant.
Depuis le 10 octobre dernier, Vielsalm est éclairé « électriquement ». Ce nouveau  service marche admirablement et fait honneur aux ouvriers qui ont fait ce travail.

Dans l’Organe du 1er décembre 1907, on apprend que le chemin de fer Malmedy-Stavelot va entrer dans la voie de la réalisation. Ce projet est toujours néanmoins combattu par l’état-major de l’armée belge pour qui c’est une voie stratégique d’accès dans notre pays méditée par l’état-major allemand. Souci d’ailleurs partagé par la France. Par contre, les populations des deux villes sont dans la jubilation !

Le 25 octobre 1908 : A St-Vith, jeudi dernier, Mr Mathonet , marchand de grains, revenait de Gérolstein avec un ami mais une discussion a dû surgir car le lendemain des passants ont trouvé, baignant dans son sang et à l’état de cadavre le pauvre Mr Mathonet : une balle de révolver lui avait traversé le crâne. Les soupçons se portèrent évidemment sur le compagnon de la veille qui est déjà sous les verrous. Il s’agit, affirme-t-on, d’une simple jalousie.
Mais plus bas, extrait du journal L’Etoile,  on annonce que l’auteur du crime serait le coureur cycliste Otto Breuer bien connu sur les pistes belges et allemandes comme « stayer »  dont le train de vie très élevé est bien connu.

Toujours du côté de la frontière allemande : les automobiles qui, les années précédentes, faisaient fureur et semaient l’épouvante dans les villages frontières sont devenues des oiseaux rares. [Étonnant : en 1907 le parc automobile devait être encore assez restreint.] C’est que le gouvernement allemand a établi un droit d’entrée non exorbitant mais qui porte à réfléchir et tous les chauffeurs ne veulent donc  pas payer cette taxe, ce qui permet aux villageois de respirer. A quand les dirigeables, moins encombrants pour les piétons ?


A Vielsalm, un ouvrier travaillant à la construction du nouveau pensionnat a fait une chute de 8 m de haut. On espère sauver la victime qui porte de terribles blessures à la tête et aux bras.

                                                                     Robert Nizet

jeudi 6 juin 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps




L’Organe du 29 avril 1906 nous apprend que le hannetonnage a vécu. Les ministres de l’intérieur et de l’instruction publique viennent en effet de décider de ne plus allouer de prime aux écoliers ayant contribué à la destruction des hannetons. Cette pratique développerait l’esprit de cruauté et l’instinct de destruction des enfants et les pousserait en outre à la destruction des nids d’oiseaux et au maraudage !

Dans celui du 21 avril 1907 : les personnes qui désirent installer chez elles l’éclairage électrique sur le réseau de la commune sont priées de s’adresser pour renseignements et devis à Jos. Mullenaerts, 44, rue de Neuville qui se rend à domicile. Mais dans la même colonne, on vend des lampes à pétrole, placement gratuit et  fonctionnement garanti, chez Mr. Hanay à Bastogne. Combat d’arrière-garde ?

Le 13 mai 1906, les souscripteurs d’annonces au Guide-touriste Vielsalm et environs sont priés de faire parvenir sans retard le texte de la réclame qui doit figurer dans ce volume.

Le 17 mai 1908 aux Tailles un incendie a détruit la maison occupée par les époux Cherain-Renard située au hameau de Censes. Le toit de chaume fournissant à la flamme une proie facile, le corps d’habitation et l’étable ne formaient bientôt qu’un brasier. Les voisins courageux ont pu sauver le bétail et les meubles.

Un éboulement heureusement sans gravité est survenu aux travaux du nouveau pensionnat à Vielsalm. Le nommé Drouguet de Mont a eu un doigt de la main gauche brisé et quelques blessures au front. Aucune responsabilité pour l’entrepreneur d’après l’enquête faite par la gendarmerie.

Le 16 mai 1909, deux accidents de vélo.
 À Érezée, deux piétons ont trouvé, étendu sans connaissance et baignant dans son sang Mr Or…, propriétaire, d’Ottré et à quelques pas de là un vélo indemne. Transporté à la maison la plus proche, il reçut les premiers soins du Dr Leusch. On crut d’abord à un crime mais comme la victime était encore munie de sa montre et de son argent, cette idée fut écartée. Quelques heures plus tard elle donnait les explications nécessaires : l’unique frein que possédait la bicyclette n’a pas voulu fonctionner dans un virage dangereux au milieu d’une pente rapide et longue. Mr Or…a pu être reconduit chez lui mais dans un triste état et se plaignant de vives douleurs ressenties par tout le corps. Il est méconnaissable : la figure et la tête sont particulièrement mal arrangées. Aucune fracture toutefois.



Autre accident à Hébronval où un cycliste amateur a fait une chute dans des circonstances analogues sur la pente extrêmement rapide qui débouche à angle droit dans la route provinciale à l’arrêt du tram. Déficience des freins là aussi. M. l’a échappé belle : une demi-minute plus tard le tram arrivait. Fracture de la clavicule et vélo réduit à un tas de ferrailles.
À Bovigny un incendie forestier au lieu-dit Les Prâles. Plusieurs hectares appartenant à différents propriétaires de Vielsalm sont détruits.

À Vielsalm sur le kiosque de la place, après le concert de notre vieille [tout est relatif puisqu’en 2013 elle n’a que 150 ans !] fanfare Les Echos de la Salm nous y  entendrons pour la première fois La lyre ouvrière de la Salm.


                                                                                         Robert NIZET

samedi 25 mai 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps


L’Organe de Vielsalm du 16 avril 1905 rapporte que, en début de semaine, le greffier provincial et le contrôleur du cadastre se sont rendus à Poteau pour délimiter un terrain resté neutre, se trouvant entre la Prusse et la Belgique, près de la ferme des Mauvaises Pierres.

Suivant celui du 15 avril 1906, il circulerait une pétition pour obtenir la séparation de la section de Salmchâteau et sa création en commune distincte avec Bèche et [La]Comté.

Dans l’Organe du 18 avril 1909 
- par A.R. du 7 avril 1909 M. Jules Lambert est nommé notaire à la résidence de Vielsalm en remplacement de M. Gomez ;
-les travaux de pavage entre Vielsalm et Salmchâteau sont en voie d’exécution. Excellente amélioration pour cette route sur laquelle le trafic est intense ;
- des essais pour le transport des voyageurs  en autobus ont été faits sur le parcours Vielsalm-Lierneux. [Assez curieux quand on sait que le tram ne fonctionne que depuis 5 ans et qu’un service de malle-poste subsistera presque jusque la deuxième guerre, mais par Goronne]

L’Organe du 24 avril 1910 annonce la nomination comme doyen de Vielsalm de Monsieur Hallet, curé à Villers-devant-Orval. Il remplace Monsieur Martilly qui prend sa retraite.
 Celui-ci, semble-t-il ne sera pas regretté par tout le monde !

Vendredi dernier vers 7 heures du soir, un violent incendie s’est déclaré dans le pâté de maisons se trouvant derrière le pensionnat des frères, place du marché [Ces frères allemands ont succédé quelques années aux Sœurs de la Providence parties aux Chars-à-Bœufs dans leur nouveau pensionnat]. Le feu a pris naissance dans la toiture de la maison occupée par J. Erler et s’est propagé à celle de Jules Habotte. Les deux habitations ont été la proie des flammes malgré la promptitude des secours.

A propos encore du tram, le conseil communal, dont le compte rendu est donné par l’Organe du 12 avril 1936, supprime le parcours de Vielsalm-Gare au terminus, l’administration du vicinal faisant remarquer que ce trajet se fait en pure perte, sauf pour le train du cinéma, maintenu.
Ce n’est pas la première fois que le trajet du vicinal entre la gare et le terminus à proximité de la place du marché est mis en cause. Il faudra cependant attendre la guerre pour qu’il soit définitivement et totalement supprimé.

Une grave agression est rapportée dans les éditions des 10 et 17 avril 1910 de l’Organe de Vielsalm : dimanche vers 8h30 du soir un triste individu s’était embusqué à l’entrée de la propriété de Rosée et a arrêté la femme Jeanpierre-Caillet de Petit-Thier. Après une lutte vive, la victime put se sauver et demander l’aide de deux passants. La police s’efforce de mettre la main au collet de ce satyre. Mais huit jours plus tard, le mystère n’était pas encore éclairci malgré que près de quarante personnes eussent été interrogées à la gendarmerie.

                                                                                         Robert NIZET


dimanche 31 mars 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps


Dans l’Organe de Vielsalm du 15 janvier 1907, il est question de loups. Alors qu’ils n’avaient plus été aperçus chez nous depuis plus de trente ans, l’un d’eux vient d’être abattu par le directeur de la Source de Chevron. D’autre part, une bande de 9 spécimens fut aperçue par Hubert L. de Malmedy sur sa chasse de l’Hertogenwald : il en abattu trois de 52, 44 et 32 kg. De plus on affirme avoir relevé des traces de loups près de Manhay. Le fait n’est pas commun : ces fauves n’étaient plus apparus dans la Fagne depuis un demi-siècle.

Le 24 février suivant il est signalé que les loups causent en ce moment les plus grands dommages au grand gibier. Des bandes entières de loups quittent les forets d’Ardenne et se rendent en territoire allemand. Tiraillés par la fin il en est qui se risquent jusque dans les villages. A Nidrum, un grand chien qui était attaché a été complètement dévoré. Ailleurs, un garde forestier en a tué un qui voulait entrer dans une maison.
Il n’est pas sans agrément, pour tuer le temps et par d’affreuses tempêtes, de remuer un peu l’effroi des bonnes gens !

Le 27 février 1908, on lit dans l’Organe que Vielsalm pourrait bien être doté d’ici 2 ou 3 ans d’une sous lieutenance de gendarmerie. Le Ministère de la Guerre est en pourparlers pour l’achat du pensionnat des Sœurs de la Providence qui servirait de caserne aux braves pandores : ceux-ci feraient partie de la gendarmerie à cheval. Sous toutes réserves.

Il s’agit du bâtiment au-dessus de la place du marché que les Sœurs vont quitter pour leur nouvel immeuble des Chars-à-Bœufs dont la construction a commencé.

Dans l’Organe du 21 février 1909 : à Courtil, des voleurs se sont introduits par la fenêtre et nuitamment dans l’Hôtel de la Station et ont emporté le contenu du comptoir, des pipes, des porte-monnaie, une paire de souliers d’un voyageur, etc…
Les malandrins  ont abandonné les boîtes vides dans un hangar voisin et l’un deux a oublié son capuchon de couleur brune sur lequel quelqu’un qui voit clair a découvert des taches de résine et des poils de cheval blancs. Espérons que ces indices seront suffisants pour mettre la police sur une piste.

Dans les petits nouvelles communiquées par L’Organe du 28 février 1909 :  depuis quelques temps, un bureau  de télégraphe est installé à Salmchâteau, il reçoit les télégrammes et exprès postaux au départ et à l’arrivée ;  le carnaval sera fêté dignement cette année à Vielsalm, la jeunesse se prépare et d’après des indiscrétions, on devrait voir des merveilles ; on vend un bon chien de charrette avec harnais et une bonne charrette à chien chez Malherbe-Ledent, machines à lessiver à Vielsalm-Station ; une école professionnelle de coupe dirigée par Madame Motin s’installe au même endroit ; on propose de louer un bel atelier de forgeron au point d’arrêt du vicinal à Salmchâteau.

L’Organe du 27 février 1910 : De retour du Congo, M. Dumont de Bêche est rentré au pays dimanche dernier.  Notre aimable concitoyen est en très bonne santé et se propose de repartir bientôt pour le pays noir.

Celui du 6 mars 1910 nous apprend que Arbrefontaine va être doté d’une salle de fêtes. Ainsi en a décidé à l’unanimité la jeunesse du village. L’emplacement du nouveau local est acquis : il est situé à l’entrée du village et heureusement choisi. Désormais les habitants du village  trouveront chez eux les distractions qu’ils ont dû aller chercher  dans les localités voisines jusqu’à ce jour.

Et au rayon « nécrologie » : mercredi dernier succombait à Rencheux à l’âge de 70 ans, Monsieur Henri Rondeux, brigadier-forestier. Cette mort a causé en notre ville une vive émotion, le regretté défunt étant très connu et très estimé. Il comptait à Vielsalm de bonnes et solides amitiés.  D’un abord jovial, M. Rondeux était un homme plein d’affabilité et de délicatesse ; ce cœur d’or remplissait sans bruit, comme sans ostentation, les différents services que sa charge de brigadier-forestier lui imposait. On compterait difficilement les personnes qu’il a aidées de ses conseils et de son appui. Les obsèques ont eu lieu au milieu d’une grande affluence.

Robert NIZET

samedi 12 septembre 2009

Petite histoire de l'enseignement à Vielsalm.



(publié dans Excelsior 1956-57, 3e trim. et dans L’Annonce de Vielsalm, le 30 juin 1957)

Vielsalm compte plusieurs écoles. Nous sommes tellement habitués à les voir qu’on leur suppose aisément une existence longue et calme, et un aspect identique à celui d’aujourd'hui.
Pourtant il y a eu là, ainsi qu'on a pu le dire de bien de nos écoles rurales, « quelque chose comme une épopée non écrite de l’instruction ». Effort toujours repris, on va le voir, et toujours amplifié.
Jusqu'en 1824, il n’y eut à Vielsalm aucune école du genre de celles que nous connaissons à l'heure présente. Et jusqu’à cette date aussi, les pouvoirs publics ne se soucièrent pas d'y organiser un enseignement.
Autour du clocher paroissial; pourtant, se tenait depuis longtemps une école élémentaire.
Pendant plusieurs siècles, Vielsalm avait eu le privilège d'être le centre vital de l'ancienne paroisse de Salm, allant de Cierreux à Goronne et de Commanster à Ennal. Or, au diocèse de Liège dont nous faisions partie jusqu' en 1842, les statuts archidiaconaux, qui remontaient au moins au XIIe siècle, invitaient les curés à établir une école près de leur église; école tenue le plus souvent par le curé même ou un vicaire écolâtre.
De la sorte, il y eut, à Vielsalm, une école vicariale.
Depuis quand ? Avant le dix-septième siècle, aucune trace à notre connaissance. Vielsalm, d’ailleurs, ne comptait que 8 ménages en 1501, 13 en 1561, 20 en 1611. L’existence d’une école suppose un groupement humain un peu important.
Mais, vers 1650, une école paroissiale fonctionne à Vielsalm, et depuis quelque temps déjà. Modeste, sans doute, réelle toutefois. Nous le savons par le fait que des personnes de l’époque simples paysans, savaient mettre la main à la plume, témoignant d’une belle calligraphie et d’une orthographe enviable.
Quel était son programme d’enseignement ? Assez simple assurément, d'autant plus que la période d’écolage ne comportait que les mois d’hiver. On se bornait à la lecture, un peu d’écriture et de calcul, et le catéchisme: le nécessaire pour savoir traiter ses affaires d'argent, de coeur et de conscience.

Encore y avait-il des élèves « écrivants », et des « non écrivants », la redevance à payer au maître variant selon l’un ou l’autre cas : une plaquette (environ 29 centimes) vers 1750, de chaque enfant non écrivant, et le double (un escalin), de ceux qui apprenaient a écrire, outre le chauffage.

L école avait-elle du succès? On peut l'affirmer. Elle rencontrait un intense désir du savoir. Ainsi, vers 1805, par exemple, bien que payante et de fréquentation libre, elle comptait près d'une centaine d élèves inscrits.
Ce désir était d'ailleurs celui de toute la région. L'école de Vielsalm recevait des élèves de toutes les localités voisines. Pourtant, dès que celles-ci le pouvaient, elles constituaient chez elles une école semblable à celle de Vielsalm : « Nos enfants grandissent dans une ignorance terrible », disait une requête des habitants de Neuville en 1807, « car nous ne pouvons les envoyer à l’école de Vielsalm qu’à l’âge de dix ans au moins et quel progrès pourraient-ils faire dans cette école où il y a quelquefois près de cent enfants rassemblés sous un seul maître.
Identique souhait exprimé par les autres localités de la paroisse de Salm même depuis longtemps déjà :à Ville-du-Bois en 1766, à Commanster en 1751, à Burtonville et Petit-Thier en 1704, à Goronne, le désir d’avoir un vicaire à demeure s’appuyait notamment sur le besoin d'une école tenue « exactement », surtout pendant l'hiver; les documents de l’époque témoignent de ces faits.

Ce régime dura jusqu'en 1824.
Nous faisions alors partie du Grand-Duché de Luxembourg. Le roi grand-duc Guillaume encourageait vivement 19instruction publique dans le Luxembourg. Selon son désir, une commission d'encouragement fut institué en 1819 pour réagir contre la négligence et l’incurie des autorités locales en matière d’enseignement. Une école modèle fut créée en 1818 à Luxembourg, destinée à former des instituteurs capables. A Luxembourg également, un
cours de pédagogie fut ouvert durant les mois d’été ; en 1820, déjà 172 instituteurs avaient répondu à l'invitation. Aux États Généraux des Pays-Bas, du 12 juin 1820, le ministre de l’Instruction Publique déclara solennellement que les mesures prises dans le Luxembourg sous le rapport de 1’instruction méritaient « d'être citées avec distinction ».


Des circulaires du 16 avril 1822 et du 11 octobre 1823 donnèrent aux bourgmestres du Grand-Duché des conseils pour l’organisation d’un enseignement primaire.
La commune de Vielsalm, sans revenu pourtant répondit à l’appel. Le 19 décembre 1823, le Conseil communal décida d’intervenir pour la tenue d'une école primaire permanente, à partir du 1er janvier 1824. Instituteur désigné : Henri-Michel PIERROT, originaire du sud de 1a province ; il serai t rétribué par les parents des élèves. En même temps, le Conseil allouait 15 florins (1 florin valait 2,116 fr.) pour la confection de bancs qui manquaient totalement.
L'élan était donné. bien que l’instituteur PIERROT ait quitté Vielsalm peu après.
Le 2 juin 1828, un règlement imposait, cette fois, aux communes du Grand-Duché, la création d’au moins une école primaire. A Vielsalm, on décida de la tenir à partir du 1er décembre 1828. Instituteur désigné: Jean-Bernard LAMBERTY, de Vielsalm, sorti de 1’école modèle de Luxembourg. En même temps, le Conseil communal décidait l’organisation d’une école temporaire dans cinq autres localités de la commune.
En 1849, on commença de construire. Ce nouveau bâtiment a résista jusqu'en 1953. L’école des garçons en occupa une des salles ; les garçons d’abord jusqu’à 1900, puis les filles et l’école gardienne jusqu'au 10 mai 1940.
En 1899, après l’achat par la commune du parc communal actuel, fut édifiée une nouvelle salle d'école ; ce bâtiment, agrandi à diverses reprises est devenu l'École moyenne de l’Etat actuelle.

L’application de la loi organique sur l’enseignement primaire du 23 septembre 1842 modifia quelque peu la tenue de l'école.
Il y eut désormais une école permanente dans toutes les localités de la commune ( sauf Rencheux, Priesmont et La Comté) qui n’envoyèrent plus leurs enfant à l’école de Vielsalm.

C’ est à partir de ce moment aussi et pendant une vingtaine d années, que la rétribution mensuelle à payer par les élèves non indigents fut fixée à 0,75 fr., pour les « commençants » et à 1,25 fr., pour les « grammairiens ».

Jusqu'alors, l'école était restée mixte. La population de la localité, avec Rencheux et Priesmont, augmentait pourtant. Il y avait 105 élèves inscrits en 1862.
Le Conseil communal s inquiétait de cette affluence, en regrettant un manque de ressources suffisantes pour créer une école de filles, construire une seconde salle d’école, et un logement pour le personnel enseignant.

Mais en 1862, des Religieuses de la Providence vinrent s’installer à Vielsalm. Elles y commencèrent une école primaire pour filles et une école gardienne, ce dans le bâtiment occupé actuellement encore par les écoles libres place Paulin MOXHET.
Toutes les filles quittèrent l’école mixte pour l’école nouvelle des Religieuses. Il y eut ainsi, vers 1870, 60 filles à l'école primaire et 40 enfants à l école gardienne.
Dans ces circonstances le Conseil communal jugea que la création d’une nouvelle école communale, pour filles, ne rencontrerait « qu’un blâme général » , et il accorda, à plusieurs reprises, un subside à l’école des filles.
Sauf une petite interruption, en 1909 et 1910, l’école libre des filles a occupé le même bâtiment jusqu’à nos jours.






La mise en application de la loi scolaire du 10 juillet 1879 vint provoquer, dans le régime scolaire de Vielsalm, de nouvelles modifications.
D’une part, création d’une école libre de garçons, à partir de fin 1879. Elle se tiendra, jusqu’en 1919, dans le bâtiment occupé aujourd’hui par Ch. LEGROS, rue du Général JACQUES, en face du Cercle catholique. Après 1919, elle rejoindra le bâtiment des écoles libre actuelles.

D’autre part, création, pour la rentrée scolaire de 1879, d'une école communale de filles puis, en 1880, d’une école gardienne communale. Les locaux manquaient totalement, néanmoins, pour les abriter et, pendant vingt ans, l'administration communale en aura grand soucis.

Voici un aperçu de ces graves préoccupations.
D’abord installée en la salle des séances communales, l’école nouvelle ira, en 1880, dans l’ancienne maison DENIS, voisine de la maison communale rue des Savoyards, et louée pour 600 frs. par an.
Elle y restera quelques années. Elle s’y trouvera bien mal installée, « dans un état de délabrement inouï » constate une dépêche du ministre de l’Intérieur qui intervient en novembre 1888. Vers 1889, on retrouve l'école au rez-de-chaussée de la maison dite « vieille caserne », même rue, louée pour 300 frs.

En 1892, nouveau déménagement, dans la maison Paul COLSON, en lieu dit « Le Doyard », louée 500 fr. ; bail renouvelé le 13 février 1895.
Au début de 1903 enfin, transfert dans les locaux de l'ancienne école des garçons, ceux-ci occupant désormais une nouvelle école construite (salle des douches de 1’Ecole moyenne).

Au cours de ces événements, il a été question, durant plusieurs années d’établir une école à Rencheux, et d’en construire une à Vielsalm sur un terrain qu’on ne parvenait pas à trouver.
Puis, à partir de 1883, on projeta pendant longtemps d’acheter l’immeuble appelé « Hôtel de Belle-Vue », et de l’aménager.
Après le 10 mai 1940, le bâtiment de l’école des filles ayant été ébranlé par suite de la destruction de l’église proche, l’école effectua son dernier transfert, dans les locaux neufs près de la maison communale actuelle, où elle se trouve toujours.

Citons maintenant le nom des membres du personnel enseignant de 1823 à 1920 (non compris les intérimaires) :
Ecole communale de garçons :
MM.
Henri-Michel PIERROT (1824)
Jean-Bernard LAMBERTY (1828 à 1859)
Clément MERCY (1859 à 1867)
Emile PIETTE (1867 à 1879)
Joseph-Edouard JACQMIN.
Victor MOCKEL (1886 à 1913)
Léon COLLIN.

Ecole communale de filles :
Mmes JACQMIN-DUHEM et HERMAN-GOEDERT.

Ecole communale gardienne :

Mmles RAQUET Célestine (1880 à 1886 ) ; CUVELLIEZ Marguerite (1886-1896) ; THEATE Marie (1896 à 1910) ; GOEDERS Marie ; BERTHOLET Jeanne ; MOSTENNE Alice.

Ecole libre de garçons:

MM. CULOT Calixte (1879 à 1888) ; GRIGNARD ; BERGER Albert ( 1888-1896) ; NOEL Emile (jusqu’en 1900) ; KIEFFER Joseph (1900-190) ; les religieux de la congrégation des Frères Maristes (1903-1914) - LEKEU Théophile (1914-1919) - HABARU Ferdinand et MOYSE Norbert.


Ecoles libres de filles, primaire et gardienne :

Les religieuses de la Providence, depuis 1862.

Cet enseignement primaire s’est couronné , avec le temps, d'un enseignement moyen donné dans deux établissements :

- Le Pensionnat du Sacré-Coeur, créé en 1909 et tenu par les religieuses de la Providence.



- L’Ecole moyenne de l’Etat, qui débuta en septembre 1932. Par arrêté royal du 22 décembre 1955, les écoles communales de Vielsalm ont été rattachées à l’Ecole moyenne avec effet rétroactif au 1er septembre 1955.



En 1881, il fut question d’établir une école moyen, par les soins de l'administration communale. Celle-ci, toutefois, y renonça, ayant déjà, à ce moment, huit écoles primaires et gardienne il soutenir dans la commune.

Ces quelques lignes suffiront croyons-nous, à montrer combien l'organisation de l’enseignement à Vielsalm a coûté d’ efforts et comment des initiatives constamment renouvelées et persévérantes ont fini par avoir raison de difficultés.
Efforts et initiatives, qui auraient manqué d’ardeur et de réussite sans une profonde sincérité et un vif désir du savoir.


Que ce soit un stimulant, aujourd’hui, pour de nouveaux progrès dans le développement culturel de la localité et de la région.

Gaston REMACLE

samedi 1 août 2009

Anciennes maisons de Vielsalm. (2)

(publié dans Pays de Salm, le 27 février 1966)

parlons aujourd’hui d’une autre maison, toute remplie de bien des souvenirs de Vielsalm si elle pouvait nous les exprimer.
Certes, son aspect n’est plus celui de sa jeunesse ; elle a été amplement complétée, aménagée aussi pour des fins nouvelles, et même sa façade a changé d’allure. Toutefois, il lui demeure certaines portions chargées d’ans.
Il s’agit de l’école St-Joseph.

En 1637 ou un peu avant, s’installe à Vielsalm Jean RUTH. Encore un étranger au pays. Il devient greffier du comté, et le premier acte rédigé de son écriture – mais quelle écriture, indéchiffrable à première vue ! – est du 30 novembre 1637.
Un document dira de lui, un peu plus tard : « estranger ny at grands moyens, vive honnestement de sa charge ».
Où s’est-il installé car, depuis 1636 la moitié de la localité est en ruines à la suite d’un vaste incendie allumé par des troupes hollandaises.
Bientôt, il effectue plusieurs achats, en 1643, 1651, de parts de maisons, à Jean MIDO, à Jean le CHARLIER, à Balthasar ROBERT… ; toutes se situent à l’endroit de l’actuelle école St-Joseph.
Jean fait alors, sans doute, table rase de ces constructions et, en 1656 déjà, il a « une maison bastie par le même greffier située sur le marché à la Vielsalm ».
Peu auparavant, il a épousé Anne, fille de Gérard d’EYSDEN, haut-officier du comté de Salm, dont il aura 11 enfants, à partir de 1641.il devient aussi, après quelque temps, officier du comté de Manderscheid Kayl.

Il vivait encore le 31 janvier 1661, date de son second mariage à Salm.

Gérard, son premier fils, né en 1642, lui succéda dans les fonctions de greffier de Salm, déjà en 1670.
Lui aussi, comme son père, rechercha une alliance qui pouvait le pousser loin. Il fixa son choix sur une fille du haut-officier de Salm à ce moment, c’est-à-dire Marie Gertrude fille de Guillaume HALL.
15 enfants naquirent de ce mariage, tous baptisés à Vielsalm. Ainsi habitée, la maison RUTH devait certes bourdonner comme une ruche et avoir déjà une certaine ampleur.
Génération suivante. Les enfants de Gérard RUTH se sont peu à peu dispersés. La maison de Vielsalm devient, en indivision, propriété de trois d’entre eux : Eric Adolphe, Jeanne Elisabeth, célibataire et Isabelle décédée vers 1750.
Depuis longtemps déjà, la propriété joignant la maison est constituée.
Elle s’étend depuis le « marché jusqu’au sentier qui va derrier la maison de Belveaux » (la dite maison BELVEAUX est à l’origine des bâtiments groupant les demeures actuelles de MM. LEROT et GODFRAIND).
Il faut s’arrêter un peu ici à Eric Adolphe, personnage dont l’activité a marqué fortement la vie du comté de Salm durant une partie du 18e siècle.

Il est né en 1693. il épousa, le 29 septembre 1738, sa voisine Marguerite HONVELEZ dont il eut un fils et une fille.
Fils et petit-fils de greffiers de Salm, petit-fils et arrière-petit-fils de haut-officier de Salm, filleul aussi d’un autre haut-officier, Eric Adolphe FOCCART (le prénom Eric Adolphe imitait celui du comte de Salm Eric Adolphe, décédé en 1673), le jeune RUTH se trouvait ainsi placé à l’entrée de la vie sur une voie que l’on devine. Rien d’étonnant donc de le voir devenir échevin de Salm, greffier, puis haut-officier même après son parrain, de 1726 à son décès en 1762. on lui reconnaissait un beau talent de parole et d’écriture, qu’appréciait son seigneur.
De sa maison, au haut du « marché » à Vielsalm, Eric-Adolphe orientait et commandait les destinées du comté de Salm. Ce ne fut pas sans heurts et sans diversité. C’est l’époque des grands procès des sujets de Salm contre leur seigneur, et le passage aussi de troupes étrangères à plusieurs reprises. RUTH joua ici un rôle un peu particulier dont nous avons conté ailleurs (voir l’ouvrage « Vielsalm et ses environs ») quelques péripéties, et vous y renvoyons.
Aucun des enfants d’Eric Adolphe ne reprit la maison paternelle, d’ailleurs en indivision. Le fils, Gérard Joseph, quitta Vielsalm pour passer à Luxembourg et, homme de loi, y devint secrétaire du Conseil provincial de justice.
Signalons en passant ce détail, en digression. A Luxembourg, le petit-fils de Gérard Joseph, c’est-à-dire Antoine RUTH (né en 1802), docteur en droit, fut condamné à mort, par contumace, par la Cour d’Assises du Grand-Duché le 6 février 1833, parce qu’il s’était rallié au Gouvernement de Bruxelles de 1830. il fut cependant amnistié peu après, devint procureur du Roi à Neufchâteau, puis de 1844 à 1849, professeur de droit civil à l’Université de Liège. Il mourut du choléra en 1849.

A Vielsalm, le 3 avril 1767, l’un des indivisaires, Jeanne Elisabeth, sœur d’Eric Adolphe, fit donation de sa part à sa nièce Marie Jeanne HARTER, veuve LAMBERTY (dont la mère était Marie Gertrude RUTH, sœur de Jeanne Elisabeth. Devenue veuve, M.J. HARTER, dont le mari était officier de Cronenbourg, était revenue à Vielsalm avec ses quatre enfants.
Possédant désormais le tiers de la maison qui nous intéresse ici, sa famille finit par en avoir la totale propriété. Et le fils Jean Christophe LAMBERTY est bien « possesseur de la maison de feu Monsieur l’officier RUTH », dit un document de 1789. toutefois, une pierre toujours visible au mur de façade (au-dessus du calvaire) porte l’inscription « C.L. 1777 »).

Jean Chrisptophe, lui aussi, n’est pas le premier venu. Né en 1743, décédé en 1809. juriste. Prévôt du comté de Salm de 1780 jusqu’à la fin du comté. Mayeur de Gouvy nommé par le comte Sigismond le 20 octobre 1779. premier maire de la commune de Vielsalm ( sa pierre tombale est encastrée dans le mur d’enceinte de l’église de Vielsalm).

Il mourut après une maladie de six jours. Il avait épousé, le 4 août 1772, Catherine Thérèse OTTE, fille de Jean Bernard OTTE, mayeur de Salm. Neuf enfants.

Après 1809, Jean François Noël, fils de Jean Christophe, continua d’habiter au même endroit, finalement avec sa fille Philippine jusqu’en 1853.
A partir de ce moment, la famille abandonne sa résidence et la maison va bientôt prendre une autre destination.



En 1854, c’est le moment de la création de la chasse à courre à Vielsalm. Le comte de CORNELISSEM, venant de Spa, hébergeant sa petite meute et ses chevaux depuis quelques mois dans la maison « Sépult », les transféra à l’ancienne maison RUTH. CORNELISSEM, lui, n’y résidera qu’en pied-à-terre, mais non certains membres de son personnel.





Cela dura jusqu’en 1860, quand une demoiselle LAMBERTY, restée propriétaire de l’immeuble, le légua aux religieuses de la Providence qui y installèrent une école pour filles en 1862.








Désormais, la vieille maison, qui peu à peu subira une toilette nouvelle et des agrandissements, servira à des fins scolaires.
En 1909, les religieuses bâtirent le « Pensionnat du Sacré-Cœur » que l’on connaît. Les bâtiments « sur le marché » furent cédés à des religieux allemands qui y établirent un pensionnat. (L’école libre des filles continua de trouver place dans le bâtiment, sauf une petite interruption en 1909 et 1910)
La fin de la guerre de 1914-1918 amena le départ des religieux allemands et le bâtiment fut repris par les œuvres scolaires paroissiales de Vielsalm. C’est donc l’actuelle école St-Joseph, où l’école libre des garçons a rejoint celle des filles en septembre 1919.
Encore un détail.
La propriété créée il y a trois siècles par Jean RUTH est restée, à vrai dire, intacte. Elle s’étend toujours depuis la place du « marché jusqu’à la ruelle derrière la maison Bellevaux ».

Gaston REMACLE