Affichage des articles dont le libellé est Priesmont. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est Priesmont. Afficher tous les articles

lundi 2 juillet 2018

Glain et Salm Haute Ardenne n°68 (juin 2012)

Sommaire

- L. MARQUET, La Roche-en-Ardenne au XVIIe siècle au temps des guerres, pp. 5-23.

- J. BOSMANS, Aires de faulde et charbonniers en Ardenne: le dramatique incendie d'une hutte de charbonniers, la nuit du 10 au 11 août 1808 à Belheid (Samrée), pp. 25-29.

- M. PETERS, Autour d'une croix de 1877 et d'une chapelle à Beho, pp. 31-34.

- G. BENOIT, Course cycliste endeuillée à Salmchâteau en 1911, pp. 35-36.

- J. DE POTTER/G. ANTOINE/H. D'OTREPPE, Aux origines de la maison De Potter à Gouvy, pp. 37-38.

- J. DETAILLE/B. VAN EERDENBRUGH, Les vestiges d'orpaillage de l'âge du fer en amont de Bèche et dans la forêt domaniale du Grand Bois, pp. 39-47.

- R. NIZET, Les kiosques à musique de Vielsalm, pp. 49-54.

- C. DRAILY/O. VRIELYNCK, La nécropole celte de Courtil "Hastape" dans le groupe nord des tombelles ardennaises, pp. 55-62.

- HONORÉ, Mémoires de la guerre 1914-1918 à Vielsalm, pp. 63-76.

- G. BENOIT, Sur l'exploitation du plomb à Bihain, p. 77.

- GRUEN/BILFINGER, Reconstruction du tunnel de Trois-Ponts en 1940, pp. 79-83.

- V.d.G., Au fil des lectures: Salm à Bruxelles..., p. 85.

- J. THOMAS, De l'argile pour les fours à pains, p. 86.

- J. TOUBON, Quelques ajoutes à propos de Pierre Joseph MONFORT de Lierneux, pp. 88-89.

- V.d.G., Burtonville: la croix Bontemps, p. 90.

- C. LEGROS,A propos de myrtilles, pp. 91-93.

- G. BENOIT, Bovigny - Le docteur (Pierre-François) Lomry (1868-1941), pp. 96-97.

- H. D'OTREPPE, Hier et aujourd'hui: Grand-Menil, p. 98.

- G. BENOIT, La croix Jeanpierre, sous Priesmont, p.100.

samedi 17 décembre 2016

Immersion dans le passé marchois

Mon nouveau livre vient de paraître. Il est vendu au salon de coiffure "En Vogue" à Vielsalm, Galerie du Vieux-Marché, au prix de 25€.



samedi 5 septembre 2009

À propos de « La Bouvière » à Hermanmont.

(publié dans L’Annonce de Vielsalm, le 3 décembre 1976)

En wallon, la dénomination est à l’bovîre. Ce terme rappelle certain usage d’ordre agricole au temps passé.
L’endroit est situé en face de la maison J. ARNOLD-GROSJEAN, route de Hermanmont, et au sud du bien de Hermanmont où, récemment, on vient de construire une série de maisons.

D’après le recensement cadastral de 1766 (tabelles aux Arch. De l’Etat, Arlon, et autres documents), cette « bouvière », comme celle de Priesmont, était une étendue pour l’exploitation agricole et à la disposition de certaines personnes, chacune pour une étendue déterminée, mais seulement de mai à la Saint-Jacques (25 juillet) ou jusqu’à l’enlèvement de la récolte si la parcelle occupée était en labour. La date du 25 juillet marquait normalement la fin de la fenaison et l’enlèvement du foin.

Ainsi, par exemple, dans la « bouvière » de Hermanmont, en 1766, seuls certains habitants de Ville-du-Bois pouvaient en disposer : Gengoux RUAL pour 64 verges carrées (la verge comptée à 24 pieds de longueur, soit environ 50 m2 pour la verge carrée), Pierre ENGLEBERT pour 45 verges, Joseph REMACLE pour 30 verges, etc.

Après la Saint-Jacques ou l’enlèvement d’une autre récolte éventuelle, ces personnages étaient « exclus » de la dite étendue, et « seule » la « cense de Hermanmont » avait droit de pâturage.

Une « bouvière » se trouvait également près de Priesmont, derrière le château actuel VERHAEGEN-DE NAEYER. Elle était fort grande, allant, d’est en ouest, « entre les deux chemins ». le recensement de 1766 donne les noms, ainsi que l’étendue envisagée pour chacun d’eux, de dix personnes, toutes de Ville-du-Bois, qui pouvaient disposer ici d’une parcelle jusqu’à la Saint-Jacques ou l’enlèvement de la récolte. Après la récolte du foin ou autre denrée, seule « la communauté de Priesmont » avait « droit de pâturage », en 1766, il se trouvait dans cette communauté « 21 chevaux, 20 bêtes à cornes, 251 moutons pour le parcours » dans la dite « bouvière ».
Le pâturage en question n’était donc pas une vaine pâture, à la disposition de quiconque, mais il était réservé à une ou plusieurs personnes.

Gaston REMACLE

jeudi 3 septembre 2009

Les chefs de ménage de Vielsalm et Priesmont en 1659.

(publié dans L’Annonce de Vielsalm, le 23 décembre 1951)

à la moitié du XVIIe siècle, le pays de Luxembourg auquel le comté de Salm appartenait, était complètement dévasté.
Une terrible épidémie en 1636, les misères de la guerre de Trente ans avec d’inouïes déprédations commises par les régiments lorrains, polonais, allemands, l’avaient totalement ruiné et y avaient causé des milliers de victimes.
En 1656, le Conseil provincial fit procéder à un relevé de la population.
Toutefois, l’émigration prit des proportions tellement alarmantes, du moins dans certaines régions, que très vite le recensement de 1656 ne pouvait plus servir de base à la répartition des charges publiques et qu’un nouveau dénombrement était devenu nécessaire. Le Conseil provincial du Luxembourg l’ordonna le 24 décembre 1658.

Au comté de Salm, il fut exécuté en janvier 1659.
Ce recensement constitue la liste, par village, de tous les chefs de famille, avec indication de leur situation matérielle. Celle-ci n’était pas brillante, bien qu’à notre avis son caractère sombre y paraisse avoir été exagéré pour notre région.
Nous en donnons ci-après ce qui concerne Vielsalm et Priesmont, soit au total 39 chefs de ménage.
N’y sont pas repris « Salentin Pierrez » mayeur, et « Lambert Raymundi », substitué clerc juré ; ce qui donne, pour Vielsalm et Priesmont, 39+2 = 41 chefs de ménage à la date de 1659.
Priesmont est représenté dans ce nombre par trois noms : Henri Bertoing, Jean de Priestmont, MathieuWirotte : les autres sont de Vielsalm.

Voici le texte en question, dont la copie a été prise directement sur manuscrit ; l’orthographe est conforme à celle du document original.

Vielle Salme

Henri le Grusee revendeur de bierre ensemence demi journée de seigle at environ d’une bonne chartée de foin, un cheval, une vasche, deux bestes a laine, et doit par affirmation et en conscience cent et cincquant patacons.

Jean Georis pauper.

Jean Estienne mendiant.

Estienne mendiant.

Henri musnier pauvre compagnon ensemence environ un quart de journée de seigle, at demi chartée de foin, un jeusne cheval à nourcon, une vasche à nourcon et doit par affirmation et en conscience plus de 30 patacons.

Matthieu le Queulx pauvre veillard de sa jeunesse serviteur ensemence demi quart de journée de seigle, loue dans lallemagne du foin pour nourrir un cheval vieu, pour querir du bois pour ses voisins, et est (à son serment) chargé plus de cent daller de debtes.

Nicolas Gérard mercenier selon son art, ensemence par an environ deux journées de seigle, at une chartée de foin at un cheval, deux vasches, et doit à son serment et conscience plus de cent patacons.

Vefve Gengulphe Trisset du vivant de son marit tavernier, ensemence par an un quart de journée de seigle, at une chartée de foin, at une vasche et doit plus de cent et cinquante patacons par sa conscience et affirmation.

Henri le Quatte laboureur ensemence par an demi journée ou environ de seigle, at environ demi chartée de foin, un cheval de nulle valeur, une vasche, et doit plus de cent patacons par sa conscience et affirmation.

Gérard Barthelemi jeusne homme cherton ensemence par an un quart de journée de seigle, at un cheval fort vieu, une vasche.

Leonard Hourri tavernier ensemence par an environ demi journée de seigle, at environ une chartée de foin, un jeusne cheval, deux vasches, et doit plus de deux cents patacons par affirmation.

Jean Englebert tavernier ensemence par an demi journée de seigle, at une charée de foin, un cheval, deux vasches, six bestes à laine, at affirmé par serment et conscience debvoir bien deux patacons à pays de Stavelot.

Jean Moset mendiant.

Nicolas Blaise charton ensemence par an un quart de journée de seigle, at demi chartée de foin, un cheval, une vasche à nourcon, deux bestes à laine aussi à nourcon et doit par affirmation et en sa conscience environ deux cent patacons.

Henri Jean Evrard boucher de son mestier, ensemence par an un quart de journée de seigle, at environ demi chartée de foin, deux vasches et doit par affirmation et en sa conscience environ soisante patacons.

Jean Georis pauvre compaignon et malade ensemence demi quart de journée de seigle, at demi chartée de foin, deux bestes à nourcon et doit par affirmation plus de trengt patacons.

Robert mendiant.

Philippe Wyrotte pauper.

Vefve Bertoing mendiant.

Vefve Renard mendiant.

Collet Rosseau ardoissier et cherton ensemence par an environ d’une journée de seigle, at environ une chartée et demi de foin, deux chevaulx, quattre vasches, saise bestes à laine, at dit en sa conscience et serment devoir environ deux cent patacons.

Vefve Léonard Jean Jehenne ensemence par an un quart de journée de seigle, at une chartée de foin, deux vasches et doit environ cincquant patacons par son serment et conscience.

Vefve Jean de Failly pauvre vefve n’at que sa demeure.

Michiel Bertholet mareschal n’ensemence rien, at une chartée de foin, deux vasches, doit six patacons par affirmation.

Francoy Rossea cherton at ensemencé un quart de journée de terre, at une chartée de foin, deux chevaulx, une vasche et doit par sa conscience et serment comme il déclare plus de cent patacons, et sa demeure, et tout ce qu’il at dans ce pays n’est que par louvaig.

Jean Bertholet mareschal de son art ensemence par an un quart et demi de journée de seigle, at une chartée de foin, deux vasches, huict bestes à laine, et doit par affirmation et en conscience 25 patacons.

Bartholomi Gomé pauvre veillard et ardoissier de son art at une vasche et loue le foin pour la nourrir et doit bien saise patacons par affirmation.

Jean Anthoine Belvâ forestier, ensemence environ un quart de journée de seigle, at une chartée de foin, ung cheval a nourcon, une vasche, six bestes à laine, at affirmé par serment et conscience debvoir plus de nonante patacons.

Henri Bertoing de Priestmont pauvre ardoissier et sa maison n’est sienne.

Jean de Priestmont fort pauvre et cherton, ensemence un quart de journée de seigle, at un cheval a nourcon, deux vasches aussi à nourcon, quattre bestes à laine à nourcon et déclare à son serment et en conscience debvoir plus de 200 patacons.

Mathieu Wyrotte de Priestmont brasseur ensemence environ une journée de seigle, at deux chartées de foin, deux chevaulx, quattre vasches, vingt bestes à laine et doit par affirmation plus de six cents patacons.

François Delhez vendeur de bierre ensemence demi journée de seigle, at une chartée de foin, un cheval, une vasche, douze nestes à laine et par affirmation et en conscience doit bien quattre cent patacons.

Jean Abinet musnier de son mestier ensemence par an un quart de journée de seigle, at demi chartée de foin, un cheval, une vasche, at affirmé par serment et en conscience debvoir plus de 50 patacons.

Vefve Philippe ensmence demi journée de seigle at une chartée de foin, un cheval à nourcon, une vasche et doit par affirmation plus de soixante patacons.

George Philippe sergeant de justice ensemence par an un quart de journée de seigle, at demi chartée de foin une vasche et doit par affirmation bien 26 patacons.

Du Bois procureur d’office ensemence demi journée de seigle, at une charée de foin, un cheval, deux vasches, traize bestes à laine doit environ 135 patacons.

Wilhemme maréchal de son mestier ensemence par an petit demi iournée de seigle, at une chartée de foin, un petit cheval, une vasche et doit par affirmation plus de 24 patacons.

Léonard de Caheau ardoissier ensemence environ un quart de journée de seigle, at une chartée de foin, un petit cheval, une vasche.

Jean Ruth, Clerc Juré de la Justice du Comté de Salm a tous iour jouis de la franchise comme n’estant comprins au dénombrement cy devant ou du passé et ce en vertu de la franchise des Clercsjurés précédent ont heu et de tout temps.

A titre de comparaison, nous publierons prochainement des indications analogues à celles qui précèdent et concernant Vielld-du-Bois.

Gaston REMACLE

lundi 3 août 2009

Un enfant de Vielsalm, Jean BERTHOLET.

(publié dans L’Annonce de Vielsalm, le 16 septembre 1951)

Un oublié ?

Au cours des derniers mois, à plusieurs reprises et notamment dans ce journal, la suggestion a été faite de dédier certaines rues de Vielsalm à des personnalités issues de la localité.
À ce propos, le nom de BERTHOLET a été présenté.
Et l’on s’est demandé quel était ce personnage qui serait donc issu de la terre salmienne, et dont le souvenir n’y est guère resté vivant.
Serait-il vraiment un oublié ?
Poser la question, c’est déjà dissiper un peu cet oubli, et peut-être rendre déjà à sa mémoire un hommage qu’elle mérite.
Car BERTHOLET, Jean BERTHOLET, le Révérend Père BERTHOLET, est bien de Vielsalm, et sa laborieuse et féconde existence pourrait, dans sa localité d’origine, trouver un souvenir plus conscient et plus fier.
Pour répondre à un désir qui nous a été exprimé, les lignes suivantes voudraient éclairer davantage la figure de ce savant religieux et aider à le faire mieux connaître dans son pays natal.

Une ancienne famille.

C’est bien le 30 décembre 1688 qu’est né à Vielsalm, Jean BERTHOLET, fils de Paul BERTHOLET et de Lucie WIROTTE.
La famille est ancienne dans la région.
On y relève le nom de « Bertholet, marischal de la Vieille Saulme » au début du XVIIe siècle. Après les tristes années et la misère de la guerre de trente ans, la famille BERTHOLET subsiste à Vielsalm. À ce moment, Michel BERTHOLET et Jean BERTHOLET, chefs de ménage, y exercent la profession de forgeron. Jean sera le grand-père du futur Jésuite.
La famille maternelle, celle des WIROTTE, n’est pas moins bien établie dans le pays. Dans la seconde moitié du XVIe siècle, elle est présente à Priesmont avec Henry WIROTTE.
Les WIROTTE de Priesmont sont probablement apparentés aux WIROTTE de Goronne où ce nom de famille existe déjà en 1472.


C’est de Priesmont que viendra Lucie WIROTTE pour s’unir à Paul BERTHOLET de Vielsalm.
La famille WIROTTE de Priesmont occupait, dans ce coquet hameau, une des trois maisons existantes à la fin du seizième siècle. Priesmont est ancien, peut-être plus que Vielsalm.
Le site est d’ailleurs favorable à un habitat, offrant une belle exposition au soleil, une eau potable abondante, du terrain à volonté tout proche, un vaste panorama.
Les WIROTTE d’avant 1600 y voisinaient avec la famille de Jean PIEROTTE, et avec celle de Jean, époux d’Elisabeth, dont la maison reste aujourd’hui encore comme partie d’un groupe de bâtiments.
Quant à celle des WIROTTE, remise à neuf et amplifiée au début du dix-huitième siècle – le linteau de la porte est daté de 1723 – elle accuse, à l’heure actuelle encore, une personnalité imposante bien marquée ; c’est la demeure qu’occupent les familles BELGE-DANTINE et BURTON-LAURENT. Une maison de notabilités jusqu’à la fin de l’ancien régime.

Au service de la région.

Sans doute, comme les familles de ce temps-là, les WIROTTE et les BERTHOLET étaient de rudes ouvriers, vivant surtout du travail de la terre, sur leur propre bien, ou d’un métier artisanal.
Mais leur pensée et leur ambition se montrent plus larges que le dur labeur pour la subsistance quotidienne. Elles se manifestent, à vrai dire, une âme d’élite. On voit ces deux familles rechercher la fonction publique, au service de leur région ; et ce goût de la chose publique, et du service se continue et se multiplie au cours de plusieurs générations.
Ainsi, Henry WIROTTE cité plus haut est haut forestier du comté de Salm, ainsi que son fils Georges. Son petit-fils, Mathieu WIROTTE, grand-père de Jean BERTHOLET, est prévôt du comté, Jean WIROTTE, frère de Lucie et oncle du futur Jésuite, est échevin à la Haute Cour de Justice. On verra enfin, dans la première moitié du dix-huitième siècle, Henry WIROTTE comme Haut officier du Comté.
Quant à la famille WIROTTE de Goronne, d’elle, viendront Jean WIROTTE, échevin et greffier de la Haute Cour de Stavelot, et son frère Georges, établi à Vielsalm, clerc juré du comté au début du dix-septième. Philippe, le fils de Georges, sera lui aussi échevin, tandis que son frère, du nom de Georges également, deviendra prêtre.
La famille BERTHOLET témoigne du même esprit : Michel JACOB, de Priesmont, qui épousa Catherine BERTHOLET, sœur du futur historien, devient mayeur de Salm. Michel BERTHOLET, de Vielsalm, est échevin au XVIIIe siècle ; et Sébastien HONVLÉ, second mari de Lucie WIROTTE, restera, durant combien d’années, échevin féodal.
C’est dans cette atmosphère que grandit le fils de Paul BERTHOLET et de Lucie WIROTTE. Comment n’y aurait-il pas trouvé le désir d’une généreuse vie et d’une belle vocation !

Les jeunes années…

De Jean BERTHOLET s’écoulèrent selon l’austère vie de l’époque. Les BERTHOLET et les WIROTTE vivant en ordre principal et direct de l’agriculture. Jean a dû certainement participer au travail du sol.
D’autre part, le malheur entra dans la famille. Le père, Paul BERTHOLET, vint à mourir, laissant trois enfants en bas-âge.
Après quelques années de veuvage, Lucie WIROTTE se refit un foyer en épousant en secondes noces Sébastien HONVLÉ.
On imagine un peu le jeune Jean dans le cadre du moment, au sein du si charmant site, hélas ! à jamais anéanti aujourd’hui, allant du Tiennemesse à Priesmont, dévalant sous l’église vers le « pont de la vallée » jeté sur la fraîche rivière venant de Vifsâm, ou grimpant par « les roches » vers Priesmont, tandis qu’à deux pas, sous la place du « vieux château », tournait le moulin banal alimenté par le Glain.
Les débuts du savoir, Jean les acquit sans doute, selon l’usage, à l’école tenue par le clergé local. Il se sentit appelé à l’état religieux et attiré par la Compagnie de Jésus. Il fit ses études d’humanités et de philosophie au collège des Jésuites à Luxembourg, puis il entra au noviciat de cet ordre à Tournai.
Mais les études, alors déjà, étaient coûteuses, Sébastien HONVLÉ fit des avances au jeune étudiant, assurant son entretien et sa pension annuelle. De son côté, Jean ne voulut pas imposer à son beau-père de trop lourdes charges ; par acte passé devant le notaire MEURICE de Vielsalm le 28 septembre 1708, l’étudiant lui abandonnait ses biens provenant de ses parents, moyennant quoi le dit HONVLÉ s’obligeait à donner deux cents écus pour payer les deux années de noviciat à Tournai.
Il acheva ensuite ses études à Douai et Paris.

Historien.

Jean BERTHOLET est devenu le Révérend Père BERTHOLET, Jésuite, ayant prononcé ses vœux à Armentières le 2 février 1723.
Il s’adonna d’abord, durant quinze années, à la prédication. Existence fatigante qui affaiblit sa santé. Ses supérieurs le chargèrent alors des fonctions de professeur, à Luxembourg puis à Namur.
C’est à cette période de sa vie que les Etats du Luxembourg le choisirent pour composer « l’Histoire ecclésiastique et civile du duché de Luxembourg et comté de Chiny ». il fallait, pour mériter un tel choix, qu’il s’imposât par une valeur peu commune.
Le travail qu’il entreprit de la sorte était considérable, puisqu’il ne comportera pas moins de huit volumes, publiés de 1741 à 1743.
C’est précisément cette œuvre qui allait lui valoir sa réputation, celle d’historien.

Il aborda cette tâche avec joie et diligence, déclara-t-il lui même, sous les auspices de S.M. l’Impératrice et Reine.
L’œuvre, pourtant, valut à son auteur d’amers déboires. La guerre allumée durant la composition et l’impression dérangea les projets. L’écrivain dut contracter des dettes onéreuses. Pour y satisfaire, il se vit obligé de laisser vendre une partie de sa bibliothèque les 4 et 5 mai 1747. En 1751, encore, les héritiers de l’imprimeur le poursuivaient.
BERTHOLET parle même des « injures grossières vomies » contre lui par Pierre BOURGEOIS, fournisseur du papier nécessaire à l’édition.
Faisant suite à sa requête, les Etats du Luxembourg décidèrent de l’aider en lui remettant une somme de 2 216 florins 16 sols.
L’ « Histoire ecclésiastique et civile du Luxembourg » de BERTHOLET a été sujette à critiques.
Toutefois, à l’époque de sa composition, elle a marqué des progrès très sensibles par rapport aux travaux antérieurs sur le même sujet.
L’œuvre est vieillie, certes, mais toujours digne de respect.

Après une existence laborieuse, Jean BERTHOLET est décédé le 26 février 1755 à Liège où il s’était retiré.
Cette ville lui a dédié une de ses rues.
Vielsalm ne pourrait-il s’inspirer de cet exemple ?
À une époque où l’enseignement de l’histoire s’appuie sur la notion d’éléments locaux, ce serait par là maintenir vivant, au pays de Salm, pour les générations qui montent, un grand et noble souvenir.

Gaston REMACLE

Ndlr :
1) Cet article améliore et corrige « Vielsalm gardera-t-il vivant le souvenir de Jean Bertholet ? », publié en 1949.
2) Sur la jeunesse de Jean BERTHOLET et ses rapports avec son beau-père, voir G. BENOIT Apports concernant la vie de Jean Bertholet, dans G.S.H.A. n°55, 2001, pp.18-24.

vendredi 24 juillet 2009

Vielsalm gardera-t-il vivant le souvenir de Jean BERTHOLET ?

(publié dans L’Avenir du Luxembourg, le 25 mai 1949)

Un oublié ?

En effet, ne l’était-il pas un peu, oublié à Vielsalm, ce Père BERTHOLET, issu de la capitale du pays de Salm ? Depuis plus de deux siècles, on ne s’en souvient plus guère.

La ville de Liège, qui a enregistré son décès, lui a gardé un souvenir plus fidèle puisqu’elle lui a dédié une rue.

Le Syndicat d’Initiative de Vielsalm avait édité, l’an dernier, un dépliant au dos duquel un texte rappelle brièvement le souvenir du réputé Jésuite.

L’avait-on remarqué ? Toujours est-il qu’une coquille – heureuse peut-être – vieillissant Jean BERTHOLET d’une vingtaine d’années, a retenu l’attention, provoqué des réflexions, suscité un intérêt, envers cette figure de la terre salmienne. Et voilà, déjà un peu davantage dissipé, l’oubli dans lequel restait le savant religieux dans son pays natal.
Peut-être pourrait-on y ajouter les quelques notes suivantes, afin d’éclairer davantage la figure de l’éminent historien ?

Une ancienne famille.

C’est bien le 30 décembre 1688 qu’est né à Vielsalm, Jean BERTHOLET, fils de Paul BERTHOLET et de Lucie WIROTTE.

La famille est ancienne dans la région.

On y relève le nom de BERTHOLET au début du XVIIe siècle. Après les tristes années et la misère de la guerre de trente ans, la famille BERTHOLET subsiste à Vielsalm. En 1659, Michel BERTHOLET et Jean BERTHOLET, chefs de ménage, y exercent la profession de maréchal ; l’un d’eux sera le grand-père du futur Jésuite.

La famille maternelle, celle des WIROTTE, n’est pas moins bien établie dans le pays. En 1472 déjà, un recensement la mentionne à Goronne. À la fin du seizième siècle, elle apparaît come présente à Priesmont avec Mathieu Jean WIROTTE. C’est de Priesmont que viendra Lucie WIROTTE pour s’unir à Paul BERTHOLET de Vielsalm.
La famille WIROTTE de Priesmont occupait, dans ce coquet hameau, une des deux maisons existantes à la fin du seizième siècle. Priesmont est ancien, peut-être plus que Vielsalm.
Le site, d’ailleurs, est favorable à un habitat, offrant une belle exposition du soleil, une eau potable abondante. Un panorama vaste, et de la proximité d’un fort vieux chemin. Les WIROTTE d’avant 1600 y voisinaient avec la famille de Jean, époux d’Elisabeth, dont la maison reste aujourd’hui encore partie d’un groupe de bâtiments.
Quant à celle des WIROTTE, remise à neuf et amplifiée au début du dix-huitième siècle – le linteau de la porte est daté de 1723 – elle accuse encore, à l’heure actuelle, une personnalité imposante bien marquée : c’est la demeure qu’occupent les familles BELGE-DANTINE et BURTON-LAURENT. Une maison de notabilités jusqu’à la fin de l’ancien régime.

Au service de la région.

Sans doute, comme les familles de ce temps-là, les WIROTTE et les BERTHOLET étaient de rudes ouvriers, vivant surtout du travail de la terre, sur leur propre bien, ou d’un métier artisanal.
Mais leur pensée et leur ambition se montrent plus larges que le dur labeur pour la subsistance quotidienne. Elles se manifestent, à vrai dire, une âme d’élite. On voit ces deux familles rechercher la fonction publique, au service de leur région ; et ce goût de la chose publique, et du service se continue, se multiplie au cours de plusieurs générations.
Ainsi, Georges WIROTTE de Priesmont est clerc juré du Comté de Salm au début du dix-septième siècle. Quelques années plus tard, Mathieu WIROTTE de Priesmont est prévôt du Comté. Philippe WIROTTE est échevin de la Cour de Justice à la fin du dix-septième siècle. Également, Jean WIROTTE, frère de Lucie WIROTTE et oncle du futur Jésuite. On verra enfin, dans la première moitié du dix-huitième siècle, Henry WIROTTE comme Haut officier du Comté.

La famille BERTHOLET témoigne du même esprit, Michel JACOB, de Priesmont, qui épousa Catherine BERTHOLET, sœur du futur historien, devient mayeur de Salm. Michel BERTHOLET, de Vielsalm, est échevin au début du XVIIIe siècle ; et Sébastien HONVLÉ, second mari de Lucie WIROTTE, restera, durant combien d’années, échevin féodal.
C’est dans cette atmosphère que grandit le fils de Paul BERTHOLET et de Lucie WIROTTE. Comment n’y aurait-il pas trouvé le désir d’une généreuse vie et d’une belle vocation !

Les jeunes années…

de Jean BERTHOLET s’écoulèrent selon l’austère vie de l’époque. Les BERTHOLET et les WIROTTE vivant en ordre principal et direct de l’agriculture. Jean a dû certainement participer au travail du sol.

D’autre part, le malheur entra dans la famille. Le père, Paul BERTHOLET, vint à mourir, laissant trois enfants en bas-âge.

Après quelques années de veuvage, Lucie WIROTTE se refit un foyer en épousant en secondes noces Sébastien HONVLÉ.

On imagine u peu le jeune Jean dans le cadre du moment, au sein du si charmant site, hélas ! à jamais anéanti aujourd’hui, allant du Tiennemesse à Priesmont, dévalant sous l’église vers le « pont de la vallée » jeté sur la fraîche rivière venant de Vifsâm, ou grimpant par « les roches » vers Priesmont, tandis qu’à deux pas, sous la place du « vieux château », tournait le moulin banal alimenté par le Glain.

Les débuts du savoir, Jean les acquit sans doute, selon l’usage, à l’école tenue par le clergé local. Il se sentit appelé à l’état religieux et attiré par la Compagnie de Jésus. Mais les études, alors déjà, étaient coûteuses, Sébastien HONVLÉ fit des avances au jeune étudiant, assurant son entretien et sa pension annuelle. De son côté, Jean ne voulut pas imposer à son beau-père de trop lourdes charges ; par acte passé devant le notaire MEURICE de Vielsalm le 28 septembre 1708, l’étudiant lui abandonnait ses biens provenant de ses parents, moyennant quoi le dit HONVLÉ s’obligeait à donner deux cents écus pour payer les deux années de noviciat à Tournai.

Historien

Jean BERTHOLET est devenu le R.P. BERTHOLET, Jésuite.
Il fallait qu’il s’imposât par une valeur peu commune pour être choisi par les Etats du Luxembourg afin de composer l’Histoire ecclésiastique et civile de la province. Travail considérable, puisqu’il ne comporte pas moins de huit volumes, publiés de 1741 à 1743. L’historien l’entreprît, avec joie et avec diligence, déclare-t-il lui même, sous les auspices de S.M. l’Impératrice et reine.
L’œuvre, pourtant, valut à son auteur d’amers déboires. La guerre allumée durant la composition et l’impression dérangea les projets. L’écrivain dut contracter des dettes onéreuses. Pour y satisfaire, il se vit obligé de laisser vendre une partie de sa bibliothèque les 4 et 5 mai 1747. En 1751, encore, les héritiers de l’imprimeur le poursuivaient.
BERTHOLET parle même des « injures, grossièretés et calomnies grossières vomies » contre lui par Pierre BOURGEOIS, fournisseur du papier nécessaire.
Faisant suite à sa requête, les Etats du Luxembourg décidèrent de l’aider en lui remettant une somme de 2 216 florins 16 sols.


Afin de raviver et perpétuer à Vielsalm le souvenir de Jean BERTHOLET, un collaborateur de l’ « Avenir » a, dernièrement, suggéré de voir dédier à l’historien du Luxembourg, une rue de sa localité natale.
La suggestion est heureuse ; il ne semble pas bien malaisé de la réaliser sans rien sacrifier du folklore de la localité. Oserait-on l’espérer ?

À une époque où l’enseignement de l’histoire s’appuie sur la notion d’éléments locaux, ce serait par là maintenir vivant au pays de Salm, pour les générations qui montent, un grand et noble souvenir.

Gaston REMACLE

Ndlr:

1) G. REMACLE donne en note: Décédé le 25 février 1755 à Liège.

2) Des articles ultérieurs de G. REMACLE rectifièrent quelques données inexactes de cet article. (sur Georges WIROTTE, le nombre de maisons à Priesmont)

3) Sur la jeunesse de Jean BERTHOLET et ses rapports avec son beau-père, voir G. BENOIT Apports concernant la vie de Jean Bertholet, dans G.S.H.A. n°55, 2001, pp.18-24.