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samedi 27 juillet 2024

Pourquoi Nicolas de Salm ne peut-il pas être né au château de Salm-en-Ardenne ?

 Les Salm-en-Vosges ne sont pas possessionnés à Salm-en-Ardenne. Il faut remonter au XIIe siècle pour retrouver des ancêtres de Nicolas de Salm comme propriétaires à Salm-en-Ardenne.

(cf. Jules VANNÉRUS, Les comtes de Salm en Ardenne (1029-1415), 1ère partie, Annales de l’Institut archéologique du Luxembourg, tome L, Arlon, 1920, p. 66)

Le comté de Salm-en-Ardenne a été attribué aux seigneurs de Reifferscheid, par testament du dernier comte de Salm-en-Ardenne de la seconde dynastie (Salm-Vianden) au début du XVe s. Cela impliqua une guerre entre le gendre dudit dernier comte, le rougrave Otte, et les nouveaux comtes de Salm-Reifferscheidt. Les difficultés furent réglées définitivement en 1455 par l’attribution officielle de Salm-en-Ardenne aux seigneurs de Reifferscheid.
(cf. Jules VANNÉRUS, Les comtes de Salm en Ardenne (1029-1415), 2e partie, Annales de l’Institut archéologique du Luxembourg, tome LII, Arlon, 1921, pp. 161-173)
Il est inconcevable que les seigneurs de Reifferscheid puissent avoir lié des liens d’amitié avec les comtes de Salm-en-Vosges pour des raisons évidentes de prétentions qu’ils auraient pu formuler par rapport au comté de Salm-en-Ardenne. Il faudra attendre la fin du XVIIe s. et la présence des comtes de Salm-Reifferscheidt à la cour impériale à Vienne pour que se tissent des liens plutôt protocolaires entre ces deux familles comme je l’exposerai dans mon prochain livre.
Titillés, mes collaborateurs et moi-même avons entrepris une recherche d’occurrences (livres, documents et généalogies disponibles) concernant Nicolas de Salm. Nous en avons trouvés des centaines s’échelonnant du XVIe à la fin du XIXe siècle. On peut déjà tirer une conclusion : la désignation d’une année et du lieu de naissance Nieder-Salm/Vielsalm n’apparait qu’au début du XIXe siècle, soit près de 400 ans après la naissance de Nicolas.
Le livre de Johann NEWALD, « Niclas Graf zu Salm, eine Historische Studie », publié à Vienne en 1879, renseigne fort bien sur ce seigneur et démonte quelques légendes le concernant. Il prouve qu’il est né en 1459 mais, par contre, il ne donne pas de lieu de sa naissance.
Pour en terminer, il existe un dernier élément imparable. Le prêtre Christophe de Gernechamps, filleul du comte Christophe de Salm-Reifferscheidt, qui dresse l’histoire et la généalogie des comtes, à force de grands coups d’encensoirs, en 1625, n’aurait pas manqué de relater un tel évènement que la naissance de Nicolas de Salm au comté de Salm-en-Ardenne. Il lui consacre tout au plus une ligne par rapport aux comtes de Salm-en-Vosges et ce, moins de cent ans après le décès du héros viennois.
(Cfr. Christophle De GERNICHAMPS, « Déclaration chronologique concernante la vertueuse et mémorable vie S. Symètre, prestre et martyr, etc. », Liège, 1625, retranscrit dans « Biographie de Saint-Symètre par Christophe de Gernechamps (1625) », vol. I, p. 22, dans Georges BENOIT, « La Renaissance en terre de Salm », éd. de luxe en coffret, Vielsalm, 2015.)
Il y a suffisamment d’éléments probants pour écrire que Nicolas de Salm n’est pas né au comté de Salm-en-Ardenne ; il y est parfaitement étranger et ce en dépit d’un ancêtre y ayant vécu près de 300 ans avant lui.

lundi 2 juillet 2018

Glain et Salm Haute Ardenne n°68 (juin 2012)

Sommaire

- L. MARQUET, La Roche-en-Ardenne au XVIIe siècle au temps des guerres, pp. 5-23.

- J. BOSMANS, Aires de faulde et charbonniers en Ardenne: le dramatique incendie d'une hutte de charbonniers, la nuit du 10 au 11 août 1808 à Belheid (Samrée), pp. 25-29.

- M. PETERS, Autour d'une croix de 1877 et d'une chapelle à Beho, pp. 31-34.

- G. BENOIT, Course cycliste endeuillée à Salmchâteau en 1911, pp. 35-36.

- J. DE POTTER/G. ANTOINE/H. D'OTREPPE, Aux origines de la maison De Potter à Gouvy, pp. 37-38.

- J. DETAILLE/B. VAN EERDENBRUGH, Les vestiges d'orpaillage de l'âge du fer en amont de Bèche et dans la forêt domaniale du Grand Bois, pp. 39-47.

- R. NIZET, Les kiosques à musique de Vielsalm, pp. 49-54.

- C. DRAILY/O. VRIELYNCK, La nécropole celte de Courtil "Hastape" dans le groupe nord des tombelles ardennaises, pp. 55-62.

- HONORÉ, Mémoires de la guerre 1914-1918 à Vielsalm, pp. 63-76.

- G. BENOIT, Sur l'exploitation du plomb à Bihain, p. 77.

- GRUEN/BILFINGER, Reconstruction du tunnel de Trois-Ponts en 1940, pp. 79-83.

- V.d.G., Au fil des lectures: Salm à Bruxelles..., p. 85.

- J. THOMAS, De l'argile pour les fours à pains, p. 86.

- J. TOUBON, Quelques ajoutes à propos de Pierre Joseph MONFORT de Lierneux, pp. 88-89.

- V.d.G., Burtonville: la croix Bontemps, p. 90.

- C. LEGROS,A propos de myrtilles, pp. 91-93.

- G. BENOIT, Bovigny - Le docteur (Pierre-François) Lomry (1868-1941), pp. 96-97.

- H. D'OTREPPE, Hier et aujourd'hui: Grand-Menil, p. 98.

- G. BENOIT, La croix Jeanpierre, sous Priesmont, p.100.

vendredi 13 février 2015

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

L’Organe de Vielsalm du 2 mai 1937  débute par une mise au point péremptoire de l’état du réseau hydrographique de la région. Après lecture de ceci, plus aucune controverse n’est possible !

Vielsalm-Antique
…Quelques cours d’eau sillonnent la commune. La Salm est la Ronce qui change de nom au Bois de Cierreux. Après le passage de la route de Diekirch, passe à Salm-Château, Vielsalm, Grand-Halleux et se jette dans l’Amblève à Trois-Ponts. La Salm proprement  dite  est formée par la réunion du Glain et des Fanges Sierfu. Parcours 17,8 km.
L’Eau des fanges prend sa source à l’ouest de Bovigny, son parcours est de 2,2 km, aboutit au chemin de Courtil, traverse la route de Diekirch et rejoint l’embouchure de l’ Eau de St-Martin. Ce dernier ruisseau a un parcours de 4,3 km ; il est formé du Juvigny et du Neuf Pré, à la chapelle de St-Martin. Il existe encore la Grosse hache et le Basselanc  qui prend sa source aux « Corriotes ».


Incendie à Vielsalm : Dans la nuit de dimanche à lundi, un incendie d’une rare violence s’est déclaré rue des Savoyards. Malgré la promptitude des secours apportés par les pompiers, les militaires du 32ème groupement mixte des Chasseurs ardennais et la population il ne fut pas possible d’enrayer le sinistre.
Les trois maisons de MM. Lannoy, contrôleur des douanes, V. Andrianne, menuisier et  Bougelet, militaire,  furent entièrement consumées. On suppose que c’est un feu de cheminée qui est à l’origine de ce désastre.
Le 23 mai suivant une pétition est présentée au conseil communal par les habitants de la localité et tendant à la non reconstruction des bâtiments incendiés : les circonstances tragiques d’un incendie dans la rue des Savoyards viennent tout particulièrement de mettre en relief le piteux état d’un agencement urbain dont le moins qu’on puisse dire est qu’il est incommode, malpropre et dangereux. L’état présent des choses offre au conseil communal l’occasion ou jamais de manifester ici son programme d’urbanisation.
Il ne faut pas pour le bien de notre ville, pour la santé de nos générations de demain que se réédifient des ruelles malodorantes, croupissantes, génératrices de miasmes et de maladies pour les riverains.
L’élément dévastateur nous a indiqué les limites d’un nouvel embellissement de Vielsalm. Nous vous demandons de donner l’air et la lumière de Vielsalm à un coin de notre ville qui ne les connaissait  plus.
Signataires : Vve Mersch, J.Starck,  G.Archambeau,  B.Denis, Magain, Jacoby, A.Denis, Herman-Goedert, J. Hens.

Le conseil  regrette de ne pouvoir  faire bon accueil à cette demande : il estime que les finances communales ne lui permettent pas de donner satisfaction aux pétitionnaires vu les frais à en résulter.

                                                                               Robert NIZET

vendredi 30 janvier 2015

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

En 1905, l’Organe de Vielsalm rapporte : 

Le 6 août : À Honvelez, un violent incendie a détruit dans la nuit du 31 juillet au 1er août les maisons Jacquet, Paulot et Legrand alors que celle de chez Gengoux a pu être préservée. 

Le 13 août : À Courtil, on a dérobé une somme de 80francs au nommé L. Depierreux en s’introduisant dans sa demeure par une fenêtre de l’étage. On soupçonne deux individus aperçus récemment et qui auraient profité de l’absence des propriétaires. L’an dernier, à 500m de là, on avait déjà volé des instruments de menuiserie. 
Un accident aux ardoisières « Les Jeannesses » de M. Jos. Gomez : Louis Fraikin était occupé à extraire un bloc de pierre quand un éboulement survint et recouvrit le malheureux au secours duquel tous les ouvriers se portèrent. Il avait de nombreux membres cassés et fut reconduit chez lui où il expira le lendemain. Il était âgé de 40ans, était originaire de Neuville, célibataire et soutien de sa vieille mère aveugle. 

Le 20 août : « The original cinematographe » venant d’Ensival est installé pour quelques jours seulement dans notre ville. L’établissement mesure 26 mètres de façade sur 9 mètres de profondeur et est éclairé à l’électricité. Les représentations seront agrémentées par un orchestre symphonique ! 

À Gouvy, les ouvriers de la gare ont trouvé à hauteur du magasin des marchandises le cadavre du dénommé Renard, conseiller communal de Steinbach. Il était porteur d’un billet pour Gouvy délivré à Liège Guillemins. En voulant traverser les voies pour prendre la correspondance vers Bastogne il aura trébuché car il porte au front une blessure faite par un tire-fonds soutenant le rail. 

Le 27 août : le wallon fait peur aux Allemands ! Au programme du Congrès de la langue française qui va se tenir à Liège figurait une excursion à Malmedy, petite ville wallonne de la Prusse rhénane proche de Stavelot. Elle n’aura pas lieu : pour le gouvernement prussien elle aurait été une espèce de manifestation contre les efforts méthodiques qu’il fait pour déraciner de Malmedy et des villages voisins le dialecte wallon et pour le remplacer par la langue allemande. 

Le 17 septembre : À Vielsalm vendredi dernier un violent incendie a détruit les maisons de M.M. Demoulin, Vve Lekeu, V ve Hens et Melle Lemoine ainsi que deux hangars appartenant à Mme Vve X-Orban. Grâce aux efforts de nos pompiers les maisons voisines ont pu être préservées. Des autres il ne reste que quelques murs prêts à s’écrouler. 

Le 24 septembre, retour sur cet incendie. Le parquet est descendu pour établir les responsabilités. Il semble que l’incendie s’est déclaré dans la charcuterie Demoulin et qu’en un instant il s’est communiqué aux maisons Hens, Demoulin et Lemoine. On ne peut comprendre comment avec un matériel aussi défectueux (les tuyaux coulaient par tous les joints) nos pompiers soient parvenus à garantir la rue des Savoyards qui n‘est séparée des maisons incendiées que par une étroite ruelle et dont un bâtiment a le pignon recouvert de planches. Le danger était encore bien plus grand pour la maison Starck mais les pompiers ont pu faire reculer le feu à chaque attaque. Espérons que les autorités accepteront de leur fournir du matériel convenable à l’avenir. 

 Robert NIZET

dimanche 24 juin 2012

VIELSALM DE MON ENFANCE (6)

(Les numéros précédents ont paru dans L’Annonce de Vielsalm des 9 et 23 mars, 6 et 20 avril, 4 et 18 mai, 1er juin)

{Rues du Général Jacques 2ème partie, des Combattants, des Grands Champs, du Parc et de l’Hôtel de Ville}

Repartons des Quatre coins.
À l’angle de la route de Ville-du-Bois, Louis Bruyère et son épouse Esther ont quitté le quartier de la gare et tiennent un dépôt de pain. A côté, Marcelle Hoffman qui épousera plus tard François Lamy, est la voisine du café « Chez Gaston » . Gaston Heyden et Rose Zinnen ont trois garçons : le second aussi prénommé Gaston sera une des quatre victimes de l’accident au bout de la ligne droite de la Bedinne de la Neckar d’Eric Dupré. Après une maison particulière construite par le professeur Lekeu, nous voici chez Gotal : Louis est électricien et vend aussi des appareils électroménagers, et son épouse est coiffeuse. Ils ont une fille, Arlette, très jolie, qui perdra la vie un dimanche dans le tournant après le passage à niveau de Cierreux.



L’auberge de jeunesse est établie sur l’emplacement de la villa Chez Nous du comte Albert de Jonghe. Sur la carte postale, on reconnaît stationnant devant celle-ci la Borgward Isabella de Robert Chatelain et la Morris Oxford (verte) de Mademoiselle Jeanne Albert, professeur de cuisine à l’École moyenne. Joseph Lebecque, facteur, gère cette auberge avec son épouse. L’immeuble appartient à Adophe Demoulin. Cette vaste propriété de Jonghe a été partagée en quatre ; à côté de l’auberge, nous trouvons les demeures de chez Thiry et de chez Rulmont. Il paraît que les jardins sont inversés : celui de chez Thiry est derrière chez Rulmont, celui de ceux-ci derrière chez Thiry ! Enfin les écuries sont réhabilitées et accueilleront plus tard Gaston Mullenaerts et sa famille.
L’extrémité de la rue est occupée par la forge de Maurice Laloire qui conduit aussi avec maestria le nouveau camion des pompiers, le Big Job, et par la quincaillerie de sa belle-sœur.

De l’autre côté, l’immeuble de l’angle avec la rue de l’Hôtel de Ville est occupé par le coiffeur Archambeau. Le Casino reste , avant la création du Lido, une des deux salles de la localité (avec le Cercle ) mais n’a plus tout à fait la réputation de jadis. Cependant, le Théâtre National, avec Serge Michel notamment, y fait étape une fois l’an pendant plusieurs années. Plusieurs autres grosses animations y ont aussi lieu régulièrement. Viennent ensuite cinq maisons particulières : une maison appartenant à la famille Koos du moulin de Joubiéval occupée un temps comme salles de classes de l’Ecole moyenne, celle d’Albert Gomez, co-propriétaire des Ardoisières du gros Thier et celle, assez semblable, d’un beau-frère, une maison en retrait de la route où l’on a fabriqué du soda dans des bouteilles fermées d’une bille en verre occupée par une famille Libert. Ces billes sont fort recherchées car le jeu de billes est très répandu .Enfin celle de Narcisse Hubermont avant, au coin de la rue du Parc, le garage Biémont où l’on vend des voitures DKW à moteur 2 temps 3 cylindres au bruit si caractéristique et des motos.

L’actuelle rue des Combattants commence avec le magasin d’alimentation générale de Juliette André. L’instituteur Olimar m’y envoie parfois – on a chacun son tour – acheter deux barres de chocolat Côte d’Or fondant : son péché mignon. Puis la maison d’habitation de René Zinnen et de sa famille. Il transporte des bois sur son camion Ford Canada provenant des surplus américains de la guerre. L’ancienne Villa des Roses a été rachetée par l’État pour servir de bureau des Contributions. Bien triste destinée ! Nous irons un moment en classe dans des baraquements sur pilotis installés dans la cour devant cet immeuble. Chez les frères Duchesne, ardoisiers-zingueurs, on trouve aussi un commerce de quincaillerie mais aussi des armes et des munitions.



Dans l’angle des rues vers Neuville et vers Cahay a été placé – après un referendum organisé pour départager les partisans de cet endroit et ceux de la place du marché à la place du kiosque ! – le monument aux morts. On ne le regarde pas assez, habitué qu’on est à sa présence, mais je trouve que c’est une magnifique réalisation.

De l’autre côté de la rue, Roscius Catin, notre professeur de mathématiques à l’École moyenne vient de construire une nouvelle maison : il nous montre comment les notions de géométrie ont permis de calculer les angles et les longueurs de la charpente. Un peu plus bas, la forge de Zéphyrin Dizier à l’endroit appelé â pètrolî : il y avait là jadis un dépôt de pétrole à partir duquel des attelages hippomobiles partaient livrer la précieuse denrée dans les villages.



Une grande partie des Grands Champs, sinon la totalité, appartient aux frères Willy et Gérard Paquay qui y exploitent une scierie. Une voirie a été construite qui permet le lotissement de ce vaste espace. Un autre frère Paquay était architecte et les acheteurs d’un emplacement étaient « invités » à recourir à ses services. La plupart de ces maisons ont un toit à quatre pentes, ce qui nécessite plus de bois pour la charpente, bois acheté « obligatoirement » à la scierie Paquay ! Tout le dessus est, semble-t-il, déjà bâti. Au coin la villa des époux Warnotte dont François est le comptable de la scierie, chez Georges Lelarge, ardoisier, Brunson, René André, Iwan Vier, chez Petit qui travaillait à la scierie Grognard et était coiffeur après journée, chez Mullen, Prosper Orban, Paulin Evrard, Roland Lévêque et Georges Scmitz: dans quel ordre chronologique, je ne peux le dire mais les constructions se sont toutes réalisées en un laps de temps assez court. Dans la descente, chez Jules Désert le receveur des Contributions, le receveur régional Eugène Léonard et sa famille forte de dix enfants ( d’où Léonard 10), et le greffier Bozet venu du quartier de la gare. En face, la nouvelle maison d’un autre Léonard, Henri, surveillant de travaux et père de Roland, Maggy, Jacques, Monique et Pierre, (d’où Léonard 5 puisqu’il n’avait « que » cinq enfants !). Sa Studebacker attire les regards. Et cette construction soulève un tollé car elle privatise une partie du sentier des ardoisiers !
L' École moyenne commence à vraiment se développer et donc à se trouver à l’étroit dans l’immeuble de la rue de l’Hôtel de ville. Elle érige donc ici deux pavillons dits R.T.G., un pour les sections menuiserie et mécanique, l’autre pour la section primaire. Le bas de la « Cité Paquay » n’est pratiquement pas construit : pour preuve un des fils Lassine y a installé un dépôt de vieux fers. Son existence sera éphémère car vont y construire leur demeure, de nouveau dans un ordre chronologique incertain : José Remacle, le notaire Proesmans, puis d’autres plus tard. Au coin, il y a cependant un bâtiment plus ancien appelé la maison du Colonel et qui servit un temps de bureau de poste. En face de celui-ci, Monsieur et Madame Nicolas-Gomez avaient été les premiers à s’établir là. René était à ce moment marchand de cochons. Puis d’autres encore vinrent ajouter leur maison : Bonmariage, Palizeul Recken, Olimar…

Robert Nizet avec la collaboration de Marylène Lebecque et de Joseph Léonard/
A suivre

dimanche 10 juin 2012

VIELSALM DE MON ENFANCE (5)




(Les n° 1, 2, 3 et 4 ont paru dans L’Annonce de Vielsalm des 9 et 23 mars et des 6 et 20 avril et des 4 mai et 18 mai)

{Rue du général Jacques et rue de Hermanmont}
La rue du Général Jacques était à cette époque la rue principale de la localité, celle où étaient concentrés la plupart des commerces et surtout la poste. Installé dans un bâtiment déjà ancien, le bureau de poste était couplé à celui des Télégraphe/Téléphone, c’est dire si l’espace de chacun était mesuré. Je me souviens des employés Louis Siquet, Madame Duvivier, Jocelyne Pignon, principalement et des facteurs Jules Damoiseau, Joseph Graff, Fernand puis Claude Remacle.
Quatre immeubles de cette rue présentaient un intérêt évident. Le mess des officiers du 3ème Chasseurs ardennais d’abord, en retrait de la route, vaste propriété bien entretenue que je connaissais très peu. La maison de Potter ensuite. Je ne saurai que plus tard qu’il s’agit du seul exemple en Ardenne d’une façade Art Nouveau. Un peu plus loin, un bâtiment double avec porche abrite Marcel Remacle et sa famille, propriétaire d’ardoisière et les sœurs Simone et Andrée Bernard. Les gammes d’un piano s’y font souvent entendre. Enfin, plus loin, la grosse maison Paquay-Talbot, négociants en bois, avec ses trois niveaux de fenêtres et les énormes blocs d’arkose qui constituent le bas de la façade. Vraiment de la belle ouvrage !

Quels étaient ces commerces ?
Tout d’abord chez Cécile et Joséphine Masson, boulangerie avec dépôt de la Levure royale . Joséphine est chargée de vérifier le chauffage du baraquement servant d’église. On l’entend – raconte Monsieur le curé Léonard de Grand-Halleux – marteler le plancher de son pas de gendarme, aller et venir pour alimenter les trois poêles. A peine a-t-elle tourné les talons qu’arrive Marie Bruyère venue vérifier si le travail a été fait correctement : « Avou Josephine, on n’sé mâye… ». Le premier commerce qui retient vraiment mon attention est la boucherie de Florent Goffinet. Son épouse Pauline, personne très sympathique, sert seule au comptoir la plupart du temps. Juste à côté, chez Libouton, pompes funèbres et fleurs, ont commencé à se développer. Bien loin de moi l’idée que j’ouvrirai là en 1981 une librairie-papeterie ! Plus loin « Aux Nouveautés » , chez Radermecker, layette, bonneterie, mercerie puis « Fantasy » , chez Richode – Pirson, aussi tout le linge pour l’habillement et la maison. Ces deux-là semblent se faire une concurrence d’autant plus acharnée que les magasins sont contigus. A côté de chez Richode, il y a un grand jardin entouré d’un bon mur de schiste qui vient jusqu’au chêne et où sera construit ultérieurement l’immeuble du Crédit Communal. Après la ruelle conduisant au terrain de football, voici le Cercle, café à l’avant et salle de spectacles à l’arrière : Madame Bruyère est aux commandes. Puis chez Joseph Baccus, photographe. Outre les films et appareils photos, on peut acheter chez lui en 1958 un stéréoscope view master introduit chez nous par l’exposition universelle. J’ai toujours en parfait état celui que saint Nicolas m’avait apporté, ainsi qu’une flopée de disques. Passe-temps bien naïf en regard des PC, consoles de jeux et autres appareils informatiques de maintenant ! L’ Hôtel Central de Gaston Mullenaerts est un des principaux établissements hôteliers de la région ; une partie du bâtiment est toujours une quincaillerie : La Clé d’or. On trouvait encore le cordonnier Edgard et le magasin de vêtements de Marie-Thérèse Baccus épouse Evrard.

En face, voici la mercerie de Marie-Bruyère dont la photo porte la mention « Pension ». Était-ce une activité complémentaire ? Était-ce là aussi qu’habitaient les peintres en bâtiment Jean et Robert et n’y avait-il pas aussi un artiste peintre Jean-Marie Bruyère ? Les souvenirs, ici, sont flous. Marie Bruyère a, elle, été immortalisée par une carte postale où elle pose fièrement en costume ardennais traditionnel. A côté, nous voici chez Philippe Kopp, alimentation générale et articles pour fumeurs puis à la Banque de Bruxelles et son gérant Camille Marquet. Après chez Erler, voici l’électricien Charles Legros où l’on trouve des radios mais aussi du gaz en bonbonne. Pour les fêtes de fin d’année, il installe dans sa vitrine un genre de diorama animé et lumineux qui attire l’attention des petits et des grands. En revenant de la messe je fais le détour pour l’admirer ! Après le boucher Dumont, voici la belle double demeure citée plus haut et puis le magasin Delhaize le Lion tenu par un certain Lassine puis par la famille Clément. Après la poste, le domicile de Mathieu Blanjean, matériaux de construction. Pierre Lannoy cite encore l’ancienne cordonnerie du Vieux Chêne de E. Remy et le salon-lavoir Bucheman. Mais ceci ne me dit absolument rien.
Il est étonnant de voir que de très nombreux magasins vendaient, dans la même rue, beaucoup de marchandises communes.

Aux Quatre-Coins, tournons vers Ville-du-Bois. A gauche, voici la grosse propriété de Sinçay qui est bien pimpante : elle deviendra plus tard l’Internat Les Dragons ( on a conservé le nom en souvenir des trois fils de Ligne qui avaient fait leur service militaire dans le régiment français des dragons ) et sur son terrain de tennis se construira la piscine communale. En face, Abel Evrard a construit sa maison et un grand garage pour son autocar Le Coucou avec lequel il emmène les enfants des écoles en excursions de fin d’année et les grandes personnes à la féerie des glaces à Liège, notamment. Juste en dessous, un Winand a construit un immeuble imposant qu’il destine à la fabrication de chaussures. Projet qui n’aura guère de suite. Nous irons même un temps en classe dans certains des locaux.

Dans le fond d’Hermanmont, Nicolas Schroeder, entrepreneur, a construit une magnifique maison avec toit de chaume, très rare à l’époque. Juste derrière se trouve le local des scouts auquel on tente actuellement de redonner un certain éclat et en face la belle petite maison de chez Arnold.

Et puis nous voilà à la propriété de Rosée en relativement bon état encore à ce moment. Notre instituteur Monsieur Olimar a reçu du baron l’autorisation d’y conduire sa classe une fois l’an pour une observation de la nature. Ça permet effectivement de faire toute une série d’observations et surtout de passer sous le grand pont dont il reste alors quatre arches. L’une de celle-ci tombera d’ailleurs une quinzaine de jours après notre passage ! Plus haut, à l’extérieur du tournant se trouvait le chenil abritant la meute de chasse à courre du Rallye –Vielsalm. Les aboiements de ces chiens nous parvenaient les soirs d’été jusqu’à la Fosse Roulette !

Robert NIZET avec le précieux concours de Pierre LANNOY/ A suivre

samedi 26 mai 2012

VIELSALM DE MON ENFANCE

COMPLEMENT AU N°4 PARU DANS L’ANNONCE DES 20 AVRIL et 4 MAI

Pierre Lannoy qui est né et a habité vingt-cinq ans dans la ruelle des Savoyards m’a communiqué une série d’informations complémentaires et de souvenirs sur la place du marché et ses environs : les lecteurs de l’Annonce se joindront assurément à moi pour le remercier chaleureusement. Les quelques années qu’il compte en plus que moi-même permettent d’étoffer ces souvenirs.

Il nous rappelle d’abord que Albert Winand travaillait chez Alfred Dubru. Qu’au-dessus de cette boulangerie une épicerie Courtheoux était tenue par la famille Delperdange dont la fille Gilberte avait épousé Charles Demoulin. On trouvait ensuite la petite boutique d’Armandine où l’on pouvait acheter des bonbons à la pièce : Georgette Remacle lui succédera. La Générale de Banque était, alors, dirigée par Monsieur Lacrosse.

De l’autre côté de la place, le café-friterie au-dessus de chez Starck était tenu par la famille Stephen dont Madame était la marraine de Fernande Bizerna. Pierre raconte que par la petite ruelle à l’arrière il arrivait directement dans la cuisine pour obtenir un sachet de frites et qu’avec les autres gamins il allait regarder le téléviseur que Adolphe Demoulin – un des premiers à en avoir un – avait installé dans sa vitrine.



Au-dessus de la place, Pierre rappelle encore qu’il y avait au coin de la Cour Georges – bien plus étroite que maintenant- un café et cite divers habitants de l’endroit : Georges Glaude, un palefrenier qui travaillait chez Duesberg, peut-être un peintre en bâtiment Bucheman, Anatole Godfraind qui conduisait les pains pour chez Demoulin. On trouvait aussi là l’abattoir de Florent Goffinet où les gamins allaient voir tuer les cochons. Dans le passage perpendiculaire habitaient Mr et Mme Jules Lerot et Louis Louche, plombier-zingueur. Au bout de la ruelle vers le Tiennemesse, la grosse villa avait été habitée par l’entrepreneur Nicolas Schroeder puis par Mr Kieffer et sa fille Marie. Celui-ci venait souvent, après la classe, jouer aux échecs avec l’instituteur de l’école St-Joseph, Mr Raymond Guillaume. Autres habitants de cette ruelle : Maurice Archambeau, ouvrier communal pour qui on avait placé le fameux panneau « Excepté Brouette », Albert Winand et sa famille, Jacques Halbardier puis André Dierincks, le brasseur Fernand Lenoir, la petite Marguerite, une naine parente de José Remacle, le facteur Fernand Remacle, un fils de Fernand Lenoir et Edouard Chapelle, ardoisier.

Dans la ruelle des Savoyards, on trouvait Octavie, Ida et René Jacoby, Clara Magain et son papa, Pierre et Jeanne Mûller, la villa Paquay ( ?) habitée par le juge Verlaine, Mr et Mme Félicien Lannoy dont deux pièces de l’habitation étaient des bureaux des Douanes et Accises, et Victor et Suzanne Andrianne.

Voici pas mal de noms qui raviveront des souvenirs chez plus d’un. Encore merci à Pierre Lannoy pour les avoir communiqués !

RN / A suivre

lundi 7 mai 2012

LE QUARTIER DE LA GARE DE MON ENFANCE

Je vous parle d’un temps que les moins de cinquante ans et les actuels nouveaux habitants du quartier ne peuvent pas connaître : celui des années cinquante à soixante, vieux donc d’une soixantaine d’années. Les souvenirs que j’en ai sont les miens ; mes contemporains en ont d’autres, différents, complémentaires.

Venant du centre de Vielsalm et tout juste après avoir dépassé le Salm-Home du baron Janssen, nous arrivons donc au quartier de la gare bien distinct du reste de la localité, surtout dans la mentalité des gens. Qu’y trouve-t-on à ce moment-là ?



1ère partie : le côté gauche de la rue

La vieille chapelle St-Gengoux et N.D. de Luxembourg perchée sur son talus entre les arbres – un monument en hommage aux coloniaux y sera érigé plus tard – précède la grosse maison Cottin. La première partie de celle-ci est occupée par Charles Maus et son épouse d’origine française, la seconde par la famille de Marcel Rulmont.



Au Bazar de la Salm chez Halconruy, plus tard chez Dejosé, on trouve presque tout mais notamment des sacoches, des valises, du papier peint, des articles religieux, des cartes postales, etc…

Le magasin d’ameublement de Raymond Monfort fournit tous les meubles de la maison : il en fabrique certains car il est menuisier.

Après les entrepôts de chez Payon, le garage Louis Barbette, concessionnaire des motos Saroléa et taxi à l’occasion avec sa grosse Chevrolet toujours garée en face.

La boulangerie Au Pré Fleuri de Paul Remacle où son épouse Suzanne vend, notamment, des délicieuses gosettes à la pâte feuilletée. Je salive.

A l’angle des Chars-à-Bœufs, un petit square, avec une grande croix de bois, entretenu par la famille Payon. Dans les Chars-à-Bœufs, se trouve la maison et le cabinet du bon docteur Remacle et bien sûr le Pensionnat du Sacré-Cœur où ma maman est allée à l’école. Elle en était, à l’époque, la plus jeune élève. Nous y allons parfois à la messe célébrée par l’abbé Cateau. Dans la ruelle adjacente de la Chapelle, citons, entre autres, la famille nombreuse Clotuche et chez Grégoire. Et dans les maisons du bas des Chars-à-Bœufs : Fernand Bock, le marchand de glace que l’on trouve lors de tous les événements et aux points stratégiques les jours d’été et la famille Billiet, notamment.

Le Garage de l’Etoile où Arthur Jeunejean vend annuellement une quantité étonnante de Renaul 4CV, Dauphine, Frégate, etc… Sur la vitrine à gauche de la porte d’entrée est peinte de temps à autre une scène rappelant les innombrables victoires en rallye des Dauphine Gordini. L’artiste inconnu sait y faire !

A côté, la forge des frères Roger et Emile Guillaume. J’entends les marteaux qui frappent l’enclume. Dans le travail, un cheval est ferré à neuf. Je sens la corne de ses sabots qui fume et grésille. On peut acheter là des écrémeuses Mélotte et – le progrès est déjà bien en route – des tracteurs Deutz.

La vitrine de la modiste Andrée Remacle propose des chapeaux qui actuellement auraient encore du succès.

Le petit magasin de Madame Habotte propose tabacs et chiques de toutes sortes. Ici aussi je sens un mélange de tabac, de cannelle et de je ne sais quoi de sucré.

Le café et la pension de la famille Orianne. Joseph travaille aux carrières du Gros Thier, a mon Gômez. Je le vois sortir de la galerie poussant avec deux ou trois autres ouvriers de fond un wagonnet chargé de blocs de schiste à scier ou à fendre. Les jours de fête à la gare, c’est lui l’homme-orchestre. Son épouse : Léna ; ses filles Geneviève et Fanny.

Après le Bureau luxembourgeois d’assurances et immobilier de Marcel Rulmont et chez Jean André ( Jean Mâtchwè)qui a épousé Flore en secondes noces nous voici à la librairie de Joseph Goldstein. S’il fait beau il est assis dans son fauteuil en osier devant la porte et porte une penne qui le protège du soleil. On y trouve journaux, films, cartes- routières, timbres-poste, etc… Une année (au moins) était-ce au moment du Tour de France ou pendant toutes vacances, je ne sais plus, un avion lui amène en début de soirée un paquet de journaux qui est largué dans un champ sous la beurrerie.

Madame Delvaux-Bovy, elle, est la propriétaire de l’Hôtel de la Salm possédant une magnifique cave creusée dans le roc. Sa fille Simone la seconde tandis que son fils Lolo navigue au loin sur des navires dont il est le cuistot.

Après chez Nottet, voici une autre boulangerie, celle de Louis Bruyère. Nous disons chez Smet (peut-être parce qu’il y avait eu là auparavant un Schmets ?) Nous n’y allions pas pour une rancune dont j’ignore la cause, futile à coup sûr.



Trois ou quatre maisons où habitent Gaston Jacques, son épouse Nestorine et deux filles de deux mariages différents, la veuve Burnotte et son fils Jean-Marie, les Rondeux et nous arrivons chez le menuisier Gustave Duvivier. Ici je hume la bonne odeur du bois, des copeaux et de la sciure qui s’amoncelle au sol. Gustave tient aussi deux ou trois vaches. Vers 1960 ou 1961 un terrible incendie détruira tout sauf le corps de logis.



Après chez Léopold Georges et Laure Wampach (dont une fille établie à Bruxelles et revenue pour la fête à la gare décèdera dans la nuit suivant le bal, je ne sais plus en quelle année) voici les établissements René Cottin : aliments pour bétail, charbons et station essence Purfina. Plusieurs véhicules et un personnel déjà nombreux mais c’est Marie Dantine qui retient mon attention : installée à l’étage, elle reprise les sacs en jute. Elle est déjà bien âgée cependant. Son fils Charles fait aussi partie du personnel. Un soir, grosse animation dans la rue : des moteurs vrombissent, le Tour de Belgique auto patronné par Purfina se ravitaille ici. Aloys Schonne, le comptable, ne sait où donner de la tête pour servir tous ces pilotes. Les Cottin ont construit plus loin une villa assez haut perchée : je ne sais qui l’habite. Plus tard, ce sera le Docteur Caprasse et sa famille venus de Salmchâteau.

Au-delà trois terrains dits Pré le Comte ne sont pas bâtis. Dans le premier, ce même Docteur Caprasse va bientôt y construire une grosse maison dont les travaux seront pour nous un petit événement. Dans l’autre, mon papa met ses jeunes veaux et c’est par là que nous grimpons aux carrières pour y faner un champ qu’il y loue, ou simplement pour jouer, explorer… Les carrières et leur réseau de rails pour wagonnets, avec plaques tournantes, les machines pour scier et fendre les blocs, une activité incessante : quelle source d’émerveillement pour un gamin ! Je sens la fraîcheur venant des profondeurs quand, l’été, on se place à l’entrée de la galerie. Lorsque la société a construit le moulin à schiste, il a d’abord fallu agrandir les ouvertures des portes car les machines n’entraient pas. Et au début de l’exploitation, tous les champs alentour seront couverts de poussière de schiste !

Au bas du dernier champ en bord de route se trouve un fortin juste au bord de la route et quelqu’un (qui ? pourquoi ?) y a dressé une grosse croix faite de deux troncs d’arbre. Tout au bout de la rue et donc de la localité, sur un petit terre-plein, Ernest Lassine a installé sa roulotte et son dépôt de ferraille et de vieilles voitures. Il y a de la brouille dans la famille comme l’indique l’avis affiché « Ce n’est pas la même maison d’en face » (sic). En bord de route, un tuyau débite une eau claire et abondante de façon continue. C’est la trûtchète qui évacue le trop plein d’une ancienne galerie de carrière. On va encore parfois y chercher des cruches d’eau mais elle sert surtout à laver les voitures.

Plus loin, voici le défilé majestueux de ma Fosse-Roulette.


2ème partie : le côté droit de la rue

Après la belle maison de chez Robertfoid dans son parc arboré, la maison Winand-Martin fournit tout ce qu’il faut aux dames et dans le même immeuble, Jacques Winand propose tous les travaux d’imprimerie et édite le journal Le Pays de Salm.

Les établissements Payon gérés par Marcel Payon et son fils Gustave vendent des charbons et des aliments pour le bétail. Une bascule permet de peser tout camion avant et après déchargement.



La Place du Tram est le terminus de la ligne Lierneux-Vielsalm depuis que les voies dans la localité ne sont plus utilisables en raison des dégâts causés par la guerre. Juste à côté, le dépôt de matériaux de l’entrepreneur Englebert.

Sur la route vers la gare, on trouve d’abord l’épicerie tenue par la veuve d’Odon Jeunejean. Le drame du Côreû est encore tout récent mais ce n’est que bien plus tard que j’en aurai vraiment connaissance. Lucienne est secondée par son père Lucien Ruche, un homme calme et tranquille qui, en outre, effectue des travaux de jardinage dans plusieurs propriétés de la localité. Passé le pont sur le Glain que, ignorants des dérangeantes fantaisies de l’hydrographie locale, nous appellerons encore longtemps La Salm, nous voici chez Carle : café, hôtel, restaurant. Eugène, après avoir été employé à la chasse à courre fait le taxi au volant de ses Ford successives. En face, seul bâtiment à droite sur cette portion de rue, l’ancien relais des malles-poste avec ses caves sur deux étages est occupé par la famille Jacques : Maria épouse Benoît, René, handicapé profond, Clémence et Arthur à la démarche zigzagante et saccadée.

Et là devant nous, LA gare où règne une activité incroyable. En aval un vaste quai de découpe de bois chargés directement sur les wagons du chemin de fer à destination des mines de charbon. En amont, l’entrepôt des colis d’où partent chaque jour plusieurs camions dont le Hanomag de Henri Malchaire de Ville-du-Bois et puis une aire de chargement et déchargement des marchandises avec de part et d’autre deux voie ferrées réservées à cet effet. En outre, on y trouve une rampe de chargement pour les véhicules militaires, chars, jeeps et half-tracks utilisés à la caserne. Chaque matin, une locomotive procède aux « manœuvres » : elle répartit les wagons amenant les marchandises pour permettre leur transbordement sur les camions et constitue un convoi avec ceux expédiant d’autres marchandises vers des destinations parfois lointaines. Lors des grèves de 1960, de nombreux wagons restèrent bloqués là et devinrent le temps que l’activité reprenne un terrain de jeu nouveau donc intéressant : nouveau pâturage ravit le baudet !

Demi tour.
Après le café de Clémentine Lugens, bières Haecht, où viendront plus tard Yvon et Jeanne Meurice, voici les grands magasins du Centenaire, a mon Djan Hinri : Jean, avec sa maman Clarisse et souvent la servante Rosa venue des cantons de l’Est vend épicerie, articles de ménage, papiers peints et couleurs au rez- de -chaussée, de la vaisselle en tout genre au sous-sol, des jouets au premier et des valises au second. A l’approche de la saint Nicolas nous pouvions aller nous « documenter » au premier qui était alors particulièrement bien fourni. Le papa Joseph et le fils José, eux, s’occupent de la quincaillerie, des poêles et de l’outillage.

Passé la route vers Rencheux, les commerces deviennent plus rares au profit des maisons d’habitation.

Omer et Anna Richelle sont au service de chez Cottin. Ils ont deux filles : Raymonde et Jacqueline.

Lucie Cottin qui avait épousé Marcel Close était une femme instruite et je pense qu’elle sera la première femme à siéger au Conseil communal. Ses parents Victor Cottin et Jane Delsinne habitèrent un temps avec elle.

René Cottin est incontestablement le plus gros commerçant du quartier ; c’est même un industriel car il possède aussi une usine à Chokier en bord de Meuse. Au service de son épouse et de leur quatre enfants, il y a une servante, Gerda, venant elle aussi des cantons de l’Est.

André Jeunejean continue le commerce de son père Arnold qui, lui, était plutôt fabricant et expédiait des machines agricoles jusqu’au Congo, comme en témoigne une carte postale. Lui se limite à des essoreuses, lessiveuses, réchauds à gaz, petit matériel pour les agriculteurs. Deux filles Myriam et Nadine que je n’ai jamais revues.

A côté, chez désiré Nizette, la fille Suzanne, couturière, a épousé Armand Lesage qui travaille « au téléphone ». Quand il revient en moto, leur chienne lui fait chaque jour un accueil long et bondissant. Le frère Albert, aussi érudit autodidacte que misanthrope, a élu domicile dans la cave qui sent toujours son savon à barbe ! Suzanne, devenue veuve, sera une des premières dans le quartier sinon la première, à posséder la télévision et elle nous invite souvent à aller voir certaines émissions.

Gilbert Brasseur est mon coiffeur : il a son salon chez ses parents Georges et Marie. On y trouve aussi des cannes à pêche et même des carabines. C’est donc aussi le rendez-vous des chasseurs et des pêcheurs.

Le gros Edouard Triolet est son voisin. Tellement gros qu’il profite de ce que mon père vend un veau ou un cochon qu’il faut peser sur la bascule pour vérifier son poids. Sa fille, veuve, s’est remariée avec Maurice Rouxhet de Stavelot. L’épouse de ce dernier et leurs quatre enfants de 7 à 14 ans ont été assassinés le 19 décembre 1944 par les Nazis lors des tueries de Stavelot. Pas étonnant que Maurice ne rit pas tous les jours. C’est à lui que je dois mon baptême de l’air ; il volait en effet à partir de Spa et de Verviers.

François Triolet avait épousé une brave flamande, Léonie ; ils hébergèrent les parents de celle-ci devenus vieux mais ne connaissant malheureusement pas un mot de français. François se déplaçait toujours avec son vélo, car il avait des difficultés pour marcher, et son chien ; celui-ci sera un jour attrapé et tué par la voiture d’un jeune instituteur, Joseph D. juste avant le pont du chemin de fer et presque sous mes yeux.

Et nous voilà à ma maison natale. Je suis le premier enfant de Marcel Nizet et de Marie-José Jeunejean. Une sœur et un frère viendront ensuite. Mon père est fermier, a une bonne douzaine de vaches, un cheval, quelques veaux, un temps des cochons. Ma vieille Nénenne Mélanie Lansival vit avec nous. Une de ses occupations est de servir le lait à une douzaine de clients quotidiens : une chaise basse est installée dans le corridor ; dessus un litre et un demi-litre pour l’appoint.
Ici, j’entends le roulement du tram qui, quatre à six fois par jour, rythme notre activité, là-haut aux carrières le bruit de l’armure sciant les blocs de schiste et celui des wagonnets déversant les déchets sur les vèrdôs , à l’arrière les innombrables trains de marchandises transportant quotidiennement le coke vers le Grand-Duché et tirés par deux énormes machines à vapeur, plus tard des Diesel, l’incessant bruissement de la grande eau, l’êwe du Sâm, qui s’intensifie deux fois par jour lorsque Cierreux lâche. J’ai rédigé à l’intention de mes filles une longue description de notre maison et de notre vie au long des jours.

Quelle belle époque ! Et pourtant…

Mes yeux s’embuent. Une larme perle, roule et s’écrase sur mon clavier…

Il convient de signaler une particularité de la plupart de ces dernières habitations : elles ont presque toutes un banc sur le trottoir ; on l’occupe tard le soir en été ou les dimanches après-midi pour regarder le spectacle de la rue, car c’en est un. Simple et naïf passe-temps d’une époque révolue.

Nos premiers voisins à droite sont Aloys et Zoé Schonne et leurs trois filles. Je suis en conflit permanent avec Zoé et traquer ses poules est un de mes passe-temps préférés : ça me vaudra une fois la visite des gendarmes !

Le greffier Bozet est passionné de photographie : il a réussi un très beau cliché de sa fille Chantal en train de m’embrasser. Nous avons 5 ou 6 ans…

Vient ensuite Pierre Clause, menuisier, charpentier, charron avec sa deuxième épouse Thérèse et son fils, le grand Maurice, notre meilleur voisin : toujours là pour rendre service, faire plaisir..., et s’engueuler avec mon papa à propos de football ou de coureurs cyclistes.

Chez Magotiaux : encore un petit magasin tenu par Léonie. Son mari Victor est un personnage peu commun. Il ne tolère pas, par exemple, que nous jouions derrière chez lui, dans l’eau des carrières, petit ruisseau charriant de la poussière de schiste où nous créons un réseau de canaux et de barrages avant qu’il ne se jette dans la rivière.

Après chez Lengler qui seront remplacés par la famille (nombreuse) Laurent, voici la maison basse de chez Lesenfants. Edouard Lesenfants qui ne manqua pas d’aller voir au Casino (ou était-ce déjà au Lido ?) le film Les enfants d’Edouard ! Son fils Gilbert deviendra notre instituteur.

René André dit Tchanmathî est transporteur routier et possède un des premiers camions Mercédes d’après-guerre avec lequel il parcourra plus de 800.000 km. De ce fait, il reçoit une revue de la firme dont il me fait cadeau.

Le dépôt de vieux fers et vieilles voitures de Louis Lassine est assez impressionnant et cache presque les roulottes dans lesquelles habite sa nombreuse famille. Nous allions souvent lui vendre des vieux fers que, sans vergogne, nous allions rechercher par derrière ou alors nous posions négligemment le pied sur la bascule lors de la pesée. Une fille, Mariette, construit une petite maison qui sera plus tard achetée et rehaussée par Raymond Parmentier. Le fils de celle-ci, Jeannot, se tuera en vélomoteur du côté de Gouvy tandis que son cousin Alex sera une des quatre victimes de l’accident au bout de la ligne droite de La Bedinne dans la Neckar d’Eric Dupré.

La dernière maison est celle d’Aline triolet dont le mari a été tué pendant la guerre par une balle (allemande, je présume) juste à côté de notre maison. Elle-même sera victime d’une explosion de gaz. Elle a deux enfants : Edouard et Fernande.

Derrière chez elle une passerelle sur la rivière permet de rejoindre la route de Rencheux près du pont du chemin de fer. Là se trouve une cabine de signalisation où travaille souvent Maurice Clause et un quai de découpe du bois où nous jouons souvent. Je sens la bonne odeur de la résine de sapin.



Passé le Pont des Perches, deux habitations adossées : chez Bastin, Jules (maçon) et Irma ( employée « au téléphone » dans le même immeuble que la poste dans la rue du Général Jacques) et chez Emile Lallemand. Devant ces maisons, un immense garage de chez Cottin où est entreposé du fourrage. Nous y jouons souvent à l’insu des propriétaires mais nous en sommes parfois délogés par Aloys.

Derrière les magasins Lallemand, un passage est le vestige de l’ancien chemin venant de Vielsalm et se dirigeant vers Salmchâteau par le gué du Pont des perches. Cela, je ne le saurai que bien plus tard. Pour le moment le passé de la localité n’est pas une préoccupation. Dommage car j’aurais appris des choses qui m’ont échappé à tout jamais. Il y a là une habitation occupée un temps par la famille Billiet puis par la famille Labarbe-Barbette ; Marcel faisait saint Nicolas pour le quartier. Par une gripette courte mais abrupte entre chez Lugens et chez Jeunejean nous revenons sur la place.

Ici se termine cette évocation du quartier de la gare de mon enfance et j’aurais pu être bien plus long; je l’ai quitté depuis trente-cinq ans mais, on l’aura compris, une partie de moi-même y est restée. Tout cela a bien changé. Est-ce en mieux ? Est-ce en moins bien ? Presque toutes les personnes citées nous ont quittés. Ne restent des vrais de la gare encore sur place que ( sauf erreur de ma part) Gilbert Lesenfants, Nicole Triolet, Guy et Odette Cottin, Freddy Lallemand, Anne-Michèle Delvaux, Jacquelmine Carle, Jacqueline Winand ; ajoutons-y le notaire Cottin : ce n’est pas pour cinquante mètres ! Enfin, il me plaît de citer Odon et Jean-Claude qui sont restés eux aussi dans la localité et avec lesquels j’échange souvent des souvenirs de la gare. Puissions-nous le faire encore longtemps.

RN / ronizetvielsalm (signe habituel)hotmail.com

vendredi 27 avril 2012

VIELSALM DE MON ENFANCE (4)


(Le n°1 est paru le 9 mars, le n°2 le 23 mars et le n°3 le 6 avril)

Juste au-dessus de cette propriété Sépult qui va faire place à la nouvelle pharmacie Delcominette, voici la Pâtisserie Royale d’Alfred Dubru. Celui-ci avait racheté ce commerce à Ernest Tellin qui avait épousé une sœur de mon papa, mariage à la ferme des Concessions comme on savait les faire en ce temps-là avec toute la flopée des cousins, petits cousins et arrière petits cousins. Mais des problèmes de dos lui avaient imposé d’abandonner cette activité. Alfred Dubru était parfois aidé par Alexis Archambeau, un homme grand, mince et droit comme un i. Tout en haut de la place on trouvait l’officine à façade en bois vert existant toujours actuellement du pharmacien Delcominette qui avait succédé à son collègue Moxhet disparu pendant la guerre.


En face, on trouvait de bas en haut : la bijouterie de Madame et Mademoiselle Starck, un café tenu à l’époque par je ne sais qui, ensuite notamment par Marie Richter, chez Mersch dont la fille Denise a un problème dans une jambe, ce qui ne l’empêche pas de traverser toute la localité une fois par semaine, le vendredi je crois, pour chercher du lait chez nous, chez Fraipont-Andrianne, chaussures puis chez Dodoche Demoulin : appareils électro-ménagers et studio-photo. C’est là que j’ai été photographié nu sur une peau de mouton : c’était encore la mode. (Photo sur simple demande)

Le gros bâtiment de l’École Saint-Joseph dominait – et domine encore – la place. Donnant dans la cour, il y a le corps de logis des parents de Monsieur le Vicaire. Je suis entré pour la première fois dans ce bâtiment lorsque nous avons commencé le catéchisme pour la « grande communion ». J’avais été étonné de voir l’état des locaux : murs pelés, couleurs disparues… Et nous, les « communaux » étions regardés sans aménité par l’instituteur Monsieur Monfort.





Par la ruelle à droite de cette école nous allions à la messe dans le baraquement installé dans l’actuelle cour supérieure de récréation de l’École Saint-Joseph pour pallier l’absence d’église depuis la guerre. Un film tourné en 1950 montre la sortie de la messe dominicale : on en mettait du monde dans cet édifice provisoire et toute la population, semble-t-il, assistait à l’office. En face de ce baraquement, la boulangerie Masson ne m’a laissé aucun souvenir si ce n’est celui de la voiture hippomobile de livraison du pain qui pourrira là de nombreuses années. Au bout de la Cour Georges, nous allions parfois avec ma maman chez une dame qui remaillait les bas nylon. Autre exemple d’une activité disparue ! Nous faisions le tour par le petit sentier interdit à toute circulation autre que celle des brouettes pour revenir sur la place en passant dans l’étroit passage entre la maison Lenoir et l’École Saint-Joseph.










Poursuivons vers Sous-Bois : le cordonnier Remacle et Jean Gustin, taxi avec un minibus DKW, assurances et électro-ménager occupent deux maisons jumelles ; ensuite le café Léonard (Chez Léon Caca) puis l’Hôtel Archambeau qui vient de récupérer l’appellation Belle-Vue . Rien à voir avec l’ancien Hôtel Belle-Vue propriété de Léontine Thonard-Jeunejean, une tante de ma maman. L’immeuble (emplacement actuel du parking sous l’église) avait été détruit par incendie avant la guerre. Les dépendances étaient restées plus ou moins intactes car Joseph Choffray y stockait ses pommes de terre. Assez curieusement, les imposants travaux de construction de la nouvelle église n’ont laissé pratiquement aucune trace dans mes souvenirs, sinon sur leur fin ! En face, la grosse maison Mouton ( Le Contes de Salme actuellement) surplombe le dépôt des matériaux de construction de Mathieu Blanjean qui profite de la voie ferrée ( tronçon subsistant de la ligne Vielsalm-Born) qui au-delà du passage à niveau non gardé permet l’évacuation des bois découpés sur le chantier installé là ( Magasin Spar et ateliers communaux actuels).

Dans les maisons en contrebas de la grand route habite notamment notre facteur Jules Damoiseau, vieux célibataire bourru, puis nous voici chez Joseph Choffray, autre cousin de mon papa, et son commerce de fourrages, grains et charbons. Avec un de ses camions, il vient souvent rentrer le foin fané par mes parents.

En face, au pied de la côte vers Priesmont, la villa des Roches, chez Kieffer. La « Colonelle Vandervelde » et sa sœur Marie y règnent en maîtres. Deux personnages hauts en couleurs et en bagoût qui feraient à elles seules l’objet d’un article séparé !

Sur la grand route de Grand-Halleux, après l’ancienne maison Offergeld, Charles Deboutemont vient de construire le nouveau garage Auto-Stop : concession Peugeot et pompes à essence. Puis après deux ou trois maisons, la magnifique propriété de chez Courard entretenue avec un soin méticuleux : pelouse rase, le gravier des allées parfaitement ratissé, toutes les plantes et haies taillées au millimètre. Et puis nous voici à la scierie des frères Jules et Norbert Grognard : grosse activité à l’époque avec de nombreux camions. Les enfants Jean-Louis, Paul, leur sœur plus âgée, Michel et Pierre viennent à l’école communale. En face, pour mémoire, le château de Golonfa, un peu mystérieux, où habite un peintre Demarteau et à côté la grotte N.D. de Lourdes souvent fréquentée par des processions.

Robert NIZET

mercredi 18 avril 2012

VIELSALM DE MON ENFANCE (3)

( Le n° 1 a été publié dans L’Annonce de Vielsalm du 9 mars et le n°2 dans celle du 23 mars dernier)

{Rue du Vieux Marché, numéros actuels des maisons dans ( )}

Dans les dépendances de la grosse maison Offergeld, on fabrique des pierres à rasoir. A ce moment, je sais tout juste ce que c’est et je suis évidemment bien loin d’imaginer qu’un jour je participerai activement à la création d’un musée du coticule. On voit repasser à vélo devant chez nous chaque soir des gens de Salmchâteau — dont une dame affectée d’une énorme tache de vin — occupés à cette activité si particulière.



Quelques maisons dont celle des frères et sœur Guillaume (62) pour ainsi dire inchangée sauf les volets baissés et celle de l’entrepreneur Clément Englebert (56) que je vois avec une espèce de lévrier et puis celle du dentiste Maurice Delaval (54). Quand on va se faire soigner les dents, on reçoit une figurine en plastique. Et puis voici la grosse propriété Lechat (Place de Salm) magnifique immeuble bordé d’un parc arboré d’un côté et de l’autre d’une longue et basse construction, anciennement entrepôt du tanneur Beaupain mais, à mon époque, affecté, je crois, à la société d’électricité ESMA.

Au-delà voici le café Dupré (44) et plus loin chez les demoiselles Masson (32) La maison des vins de France , alimentation, vins et spiritueux, le magasin d’électro-ménagers de Nicolas Kartheuser (30), l’épicerie-poissonnerie d’Albert Kopp (26) où l’on trouvait aussi des graines pour oiseaux. Un peu plus loin le studio photographique Gillet (18) dont je me demande si je l’ai réellement vu en activité. Et puis la boulangerie Debra (14 ou 12 ?) le patron, la pipe en bouche, portant le pain à domicile dans sa Juvaquatre camionnette noire, l’horloger-bijoutier-opticien Bechet (10) dont nous croisons tous les jours en allant à l’école l’épouse qui va enseigner au Pensionnat. Et puis, débordant sur le trottoir jusqu’à le supprimer complètement la pension de famille Hoffman ( 8 ). Par les fenêtres toutes proches de la rue on voit la grande table préparée pour accueillir les nombreux pensionnaires. Dans une annexe en briques, plus récente, Maurice Hoffman vend et répare des vélos. Tout à côté, en retrait et en léger contrebas une petite maison où officie un tailleur.

L’ancien Hôtel des Ardennes (4), un temps auberge de jeunesse, ne m’a laissé aucun souvenir au contraire du petit magasin d’Agnès Botte qui était en réalité une Thomas : son immense comptoir, sa forte claudication, sa bonne humeur perpétuelle. Entre ces deux derniers, une magnifique petite maison très ancienne, chez Willem (2), autre joyau - avec la maison Hoffman - disparu.



La famille Demoulin occupe le bas de la place : la boucherie, la boulangerie et le magasin de vêtements pour enfants Au Petit Poucet d’Annette épouse Bechet. Et nous voici au presbytère occupé par le Doyen Léon Pierrard. Celui-ci a un vilain penchant pour le Bols. N’empêche, lui et son jeune vicaire Georges Léonard, ça c’étaient des curés !



Retour au devant de la rue. Dans le groupe de maisons il y a, je pense, un légumier (Stréber ?) et un marchand de chaussures (Georis ?) puis un stock américain tenu par Guy Lassine et qui sera détruit par un incendie. Tout le reste de la rue est bordé par le mur de la propriété du notaire Lambert et celui de chez Sépult. Le premier à bâtir là sera Edgard Hoffman en même temps qu’il était contremaître aux travaux de construction de la nouvelle église. Les mauvaises langues (si, si, ça existe !) racontent que tous les camions de pierres n’allaient pas jusqu’à l’église. Effectivement, je le sais puisque nous avons acheté cette maison en 1986, les pierres d’arkose sont les mêmes que celles de l’église et les appuis de fenêtre du grenier sont faits de déchets de marbre dont l’origine ne fait aucun doute. Bientôt viendront s’ajouter des constructions, surtout des commerces, mais dans quel ordre chronologique, je ne peux le dire. Au bout de la rue, le trottoir est constitué par le banc ardoisier qui affleure : on marche sur le rocher à un endroit où la grosse maison Sépult est si proche de la maison Hoffman que deux voitures peuvent à peine s’y croiser. Pas étonnant que le terminus du tram de Lierneux avait dû être avancé d’environ 200 mètres. Cette grosse maison Sépult avec ses nombreuses fenêtres et ses volets de tôle était déjà abandonnée au moment que je décris. Certains à l’école ou au catéchisme racontaient qu’ils allaient en expédition dans ses nombreuses pièces. Je regrette bien de ne pas avoir pu les accompagner !

A SUIVRE / Robert NIZET

VIELSALM DE MON ENFANCE (3) – COMPLÉMENT

Mes appels pour obtenir quelques informations complémentaires à mes souvenirs trop souvent parcellaires, incomplets ou déficients ont enfin eu un écho. Merci à Jean-Pierre van Campenhout pour les précisions suivantes apportées à la description de l’actuelle rue du Vieux Marché.

La première maison, actuellement chez Yvon et Jeanne Meurice, était celle du géomètre Clermont et de son épouse née Dupré. Venaient ensuite le salon de coiffure d’Albert Lanuit, le stock américain de Guy Lassine, les chaussures de Léonard Georis qui avait une fille Denise, le légumier Albert Stréber et la maison d’habitation de la famille Sonveau (actuellement Banque du Crédit agricole).

Un peu plus loin que chez Albert Kopp, dixit toujours J.P. van Campenhout, il y avait un poissonnier Bruyère qui avait un fils Thierry ( dont on se moquait à l’école parce qu’il sentait le poisson !) et une fille Chantal. Il fallait monter deux ou trois escaliers pour entrer au magasin, précise-t-il. Je confesse que je n’ai pas le moindre souvenir de cela.

Enfin, il rappelle que Fernand Bolle – qui avait deux filles et avait fonctionné précédemment rue de la Fosse Roulette – avait tenu une alimentation générale Courthéoux où est l’actuel restaurant L’Eau de Mélisse.

RN

samedi 31 mars 2012

VIELSALM DU TEMPS DE MON ENFANCE (2)

(Le n° (1) est paru dans L’Annonce de Vielsalm du 9 mars dernier)


Revenons sur nos pas pour parler du côté droit de la route appelée en ce temps Rue de la Station.
La grosse propriété Turner (27) était la première. Je savais que Monsieur Turner était une sommité en matière de forêt car j’entendais souvent mon papa dont le bois était une passion parler de lui avec respect et admiration. La propriété suivante était celle du Dr Bodson (25). J’y étais allé une fois pour des maux de gorge, d’oreille ou de nez et j’avais été frappé de voir le grand nombre de fioles qui se trouvaient dans son cabinet. Sur le talus qui longeait ces propriétés, les gosses, à force de s’y déplacer, avaient fait une sorte de sentier, un peu comme dans les champs, les vaches passant toujours au même endroit finissent par creuser un passage où l’herbe ne pousse plus. Après donc la nouvelle construction de chez Rinck, un espace resté très longtemps non bâti et un bâtiment (21) constituaient le dépôt des matériaux de construction de Clément Englebert. Nous arrivons ainsi chez Recken-Poncin (19) magasin de meubles, menuiserie et pompes funèbres. La camionnette noire Chevrolet servait indifféremment pour toutes les activités. Madame Recken, de surcroît, confectionnait des matelas. Elle est venue en faire un chez nous à partir d’un énorme tas de laine de mouton : ça l’avait bien occupée trois journées complètes. Mais comme j’avais été prié de me tenir à l’écart pour ne pas déranger, je n’ai rien vu de sa façon de faire. C’était la pédagogie de l’époque. A côté ( 17) habitait la fille, Jacqueline, qui avait épousé Eugène Olimar, bien plus âgé qu’elle et venu faire son service militaire à Rencheux. C’était un de nos instituteurs. Son village, Udange, à 5 km d’Arlon et sa longue captivité en Allemagne durant la guerre étaient ses deux sujets de diversion préférés. Nous excellions d’ailleurs pour l’aiguiller vers l’un ou l’autre et il ne manquait pas d’en tirer des morales qu’il aimait nous asséner. Un jour d’hiver alors que nous faisions du traîneau dans les Chars-à-Bœufs – nous descendions d’au-dessus de chez Colson jusqu’à la gare- nous dévalons en toboggan de 5 ou 6 luges attachées et nous traversons la grand- route – peu fréquentée surtout en hiver – au nez et à la barbe de Mr Olimar venu poster une lettre. Que n’avions-nous pas entendu le lendemain sur cette imprudence : la dictée et les fractions avaient été reportées sine die. A côté, mais à l’arrière, un grand hangar servait d’entrepôt à Odon Cottin et de garage à Jean Choffray. Devant celui-ci une épicerie COOP
( 15), la Coopérative disions-nous, qui était d’obédience socialiste et tenue par Madeleine Nicolet. Jean Choffray (13) exerçait la rare profession de déménageur, très longtemps avec un antique camion allemand puis dans un rutilant Volvo bleu orné au-dessus de la cabine d’un magnifique cerf peint. Il était aussi apiculteur et avait ses ruches Sous les Roches à Sous-Bois. Nous lui achetions évidemment le miel car Jean était le cousin de mon papa et celui-ci travaillait souvent avec lui pour mettre du beurre dans les épinards. L’étiquette des pots de miel faisait toujours mon admiration. Son rez-de-chaussée commercial ( 11) fut occupé notamment par le pharmacien Laloire puis par un magasin Spar tenu par la femme d’André Jeunejean notre (presque) voisin de la gare. On trouvait ensuite la maison d’un docteur Noêl ( 9 ) à la nombreuse famille, le bureau d’un agent d’assurances débutant : François Paquay (7), nœud papillon, barbichette et Renault 4CV, le garage Rose ( 5 )dont je ne crois pas qu’il vendait des voitures mais s’occupait plutôt d’entretiens et réparations, le café tenu par chez Jacoby ( 5), la boucherie de Robert Francis ( 3 ) qui habitait avec sa sœur Mimie et le magasin de confection pour hommes « Au Drapeau Belge » de Jules Martin (1). Celui-ci eut la première Citroën DS19 à Vielsalm et son frère Raymond était l’heureux propriétaire d’une splendide voiture de sport, une Triumph TR3 qui faisait notre admiration.



A SUIVRE/ RN

Note de l’auteur
Chaque semaine, des lecteurs de l’Annonce me disent qu’ils ne se souvenaient pas de telle ou telle chose que j’écris mais s’étonnent que je ne cite pas telle ou telle autre chose, comme par exemple les chaussures Winand et du fils, un joli curé !
C’est l’occasion de redire que ceux qui ont d’autres souvenirs seraient bien inspirés de prendre la plume pour compléter les miens. Qui va enfin se lancer ?