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dimanche 17 septembre 2017

Quelques précisions sur la chapelle St-Roch à Arbrefontaine

Dans une de ses chroniques, parues dans le journal publicitaire « Ourthe-Amblève », OURTHAM alias Charles PIERARD (+ 1973) signalait : « La chapelle Saint-Roch. En 1959 eut lieu l’inauguration de ladite chapelle, située entre Menil et Arbrefontaine. La précédente avait été détruite à la suite de la bataille des Ardennes 1944-45. On ne connaît pas la date de sa construction, mais elle aurait été érigée à la suite d’une épidémie de peste survenue vers le milieu du 18e siècle. »


Chapelle St-Roch actuelle, construite dans les années 1950.

Si le culte de St-Roch est effectivement associé à l’horrible maladie contagieuse, il n’en reste pas moins que la construction de l’ancienne chapelle est  largement antérieure à la moitié du XVIIIe s.
Les registres de la cour de Salm renseignent le relief effectué, le 07.03.1714, par Paquay TOUBON, d’Arbrefontaine, notamment d’un champ situé près de « la chapelle St Roche ».

Texte de 1714.

Ancienne chapelle, détruite à la guerre.

Situation de la chapelle sur une carte de la moitié du XIXe s.


©Georges BENOIT

vendredi 16 août 2013

Le Berger d’Arbrefontaine



De tous temps les berges ont eu la réputation d’être magiciens. Peut-être vous demandez-vous si la vie contemplative et méditative qu’ils mènent à travers champs leur a valu cette renommée. Je ne le crois point et j’en chercherai le motif dans un tout autre domaine.
Les herdiers avaient dans leurs attributions le devoir de soigner le bétail. Or, autrefois, les maladies qui frappent les mortels sans égard à la force ou à l’âge, étaient tenues pour diaboliques. Les pâtres qui connaissaient les vertus des simples et savaient les appliquer avec succès, étaient considérés comme possédant un pouvoir surnaturel.
En Wallonie, les traditions populaires ont conservé dans les contes, le souvenir du berger-magicien, type et symbole de l’espèce, qui dans le Condroz s’appelle Bèlem, en Hesbaye Paquai-Hawî, à Theux Brièmont, à Mont-sur-Marchienne David.
Le berger d’Arbrefontaine n’était pas un de ces êtres mythiques dont les aventures défrayaient les conversations lors des veillées. Il vivait il y a trois quarts de siècle et se nommait Gilles-Joseph Marquet.
Voici son signalement, tel que le décrit le passeport pour l’intérieur de la Belgique, délivré par le maïeur d’Arbrefontaine le 30 décembre 1863 :
« Agé de 57 ans. ― Taille 1 m. 70. ― Cheveux châtains. ― Yeux gris. ― Nez petit. ― Bouche moyenne. ― Barbe châtaine grise. ― Moustache néant. ― Menton rond. ― Visage ovale. ― Teint ordinaire. ― Corpulence forte. ― Signes particuliers : néant. »
Malgré l’imprécision de certains termes, ces détails permettent néanmoins de reconstituer la silhouette du herdier.
Marquet passait pour le plus grand sorcier de son époque et on lui attribuait le pouvoir de se métamorphoser en animal ou en arbuste comme il le voulait. Témoins ces exploits dont les annales villageoises ont conservé le souvenir.
Marquet avait un frère. Un soir, celui-ci regagnait son logis d’un bon pas. Soudain il ouit distinctement derrière lui le pas d’un cheval. Il gagna le bord de la route et s’arrêta pour laisser passer le coursier. Mais il eut beau scruter l’ombre, il ne découvrit point l’animal. Il reprit sa marche et ne tarda pas à franchir le seuil de son habitation. Quelques instants après, Gilles-Joseph rentrait à son tour.
Plusieurs fois encore, le villageois entendit ce cheval fantastique dont le trot lui causait une certaine inquiétude. Il fit part de ses appréhensions à Gilles-Joseph qui le rassura : « Soyez tranquille, je vous assure que le bayard ne viendra plus vous ennuyer. »
Effectivement le bidet ne troubla plus les retours du brave campagnard. Mais un jour, en arrivant au Magéru, il croisa un chien énorme au poil très noir et dont les yeux brillaient comme des escarboucles. Le mâtin se dirigea vers le journalier en grognant et en montrant des crocs inquiétants, le frôla, puis disparut derrière une haie. La rencontre n’était pas plus agréable.
Le lendemain, le frère de Gilles-Joseph regagnait sa chaumière content d’avoir cheminé sans mésaventure. Comme il arrivait au croisement de la route qui conduit à Wanne, le chien surgit et fit mine de foncer sur lui. Notre homme fit un écart pour l’éviter et continua à marcher en tremblant.
En voyant sa mine défaite, le berger lui demanda ce qui causait son tourment. Marquet se plaignit derechef du chien. Gilles-Joseph eut pitié de son frère : « Munissez-vous d’un solide rondin et le chien n’osera plus vous approcher, je vous le garantis ! » Le remède était facile à employer : le paysan le suivit à la lettre et il fut ainsi délivré des vexations de l’esprit malin.
Une autre fois, le herdier se rendait au marché de Stavelot, en compagnie d’un habitant d’Arbrefontaine. Tout à coup Gilles-Joseph prétexta un besoin urgent. Il sauta dans le taillis voisin, abandonnant son compagnon au milieu de la chaussée. Celui-ci, en l’attendant, résolut de se tailler une canne. Il avisa une souche bien vivante et s’apprêta à couper une branche très droite. Quelle ne fut pas sa stupéfaction d’entendre le buisson lui dire : « Ne m’élaguez point ce rameau, vous m’amputeriez du pouce ! » C’était encore un bon tour que lui jouait le berger.
Mais la célébrité du pâtre s’étendait bien au-delà de son clocher et de son canton. L’un de ses titres de gloire fut d’avoir été consulté par Léopold Ier. Les chevaux du roi crevaient tous frappés par un mal inconnu, dont les vétérinaires les plus habiles ne parvenaient à déterminer pas plus l’origine que l’antidote. Le pasteur fut appelé à Bruxelles pour examiner le cas. Par qui fut-il mandé ? Ne détruisons point par des questions indiscrètes et d’ailleurs insolubles l’auréole de la légende. Est-ce à cette occasion que le sorcier obtint le passeport dont j’ai parlé plus haut ? Quoi qu’il en soit, Gilles-Joseph visita minutieusement les écuries du palais royal, puis la nuit venue, il demanda à s’y enfermer seul. Dès que parut l’aube claire, on se hâta de lui demander le résultat de ses constatations. Mais Marquet hocha la tête et ne voulut rien dire. La nuit suivante, il recommença son manège et le matin, on le harcela de nouvelles questions. Il répondit de la même façon. On commençait à douter du pouvoir de l’Ardennais. Tout paraissait démontrer que sa réputation était surfaite. Une troisième fois, il se verrouilla dans l’écurie. Le lendemain, il sortit du bâtiment hirsute, congestionné, ruisselant de sueur. En le voyant, on devina qu’il avait dû se passer des choses extraordinaires. Le berger annonça d’un air vainqueur : « Je tiens la clef du mystère. » Et il raconta qu’un « général de la cour » se transformait en couleuvre, injectant son venin aux chevaux qui mourraient bientôt. Gilles-Joseph réclama l’éloignement de l’officier, ce qui lui fut accordé. Dès lors les chevaux n’eurent plus à souffrir de maléfices.
Malgré toute sa science, le berger ne parvint pas à prolonger sa propre existence. Après son trépas, sa femme s’en alla habiter Stavelot, auprès de sa belle-sœur et de son beau-frère que le berger avait tourmenté jadis. Pour toute fortune, la veuve amenait avec elle un coffre très lourd, fermé par deux serrures. Les parents s’informèrent du contenu de ce bahut. La vieille se borna à répondre qu’il renfermait quelques cuillères en argent sans importance. Cette huche intriguait l’hôte. Profitant d’une absence de sa belle-sœur, il crocheta les verrous et l’ouvrit. Grande fut sa surprise : Le coffre était rempli de pièces d’or. Il s’empressa de remettre le tout en ordre, en ayant soin de ne toucher à rien. Les pratiques magiques auxquelles se livrait le herdier l’avaient  toujours effrayé. Ignorant d’où provenait cet or, mais lui attribuant une origine diabolique, il préférait ne point en distraire la moindre parcelle.
S’entendant mal avec ceux qui l’avaient recueillie, la veuve retourna à Arbrefontaine, en emportant son précieux bahut.
Elle s’installa dans une chaumine presque en ruine, croupissant dans une affreuse misère. Elle décéda dévorée par la vermine. Le lendemain de sa mort, le feu prit à sa bicoque et la consuma. On accusa son défunt mari de s’être ainsi assuré la propriété du corps de sa compagne. Le frère du pasteur fouilla les décombres et à la place où se trouvait le coffre, il découvrit deux lingots d’or dont il n’eut garde de s’approprier.
Lors du décès du pâtre, le frère Marquet s’était emparé des livres de sorcellerie dans lesquels le disparu avait puisé son savoir. Le clergé de Stavelot, craignant la propagation de pratiques superstitieuses, fit plusieurs démarches pour se faire remettre les bouquins mystérieux. Malgré les offres les plus alléchantes, le rustre s’obstina à refuser toute cession, craignant sans doute que le berger ne lui jouât quelque tour d’outre tombe. Comme les prêtres insistaient, l’Ardennais têtu résolut de mettre les grimoires en lieu sûr, pour déjouer toute surprise. A la nuit close, il creusa un trou très profond dans son jardin et y enfouit les volumes. Vers la fin de sa vie, il voulut retirer les fameux livres qui avaient suscité tant de convoitise. Il fit de nombreux sondages à l’endroit où il les avait enterrés. Hélas ! il ne parvint pas à en recouvrer le moindre vestige. Une croyance populaire affirme que tout objet confié à la terre est immédiatement saisi par le diable. Le bonhomme en conclut que Satan avait été ravi de rentrer en possession du précieux dépôt, et cette déduction le convainquit une fois de plus des accointances de son frère avec l’enfer.
Les multiples exploits du berger d’Arbrefontaine animent encore aujourd’hui les récits des vieilles gens. Lorsque les terriens de cette région se trouvent dans une situation embarrassante, ils déplorent de ne pouvoir consulter le herdier. Et leurs regrets s’expriment en ces termes : Ki n’estangn’ co à timps dè vî berdjî !



G. Laport, dans L’Amblève Légendaire, 1931.

dimanche 31 mars 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps


Dans l’Organe de Vielsalm du 15 janvier 1907, il est question de loups. Alors qu’ils n’avaient plus été aperçus chez nous depuis plus de trente ans, l’un d’eux vient d’être abattu par le directeur de la Source de Chevron. D’autre part, une bande de 9 spécimens fut aperçue par Hubert L. de Malmedy sur sa chasse de l’Hertogenwald : il en abattu trois de 52, 44 et 32 kg. De plus on affirme avoir relevé des traces de loups près de Manhay. Le fait n’est pas commun : ces fauves n’étaient plus apparus dans la Fagne depuis un demi-siècle.

Le 24 février suivant il est signalé que les loups causent en ce moment les plus grands dommages au grand gibier. Des bandes entières de loups quittent les forets d’Ardenne et se rendent en territoire allemand. Tiraillés par la fin il en est qui se risquent jusque dans les villages. A Nidrum, un grand chien qui était attaché a été complètement dévoré. Ailleurs, un garde forestier en a tué un qui voulait entrer dans une maison.
Il n’est pas sans agrément, pour tuer le temps et par d’affreuses tempêtes, de remuer un peu l’effroi des bonnes gens !

Le 27 février 1908, on lit dans l’Organe que Vielsalm pourrait bien être doté d’ici 2 ou 3 ans d’une sous lieutenance de gendarmerie. Le Ministère de la Guerre est en pourparlers pour l’achat du pensionnat des Sœurs de la Providence qui servirait de caserne aux braves pandores : ceux-ci feraient partie de la gendarmerie à cheval. Sous toutes réserves.

Il s’agit du bâtiment au-dessus de la place du marché que les Sœurs vont quitter pour leur nouvel immeuble des Chars-à-Bœufs dont la construction a commencé.

Dans l’Organe du 21 février 1909 : à Courtil, des voleurs se sont introduits par la fenêtre et nuitamment dans l’Hôtel de la Station et ont emporté le contenu du comptoir, des pipes, des porte-monnaie, une paire de souliers d’un voyageur, etc…
Les malandrins  ont abandonné les boîtes vides dans un hangar voisin et l’un deux a oublié son capuchon de couleur brune sur lequel quelqu’un qui voit clair a découvert des taches de résine et des poils de cheval blancs. Espérons que ces indices seront suffisants pour mettre la police sur une piste.

Dans les petits nouvelles communiquées par L’Organe du 28 février 1909 :  depuis quelques temps, un bureau  de télégraphe est installé à Salmchâteau, il reçoit les télégrammes et exprès postaux au départ et à l’arrivée ;  le carnaval sera fêté dignement cette année à Vielsalm, la jeunesse se prépare et d’après des indiscrétions, on devrait voir des merveilles ; on vend un bon chien de charrette avec harnais et une bonne charrette à chien chez Malherbe-Ledent, machines à lessiver à Vielsalm-Station ; une école professionnelle de coupe dirigée par Madame Motin s’installe au même endroit ; on propose de louer un bel atelier de forgeron au point d’arrêt du vicinal à Salmchâteau.

L’Organe du 27 février 1910 : De retour du Congo, M. Dumont de Bêche est rentré au pays dimanche dernier.  Notre aimable concitoyen est en très bonne santé et se propose de repartir bientôt pour le pays noir.

Celui du 6 mars 1910 nous apprend que Arbrefontaine va être doté d’une salle de fêtes. Ainsi en a décidé à l’unanimité la jeunesse du village. L’emplacement du nouveau local est acquis : il est situé à l’entrée du village et heureusement choisi. Désormais les habitants du village  trouveront chez eux les distractions qu’ils ont dû aller chercher  dans les localités voisines jusqu’à ce jour.

Et au rayon « nécrologie » : mercredi dernier succombait à Rencheux à l’âge de 70 ans, Monsieur Henri Rondeux, brigadier-forestier. Cette mort a causé en notre ville une vive émotion, le regretté défunt étant très connu et très estimé. Il comptait à Vielsalm de bonnes et solides amitiés.  D’un abord jovial, M. Rondeux était un homme plein d’affabilité et de délicatesse ; ce cœur d’or remplissait sans bruit, comme sans ostentation, les différents services que sa charge de brigadier-forestier lui imposait. On compterait difficilement les personnes qu’il a aidées de ses conseils et de son appui. Les obsèques ont eu lieu au milieu d’une grande affluence.

Robert NIZET

dimanche 20 février 2011

Organe de Vielsalm

(Dimanche 9 janvier 1887. Deuxième année, Numéro 2.)

TIRAGE AU SORT

Le tirage au sort des miliciens de la levée de 1887, s’effectuera ) 10 heures du matin :
A [parmi d’autres localités] Houffalize, le samedi 5 février ; Vielsalm, le mercredi 9 février.

MILICE NATIONALE

Liste des personnes inscrites dans le canton de Vielsalm qui, à la date du 1er janvier 1887, sont appelées à concourir au tirage au sort pour la levée de la milice :

Commune d’Arbrefontaine.
1. Bonivers, Julien.
2. Cuvelliez, Jean-Maurice-Thomas.
3. Fraiture, Jean-Baptiste-Constant.
4. Fraiture, Jean-Pierre-Julien.
5. Jacques, Louis-Joseph.
6. Lemoine, Constant-Joseph.
7. Maréchal, Joseph-Bertrand.
8. Maréchal, Paul-Joseph.
9. Pirotte, Antoine-Joseph-Constant.
10. Servais, Jean-Pierre.
11. Sevrin, Alfred-Jean-Louis.

Commune de Beho.
1. Belhomme, Dominique.
2. Bernard, Oscar.
3. Bissen, Nicolas.
4. Closjans, Jean-Pierre.
5. Kalbusch, Charles.
6. Kreins, Leopol-Grégoire.
7. Kreins, Nicolas.
8. Kretels, Victor.
9. Lentz, lopold-Nicolas.
10. Meyers, Nicolas.
11. Pierret, Pierre-Antoine.
12. Portzenheim, Jean.
13. Reisch, Jean-Eust.-Eugène.
14. Rommes, Pierre.
15. Schmitz, Pierre-Louis.

Commune de Bovigny.
1. Alberty, Pierre-François.
2. Deris, Corneille-Jean-Nicolas.
3. Guillaume, Henri-Joseph.
4. Jacob, Hubert-Jean-Baptiste.
5. Jacquet, Henri-Joseph.
6. Pirard, Louis-Joseph.
7. Poncin, Jules-Michel.
8. Remy, Nicolas-Joseph.
9. Rical, Alphonse.
10. Rulmont, Const.-Joseph-Alph.
11. Sevrin, Alph.-Franç.-Joseph.

Commune de Grand-Halleux.
1. Bodson, Alphonse-Franç.-Joseph.
2. Bredo, Emile-Joseph.
3. Drion, Antoine-Lambert.
4. François, Hypolite-Joseph.
5. Frédrich, Lambert-Christophe.
6. Gaspard, Jules-Joseph.
7. Jacquemin, Alphonse-Jean-Jos.
8. Joris, Louis-Nicolas.
9. Lambert, Alphonse-Joseph.
10. Nicolaï, Jean-Henri.
11. Paul, Jean-Thomas.
12. Rouxhet, Léopold-Joseph.
13. Sevrin, Guillaume-Joseph.

Commune de Petit-Thier.
1. Bruyère, Jules-Joseph.
2. Cottin, François-Joseph.
3. Remacly, Constant-Joseph.
4. Thomas, françois-Joseph.

Commune de Vielsalm.
1. André, Auguste.
2. Andrianne, Alphonse-Joseph.
3. Andrianne, Constant-Joseph.
4. Archambeau, Léop.-Jean-Joseph.
5. Arnold, Clément-Joseph.
6. Benoît, François-Joseph.
7. Burnay, Jean-Joseph.
8. Cabeke, Charles-Louis.
9. Caëls, Joseph-Constant.
10. Chapelle, Gengoux.
11. Colson, Edouard-Emile.
12. Cottin, Jules-Joseph.
13. Coussreant, Pierre-Joseph.
14. Denis, Marie-Grég.-Edmond.
15. Diderrich, Norbert.
16. Evrard, Victor.
17. Goffinet, Augustin-Joseph.
18. Gomez, Alphonse-Joseph.
19. Hens, Constant-Joseph.
20. Jeanpierre, Victor-Joseph.
21. Klammers, Jean.
22. Lemaire, Victor-Joseph.
23. Lenfant, Joseph.
24. Louis, Pierre-Joseph.
25. Malherbe, Alphonse-Joseph.
26. Masson, Ernest-Franç.-Joseph.
27. Masson, Joseph-Aug.-Gérard.
29. Paquay, Joseph-Victor.
30. Pip, Jean-Hubert-François.
31. Putz, Jules-Joseph.
32. Putz, Victor-Joseph.
33. Ratz, Michel.
34. Rinck, Gengoux-Joseph.
35. Rolling, Jean-Joseph.
36. Santkin, Prospert-Joseph.
37. Thunus, Bertrand-Louis.
38. Winand, Nicolas-Joseph.

Récapitulation des inscriptions :

Arbrefontaine, 11
Beho, 15
Bovigny, 11
Grand-Halleux, 13
Petit-Thier, 4
Vielsalm, 38

Total, 92

Faits divers

On nous écrit de Wathermal :

« Dimanche dernier, cinq jeunes gens de Wathermal, accompagnés d’un jeune homme d’Ourthe, se rendaient au chef-lieu de la commune, à l’effet de s’y faire inscrire pour le tirage au sort.
À Beho, ils firent la rencontre de deux autres jeunes gens d’Ourthe qui s’y trouvaient pour la même cause. On but ensemble, on chanta et s’amusa fort bien, non pourtat sans se dire quelques paroles désobligeantes.
Vers 6 heures du soir, on se remit en route pour Ourthe, séparés en deux groupes comme on était venu. La première bande, assez nombreuse, s’en allait lentement, causant et riant, lorsqu’elle fut rencontrée par la seconde troupe à une distance d’environ vingt minutes de Beho. Après s’être échangé quelques mots, l’un des derniers arrivants portant à l’un des premiers deux coups de couteau, dont l’un au sein droit et l’autre sur la septième côte, du même côté. Un autre jeune homme du premier groupe arriva au secours du blessé et reçut un coup de couteau à la jambe droite.
Par un hasard providentiel (si l’on peut appeler cela un hasard), aucun des coups de couteau, qui nous auraient pu être mortels, n’est extrêmement dangereux. Dans l’un des coups portés au premier blessé, la lame a glissé entre les chairs et les côtes, faisant une large ouverture ; dans l’autre coup, elle s’est arrêtée net sur la côte. Le second blessé a été atteint près de l’artère fémorale et à un décimètre du bas-ventre. »

Foires de la semaine
(Provinces de Luxembourg, Liège, Namur et Grand-Duché) :
Lundi 10, Durbuy, Paliseul, Salmchâteau, Luxembourg.
Mercredi 12, St-Hubert, Echternach (Grand-Duché)
Vendredi 14, St-Madr, Filot, Fosse.
Samedi 15, Sugny.

Une aventure du roi Léopold.

Léopold se promenait un jour, à pied, en habit civil et complètement seul, dans les rues de bruxelles.
C’était vers quatre heures de l’après-midi ; la nuit tombait, on était à la fin d’octobre.
Il s’arrête devant la maison du général X. à la vue du soldat de faction, lequel marquait indolemment le pas le long du trottoir, le fusil au bras et tenant de la main droite une énorme tarte qu’il dévorait à pleine bouche.
Ce naïf conscrit était de B…, près de Vielsalm ; sa mère était venue le voir par le premier train du matin ; mais par malheur, il était de garde, et le mauvais vouloir de ceux à qui elle avait demandé de pouvoir parlé à son fils à la caserne, lui allait faire perdre toute la matinée ; elle ne l’avait retrouvé que dans l’après-midi, avait causé avec lui quelques moments à peine et avait même dû se hâter pour reprendre le convoi de Vielsalm, après avoir laissé à son fils la tarte qu’elle avait fait elle-même à son intention et que celui-ci mangeait si avidement.
Léopold s’arrête donc et l’accoste, voulant connaître la pensée de ce jeune paysan sur la vie militaire.
— D’où êtes-vous, mon ami ? lui demanda-t-il.
— Vos estoz bein curieux, monsieus, répondit le pioupiou ; mais tot l’même dji vos l’dirais : dji sos d’on viège di tot près del Visâme ; divinez à c’t’heure, si vos ploz.
— De Rencheux ? dit le roi.
— Vos n’y estoz nein.
— De Grand-Halleux ?
— Vos n’y estoz nein.

Et notre gaillard, joyeux de l’embarras de son interlocuteur, tout en mordant à belles dents entre chaque phrase, fredonnait sournoisement une chanson où il était question de balouches.
— De Bovigny, alors ?
— Vos y estoz, dji sos di Bovigny…

(après un instant de silence). Mais vos, monsieu, qui est-ce qui vos estoz ?
— Devinez, répondit à son tour Léopold.
— Dji voès bein à vosst’ air qui vos estoz on’ancien sodart, quoèqui vos n’ave nein l’habit militaire.
— Oui, mais de quel grade ?
— Lieutenant ?
— Vous n’y êtes pas.
— Cap’taine ?
— Vous n’y êtes pas.
— Gros major ?
— Vous n’y êtes pas.
— Général ?
— Vous n’y êtes pas.
— Co pu haut ?
— Oui.
— Serive li roè, par hasard ?
— Vous y êtes.
— Ah ! c’ co là, tinoo m’tortai, qui d’jive préseinte les armes !

Et le naïf factionnaire met sa tarte dans les mains du roi qui, par un mouvement irréfléchi, la prend et reste ébahi vis-à-vis du soldat qui tient flegmatiquement son fusil à deux mains et à bras tendus pour lui porter les armes.

Etat-Civil de Vielsalm

Du 30 décembre 1886 au 5 janvier 1887.

NAISSANCE : 1.
Oscar-Edmond, fils de Flix-Alphonse Jacoby, bourrelier, et de Marie-Elisabeth Lerho, de Vielsalm.

AVIS AU PUBLIC.


L’officier de l’état-civil de Vielsalm informe le public que les personnes se rendant au bureau de l’administration pour faire dresser des actes de l’état-civil doivent se faire accompagner de témoins connus, jouissant de leurs droits civils et âgés d’au moins 21 ans, savoir :
Pour les actes de décès, le déclarant et un témoin ;
Pour les actes de naissances, le déclarant et deux témoins ;
Pour les actes de mariages, les parties, parents et quatre témoins.

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Société d’Assurances
CONTRE L’INCENDIE
L’UNION BELGE
Fondée en 1824
Dont le siège est établi place de l’Industrie, 29, à Bruxelles.
Agent principal à Vielsalm : A.GILLET, secrétaire communal.

mercredi 30 septembre 2009

Corvées.

Il y avait aussi certaines corvées ou impôts en travail.

- Au mois de mars, tous ceux qui labourent avec charrue devaient une journée de
travail avec cheval.


- « Dedans le fenan mois », et en août et septembre, il fallait s’occuper de faner les foins du seigneur, fauche ses céréales, et de « charier dedans la place », c’est-à-dire ramener les récoltes. Au bien de Hermanmont, ferme seigneuriale, étaient ainsi « quarante crwées de chevaux… pour faire le marsage … vingt de faulx et autant de seilles » (faucille) ; ceci évidemment aussi longtemps que ces terres ont été exploitées pour le compte du château.


- Il y avait aussi l’obligation de voiturer tous les vins nécessaires à la consommation du château et venant de la région de la Moselle.


- Anciennement, les hommes redevables chaque année de deux nuits de garde au
château, « annuellement et nuyt par nuyt … deux warde sur la dite place de
forteresse pour garder et préserver de tous périls
». plus tard, certaines
veilles furent réduites en valeur d’argent.


- Les villages d’Arbrefontaine, Menil et Gernechamps étaient tenus de ramener les foins du « jument prez », un pré se trouvant sur le territoire de Lierneux. Il s’agissait de « deux charrée de four du dit Jemenpré, scavoir chargée tellement que deux beuff par devant ung char atellez et ung homme à chacune des quattres roues puissent botter sans estarge [retard] la charée… ». arrivés à destination, les transporteurs d’Arbrefontaine avaient droit à un setier de vin. Au XVIIe siècle déjà, ce foin n’était plus transporté au château, mais vendu au plus offrant.


- Le village d’Ennal avait l’obligation d’intervenir dans l’entretien du pont dit « de l’eau de la vallée » (Sous-bois) à Vielsalm.


- Enfin les sujets avaient à intervenir dans les travaux de construction et de réparation du château ; ils le firent après l’incendie de 1645, et pour l’aménagement d’une cour en 1653. après un autre incendie, vers 1720, ils refusèrent d’abord, mais furent condamnés en1733 et 1740 au transport des matériaux et à la main d’œuvre.


- Ils devaient aussi intervenir dans l’entretien des moulins et des étangs.

dimanche 20 septembre 2009

Les moulins.

Les archives des XVIIe et XVIIIe siècles signalent que le comté de Salm comptait, avant 1780, 5 moulins banaux. Il s’agit de ceux de Grand-Halleux, Vielsalm (démoli en 1915), Salmchâteau, Cierreux et Arbrefontaine, pour lesquels des copies de baux figurent aux actes de la Cour de Salm. Ces moulins existaient déjà avant 1600, et très probablement bien avant, ce qui serait très normal étant donné leur situation et leur distribution dans l’étendue du comté.

Aux registres de la cour de Salm, nous avons trouvé des documents des environs de 1600, concernant les moulins de Cierreux, Salmchâteau, Vielsalm. Le 9 septembre 1560, est cité « Gilles le meulnier de la vieille Saulme ». Le moulin de Cierreux comporte une pierre datée de 1489.

D’autres moulins ont existé au comté bien antérieurement encore. Celui de Juvigny (Djivni), situé entre Rogery , Bovigny, Courtil, et actionné par l’eau de Glain, a tourné jusqu’à la fin du XVIe siècle. Il ne peut être que le moulin ayant servi à ce qui correspondait à l’ancien domaine de Glain.

Un document du 28 septembre 1600 (CS 1597-1622/40-41), parle de « réédification du moulin de Giveignys ». nous ne pensons pas, toutefois, que cette restauration ait eu lieu, l’activité du moulin en question n’apparaissant plus après 1600, à la connaissance de G. REMACLE. Ce moulin était vraisemblablement le moulin rattaché à l’ancienne villa de Glain citée en 720, et dont le centre vital se trouvait non loin de Juvigny. Il a été « bruslé et ruiné par les gens de guerre ».
(Compte de 1670)

Un moulin s’est élevé également près de Goronne, dont le souvenir subsiste toujours aux archives du XVIIe siècle. Son existence, fort ancienne, est normale, relativement à l’ancienneté de Goronne et le fait que ce village n’a pu disposer, pendant longtemps, d’un autre moulin plus rapproché. Celui d’Arbrefontaine, auquel Goronne sera rattaché un jour, ne viendra que bien après la naissance du comté.







Voici le texte s’y rapportant, de 1627 : « Jean Simon de Gronne a quicté et guerpy à une faigne gisante es vieulx moulins, tenant pardessus au dit Jean Potestat (de Goronne), pardessouz au bief coulant sur la maladrerie » .
(CS 1625-1627/80vo)

Enfin à Ville-du-Bois, sur le ruisseau de Salm, un moulin disparu depuis longtemps a tourné fort anciennement. Il devait encore exister vers les XIIe et XIIIe siècles.

Aucune archive n’en fait mention. Aucun vestige non plus n’en reste sur le terrain. L’opinion de G. REMACLE est toutefois que ce moulin à existé. Il est possible, même probable, que ce soient les vestiges de ce bâtiment qui aient fait naître la légende « Le moulin des Cawettes » ou Clawettes, rapportée par PIMPURNIAUX, I, pp.135-137 ; et L.BANNEUX, Les fées du Hultai, pp.91-100.
Sur l’emplacement de ce moulin, Englebert LEBECQUE, de Ville-du-Bois, édifia, en 1820, un nouveau moulin, qui a duré jusqu’en 1946.





Le moulin de Salmchâteau.

Vers 1750, un sixième moulin apparaît dans le comté de Salm, à Halconreux ; il était sans banalité et seulement pour l’utilité du village de Halconreux.

On sait qu’en vertu de la banalité, les usagers d’un moulin devaient non seulement payer une redevance, mais utiliser le moulin qui leur était désigné. Celui-ci était, d’ailleurs, en général, le plus rapproché de leur village.

Ainsi, le moulin d’Arbrefontaine avait comme usagers les habitants d’Arbrefontaine, Menil, Gernechamps, Goronne. Celui de Grand-Halleux, les localités de l’actuelle commune de Grand-Halleux. Celui de Vielsalm, les localités de Rencheux, Vielsalm, Priesmont, Ville-du-Bois, Petit-Thier, Burtonville et Neuville. Celui de Salmchâteau, Bèche, La Comté, Salmchâteau et Commanster. Celui de Cierreux, Cierreux, Rogery, Honvelez, Bovigny, Longchamps, Courtil et Halconreux (cette dernière localité jusqu’à l’édification du moulin du village).
Le droit de mouture se percevait par les meuniers « au trente deuxième », taux rappelé par la transaction du 20 août 1752.

Il est possible qu’à l’origine ce droit de mouture ait été versé intégralement au seigneur par l’intermédiaire du meunier. Toutefois, le système qui a fini par s’imposer comportait l’exploitation du moulin selon bail locatif passé devant la Haute Justice ou même à la fois devant la Haute Justice et la Cour féodale. Le bail fixait les devoirs du meunier et notamment la redevance ou rendage qu’il devait payer pour l’exploitation et qu’il s’assurait au moyen de la redevance payée par les usagers. À la fin du XVIIIe siècle, ce rendage était évalué en argent et non plus en nature.

Le rendement en nature s’établissait en seigle, farine d’avoine, plus 1 ou 2 porcs, et quelques chapons. La viande de ces porcs était salée au château et servait à la cuisine comtale, ou même était envoyée à Bedbur quand y résidait le comte. Le moulin de Vielsalm devait en outre 1 muid de farine de froment.

Voici, par exemple, l’un de ces baux :

« Cejourd’hui vingt-sixième décembre mille sept cent soixante-neuf pardevant les maieur et échevins de la haute justice du comté de Salm, sousignés comparu personnellement Gengulphe Freçon, meunier moderne de Vielsalm ; lequel pour être continué et prorogé l’année 1769 in 70 dans le Bail du dit moulin qui est expiré cejourd’hui et important un rendage de cinquante sept muids de seigle, bien conditionné, dont l’année commence ce jourd’hui et finira à pareil jour de l’année prochaine, déclare d’obliger ses biens meubles et immeubles sous le cautionnement de François Gengoux, de Ville-du-Bois, ici présent qui affecte de même ses biens meubles et immeubles à cet effet se soumettant l’un et l’autre à prompte et parate exécution à décretter sur requête à présenter à cette cour par le Sr receveur de ce comté en cas de défaut s’obligeant au surplus le dit meunier, à remplir les devoirs d’un vrai meunier et de s’acquitter de tous les devoirs en résultans en foi de quoi et après lecture faite, ils ont signés à Vielsalm ut supra sont signés Jeangou Fresons, Françoi Gengoux, J.B. Otte, N. Dairomont avec pphe, F. Moïse, J. Herman, F.Beaujoz avec pphe ».

(CS 1768-1772/200)




Par exemple, il s’élevait en 1670, pour le moulin d’Arbrefontaine à 7 muids de seigle ; celui de Cierreux, 8 muids ; celui des Halleux, 10 muids ; Salmchâteau, 10 muids ; Vielsalm, 22 muids.
En 1776, pour le moulin d’Arbrefontaine à 17 muids de seigle ; celui de Cierreux, 16 muids ; celui des Halleux, 28 muids ; Salmchâteau, 23 muids ; Vielsalm, 58 muids.
En 1786 : Arbrefontaine, 109 écus ; Cierreux, 71 écus ; Halleux, 164 écus 2 escalins ; Salmchâteau, 55 écus et demi ; Vielsalm, 300 écus.
En 1785, pour Halconreux, 20 écus.

La transaction du 20 août 1752 rappelle aussi que « les Banaux respectifs desdits moulins demureront sujets aux réparations et entretient les quatre murails ou parois, de même qu’aux toitures desdits moulins à leurs frais et dépens, parmi que son Excellence fasse assigner hors de ses bois ceux nécessaires à cet effet ».

C’est ainsi, par exemple, que le 14 juin 1768, « les communs habitants d’Arbrefontaine, de Goronne, Menil et Gernechamps, moulans Bannaux du moulin d’Arbrefontaine » furent condamnés à « pourvoir aux réparations de quatre murailles, parois et toitures du moulin banal d’Arbrefontaine, relativement à la transaction passée le 20 août 1752… et ce endéans la quinzaine de l’insinuation, à peine que ce terme écoulé, il y sera pourvu d’office à leurs frais ».

(CS 1760-1768/127)

Sous le régime français, les moulins banaux de Salm furent séquestrés comme biens domaniaux, puis vendus à des particuliers. Celui de Vielsalm, à J.F.J. OTTE, de Vielsalm, pour 9 025 F. ; celui de Salmchâteau au même, pour 6 300 F. ; celui de Cierreux, à Mathieu BEAUPAIN, pour 3 625 F. ; celui de Grand-Halleux, à Henri-Joseph HONVLEZ, d’Ennal, pour 4 575 F.

(A.E.L., F.F. registre 2058)







Ancien moulin de Vielsalm, vers 1900, vu du côté de Rencheux. Était antérieur au XVIe siècle. Achat par Jules ANDRIANNE, à l’épouse BERTAUX-LEBARON, le 30-10-1874, pour 20 000 frs. (Not. JACQUES). Démoli en 1915. Incendié partiellement à plusieurs reprises, notamment en 1803, le 27 août 1907 et le 16 juin 1912.
Dernier meunier : désiré BENOIT, de Priesmont, pour la famille ANDRIANNE.
Moulin à trois tournants. Mû par courant d’eau et non par chute.

Ndlr:

Publié avec les modifications de G. REMACLE

dimanche 6 septembre 2009

Le soldat de Napoléon qui revenait.

G. REMACLE, dans G.S.H.A. n°8 (1978) pp.87-88.

Ndlr:

Reproduction de l'article de 1962.

Nos communes.

(publié le 1er février 1979)

La récente fusion des communes a fait disparaître plusieurs d’entre elles, dans notre région.
C’est en vertu des dispositions de la loi du 28 pluviôse an VIII (17 février 1800) qu’avaient été créées les communes de Grand-Halleux, Arbrefontaine, Vielsalm, comme les communes voisines de Beho, Bovigny, Lierneux.
Depuis lors, et jusqu’au 31 décembre 1977, les limites de la commune de Grand-Halleux n’avaient pas changé, et cette commune comptait 2 484 hectares, 32 ares, 88 centiares.
La commune d’Arbrefontaine, elle, s’était agrandie de la section de Goronne détachée de Vielsalm le 1 janvier 1853, selon une loi votée le 11 novembre 1852 à la Chambre des Représentants et le 3 décembre suivant au Sénat ; ainsi, Arbrefontaine mesurait 2 051 ha., 24 a.,65 ca.
Depuis le 31 décembre 1977, Goronne a été rattaché à la nouvelle commune de Vielsalm.
Vielsalm perdit encore, à partir du 1 janvier 1848, ce qui devint la commune de Petit-Thier, soit 1 907 ha.,19a., 35 ca., selon une loi du 10 mars 1847.
Ainsi, la commune de Vielsalm était ramenée à 5 468 ha., à l’origine, à 2 848 ha., 57 a., 57 ca.
Actuellement, après sa fusion récente avec les anciennes communes de Bihain, Grand-Halleux, Petit-Thier, une partie de la commune de Lierneux, et les localités de Commanster et Goronne, elle mesure 11 885 hectares, avec 6 700 habitants.

Gaston REMACLE

jeudi 3 septembre 2009

Arbrefontaine-Le chemin de croix.

(publié dans L’Avenir du Luxembourg le 10 août 1952)

Pour y aller, il faut le vouloir. Ni train, ni autobus. Une route communale bien asphaltée. Elle descend des casernes de Rencheux-Vielsalm dans le val de Goronne, remonte sous les ombrages jusqu’au village du même nom et redescend vers un ruisseau connu déjà en 666, sous le nom d’Alba Fontana, et d’Albus Fons en 815 et 950. Moines de Stavelot et Rois Francs, puis Maires du Palais de Lierneux, furent les premiers à se partager les domaines de l’une et l’autre rive. Bientôt, les comtes de Salm convoitèrent l’ensemble de ce territoire et se l’approprièrent, par violence, disent les uns, par accord avec les moines, disent les autres. Fin du 16me siècle ou début du 17me, le patronage de Lierneux, sur la paroisse d’Arbrefontaine, est enlevé en leur faveur par les mêmes comtes de Salm. Sous la République française, le village est inscrit au canton de Vielsalm, arrondissement de Malmedy et département de l’Ourthe. En 1818, il passe à la province de Luxembourg.

Aujourd’hui avec ses hameaux de Menil, Chenay et Devant-le-Bois, Arbrefontaine compte 311 habitants et, depuis 1843, appartient au diocèse de Namur.
On raconte que le premier curé nommé par l’Evêque de Namur s’appelait « Maka ». soucieux de mettre au clair, et il y réussit, le sommier des titres antérieurement fort embrouillé, il n’eut pas le même succès avec les gens de sa paroisse ; ses brouilles avec plusieurs d’entre eux et ses démêlés sont restés célèbres. Lors d’une visite épiscopale, la première après le rattachement d’Arbrefontaine au diocèse de Namur, les cloches de l’église St-Maurice sonnaient à toute volée pour saluer le départ de l’Evêque. Au bourgmestre qui l’accompagnait jusqu’à la sortie du village, Monseigneur dit : « Vous avez de bien belles cloches, M. le bourgmestre ». – « Oui, Monseigneur, répondit le mayeur ; c’est dommage que le « maka » [le battant] ne vaut rien ! ».

L’un des successeurs de l’abbé MAKA, M. BONNECOMPAGNIE, curé de 1852 à 1871, devint doyen de Vielsalm. Son ministère fut illustré par les aventures du célèbre sorcier « Le Vieux Berger ».
Mais, plus que la sorcellerie, la piété a peuplé Arbrefontaine d’histoires merveilleuses. À chaque pas se lèvent des croix, des chapelles, dont la voix populaire raconte les origines légendaires ou vraies, toujours étranges, et surtout ce remarquable monument de la foi des anciens : « Les stations de la Chapelle du Calvaire », vieux de plusieurs siècles et dont le curé actuel, M. l’abbé BACCUS, a entrepris l’audacieuse et la couteuse restauration matérielle et spirituelle.









À la sortie du village, vers Odrimont, le long d’un chemin encaissé, chemin qui mène au bois, au lieu dit « Blanchar », à l’ombre de hêtres et de chênes, apparaissent, adossés au talus de droite, quatorze édicules d’une architecture curieuse, rustique et cependant de proportions harmonieuses. Ils s’échelonnent suivant la courbe du chemin dans un chatoiement d’ombres et de lumières. Un étroit sentier ç flanc de talus permet de passer d’un édicule à l’autre et d’aboutir à une chapelle carrée avec autel et statue de la Vierge.

Les archives paroissiales ne donnent aucune précision sur la date d’érection de ce monument. Elles parlent comme les vieilles gens : « Autrefois, depuis longtemps déjà, un dimanche par mois, les paroissiens d’Arbrefontaine et des environs avaient coutume de faire solennellement en cet endroit le chemin de croix ».

Une tradition rapporte qu’une ancienne religieuse, retirée à Arbrefontaine, Mlle Anne MASSOZ, décédée en 1772, fit construire en sa demeure un sanctuaire. On peut encore voir l’emplacement. Personne très pieuse, elle aurait, -- cette supposition ne s’appuie sur aucune preuve sérieuse, elle semble purement sentimentale, -- elle aurait, de son vivant, dirigé les travaux des stations et de la chapelle du Calvaire.
Une croix de schiste, retrouvée dans les ruines de l’édifice après l’offensive des Ardennes, et plantée aujourd’hui à gauche de l’allée centrale, face à la chapelle, porte l’inscription suivante :

IHS
IN : MEMOIR : DE LA MORT
ET : PASSION :DE IESUS CHRIST
PRIE : POUR LES : TREPASE
P 1736 Z
PV AVE


1736 ? Serait-ce la date recherchée ? Peut-on se fier à ce document gravé dans la pierre ? Les gens du village vous diront : « Nos stations du calvaire sont d’un temps plus reculé. Elles remontent probablement au 17me siècle ».
Sur quoi s’appuient-ils pour parler de la sorte ? Peut-être sur les matériaux et l’architecture du monument.

Chaque édicule, en pierres plates de schiste superposées, témoigne d’un art ancien. Il forme un bloc massif de 1m.50 de haut sur 0m.90 de large et de long, le tout recouvert d’une dalle de schiste de 1m.30 sur 1m.10. C’est surtout la superposition des pierres plates de schiste qui donne à ces édicules un étonnant cachet. Leur austère beauté s’allie à la représentation primitive des mystères le la Passion. Au centre, face au chemin, une ouverture profonde, étroite, grillagée, abrite l’une des scènes des quatorze stations. Les anciens du village se souviennent des personnages en bois sculpté qui composaient chacune des scènes. Ces statuettes ont disparu lors de la dernière restauration des édicules, en 1898. Elles furent remplacées par de mièvres plâtres sulpiciens en ovale. Dans la restauration, entreprise en cette année 1952, M. l’abbé BACCUS espère recueillir l’argent nécessaire à la remise en place, au fond des logettes de schiste, de personnages en bois dans le style simple et un peu rude des édicules.

La grande chapelle de la Vierge a souffert de la guerre. Un obus l’a détruite en partie. Aucun dossier de dommages n’en a été relevé. La négligence est d’autant plus regrettable que l’ensemble des stations et de la chapelle du calvaire mériterait d’être classé au nombre des sites et des monuments historiques. En attendant, pour en achever la restauration, le dévoué curé compte sur la générosité de ses paroissiens. Sur les étrangers aussi qui reprendront bientôt la coutume plusieurs fois séculaire de gravir l’étroit sentier du chemin de croix.

Aux touristes, Arbrefontaine offre la curiosité de ses vieilles fermes ardennaises, véritables musées d’antiquités où vivent des paysans parmi des ustensiles, des meubles et des boiseries, conservées avec le plus grand soin et d’une valeur inestimable. Au cours de leurs promenades au bord du ruisseau, dans la fraicheur des bois, ils cueilleront des légendes avec fraises, framboises, airelles et myrtilles. Aux carrefours des chemins, au creux du vallon, à la limite des herbages, chaque croix, chaque chapelle leur dira l’histoire d’un passé lointain ou récent : celle des dévots de Menil parlant à saint Roch, celle encore « au Chenay » de l’homme qui échappa miraculeusement aux brigands en faisant vœu de construire une chapelle à Marie, et cette autre d’hier, quand la famille TOUBON s’enfuit en mai 1940 devant l’invasion des brigands nazis. Sur les routes de l’exode. Dame TOUBON pleurait : tous les membres de sa famille avaient été dispersés par l’ouragan. Elle promit de construire un sanctuaire à Notre-Dame de Grâce si elle avait le bonheur de retrouver tous les siens réunis, la guerre terminée. Elle eu ce bonheur, et, en 1949, au lieu dit Plennsoul route d’Odrimont, s’élevait la chapelle du vœu à N.-D. de Grâce.

Les habitants d’Arbrefontaine, gens calmes, travailleurs, aimables, accueillants, ont une voirie que leur envient les communes environnantes. Ils seront bientôt très fiers de montrer aux étrangers dans sa beauté retrouvée l’un des plus rares monuments de la foi des anciens du pays de Salm : les quatorze édicules en schiste des stations du Calvaire et, sur la colline, devant le vaste horizon de bois et de prés, la chapelle de la Vierge, enveloppée de solitude et du souvenir des trépassés.

A.E.D.

jeudi 27 août 2009

Bovigny contre ceulx d’aval et d’amont.

(publié dans L’Avenir du Luxembourg, le 14 janvier 1932)

Ceci se passait non pas hier mais exactement en 1750 pour certains faits, immédiatement avant pour certains autres. Sir Gengoux ENGLEBERT de Rencheux (Vielsalm) était alors curé de Bovigny. Il exerçait en même temps les fonctions de Doyen du Concile de Stavelot, se disait parfois archidiacre des Quartes chapelles. À peine installé dans sa cure, il posa en réformateur des abus régnant dans le Comté de Salm et même hors du Comté, pour autant que ces abus pouvaient être préjudiciables à sa paroisse et à ses paroissiens. Ses mémoires se trouvent au dépôt des archives paroissiales de Bovigny. Nous en extrayons les lignes suivantes, prenant soin de n’en altérer ni le style, ni l’orthographe. Les incidents auxquels il fait allusion sont caractéristiques de l’époque et caractéristiques aussi de la personnalité de Sir ENGLEBERT, un homme à poigne.

Pours les ceulx de la Vieille-Salm.

Le curé de Bovigny consent par dévotion, non par obligation, de se rendre ou d’envoyer soit un prêtre, soit un diacre, processionnellement avec le confanon, le jour du Saint-Sacrement, à la Vieille-Salm, pour seconder la piété de ses paroissiens, et estant arrivé avec son monde à la croix dite vulgairement « Pitite crû », à l’entrée de la Vieille-Salm que dessus, le curé de cette dernière paroisse doit venir ou envoyer un prêtre à sa rencontre, avec le confanon, jusqu’à cet endroit, et s’il manque à cette coutume, la procession de Bovigny après avoir vainement attendu là qu’on vient l’y chercher pourra s’en retourner sans aller plus avant. Après la procession, ou avant, le curé de la Vieille-Salm doit inviter celui de Bovigny ou son envoyé à prendre la soupe et il est tenu de lui donner à dîner. S’il manque à ce point de bienséance, on peut aussi manquer à la coutume d’aller à la Vieille-Salm pour seconder la dévotion des paroissiens. De mon temps, j’ai toujours été fort exact à faire respecter nos droits, ainsi d’ailleurs que ceulx de la Vieille-Salm font observer les leurs à notre égard, qui sont de primer en l’occurrence sur nous. J’ai encore appris des vieilles gens que du passé le curé de Vieille-Salm était aussi tenu de donner le dîné au mambour de Bovigny, à pareil jour ; mais n’ayant pu obtenir rien de bien certain à ce sujet, et n’ayant vu pratiquer rien de semblable, mieux vaut ne pas en parler. Après la soupe ou dîné, les ceulx de Bovigny peuvent retourner sans être obligés d’assister aux vêpres, sinon à leur bon plaisir ; et quand je suis resté à cet office, je n’ai jamais pris place au chœur pendant qu’il se chantait, crainte de poser un antécédent.

Pour les ceulx d’Arbrefontaine.
Le curé de Bovigny ou l’envoyé de sa part, sert à la Grand’messe à la Vieille-Salm et prend part à la procession, le jour du Saint-Sacrement, mais son rôle est de remplir les fonctions de diacre, et celui d’Arbrefontaine qui s’y trouve aussi, celui de sous-diacre, lequel droit de faire le ministère de diacre, j’ai toujours, comme mes prédécesseurs observé et fait observer des prêtres qui m’ont remplacé, quant même le curé d’Arbrefontaine aurait été là en personne ; et cela pour conserver notre privilège de primauté. En conséquence aussi notre confanon doit avoir la droite, et celuy d’Arbrefontaine la gauche. Du temps de mon prédécesseur, j’ai vu, estant pour lors chapelain à la Vieille-Salm, que le confanon d’Arbrefontaine, après une longue altercation avec celuy de Bovigny, a emporté la droite par la force sur le nôtre, ce qui a fait que celuy-ci s’est arrêté, et tous les paroissiens de Bovigny et le clergé ont quitté les rangs et sont retournés à la Vieille-Salm, ce qui a provoqué un gros scandale. Je me suis proposé au cas que le confanon d’Arbrefontaine voudrait emporter la droite sur la nôtre, d’y faire mettre ordre sur le pied, par le curé de la Vieille-Salm ou le Procureur d’office, en présence de 2 témoins, et d’en demander satisfaction, et si rien ne s’effectue, je ferai le tour de la procession, après laquelle je rentrerai à Bovigny sans dîner, et dorénavant ce sera « nicht » pour la Vieille-Salm, et cela aussi longtemps qu’on ne nous aura pas fait donner satisfaction de la part de ceulx d’Arbrefontaine, car si nous allons ainsi que dit à la Vieille-Salm, ceulx de la Vieille-Salm doivent nous maintenir dans notre droit de primauté, et sont à ce obligés.

Pour ceulx de Bovigny.
Ce jourd’huy, 24 mars 1750, sont comparus en parties, des paroissiens de Bovigny d’un costé, les curé et mambour d’autre costé, lesquels pour bonne fin et éviter les différends qui surviennet souvent au sujet de la boisson que l’église a payée de tout temps et continue à payer au jour du Saint-Sacrement à la Vieille-Salm, aux paroissiens de Bovigny, ce qui figure dans les comptes de fabrique pour tantôt plus, tantôt moins, se sont arrangés et ont fait les conventions suivantes, scavoir : les dits paroissiens s’obligent à porter le confanon à la procession comme il se porte, et les mambours avec le curé se tiennent forts pour l’église de leur payer annuellement à cette occasion, dix escalins et demi, argent courant à condition que le mambour, lorsqu’il se trouve du cortège, aura son dîné franc, et que celui qui voudra se rafraîchir avant la grand messe et mise en marche, sera tenu de payer de son argent ce qu’il boira, et que tous mes paroissiens, de n’importe quel village qu’ils puissent être, auront droit et privilège de bénéficier de cet escot, pourvu qu’ils soient avec le groupe des participants, et non isolés, laquelle convention peut-être tenue pour non valable, et alors on en revient aux coutumes comme d’avant.

Pour les ceulx d’aval et d’amont.
Le jour du Saint-Sacrement, il y a à la Vieille-Salm, une si grande affluence de prêtres qu’une bonne partie d’entre eux reste oisive dans l’église ou à la sacristie sans rien faire pendant les offices. Les paroissiens de Bovigny qui assistent à la procession sont tout au plus, année commune, à 3 ou 4 jeunes gens, quelque fois 10 ou 12 tout au plus, et encore bien souvent par une espèce de rendez-vous, et manifestent une mauvaise intention. La dévotion, en partant, consiste en quelques hymnes que le prêtre chante au sortir du village, et le reste du chemin se passe à rire, à causer, à badiner. Étant arrivés à Salm, ils vont de suite dans les cabarets, en attendant la messe. Après la messe et la procession qui se fait à Vieille-Salm, ils rentrent de nouveau dans quelque cabaret, se font traiter, font venir des violons, dansent, crient, hurlent, et boivent plusieurs jusqu’à s’ennivrer, à tel point que presque tous les ans, il y en a qui restent en arrière et ne retournent que de la nuit, pendant que leurs père et mère soupirent, se chagrinnent et murmurent contre eux à la maison. Quand le soir approche, après que le prêtre les a fait rappeler plusieurs fois avant que de parvenir à les ravoir chez luy, il se trouve obligé de partir presque seul, ou du moins avec la moindre partie, les uns restant dans les cabarets jusque bien tard, les aultres ne retournant que pendant la nuit, d’aultres encore le lendemain, sans parler des folies qu’ils commettent par ivrognerie dans leur retour. Le curé de Bovigny s’offre à faire voir qu’il s’est commis, il n’y a pas bien longtemps, un scandale général et très gros dans la procession solennelle même qui se faisait à ce jour à la Vieille-Salm, quel scandale n’aurait pas arrivé si la prétendue procession de Bovigny ne s’y était pas trouvée. Donc vouloir obligé un curé de Bovigny à mener une semblable procession à la Vieille-Salm, ou le faire mener par son chapelain, c’est vouloir l’obliger à conduire ou faire conduire ses ouailles à la boucherie et parmy les loups, puisqu’elles y vont voir après les offices, toutes sortes de mauvais exemples, par les tumultes scandaleux, les disputes, les querelles, les jurements, les ivrogneries, les familiarités scandaleuses, les bals, et les danses, chaque cabaret ayant ses joueurs de violons pour amuser son monde.

Conclusion : Le curé de Bovigny manquerait donc grièvement à ses obligations s’il ne retranchait à présent cette prétendue procession. J’ai fait consulter cela par un habile avocat à Luxembourg, comme on pourra voir par les papiers volants, et il résoudra [sic] qu’on serait fondé de ne plus y prendre part ; outre tout cela encore il y a une défense de l’Evêque placetée du Conseil de Luxembourg, qui défend de plus faire des processions hors de sa paroisse ».
Signé : ENGLEBERT 1752.

Pour copie conforme :
C. NEX
(abbé Célestin GUILLAUME)

Ndlr :

Dans les notes de G. REMACLE, on trouve :
1) L’abbé Gengoux ENGLEBERT est né à Petit-Thier le 22 juin 1702, fils de Mathieu ENGLEBERT et d’Elisabeth Mathieu COLLAS.
2) voir LOMRY, Toponymie de Bovigny, A.I.A.LUX. 1947, p.136.

dimanche 9 août 2009

5. Les limites du comté.

AU NORD

La frontière fixée ici en 670 par la commission délimitant le domaine de l'abbaye de Stavelot, n'a subi aucune modification depuis.

C'est une ligne allant vers l'ouest, à partir d'un point culminant (altitude 599 m) au nord-est de Mont-le-Soie ; elle rejoint le ruisseau d'Ennal un peu en aval de Mont-le-Soie, suit le ruisseau jusqu'au Glain, puis tourne vers le nord-ouest pour aboutir au voisinage de l'église actuelle de Saint-Jacques.


Du confluent du ruisseau d'Ennal avec le Glain, la ligne n'a pu s'infléchir vers Arbrefontaine comme on l'a dit parfois, puisque la délimitation de 670 devait réduire le domaine de Stavelot notamment du côté de Lierneux. Mais la direction prise vers Dairomont pour rejoindre l'Amblève, est la seule normale. Quant à Alba Fontana cité en 670, il s'agit d'une fontaine éloignée d'Arbrefontaine et indépendante de cette localité.



A L'OUEST

Du voisinage de l'église actuelle de Saint-Jacques, une ligne à peu près droite, vers le Crin-do-Sart, tient la hauteur par Pelhémont et sépare deux bassins : celui du Glain, à gauche, celui de l'Amblève à droite. Cette ligne limitait, du côté de l'est, ce qui a constitué le comté primitif de Salm et la paroisse de Salm ; à l'ouest, à droite, les domaines très anciens de Bodeux et de Lierneux, antérieurs à l'époque franque. Très vieille limite donc que celle-ci.

Une modification s'est produite néanmoins à une date antérieure au XVe siècle, probablement vers le XIIIe: Arbrefontaine, avec Menil et Gernechamps, qui appartenaient à Lierneux, ont passé au comté de Salm, on ne sait à la suite de quels événements.


G. REMACLE suppose que c'est à ce moment qu'Arbrefontaine, endroit de passage fréquenté à la fin du Moyen Age comme l'attestent de vieux chemins, sera né et aura grandi, devenant ainsi objet de convoitise pour le comte de Salm établi très près à Goronne.


Du Crin-do-Sart jusqu'au moulin KOOS, de Sart-Sainte-Walburge, un chemin allant vers Langlire et toujours visible actuellement est cité en 896 comme limite d'un domaine s'étendant du Thier-del-preux jusqu'au-delà de Bihain.


« ex una parte Mons Preuz surgit, ex alia vero via ad campum eorum Anglariam ducens, et ex tertia Fundisneias vocatas défluit... »
(J. HALKIN et C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, T.I, Bruxelles, 1909, p. 116).


A gauche, ce qui est devenu Salm, au XIVe siècle.


C'est l'étendue entre le Golnay et le Thier-du-Mont.
(G. REMACLE, Du premier au second château de Salm-en-Ardenne, dans B.I.A.LUX., Arlon, 1965)
Toutefois, avec le temps, cette limite a fléchi quelque peu vers l'est, pour coïncider avec des abornements de terrains.


AU SUD-OUEST

Ici, deux tronçons formant angle droit sont nettement marqués par des cours d'eau. L'un de ceux-ci est le Golnay, depuis le moulin KOOS, jusqu'au confluent à Salmchâteau avec le Glain.
L'autre est le Glain, depuis le Golnay à Salmchâteau, jusqu'au confluent du Glain avec le ruisseau de Cierreux.

A L'EST

Notre frontière du côté de l'est ayant son point de départ à l'altitude 599 m au-dessus de Mont-le-Soie, elle se dirigeait vers le sud.
Elle longe le vieux chemin de Stavelot à Luxembourg, le chemin restant à Salm, jusqu'à Poteau. Elle suit toute la crête de partage des eaux, sauf une avancée du territoire de Thommen à l'endroit dénommé « Streitwald », jusqu'au ruisseau de Vîfsâm.
C'est une frontière linguistique également, depuis la période franque, faisant de Commanster une localité d'expression wallonne.

AU SUD

G. REMACLE estime que le domaine de Glain n'a pas fait partie du comté de Salm primitif.

Il base cette opinion sur les faits suivants, à peu près contemporains de l'origine du comté de Salm :

- En 1004, un certain Gérard et sa femme Frigdevide donnent au monastère de Stavelot ce qu'ils possèdent à Glain sous forme d'alleu. L'acte de donation (J. HALKIN et C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, T.I, Bruxelles, 1909, pp. 201-202) constate la présence, comme témoins, de Gislebert, qui ne peut être que le comte Gislebert de Salm cité en 1034-1035, de son père Frédéric, de son oncle ou frère Henri. Si, à ce moment, notre comte avait possédé également Glain, comment n'aurait-il pas cherché à être lui-même bénéficiaire de cette donation ? Et comment Glain n'aurait-il pas été désigné comme étant dans la dépendance de notre comté ?
- Entre 980 et 1007, sous l'abbatiat de Ravenger, à l'occasion d'un miracle opéré au tombeau de saint Remacle en faveur d'une femme de Glain, ce domaine est déclaré propriété de l'abbaye : « in vicina nobis fisco Glengou... » (Miracula Santi Remacli, chap. XVII, livre II, cité par C. GUILLAUME dans ses notes).
Cfr. aussi D. GUILLEAUME, L'archidiaconé d’Ardenne dans l’ancien diocèse de Liège, dans Bull. de la soc. d’art et d’hist. du dioc. de Liège, tome XX, Liège, 1913, p. 231, note 1.
- En 1135, Glain n’est plus cité dans la liste des biens de l’abbaye de Stavelot-Malmedy
(J. HALKIN et C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, T.I, Bruxelles, 1909, p.323)
et faisait probablement déjà partie du comté de Salm (Archidiaconé)
- En 1310 : « paroisse de St. Martin, terre de Salm » (op.cit., p.231)


La limite première de Salm au sud-est donc celle qui démarquait vers l'an mille les terres de Salm et celles de Glain.
Elle prend son point de départ au confluent du ruisseau de Cierreux avec le Glain. Elle remonte alors le ruisseau, de telle façon que le village de Cierreux appartenait à Salm, comté et paroisse, tandis que Rogery était à Glain. La coïncidence avec le ruisseau allait jusqu'à un point situé entre Sâm-li-vivî et Louxibou, là où le ruisseau est franchi par un vieux chemin en ligne droite venant d'Audrange par le moulin de Beho et gagnant la région de Salm.

Au gué précité, la délimitation abandonne sa coïncidence avec le ruisseau, tourne à droite, et suit le chemin jusqu'au moulin de Beho où finit le domaine de Glain. Au-delà, elle continue vers l'est où elle rencontre le chemin déjà mentionné et venant de Poteau.

Après l'intégration du domaine de Glain au comté de Salm — on ne sait ni quand ni comment ( En tout cas, avant 1310 (E. TANDEL, Les communes luxembourgeoises, t. IV, p. 288)) —, la frontière du comté de Salm s'est reportée vers le sud. Un vieux chemin venant d'Audrange et courant sur la crête entre Courtil et Gouvy en paraît le tracé tout naturel. Toutefois, Beho est laissé en dehors de Salm, sauf deux maisons. D'autre part, la Ronce sépara désormais la terre de Salm de celle de Lierneux.
Vers l'ouest pourtant, une nouvelle poussée de la terre de Salm a dû s'opérer à une date indéterminée, pour prendre pied sur le versant vers l'Ourthe, avec Halconreux et jusqu'au milieu du village de Gouvy.


Le 3 août 1626, le comte de Salm devint seigneur par engagère de l'autre partie de Gouvy, pour 4 800 livres (A.E. Tch. N°21). Au-delà de Gouvy, le comté de Salm comprit aussi une petite partie de Rettigny ; il s'agit, semble-t-il bien, d'une enclave dans la terre de Cherain. Nous n'avons pas à faire ici l'histoire de toutes les possessions de Salm qui comprenaient également une maison à Sommerain, une à Audrange, trois à Huldange et une enclave sans habitation près de Recht, cette dernière délimitée en 1778.


vendredi 7 août 2009

Qui était Gustine MAKA ?

(publié le 24 janvier 1960)

Les habitants de Rencheux – et sans doute aussi de la région de Salm – seront, je crois, intéressés de connaître la véritable personnalité de cette femme de chez nous.
Depuis que le sympathique groupe des « Macrâlles » a sacré Gustine MAKA comme reine incontestée des sorcières, elle est devenue on ne peut plus populaire dans notre région, et même en dehors de notre commune.

Gustine MAKA s’appelait en réalité Marie-Joseph-Augustine LEMOINE. Elle était née à Rencheux le 21 mai 1836 et était la fille de Jean-Joseph LEMOINE et de Marie-Jeanne MAKA, de Fraiture (Bihain) mariés à Vielsalm le 7 août 1833.

Gustine épousa en premières noces M. Herman TOUBON, d’Arbrefontaine, dont elle eut deux fils, et en secondes noces, Monsieur Jean RENIER, de Villettes (Bra).

Elle quitta Rencheux pour Arbrefontaine en 1887 et décéda à l’hospice de Turnhout le 18 février 1915. Elle a donc vécu 79 ans.

Elle habitait à Rencheux dans la maison « Tatache », je m’excuse du sobriquet occupée présentement par M. André GERMAIN-PAULUS et appartenant à M. Auguste LOBET-GOFFIN.

MAKA n’était donc pas un sobriquet, comme tout porte à le croire, mais bien le véritable nom de jeune fille de sa maman.

La famille LEMOINE, dont est issue Augustine, est très ancienne ; elle était de très bonne réputation et vivait dans l’aisance. C’est à la suite de nombreux événements malheureux, que Gustine fut amenée à vivre difficilement et fut réduite presque à la mendicité. Son honnêteté est toutefois toujours restée sans tâches ni reproches.
C’était donc une brave vieille femme de Rencheux, toujours habillée exactement comme le sont les Ardennais de la Fête des Myrtilles, avec foulard et « badjolet », quoique pauvrement toutefois.
Physiquement, elle était impotente, avait le dos très voûté et surtout, marchait excessivement lentement, en traînant péniblement les pieds. Une demi-journée lui était nécessaire pour se rendre de Rencheux à Vielsalm, et on peut se demander, dès lors, comment elle pouvait faire le trajet Arbrefontaine-Vielsalm. Pourtant, plusieurs personnes, qui ont connu Gustine m’ont affirmé qu’elle revenait presque chaque semaine quémander son pain auprès des familles aisées de Vielsalm.
Souvent, il lui arrivait de demander à un enfant ou à un passant de bien vouloir lui nouer ses souliers. Gustine avançant péniblement et en plus, ses lacets étant plus que certainement en mauvais état, elle était elle-même incapable de le faire. Plusieurs parents de l’époque interdisaient à leurs enfants de porter aide à la malheureuse, car les lacets des souliers étaient disait-on alors, un des artifices préférés des Macrâlles pour jeter des sorts ( !). il y a donc de fortes chances pour que ce soit là une des principales raisons qui fit de Gustine une sorcière malgré elle. Il est encore bien connu de nos jours, aussi bien à Rencheux qu’à Arbrefontaine, qu’elle n’a jamais pratiqué la sorcellerie ; elle en était d’ailleurs bien incapable, et elle avait seulement le grand tort d’être vieille, impotente et pauvre.

Nos Macrâlles du Val de Salm ne m’en voudront certainement pas d’avoir écrit ces quelques lignes sur leur grande patronne, mais il faut bien rendre à César ce qui lui appartient et à la mémoire de Gustine l’honneur qui lui revient.
Chacun comprend qu’il s’agit uniquement de folklore, et puis, MAKA rime si bien avec Bonalfat, tchatcha et tchêna, mais je crois pouvoir déduire que, impotente comme elle était dans les dernières années qu’elles a passées à Rencheux, Gustine MAKA ne s’est certainement pas risquée de monter au Bonalfat pour y quérir des « frambâches plein s’tchèna ».
Néanmoins, je prends mes précautions, et pour m’éviter les pires représailles de la part de ses disciples au prochain sabbat, je me garde bien de signer.

Jean KAISER

Ndlr :
1) Dans les notes de Gaston REMACLE, il est dit que les renseignement sur l’identité de Gustine MAKA, dans cet article ont été communiqués par G. REMACLE.
2) Habitant à Arbrefontaine, Gustine venait à Vielsalm par la malle-poste. Parfois elle venait loger à la maison LERUSE (dite vieux baron).

jeudi 30 juillet 2009

Vieux chemins au pays de Salm.



(inédit ?, 1959)

L’étude de la voirie de la région nous amène à conclure que le moyen âge, particulièrement après les XIe et XIIIe siècles, a vu s’établir un réseau de chemins nouveaux. Il témoigne de relations humaines différentes de celles des temps antérieurs, et il révèle d’autres préoccupations.
C’est un fait général qu’avec la fin des grandes invasions, plus de sécurité renaît. La population s’accroît. De nouveaux groupes d’habitations se créent, tandis que les anciens, qui ont survécu, prennent de l’ampleur. Des centres de la vie chrétienne naissent, rayonnent, et appellent la population, tels, ici, ceux de Stavelot et de Malmedy, et des paroisses s’organisent.
Le commerce aussi, peu à peu, prend de l’essor, provoque déplacements de personnes et charrois.
Inévitablement, les voies de circulation vont s’en ressentir. Elles n’auront plus des ambitions de longues distances et de sécurité qui exigeaient la ligne droite et le maintien sur les hauteurs. Mais, reprenant parfois des tronçons d’anciens chemins, sans doute, ailleurs elles s’en écartent selon les besoins plus immédiats, et elles iront d’une localité à l’autre, et, plus que leurs devancières, éviteront les fortes pentes.

Nous croyons avoir relevé quelques-uns de ces chemins ainsi créés à cette époque, et qui se sont maintenus jusqu’à la naissance de la voirie moderne plus parfaite et répondant à d’autres nécessités.

Leurs traces en sont, en général, toujours visibles ; au temps de notre jeunesse encore, des pas familiers leur restaient fidèles.

De Rogery, que l’on rejoignait facilement en venant d’Ourthe, de Beho et d’Audrange, un chemin prenait la direction de Stavelot. S’y raccordaient les charrois et les pas de la région de Bovigny, Cierreux, Bèche, Neuville.

Presque en ligne droite, il passe d’abord à gué le ruisseau de Cierreux, gagne l’extrémité est de Burtonville sous le nom de voye de Rogery, descend vers Sart-Hennard, passe la Salm, devient la grande vôye en abordant Petit-Thier, traverse Petit-Thier monte vers Les Plins passe au pas d’âne et se dirige alors vers Malmedy. Avant qu’il n’aborde Les Plins, une bifuraction s’en détache, descend à gauche vers Mon-le-Soie où vient le rejoindre un autre venant de Vielsalm par le gué de Tienne-Messe, la halinne vôye aujourd’hui désaffectée entre Priesmont et Ville-du-Bois, Rond-Chêne, Mon-le-Soie ; le chemin commun s’engage alors vers le haut de Logbiermé et vers Stavelot.

Un texte de 1753, qui le mentionne clairement : « un champ gisant à Mont le Soie desous le grand chemin de Salm à Stavelot » (CS 1753-1757/29) ; à l’Atlas des communications vicinales de Vielsalm, le tronçon qui précède Rond-Chêne est cité comme « chemin du village de Ville-du-Bois à Stavelot ».

A Mon-le-Soie a croisé ces derniers chemins un troisième qui conduit à Recht par Mon l’gros où il retrouve le chemin beaucoup plus ancien de Lierneux à Recht. Il constitue toujours, actuellement, la voie assurant les relations Grand-Halleux et Mon-le-Soie. A l’est de Mon-le-Soie, il est repris par les pâtures et les bois.
Une mention de ce chemin, du 16 août 1684 : « une demy iournée à la croix Jean Giet desseur le hour ioindant des deux costés aux hres Matthy Georis du hour et d’un autre au chemin allant vers le Soye » (CS 1683-1718/43).

Par rapport à Grand-Halleux, il présente un tracé plus court et une pente moins raide que la voie plus ancienne qu’il rejoignait donc vers Mon l’gros.

Du fait du passage de ces chemins, il n’est pas étonnant que des habitations se soient érigées pour constituer le hameau de Mon-le-Soie. L’endroit était déjà habité à la fin du XVIe siècle. Etre autres, ces mentions d’archives :

  • 1607. « Gillet des Soyes [émancipe] Jean son filz aagé d’environ quinze à seize ans » (CS 1602-1609/224vo).
  • 1621. « Jean des Soyes l’aisné… tourne en habot… le pré gisant aux Soyes, gisant pardessouz la maison du dit Jean tenant du costé inférieur au ruisseau et d’un autre endroit à Gillet » (CS 1617-1622/47)

Les dénombrements de 1561 et 1575 font état de « Jean de Soye » parmi les chefs de ménage d’Ennal dont Mon-le-Soie peut-être considéré comme une extension. Actuellement, Mon-le-Soie ne comprend plus qu’une maison et un ménage.
A notre avis, selon les mentions d’archives, l’endroit s’est d’abord dénommé Soye ( = petite scierie). Mon-le-Soie serait, selon le langage de la région, « chez le Soye », ou « chez la Soye ».

La direction de Recht a provoqué aussi une modification à un chemin plus ancien, celui qui, venant de l’ouest par Petit-Thier, vôye wiême et vers Recht.

A partir de bètch do thier, et via la croix du français, un autre tracé s’est établi. Il reste à mi-hauteur de la colline et permet d’éviter une pente assez prononcée.

Toutefois, la partie basse de Petit-Thier, et Blanchefontaine empruntaient, vers Recht, un autre chemin, parallèle au précédent et un peu plus bas.

Deux mentions :

  • 1598. « une pièce de terre derière les champs que tient présentement Jean Jeannette du petithierme tenant … pardesseur et pardessouz aux deux chemins de Reth » (CS 1587-1622/7).

1717. « certain champ … gisant au lieu vulg. Appellé le gotay Noel, joindant d’embas au chemin conduisant à Reth » (CS 1702-1725/171vo)

il avait, jusqu’à Poteau, le tracé actuel de la grand-route de l’Etat. Puis, par Moldenberg, il rejoignait le chemin venant de la Croix du Français.

Avant de quitter cette ectrémité du pays de Salm, signalons encore, entre Poteau et Recht, deux chemins coupant la grand-route de l’Etat, et se rejoignant au nord-ouest avant d’arriver à Ochsenbaracken, pour se diriger vers Malmedy.

L’un vient de la région de Crombach et Thommen, et s’approche assez près de Recht qu’il laisse à droite.

L’autre, à la borne 95/, de l’ancienne frontière, se détache du vieux chemin Stavelot-Luxembourg, et s’en écarte et vers l’est. Normalement, devaient le suivre les charrois venant de la région de Commanster et Beho. Avant d’arriver à la maison de M. Pierre DEJOSÉ qu’il laisse à droite, il a suivi un instant le tracé même de la grand-route actuelle Poteau-Recht. L’endroit où il l’abandonne, et ses environs, porte le nom, au cadastre et dans le langage local, de Salmwege.

L’essor de la ville de Liège et du nord du pays a influencé également la voirie de la région de Salm, y provoquant la naissance de chemins.

De Beho et environs, on peut marquer le début de l’un d’eux. Longeant la rive droite du Glain, il le franchit au pont de Saint-Martin, gagne Longchamps (Bovigny), tend vers Honvelez qu’il laisse à droite, descend vers la Ronce en obliquant légèrement, remonte en laissant Provedroux à droite, se dirige vers le moulin KOOS de Sart, puis le Crin-do-Sart, Arbrefontaine, et prend la direction du nord-ouest.

C’est sans doute ce chemin des environs de Erria-Bra signalé par ce texte de 1533 : « une certaine pièce d’héritage … qu’on diest minafays … ioindant d’un costet au chemin tendant de Salme à Liège doultre parte à la Cour de Hierloz et d’autre parte au prés et héritages du dit Enriaulx » .

(H.LEMAIRE, Notice sur la paroisse et l’ancienne vicomté de Bra, Liège, Donnay, 1882, p.24vo.)

Il a déjà porté le nom de « pasay de Lîdje » ou « vôye di Lîdje » en amont du gué (aujourd’hui pont) de Djivni (à l’ancien chemin d’Ourthe à Rogery).

  • 1569. « un champ sartable un peu plus haut, par de là le wy de Gevingny, joindant du costé du midy au Pasay de Lîdje, et de l’orient à la voye d’Ourte ».

(L’abbé C. GUILLAUME († 1944, curé émérite de Burtonville) qui cite ce texte dans ses notes manuscrites, ajoutait : « Nous en avons de plus récents, avec les mentions de « voie de Lîdje », et qui ont trait au même chemin ».)

La dénomination de vô de Lîdje lui est toujours attribuée près de Honvelez, et elle se rencontre également à Arbrefontaine.

Deux mentions à ce propos :

  • Du 28 septembre 1901 : « Pierre Kaifve et Jean Hubert Malsoult ambedeux d’Arbrefontaine [font un échange de terrains dont] un champ gisant à la voye de Liège » (CS 1587-1622/122).
  • Du 15 mai 1730 : « François Mottet d’Arbrefontaine … a mis en gage une demy journée de champ lieu dit à la voye de Liège finage du dit lieu » (CS 1730-1734/5).

A remarquer qu’après le pont de Saint-Martin, ainsi que sur la comune de Lierneux, il s’est confondu avec des tronçons de plus anciens chemins.

Celui qui passe au moulin KOOS de Sart et jusqu’au Crin-do-Sart est signalé en 896 : « via ad campum eorum Anglariam ducens ».

(HALKIN/ROLAND, Les chartes de Stavelot-Malmedy, T.1, p.116)

les localités de Cierreux et Rogery se raccordaient à ce chemin au-dessus de Honvelez. Gouvy le rekoignait à Bovigny par la vieille vôye de Sâm. Bihain, Goronne, Rencheux et Vielsalm le retrouvaient à Arbrefontaine. Tandis qu’un autre courant s’y rattachait au-delà d’Arbrefontaine, passant par Mont-Petit-Halleux, et amenait les voyageurs du ban des Halleux, de Ville-du-Bois, Petit-Thier et plus loin. Petit-Thier atteignait Mont par le bois Cheneux, Rond-Chêne (le chemin passe à une centaine de mètres au sud de Rond-Chêne), Hourt et le gué du Glain.

On peut dater de la première moitié du quatorzième siècle la construction du château de Salm, près de Salmchâteau. Elle a été le point de départ de la naissance de la localité voisine.

Mais une série de chemins apparaissent ainsi comme rayonnant de l’endroit ; ils ne s’expliquent que par la vitalité du manoir féodal qui a provoqué et appelé des relations humaines.

L’un tend vers Lierneux par La Comté, Crin-do-Sart, Menil où il retrouve une plus ancienne voie. La Comté est né sur son passage.

A La Comté, le croisait un chemin venant de Vielsalm, et Rencheux pour gagner Ottré et la région de Bihain.

Un autre, par Haironde, permet de se rendre à Cierreux, Rogery, et Bovigny.

Un troisième, passe le Glain avec le précédent, prend la direction de Taillis né à son passage, puis Commanster, où il se raccorde à d’autres voies vers l’est et le sud.

Enfin, signalons le raccord Salmchâteau-Vielsalm, par Basse-Ville – où il semble bien qu’il faut voir la naissance de Salmchâteau – et Pont-des-Perches, où l’on franchit le Glain, autrefois par un gué. Après Pont-des-Perches, se détachait la route dite des Chars-à-Bœufs à Vielsalm, qui à Neuville se prolongeait par la « vô d’Saint Vé », donc vers Saint-Vith (via Burtonville et la borne 95 de l’ancienne frontière Belgo-prussienne).

Dans cette région du pays de Salm, les routes modernes ont créé un nouveau courant de circulation. Il faut citer ici la route de Trois-Ponts à la Baraque-de-Fraiture par Vielsalm, Salmchâteau, Hébronval, créée en 1846 ; celle, de 1849, qui s’en détache à Salmchâteau et qui court vers le Grand-Duché de Luxembourg ; enfin une troisième, de Vielsalm à Poteau et plus loin, en 1856.

Le perfectionnement de plus en plus poussé des moyens de locomotion, exigeant des routes sans ornières et bien entretenues, a fait le reste. Les vieux chemins tombent en désuétude. Bientôt, repris par les pâtures et les bois, on n’en retrouvera plus qu’à grand-peine de vagues traces.

Gaston REMACLE