Dans un article paru dans Le Pays de Salm du 29 mars 1959 (hebdomadaire publié par Jacques Winand), l'inénarrable « journaliste » local Moustique (Alexis Bruyère) fit un relevé précis des coloniaux salmiens issus de la rue du Général Jacques à Vielsalm. Sur 280 mètres et 52 habitations il en avait trouvé 26 soit un par deux habitations et un par onze mètres de rue !!! Il pensait que c'était un record, ce qui n'est pas impossible. Et de fait, les gens de la région qui dès la fin du 19e siècle sont partis vers l'Etat Indépendant du Congo puis vers le Congo belge sont légion. L'un des premiers et le plus célèbre est sans conteste Alphonse Jacques qui conquit en terre africaine ses premières- et sans doute ses plus grandes – lettres de noblesse.
Le notaire Jules Jacques (1825 – 1900) avait repris l'étude de son père Pierre-Joseph située dans un bâtiment de la route vers Neuville. (En 2008, à cet emplacement, l'immeuble « Art Nouveau » de feu le notaire Delire devenu L'Auberge du Notaire , ensemble de chambres d'hôte de standing). Il fut aussi conseiller provincial et exploita le coticule entre Vielsalm et Salmchâteau. Son épouse Léonie Lamberty lui donna huit enfants : deux filles et six garçons. L'un d'eux, Alphonse, aura un destin hors du commun.
Il naquit à Stavelot le 24 février 1858 chez son grand-père Lamberty mais peut être considéré comme un pur salmien puisque sa famille était bien ancrée à Vielsalm. Il commença au collège Saint-Remacle des études qu'il poursuivit au Collège de la Trinité à Louvain puis à l'Institut Rachez à Bruxelles, en préparation à l'école militaire où il entre en 1876. Il fait encore l'Ecole de guerre avant de s'embarquer le 8 mai 1887 pour le Congo, à ce moment Etat indépendant. Là, il s'occupe de tout : maintien de l'ordre, organisation des transports, vérification des bateaux, entraînement des miliciens de la force publique. Il rentre au pays en 1890 et repart le 13 mai 1891 après avoir été reçu en audience privée chez le pape Léon XIII pour s'occuper cette fois de la lutte anti-esclavagiste au cours de laquelle il sort vainqueur du grand chef des expéditions barbares Tippo-Tip.
C'est aussi à ce moment qu'il fonde un poste qui deviendra Alberville (puis Kalemie). Nouveau retour au pays en 1894 : il se fiance à Pauline Beaupain, puis troisième terme de 1895 à 1898. Durant les quatre années suivantes, il sera réintégré dans les cadres de l'armée et mettra cette trêve dans les expéditions africaines à profit pour se marier et avoir deux enfants.
Cependant, une fois le Congo débarrassé de ses trafiquants de chair humaine, il fallait étudier les ressources du pays. Alphonse Jacques reprend donc du service outre-mer en 1902 pour étudier, construire et exploiter le chemin de fer reliant la frontière méridionale du Congo à la Lualaba. En 1905 : retour en Belgique et vie de garnison à Hasselt, puis le voilà commandant en second de l'Ecole Militaire, ensuite commandant du 12e de Ligne à Liège au moment où éclata la première guerre mondiale qui va lui permettre de se distinguer à nouveau et d'acquérir d'autres titres de gloire. En effet, Jacques avait fondé une ville au Congo, il va en sauver une en Belgique. Le 16 octobre 1914 avec son 12e de ligne, il occupe à Dixmude le point névralgique du front. Si ce point cède, les Allemands seront à Paris quand ils voudront. Jacques tiendra dix-sept jours jusqu'à ce que l'inondation sème la panique chez les Allemands. Après la guerre, il sera chargé de réorganiser l'armée et de représenter la Belgique dans divers pays étrangers.
Alphonse Jacques avait été fait Baron par A.R. du 15 novembre 1919 puis autorisé à ajouter à son patronyme la mention de Dixmude par A.R. du 27 octobre 1924. Il mourut le 21 novembre 1928 et on lui fit des funérailles nationales. Vielsalm honora sa mémoire d'une stèle avec buste en bronze sculpté par P. Van de Kerkhove et qui fut inaugurée près de la maison communale le 14 septembre 1930. Il fut enterré au cimetière de Vielsalm où sa tombe conçue par l'architecte Poupé fut inaugurée le 11 mai 1930. Le conseil communal de Vielsalm, en sa séance de 16 août 1919, baptisa Rue du Général Jacques la route anciennement appelée de Neuville . (En français correct, on dit et on écrit bien Rue DU Général Jacques). Signalons encore que chacun des retours d'Alphonse Jacques au pays était l'occasion de festivités grandioses dans la capitale et à Vielsalm.
Comme dit ci-dessus, de nombreux autres citoyens salmiens ou de la région proche – une quarantaine entre 1887 et 1908 - suivirent, avec moins de réussite et donc de retentissement médiatique, l'exemple de Jacques.
Norbert Niderich né à Vielsalm en 1867 partit en 1890 comme adjoint à l'expédition du Katanga et revint en 1893; Il était seul mais il avait laissé en route un petit compagnon qui devait le rejoindre quelques semaines plus tard : Kalala, premier Noir à arriver et à séjourner ici ! Objet donc de curiosité et de bien des conversations. On cite le cas d'un habitant d'au – delà d'Odeigne venu à pied voir cette chose extraordinaire : un homme à la peau noire. Les gosses de Salmchâteau n’étaient pas les derniers pour taquiner ce phénomène : ils lui criaient : Neûr djâle, neûr djâle ! Et Kalala de se réfugier chez son bienfaiteur en pleurant : Moi pas neûr djâle, moi pas neûr djâle ! Kalala avait été fait prisonnier par un chef noir et vendu à des arabes comme esclave. Il parvint à s'évader et fut recueilli par Diderich et ses hommes. Son protecteur lui fit faire des études à Carlsbourg où il fut baptisé sous le prénom d’Antoine puis retourna en Afrique.
Hubert-Joseph Putz s'engagea au service de l'Etat indépendant du Congo en qualité d'éleveur de bétail et d'agent de culture. Il fut notamment chargé de la capture et de la domestication des zèbres et éléphants au Katanga. Pour cela il se rendit d'abord en Uele où il retrouva un autre Sâmiot , le commandant Jules Laplume qui s'illustra précédemment dans plusieurs actions contre les marchands d'esclaves avant de s'occuper activement de la domestication des éléphants et d'écrire sur le sujet des études intéressantes. Comme, en fait, les éléphants n'étaient pas très nombreux au Katanga, Putz se cantonna aux zèbres. Une grande battue permit la capture d'une centaine de bêtes qui prirent place dans un kraal de 16 ha avec boxes et manège. Il ne semble pas que l'élevage de ces chevaux en pyjama ait connu une suite. Rentré en Belgique en 1909, il s'installa dans son village natal de Salmchâteau où il créa le Cercle africain des Ardennes.
C'est ce Cercle, devenu entre temps royal, (C.R.A.A.) qui en 1957 fut à la base de la création du Mémorial aux vétérans coloniaux du Pays de salm. Après plusieurs projets, il fut décidé d'intégrer celui-ci au site de l'ancienne chapelle Saint-Gengoux déjà citée en 1589 et qui a été ensuite consacrée aussi à Notre-Dame du Luxembourg.(Entre l'actuelle Avenue de la Salm et la Rue de la chapelle).
Ce mémorial de pierre et de bronze fut inauguré le 28 juillet 1957 par la Baronne jacques de Dixmude, veuve du général, en présence des représentants des Rois Baudouin et Léopold III (un fils du Général notamment) , du Ministre des colonies, de très nombreuses personnalités et familles de coloniaux ainsi que d'un important détachement de la Force publique. Il voulait honorer les pionniers (jusqu’en 1898) et les vétérans (jusqu'au 18 octobre 1908) ayant servi sous l'Etat Indépendant du Congo. Par la suite, y fut adjoint le souvenir de tous ceux ayant œuvré au développement du pays devenu Colonie belge.
Quel que soit le regard que les révisionnistes jettent maintenant sur cette œuvre gigantesque de la colonisation et de la civilisation du bassin du Congo, tous ces gens, dont beaucoup ont laissé là-bas leur vie ou leur santé, méritaient bien cet hommage.
Robert NIZET.
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vendredi 16 mars 2012
mercredi 2 septembre 2009
En marge d’un centenaire. De quelques « sorties » des Echos de la Salm au temps passé.
(publié dans Pays de Salm le 20 octobre 1963)
Vielsalm aura vu, cette année, un événement d’importance pour la vie locale, et peu commun : le centenaire de sa fanfare.
Sous la plume de L.J., « Pays de Salm » a rappelé dernièrement quelques faits caractéristiques à situer aux débuts de la société en question. Nous voudrions y ajouter quelques notes, relatives à des manifestations des « Echos », et que nous ont suggérées des souvenirs et certaines archives. Mais il est entendu qu’elles ne retracent pas, et de loin, toute la vie de la société.
En septembre 1883, la société « Les Echos de la Salm » compte vingt ans déjà. Elle est sans doute bien vivante puisqu’elle organise un festival le 23 septembre, dimanche de la fête locale, accompagné d’une exposition agricole.
A 10 h., les Echos recevaient, à la gare, les sociétés de Clervaux, Pepinster, Bastogne, Houffalize. Puis, en cortège, les cinq sociétés gagnèrent le centre de la localité, avec des flots d’harmonie, tandis que, dit un chroniqueur de l’époque, « de belles couronnes étaient lancées par de charmantes personnes au porte-drapeau de chaque phalange ». le bourgmestre BEAUPAIN souhaita la bienvenue.
A 14 h., arrivée d’un nouveau renfort musical avec la fanfare de Ligneuville et trois sociétés de Stavelot. Et le festival commença. On sait que les Stavelotains chantèrent un cramignon sur Vielsalm. Et l’on s’amusa.
Le dimanche 8 avril 1886, les Echos donnèrent un concert au parc de Hermanmont, à leur président le baron de ROSEE, sous la direction d’Auguste HOFFMAN de Rencheux.
Au programme, notamment « La perle du Nord », polka pour bugle, et « A l’opéra comique », ce qui donna l’occasion d’admirer la virtuosité de plusieurs solistes de grand talent, dont Honoré CAHAY (piston solo), Elisée LEMAIRE (bugle solo), et M. MENTION (baryton).
Plus tard, en 1888, à l’occasion de la Saint-Hubert, la fanfare reprendra le chemin de Hermanmont, pour y offrir un concert sérénade à MM. Les membres de la chasse à courre réunis chez M. le baron de ROSEE. Tous ces messieurs étaient d’ailleurs membres honoraires de la société.
Revenons en 1886. le 18 juin, les Echos recevaient la société « L’Emulation » de Stavelot. Deux mois plus tard, le 15 août, c’est « L’Emulation » qui rendait la politesse, à Stavelot. Vielsalm interpréta quatre morceaux, et put encore faire applaudir ses virtuoses. Au départ, vers 19 h., Vielsalm et Stavelot se fondaient en un magnifique ensemble, entonnant « L’Anversoise », un ronflant pas redoublé. Les 75 exécutants regagnèrent la gare où Salmiens et Stavelotains se séparèrent aux cris de « vive Vielsalm », « vive Stavelot ».
Le 29 juillet 1888, voilà les Echos partis en excursion à Reuland. Des voitures les attendaient à la gare de Gouvy pour assurer le transport jusqu’au lieu de destination. Reuland faisait alors partie de la Prusse et nul doute que le voyage se heurta à plus d’un problème. Mais nous en ignorons les détails.
On en sait un peu davantage de la randonée accomplie six mois plus tard au festival de Herve, le 19 août.
Sous la direction de H. REULAND, Vielsalm emporta une médaille d’or et un prix de 50 francs attribué à la société la plus éloignée.
Il y eut une brillante réception. Mais, après, nos musiciens furent invités à se rendre dans une ferme où ils dégustèrent, tenez-vous bien, 38 fromages et 25 bouteilles de vin. Puis ils donnèrent une sérénade à Louis LAMBERTY, originaire de Vielsalm, et percepteur des postes à Herve ; et on trinqua de nouveau. Le retour ne s’effectua que le lundi soir. Dès la descente à la halte de Rencheux, un joyeux pas redoublé ramena le groupe. Toutefois, la liesse n’était pas terminée ; il y eut encore grand accueil à l’Hôtel de Belle-Vue, chez le commissaire Alexandre HENRARD.
Huit jours plus tard, les 26 et 27 août, grand festival à Vielsalm avec concours agricole.
Y participaient, outre les Echos, les sociétés de fanfare ou de chant de Vielsalm, Ligneuville, Bèche, Reuland, Houffalize, Malmedy (La Fraternité et La Malmédienne), Stavelot (L’Orphée, L’Emulation, Les Artisans réunis). Environ 2 500 personnes assistèrent aux festivités.
Le 1 septembre 1889, Stavelot, à son tour, organisa un festial avec 19 sociétés de musique et de chant. Vielsalm y fit excellente figure avec 30 exécutants sous la direction de H.REULAND, et il offrit aux auditeurs deux morceaux choisis « Venise », boléro, et un « Grand pot pourri ».
A une fanfare, il faut un kiosque. A Vielsalm, les Echos en réclamaient un à cor et à cris, ne pouvant, sur la grand-place, présenter leur savoir-faire qu’avec les pieds dans la poussière ou la pierraille.
En 1888 enfin, le Conseil communal en décida la construction. On ne l’étrenna toutefois qu’à la Saint-Gengoux de 1891. mais c’est en septembre de la même année, à la Saint-Lambert, qu’il fut vraiment inauguré avec un festival auquel participèrent 13 sociétés de musique.


Le kiosque de Vielsalm.
Les manifestations paroissiales aussi, maintes fois, n’ont pas manqué d’être rehaussées du concours de la fanfare.
N’en citons qu’une, spéciale. Le 29 décembre 1892 eut lieu l’installation du nouveau curé-doyen, M. MARTILLY, succédant à M. BONNECOMPAGNIE. La fanfare fut au poste, exécutant trois morceaux devant le nouveau pasteur. Bien sûr, cela valut, aux musiciens, un rafraîchissement au presbytère.
Le 16 juin 1894, voilà nos musiciens partis en excursion à Anvers.
Au kiosque de la Place d’Armes, sous la direction d’Auguste HOFFMAN, un concert présenta aux Anversois : « Fantaisie sur la mascotte », « Bouquet de lilas », « Une soirée chez les hannetons », « Begique-Congo ». on logea aux bords de l’Escaut.
Le lendemain, excursion à Flessingue. Comme à Herve en 1888, on fut reçu par un « Samiot », Norbert DIDERICH, ingénieur civil, l’un des premiers pionniers du Congo d’où il était revenu à Vielsalm le 30 avril 1893. quelle réception on lui avait faite, à laquelle les Echos avaient pris bonne part ! A Anvers, DIDERICH se souvint généreusement de ses amis salmiens.
Et les Echos continuèrent de participer à bien des manifestations, dont plusieurs à Stavelot, telle, en 1895, le cinquantenaire de la société « La Bourgeoise », avec 48 sociétés diverses. Les Echos s’y présentèrent avec 42 exécutants.
Avec le temps, ils approchaient, eux aussi, du cinquantenaire. On le préparait avec fervent espoir pour le 23 août 1914. En mai précédent, le Conseil communal vota un subside de mille francs à cet effet.
Hélas ! tous les projets furent anéantis au 4 août. La guerre, de quatre longues années, imposa silence complet aux cuivres. Mais, à l’armistice, quelle exubérance pour célébrer la liberté ! On se souvient encore de cette époque-là, de la vogue du pas redoublé « Les hommes bleus », que notre fanfare avait inscrit à son répertoire.
Nous arrêtons ici ce très modeste relevé de quelques « sorties » d’une belle société de chez nous, en lui souhaitant de fêter un jour avec éclat un second centenaire.
Vielsalm aura vu, cette année, un événement d’importance pour la vie locale, et peu commun : le centenaire de sa fanfare.
Sous la plume de L.J., « Pays de Salm » a rappelé dernièrement quelques faits caractéristiques à situer aux débuts de la société en question. Nous voudrions y ajouter quelques notes, relatives à des manifestations des « Echos », et que nous ont suggérées des souvenirs et certaines archives. Mais il est entendu qu’elles ne retracent pas, et de loin, toute la vie de la société.
En septembre 1883, la société « Les Echos de la Salm » compte vingt ans déjà. Elle est sans doute bien vivante puisqu’elle organise un festival le 23 septembre, dimanche de la fête locale, accompagné d’une exposition agricole.
A 10 h., les Echos recevaient, à la gare, les sociétés de Clervaux, Pepinster, Bastogne, Houffalize. Puis, en cortège, les cinq sociétés gagnèrent le centre de la localité, avec des flots d’harmonie, tandis que, dit un chroniqueur de l’époque, « de belles couronnes étaient lancées par de charmantes personnes au porte-drapeau de chaque phalange ». le bourgmestre BEAUPAIN souhaita la bienvenue.
A 14 h., arrivée d’un nouveau renfort musical avec la fanfare de Ligneuville et trois sociétés de Stavelot. Et le festival commença. On sait que les Stavelotains chantèrent un cramignon sur Vielsalm. Et l’on s’amusa.
Le dimanche 8 avril 1886, les Echos donnèrent un concert au parc de Hermanmont, à leur président le baron de ROSEE, sous la direction d’Auguste HOFFMAN de Rencheux.
Au programme, notamment « La perle du Nord », polka pour bugle, et « A l’opéra comique », ce qui donna l’occasion d’admirer la virtuosité de plusieurs solistes de grand talent, dont Honoré CAHAY (piston solo), Elisée LEMAIRE (bugle solo), et M. MENTION (baryton).
Plus tard, en 1888, à l’occasion de la Saint-Hubert, la fanfare reprendra le chemin de Hermanmont, pour y offrir un concert sérénade à MM. Les membres de la chasse à courre réunis chez M. le baron de ROSEE. Tous ces messieurs étaient d’ailleurs membres honoraires de la société.
Revenons en 1886. le 18 juin, les Echos recevaient la société « L’Emulation » de Stavelot. Deux mois plus tard, le 15 août, c’est « L’Emulation » qui rendait la politesse, à Stavelot. Vielsalm interpréta quatre morceaux, et put encore faire applaudir ses virtuoses. Au départ, vers 19 h., Vielsalm et Stavelot se fondaient en un magnifique ensemble, entonnant « L’Anversoise », un ronflant pas redoublé. Les 75 exécutants regagnèrent la gare où Salmiens et Stavelotains se séparèrent aux cris de « vive Vielsalm », « vive Stavelot ».
Le 29 juillet 1888, voilà les Echos partis en excursion à Reuland. Des voitures les attendaient à la gare de Gouvy pour assurer le transport jusqu’au lieu de destination. Reuland faisait alors partie de la Prusse et nul doute que le voyage se heurta à plus d’un problème. Mais nous en ignorons les détails.
On en sait un peu davantage de la randonée accomplie six mois plus tard au festival de Herve, le 19 août.
Sous la direction de H. REULAND, Vielsalm emporta une médaille d’or et un prix de 50 francs attribué à la société la plus éloignée.
Il y eut une brillante réception. Mais, après, nos musiciens furent invités à se rendre dans une ferme où ils dégustèrent, tenez-vous bien, 38 fromages et 25 bouteilles de vin. Puis ils donnèrent une sérénade à Louis LAMBERTY, originaire de Vielsalm, et percepteur des postes à Herve ; et on trinqua de nouveau. Le retour ne s’effectua que le lundi soir. Dès la descente à la halte de Rencheux, un joyeux pas redoublé ramena le groupe. Toutefois, la liesse n’était pas terminée ; il y eut encore grand accueil à l’Hôtel de Belle-Vue, chez le commissaire Alexandre HENRARD.
Huit jours plus tard, les 26 et 27 août, grand festival à Vielsalm avec concours agricole.
Y participaient, outre les Echos, les sociétés de fanfare ou de chant de Vielsalm, Ligneuville, Bèche, Reuland, Houffalize, Malmedy (La Fraternité et La Malmédienne), Stavelot (L’Orphée, L’Emulation, Les Artisans réunis). Environ 2 500 personnes assistèrent aux festivités.
Le 1 septembre 1889, Stavelot, à son tour, organisa un festial avec 19 sociétés de musique et de chant. Vielsalm y fit excellente figure avec 30 exécutants sous la direction de H.REULAND, et il offrit aux auditeurs deux morceaux choisis « Venise », boléro, et un « Grand pot pourri ».
A une fanfare, il faut un kiosque. A Vielsalm, les Echos en réclamaient un à cor et à cris, ne pouvant, sur la grand-place, présenter leur savoir-faire qu’avec les pieds dans la poussière ou la pierraille.
En 1888 enfin, le Conseil communal en décida la construction. On ne l’étrenna toutefois qu’à la Saint-Gengoux de 1891. mais c’est en septembre de la même année, à la Saint-Lambert, qu’il fut vraiment inauguré avec un festival auquel participèrent 13 sociétés de musique.


Le kiosque de Vielsalm.
Les manifestations paroissiales aussi, maintes fois, n’ont pas manqué d’être rehaussées du concours de la fanfare.
N’en citons qu’une, spéciale. Le 29 décembre 1892 eut lieu l’installation du nouveau curé-doyen, M. MARTILLY, succédant à M. BONNECOMPAGNIE. La fanfare fut au poste, exécutant trois morceaux devant le nouveau pasteur. Bien sûr, cela valut, aux musiciens, un rafraîchissement au presbytère.
Le 16 juin 1894, voilà nos musiciens partis en excursion à Anvers.
Au kiosque de la Place d’Armes, sous la direction d’Auguste HOFFMAN, un concert présenta aux Anversois : « Fantaisie sur la mascotte », « Bouquet de lilas », « Une soirée chez les hannetons », « Begique-Congo ». on logea aux bords de l’Escaut.
Le lendemain, excursion à Flessingue. Comme à Herve en 1888, on fut reçu par un « Samiot », Norbert DIDERICH, ingénieur civil, l’un des premiers pionniers du Congo d’où il était revenu à Vielsalm le 30 avril 1893. quelle réception on lui avait faite, à laquelle les Echos avaient pris bonne part ! A Anvers, DIDERICH se souvint généreusement de ses amis salmiens.
Et les Echos continuèrent de participer à bien des manifestations, dont plusieurs à Stavelot, telle, en 1895, le cinquantenaire de la société « La Bourgeoise », avec 48 sociétés diverses. Les Echos s’y présentèrent avec 42 exécutants.
Avec le temps, ils approchaient, eux aussi, du cinquantenaire. On le préparait avec fervent espoir pour le 23 août 1914. En mai précédent, le Conseil communal vota un subside de mille francs à cet effet.
Hélas ! tous les projets furent anéantis au 4 août. La guerre, de quatre longues années, imposa silence complet aux cuivres. Mais, à l’armistice, quelle exubérance pour célébrer la liberté ! On se souvient encore de cette époque-là, de la vogue du pas redoublé « Les hommes bleus », que notre fanfare avait inscrit à son répertoire.
Nous arrêtons ici ce très modeste relevé de quelques « sorties » d’une belle société de chez nous, en lui souhaitant de fêter un jour avec éclat un second centenaire.
dimanche 2 août 2009
À propos de Kalala.
(publié dans la Revue de Carlsbourg, en juillet 1925)
M. DIDERRICH avait repassé par son vieux Carlsbourg pour y amener un nouvel élève : un authentique jeune Nègre, cueilli dans la brousse et qui s’appelait « Kalala ». à cette époque, les Noirs étaient encore chez nous, un objet de curiosité. Qu’on imagine donc le succès de « Kalala » auprès des villageois et surtout des villageoises ! au reste, « Kalala », ne manquait pas d’esprit. Un beau jour de distribution solennelle des prix, il se produisit entre deux actes de la séance dramatique traditionnelle, pour détailler une chansonnette. Le premier couplet marcha sans un raté, au grand amusement de l’auditoire ; mais dès le deuxième couplet, la mémoire, tout à coup, manqua au Congolais. Un blanc aurait pâli, blêmi, eût achevé de se perdre en se trahissant. Le chanteur nègre a du moins cette ressource de dissimuler son émotion sous son ébène ; avantage énorme que « Kalala » apprécia aussitôt à son prix. Sans barguigner davantage, il souda les morceaux de couplets ensemble et à tous les rythmes et les rimes, comme s’il fonçait dans un maquis, il poussa jusqu’au bout ; puis, saluant, se mit à rire en découvrant le public, pouffant de rire, l’éclair de ses belles dents…
Fr. Emile.
M. DIDERRICH avait repassé par son vieux Carlsbourg pour y amener un nouvel élève : un authentique jeune Nègre, cueilli dans la brousse et qui s’appelait « Kalala ». à cette époque, les Noirs étaient encore chez nous, un objet de curiosité. Qu’on imagine donc le succès de « Kalala » auprès des villageois et surtout des villageoises ! au reste, « Kalala », ne manquait pas d’esprit. Un beau jour de distribution solennelle des prix, il se produisit entre deux actes de la séance dramatique traditionnelle, pour détailler une chansonnette. Le premier couplet marcha sans un raté, au grand amusement de l’auditoire ; mais dès le deuxième couplet, la mémoire, tout à coup, manqua au Congolais. Un blanc aurait pâli, blêmi, eût achevé de se perdre en se trahissant. Le chanteur nègre a du moins cette ressource de dissimuler son émotion sous son ébène ; avantage énorme que « Kalala » apprécia aussitôt à son prix. Sans barguigner davantage, il souda les morceaux de couplets ensemble et à tous les rythmes et les rimes, comme s’il fonçait dans un maquis, il poussa jusqu’au bout ; puis, saluant, se mit à rire en découvrant le public, pouffant de rire, l’éclair de ses belles dents…
Fr. Emile.
Kalala, le premier congolais arrivé à Vielsalm.
(publié le 16 octobre 1960)
Les récents événements du Cogo rappellent au souvenir de nombreux salmiens des faits de la fin du siècle dernier relatifs à l’épopée africaine.
C’était le temps des DIDERICH, des LAPLUME, des JACQUES et de combien d’autres de nos concitoyens.
Il est un de ces faits qui, à l’époque, fit l’objet de curiosité et bien des conversations. Il s’agit de l’arrivée et du séjour à Vielsalm du premier congolais. Celui-ci s’appelait Kalala.
Norbert DIDERICH, né à Vielsalm le 26 avril 1867, ingénieur du génie civil, des mines, arts et manufactures, avait été engagé comme adjoint à l’expédition du Katanga. Le 22 avril 1893, il rentrait à Vielsalm, qui lui faisait une brillante réception.
DIDERICH était revenu seul. Mais il avait laissé en route un petit compagnon qui devait le rejoindre quelques semaines plus tard : Kalala.
Kalala était âgé de 7 ans, et d’une taille élevée pour son âge. Il était originaire des environs de Lupungu (Haut-Sankuru).
Quelque temps avant le passage de l’expédition du commandant belge BIA dans ces contrées le village qu’ habitait l’enfant fut attaqué et rasé par un chef nègre, ami et vassal des Arabes marchands d’esclaves. Le père et la mère de Kalala furent tués et lui-même fut attaché à la chaine des esclaves qu’on dirigeait vers la ville du vainqueur.
L’enfant, réduit en esclavage, parvint à tromper la vigilance de ses ravisseurs. DIDERICH et ses hommes qui se trouvaient aux environs de Lupungu en 1891, mirent l’enfant en sécurité. Celui-ci s’attacha à l’ingénieur qui le garda près de lui.
Courant les dangers et les privations auxquelles l’expédition de son protecteur avait été habituée, Kalala arriva heureusement au Tanganika et à la jonction avec le capitaine JACQUES.
Ayant regagné Boma, DIDERICH confia l’enfant à un de ses amis, M. VAN DEN PLAS, intendant général à l’Etat du Congo, et c’est ce dernier qui ramena Kalala en Europe par le bateau Komassy.
À Vielsalm, Kalala habita chez M. Bernard DENIS, oncle de M. DIDERICH. Le gamin se fit rapidement, parmi les garçons de la localité, de nombreux petits amis.
Son protecteur lui fit faire des études à l’établissement de Carlsbourg. Kalala y fut baptisé et prénommé Antoine, ayant pour marraine la comtesse d’URSEL.
Ses études terminées, Antoine Kalala reprit le chemin de l’Afrique et y fonda une famille.
Mais, pendant plusieurs années encore, il resta en correspondance avec ses bienfaiteurs de Vielsalm.
Gaston REMACLE
Les récents événements du Cogo rappellent au souvenir de nombreux salmiens des faits de la fin du siècle dernier relatifs à l’épopée africaine.
C’était le temps des DIDERICH, des LAPLUME, des JACQUES et de combien d’autres de nos concitoyens.
Il est un de ces faits qui, à l’époque, fit l’objet de curiosité et bien des conversations. Il s’agit de l’arrivée et du séjour à Vielsalm du premier congolais. Celui-ci s’appelait Kalala.
Norbert DIDERICH, né à Vielsalm le 26 avril 1867, ingénieur du génie civil, des mines, arts et manufactures, avait été engagé comme adjoint à l’expédition du Katanga. Le 22 avril 1893, il rentrait à Vielsalm, qui lui faisait une brillante réception.
DIDERICH était revenu seul. Mais il avait laissé en route un petit compagnon qui devait le rejoindre quelques semaines plus tard : Kalala.
Kalala était âgé de 7 ans, et d’une taille élevée pour son âge. Il était originaire des environs de Lupungu (Haut-Sankuru).
Quelque temps avant le passage de l’expédition du commandant belge BIA dans ces contrées le village qu’ habitait l’enfant fut attaqué et rasé par un chef nègre, ami et vassal des Arabes marchands d’esclaves. Le père et la mère de Kalala furent tués et lui-même fut attaché à la chaine des esclaves qu’on dirigeait vers la ville du vainqueur.
L’enfant, réduit en esclavage, parvint à tromper la vigilance de ses ravisseurs. DIDERICH et ses hommes qui se trouvaient aux environs de Lupungu en 1891, mirent l’enfant en sécurité. Celui-ci s’attacha à l’ingénieur qui le garda près de lui.
Courant les dangers et les privations auxquelles l’expédition de son protecteur avait été habituée, Kalala arriva heureusement au Tanganika et à la jonction avec le capitaine JACQUES.
Ayant regagné Boma, DIDERICH confia l’enfant à un de ses amis, M. VAN DEN PLAS, intendant général à l’Etat du Congo, et c’est ce dernier qui ramena Kalala en Europe par le bateau Komassy.
À Vielsalm, Kalala habita chez M. Bernard DENIS, oncle de M. DIDERICH. Le gamin se fit rapidement, parmi les garçons de la localité, de nombreux petits amis.
Son protecteur lui fit faire des études à l’établissement de Carlsbourg. Kalala y fut baptisé et prénommé Antoine, ayant pour marraine la comtesse d’URSEL.
Ses études terminées, Antoine Kalala reprit le chemin de l’Afrique et y fonda une famille.
Mais, pendant plusieurs années encore, il resta en correspondance avec ses bienfaiteurs de Vielsalm.
Gaston REMACLE
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