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mercredi 27 janvier 2016

RELATION DE LA VIE A GORONNE PENDANT LA GUERRE 1914-1918- ANNÉE 1916

Voici la suite du « Liber memorialis » de la paroisse de Goronne  (Pages rédigées par l’abbé Leboutte, curé de Goronne), en ce qui concerne l’année 1916.


Roger GEORIS

 

 

 

Anno 1916


                              A la fin de l’année 1915, la vie commence à devenir d’une cherté incroyable : c’est le commencement d’une hausse énorme des prix de tous les articles. Heureusement, la commission américaine « For Relief in Belgium », dont les rouages sont fort
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Ici la page est coupée et au verso de ce qui reste, une note signée par l’Abbé Georges, successeur de l’Abbé Leboutte à la cure de Goronne signale que :
« Le 20 avril 1920, Monsieur le Vicaire général Cawet m’autorise à supprimer cette page ».
Le récit reprend donc à la page suivante comme suit :
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l’an je donne les cours de 3ème latine, à un autre les cours de langues pour la 5ème, aux deux autres les leçons de la classe préparatoire d’Humanités avec les premières notions de latin.

               Les jeunes gens du village, trouvant le besoin de s’amuser pendant que leurs compatriotes souffrent au front, dans les hôpitaux, dans les prisons, ont institué une société de foot ball, le Belge Club ! Et ils jouent chaque soir en semaine ; et le dimanche, ils désertent les offices de l’après-midi, ils vont s’exhiber dans les villages voisins, ils s’y enivrent, ils tapagent, hurlent et souvent pendant la soirée et la nuit. Evidemment, les sociétés des environs leur rendent la pareille. Il paraissait que l’argent recueilli irait aux prisonniers de guerre ; mais il faut d’abord payer les ballons, les costumes de jeu, les chaussures et la rincette. Et que reste-t-il pour les prisonniers ? … C’est bien triste de devoir constater de pareilles choses en temps de guerre !

               A l’occasion de la Solennité de l’Adoration, le R. P. Armand ; O. F. M. de Bastogne a prêché aux saluts du Triduum. Les offices ont été bien suivis. Il y a eu 170 communions le jour de l’Adoration (c’est chaque année le même chiffre, parce que ce sont toujours les mêmes qui ont gardé leur vieille coutume) ; le lendemain, dimanche 6, il en est revenu 95, qui avaient communié le 5, à une communion spéciale pour les soldats morts à la guerre. Le R. P. a été fort bien écouté et vivement regretté.

               Pendant le mois de Novembre, nous avons appris que l’autorité allemande enlevait dans toutes les provinces de Belgique des hommes de 17 à 55 ans de toute condition, qu’elle appelle « chômeurs » sous prétexte de leur fournir du travail en Allemagne, travail pour lequel ils seront payés, ce qui leur donnera de quoi se nourrir ainsi que leur famille, et de plus, ils cesseront d’être à charge de l’assistance publique. Au fond, ce n’est que l’esclavage qui nous menace. Nous avons dû comparaître à Vielsalm, le19 Décembre, au nombre de 65 ; une bonne trentaine ont communié le matin pour se fortifier dans cette pénible circonstance. On a pleuré beaucoup dans la paroisse depuis quelques jours ; nous avons assisté à Vielsalm à une des plus tristes scènes qu’il soit possible de voir. Deux jeunes hommes de la paroisse ont été retenus et nous les avons vus partir pour l’exil… Ce qu’on a versé de larmes ce jour-là !…

               Le nombre des communions en 1916 a été de 4247.





vendredi 26 décembre 2014

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

L’Organe de Vielsalm du 10 décembre 1911 : Aux Tailles était arrivé au mois d’août un individu français qui, quoique dépourvu du moindre diplôme, se donna comme un guérisseur d’affections rhumatismales et prétendait avoir une méthode de massage miraculeuse et d’un effet certain. Beau parleur il capta la confiance de certaines gens qui devinrent ses clients. Il concluait avec eux un contrat suivant lequel le  paiement ne se faisait qu’après guérison ! Cependant il toucha une somme de 175 f d’une personne qui était loin d’être guérie et dans le même temps il se rendit coupable de détournement au détriment de l’aubergiste chez qui il louait une chambre et tenta même de fabriquer de la fausse monnaie ! La gendarmerie ayant fait rapport au Parquet celui-ci ordonna l’arrestation du dénommé Tasce Alexandre, 27 ans, originaire de Reims.
Le 17 du même mois,  le journal relate le violent incendie qui a détruit le café Joseph Bruyère au carrefour de Beho (Voir carte postale : les chasseurs à courre y faisait souvent halte)  et un début d’incendie à l’église de Goronne qui a pu être arrêté à temps.

L’Organe du 3 novembre 1912 annonce la fête traditionnelle de la saint Hubert dont il a été question récemment. La grand -messe sera chantée par des artistes amateurs ; après celle-ci, les membres du « Rallye-Vielsalm » vêtus de l’habit rouge seront transportés en automobile au lieu de rendez-vous et galoperont par monts et par vaux à la suite des molosses formant le réputé équipage. Le soir, après un splendide  laisser-courre le banquet aura lieu à la Villa des Dragons.
Le 10 novembre,  le journal nous apprend la descente à Regné d’un ballon de dimensions respectables et monté par deux personnes de nationalité allemande.

L’Organe de Vielsalm du 28 décembre 1913 commence par un genre d’éditorial de l’éditeur. On va voir que celui-ci est bien optimiste et peu réaliste.
1913 se meurt dans la neige et les brumes qui laissent flotter dans les cieux gris comme de lourdes tristesses d’adieux.
Plus rapides, plus pressés semblent fuir ces derniers jours comme si, dirait-on, ils avaient hâte d’effacer de  nos esprits les chiffres lugubres de l’année qui agonise…
Mais voici 1914 dont les syllabes fusent, vives, alertes, sonores, enjouées, avec dans la voix des rires cristallins d’une toute jeune fille…
C’est d’un heureux présage. Et j’entrevois, lointaine, dissipant le rideau de grisaille et de mélancolie, l’aube nacrée, teintée d’azur de l’année nouvelle.
A nos lecteurs et abonnés, L’ORGANE DE VIELSALM présente ses meilleurs vœux.
La Rédaction.

Celle-ci ne pouvait évidemment pas prévoir  l’événement de Sarajevo et la tragédie qui allait s’en suivre pour le monde entier.


                                                                                     Robert Nizet

mardi 3 juin 2014

RELATION DE LA VIE A GORONNE PENDANT LA PREMIÈRE ANNÉE DE LA GUERRE 1914-1918


(Extrait du « Liber memorialis » de la paroisse de Goronne – Pages rédigées par l’abbé Leboutte, curé de Goronne)

1914

A la fin du mois de juillet, les relations sont devenues très tendues entre les grandes puissances européennes. Depuis longtemps on cherchait l’occasion d’une guerre, et enfin cette occasion était trouvée.

                Comme il ne m’appartient pas de faire ici l’historique de ce qui se passe en dehors de la paroisse, je n’ai rien à dire de l’occasion ni des causes qui ont amené les événements de 1914, et je dirai seulement ce qui s’est passé à Goronne.

                Le gouvernement belge, afin de prémunir son territoire contre une tentative de violation de sa neutralité, avait rappelé sous les armes les trois premières classes de la réserve ; Dans la journée du 31 juillet, il décréta le rappel de toutes les classes et, pendant la nuit du 31 juillet au 1er août, à 2 heures du matin, je sonnais les cloches sur l’ordre du Bourgmestre pour annoncer la mobilisation générale. L’émotion fut profonde dans la paroisse : plus d’un villageois trembla et ne dormit plus jusqu’au matin. Qu'allait-il arriver ?

                Le 3 août, j’assistais à Vielsalm à la solennité de l’Adoration du St-Sacrement. Une nouvelle officielle, mais secrète encore, reçue dans la matinée, faisait prévoir que la Belgique allait entrer en guerre avec l’Allemagne : le gouvernement allemand demandait au roi Albert s’il permettrait le libre passage des armées allemandes par la Belgique. Connaissant d’avance la réponse que le Roi et le gouvernement allaient donner, tout le monde s’attendait à une déclaration de guerre.

                Je suis rentré ce jour-là fort tard à Goronne, juste pour chanter le salut : il fallait préparer la journée de l’Adoration ! J’avais demandé un religieux du couvent de Bastogne pour donner les sermons ; Le Père Gardien du couvent m’avait envoyé un télégramme pour m’avertir de l’impossibilité où il se trouvait de nous fournir un prédicateur : la France appelait les hommes sous les drapeaux. Le R. P. Nonet, S. J., de la maison St-François Xavier de Verviers, m’avait promis son bienveillant concours pour le lendemain, lorsqu’il aurait terminé les exercices de l’Adoration à Vielsalm.

                Je rentrais donc tout pensif ce soir du 3 août : je préparais en me recueillant le sermon que j’étais obligé de prêcher et, pris au dépourvu, je me résolus à parler des événements qui se préparaient, des causes de la guerre (au point de vue surnaturel : Châtiment des peuples, etc.), et à préparer les confessions du lendemain par un bon examen de conscience. Et il en fut ainsi. Il y avait foule au salut et tous ouvrirent de grands yeux à l’annonce que je leur fis de l’imminence du danger. Beaucoup n’y crurent pas ; Le lendemain, en sortant du presbytère, j’apprenais que l’on avait fait sauter le tunnel de Trois-Ponts. La guerre était déclarée.

                Vers 9 ½ h., un gendarme arrive à fond de train donner les derniers ordres du gouvernement : il faut sonner les cloches pour rassembler les gens du village qui doivent se mettre à la disposition du Bourgmestre. Il s’agit d’abattre les arbres sur la grande route pour retarder le passage des troupes allemandes. Et voici l’émoi porté à son comble : les hommes et les jeunes gens courent, la hache à la main, et les vieillards viennent pleurer avec les femmes autour de moi, se demandant ce qu’ils vont devenir ; l’un d’eux prédit déjà la famine. Pour moi, qui me figure que la guerre ne peut pas durer longtemps avec les engins meurtriers d’aujourd’hui, je les console, je les envoie à l’église prier et se confesser. Car voici le P. Nonet. Il a vu, de vielsalm à Goronne, tomber les beaux chênes, les grands sapins ; On coupe les poteaux du téléphone, les haies artificielles, tout ce qui peut servir d’obstacle. Quelle pitié !…




La journée de l’Adoration et les suivantes.

                Ce fut certainement une journée de grâce que la journée du 4 août 1914 : le danger du moment donna un surcroît de ferveur à la majeure partie des paroissiens. Dans l’après-midi, deux classes de miliciens (1900 et 1899) étaient encore rappelées sous les armes.

                Le R. P. Nonet, avec tout le zèle qu’on lui connaît, prêcha une vraie croisade eucharistique. Au salut du 4 août et à tous les offices de la journée du 5, il y a eu foule extraordinaire. Les communions pendant quelques jours ont été tellement nombreuses qu’il nous a fallu songer bientôt à nous assurer que le pain à consacrer ne nous manquerait pas. Nous avons du découper en 5, 6 parties et plus encore parfois les 3 ou 4 centaines de petites hosties que nous possédions : il n’était plus possible d’en trouver, et bientôt d’ailleurs nous ne pouvions plus quitter le village. Pendant la 1ère semaine qui a suivi le jour de l’Adoration, nous avons distribué cinq cents communions (il y a eu 1400 communions pendant le mois d’août).

                Jamais l’on avait vu chose pareille à Goronne : pourvu que N.S. conserve ces bonnes dispositions dans les cœurs, que la pratique de la communion fréquente et quotidienne s’implante dans la paroisse et y demeure ! Voilà ce que je souhaitais de toute mon âme.

                Bientôt, on n’osa plus circuler en dehors du village. Dès le 4, une automobile conduisant des officiers allemands avait voulu monter vers Goronne, mais l’abatis d’arbres entravait sa route. Le 6, nous entendions tonner le bruit des canons de Liège ; Vielsalm était occupé militairement par les Allemands dans l’après-midi ; J’y suis allé le 7 au matin afin de pouvoir dire qu’un jour j’avais vu des soldats allemands en Belgique ! Jamais on n’aurait pensé qu’il en viendrait à Goronne ! Innocents que nous étions ! Le 8, Vielsalm était fermé : plus de communication possible avec l’extérieur !

                Le 9, première apparition des Allemands à Goronne : 4 soldats se trouvaient sur la route au milieu du village, demandant aux villageois si l’on n’a pas vu de soldats français dans les environs. Le soir, à 9h., après le salut, 15 cavaliers viennent réquisitionner de l’avoine ; Ils réussissent à en trouver de 4 à 500 kilos, en compagnie de l’échevin M. André qu’ils ont chargé de la mission de les renseigner ; Et ils s’en retournent dans la nuit, après avoir remis à leurs fournisseurs un accusé de réception.

                Dans la nuit du 9 au 10, à 3h du matin, une patrouille passe. Je m’éveille au bruit que font les bottes sur la route. Spectacle angoissant ! Dans l’après-midi du 10, nouvelle patrouille.

                Le 11, le P. Nonet, qui a prêché avec grand succès une croisade eucharistique à Arbrefontaine, revient à nous, mais non pour demeurer à Goronne. Il voudrait aller retrouver ses chers confrères au couvent de Verviers. Je tâche de l’en dissuader, ainsi que M. le curé d’Arbrefontaine qui l’a ramené jusqu’ici ; Rien n’y fait. Le Père nous demande de l’accompagner jusque Vielsalm : nous pourrons témoigner qu’il est un missionnaire qui s’est trouvé surpris chez nous par la rapidité des événements. Nous lui remettons d’ailleurs un certificat ; Et nous partons avec lui, sans obstacle jusqu’à l’entrée de Rencheux. Là, les soldats ont élevé une barricade. On nous met en joue ; Nous faisons halte en arborant le drapeau blanc (notre mouchoir de poche). Le garde vient à nous ; Le Père s’explique en allemand et demande à parler au capitaine. Gentiment, le sergent qui conduit la garde nous aide à passer sous le réseau de fil de fer barbelé et nous conduit devant le capitaine. Celui-ci nous reçoit poliment avec ses lieutenants : Il nous questionne ; Le Père Nonet explique sa situation et demande un laisser-passer pour Verviers. Impossible dans la confusion où l’on se trouve ! Ce serait extrêmement dangereux d’entreprendre un pareil voyage : il y a des armées par toute la province de Liège, on s’y bat, on risquerait d’être tué. « Retournez donc chez vous, et n’en sortez plus », conclut le capitaine. C’est le meilleur conseil qu’il nous donne à tous les trois. Et, sans nous le faire répéter, nous saluons ; Nous repassons la barricade et nous revenons à Goronne.

Suite des événements


                Le 13, des milliers de soldats ont traversé le village. Une compagnie d’infanterie s’y arrête pour quelques jours, ainsi qu’une colonne de munitions. J’ai hébergé deux officiers qui se sont montrés fort convenables tout le temps de leur séjour. Ils ont dû me fournir du pain, car je n’en avais pas à leur présenter : la veille, à 8 ½ h. du matin, un escadron de cuirassiers était venu de Vielsalm à Goronne. Comme je sortais du presbytère, les chefs défilaient à la tête de l’escadron. « Venez, Mr le curé ! » me crie un lieutenant. Je les suis jusqu’au milieu du village ; Le P. Nonet nous suivait à distance. On me dit d’appeler tous les hommes ; Je fais signe à tous ceux que j’aperçois de venir auprès de moi. Dans les maisons qui ne se trouvent pas sur la route, quelques peureux sèment la terreur en disant qu’on rassemble les hommes pour les fusiller ; Et beaucoup fuient vers le « Crin du Sart ». Le maître de cavalerie, après avoir appris à quelques hommes que la politesse exige qu’on salue un chef, commande qu’on apporte à l’instant tout ce qu’il y a de vivres au village, sous la menace de réquisitionner dans les maisons et de brûler le village si on ne le satisfait pas. Terrorisés, les gens apportent de tout : jambons, lard, œufs, beurre, pain, légumes, des poules, de l’avoine, etc. Vers dix heures l’escadron repartait avec une voiture bien chargée. Et nous, nous n’avions plus grand chose.

                Les soldats qui ont bivouaqué dans le village ont été convenables ; Leurs chefs étaient des gens honnêtes qui nous ont fait respecter par leur troupe. Les habitants ont donc été tranquilles, pour autant que les circonstances pouvaient leur donner de la sécurité ; Il est vrai que dans toutes les maisons on se montrait convenable aussi : pauvres gens qui n’avions pas grand chose nous-mêmes ! On a tué des veaux, des porcs, des poules, des lapins pour la troupe. Dans les granges, dans les remises, il y a eu des tas de foin abîmés ; C’est assez naturel : un soldat n’est pas souvent homme de grande économie ! Lorsqu’il y avait des réclamations, les gens s’adressaient soit à Mme Halin, chez qui demeurant le capitaine, et dont la connaissance de la langue allemande a rendu bien des services, soit au Père Nonet, qui parle très correctement l’allemand et qui nous a été d’un très grand secours ; Le capitaine et les lieutenants faisaient droit autant que possible à ces réclamations.

                Nous n’avons pas cessé de sonner les cloches pour les offices, pour l’Angélus, pour les confessions. Ignorant la mesure qui est prise en temps de guerre de faire les cloches, j’ai toujours laissé sonner ; Et ni les troupes de passage, ni les chefs qui ont logé au presbytère ne me l’ont fait remarquer. Nous avons fait nos offices solennellement le samedi 15 août et le lendemain ; Les soldats catholiques y ont assisté bien pieusement ; Les protestants visitaient tranquillement l’église en dehors des offices. Nous aurions pu faire la procession du St-Sacrement le 15 août, s’il n’avait pas fallu passer par la grand route ; Le capitaine m’avait donné la liberté de le faire, mais comme des troupes ou des autos passaient assez souvent, nous avons dû abandonner l’idée de la procession.

                L’échevin M. André a été gardé comme otage pendant tout le temps du séjour de la troupe. Nous avions remis nos armes le 13 ; Chaque soir, à 8 ½ h, tout le monde devait être rentré et toute lumière éteinte.

                Le 18, à 3h. du matin, réveil général : la troupe doit partir. Les soldats remercient les habitants ; Le capitaine me remet un témoignage de bonne réception. Tout le monde est content.

                La nuit du 18 au 19, j’ai logé encore 4 officiers et 5 soldats. Le 19, des télégraphistes viennent établir une ligne télégraphique. Qu’on n’y touche pas ! Le 20, passage des dernières troupes se rendant vers Namur. Bientôt nous entendons le bruit du canon de ce côté !

                A partir du 21, les routes deviennent libres, nous ne sommes plus prisonniers chez nous : On peut aller sans encombre à Vielsalm, à Arbrefontaine, avec un certificat délivré par l’échevin. Le P. Nonet, désireux de se rendre utile et de se rapprocher petit à petit de Verviers, nous quitte ce jour-là pour aller prêcher à Odrimont.






Depuis la fin du mois d’août 1914 jusque la fin de l’année.

                Le 9 août, un homme qui passait par Goronne, venant d’un faubourg de Liège, nous avait annoncé que les Allemands occupaient la ville et que, l’un après l’autre, les forts tombaient en leur pouvoir. Nous ne l’avions pas cru ; Mais, comme les officiers des troupes qui passaient et logeaient au presbytère nous le répétaient, il avait bien fallu admettre la triste réalité. Gardant une pleine confiance en notre armée et l’aide de ceux qui avaient signé la neutralité de la Belgique et qui devaient par conséquent la défendre, nous leur disions : « En tout cas, vous n’entrerez pas à Namur ni à Anvers » !

                Or voici que le 27 août, des soldats viennent placarder une affiche : Namur est pris, l’armée franco-belge est repoussée au-delà de la Meuse, et comme toutes les troupes allemandes ne sont pas nécessaires là-bas, il va en revenir qui seront envoyées contre les Russes. Tout cela n’était que trop vrai. Le même jour et le lendemain, de petits pelotons venaient préparer le retour ; Le 29 dès le matin, plusieurs régiments traversèrent le village en chantant leur victoire : tous les soldats avaient des fleurs à leur tunique ou à leur casque ; Nous les vîmes passer tout le jour avec leur train de munitions, des chariots couverts de branches de chênes, de grands drapeaux belges enlevés aux façades des maisons. Wépion, Malonne, Florenne, Marchovelette, lisions-nous sur des charrettes, des camions de tout genre. Nous avions le cœur tout gonflé d’émotions !

                La nuit du 29 au 30, dans les maisons qui bordent la route, on a hébergé et nourri 1000 hommes d’infanterie et 30 officiers, qui nous ont acheté jusqu’à notre dernier morceau de pain. Le 30, il nous a fallu cuire du pain dès le matin ; Heureusement qu’il y avait encore des pommes de terre et quelques rares œufs ! Rien d’autre ne nous restait. Ce jour-là, nous avons encore vu quelques régiments retourner vers la Prusse.

                C’est le 29 que j’ai appris la mort de Sa Sainteté le Pape Pie X. Huit jours avant, une personne m’avait annoncé cette triste nouvelle, mais je n’avais pas voulu y croire plus qu’à tous les autres racontars qui se colportaient en ce moment à propos de tout. Un capitaine catholique, qui logeait au presbytère avec plusieurs autres officiers, m’a montré la nouvelle dans son journal. Pie X, mort le jeudi 20 août à 2 h. 40 du matin. J’ai demandé des prières et une communion spéciale pour S. S. et pour le conclave ; Nous avons chanté un service funèbre quelques jours après.

                A partir du 30, il n’est plus passé que quelques hommes de troupe pendant 2 ou 3 jours ; Quelques soldats en auto viennent de temps en temps nous demander des légumes pour leur troupe et exiger du vin de ma cave.

                La vie est donc redevenue tranquille et, peu à peu, la circulation possible au moyen d’un certificat du Bourgmestre. A Vielsalm, à la commandanture, on délivre des passeports pour les voyages, même par chemin de fer. Sauf les prix qui sont très élevés (0,10 fr. par km) et les correspondances qui ne sont pas assurées, on pourrait risquer un tour de Belgique. Le commerce est assez embarrassé, la vie commence à coûter cher (j’ai acheté de la farine à 65 frs, celle qui se payait 28 frs avant la guerre).

                A la Toussaint, l’école a été rouverte (le logement du maître d’école, inhabité depuis juillet, a été complètement pillé : le linge, le vin en bouteilles et en tonneau ont disparu).

                Par suite des menaces faites par des soldats à certains curés du voisinage, à propos de la sonnerie des cloches, je n’ai plus fait sonner les nôtres. Au bout de 3 semaines environ, à la fin de novembre, on a recommencé à sonner et je n’ai pas été inquiété.

                Nous n’avons pas de journaux pour connaître les opérations de la guerre ; On se livre à des racontars fantaisistes, exagérées… Nous entendons continuellement le bruit lointain du canon… Nous savons que cette chère Belgique est occupée jusqu’à l’Yser…

                A partir de la fin du mois de novembre, je donne les cours de la 4ème classe d’humanités à deux élèves du séminaire de Bastogne pour leur éviter la perte d’une année d’études.

                J’ai eu le bonheur de distribué 4866 communions en 1914. Depuis le mois d’août, 99 grandes personnes et presque tous les enfants communient chaque jour. C’est consolant. Mais (il y a un mais), à part les enfants de chœur, aucun enfant ne se gène pour communier le dimanche. N’est-ce pas de l’indifférence !…

Fin de la relation de l’année 1914



Roger GEORIS

dimanche 2 mars 2014

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

L’Organe de Vielsalm du 14 janvier 1912 annonce la démission  de M. Henry Delvaux de Fenffe, gouverneur de la province de Liège dont les nombreuses interventions lorsqu’il était membre de la Chambre des représentants étaient à chaque fois rapportées par ce journal.
A Trois-Ponts, à cause du déraillement d’un train de marchandises au tunnel, tous les trains ont subi du retard. Il a fallu un jour pour déblayer la voie.
A Burtonville, une association libérale est en voie de formation. La première réunion se tiendra au local de l’Aurore le 21 janvier prochain.

Dans l’Organe du 28 janvier 1912 on apprend que la population de Grand-Halleux  a fait une belle réception à M. Léon Houssa qui rentrait du Congo où il occupait les fonctions de commis des impôts.
Le 12 février on adjugera à Neufchâteau le service de malle-poste entre Amberloup et Bertogne et entre Houffalize et Bertogne.
Dans les carrières de Bihain les ouvriers s’éclairent avec du carbure. Hier soir Pierre Bidonnet s’approcha d’un tonneau avec une lampe allumée et provoqua une violente explosion. L’ouvrier eut la face entièrement brûlée et les yeux sont dangereusement atteints: on craint qu’il ne perde la vue.

L’Organe du 17 mars 1912 
Les ardoisières sont à l’ordre du jour depuis le désastre de Warmifontaine où des affaisements de galeries ont provoqué des écroulements de maisons.


(Carte postale de Warmifontaine : affaissement du sol le 11 mars 1912) .

A ce sujet il circule dans nos parages le bruit de rachat d'exploitations salmiennes par la Société de Warnifontaine. Si cela est vrai, cette nouvelle sera bien accueillie par nos ouvriers. [?]
A Goronne, deux ménagères avaient laissé leur lessive au pré la nuit : le matin il avait disparu. Une jeune fille de Rencheux aux allures étranges ayant été vue la veille dans les parages, la gendarmerie se rendit chez elle et tout fut retrouvé mais déjà transformé. La personne portait même sur elle certains vêtements volés. C’est, bien sûr, un moyen de se préparer à entrer en ménage à peu de frais.   
Dans le même village la maison de M. Delhalle –Kleid a reçu une visite nocturne : le matin toutes les portes étaient ouvertes. On a retrouvé  à quelques mètres un biberon ayant contenu de la crème  et la canne du propriétaire. Un pain, quelques pièces de lard et un essuie-main ont aussi disparu. Les gendarmeries  de Vielsalm et Lierneux  s’étant mises en campagne, on découvrit le voleur à Lierneux, portant encore le pain enveloppé dans l’essuie-main. Honneur à nos pandores !!
A Bovigny, pendant que deux enfants prenaient leurs ébats dans la cuisine, une ménagère déposa une marmite d’eau bouillante sur le parquet : un bambin tomba dedans et fut affreusement brûlé. M. le Curé  appelé en toute hâte donna au petit des soins empressés qui calmèrent immédiatement ses souffrances.  [ Un curé rebouteux ? Il n’y a pas incompatibilité !]
La nécrologie mentionne le décès à Vielsalm le 15 mars  de Madame Julie Cahay  [première] épouse de M. Victor Jeunejean [mon grand-père maternel] .

                                                                                         Robert NIZET


mercredi 2 mars 2011

Organe de Vielsalm

( dimanche 30 janvier 1887, deuxième année, n°5.)

AFFAIRES COMMUNALES

Bureau de bienfaisance.

Chaque année, et à tour de rôle, le mandat de l’un des membres du Bureau vient à cesser, et il y a lieu de procéder à une nomination nouvelle ; elle se fait par le Conseil communal d’après une liste double de candidats, que lui présentent simultanément le Bureau et le Collège échevinal. Le membre sortant est indéfiniment rééligible. Cette année, lors du renouvellement partiel, le Conseil communal a fait choix de M. Bruyère, conseiller communal. Le Bureau présentait comme candidats : M. Grosfils, curé de Ville du Bois, membre sortant, et M. Jeunejean ; le Collège avait choisi les mêmes candidats. Il est de tradition constante de renommer le membre sortant ; c’est là, tout à la fois, un acte de reconnaissance pour les services rendus, et de bonne administration : car le membre sortant est déjà au courant des affaires.
Dans le cas actuel, Monsieur le curé de Ville du Bois, président du Bureau, était membre depuis 14 ou 15 ans ; chacun se louait de son zèle et de son dévouement et était convaincu que la reconnaissance de nos administrateurs communaux lui était acquise. D’autre part, la loi ne donne pas au Conseil communal le droit de s’écarter des présentations qui lui sont faites ; il n’est pas rationnel de nommer un conseiller communal membre du Bureau, et cela par la raison bien simple que le Conseil doit contrôler les actes du Bureau, vérifier ses comptes ; où serait le contrôle si les mêmes personnes composent tout à la fois le Conseil communal et le Bureau de bienfaisance ? Il n’y a d’exception que pour le bourgmestre qui assiste de droit aux séances du Bureau.
L’acte posé par le Conseil communal était donc entaché d’une illégalité ; aussi le gouverneur, d’accord avec la Députation, en a-t-il suspendu l’exécution. L’arrêté du gouverneur a été notifié au Conseil dans sa séance du 13 courant. Voir le compte-rendu qui a paru dans notre numéro du 22 courant.


Faits divers

On a tué jeudi, dans les chasses de M. Jacques de Goronne, un superbe cerf de deux ans ; l’animal pesait nonante-cinq kilos et avait la taille d’une vache ardennaise.
Les bois, encore peu développé, n’avaient guère que quinze centimètres de longueur. Les cerf sont rares dans notre canton ; on en signale, il est vrai, un ou deux tous les ans ; mais ce ne sont là que des hôtes passagers de nos bois. Il y a deux ans, nos chasseurs à courre ont poursuivi un de ces animaux qui était venu passer l’été dans nos parages ; mais après une course rapide de plusieurs heures, les chiens et les chevaux ont dû cesser la poursuite : la victoire est restée au cerf.
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Foires de la semaine.

Provinces de Luxembourg, Liège, Namur et grand-duché de Luxembourg.
Lundi 31 janvier : Salmchâteau.
Mardi 1er février : Houffalize, Fosse (Namur), Ettelbruck (Grand-Duché).
Mercredi 2 février : Florenville, Ferrières, Huy.
Jeudi 3 février : Arlon, Bouillon, Etalle, Hotton, St-Hubert, Hannut, Lierneux, Ouffet.
Vendredi 4 février : Virton.
Samedi 5 février : Bertrix.


ETAT-CIVIL DE VIELSALM
Du 19 au 26 janvier.

NAISSANCE : 1.
Marie-Joseph, fille de Bille, Guillaume-Joseph, journalier, et de Rulmont, Marie-Anne, ménagère, son épouse, à Bèche.


† On nous prie d’annoncer la mort de Monsieur Bertrand-Joseph Maréchal, décédé à Goronne, le 25 janvier courant, à l’âge de 87 ans.
Les obsèques solennelles seront célébrées en l’église de Goronne, le vendredi 4 février 1887, à 9 h. du matin.



Annonces :

PREMIERE COMPAGNIE NEERLANDAISE D’ASSURANCE SUR LA VIE contre l’Invalidité et les Accidents.

Capital social : 1,200,000 fr.

Assurances sur la vie entière et mixtes. Assurances sur la vie des enfants. Pensions.
Moyennant la modique somme de 5 francs par mois, on peut assurer un très joli capital à ses enfants à toucher à l’âge où ils doivent commencer à se créer une position, ou se constituer soi-même une pension à un âge déterminé.
Outre cela, on reçoit 3 p.c. d’intérêts de son argent.
40 p.c. du bénéfice sont attribués chaque année aux assurés.
Seul agent principal pour le canton de Vielsalm et les environs : LEMAIRE-ELISÉ, à Vielsalm, qui est également agent principal pour la Société : les Fermiers belges Réunis, Société anonyme d’assurances contre la mortalité du bétail et des chevaux.
___

H.-J. Pahaut PLOMBIER-ZINGUEUR
Salmchâteau (Vielsalm)
Travail soigné et garanti.
___
AVIS
S’adresser à GILLET-FOURGON
Editeur et Secrétaire communal
À VIELSALM
POUR :
1° Assurances contre l’incendie ;
2° Achat d’actions de villes par paiements mensuels ;
3° Obtenir les documents nécessaires pour contracter engagements volontaires avec prime de 1,600 francs ;
4° Déclarations de successions, etc., etc.

dimanche 20 septembre 2009

Les moulins.

Les archives des XVIIe et XVIIIe siècles signalent que le comté de Salm comptait, avant 1780, 5 moulins banaux. Il s’agit de ceux de Grand-Halleux, Vielsalm (démoli en 1915), Salmchâteau, Cierreux et Arbrefontaine, pour lesquels des copies de baux figurent aux actes de la Cour de Salm. Ces moulins existaient déjà avant 1600, et très probablement bien avant, ce qui serait très normal étant donné leur situation et leur distribution dans l’étendue du comté.

Aux registres de la cour de Salm, nous avons trouvé des documents des environs de 1600, concernant les moulins de Cierreux, Salmchâteau, Vielsalm. Le 9 septembre 1560, est cité « Gilles le meulnier de la vieille Saulme ». Le moulin de Cierreux comporte une pierre datée de 1489.

D’autres moulins ont existé au comté bien antérieurement encore. Celui de Juvigny (Djivni), situé entre Rogery , Bovigny, Courtil, et actionné par l’eau de Glain, a tourné jusqu’à la fin du XVIe siècle. Il ne peut être que le moulin ayant servi à ce qui correspondait à l’ancien domaine de Glain.

Un document du 28 septembre 1600 (CS 1597-1622/40-41), parle de « réédification du moulin de Giveignys ». nous ne pensons pas, toutefois, que cette restauration ait eu lieu, l’activité du moulin en question n’apparaissant plus après 1600, à la connaissance de G. REMACLE. Ce moulin était vraisemblablement le moulin rattaché à l’ancienne villa de Glain citée en 720, et dont le centre vital se trouvait non loin de Juvigny. Il a été « bruslé et ruiné par les gens de guerre ».
(Compte de 1670)

Un moulin s’est élevé également près de Goronne, dont le souvenir subsiste toujours aux archives du XVIIe siècle. Son existence, fort ancienne, est normale, relativement à l’ancienneté de Goronne et le fait que ce village n’a pu disposer, pendant longtemps, d’un autre moulin plus rapproché. Celui d’Arbrefontaine, auquel Goronne sera rattaché un jour, ne viendra que bien après la naissance du comté.







Voici le texte s’y rapportant, de 1627 : « Jean Simon de Gronne a quicté et guerpy à une faigne gisante es vieulx moulins, tenant pardessus au dit Jean Potestat (de Goronne), pardessouz au bief coulant sur la maladrerie » .
(CS 1625-1627/80vo)

Enfin à Ville-du-Bois, sur le ruisseau de Salm, un moulin disparu depuis longtemps a tourné fort anciennement. Il devait encore exister vers les XIIe et XIIIe siècles.

Aucune archive n’en fait mention. Aucun vestige non plus n’en reste sur le terrain. L’opinion de G. REMACLE est toutefois que ce moulin à existé. Il est possible, même probable, que ce soient les vestiges de ce bâtiment qui aient fait naître la légende « Le moulin des Cawettes » ou Clawettes, rapportée par PIMPURNIAUX, I, pp.135-137 ; et L.BANNEUX, Les fées du Hultai, pp.91-100.
Sur l’emplacement de ce moulin, Englebert LEBECQUE, de Ville-du-Bois, édifia, en 1820, un nouveau moulin, qui a duré jusqu’en 1946.





Le moulin de Salmchâteau.

Vers 1750, un sixième moulin apparaît dans le comté de Salm, à Halconreux ; il était sans banalité et seulement pour l’utilité du village de Halconreux.

On sait qu’en vertu de la banalité, les usagers d’un moulin devaient non seulement payer une redevance, mais utiliser le moulin qui leur était désigné. Celui-ci était, d’ailleurs, en général, le plus rapproché de leur village.

Ainsi, le moulin d’Arbrefontaine avait comme usagers les habitants d’Arbrefontaine, Menil, Gernechamps, Goronne. Celui de Grand-Halleux, les localités de l’actuelle commune de Grand-Halleux. Celui de Vielsalm, les localités de Rencheux, Vielsalm, Priesmont, Ville-du-Bois, Petit-Thier, Burtonville et Neuville. Celui de Salmchâteau, Bèche, La Comté, Salmchâteau et Commanster. Celui de Cierreux, Cierreux, Rogery, Honvelez, Bovigny, Longchamps, Courtil et Halconreux (cette dernière localité jusqu’à l’édification du moulin du village).
Le droit de mouture se percevait par les meuniers « au trente deuxième », taux rappelé par la transaction du 20 août 1752.

Il est possible qu’à l’origine ce droit de mouture ait été versé intégralement au seigneur par l’intermédiaire du meunier. Toutefois, le système qui a fini par s’imposer comportait l’exploitation du moulin selon bail locatif passé devant la Haute Justice ou même à la fois devant la Haute Justice et la Cour féodale. Le bail fixait les devoirs du meunier et notamment la redevance ou rendage qu’il devait payer pour l’exploitation et qu’il s’assurait au moyen de la redevance payée par les usagers. À la fin du XVIIIe siècle, ce rendage était évalué en argent et non plus en nature.

Le rendement en nature s’établissait en seigle, farine d’avoine, plus 1 ou 2 porcs, et quelques chapons. La viande de ces porcs était salée au château et servait à la cuisine comtale, ou même était envoyée à Bedbur quand y résidait le comte. Le moulin de Vielsalm devait en outre 1 muid de farine de froment.

Voici, par exemple, l’un de ces baux :

« Cejourd’hui vingt-sixième décembre mille sept cent soixante-neuf pardevant les maieur et échevins de la haute justice du comté de Salm, sousignés comparu personnellement Gengulphe Freçon, meunier moderne de Vielsalm ; lequel pour être continué et prorogé l’année 1769 in 70 dans le Bail du dit moulin qui est expiré cejourd’hui et important un rendage de cinquante sept muids de seigle, bien conditionné, dont l’année commence ce jourd’hui et finira à pareil jour de l’année prochaine, déclare d’obliger ses biens meubles et immeubles sous le cautionnement de François Gengoux, de Ville-du-Bois, ici présent qui affecte de même ses biens meubles et immeubles à cet effet se soumettant l’un et l’autre à prompte et parate exécution à décretter sur requête à présenter à cette cour par le Sr receveur de ce comté en cas de défaut s’obligeant au surplus le dit meunier, à remplir les devoirs d’un vrai meunier et de s’acquitter de tous les devoirs en résultans en foi de quoi et après lecture faite, ils ont signés à Vielsalm ut supra sont signés Jeangou Fresons, Françoi Gengoux, J.B. Otte, N. Dairomont avec pphe, F. Moïse, J. Herman, F.Beaujoz avec pphe ».

(CS 1768-1772/200)




Par exemple, il s’élevait en 1670, pour le moulin d’Arbrefontaine à 7 muids de seigle ; celui de Cierreux, 8 muids ; celui des Halleux, 10 muids ; Salmchâteau, 10 muids ; Vielsalm, 22 muids.
En 1776, pour le moulin d’Arbrefontaine à 17 muids de seigle ; celui de Cierreux, 16 muids ; celui des Halleux, 28 muids ; Salmchâteau, 23 muids ; Vielsalm, 58 muids.
En 1786 : Arbrefontaine, 109 écus ; Cierreux, 71 écus ; Halleux, 164 écus 2 escalins ; Salmchâteau, 55 écus et demi ; Vielsalm, 300 écus.
En 1785, pour Halconreux, 20 écus.

La transaction du 20 août 1752 rappelle aussi que « les Banaux respectifs desdits moulins demureront sujets aux réparations et entretient les quatre murails ou parois, de même qu’aux toitures desdits moulins à leurs frais et dépens, parmi que son Excellence fasse assigner hors de ses bois ceux nécessaires à cet effet ».

C’est ainsi, par exemple, que le 14 juin 1768, « les communs habitants d’Arbrefontaine, de Goronne, Menil et Gernechamps, moulans Bannaux du moulin d’Arbrefontaine » furent condamnés à « pourvoir aux réparations de quatre murailles, parois et toitures du moulin banal d’Arbrefontaine, relativement à la transaction passée le 20 août 1752… et ce endéans la quinzaine de l’insinuation, à peine que ce terme écoulé, il y sera pourvu d’office à leurs frais ».

(CS 1760-1768/127)

Sous le régime français, les moulins banaux de Salm furent séquestrés comme biens domaniaux, puis vendus à des particuliers. Celui de Vielsalm, à J.F.J. OTTE, de Vielsalm, pour 9 025 F. ; celui de Salmchâteau au même, pour 6 300 F. ; celui de Cierreux, à Mathieu BEAUPAIN, pour 3 625 F. ; celui de Grand-Halleux, à Henri-Joseph HONVLEZ, d’Ennal, pour 4 575 F.

(A.E.L., F.F. registre 2058)







Ancien moulin de Vielsalm, vers 1900, vu du côté de Rencheux. Était antérieur au XVIe siècle. Achat par Jules ANDRIANNE, à l’épouse BERTAUX-LEBARON, le 30-10-1874, pour 20 000 frs. (Not. JACQUES). Démoli en 1915. Incendié partiellement à plusieurs reprises, notamment en 1803, le 27 août 1907 et le 16 juin 1912.
Dernier meunier : désiré BENOIT, de Priesmont, pour la famille ANDRIANNE.
Moulin à trois tournants. Mû par courant d’eau et non par chute.

Ndlr:

Publié avec les modifications de G. REMACLE

mardi 8 septembre 2009

À Goronne-Vielsalm. Centenaire du sanctuaire Notre-Dame de la Salette.

(publié dans L’Avenir du Luxembourg, le 22 septembre 1954)

Le 19 septembre 1846, sur les hauteurs alpestres de la Salette, deux petits bergers. Mélanie et Maximin, avaient vu une « belle dame », la robe très longue, très ample, le fichu, la haute coiffe, le diadème, les roses qui brillaient sur sa tête, ses épaules et ses chaussures, le crucifix qui reposait sur sa poitrine et des larmes dans les yeux. La belle dame leur avait parlé de l’oubli du repos dominical, du devoir de l’assistance à la messe du dimanche, des obligations du Carême et des blasphèmes. Elle parla en français d’abord, en patois ensuite. Elle ne cessait pas de pleurer. Les bergers la virent enfin s’élever de terre en regardant le ciel et disparaître. Après des enquêtes longues, prudentes et minutieuses, l’autorité ecclésiastique proclama la réalité et l’authenticité de cette apparition.

En 1853, des faits étranges et qui ne sont pas sans rapport avec le miracle de la Salette, jetèrent dans l’étonnement les populations du pays de Salm. Sur le plateau de Goronne, solitude de forêts et de pâturages, un paysan, Jean-Maurice CUVELIER, se mourait dans la chambre basse d’une ferme. Marié à une dame FREDERICH, de Grand-Halleux, il n’avait eu en cette vie que peines et misères. De ses sept enfants, cinq étaient morts. Lui-même, condamné par un médecin, avait embrassé, sans espoir de le revoir jamais, son fils aîné, appelé à Liège par la loi de la conscription. Et voici qu’après une nuit de coma, l’agonisant s’éveilla sain de corps et d’esprit. Il expliqua à sa femme qu’une « belle dame » et qui pleurait lui était apparue en songe. Elle lui avait parlé : « Si tu veux être guéri, promets de construire une chapelle en mon honneur à Pelhémon ». il avait promis.

En ce temps-là, Goronne vivait à l’écart des bruits du monde. CUVELIER et sa femme ignoraient tout des prodiges de la Salette. Le curé de la paroisse, l’abbé PONDANT, plus instruit des nouvelles religieuses, n’eut aucune hésitation en écoutant la description de la dame faite par le miraculé ; il s’agissait sans aucun doute de la Vierge de la Salette. Maurice CUVELIER entreprit sans retard l’exécution de sa promesse. Non loin de la route, entre Arbrefontaine et Goronne, au lieu dit « Pelhémon », s’éleva une spacieuse chapelle dédiée à Notre-Dame de la Salette.
En 1854, tandis que les paroisses du doyenné de Vielsalm se préparaient à fêter l’inauguration du nouveau sanctuaire, une nouvelle sensationnelle courut toute la région et attira des foules de curieux à Goronne : la femme de CUVELIER avait mis au monde un enfant apparemment non-viable : sans bras, le petit corps portait dans sa chair, imprimés en stigmates, les signes de la Dame de la Salette, le front en coiffe, des marques roses autour de la tête, aux épaules et aux pieds, une croix dessinée sur la poitrine et des larmes dans les yeux. Ressemblance douloureuse avec la statue de la Vierge qui, dans la chambre de l’accouchée, attendait d’être transportée en procession dans le sanctuaire de Pelhémon. L’enfant vécut neuf mois. Jamais, l’autorité épiscopale ne s’engagea dans la reconnaissance des merveilles de Goronne. La chapelle de Pelhémon resta un lieu de dévotion du pays de Salm. Elle est probablement de toute la Belgique le plus ancien sanctuaire dédié à Notre-Dame de la Salette.





Le 19 septembre 1954, cent ans après les étranges événements de Goronne, des cérémonies commémoratives ont attiré de nombreux pèlerins autour du sanctuaire de Pelhémon. Les descendants de la famille CUVELIER étaient accourus de partout : fait curieux, sur la cinquantaine de descendants du miraculé d’il y a cent ans, aucun n’habite plus Goronne. Tous sont dispersés à travers la Belgique. Malgré le temps gris et une pluie fine qui ne cessa presque pas de tomber, du matin au soir, de ce dimanche anniversaire, les processions de 10 h.30 et de 15 heures ne furent pas mouillées.
Le char de Notre-Dame de la Salette, le matin, et celui de Notre-Dame de Luxembourg, l’après-midi, entraînèrent derrière eux la foule des grands jours. Les chants étaient dirigés par l’infatigable Désiré JACQUES.
M. le Doyen de Vielsalm célébrait la messe, assisté de M. le Préfet des Salésiens de Farnières et de M. l’aumônier du Pensionnat du S[acré].C[oeur].

[ill.]

Statues en bois sculpté de Notre-Dame de la Salette et des deux bergers Mélanie et Maximin, telles qu'elles furent placées, il y a cent ans, dans la chapelle de Pelhémon. Comme les autres statues du sanctuaire, elles sont l'oeuvre du sculpteur de Grand-Halleux, connu au XIXe siècle, dans le pays de Salm, sous le nom de « le bon Dieu de Grand-Halleux ».


Après l’Evangile, le R.P. Edmond, supérieur des Franciscains de Liège, rappela les paroles et les leçons de la « belle dame ».
À l’harmonium, M. l’abbé BACCUS, curé d’Arbrefontaine, accompagnait le chœur des jeunes filles de la paroisse.

Aux vêpres solennelles de l’après-midi dans une brève allocution, le R.P. Edmond félicita les paroissiens de Goronne pour l’ornementation parfaite du long parcours de la procession, pour leur générosité et leur ferveur dans la participation aux cérémonies de la journée.

La « belle dame », qui pleurait à la Salette sur l’ingratitude des hommes, aura certainement ressenti de la consolation en ce centenaire de sa chapelle de Pelhémon. Un pèlerin étranger disait après la cérémonie du soir : « Quelle belle et nombreuse jeunesse possède Goronne ! Je croyais que c’était un village mort. Et voici que j’y ai vu et entendu des jeunes gens et des jeunes filles d’une vitalité riche en promesses ! ».

A.E.D.

Ndlr :

1) Le 21 décembre 1961, la 3e Chambre de la Cour d'appel de Liège a rendu son arrêt à l'encontre des prévenus PAQUOT, MAHAIM, FONTAINE, DODENGE et SIMON. Ceux-ci avaient été condamnés par le tribunal correctionnel de Marche. Depuis 1958, ils avaient organisé une cinquantaine de vols d'objets religieux et d'objets d'art dans les églises, notamment à Vaux-Chavanne. Ce ne fut qu'en mars 1960 que la police judiciaire de Marche procéda aux arrestations, après un nouveau vol commis à Goronne-Vielsalm. Un lot de 10 statuettes avaient été volé dans cette dernière chapelle, statuettes évaluées à plus de 300 000 fr. Celles-ci en bois sculpté datant du XVIIe siècle, d'autres exécutées par un menuisier de Grand-Halleux, Henri LAMBERT, qui était surnommé "Hinri dè bon dju". (coupure de presse)

lundi 7 septembre 2009

Tombes.

(mise-à-jour, 22/09/09)

Plusieurs sépultures de cette période ont été retrouvées à différents endroits de la région :

- Au nord du village de Honvelez, feu le Dr. LOMRY en a découvert dont les fouilles lui ont fourni divers vases.

- Il en a également fouillé à Russêmont (entre Bovigny et Rogery) et découvert quelques autres à plusieurs endroits de la commune : Hastape, Fa de Glain, Maihîre, Hî djârdin.
( E. RAHIR, Vingt-cinq années de recherches, de restaurations et de reconstitutions, Bruxelles, 1928, p.204 ; P. LOMRY, Découverte de quelques tombes anciennes et interprétation concordante de quelques mots dans un coin des Hautes-Ardennes, dans A.I.A.LUX., 1911, p.382. ; Et témoignages divers)

- En 1950, en la commune de Bovigny encore, une tombe a été mise au jour au lieu-dit « devant le bois » et une autre « so l’hî djârdin », toutes deux contenant une urne cinéraire avec cendres ; à ce dernier endroit, Antoine PONCIN, de Courtil, dégagea aussi, en avril 1911, une autre tombe renfermant divers objets.
(Témoignages recueillis ; L’Organe de Vielsalm du 23 avril 1911 ; P. LOMRY, Découverte de quelques tombes anciennes et interprétation concordante de quelques mots dans un coin des Hautes-Ardennes, dans A.I.A.LUX., 1911, p.382)

- Entre Ville-du-Bois et Petit-Thier, en 1915, lors de la réfection d’un vieux chemin, les ouvriers mirent au jour une de ces tombes, avec poteries diverses ; en haut de la côte, à droite.
(Témoignage des ouvriers. Une de ces poteries existait encore en 1950)






(poterie découverte à Ville-du-Bois, en 1915, daté par S.N.F. des années 70/80)


- Une découverte du même genre a été faite sur le territoire de la commune de Grand-Halleux, à gauche du chemin montant vers Farnières, en novembre 1892, ainsi que derrière Goronne vers 1909.
(L’Organe de Vielsalm ; L’Annonce de Stavelot ; et témoignages oraux divers. Près de Farnières, au lieu-dit « sur les sarts », c’est 14 tombes que M. HEYDEN de Petit-Halleux aurait dégagées en labourant. Elles contenaient divers objets, poteries, monnaies, marteau, une perle, une bague avec inscriptions VIVAS MI…, des ossements.)

- Une autre encore, selon témoignages que Gaston REMACLE a recueillis, non loin de Sart-Lierneux, vers 1890, aux endroits dénommés « so les chèyîres » et « petit manhay ».

- Enfin en 1901, 1904 et 1911, un ensemble de trente loculi contenant des cendres et des poteries rouges a été fouillé entre Hébronval et Bihain, au lieu-dit Les minières.
( D. GUILLEAUME, L’archidiaconé d’Ardenne dans l’ancien diocèse de Liège, Liège, 1913, p.97 ; P.LOMRY, Découverte de quelques tombes anciennes et interprétation concordante de quelques mots dans un coin des Hautes-Ardennes, dans A.I.A.LUX., 1911, pp.383-384 ; E. RAHIR, Vingt-cinq années de recherches, de restaurations et de reconstitutions, Bruxelles, 1928, p.214)

- Et à Gwèrnal (Goronne). Une tombe romaine, près de Goronne, au lieu-dit « Gwèrnal » (témoignage de Gustave JACQUES, le 3 octobre 1965)

- Et au Persay ( ?), voir JOTTRAND La vallée de la Salm, 1869.

Ndlr :

1) P. LEJEUNE, dans Tombes (romaines ?) à Bihain, G.S.H.A. n°8 (1978), p.81, signale la découverte entre 1918 et 1940, d’un caveau constitué de dalles de schiste, dans un champ près du lieu-dit Mananhé, sur la rive gauche du ruisseau de Bihain. De même, un autre caveau fut fouillé, en 1938, par M. BRUNSON, dans le vieux chemin qui relie Bihain à Courtil, non loin du lieu-dit so l’combe, sur la rive gauche du ruisseau de Rolayî (Langlire).

2) L. RENARD, Cimetière belgo-romain à Bihain, dans B.I.A.L., XXXVI, 1906, p.277.

3) P. LEJEUNE, Une tombe romaine à Goronne, dans G.S.H.A. n°9 (1978) p.184.

4) P. LEJEUNE, La nécropole romaine du "Pêrzê" (Ste-Marie-Salmchâteau), dans G.S.H.A. n°12 (1980) pp.43-51.

5) P. LEJEUNE, Le ou les groupes de tombes d'époque romaine à Grand-Halleux ?, dans G.S.H.A. n°12 (1980), pp.88-89.

6) P. LEJEUNE, La nécropole d'époque romaine du "Pêrzê" (Salmchâteau). Confirmation, dans G.S.H.A. n°13 (1980) p.82.

7) H. REMY, Poteries provenant de la nécropole romaine du "Pêrzê" à Salmchâteau, (avec photographies), dans G.S.H.A. n°13 (1980), pp.82-83.

dimanche 6 septembre 2009

La construction des roues en bois à Goronne.

R. GEORIS, dans G.S.H.A. n°8 (1978) pp.41-46.

Nos communes.

(publié le 1er février 1979)

La récente fusion des communes a fait disparaître plusieurs d’entre elles, dans notre région.
C’est en vertu des dispositions de la loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800) qu’avaient été créées les communes de Grand-Halleux, Arbrefontaine, Vielsalm, comme les communes voisines de Beho, Bovigny, Lierneux.
Depuis lors, et jusqu’au 31 décembre 1977, les limites de la commune de Grand-Halleux n’avaient pas changé, et cette commune comptait 2 484 hectares, 32 ares, 88 centiares.
La commune d’Arbrefontaine, elle, s’était agrandie de la section de Goronne détachée de Vielsalm le 1 janvier 1853, selon une loi votée le 11 novembre 1852 à la Chambre des Représentants et le 3 décembre suivant au Sénat ; ainsi, Arbrefontaine mesurait 2 051 ha., 24 a.,65 ca.
Depuis le 31 décembre 1977, Goronne a été rattaché à la nouvelle commune de Vielsalm.
Vielsalm perdit encore, à partir du 1 janvier 1848, ce qui devint la commune de Petit-Thier, soit 1 907 ha.,19a., 35 ca., selon une loi du 10 mars 1847.
Ainsi, la commune de Vielsalm était ramenée à 5 468 ha., à l’origine, à 2 848 ha., 57 a., 57 ca.
Actuellement, après sa fusion récente avec les anciennes communes de Bihain, Grand-Halleux, Petit-Thier, une partie de la commune de Lierneux, et les localités de Commanster et Goronne, elle mesure 11 885 hectares, avec 6 700 habitants.

Gaston REMACLE

mercredi 2 septembre 2009

Il y a 3 siècles, Rencheux et Goronne, au temps des pâturages communs. Un petit traité de paix local.



(publié dans Pays de Salm, le 27 décembre 1953)

« Pays de Salm » a publié dernièrement une série d’articles relatifs à l’ancien système de pâturages communs.
Nous croyons intéressant de reproduire ci-après un document concernant le même sujet. Il s’agit d’un accord réalisé en 1660 entre les villages de Goronne et Rencheux.

Un différend avait donc surgi antérieurement entre ces deux localités, pour la délimitation des étendues permises au pâturage de leurs herdes respectives.

Le document en question met fin à ce différend par l’entente des deux parties en cause. C’est un petit traité de paix local.
Par Jean COLLA et Jean MARESCHAL de Goronne d’une part, Jean WILLEM de Rencheux d’autre part, ce au nom de leurs vinagiers, l’acte fut présenté par devant la Haute Justice de Salm le 12 novembre 1660 afin d’y être homologué et mis en garde de loi.

IXE

Pour assouvir irrévocablement et sans contravention ny contredit le différent,
dispute et procès meu pardevant messieurs de la Justice de cestuy Comté entre
les mannans de Goronne d’une et ceux de Rincheux d’autre part, et ce pour le
faict du pasturage de leurs bestes, et estans remis à la décision des souscripts
ou sounommez arbittres et amys de paix scavoir Bartholomé de GERNECHAMPS
eschevin, et Collet ROSSEAU de la Vielsalm pour ceulx du dit Goronne, Toussaint
le meusnier de Salm et Jean MORET de la Vielsalm pour ceulx du dit Rincheux, et
le mayeur Jean Salentin PIERREZ come médiateur de part et d’autre à ce requis
sous les stipulations accoustumières faictes par Jean COLLA au dit nom et de la
part de tous les comanants, avec Meurice MARTIN d’illecq, et Jean WILEM, Bietmé
MORSOM, et Simon le QUEUX de Rincheux au nom aussi de leurs comanans. Et après
avoir ester sur les lieux différentieux entre parties et en prins occulaires
inspection, déclarent premièrement ensuitte de ce que ceux de Goronne (quant à
leurs bouviers) planteront les bannons à la St-Jean come ils ont faicts au lieu
d’heu ordinaire et accoustumé, et que ceux de Rincheux ne pastureront plus
avant.
Et pour le temps mort scavoir depuis la St Remy jusque à may ou au
commendement du Seigneur, ceux de Rincheux prindront leurs pasturages du costé
du Thier du mont scavoir jusques à un ruiseau nommé wery fontaine. Et come
iceluy ruisseau vat droict en descendant et trescouppant le pred en bas
appartenant aux hoirs HERMAN du dit Goronne et de la comprins toutes les
bruyères de la montaigne come elle se monstrent qui s’appelle l’accent Jean
LAMBET jusques aux champs labourables appartenant à VALENTIN joindant aux preds
de garain, et de la sur la tenence de champs vers Rincheux appartenant à Meurice
MARTIN droict sur le chemin chareau en descendant jusque à l’eaue.

De la
dite eau maintenant en montant vers Goronne jusque à trois hesses proches d’un
pred de Hubert de PRED de Goronne et d’icelles hesses trescouppant les bruyères
et tirant vers Hodinfosse droict sur deux autres hesses joindant et un peu au
dehors du bois.

Bien entendu que ceulx du dit Rincheux n’excéderont les
limittes en quelle saison que ce soit.

Concernant le pasturaige de ceux
de Rincheux du costé du Thier du Mont come est passé ci dessus, iceux pour
prendre leur pasture, sur la terre d’Abbaye en Stavelot, si en cas ils ne
peuvent passez desseur le chemin venant du banafaz et trescouppant le ruz de
Gottale desseur le pred HERMAN à raison peut estre de quelq grains y croissants
ou autre empechement, iceux du dit Rincheux pourront passer avec leurs bestes
dessoub le dit chemin au moidre dommage en quelle saison que ce soit.

Bien entendu que ceulx du dit Rincheux ne toucheront le pasturage par
dela le dit ruz de Wery fontaine ny dessouz la dite terre d’Abbaye sur ce
qu’appartient à ceux de Goronne.

Bien entendu aussy que ceulx du dit
Goronne en quelle saison que ce soit ne passeront avec leurs bestes les limittes
ou banonns qu’ilz posent à la St Jean au regard des bouviers dans les bruyères
desseur Criwy joindant à l’accent LAMBET.

Et quant aux bruyères du costé
du banafaz, ceux de Goronne en tout temps et saison et par deca les limittes
jusques au bois peuvent pasturer avec leurs bestes saulf es preds et champs qui
seront abbannez à may au comandement du Seigneur.

Entendu aussy que dans
les champs qui se trouvent comprins dans les limittes que dessus tant ceulx de
Rincheux que Goronne pastureront depuis la St Remy jusque à may ou au
commandement come dessus tant si bien l’un que l’autre.

Et en cas que
l’un ou l’autre par un mesgard passeroit ou transgresseroit quelque peu les
limittes que dessus, l’on ne se prendra pas justement et aussy tost par le cole,
ains se souffrira aultant que possible et au moindre dommage come bons voisins.

Et pour les despens encourus par justice jusque à présent attendu que
les arbittres sont en différentes et contraire, le soubscript médiateur choisy
de part et d’autre et pour un plus grand bien déclare que parties en partageant
la moitié par moitié comme aussy ceulx de la présente conférence. Et en cas que
ceux de Rincheux se treuvent grevez par iceulx despens et qu’ils jugent que
ceulx de Goronne en ayent fait mal à propos et devoir estre seul à leur charge
ou ceux de Goronne au regard d’iceux de Rincheux, il sera permis aux parties de
s’adresser à mayeur de la Justice pour les faire taxer et en mettre à chasque
partie ce que de raison et droict luy touche, en cas que amiablement ils ne
peuvent convenir.

Ainsy faict et arresté à Salm et par moy signé, le 15
may 1660. Signé Jean PIERREZ. Plus bas, GERNICHAMPS, Jean WILLEM, au nom des
mannans de Rincheux et arbittres scavoir Toussaint le muny de Salme et Jean
MORET, Simon LEQUEUX au nom de ceulx que dessus, X marqqz de Meurice MARTIN ; X
marque de Pacquay MARESCHAL ; X marque de Colla ROSSEAU.
Pour copie
authentique J.S.PIERREZ.

Gaston REMACLE

lundi 27 juillet 2009

Connaissons notre région. (XIII)

(série d’articles publiés dans « Les Annonces de l ‘Ourthe » ( ?) en 1972-1974)

Nos communes.

C’est en vertu de la loi du 28 pluviose an VIII (17 février 1800), qu’ont été créées les communes de Grand-Halleux, Arbrefontaine, Vielsalm, comme les communes coisines de Beho, Bovigny, Lierneux. Depuis lors, les limites de la commune de Grand-Halleux n’ont pas changé et cette commune compte toujours 2 484 hectares. La commune d’Arbrefontaine, elle, s’est agrandie de la section de Goronne, détachée de Vielsalm le 1 janvier 1853, selon une loi votée le 11 novembre 1852 à la Chambre des représentants et le 3 décembre suivant au Sénat ; la commune mesure actuellement 2 051 ha. ; Vielsalm perdit encore, à partir du 1 janvier 1848, ce qui est devenu la commune de Petit-Thier, selon une loi du 10 mars 1847 ; la commune de Petit-Thier a une superficie de 1 907 ha. La commune de Vielsalm qui à l’origine mesurait 5 468 ha., en compte encore 2 848 ha.

Gaston REMACLE