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dimanche 19 octobre 2014

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

Un article de l’Organe de Vielsalm du 13 octobre 1907 intéressera incontestablement les ornithologues et d’une façon générale ceux qui se passionnent pour la gent ailée et qui pourront comparer avec ce que l’on connaît un siècle plus tard.
Le commencement du mois d’octobre coïncide avec le départ, le retour ou le passage de nombreux oiseaux migrateurs. Les pies grièches quittent nos parages vers cette époque, sauf la pie grièche vigilante qui n’émigre pas.
Quant aux alouettes, quoiqu’elles ne disparaissent jamais de nos contrées, il s’en fait en ce moment des migrations partielles. Des sarcelles et les canards siffleurs arriveront dans quelques jours, de même que le milan royal dont l’apparition coïncide avec celle des bécasses.
Vers le 15, passage automnal des grives françaises, signe ordinaire que la bonne saison de la grive commune est près de finir ; les bécasses et les bécassines séjournent plus longtemps. La dernière semaine d’octobre est marquée par une troisième arrivée de canards.

Dans l’Organe du 7 novembre 1909  on apprend que l’Automobile  [sic] d’un de nos sympathiques sportmann  [re-sic] de la chasse à courre a écrasé lundi dernier le chien de M.Gillis mais que celui-ci a été largement rémunéré. Dans celui du 14 novembre : lundi dernier le tram partant de Vielsalm  à 5h04 a renversé une charrette à bras se trouvant sur les rails en face de la scierie Denis à Vielsalm-Station. Le propriétaire du véhicule s’est vu contraint de payer 50 Frs de dommage pour dégradations à la locomotive.

Le 27 novembre 1910  il est de nouveau question de l’attentat de Hermanmont dont il a été question précédemment : le principal inculpé , F.Louis, a été renvoyé  des fins de la  poursuite par jugement rendu au tribunal correctionnel de Marche.

Le 24 novembre 1907 :
 Une belle course à Vielsalm entre deux sportmen (Comte de Jonghe et Comte Arnould d’Oultremont) et pour un pari de plusieurs milliers de francs. Le second avait parié que son cheval avec une voiture dite « américaine » rallierait Spa en 1 heure et 30 minutes. Pari gagné en 1 heure et 16 minutes sous les acclamations d’une foule enthousiaste et suivi d’un goûter chez le maître d’équipage de Sinçay.

A Courtil un incendie dû probablement à la malveillance détruit  complètement deux habitations logeant les familles Quoilin, Jacquet et Winant et jette 15 personnes dont 10 enfants sur le pavé à l’époque la plus dure de l’année.

A Bihain,  il est question d’instituer une école ménagère. Les futurs cordons bleus pourront apprendre à faire du bon café, à cuire les œufs et les pommes de terre et à détester l’eau de vie. Ces jeunes filles apprendront aussi que dans un jardin on peut cultiver autre chose que des choux et des poireaux.

Le 17 novembre 1907 :
Un accident de vélo à Bovigny : le dénommé R. de Halconreux a renversé près de Sterpigny un vieillard de 73 ans qui a eu le bras foulé et de nombreuses contusions à la figure. Il a reçu les soins du Docteurt Bozet de Limerlé.

A Hébronval,  un troupeau de 3 vaches, 3 génisses et 2 veaux a disparu pendant un moment d’absence du propriétaire. Celui-ci et la gendarmerie ont battu le pays toute la nuit sans succès dans un brouillard intense. Ce n’est que trois jours plus tard qu’on retrouva les bêtes sur le pic de Colanhan .
                                                                                         Robert NIZET


vendredi 25 octobre 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

Le 24 novembre 1907 :

Une belle course à Vielsalm entre deux sportmen (Comte de Jonghe et Comte Arnould d’Oultremont) et pour un pari de plusieurs milliers de francs. Le second avait parié que son cheval avec une voiture dite « américaine » rallierait Spa en 1 heure et 30 minutes. Pari gagné en 1heure et 16 minutes sous les acclamations d’une foule enthousiaste et suivi d’un goûter chez le maître d’équipage de Sinçay.

A Courtil un incendie dû probablement à la malveillance détruit  complètement deux habitations logeant les familles Quoilin, Jacquet et Winant et jette 15 personnes dont 10 enfants sur le pavé à l’époque la plus dure de l’année.

A Bihain,  il est question d’instituer une école ménagère. Les futurs cordons bleus pourront apprendre à faire de bon café, à cuire les œufs et les pommes de terre et à détester l’eau de vie. Ces jeunes filles apprendront aussi que dans un jardin on peut cultiver autre chose que des choux et des poireaux.

Le 17 novembre 1907 :

Un accident de vélo à Bovigny : le dénommé R. de Halconreux a renversé près de Sterpigny un vieillard de 73 ans qui a eu le bras foulé et de nombreuses contusions à la figure. Il a reçu les soins du Docteurt Bozet de Limerlé.

A Hébronval,  un troupeau de 3 vaches, 3 génisses et 2 veaux a disparu pendant un moment d’absence du propriétaire. Celui-ci et la gendarmerie ont battu le pays toute la nuit sans succès dans un brouillard intense. Ce n’est que trois jours plus tard qu’on retrouva les bêtes sur le pic de Colanhan !

Le 15 septembre 1908 :

Création du Libre-Échange à Lierneux, revue destinée aux collectionneurs de cartes postales. La directrice qui habite Lierneux s’est donné pour mission de servir d’intermédiaire entre les amateurs des cinq parties du monde en publiant leurs adresses dans sa revue. Elle donne en outre d’utiles conseils dans ses causeries et chroniques « philocartistes ». [On dit maintenant « cartophiles »].
Les collectionneurs trouvent encore actuellement des cartes revêtues du cachet « Libre-Echange ».

On annonce que sur les pressantes sollicitations de ses amis et d’une bonne partie de la population de la région M. Robert Malherbe a décidé de  rentrer définitivement au pays natal et d’y exercer la profession de barbier-coiffeur-parfumeur. Il nous revient dans une maison appartenant à M. Théophile Duvivier.  L’ouverture de son salon moderne conforme à l’hygiène se fera le 19 courant, veille de la kermesse.

Le 27 septembre 1908

Visite princière à Vielsalm. La princesse Clémentine est venue dans le plus strict incognito et a été reçue à la villa « Chez nous », propriété de M. le Vicomte de Jonghe( voir carte postale). Après une visite des Equipages Rallye -Vielsalm,  la Princesse est repartie en auto pour Spa.

Aux Eaux et Forêts,  Alfred Denis, garde à Tinseubois,  vient d’être promu au grade de brigadier-forestier et est remplacé par Gustave Rondeux, fils du sympathique brigadier H.Rondeux qui part à la retraite.

Aux Tailles, vendredi dernier, deux chevaux appartenant à M.Nizet d’Ottré ont été enlisés en voulant  traverser les fanges. Grâce au dévouement de la gendarmerie [ Les gendarmes, à cette époque, étaient mis à toutes les sauces !] et de 15 hommes requis par celle-ci les malheureuses bêtes ont pu être retirées de leur fâcheuse  position.


                                                                  Robert NIZET

jeudi 8 août 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

L’Organe de Vielsalm nous tient au courant de toutes  les petites nouvelles du coin :

Le 21 juillet 1912 : Notre sympathique G. Paquay vient de remporter une médaille d’or et un diplôme d’honneur à la course de régularité pour motocyclettes Paris-Liège.

Le 27 juillet 1913 : les coureurs indépendants du Circuit provincial organisé par le vélodrome de Jupille et le comité des fêtes d’Ayeneux traverseront notre localité lundi prochain vers 1h de l’après-midi.

Le 26 juillet 1914 : A Grand-Halleux, au Vélodrome de la Salm, des courses ont eu lieu le 19 écoulé sous les applaudissements frénétiques d’une foule passionnée et avec le concours de la société de fanfares. Classement de la première course : 1er : Lanuit, 2ème : Jeunejean, 3ème : Gilson, tous de Grand-Halleux, 4ème : Hoffmann de Rencheux, 5ème : Baccus de Grand-Halleux.

La nécrologie nous apprend que jeudi dernier ont été célébrées les funérailles de Constant Paquay. Une foule énorme y assistait, preuve certaine de l’estime acquit [sic] par le regretté défunt.

Le 9 juillet 1933 : Sur le circuit de Stavelot-Francorchamps se courra dimanche le Grand Prix de Belgique vitesse automobile. Le départ sera donné à 13h et les concurrents devront boucler 40 fois le circuit. Seront en présence la Maserati de Zehender, les 4 Bugatti de Varzi, Williams, Dreyfus et Lehoux, les 5 Alfa-Roméo de Nuvolari, Wimille, Markewich, Chiron et Moll.
Cette liste d’engagés ne correspond pas tout à fait à la grille de départ figurant dans les livres de références.

A Vielsalm, le vendredi 7 juillet vers 11h30 Alexandre Claude pêchait au ruisseau près de l’étang du Baron de Rosée au Tienne Messe. De loin, il lui sembla apercevoir un baigneur dans ledit étang mais en s’approchant il se rendit compte que c’était un noyé. Il s’agissait en fait d’une femme en laquelle on reconnut vite Léa Gothal, épouse de Constant Putz, camionneur à la boulangerie Demoulin. Le corps était vêtu d’un pantalon blanc et d’un cache corset, comme pour le bain. Les vêtements étaient déposés dans la cabine au bord de l’eau. Comme elle vomissait de la nourriture on suppose qu’elle a voulu aller se baigner après son déjeuner et qu’elle a été prise de congestion. Âgée de 23 ans, elle était mariée depuis 4 ans et n’avait pas d’enfant.

Le 1er juillet 1934 : le meunier François Heinskyll de Regné a été découvert mort, lundi, dans son moulin. Ce moulin est en construction et seule la roue motrice est montée. Le cadavre était au fond du trou de cette roue et portait plusieurs plaies béantes. On se perd en conjecture sur cette mort qui paraît étrange.

Le 8 juillet 1934 : vendredi après-midi un pénible accident est survenu sur le tronçon de la route en réfection devant la propriété  Misson. Un cycliste, M. Renard de Rencheux, s’était engagé dans le couloir déjà réfectionné lorsque la camionnette de M. Caëls de Rencheux survint par derrière et heurta le cycliste qui fut violemment projeté sur la chaussée. Il fut promptement dirigé vers la clinique de Trois-Ponts : on craint une fracture du crâne.

A Ville-du-Bois, vendredi dans l’après-midi, Melle Remacle  était allée traire dans les champs. Les vaches rendues furieuses par le chien qui l’accompagnait se lancèrent sur elle et s’acharnèrent. Aux cris poussés par la victime, des personnes travaillant aux environs accoururent et eurent toutes les peines à la délivrer. Le docteur Misson, mandé, a réservé son diagnostic.
                                                                                                                                                                                                     Robert NIZET


mardi 10 avril 2012

LA HAUTE ARDENNE ET LES DEBUTS DU SPORT AUTOMOBILE

Vers la deuxième moitié du XIXe siècle, de nombreux chercheurs se mirent à la tâche, en France, en Allemagne, en Italie, en Grande-Bretagne et même aux Etats-Unis, empruntant leurs solutions aux voitures à chevaux, aux machines à vapeur, aux locomotives et aux bateaux, pour mettre au point ce qui allait devenir une "automobile".
De 1890 à 1900, les constructeurs se multiplient et commencent à compter une certaine clientèle : l'industrie automobile fait ses débuts. Mais ces pionniers furent confrontés ab initio à l'important problème d'avoir à prouver que les voitures qu'ils construisaient, propulsées par des moyens mécaniques et non plus tirées par des chevaux, constituaient une solution de remplacement valable. Ils s'attachèrent à démontrer que ces automobiles pouvaient couvrir certaines distances à des vitesses bien supérieures à celles que les charrettes ou chariots attelés étaient capable d'atteindre et, pour ce faire, organisèrent des compétitions. La course automobile est donc aussi vieille que l'automobile elle-même.
Les premières courses d'automobiles organisées dès 1884 se déroulèrent de ville à ville : Paris - Rouen, Paris - Bordeaux, Paris – Vienne, et bien d'autres. Les accidents causés par le passage de ces épreuves dans les localités populeuses, l'augmentation des vitesses atteintes et la recherche du nouveau firent naître l'idée de courir en circuit fermé. Elle prit forme en Belgique, avec le Circuit des Ardennes et la formule ne tarda pas à être universellement adoptée.

En 1902 donc, il y bien plus de cent ans, était organisée la première compétition "en circuit". C'est sur le Luxembourg belge, région accidentée, peu peuplée et dont les routes offrent de longues lignes droites que s'est porté le choix de l'Automobile club de Belgique. Son président, le baron Pierre de Crawhez (1874-1925) fut pour beaucoup dans la décision. Organisateur, participant…et vainqueur du Circuit des Ardennes, il a son mémorial à Bastogne.

Les tracés.
Il n'y eut pas qu'un seul tracé, mais bien deux, au départ et à l'arrivée de Bastogne.
Circuit utilisé en 1902 et 1903, puis en 1906 et 1907 : Bastogne, Longlier, Offaing, Léglise, Habay-la-Neuve, Corne du Bois des Pendus, Martelange, Bastogne, Malmaison, Bastogne, soit plus ou moins 85 km.
Circuit utilisé en 1904 et 1905 : Bastogne, Ortheuville, Baconfoy, Champlon, St-Hubert, Recogne, Neuchâteau, Hamipré, Léglise, Habay-la –Neuve, Corne du Bois des Pendus, Martelange, Malmaison, Bastogne soit 120 km.

Le règlement.
Le règlement technique de l'épreuve, comme celui des autres compétitions organisées en Europe à cette époque était assez complexe et variait régulièrement. Il était essentiellement basé sur le poids de l'engin et, par conséquent, sur la cylindrée, un gros moteur pesant évidemment plus qu'un petit. En 1906, les voitures étaient classées en deux catégories, l'une de 650 à 1000 kg, l'autre de 400 à 650 kg, les deux places étant occupées, mais le véhicule ne devait comprendre à ce moment ni eau ni essence ni pièces de rechange, ni accumulation d'allumage.
La séance de pesage avait lieu à la gare du Sud à Bastogne et suscitait déjà un grand mouvement de curiosité. Il faut encore signaler qu'à l'origine, l'épreuve était organisée pour des amateurs mais, dès la première édition, les "professionnels" firent le spectacle et glanèrent les lauriers.
Le règlement de la course elle-même était, par contre simple : les concurrents s'élançaient de minute en minute et accomplissaient le plus rapidement possible le nombre de tour imposé. Il n'y avait pas de points de contrôle, ni de secteurs neutralisés, ni de passages à niveau. Le conducteur, une fois le départ donné, dès l'aube pour les premiers, n'est astreint à aucun arrêt en cours de route. Il peut choisir ses points de ravitaillement. Il n'y avait donc pas de départ groupé mais bien un "contre la montre".
Une particularité de la réglementation de la première édition du Circuit était que toutes les places des véhicules classés dans la catégorie "tourisme" devaient être occupées par un passager. Pour les autres éditions, comme pour la plupart des courses automobiles d'alors, le "chauffeur" était toujours accompagné d’un mécanicien. Le fait que des voitures de puissance différente s'élançaient les unes derrière les autres et donc étaient amenées à se rattraper et à se dépasser, conjugué à la poussière soulevée par le passage de ces engins lancés à toute allure, engendrait des difficultés et même parfois des accidents. On tenta dès 1905 d'aménager les routes par un traitement au goudron : cet arrosage dit "goudrogénitage" supprimait, pour un temps, toute poussière.

Les six éditions et leur palmarès.
- Le 31 juillet 1902 : 75 inscrits, 6 partants, 33 à l'arrivée; 6 tours de circuit, distance 514 km; 4 catégories : course, voitures légères, voiturettes, tourisme. Vainqueur : Charles Jarrott (GB) sur Panhard 13,6 litres en 5 h 53'38" à la moyenne de 86,9 km/h.
- Les 22 et 23 juin 1903, deux épreuves annexes se déroulent le premier jour : une course au km et une course de côte; deux catégories : voitures et voitures légères; 6 tours et 514 km à parcourir. Les voiturettes et motocycles concourent le lendemain sur un circuit de 136 km à faire deux fois : Arlon, Bastogne, Champlon, St-Hubert, Recogne, Semel, Longlier, Léglise, Habay-la-Neuve, Etalle, Arlon. Vainqueur sur 44 partants : Pierre de Crawhez sur Panhard 70cv en 5h 52'08" à la moyenne de 87,6 km/h.
- Les 24 et 25 juillet 1904 : même chose que l'année précédente pour les voiturettes et motocycles; l'épreuve se dispute sur un circuit allongé à parcourir cinq fois (600 km); catégories : voitures et voitures légères; le record du tour est établi à 107 km/h par Le Blon sur Hotchkiss. Vainqueur sur 34 partants : Georges Heath sur Panhard 90 cv à la moyenne de 92,2 km/h.
- Les 5, 6 et 7 août 1905 : également deux journées : circuit pour les voiturettes et motocycles : Arlon, Corne du Bois des Pendus, Habay-la-Neuve, Stockem, Arlon; le grand circuit (5 tours, 600 km) a fait l'objet d'un "goudrogénitage". Vainqueur sur 14 partants :Victor Hémery (F) sur Darracq 80 CV en 5h 58'32" à la moyenne de 100;5 km/h.
- Le 13 août 1906, on revient au premier tracé qu'il faut effectuer 7 fois (600 km). 28 inscrits mais 19 partants seulement. L'américain Arthur Duray gagne sur une de Dietrich à 106;5 km/h de moyenne.
- Les 25 et 26 juillet 1907, introduction d'un nouveau règlement avec deux épreuves sur le grand circuit : l'une pour les voitures de cylindrée réduite à deux litres et d'un poids maximum de 1175 kg; 23 partants, participation des pneus Englebert qui équipaient la voiture du vainqueur, Brabazon sur Minerva à 96,24 km/h; l'autre pour les engins de formule libre disputant d'autres épreuves à l'étranger; 6 participants; 7 tours soit 600 km; vainqueur : Pierre de Caters (b) sur Mercédes à 92,55 km/h.

Les vitesses atteintes ne manquent pas d'étonner. Nous sommes, rappelons-le, au début du XXe siècle et l'automobile, si elle n'en est plus à ses balbutiements, n'en a pas pour autant dépassé le stade de la prime jeunesse. De plus, les routes ne sont toujours que des chemins empierrés, même si les grenailles sont, à partir de 1905, enduites de goudron. Mais les voitures, très lourdes (une tonne et plus) étaient également très puissante (12, 14 et même 18 litres de cylindrée et développant 100 CV et plus) et bénéficiaient déjà de certains perfectionnements comme l'arbre à cames en tête et les jantes démontables.
Il n'empêche que ces performances sont véritablement extraordinaires pour une époque où la presque totalité de la population se déplace encore à pied, à cheval ou en voiture…hippomobile au rythme maximum de 10 km/h, ou le parc automobile est encore, surtout dans la province du Luxembourg, réduit à quelques dizaines de véhicules réservés à une catégorie de gens aisés.

Importance sociale.
Pour donner une idée de l'importance de cette course de voitures pour une grande partie de la province du Luxembourg, nous donnerons la parole à deux auteurs d'études sur la région de Bastogne.

Pour le chanoine P.Fécherolle, dans sa Contribution à l'histoire de Bastogne – Bastogne dans le temps, la physionomie de Bastogne a subi une modification assez brusque au début du XXe siècle : beaucoup plus tôt que les petites villes luxembourgeoises de même importance, la localité s'est "urbanisée", a pris les attitudes de la grande ville. La cause en est le Circuit des Ardennes (…). Cet événement qui se passait au début des vacances attirait un certain nombre d'étrangers qui séjournaient pendant quelques jours, voire quelques semaines (…). L'entraînement durait plusieurs jours et la localité connaissait une fièvre et une activité que jamais elle n'a retrouvées (…). Il paraît que de deux civilisations en contact, c'est la plus avancée qui absorbe l'autre (…). On a copié le "genre" et les toilettes du beau monde qui remplissait les hôtels et logeait un
peu partout (…). Les gens de Bastogne se sont mis à copier les élégances qu'ils avaient sous les yeux et ce fut la fin de ce qu' il pouvait y avoir de "paysan" dans les allures de la petite ville (…).

Quant à A.-J. Guillaume, il consacre dans son ouvrage polycopié Bastogne et l'histoire quelques pages, remplies d'imprécisions mais aussi de détails pittoresques, au Circuit des Ardennes.
"Chaque année, à l'époque de cette épreuve, Bastogne, la paisible et tranquille cité ardennaise, qui n'avait guère connu jusque là que le brouhaha des foires et les chariots amenant à la gare les récoltes des campagnards voisins, voit affluer les foules, les grandes foules cosmopolites qui sont aux aguets des plaisirs inédits (…). Le Comité des fêtes fait de louables efforts pour procurer aux étrangers, à des prix raisonnables, gîtes, nourriture et garages. Mais les bons ardennais, profitant de cette aubaine exceptionnelle, ne se font point scrupule de rançonner les touristes. Des cas nombreux et typiques d'exploitation sont restés légendaires. Un vulgaire seau d'eau se paie 1 franc; 1 franc aussi une bouteille de bière. On dut donner 10 francs pour un lit et 20 francs pour garer une auto dans un coin de remise. Mais tel était l'attrait de ces courses que les étrangers passaient allègrement par les exigences les plus exorbitantes. Un fleuve d'or coulait dans la petite cité, nommé " Paris en Ardenne", pendant ces jours d'amusement, de fièvre et les Bastognais y puisent sans vergogne (…).
Le jour du départ, "la foule est dense derrière les barrages. La route de Marche est occupée par des autos; des autos encore sous la surveillance des chauffeurs couvrent toute l'étendue du "Carré". Et sans cesse des machines arrivent de tous les points, amenant de nouveaux spectateurs. Il faut jouer des coudes pour se frayer un passage et parvenir jusqu'aux fils de fer, car tous veulent dévisager les "Coureur" qui se préparent à partir (…). Et, de minute en minute, les différents coureurs s'élancent au milieu des acclamations enthousiastes des spectateurs, acclamations qui se répètent dans les villages de la traversée, sur tout le parcours de ce gigantesque triangle de plus de quatre-vingt-cinq kilomètres que comporte le circuit et les concurrents devront effectuer sept fois (…).
"Des villageois en sarrau coudoient des snobs en costume excentrique, courtes culottes, bas quadrillés, caquette plate; à côté des linons et des mousselines, la robe noire des ecclésiastiques fait tache.
"Et tous ces éléments hétéroclites se bousculent sans hostilité, camaradant presque comme un jour de fête nationale (…). De jeunes paysans tiennent en main la liste des engagés sur laquelle ils s'apprêtent à inscrire les arrivées successives; ils tendent l'oreille pour écouter les pronostics émis par les étrangers parlant français. De vieux fermiers fumant la pipe font remarquer la couche de boue qui souille les trèfles bordant la route, certains champs de pommes de terre qu'on n'avait pas suffisamment respectés.
" A côté des ces gens calmes, des citadins font des paris, des éphèbes, à la figure blême, aux cheveux cosmétiqués, engagent des conversations galantes avec des jeunes personnes outrageusement fardée (…).
" L'intérêt grandit à mesure que les machines apparaissent. On suppute avec passion les chances de tel ou tel coureur."

Cet enthousiasme se retrouvait à coup sûr dans toutes localités traversées et le long du parcours où se rassemblaient tous les villageois des environs et d'ailleurs. Il s'agissait vraiment d'un événement extraordinaire dont la réputation s'étendait à l'Europe entière et même au-delà, puisque participaient des pilotes que l'on retrouvait lors de toutes les grandes compétitions, des automobiles représentant tous les grands et petits constructeurs d'alors, des marques de pneumatiques comme Englebert, qui allaient, elles aussi faire leur chemin par la suite.
On venait de loin pour assister à cet événement, ou tout au moins dans l'espoir de voir un passage, et l'excursion était dignement fêtée. Témoin, cette carte postale envoyée de Bastogne en 1904 et disant : 'Je suis au Circuit des Ardennes. Il y a beaucoup de monde. Il est 1 ½ h du matin et on ne s'ennuie guère. Compliment à tout le monde. Bonjour. Alfred." Et cette autre envoyée de Vielsalm à Ostende : 'Lundi 7 août 1905. 9 ½ h du matin. Sommes levés bien tôt pour partir au Circuit des Ardennes. Nous sommes en panne à Vieil-Salm. On répare quelque chose à la machine mais nous espérons bien encore arriver à la Barrière de Champlon. Gros baisers."

L'épreuve sportive s'accompagnait de toute une série de festivités : grands concerts au kiosque de la place du Carré par la Lyre ouvrière ou par la Philarmonique, cirque, foire, baraques de toutes sortes. La Compagnie des wagons-lits organisait même un train spécial à destination de Bastogne.
Bref, le Circuit des Ardenne constitua pour cette région une événement de renommée quasi mondiale, une occasion exceptionnelle de délassement, mais aussi une cause de profonde évolution.

Fin …et suite.
Le Circuit des Ardennes ne sera pas reconduit en 1908 : trop peu de concurrents s'étaient inscrits.
Il faut dire qu'une vingtaine d'épreuves importantes se sont déroulées en 1907. Le virus a gagné le monde entier et chacun veut essayer une nouvelle formule,
imposer un nouveau règlement. Les exigences techniques ne sont jamais les mêmes et les constructeurs ne savent plus où donner de la tête. Certaines épreuves vont prendre de l'importance, d'autres perdre celle qu'elles s'étaient forgée en quelques années. Ce fut, hélas le cas du Circuit des Ardennes.
La Haute Ardenne n'en a pas moins été un très haut lieu du sport automobile à l'époque héroïque.
Une commémoration sur deux jours a été organisée pour le centenaire de l'épreuve : des centaines d'anciennes automobiles se sont élancées sur un parcours adapté. Cette commémoration aura lieu tous les trois ans donc aussi du 30 juin au 3 juillet 2011.

Robert NIZET