(publié dans L’Annonce de Vielsalm, le 20 juillet 1952)
M. Gaston REMACLE, ce fin mais trop modeste historien du Comté de Salm, que nous remercions en commençant, attira un jour notre attention sur un fait géographique et historique particulièrement rare chez nous : la disparition d’un village.
Cet événement s’est passé sur le sol de notre commune sans doute vers le XVIIIe siècle. Il s’agit donc de l’ancien village de Gottale situé à l’emplacement du lieu-dit du même nom sur le chemin de Quatre-Vents à Bêche.
M. Gaston REMACLE avait eu l’amabilité de nous écrire, dans une lettre qu’il nous adressait le 4 décembre 1949, qu’en 1604 habitait en cet endroit « Henry le Chastelain de la Gottale ». le village était encore habité en 1700 et a compté sans doute 3 ou 4 maisons. On ne connaît pas, jusqu’à présent, la date du départ du dernier « Gottalois ».
C’est pour étayer ces renseignements que, l’automne dernier, nous nous sommes rendus à la Gottale en compagnie d’un vieux Neuvillois — M. Joseph DENIS — qui connaît bien les recoins de la forêt parce qu’il les a parcourus en tous sens depuis sa prime jeunesse.
En suivant le chemin (fléché) de Quatre-Vents à Bêche, au milieu d’immenses épicéas, dans le silence et l’odeur de résine, nous avons atteint l’un des endroits où se serait élevé le village de Gottale. C’est actuellement une prairie occupée par la famille COMTÉ et joignant des parcelles appartenant à M. le Baron de Rosée, M. PAYON et Mlles PAQUAY. Notre guide se souvient très bien avoir vu, il y a 30 ans, de vieux murs branlants qui ont été démolis et c’est ce qui expliquerait la présence des pierres placées en guise de « clôture » à la propriété.
D’autre part, un petit chemin, complètement désaffecté, dont on aperçoit encore les ornières, semble être celui qui mettait les demeures en communication avec la « voie » de Quatre-Vents à Bêche. Enfin, ajoutons que le site a considérablement changé depuis 60 ans mais qu’il n’a rien perdu de son attrait. Aux prairies et champs cultivés qui occupaient alors le plateau, ont succédé d’immenses forêts qui s’étendent loin devant nous.
Mais ce n’est pas tout, nous semble-t-il, le seul emplacement occupé par les constructions du petit hameau disparu.
Plus loin, au moment où le chemin déjà cité débouche dans la campagne du paisible village de Bêche, vers le bois, au-dessus d’une prairie apparaît un morceau de terrain, qui incontestablement, fut occupé par une maison assez importante. Une végétation, composée de plants grandissant dans les ruines, y pousse en toute quiétude.
Et nous ne sommes pas loin de penser que là a dû s’élever l’antique manoir occupé, à partir de 1604, par Henry le Chastelain de la Gottale.
L’endroit est bien choisi et permet de découvrir un paysage splendide. Notre guide, dont le témoignage est confirmé par sa sœur, Mme BLANJEAN, de Quatre-Vents, que là aussi, vers 1890 encore, des murs en ruines étaient apparents et un puits de 4 m. y donnait encore une excellente eau potable.
Dans ces conditions, il ne faut nullement s’étonner que Gotalle ait failli renaître. Mais, comme le fait très justement remarquer Gaston REMACLE, ce fait n’a rien à voir avec l’ancien village de Gottale.
Nous voulons cependant mettre sous les yeux de nos lecteurs ce que nous savons de cette renaissance. Les Salmiens qui ont atteint la soixantaine ou plus et qui ont hanté ces paysages pourront sans doute confirmer ce qui va suivre.
Ce fut à la fin du XIXe siècle, grâce à la ténacité de la famille STOFFEL, originaire de la Capelle, que Gottale faillit bel et bien renaître de ses ruines… En effet, vers 1881, cette famille acheta à la Gottale du terrain à … 58 centimes la verge où bientôt, une construction modeste s’éleva. Le terrain en question se trouve en bordure du chemin déjà cité à l’orée du bois et on peut encore voir des ruines (dont une cave) de la maison qui malheureusement brûla en 1901.
La renaissance de Gottale ne dura, selon les récits des témoins, pas plus de 20 ans. La famille STOFFEL, de braves gens, appartenait à la paroisse de Neuville (à l’époque vicariat), où elle se rendait, chaque semaine, à la messe dominicale. Par après, elle se dispersa. Seul Henry bâtit une maison à Quatre-Vents, et pas mal de gens évoquent encore sa mémoire avec un fin sourire car il commença sa construction par … le toit.
Ces quelques mots prouvent, n’est-il pas vrai, que le passé du Pays de Salm est riche en épisodes de tous genres.
Le passé nous est trop peu connu et c’est assurément dommage. Touristes, Salmiens, faites après nous la promenade de la Gottale… et vous ne regretterez pas votre après-midi. En terminant, nous ajouterons que le dernier mot au sujet de Gottale n’est pas dit, et nous serons heureux si l’un ou l’autre lecteur voulait bien nous faire parvenir tout renseignement susceptible d’étayer, de redresser ou de compléter cette modeste enquête. Nous les en remercions vivement et exprimons notre gratitude à M. Joseph DENIS qui, malgré son âge, nous a accompagné à la Gottale et nous a fourni en somme la substance de cet article.
Joseph DUSSART
Ndlr :
Il n’y a jamais eu de manoir en cet endroit !
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mardi 15 septembre 2009
dimanche 13 septembre 2009
Villages disparus.
(publié le 1er mars 1979)
Dans la région, plusieurs endroits aujourd’hui occupés par des terrains de culture ou des bois ont été autrefois habités, soit par une maison isolée ou même par un petit groupe de demeures. La vie s’en est retirée peu à peu, attirée sans doute plus activement ailleurs par les nécessités du moment.
L’un de ces groupes a existé entre Ennal et Mont-le-Soie, à l’endroit dénommé Sâte ou ol Sâte. On peut encore y voir, actuellement l’emplacement de six bâtiments au moins. Il est certain que l’endroit n’était plus habité déjà vers 1450. C’était alors une époque qui a vu beaucoup de désordres et de calamités. De diverses considérations, il y a lieu de penser que l’habitation a duré quelque 150 ou 200 ans. En 1966, M. Paul DEROCHETTE de Grand-Halleux a dégagé les ruines de l’un de ces bâtiments et mis au jour de nombreux débris de poteries appartenant à la céramique fabriquée entre la fin du XIIe siècle et le milieu du XIVe.
Un autre petit village disparu, ou presque, de la commune de Grand-Halleux, est Mon-le-Soie. L’endroit était habité déjà vers 1560 avec « Jehan de Soye ». La dénomination primitive du lieu est « Soyes » ou « Soye », terme apparenté à « scierie ».
« Mon le Soye » signifie « chez le Soye ». L’expression « Mon-le-Soye » qui est une francisation de l’appellation wallonne, a fini par prévaloir.
C’était autrefois un endroit fort fréquenté, notamment pour le passage vers Stavelot, ainsi que par la circulation des Halleux vers Recht et plus loin.
Un texte de 1656 : « Soye est désert, ayant eu trois maisons qui sont estés bruslées par les Hollandois, les biens estant abandonnés et ruynés ». Mais le hameau est revenu à la vie et a comporté jusqu’à cinq mémages encore au siècle dernier.
Non loin de Bèche, près du vieux chemin allant de cette localité vers Quatre-Vents, se trouve l’endroit dénommé « Gotale ». il était autrefois lieu de passage de tout le ban de Bovigny vers Vielsalm.
Cet endroit a été habité et on peut encore y relever l’emplacement de cinq bâtiments. Selon la tradition, l’un de ceux-ci était une forge. Effectivement, y a vécu « Paquay le cloutier » (âgé de 55 ans en 1655), qui y a fabriqué des quantités considérables de clous ; fournissant, par exemple, en 1659, 2 700 clous au château de Salm pour des réparations à la toiture.
En 1575, ce hameau comportait six ménages ; très probablement, il n’y a jamais eu là plus de six familles. La dernière manifestation de vie de Gotale est un acte de baptême, du 15 août 1701, de Jean-Henri, fils de Jean ROUAL et Catherine.
Gotale a failli renaître vers 1882. La famille GOENTGES de Kapelle, y bâtit une modeste maison qui brûla vers 1900. Elle ne fut pas rebâtie.
Gaston REMACLE
Ndlr :
Cet article reprend les n° IX à XI, de Connaissons notre région, parus en 1972-74. Mais, avec quelques changements.
Dans la région, plusieurs endroits aujourd’hui occupés par des terrains de culture ou des bois ont été autrefois habités, soit par une maison isolée ou même par un petit groupe de demeures. La vie s’en est retirée peu à peu, attirée sans doute plus activement ailleurs par les nécessités du moment.
L’un de ces groupes a existé entre Ennal et Mont-le-Soie, à l’endroit dénommé Sâte ou ol Sâte. On peut encore y voir, actuellement l’emplacement de six bâtiments au moins. Il est certain que l’endroit n’était plus habité déjà vers 1450. C’était alors une époque qui a vu beaucoup de désordres et de calamités. De diverses considérations, il y a lieu de penser que l’habitation a duré quelque 150 ou 200 ans. En 1966, M. Paul DEROCHETTE de Grand-Halleux a dégagé les ruines de l’un de ces bâtiments et mis au jour de nombreux débris de poteries appartenant à la céramique fabriquée entre la fin du XIIe siècle et le milieu du XIVe.
Un autre petit village disparu, ou presque, de la commune de Grand-Halleux, est Mon-le-Soie. L’endroit était habité déjà vers 1560 avec « Jehan de Soye ». La dénomination primitive du lieu est « Soyes » ou « Soye », terme apparenté à « scierie ».
« Mon le Soye » signifie « chez le Soye ». L’expression « Mon-le-Soye » qui est une francisation de l’appellation wallonne, a fini par prévaloir.
C’était autrefois un endroit fort fréquenté, notamment pour le passage vers Stavelot, ainsi que par la circulation des Halleux vers Recht et plus loin.
Un texte de 1656 : « Soye est désert, ayant eu trois maisons qui sont estés bruslées par les Hollandois, les biens estant abandonnés et ruynés ». Mais le hameau est revenu à la vie et a comporté jusqu’à cinq mémages encore au siècle dernier.
Non loin de Bèche, près du vieux chemin allant de cette localité vers Quatre-Vents, se trouve l’endroit dénommé « Gotale ». il était autrefois lieu de passage de tout le ban de Bovigny vers Vielsalm.
Cet endroit a été habité et on peut encore y relever l’emplacement de cinq bâtiments. Selon la tradition, l’un de ceux-ci était une forge. Effectivement, y a vécu « Paquay le cloutier » (âgé de 55 ans en 1655), qui y a fabriqué des quantités considérables de clous ; fournissant, par exemple, en 1659, 2 700 clous au château de Salm pour des réparations à la toiture.
En 1575, ce hameau comportait six ménages ; très probablement, il n’y a jamais eu là plus de six familles. La dernière manifestation de vie de Gotale est un acte de baptême, du 15 août 1701, de Jean-Henri, fils de Jean ROUAL et Catherine.
Gotale a failli renaître vers 1882. La famille GOENTGES de Kapelle, y bâtit une modeste maison qui brûla vers 1900. Elle ne fut pas rebâtie.
Gaston REMACLE
Ndlr :
Cet article reprend les n° IX à XI, de Connaissons notre région, parus en 1972-74. Mais, avec quelques changements.
mercredi 2 septembre 2009
L’église de Mont-Saint-Martin à Bovigny.
(publié dans Ardenne et Famenne, 1968-1969/1)
I.
Plusieurs documents nous font savoir qu’au haut Moyen Age existait, en Ardenne, une villa, un domaine du nom de Glain, mentionné sous la dénomination de Glaniau villa, Glaniaco, Glaniacho, Glengou.
Vers 720, 6 décembre, Charles Martel, maire du palais, vint y tenir un plaid (à Glaniau villa) et y rendit une sentence devant une cour nombreuse.
(J.HALKIN/ C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t.I, Bruxelles, 1909, pp.39-40)
Un autre document, une charte privée du 14 avril 915 indique les limites de ce domaine : la terre de Saint-Remacle (Lierneux), la terre de Saint-Aubin (Gouvy), et les terres de deux particuliers Erlebold et Everhelm (ces deux dernières sont le domaine de Thommen et ce qui fut le comté de Salm primitif).
(J.HALKIN/ C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t.I, Bruxelles, 1909, pp.126-129)
Ces limites sont celles de l’actuelle commune de Bovigny et de ce qui fut l’ancienne paroisse de Mont-Saint-Martin jusqu’à 1803, excepté toutefois Cierreux (au nord du ruisseau) qui, jusqu’à 1803, fit partie de la paroisse de Salm.
On estime raisonnablement que l’emplacement du chef-lieu du domaine de Glain se trouvait à l’endroit occupé actuellement par les bâtiments de la ferme dite « des Concessions ».
II.
Le 1 octobre 814, l’empereur Louis le Pieux confirma les monastères de Stavelot et de Malmedy dans la possession de plusieurs dîmes et chapelles situées en territoire royal, parmi lesquelles celle de glaniaco. Confirmation renouvelée le 1er février 950 par Otton Ier.
(J.HALKIN/ C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t.I, Bruxelles, 1909, pp.66 et 163)
Ces droits, fait remarquer le diplôme impérial, avaient déjà été donnés aux monastères par les prédécesseurs de Louis (ab antecessoribus nostris).
De quels devanciers s’agit-il ? De deux ou trois ? En tout cas cela nous reporte pour le moins au VIIIe siècle.
En 814, la chapelle de Glaniaco existait donc déjà depuis longtemps.
III.
Vers 1130, au commencement de l’abbatiat de Wibald, un dénombrement des églises à la collation de l’abbé de Stavelot cite celle de « Monte Sancti Martini ».
(J.HALKIN/ C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t.I, Bruxelles, 1909, p.305)
À la même date, Mont-Saint-Martin est encore cité dans le relevé des églises et terres payant des redevances à l’église de Stavelot.
(J.HALKIN/ C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t.I, Bruxelles, 1909, p.309)
Désormais, c’est sous ce nom de Saint-Martin, de Mont-Saint-Martin, que seront mentionnées, dans les documents, l’église et la paroisse en question. Que cette église, à partir de certain moment, ait été désigné par le nom de son titulaire, rien d’étonnant. De même, que le mont sur lequel s’élevait l’édifice.
IV.
Glain, chef-lieu de la villa royale, est à l’écart de Mont-Saint-Martin. Dès lors, le bâtiment capella de Glaniaco se trouvait-il au chef-lieu du domaine royal ? Ou faut-il le voir, déjà à son origine, sur le sommet du Mont ? Il y a là un problème.
Géographiquement, le Mont-Saint-Martin est bien mieux placé que Glain pour servir de centre paroissial ; il n’est pas tellement éloigné non plus du chef-lieu de l’ancien domaine, environ 1 km., et sur un terrain de même niveau.
D’autre part, en 814 et déjà depuis les devanciers de Louis le Pieux, la capella de Glaniaco était église non seulement du chef-lieu, mais église régionale ; car des dîmes, que l’on peut croire importantes à raison du fait qu’elles font l’objet d’un diplôme impérial, lui étaient attachées.
À notre avis, ce caractère régional permet de penser que, dès l’origine de la paroisse, aux premiers temps de l’évangélisation par les moines de Stavelot, l’église paroissiale s’est trouvée sur le thier devenu « Mont-Saint-Martin ».
La dénomination église de Glain peut très bien d’ailleurs avoir signifié église du domaine de Glain, quel qu’ait été l’emplacement de l’édifice du culte, cela quand la vie au chef-lieu était encore active. Cette vie venant à faiblir et disparaître peu à peu, entre 814 et 1130 (cela fait trois siècles), le nom du patron de l’église aura prévalu sur l’ancienne dénomination.
V.
Le 2 juin 1717, à la suite d’une demande des paroissiens adressée à l’évêque de Liège, le titre d’église paroissiale de Saint-Martin fut transféré à la « chapelle de Bovigny ».
C’était la régularisation d’une situation de fait.
(A.P. Bovigny. Cité par L.LOMRY/ P.-F. LOMRY, La toponymie de la commune de Bovigny, dans A.I.A.LUX., Arlon, 1947, p.135)
Depuis longtemps, une partie de la paroisse avait été ravagée. Bien des endroits, habités autrefois, étaient devenus déserts : Lamerlé, Outrimont, Pumont, Oburcy, Belvaux, Walo, et d’autres. La situation de l’église, sur le mont, était devenue réellement excentrique et le curé résidait à Bovigny, près de ce qui restait de ses paroissiens.
À quel moment la dévastation de la paroisse s’est-elle effectuée ? Le P. LEMAIRE la place « vers le milieu du XVIIe siècle ».
(H.LEMAIRE, Ancienne église de Saint-Martin en Ardenne, Luxembourg, 1879, pp.17-26. L’auteur pense qu’on inhumait déjà à Bovigny avant 1717, basant son opinion sur la présence à Bovigny d’une croix tombale datée de 1666 (p.21))
Toutefois, elle a eu lieu bien avant. Le dénombrement des chefs de ménage de 1472 ne cite aucune des localités notées ci-dessus.
(A.E.A.)
Non plus que les dénombrements ultérieurs.
(J.GROB/J. VANNERUS, Dénombrements des feux des duché de Luxembourg et comté de Chiny, t.I, Bruxelles, 1921. G.REMACLE, Chefs de ménage de Bovigny, dans B.I.A.LUX., 1965-2.
N.B. Sur l’ancienne paroisse de Saint-Martin, voir aussi D. GUILLEAUME, L’archidiaconé d’Ardenne dans l’ancien diocèse de Liège, Liège, 1913)
Sans entrer dans d’autres détails, remarquons seulement que les temps du XIVe siècle, au plus tard, ont amené bien des malheurs dans le pays, et nous situons, quant à nous, la dévastation du ban de Saint-Martin à cette époque.
Le maintien du droit de collation, et d’une part aux dîmes, dans le chef de l’abbaye de Stavelot, a gardé jusqu’en 1717, à l’église du Mont-Saint-Martin, son titre d’église paroissiale.
Gaston REMACLE, 24/10/1968
I.
Plusieurs documents nous font savoir qu’au haut Moyen Age existait, en Ardenne, une villa, un domaine du nom de Glain, mentionné sous la dénomination de Glaniau villa, Glaniaco, Glaniacho, Glengou.
Vers 720, 6 décembre, Charles Martel, maire du palais, vint y tenir un plaid (à Glaniau villa) et y rendit une sentence devant une cour nombreuse.
(J.HALKIN/ C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t.I, Bruxelles, 1909, pp.39-40)
Un autre document, une charte privée du 14 avril 915 indique les limites de ce domaine : la terre de Saint-Remacle (Lierneux), la terre de Saint-Aubin (Gouvy), et les terres de deux particuliers Erlebold et Everhelm (ces deux dernières sont le domaine de Thommen et ce qui fut le comté de Salm primitif).
(J.HALKIN/ C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t.I, Bruxelles, 1909, pp.126-129)
Ces limites sont celles de l’actuelle commune de Bovigny et de ce qui fut l’ancienne paroisse de Mont-Saint-Martin jusqu’à 1803, excepté toutefois Cierreux (au nord du ruisseau) qui, jusqu’à 1803, fit partie de la paroisse de Salm.
On estime raisonnablement que l’emplacement du chef-lieu du domaine de Glain se trouvait à l’endroit occupé actuellement par les bâtiments de la ferme dite « des Concessions ».
II.
Le 1 octobre 814, l’empereur Louis le Pieux confirma les monastères de Stavelot et de Malmedy dans la possession de plusieurs dîmes et chapelles situées en territoire royal, parmi lesquelles celle de glaniaco. Confirmation renouvelée le 1er février 950 par Otton Ier.
(J.HALKIN/ C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t.I, Bruxelles, 1909, pp.66 et 163)
Ces droits, fait remarquer le diplôme impérial, avaient déjà été donnés aux monastères par les prédécesseurs de Louis (ab antecessoribus nostris).
De quels devanciers s’agit-il ? De deux ou trois ? En tout cas cela nous reporte pour le moins au VIIIe siècle.
En 814, la chapelle de Glaniaco existait donc déjà depuis longtemps.
III.
Vers 1130, au commencement de l’abbatiat de Wibald, un dénombrement des églises à la collation de l’abbé de Stavelot cite celle de « Monte Sancti Martini ».
(J.HALKIN/ C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t.I, Bruxelles, 1909, p.305)
À la même date, Mont-Saint-Martin est encore cité dans le relevé des églises et terres payant des redevances à l’église de Stavelot.
(J.HALKIN/ C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, t.I, Bruxelles, 1909, p.309)
Désormais, c’est sous ce nom de Saint-Martin, de Mont-Saint-Martin, que seront mentionnées, dans les documents, l’église et la paroisse en question. Que cette église, à partir de certain moment, ait été désigné par le nom de son titulaire, rien d’étonnant. De même, que le mont sur lequel s’élevait l’édifice.
IV.
Glain, chef-lieu de la villa royale, est à l’écart de Mont-Saint-Martin. Dès lors, le bâtiment capella de Glaniaco se trouvait-il au chef-lieu du domaine royal ? Ou faut-il le voir, déjà à son origine, sur le sommet du Mont ? Il y a là un problème.
Géographiquement, le Mont-Saint-Martin est bien mieux placé que Glain pour servir de centre paroissial ; il n’est pas tellement éloigné non plus du chef-lieu de l’ancien domaine, environ 1 km., et sur un terrain de même niveau.
D’autre part, en 814 et déjà depuis les devanciers de Louis le Pieux, la capella de Glaniaco était église non seulement du chef-lieu, mais église régionale ; car des dîmes, que l’on peut croire importantes à raison du fait qu’elles font l’objet d’un diplôme impérial, lui étaient attachées.
À notre avis, ce caractère régional permet de penser que, dès l’origine de la paroisse, aux premiers temps de l’évangélisation par les moines de Stavelot, l’église paroissiale s’est trouvée sur le thier devenu « Mont-Saint-Martin ».
La dénomination église de Glain peut très bien d’ailleurs avoir signifié église du domaine de Glain, quel qu’ait été l’emplacement de l’édifice du culte, cela quand la vie au chef-lieu était encore active. Cette vie venant à faiblir et disparaître peu à peu, entre 814 et 1130 (cela fait trois siècles), le nom du patron de l’église aura prévalu sur l’ancienne dénomination.
V.
Le 2 juin 1717, à la suite d’une demande des paroissiens adressée à l’évêque de Liège, le titre d’église paroissiale de Saint-Martin fut transféré à la « chapelle de Bovigny ».
C’était la régularisation d’une situation de fait.
(A.P. Bovigny. Cité par L.LOMRY/ P.-F. LOMRY, La toponymie de la commune de Bovigny, dans A.I.A.LUX., Arlon, 1947, p.135)
Depuis longtemps, une partie de la paroisse avait été ravagée. Bien des endroits, habités autrefois, étaient devenus déserts : Lamerlé, Outrimont, Pumont, Oburcy, Belvaux, Walo, et d’autres. La situation de l’église, sur le mont, était devenue réellement excentrique et le curé résidait à Bovigny, près de ce qui restait de ses paroissiens.
À quel moment la dévastation de la paroisse s’est-elle effectuée ? Le P. LEMAIRE la place « vers le milieu du XVIIe siècle ».
(H.LEMAIRE, Ancienne église de Saint-Martin en Ardenne, Luxembourg, 1879, pp.17-26. L’auteur pense qu’on inhumait déjà à Bovigny avant 1717, basant son opinion sur la présence à Bovigny d’une croix tombale datée de 1666 (p.21))
Toutefois, elle a eu lieu bien avant. Le dénombrement des chefs de ménage de 1472 ne cite aucune des localités notées ci-dessus.
(A.E.A.)
Non plus que les dénombrements ultérieurs.
(J.GROB/J. VANNERUS, Dénombrements des feux des duché de Luxembourg et comté de Chiny, t.I, Bruxelles, 1921. G.REMACLE, Chefs de ménage de Bovigny, dans B.I.A.LUX., 1965-2.
N.B. Sur l’ancienne paroisse de Saint-Martin, voir aussi D. GUILLEAUME, L’archidiaconé d’Ardenne dans l’ancien diocèse de Liège, Liège, 1913)
Sans entrer dans d’autres détails, remarquons seulement que les temps du XIVe siècle, au plus tard, ont amené bien des malheurs dans le pays, et nous situons, quant à nous, la dévastation du ban de Saint-Martin à cette époque.
Le maintien du droit de collation, et d’une part aux dîmes, dans le chef de l’abbaye de Stavelot, a gardé jusqu’en 1717, à l’église du Mont-Saint-Martin, son titre d’église paroissiale.
Gaston REMACLE, 24/10/1968
mercredi 26 août 2009
mardi 25 août 2009
lundi 27 juillet 2009
Connaissons notre région. (XI)
(série d’articles publiés dans « Les Annonces de l ‘Ourthe » ( ?) en 1972-1974)
Villages disparus (suite).
Non loin de Bèche, près du vieux chemin allant de cette localité vers Quatre-Vents, se trouve l’endroit dénommé « Gotale ». il était autrefois lieu de passage de tout le ban de Bovigny vers Vielsalm.
Cet endroit a été habité et on peut encore y relever l’emplacement de cinq bâtiments. Selon la tradition, l’un de ceux-ci était une forge. Effectivement, y a vécu « Paquay le cloutier » (âgé de 55 ans en 1655), qui y a fabriqué des quantités considérables de clous. En 1575, ce hameau comportait six ménages ; très probablement, il n’y a jamais eu là plus de six familles. La dernière manifestation de vie de Gotale est un acte de baptême, du 15 août 1701, de Jean-Henri, fils de Jean ROUAL et Catherine.
Gotale a failli renaître vers 1882. La famille GOENTGES de Kapelle, y bâtit une modeste maison qui brûla vers 1900. Elle ne fut pas rebâtie.
Gaston REMACLE
Villages disparus (suite).
Non loin de Bèche, près du vieux chemin allant de cette localité vers Quatre-Vents, se trouve l’endroit dénommé « Gotale ». il était autrefois lieu de passage de tout le ban de Bovigny vers Vielsalm.
Cet endroit a été habité et on peut encore y relever l’emplacement de cinq bâtiments. Selon la tradition, l’un de ceux-ci était une forge. Effectivement, y a vécu « Paquay le cloutier » (âgé de 55 ans en 1655), qui y a fabriqué des quantités considérables de clous. En 1575, ce hameau comportait six ménages ; très probablement, il n’y a jamais eu là plus de six familles. La dernière manifestation de vie de Gotale est un acte de baptême, du 15 août 1701, de Jean-Henri, fils de Jean ROUAL et Catherine.
Gotale a failli renaître vers 1882. La famille GOENTGES de Kapelle, y bâtit une modeste maison qui brûla vers 1900. Elle ne fut pas rebâtie.
Gaston REMACLE
Connaissons notre région. (X)
(série d’articles publiés dans « Les Annonces de l ‘Ourthe » ( ?) en 1972-1974)
Villages disparus (suite).
Un autre petit village disparu, ou presque, de la commune de Grand-Halleux, est Mont-le-Soie. L’endroit était habité déjà vers 1560 avec « Jehan de Soye ». la dénomination primitive du lieu est « Soyes » ou « Soye ». Vers 1670, apparaît l’appellation « Mont Soye », puis « Mont le Soye », bien que, en même temps, « Soye » reste utilisé longtemps encore.
« Mon le Soye » signifie « chez le Soye ». L’expression « Mont-le-Soye » qui est une francisation de l’appellation wallonne, a fini par prévaloir.
C’était autrefois un endroit fort fréquenté, notamment pour le passage vers Stavelot, ainsi que par la circulation des Halleux vers Recht et plus loin.
Un texte de 1656 : « Soye est désert, ayant eu trois maisons qui sont estés bruslées par les Hollandois, les biens estant abandonnés et ruynés ». Mais le hameau est revenu à la vie et a comporté jusqu’à cinq mémages encore au siècle dernier ; actuellement, il n’y a plus qu’une famille.
Gaston REMACLE
Villages disparus (suite).
Un autre petit village disparu, ou presque, de la commune de Grand-Halleux, est Mont-le-Soie. L’endroit était habité déjà vers 1560 avec « Jehan de Soye ». la dénomination primitive du lieu est « Soyes » ou « Soye ». Vers 1670, apparaît l’appellation « Mont Soye », puis « Mont le Soye », bien que, en même temps, « Soye » reste utilisé longtemps encore.
« Mon le Soye » signifie « chez le Soye ». L’expression « Mont-le-Soye » qui est une francisation de l’appellation wallonne, a fini par prévaloir.
C’était autrefois un endroit fort fréquenté, notamment pour le passage vers Stavelot, ainsi que par la circulation des Halleux vers Recht et plus loin.
Un texte de 1656 : « Soye est désert, ayant eu trois maisons qui sont estés bruslées par les Hollandois, les biens estant abandonnés et ruynés ». Mais le hameau est revenu à la vie et a comporté jusqu’à cinq mémages encore au siècle dernier ; actuellement, il n’y a plus qu’une famille.
Gaston REMACLE
Connaissons notre région. (IX)
(série d’articles publiés dans « Les Annonces de l ‘Ourthe » ( ?) en 1972-1974)
Villages disparus.
Dans la région, plusieurs endroits aujourd’hui occupés par des terrains de culture ou des bois ont été autrefois habités, soit par une maison isolée ou même par un petit groupe de demeures. La vie s’en est retirée peu à peu, attirée sans doute plus activement ailleurs par les nécessités du moment.
L’un de ces groupes a existé entre Ennal et Mont-le-Soie, à l’endroit dénommé Sâte ou ol Sâte. On peut encore y voir, actuellement l’emplacement de six bâtiments au moins. Il est certain que l’endroit n’était plus habité déjà vers 1450. C’était alors une époque qui a vu beaucoup de désordres et de calamités. De diverses considérations, il y a lieu de penser que l’habitation a duré quelque 150 ou 200 ans. En 1966, M. Paul DEROCHETTE de Grand-Halleux a dégagé les ruines de l’un de ces bâtiments et mis au jour de nombreux débris de poteries appartenant à la céramique fabriquée entre la fin du XIIe siècle et le milieu du XIVe.
Gaston REMACLE
Villages disparus.
Dans la région, plusieurs endroits aujourd’hui occupés par des terrains de culture ou des bois ont été autrefois habités, soit par une maison isolée ou même par un petit groupe de demeures. La vie s’en est retirée peu à peu, attirée sans doute plus activement ailleurs par les nécessités du moment.
L’un de ces groupes a existé entre Ennal et Mont-le-Soie, à l’endroit dénommé Sâte ou ol Sâte. On peut encore y voir, actuellement l’emplacement de six bâtiments au moins. Il est certain que l’endroit n’était plus habité déjà vers 1450. C’était alors une époque qui a vu beaucoup de désordres et de calamités. De diverses considérations, il y a lieu de penser que l’habitation a duré quelque 150 ou 200 ans. En 1966, M. Paul DEROCHETTE de Grand-Halleux a dégagé les ruines de l’un de ces bâtiments et mis au jour de nombreux débris de poteries appartenant à la céramique fabriquée entre la fin du XIIe siècle et le milieu du XIVe.
Gaston REMACLE
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