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jeudi 31 décembre 2009

3. Relations entre seigneur et sujets.

Les droits seigneuriaux indiqués ci-dessus donnent une idée de ce que devaient être les relations entre sujets et seigneurs au comté de Salm.

Mais quel était l'esprit de ces relations ? L'autorité s'efforçait-elle de rester dans la justice et la bienveillance, en tenant compte de l'évolution apportée progressivement dans les mœurs et les besoins ? Les sujets, eux se préoccupaient-ils d'accomplir loyalement leurs obligations ?

En tout cas, au XVIIIe siècle, l'esprit de ces derniers n'est guère à la soumission. Depuis longtemps, le comte ne réside plus dans son domaine, pratiquement depuis la fin du XVe siècle. D'autre part, la population est devenue assez importante ; rien d'étonnant si elle prend conscience de sa force et de sa personnalité.

On voit le comte se soucier d'une bonne justice, pourtant. De façon formelle, il ordonne par exemple, le 6 février 1539, que « doresnavant toutes choses dans notre pays et haulteur soit fait par droit mesure et raison, sans faire tort à nos sujets et surceans, et sans fouler le pauvre » ; l'ordonnance fixe ensuite certaines règles d'application en vue de ce but.

Le 3 mai 1722, une nouvelle ordonnance viendra rappeler et confirmer celle de 1539 ; elle trouve un appui, sollicité préalablement, dans une autre de Sa Majesté l'Impératrice.

Le 21 janvier 1737, le comte reproche même à ses justiciers d'avoir permis des impositions excessives.

Malgré certaines incompréhensions peut-être, particulièrement au dix-huitième siècle, c'est encore le souci de l'intérêt des sujets et de celui du comté qui apparaît bien dans l'utilisation des richesses matérielles du territoire telle que s'efforcent de la régler les seigneurs ; les carrières, les bois, les terres.

Les carrières, rappellent des ordonnances de 1737 et 1738, sont à la disposition de tous et des seuls sujets du comté ; car le fonds reste au comte (c'est-à-dire au souverain gérant le domaine public), la modique redevance demandée aux exploitants est purement personnelle et exclut le travail en collaboration ou salariat. C'est plus tard seulement qu'un autre régime s'implantera peu à peu, dans la seconde moitié du siècle.

Les bois sont l'objet du même souci. Des ordonnances datées du 1 octobre 1731 et du 15 décembre 1736 s'efforcent de prévenir les dévastations, de rappeler les forestiers au devoir, tout en assurant à tous la disposition des quantités nécessaires de bois.
La population qui augmente a besoin de terres et de bois. Le comte se préoccupe de régler l'appropriation des terrains vagues et non cultivés, sous la forme de concessions d'acensements personnels. Particulièrement au XVIIIe siècle, de nombreux acensements sont concédés dont l'une des conditions était qu'ils fussent défrichés.



Il était demandé également une redevance annuelle assez modique, généralement « deux bons sols » pour un journal de terre ainsi accensée, « paiable à la recette au jour des sts Pierre et Paul de chaque année ». En outre, un supplément, payable en une seule fois, d'une demi-couronne de France par journal, à la fin du XVIIIe siècle, à titre de « vin d'honneur ». Ne pas confondre ces acins personnels avec les acins de communautés, ceux-ci étant d'ailleurs des étendues boisées.

Voici un exemple d'acensement personnel :

« Assansement fait en faveur de Jean Henri Parmentier de Ville du Bois. Ce jourd'hui 27 9bre 1791 pardt moi notaire admis au Conseil Souverain de Luxemhourg résident à Vielsalm sousigné présens les témoins au bas de cette dénommés, personnellement est comparu Jean Henri Parmentier de Ville du Bois lequel nous a déclaré d'avoir repris en assensement de son altesse monsgr le prince de Salm par le notaire sousigné son procureur d'office, un morceau d'aisance en Bruières d'un journal et demi, le journal de cent verges, la verge de seize pieds mesure St-Lambert en une seule pièce située en lieu dit maar-sart au finage de Burtonville joindant du deseur a Nicolas Burton du desous au chemin, du levant aussi au chemin et du couchant a Paul Bosquée parmis un cens foncier et indivisible de trois Bons sols paiable à la recette de ce comté au jour de St Pierre et Paul et dont la première échéance tombera a pareil jour de l'année prochaine et en sus d'une demie couronne de France et dix huit sols pour vin d'honneur une fois qu'il a payé comptents et sous condition de défricher le dit terrein a peine de nullité des présentes. Et pour le dessus réaliser et en requérir et opérer le transport et œuvre de loi ubique parties ont commis et constitués tous porteur de son double autentique de même que pour affirmer que la présente n'est directement ni indirectement en faveur des gens de main morte. Ce fait et passé à Vielsalm présent les Sieurs Honvlez échevins de ce comte et Jean Henri Lemoine de Rencheux qui comme requis ont avec le comparant outre moi notaire signé lecture fait ut supra J. H. Parmentier sont signés Honvlez testis avec pphe. J. H. Lemoine testis puis étoit in fidem J. J. Marthoz avec pphe ».

(CS, 1791-1794/102 et 103).


Au temps de la Révolution française, on regrettera un peu ce régime, puisqu'on se révoltera par les armes contre les nouveaux maîtres.
Joseph HENS, La guerre des paysans..., rappelle ce propos de son arrière-grand-mère, Marie-Jeanne HUBERT, de Commanster : « avant que les Français ne chassassent les Impériaux hors du pays, on était tranquille » ; tandis que les Français, après leur arrivée, « on les souhaitait à tous les diables ».

Pourtant, dès le début du XVIIIe siècle, on voit naître des débats incessants entre sujets et seigneur. Ils durèrent une bonne partie du siècle. Nous résumons ces événements d'après les détails recueillis par FAHNE dans les archives du château de Raitz en Moravie, et d'après d'autres documents de la Cour de Salm.

Les difficultés surgirent un peu à propos de tout. Un esprit général de désordre semble les dominer.

Plusieurs ordonnances seigneuriales, à cette époque, interviennent contre les abus qui se sont établis à propos de l'usage des bois, des carrières, de la pêche, du droit de mortemain.

Les sujets prétendaient avoir des droits égaux sur les forêts, et notamment le droit d'y conduire paître leurs porcs.

Requis en 1723 de fournir la corvée pour la reconstruction d'une aile incendiée du château de Salm, comme ils l'avaient fournie en 1645 après un autre incendie, et en 1653 pour des travaux de terrassement, ils refusaient maintenant, déclarant n'être tenus à la corvée qu'en mars et en septembre, et non pas pour de nouvelles constructions.

Ils refusaient également de payer la réparation des moulins banaux et contestaient le taux de la mouture.

Ils ne consentaient pas à payer un cadeau de noces de 1 500 florins à une des filles du comte François-Guillaume, alors que le comte appuyait cette revendication sur un droit qu'il assurait ancien et incontestable.

Ainsi, surgirent six procès devant le Conseil provincial de Luxembourg, évoqués en appel plus tard au Grand Conseil de Malines, sur l'usage des forêts, la reconstruction du château, les moulins, la pêche, les assensements, et le cadeau de noces à la fille du comte.

Ce dernier déposa plainte à Luxembourg concernant les travaux au château, le 26 juillet 1726. Il obtint gain de cause par sentence du 9 mai 1733, selon laquelle le Conseil provincial déclarait que « les communs habitans du Comté de Salme... auront à faire les voitures des bois, pierres, chaux, terres, d'eau, ardoises et matériaux requis et nécessaires aux bâtiments, réparation et entretien du château de Saline et faire la main d'oeuvre bien fondé » ; elle les condamnait également au paiement des dommages et intérêts ainsi que de la moitié des frais du procès.

(C.P. LUX. Sentence 1654)

Le 28 juillet 1740, le Conseil de Malines confirma cette sentence.

Quant au procès au fait de rabinage des bois, il fut intenté à Luxembourg par requête comtale du 13 février 1730.

Des soulèvements eurent lieu dans le comté, avant 1737 déjà.

L'agent principal des troubles était un LEONARD, réfugié à Halconreux afin d'échapper à des poursuites pour excitation au désordre dans la seigneurie de Houffalize. Se donnant la mission d'un tribun défenseur du droit du peuple, il excita les villageois, acquérant beaucoup d’influence et prestige. Soutenu secrètement par le haut-officier RUTH, il poussait la population à l'utilisation sans mesure des forêts. Après la sentence de 1733, il reprit ses excitations, faisant valoir que le recours au Grand Conseil de Malines modifierait en faveur des communautés, l'arrêt de Luxembourg. S'étant permis de faire chasser du comté les officiers de la prévôté ducale de Bastogne, il osa pénétrer plus avant dans le Luxembourg où il fut arrêté et jugé comme rebelle.

Pour couvrir les frais des procès, on vit, en 1740, les sujets effectuer plusieurs emprunts auprès de la baronne de WAHA, de Wanne, de 150, 1 100 et 750 écus, emprunts remboursés à partir de 1755 par les communautés sur lesquelles ils avaient été répartis.

Plusieurs documents concernant ces emprunts figurent aux actes de la Cour de Salm. Pour agir en leur nom, les sujets avaient choisi leurs délégués, « commis des communautés du comté de Salm », par acte passé devant notaire le 3 avril 1734, soit : Henri TOUBON, d'Arbrefontaine ; Henri-Martin PIRARD, de Bovignv ; Jean GENGOUX, de Grand-Halleux Paul ENGLEBERT et Henri COMTE de Vicisalm. Ces délégués agissaient en dehors du groupe des mayeur et échevins du comté ; ces derniers, d’ailleurs, se désolidarisèrent des 5 délégués et leur action, par acte du 23 mai 1746 passé par devant le notaire G. HONVLEZ.

(Protocole Not. HONVLEZ, archives détenues illégalement par A. LEJEUNE)

Après avoir gagné le procès sur les travaux au château, le comte perdit quatre des autres procès en première instance.

Son conseiller TARTREAUX, docteur en droit, qui le défendait au Conseil de Malines, homme sérieux et habile, présenta alors aux communautés une transaction, le 23 mai 1751. Elle proposait de partager par moitié les bois contestés, une moitié aux villages, l'autre au seigneur.

Celui-ci recevait également la dîme sur le produit de la part des villages, ainsi qu'une somme fixe de 200 pistoles pour les travaux du château et d'autres petites sommes pour les moulins et les acensements. Le cadeau de noces de la jeune comtesse était abandonné.

TARTREAUX réalisa l'accord proposé. Toutefois, le haut-officier E. A. RUTH, dont G. REMACLE va reparler, et le receveur GENGER, excitèrent sous main les communautés, déclarant que leurs délégués les avaient vendues au comte. Celui-ci, qui s'était déplacé expressément de Bedbur à Salm, furieux de cette calomnie, rejeta la transaction et repartit pour Bedbur. Les procès recommencèrent à Malines, en deuxième instance. Par sentence du 1 mars 1752, les communautés, cette fois, furent condamnées.

Le 20 août suivant, à leur tour les sujets offrirent une transaction. On y devine la tentative de voir adoucir la rigueur des décisions judiciaires et, au fond, d'y échapper.

La transaction fut acceptée car des documents ultérieurs en font état.

On peut se demander si le fait de l'absence du seigneur dans son comté, depuis longtemps, ne fut pas sans faciliter les excès, même chez ceux-là qui davantage devaient tenir au maintien de l'ordre. Car justiciers et forestiers, par exemple, se voient rappeler avec insistance, au respect des usages. La garde du château est défectueuse et des prisonniers parviennent à s'échapper.

En 1754, un certain Jean CONIL, chirurgien, fut arrêté pour crime d'homicide et emprisonné au château de Salm. Le maître de garde, Nicolas DAIROMONT, échevin, lui laissant beaucoup de liberté, le prisonnier s'évada en plein midi, pendant que DAIROMONT s'était absenté et que les gardiens jouaient aux cartes. Dans cette affaire, le haut-officier RUTH apparaît comme étant protecteur notoire de DAIROMONT.

(FAHNE, Cod. Dipl., pp. 326-328, publie à ce sujet un long document du 21 décembre 1754, extrait des actes du Grand Conseil de Malines).

Surtout, le haut-officier Eric-Adolphe RUTH apparaît dans tous ces événements comme jouant un rôle assez bizarre et peu conforme à ses devoirs envers son maître.

Le 7 janvier 1750, HENNUY écrivait de RUTH au comte Charles-Antoine, à propos de la situation désordonnée du comté : « Il faut que tout soit brouillé. Au lieu d'avancer les affaires come il seroit de son devoir, et de l'intérêt de votre Excellence et de ses sujets il ne cherche qu'a les prolonger pour se rendre nécessaire, consommer votre bien, absorber celui de ses pauvres sujets, semer la désunion partout et faire sa cour au détriment des autres et de leur bonheur ».

(FAHNE, Geschichte, I, p. 40)

En 1739, le receveur Jean-Guillaume HENNUY devait avoir encaissé 18 823 florins 25 sols. Or, en 1742, il avait toujours un arriéré de 13 973 florins 9 ½ sols. RUTH lui reprocha d'être négligent. Devant cette accusation, HENNUY déposa plainte auprès du comte, déclarant que précisément son déficit provenait du fait que RUTH ne lui avait pas transmis le produit de la vente de bois, et qu'il encourageait les gens du pays à ne pas payer leurs redevances.

Le comte envoya à Salm un surintendant, Guillaume-Joseph TEWIS. Du travail de deux commissions constituées successivement, HENNUY sortit acquitté. Il resta longtemps encore au service du comte. Mais sa défense dévoila beaucoup de choses. Notamment que les comptes de RUTH même se soldaient par un important déficit, ainsi que ceux de son ami GENGER, nouveau receveur.

Déjà en 1739, RUTH devait 9 225 florins 4 sols. Il avait promis de mettre ses biens en gage pour couvrir cette dette. Douze ans plus tard, ce gage n'était toujours pas réalisé, et le comte n'y réussit même pas en 1751 quand il vint à Salm ; à ce moment, la dette du haut-officier s'élevait à 14 555 florins, valeur supérieure à celle des biens de RUTH.

En même temps, les procès dont nous avons parlé plus haut se déroulaient.
« Il est inoui, écrivait TARTREAUX au comte le 1 juin 1751, combien il se trouve de désordre clans cette pauvre conté, si belle pourtant d'ailleurs. Je ne scaurais dire la quantité de plaintes que m'ont fait les sujets sur les officiers. »

TARTREAUX se préoccupa d'écarter RUTH. Mais le comte ne pouvait se décider à licencier son haut-officier, doué d'un beau talent de parole et d'écriture. Il espérait davantage en d'autres mesures. Peut-être aurait-il réussi si TEWIS n'avait été un fonctionnaire négligent, et même indulgent pour RUTH. Celui-ci resta haut-officier du comté jusqu'à son décès le 2 mars 1762.

TARTREAUX intenta même une poursuite contre RUTH, pour avoir dépassé les droits de sa charge. Mais les usages du duché de Luxembourg accordaient aux employés supérieurs le droit d'aller en appel contre tout licenciement portant atteinte à l'honneur. D'où des procédures fort longues en perspective et telles qu'il n'en résulterait pratiquement pas d'amélioration dans la situation du comté.

Après le retour du comte Charles-Antoine à Bedbur en 1751, les difficultés au sujet de la situation financière du comté ne s'apaisèrent pas.

Charles-Antoine étant décédé le 13 juillet 1755, son frère Léopold, « curateur des Messires les enfans » mineurs de Charles-Antoine, jugea « qu'il étoit d'une nécessité indispensable » de se « transporter dans le Comté de Salm pour y arranger diférentes affaires contentieuses... et notamment pour examiner les comptes de la recette de plusieurs années, qui n'étoient pas passés ».

(CS, 1753-1757/280-281)

E. A. RUTH se reconnu, le 24 novembre 1755, débiteur envers le comte de 6 000 florins, somme pour laquelle il engagea ses appointements et la totalité de ses biens.

(CS, 1749-1763/246-248)

Le 5-10-1751, le receveur J. P. GENGER s'était trouvé, lui, redevable de 460 écus, 2 escalins, 2 sols et demi, et pour couvrir cette dette il dut hypothéquer ses biens.

(CS, 1749-1753, 269-271)

D'autre part, en 1761 l'ancien receveur HENNUY était mort, alors qu'il était toujours redevable au comte de 12 500 écus constituant la recette des années 1754 à 1758. Toutefois, un peu auparavant, il s'était fait payer par les sujets 2 324 florins, 12 sols, 6 deniers, alors que l'examen de ses comptes, après son décès, montra qu'il avait trop perçu et que sa veuve devait rembourser 1 797 florins 3 sols.

(CS, 1749-1763:406-409)

Pour garantir ces sommes, la veuve HENNUY céda ses biens, parmi lesquels une maison de maître située à l'emplacement de la maison actuelle De POTTER à Vielsalm. Cet immeuble, devenu propriété du comte, fut séquestré sous le régime français, puis vendu.

Les autorités ducales avaient fini par s'émouvoir de la situation troublée du comté et avaient invité le comte même, en 1755, à se rendre à Salm.

Le 21 novembre 1755, le président du Conseil provincial de Luxembourg écrivait au comte de Salm ; « Monsieur, Depuis très longtemps j'ai vu avec peine les dissenssions qui ont divisé les officiers, la justice et les sujets du Comté de Salm, et le dérangement des affaires du Seigneur, qui en étoit la suite nécessaire, touché de cette situation, d'une des plus belles terres de la province, je me suis fait une loi, à mon arrivée à la présidence de ce Conseil de donner tous mes soins au rétablissement de la bonne intelligence, entre l'officier et ceux de la justice, dont la conduite est toujours d'exemple au reste de la Seigneurie j'ai parlé, j'ai écris, et j'espère au moins avoir réussi en partie, je suis persuadé que la présence de votre excellence achèvera de remettre toutes choses dans l'ordre quelles doivent avoir, surtout si elle daigne s'appliquer à réformer ou baisser de crédit les esprits brouillons qui ne savent vuider de rien sans procès. Je supplie votre Excellence de disposer de moi, lorsqu'elle visera que je pourrois lui être utile, et d'agréer le profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, Monsieur, de votre Excellence, le très humble et très obéissant serviteur. Gerden ; Luxembourg, le 21 9bre 1755. »

(CS, 1753-1757/265-266)

L'historien Jean BERTHOLET, ami du comte, l'avait invité, lui aussi, à venir à Salm, écrivant de Liège le 6 juin 1752: « Il me semble que pour obvier à d'autres maux et pacifier une bonne fois toutes choses, votre présence, Monseigneur, est absolument nécessaire à Salm. Venez donc comme un ange de paix ».

(FAHNE, Geschichte, I, p. 41).

Les dernières années du siècle semblent avoir présenté plus de calme.

Les grands procès sont terminés. Plusieurs des personnages mêlés aux événements rapportés ci-dessus sont décédés. On procède au partage des bois. Certaines des redevances des sujets à l'égard de leur seigneur, devenues périmées, sont tombées. La plupart des autres sont réduites à prix d'argent.

Des temps nouveaux approchent. Et de nouvelles institutions. En 1795, la République française déclarant les provinces des Pays-Bas réunies à la France, le comté de Salm cessa d'exister.

lundi 2 novembre 2009

Greffiers.

Les archives nous ont signalé les noms suivants :

Henry « Le Ruoy », originaire de Stavelot, cité en 1539.

Nicolas « de Lembourg », cité en 1553 à un record de justice.

Denys « de Rettigny », décédé un peu avant 1599, originaire de Rettigny, habita Vielsalm.

Evrard « de Bastogne », (originaire de Bastogne). Résidait à Vielsalm. Cité comme greffier en 1589 et 1591.

George WIROTTE. Petit-fils de Henri WIROTTE de Goronne. Epousa le 17 septembre 1600, Erinne BELLEVAUX de Vielsalm. Habitait une maison remplacée actuellement par la maison DE POTTER. Cité comme clerc juré en 1600 et jusqu'à son décès entre 1628 et 1630.

Jean RUTH, originaire des environs de Visé. Epoux de Anne EISDEN, fille du haut-officier Gérard EYSDEN) dont il a eu au moins 11 enfants baptisés à Salm. Est cité comme greffier en 1639 et encore en 1659. Il devint toutefois, vers 1650, baillif ou officier du comté de Manderscheid Kayll. (parrain de Erich-Adolphe FOCCART)

Gérard RUTH. Fils de Jean RUTH, qui précède. Né à Salm le 30 mars 1642. Epousa, le 27 juin 1676, Marie-Gertrude HALL (fille de Guillaume HALL, haut-officier du comté de Salm), dont il eut 15 enfants baptisés à Salm. Devint aussi échevin et greffier du comté de Manderscheid. Cité comme greffier de Salm en 1670 et 1696. Décédé le 8 avril 1712 à Vielsalm, son épouse le 20 juin 1697.

De 1659 à 1679, Jean REMACLE de Ville-du-Bois, échevin, remplit à peu près constamment les fonctions de vice-greffier ou « substitut greffier » du comté de Salm, vraisemblablement du fait que Jean et Gérard RUTH ne pouvaient exercer leurs fonctions à la fois à Salm et à Manderscheid.

Eric-Adolphe RUTH. Fils de Gérard RUTH précité. Cité comme greffier en 1718. Cité également dès 1726 et jusqu'à son décès le 2 mars 1762, comme haut-officier du comté. A exercé aussi, durant plusieurs années, les fonctions de prévôt et de receveur.

Jean LEONARDY. Cité comme greffier en 1715 et 1721. Est signalé à son décès, le 5 juillet 1721, comme « greffier et recepveur de ce comté ».

Gérard-Lambert HONVELEZ. Né le 25 septembre 1698 à Vielsalm. Beau-frère d'Eric-Adolphe RUTH précité, et demi-frère de Jean BERTHOLET, jésuite et historien du Luxembourg. Epousa Anne-Marie KESLER, de SaintVith, le 29 août 1729. Est décédé le 20 janvier 1747 à Vielsalm. Cité comme greffier en 1729 et 'jusqu'à vers 1737. Exerce les fonctions de notaire déjà en 1734.

Jean-Guillaume HENNUY. Cité comme greffier de 1737 à 1747. Né à Stoumont le 12 mai 1706. Est décédé à Bihain le 22 décembre 1759. Exerçait en même temps les fonctions de receveur du comté. Est signalé par après comme « seigneur de Bihain receveur et haut gruier des domaines au département de Bastogne, et ci-devant collecteur des sujets du comté de Salm ». Il avait épousé en premières noces, le 2 septembre 1737, Anne Thérèse OTTE († 4-1-1740, sœur de Jean-Bernard OTTE, mayeur du comté) ; en deuxième noces, le 9 janvier 1741, Jeanne-Elisabeth PIERREZ de Vielsalm (née le 28-3-1705), fille de Eric-François PIERREZ, seigneur de Bihain.

Jean-Pierre GENGER. Désigné le 1 octobre 1747. Le 20 septembre 1765, a été révoqué de ses fonctions de greffier et de contrôleur des eaux et forêts du comté de Salm, par le comte Sigismond. Est signalé comme étant originaire de « Konigswinter, païs de Cologne ». Avait épousé Françoise-Elisabeth SCHORN.

(CS 1762-1768/288-289)


Vers 1753, Henri-François MOYSE de Rencheux, échevin, a exercé durant quelque temps les fonctions de « greffier substitut ».

Jean-Louis RAPHAEL, de Vielsalm, notaire. Greffier de juillet 1781 à fin 1782.

Jean-Bernard OTTE, de Vielsalm. Mayeur et receveur du comté. A exercé les fonctions de greffier à partir de 1783.

Après quelques années, des difficultés ont sans doute surgi au sujet de ces fonctions, car le 22 novembre 1788 J.B. OTTE produisit la déclaration suivante, enregistrée par la Cour le 24 novembre :

« Je sousigné déclare de ne consentir en manière quelconcque a renoncer a
l'office de clerc du comté de salm. Je proteste au contraire bien formellement
contre la destitution de cet emploi, me réservant bien expressément, pour
plusieurs bonnes raisons de faire valoir a cet égard mes droits en tems et lieu,
la, et ainsi qu'il apartiendra, demandant que la présente soit insérée au
registre servant aux oeuvres et transports de la haute justice du dit comté, et
acte attestatoire de l'enregistrement de ma présente protestation, au moien de
laquelle, je déclare de ne diminuer aucunement aux droits dont il s'agit, quand
même par condescendance je laisserois faire les devoirs par un autre, sans
m'être préalablement pourvu, en Justice. Fait Vielsalm le 22 9bre. Est signé
J.E. Otte.
»


(CS 1788/227-228)

Charles-Denis-Chrétien BAUJOZ, haut-officier et receveur du comté. Est cité également comme greffier déjà en 1788 et encore en 1790.

(AEA, Pièces consignées, inventaire BOURGUIGNON)

Ndlr :

Avec les ajouts et corrections de G. REMACLE.

Echevins.

Voici les noms de ceux que nous avons relevés dans les archives :

En 1377, « Anthonelle del Vilhe de bois ».

En 1481, selon un record de l'année : « Colygnon » de Rogery, « Collart » d'Arbrefontaine, Collin d'Arbrefontaine, « Jone Henri Drawez » de Hourt, « Jehan le prevost » de Goronne, « Bollant » de Courtil, et « Jehan Louste » de Commanster.

En 1548, selon un record de l'année : « Jehan Thomas » d'Arbrefontaine, « Jehan Gerard » de Vielsalm, Servais de Salmchâteau, « Jehan Wirot » de Menil, Noel de Commanster, « Jehan petit gillet » de Halleux, et « Jehan pierra » de Halconreux.

En 1547: Jean « Tomma » (Thomas), âgé de 80 ans ; Servais, de Salmchâteau, 60 ans ; Jean WIROTTE, de Menil, 63 ans ; NOEL, de Commanster, 55 ans; Jean PIRARD, de Halconreux, 45 ans, deviendra mayeur de Laloux; Jean « Gille», de Halleux, 42 ans.

En 1556 : « Jehan Werot de Meny, Noel de Gomanster, Jehan Gerard del vielle Salme, Jehan Jaspar delle Halleux, Servais le vieux prevost de Salme, Cloiste de Lymbourg, le Jeusne Jehan Thomas d'Arbrefontaine, tous Eschevins de la Haute Justice de Salme. »
En 1561: Jehan Gaspar, de Grand-Halleux ; Noël, de Commanster ; le jeune Jehan THOMAS, d'Arbrefontaine ; Jehan WIROTTE, de Goronne ; Gérard LE LARGE, de Goronne ; Jehan LHOSTE, de Salmchâteau ; Jehan del grainge, de Ville-du-Bois.

Pierre « Gillet », de Vielsalm. 1584, 1595. Deviendra mayeur de Laloux.

Jean de Froidcourt, de Menil. 1596. Deviendra mayeur des Halleux, puis prévôt du comté.

Jean « Noël », de Commanster. 1599.

Hubert OTTE, de Menil. 1599 et 1612.

Evrard « de Bastogne », de Vielsalm. 1599.

« Pasque au Henry le Mayeur » (Pascal, fils de Henri le MAIRE), de Courtil. 1599, 1604, 1613.

Jean REMACLE, de Ville-du-Bois. 1599 jusqu'à son décès vers 1633.

Jean SAUVAGE, de Longchamps (Bovigny). 1599, 1604, 1617.

Gérard MACQUART, de Halleux. 1599.

Pierre Collette TOUSSAINT, de Petit-Halleux. 1617.

Lambert PIRARD, de Cierreux. 1624, 1636.

Jean MARQUET, de Rogery. 1620, 1632.

Jean NICOLET, de Menil. 1624.

Willem DELVAUX, de Salmchâteau. 1643.

Jean QUELIN, de Cierreux. 1643.

Jean GEORTS, de Courtil. 1659, 1663.

Barthélemy PAULUS, de Rogery. 1656, 1659.

Georges FROIDCOURT, de Menil. 1644.

Henri BASTIN, de Rogery. 1642.

Barthélemi, de Gernechamps. 1658, 1660.

Jean REMACLE, de Ville-du-Bois (petit-fils de Jean REMACLE signalé ci-dessus de 1599 à 1633). 1658, 1681. Pendant une vingtaine d'années, il remplit les fonctions de vice-greffier.

Lambert PIRARD, de Halconreux. 1659, 1702.

Jean WIROTTE, de Priesmont, jusqu'à son décès le 3 janvier 1694.

Eric-Adolphe RUTH, de Vielsalm. 1719, 1720. Deviendra haut-officier du comté.

Philippe WIROTTE, de Vielsalm. 1688.

Jean-Servais WIROTTE, de Vielsalm. Jusqu'à son décès le 26 novembre 1728.

Henri RULMONT, de Courtil. 1722.

Gérard TOUBON, d'Arbrefontair e. 1695, 1720, 1722. Enterré le 7 janvier 1730.

Sébastien HONVELEZ, de Vielsalm. 1716, 1722, 1747.

François JACOB, de Rogery. 1719.

Henri DEMONTY, de Salmchâteau. 1722, jusqu'à son décès en 1746.

Jean CUVELLIER, de Burtonville. 1716, jusqu'à son décès le 17 juin 1742.

Pascal TOUBON, d'Arbrefontaine. 1722, 1743. Enterré le 19 octobre 1744.

Jean PIERREZ, de Vielsalm. 1688, jusqu'à son décès en 1732.

Michel SEVRIN, de Petit-Halleux. 1734, jusqu'à son décès en 1740.

Jean MARTINY, de Halconreux. 1740, 1745.

Jean-Louis GOFFINET, de Rencheux. 1740, 1757.

Nicolas BOULLONOIS, d'Arbrefontaine. 1741, 1754, 1757. Décédé le 29 décembre 1760.

Guillaume BAPTISTE, de Neuville. Jusqu'à son décès le 9 novembre 1754.

Henri-François MOYSE, de Rencheux. 1749, et jusqu'à son décès le 27 janvier 1776.

Henri-François MOYSE, fils du précédent. 1776 et après.

François-Joseph MEURICE, de Vielsalm, du 24 décembre 1740 à son décès le 18 mars 1748 ; successeur de Michel SEVRIN.

Richard MARTINY, de Halconreux. 1752.

Henri BERTRAND, de Ville-du-Bois. 1766.

Jean-François MARTINY, d'Arbrefonaine. 1754, 1768. Décédé le 27 décembre 1769.

Henri-François BAPTISTE, de Commanster. 1737, et jusqu'à son décès le 10 novembre 1762.

Jean-Gérard RASSE, de Petit-Halleux. 1773, 1789.

Jean HERMAN, de Petit-Halleux. 1755, 1783, et jusqu'à son décès le 16 novembre 1791.

Jean-Nicolas DAIROMONT, de Salrnchâteau. 1746, et jusqu'a son décès le 22 mars 1773.

François-Louis BAUJOZ. 1766, 1767, 1770. Deviendra haut-officier du comté de Salm en 1770 ou 1771.

Jean-Léonard LEMOINE, de Vielsalm. 1783, 1789.

Jean-Nicolas LAMBERTY, de Vielsalm. 1773, et jusqu'à son décès le 9 décembre 1782.

Maurice BARBETTE, d'Arbrefontaine. 1776, et jusqu'à la fin du comté de Salm. Docteur en médecine.

Jean-Nicolas HONVELEZ. 1776, 1794. Petit-fils de Sébastien HONVELEZ précité.

Jean-Guillaume ORBAN, de Rencheux. 1781, 1786.

Jean-Jacques MARTHOZ, notaire à Vielsalm. 1794. Deviendra haut-officier.

Jean-Pierre ABINET. 1793.

Prévôts.

Hankin de Cierreux, cité le 15 juin 1377.

Henri de Bedbourg, prévôt de Salm, épousa le 22 août 1497, N. MICHOTTE, de Malmedy.

Servais de Salm (Salmchâteau).

Henri de La Comté, cité le 14 octobre 1547, le 3 décembre 1553, le 18 novembre 1561 et le 25 avril 1565. Agé de 30 ans en 1547. Né vers 1487.

Jean de FROIDCOURT, de Menil. D'abord échevin, puis mayeur des Halleux, il devint prévôt en décembre 1598, jusqu'à son décès entre le 4 mai 1617 et le 15 mai 1619. Les fonctions de prévôt furent toutefois remplies, vers 1604 et 1611, par le greffier du comté, Georges WIROTTE.

Nous ne savons qui a succédé directement à Jean de FROIDCOURT comme prévôt. Toutefois, Balthazar d'ELVEN, haut-officier à ce moment, est signalé également comme prévôt mais sans indication de date.

Mathieu WIROTTE. Fils de Georges WIROTTE de Priesmont et de Anne, petit-fils de Henri WIROTTE de Priesmont, Henri et Georges ayant rempli tous deux les fonctions de haut-forestier du comté. Mathieu vécut jusqu'à son décès à Priesmont, dans la maison paternelle devenue, après restauration au dix-huitième siècle, la maison occupée actuellement par les familles BELGE-DANTINE et BURTON-LAURENT. Il avait épousé Lucie, fille de Evrard GUILLAUME, de Rettigny, et de Marguerite, et décédée le 20 décembre 1675. Il est cité comme prévôt le 15 juin 1642 et après, jusqu'à son décès à Priesmont le 3 juillet 1678. Il a rempli également, vers 1652, les fonctions de mayeur de Laloux, par intérim, étant signalé à ce moment comme « lieutenant mayeur ». Il est signalé au dénombrement de 1659 comme suit : « Mathieu Wyrotte de priestmont brasseur ensemence environ une journée de seigle, at deux chartées de foin, deux chevaulx quatre vasches vingt bestes a laine et doit par affirmation plus de six cents patacons. »

Herman WIROTTE. Né le 8 mars 1644. Fils de Mathieu WIROTTE précité. Signalé comme prévôt en 1680, 1684, 1689, et à son décès le 13 septembre 1693. Voici l'acte de son décès : « Le 13 7bre est décé le Sr prevost Herman Wirotte ».

Erich-Adolphe FOCCART. Cité comme prévôt en 1696 et 1709. Deviendra haut-officier du comté de Salm, comme nous l'avons signalé précédemment.

Jean-Quirin REMACLY. Nommé prévôt le 1er septembre 1714, jusqu'à son décès le 27 mars 1727. Voici l'acte de son décès : « Le 27e mars est décédé le Sr Jean Querin Remacly prévôt et Lieutenant mayeur de ce comté ». Etait arrière-petit-fils de Jean PIERRE, mayeur précité. Ses parents s'étaient mariés à Salm en 1670.

Eric-Adolphe RUTH. Il est signalé comme échevin en 1719 et 1720. Nommé prévôt le 4 juin 1727, est encore cité comme tel le 29 août 1761. Il est cité également dès 1726 et jusqu'à son décès comme haut-officier du comté, ainsi que nous l'avons dit plus haut.

Après Eric-Adolphe RUTH, pendant plusieurs années les fonctions prévôtales ont été vraisemblablement exercées par intérim. Ainsi, en 1773, 1774 et 1779, Henri-François MOYSE, de Rencheux, est signalé comme « lieutenant prévôt».


Au jugement prononcé le 7 août 1770 et condamnant à mort Alexandre DUPPE, il est fait mention, mais sans le nommer, d'un « lieutenant prévôt e. Etant donné les signataires de l'acte, on peut se demander s'il ne s'agit pas de J.B. OTTE, mayeur.

A ce moment, ainsi que nous le signalons ailleurs, la vie du comté de Salm est assez agitée ; plusieurs cumuls se manifestent dans les grandes fonctions administratives et financières ; des agents sont révoqués ou doivent rendre des comptes. Un plénipotentiaire est envoyé dans le pays par le comte même. Avec Jean-Christophe LAMBERTY signalé ci-après, la situation semble bien redevenue normale.

Jean-Christophe LAMBERTY, de Vielsalm. Né en 1743. Fils de EtienneNicolas LAMBERTY, officier de Cronenburg, et de Marie-Jeanne HARTERT de Vielsalm (petite-fille, par sa mère Marie-Gertrude RUTH, de Gérard RUTH greffier du comté). Il épousa, le 4 août 1772, à Vielsalm, Catherine-Thérèse OTTE, fille de Jean-Bernard OTTE, mayeur. Est décédé le 18 novembre 1809 à Vielsalm ; sa pierre tombale est encastrée dans le mur d'enceinte de l'église de Vielsalm. Il est signalé comme prévôt le 20 septembre 1781 et jusqu'à la fin du comté de Salm. Il deviendra le premier maire de la commune de Vielsalm à partir de septembre 1800.

samedi 10 octobre 2009

La justice.

Le comte de Salm avait droit de haute, de moyenne et de basse justice.
Il exerçait la justice civile par l’intermédiaire de deux cours plénières, l’une censale, ou Haute Justice, l’autre féodale, ou Haute Cour, et par l’entrecour de Gouvy.

La Haute Justice se composait d’un mayeur et de 7 échevins. La cour féodale d’un prévôt et de 7 échevins féodaux ; ces derniers étaient pratiquement les mêmes que ceux de la cour censale.
Ces deux cours exerçaient la basse et la moyenne justice, mais séparément, l’activité de la cour féodale se rapportant aux biens fiefs.
On appelait de leurs jugements aux hommes de fief du comte, et du jugement de ceux-ci au comte lui-même, assisté de ses hommes, siégeant en la grande salle de justice du château de Salm. Après 1550, les appels se firent au Conseil de Luxembourg.

(AGR, Cour des Comptes n°36, folio 267vo)

Après sa réorganisation sous Charles-Quint en 1531, le Conseil provincial devint « à la fois une Cour supérieure de justice, à laquelle on pouvait recourir contre les sentences des justices échevinales, seigneuriales et prévôtales, et une sorte de Conseil d’Etat, qui avait, sous l’autorité du gouvernement central de Bruxelles, la direction de l’administration du duché »
(A. HERCHEN, p.116)

le Grand Conseil de Malines, créé en 1473 par Charles le Téméraire, constituant la cour suprême de justice de l’ancien régime, jugeait en appel les procès du Conseil de Luxembourg, indépendamment de certaines causes en première instance.

La cour féodale était également chargée de la justice criminelle. Toutefois, au XVIIIe siècle, à partir d’une date que G. REMACLE n’a pu déterminer, le mayeur unique du comté se joignit à la cour féodale pour les cas de justice criminelle.

La cour censale comportait, jusqu’à la moitié du XVIIe siècle, deux mayeurs, le mayeur de Laloux et le mayeur des Halleux, assistés chacun du même corps d’échevins. Il y avait donc en fait, jusqu’à ce moment, deux cours censales. Les actes passés devant la Justice des Halleux concernaient le territoire correspondant à la commune actuelle de Grand-Halleux, plus la rive gauche du Glain jusqu’à la crête allant du Bonalfa vers l’ouest (donc aussi Rencheux, Goronne, Arbrefontaine, Menil et Gernechamps).
Le reste du comté relevait de la Justice de Laloux.

A partir de la moitié du XVIIe siècle, on constate, d’après les archives, qu’il n’y a désormais plus qu’un mayeur pour tout le comté.

Ce changement s’est produit, de l’avis de G. REMACLE, de la façon suivante. Servais OTTE, de Menil, était mayeur des Halleux jusqu’à son décès vers 1648. à ce moment, la vie de la région est marquée de grosses difficultés. De là des nécessités et une adaptation nouvelle pour bien des choses. Une évolution du genre de vie se manifeste d’ailleurs nettement dès la deuxième moitié de ce XVIIe siècle. L’un des deux mayeurs du comté étant donc décédé, ses fonctions auront été exercées provisoirement par l’autre mayeur. Et, de provisoire, la situation sera restée définitive.
A d’autres moments d’ailleurs, des fonctions mayorales ont été exercées de façon intérimaire et provisoire. Par exemple, par Mathieu WIROTTE et Jean-Querin REMACLY.

Pour Gouvy, dont une partie dépendait de Salm et l’autre de la prévôté de Bastogne, il y avait une cour de justice spéciale pour laquelle le comte nommait un mayeur, un échevin, un clerc juré, et un sergent ; un autre mayeur et un échevin dépendaient de l’autre partie de l’entrecour.
Prévôts, mayeurs, échevins, greffiers, sergents, étaient nommés par le comte ; tous achetaient leur charge. Ils bénéficiaient par ailleurs d’une petite part dans certaines redevances pour leurs peines ou vacations.

Voici un exemple de nomination d’échevin, celle de Jean-Gérard RASSE, de Grand-Halleux, en 1773 :
« Je soussigné, avocat au Grand Conseil de sa Majesté l’Impératrice douairière et reine, authorisé à l’effet des présentes par son excellence Madame la Comtesse douairière de SALM-REIFFERSCHEIDT, née comtesse de ROGENDORFF, déclare que comme il vaque actuellement quatre places d’eschevins dans les cours féodale et censale du Comté de Salm dont la moitié appartient à la collation de sa dite Excellence et aïant eu rapport de la bonne conduite et prudhomie et capacité de Jean Gérard RASSE, je luy ay conféré comme je fais par les présentes, au nom de la dite Excellence, une des dittes places d’eschevin des cours féodales et censales du dit comté de Salm et sera ladit RASSE obligé au désir de l’ordonnance du 12 juin 1746 de prêter rectivement le serment y prescrit pour obtenir la dite place d’eschevin ou accause d’icelle, il n’a offert, promis ni donné, fait offrir, promettre ni donné aucun argent ou autre chose quelconque, ni de donner ni directement ni indirectement et parmi ce il jouira des droits et émoluments attachés à cet emploi et en foi de quoy jay signé cette et y apposé mon cachet ordinaire à Malines le 27 juin 1773 ».
Signé BEAUJOZ. La comtesse de ROGENDORFF précitée est la veuve du comte Antoine de SALM, décédé le 5 avril 1769.
(PF. GERARD)

où se tenaient les réunions des Cours ?
En fait, jusqu’à la fin du comté de Salm, en dehors du château il n’y eut point de bâtiment spécialement destiné aux assemblées de la Justice. Les réunions en question se tenaient dans la maison du mayeur ou du prévôt.
Exceptionnellement toutefois, selon la particularité des affaires à traiter, la Justice se déplaçait. Nous avons ainsi relevé le cas de telles réunions spéciales à Petit-Halleux, La Comté, Rencheux, Arbrefontaine, Ennal, Ville-du-Bois, la « franchise de Saulme », le château de Salm, même l’église de Vielsalm le 3 décembre 1553.

Les réunions de Justice ou plaids ordinaires devaient se tenir, comme le rappellent les ordonnances comtales de 1539 et 1731, tous les quinze jours, ce à partir de 8 heures du matin pour la période d’avril à septembre, de 9 heures d’octobre à mars, et afin de pouvoir « expédier les affaires les plus considérables et qui méritent le plus d’attention avant midy ». le haut-officier, représentant du comte, pouvait assister à ces séances chaque fois qu’il le jugeait convenable.
Quant à la Justice pour les causes criminelles, elle siégeait au château de Salm, où se tenaient également « le jeudi après la conversion de St Paul », la séance annuelle tous les chefs de ménage, du moins à l’origine du comté.

mercredi 23 septembre 2009

Le droit de justice.

Le seigneur haut justicier exerçait la justice haute, moyenne et basse, c'est-à-dire qu'il a le droit de connaître en matière civile de toutes les causes réelles, personnelles et mixtes, soit entre sujets, soit entre lui et ses sujets. En matière criminelle, il a le droit et puissance de glaive sur eux, c'est-à-dire le droit de connaître de tous cas criminels, à l'exception des cas royaux, tels que crime de lèse-majesté, fausse monnaie, etc.

« Luy appertiennent aussi les confiscations ès cas esquelz icelles eschéant, ensemble les amendes surpassans six florins d'or.

D'avoir pour signe et marque de haulte justice un gibet qu'il doibt ériger au district de la haulte justice en lieu à ce propre ».


(Art. 5 et 6, Livre IV des Coutumes du Luxembourg)

La moyenne justice.

« Le seigneur moien a... droit de cognoistre de toutes actions personeles procédans d'obligation, dépost, prest, ou autres semblables contractz, aussi de batture, injures et blessures à sang, n'importans chastoy corporel, et a ledit seigneur les amendes qui en proviennent n'exédans six florins d'or ».


(Art. 38, Titre IV des Cout. Lux.)

La basse justice.

Appelée en quelques endroits justice foncière. « Le seigneur bas justicier... a pouvoir et authorité de cognoistre des actions dont les amendes ne peuvent excéder sept solz et demy ... ».

(Art. 42, Titre IV, Coutumes)

« Le dit bas justicier a aussi cognoissance de droit de rachapt de gaigères et reprinses qui se font sur héritages par ceux à ce commiz, et à raison desquelles l'amende n'excède lesdits sept solz et demy, des dommages faits ès bois et fruicts, de forcharouage, de fond et de roye, de transports et œuvres de loy par vestures et dévestures, comme il peut aussi planter et relever les bornes, lever le droit de morte-main où il eschet, apprécier et subhaster les gaiges pour debtes personeles, liquidées et cognues, adjuger et tauxer les amendes de ceux qui ne livrent leurs rentes aux jours et termes accoustumez ès lieux où il y a peine pour ce cominée d'ancienneté, et de toutes autres actions concernans bien immeubles, ensemble le règlement d'iceux ».


(Art. 43, Coutumes)


D'après « Répertoire de Guyot et dictionnaire de Ferrières », cité par TANDEL, I, ad. et corr., et d'après les Coutumes générales du Duché de Luxembourg dont la rédaction, déjà ordonnée en 1531 par Charles-Quint, eut lieu en 1623.