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lundi 2 juillet 2018

Glain et Salm Haute Ardenne n°68 (juin 2012)

Sommaire

- L. MARQUET, La Roche-en-Ardenne au XVIIe siècle au temps des guerres, pp. 5-23.

- J. BOSMANS, Aires de faulde et charbonniers en Ardenne: le dramatique incendie d'une hutte de charbonniers, la nuit du 10 au 11 août 1808 à Belheid (Samrée), pp. 25-29.

- M. PETERS, Autour d'une croix de 1877 et d'une chapelle à Beho, pp. 31-34.

- G. BENOIT, Course cycliste endeuillée à Salmchâteau en 1911, pp. 35-36.

- J. DE POTTER/G. ANTOINE/H. D'OTREPPE, Aux origines de la maison De Potter à Gouvy, pp. 37-38.

- J. DETAILLE/B. VAN EERDENBRUGH, Les vestiges d'orpaillage de l'âge du fer en amont de Bèche et dans la forêt domaniale du Grand Bois, pp. 39-47.

- R. NIZET, Les kiosques à musique de Vielsalm, pp. 49-54.

- C. DRAILY/O. VRIELYNCK, La nécropole celte de Courtil "Hastape" dans le groupe nord des tombelles ardennaises, pp. 55-62.

- HONORÉ, Mémoires de la guerre 1914-1918 à Vielsalm, pp. 63-76.

- G. BENOIT, Sur l'exploitation du plomb à Bihain, p. 77.

- GRUEN/BILFINGER, Reconstruction du tunnel de Trois-Ponts en 1940, pp. 79-83.

- V.d.G., Au fil des lectures: Salm à Bruxelles..., p. 85.

- J. THOMAS, De l'argile pour les fours à pains, p. 86.

- J. TOUBON, Quelques ajoutes à propos de Pierre Joseph MONFORT de Lierneux, pp. 88-89.

- V.d.G., Burtonville: la croix Bontemps, p. 90.

- C. LEGROS,A propos de myrtilles, pp. 91-93.

- G. BENOIT, Bovigny - Le docteur (Pierre-François) Lomry (1868-1941), pp. 96-97.

- H. D'OTREPPE, Hier et aujourd'hui: Grand-Menil, p. 98.

- G. BENOIT, La croix Jeanpierre, sous Priesmont, p.100.

jeudi 4 juillet 2013

Dans l'Organe de Vielsalm, il y a bien longtemps

Dans L’Organe de Vielsalm :
Le 28 mai 1933 : dans  un avis,  Mme Vve Jules Jeunejean a l’honneur d’informer le public et les fournisseurs qu’elle n’a rien à voir dans le commerce et les affaires de son fils Arthur.  Quoi qu’il arrive, elle ne peut être rendue responsable de quoi sur ce soit, celui-ci travaillant à son propre compte depuis le 1er décembre 1930.

Le 31 mai 1936 :  En prévision de la protection de la population civile en cas de guerre, le conseil communal prend connaissance d’une dépêche du gouverneur qui l’informe qu’elle doit posséder une sirène d’alarme  reliée avec le centre provincial d’alarme et placée  assez haut sur un  monument public (école, église, hôtel de ville) ; la dépense sera  subsidiée à 25%.

 Le 18 juin 1905 :
- Déraillement à Trois-Ponts : une rame de wagons remorquée par une machine de manœuvre a été tamponnée par une locomotive. Six wagons ont été lancés hors des rails et l’un d’eux s’est renversé sur le quai d’embarquement. Le machiniste a reçu quelques contusions sans gravité mais les dégâts sont importants.
- Naissance à Rencheux de Odon Cottin fils de Léon et de Fraiture Marie.

Le 17 juin 1906 :
- Vol à Grand-Halleux : la nuit du 3 juin des voleurs ont pénétré dans la basse-cour de l’Institut des frères et ont enlevé une poule et 40 poussins et dans la cave ont fait main basse sur des pommes de terre.
- Vol à Salmchâteau : mardi dernier dans l’après-midi, des escarpes se sont introduits dans le magasin de confection Andrianne-Bigourd et ont enlevé du comptoir une somme de 40 francs. Les malandrins ont été arrêtés le jour même mais n’avaient déjà plus que la moitié de la somme volée.
- À Jevigné, une famille (la maman et cinq enfants) a été empoisonnée en mangeant de la viande de bœuf fournie par  un boucher de Spa. Un médecin appelé en hâte est parvenu à enrayer le mal.
                                                                               Robert NIZET

samedi 24 mars 2012

DEUX RÉSISTANTS ET UNE ÉNIGME

La seconde guerre mondiale n'a pas fait à Vielsalm des destructions massives ni d'importants massacres de population. La localité n'a pas pour autant traversé l'épreuve sans pertes matérielles et humaines. Parmi ces dernières, on trouve le nom de deux résistants au destin bien différent. Grâce à son nom donné à une rue, la population actuelle connaît Freddy Wampach ou tout au moins en a entendu parler. Quant à l'autre, Roger Nizette, il est pour tous hors du cercle de la famille, des connaissances et des voisins, un inconnu.

Frédéric dit Freddy Wampach est né à Priesmont – Vielsalm le 15 octobre 1903.Une plaque commémorative a été placée sur la façade de sa maison natale. Après son service militaire au 12e régiment de Ligne, il entre dans le secteur des assurances et se marie. Le couple s'installe à Woluwé-St-Lambert et aura un fils.
En 1940, lors de la mobilisation, il est affecté à la garde territoriale et est chargé de la surveillance des voies de communication. Après la capitulation le 28 mai 1940, il se dirige vers La Panne où, avec huit autres, il parvient à se procurer une embarcation pour se rendre en Angleterre. Recueillis par un destroyer britannique, il retrouve d'autres belges au Pays de galles. En 1941, il intègre les « missions spéciales », c'est-à-dire les commandos. Quatorze mois d'instruction serrée lui valent un brevet de parachutiste-radio et un nom de code : Vermillon.
Parachuté en France le 10 septembre 1941, il entame une périlleuse mission de renseignement à l'insu de l'occupant allemand et du régime de Vichy. Durant plus de six mois, il accomplit sa tâche sans rencontrer d'obstacles majeurs. Mais le vent va tourner : le 17 mars 1942, il est surpris près de Bergerac alors qu'il est en train d'émettre vers Londres. Il semble qu'un de ses compagnons ait commis une imprudence. Emprisonné à Châteauroux, il ne parle pas malgré la torture. Condamné à la détention perpétuelle en juillet 1942, il est conduit à Bergerac puis à Périgueux. Durant des mois il mûrit un projet d'évasion. A peine échappé, les Allemands conscients de son efficacité, donnent l'alerte jusqu'en Belgique. Sa tête est mise à prix et son portrait affiché partout en Belgique et en France. Il arrive dans la région de Ath où un industriel de l'endroit l'héberge et lui permet de se rétablir tout en menant des actions de sabotage ou de vols de documents à l'ennemi. Il va ensuite se cacher du côté de Hannut où il rencontre un soi-disant chef de groupe de la résistance qui se fait fort de le renvoyer en Angleterre par l'entremise d'un faux responsable de réseau d'évasion et vrai collaborateur, agent du contre-espionnage allemand. Le jour du départ, le 10 septembre 1943, Freddy Wampach monte dans une voiture avec cet agent double qui s'arrête en un point convenu avec la Gestapo. Celle-ci n'a qu'à le cueillir. Il est interné à la prison de St-Gilles et le 10 décembre 1943 est fusillé au Tir National à Schaerbeek. Il recevra à titre posthume de nombreuses décorations anglaises et après la guerre, le 24 septembre 1945, son corps sera transféré au cimetière de Vielsalm


Roger Nizette né le 3 mai 1924 habite à Salmchâteau avec sa mère et ses trois sœurs; le père est décédé. En 1942, il entre dans l'Armée secrète, sous-secteur Hoss et au début de 1945, c'est lui le chef du poste Croix-Rouge de Salmchâteau chargé de venir en aide aux civils en cas de bombardements. Nous sommes en plein dans l'offensive dite des Ardennes. Les troupes allemandes ont repris Salmchâteau le 19 décembre et depuis, chaque jour, la famille Nizette reçoit la visite d'un S.S.. C'est évidemment très inquiétant. Le 4 janvier, les Allemands ordonnent à la famille Nizette de quitter leur maison : elle se rend au château de Sainte-Marie, à quelques centaines de mètres, où elle sera hébergée dans une des caves
Le lendemain 5 janvier, deux soldats allemands en armes procèdent à l'arrestation de Roger. Sa sœur aînée, Madeleine, s'inquiétant à juste titre du sort de son frère, les suit à distance et remarque qu'on l'emmène à la ferme voisine chez Viance. Dans cette même ferme avaient été réquisitionnées certaines places pour y loger un gros gibier : on parle du général S.S. Remer. Une heure et demie plus tard, Madeleine qui guettait dans les arbres du château aperçoit un camion bâché qui débouche de la cour de la ferme et elle reconnaît son frère entre les deux sentinelles allemandes. Le camion passe à Salmchâteau où il est aperçu par des gens à qui Roger fait des signes de la main. On apprendra par la suite que le camion s'est ensuite rendu à Rencheux où les Allemands arrêtent et enlèvent Marthe Huberty épouse de Louis Lecomte, en l'absence de celui-ci puis se rend à Burtonville où il s'arrête à la ferme Octave. Roger se verra obligé de scier du bois le restant de la journée, sous haute surveillance bien sûr, puis passera la nuit dans la cave.
A partir de ce moment-là, on n'aura jamais plus de nouvelles des deux prisonniers. Tout ce qui suit est au conditionnel. On aurait vu Roger, le lendemain matin, partir vers le Grand Bois, une pelle sur l'épaule et accompagné d'un Allemand en armes; on aurait aperçu une dernière fois les deux prisonniers à Grufflange,…Roger a-t-il été abattu et enterré dans le bois proche de Burtonville ? A-t-il été emmené et abattu plus loin ? A-t-il été emmené en Allemagne puis capturé par les Russes et transféré dans un de leurs camps comme l'a longtemps espéré la maman ? A ce jour, aucune réponse ne peut être donnée à ces questions et ne le pourra sans doute jamais, à moins d'un sursaut de quelqu'un qui sait et qui veut libérer sa conscience . Mais il devient bien tard.
Le jour avant son arrestation, Roger Nizette avait enterré son arme dans un trou creusé dans la cave de leur maison et brûlé des papiers compromettants dans le même trou. Après l' arrestation, la famille Nizette est évacuée en même temps que d'autres personnes de Salmchâteau par des camions américains vers le village de Cession (Chevron). A son retour, elle trouvera sa maison brûlée volontairement par les boches et en fouillant la cave, l'arme à l'endroit où Roger l'avait enterrée.

Robert NIZET

Sources : diverses coupures de journaux de l'époque et (pour Roger Nizette) des souvenirs écrits par feu Louis Siquet.

jeudi 10 septembre 2009

En 1964… Il y avait cinquante ans.

(publié dans Pays de Salm, le 12 janvier 1964)

Les événements de notre époque vont tellement vite !

À cette allure, bien des souvenirs s’accumulent, rapides, et finissent par tomber sans retard dans l’oubli.
Cinquante années, c’est peu. Toutefois, que de choses s’y rapportant, dont presque toutes les traces ont quitté la mémoire de leurs contemporains. Pour les raviver, il faut surtout le soin qu’en a eu un chroniqueur joint à quelque effort spécial du souvenir.
Avec l’appui de ces faibles moyens, nous voudrions rappeler ici l’un ou l’autre événement d’il y a un demi-siècle, intéressant la vie de notre région ; une tranche de la petite histoire.
Il y a cinquante ans…

La commune de Vielsalm avait comme bourgmestre M. Jules TALBOT, de Beaufays, nommé par arrêté royal du 8 juillet 1909.

On voyait alors, chaque jour, le garde champêtre M. Auguste BOURGEOIS, se rendre à pied à Beaufays, porter quelque missive ; tandis que, plusieurs fois par semaine, le bourgmestre gagnait la maison communale à Vielsalm, pédalant sans arrêt sur son vélo à pignon fixe.
Le vélo, si dépassé aujourd’hui, était en ce temps-là chose peu commune encore, et les bons marcheurs restaient légion.

Quant aux autos et aux motos, elles constituaient des attractions quasi rarissimes. En 1914, il n’y avait à Vielsalm que deux autos (une au boucher Joseph GILLIS, qui la cacha à Goronne durant la guerre de 1914 ; une à Joseph MOLHAN « louageur de voitures » en face de la gare de Vielsalm ; et une troisième, croyons-nous, à M. le notaire LAMBERT), et deux motos (dont une à Georges PAQUAY).

En ce qui concerne les moyens de transport, on peut signaler aussi que le tram à vapeur de Lierneux pénétrait bien loin dans la rue actuelle du Vieux-Marché ; le terminus s’y marquait d’un poteau portant l’inscription « Vielsalm-village ».
Manifestations de progrès également dans les communications que les suivantes ; la ligne vicinale de Manhay venait d’être achevée ; on projetait d’établir un train express entre Liège et Luxembourg avec arrêt à Vielsalm ; on envisageait d’instaurer le service téléphonique dans les communes de Lierneux, Vaux-Chavanne et environs.

Et l’on commençait de parler avion. « Aéroplane », disait-on.
En l’été 1912, un biplan Farman vint, certain jour après quatre heures, s’échouer entre Ville-du-Bois et Ennal, sur le thier boisé. Le pilote, seul dans son appareil, était un hollandais du nom de WEYMALEN, participant au Circuit d’Europe. Grosse attraction !
À la vesprée et la nuit, il fallut aménager dans les bruyères et les souches de l’endroit, une piste d’envol.
Le lendemain matin, l’avion avec son petit chat noir en velours comme mascotte, s’envola au lever du soleil. De nombreux curieux l’accompagnèrent du regard jusqu’à le voir tournoyer au-dessus de Spa. À l’école primaire, ce fut là un beau sujet de rédaction !
L’année précédente déjà, un monoplan parti de Paris à 6 h.20 avait atterri vers 9 h. 45 à Regné. Événement sensationnel.

De quoi parlait-on encore ?

La vie restant inspirée, plus qu’aujourd’hui, par l’agriculture, les préoccupations allaient, par exemple, beaucoup aux pommes de terre. La récolte de ces tubercules n’avait pas été fameuse en 1913, ayant livré quantité de tubercules gâtés ; et les prix offerts atteignaient à peine quatre farncs les 100 kgs.
Le bétail, par contre, ne se vendait pas mal. Les foires de Vielsalm, le troisième mardi de chaque mois, voyaient la présentation de trois ou quatre centaines de « rouges bêtes » et autant de porcs. La même chose aux foires mensuelles de Salmchâteau. Les bœufs se vendaient, par exemple, vers 500 et 600 frs ; des transactions s’effectuaient encore en « napoléons », ceux-ci estimés à vingt francs.
À propos de bétail, on parlait aussi de la rage. Une épidémie avait surgi dans le pays en décembre 1912 ; elle se manifesta dans notre région au cours de 1913. On constata des cas de rage canine à Gouvy, Bovigny, Lierneux. On abattit plusieurs chiens à Odrimont, Verleumont, et ailleurs, ainsi que d’autres animaux mordus. On eut des inquiétudes également pour des enfants RECKERS de Beho. Tous les chiens durent porter des muselières durant plusieurs mois.




Restant dans le domaine de la vie professionnelle, notons que les carrières d’ardoises de Cahay manifestaient une grande activité. Quand, chaque jour ouvrable, à 18 h., le sifflet strident de la sirène déchirait le silence de la campagne, on voyait surgir des galeries et des hayons un fourmillement d’ouvriers. Journée bien gagnée, de dix heures de travail, pour laquelle le meilleur ouvrier recevait 3 fr.75.
Mais parfois ces laborieux parlaient-ils d’un accident survenu le jour à un compagnon. Il y en avait de mortels ; après bien d’autres, citons celui du 29 juin 1912, qui tua Henri-Joseph BLANJEAN de Bovigny, et celui du 31 janvier 1913, qui coûta la vie à Léopold-Félix COTTIN de Salmchâteau.

C’était le temps encore où Georges BEAUPAIN tannait à Beaufays ; où les frères EVRARD et Constant REMACLE fabriquaient des briques à Ville-du-Bois ; où Bernard DENIS et son gendre Joseph KIEFFER brassaient à Vielsalm et Nicolas LAPLUME à Salmchâteau ; tandis que plusieurs ateliers de pierres à rasoir à Salmchâteau ; tandis que plusieurs ateliers de pierres à rasoir à Salmchâteau et Vielsalm, travaillaient à plein rendement.

La hantise de la guerre ne préoccupait pas les esprits comme aujourd’hui ; du moins ne voyait-on aucune menace pour notre pays. La guerre italo-turque de 1912, la guerre des Balkans de 1913, n’intéressait guère ; cela se passait si loin !
Pourtant, tout près de chez nous, en 1913, l’armée prussienne avait effectué des manœuvres aux environs de Recht. Combien de curieux avaient regardé, de Poteau et pardessus la frontière, les « casques à pointe » et les uniformes fris ! Et l’on ne se rendait pas compte du danger si proche que le 4 août 1914 devait nous amener.

La vie continuait assez paisible ; le temps passait avec ses peines et ses embellies. On buvait la « petite goutte » dont le prix venait d’être porté à 10 centimes, celle de Hasselt et de Vieux Système à 15 centimes ; la bière allait à 5 et 10 centimes la chope.

Quelques autres événements défrayaient la conversation : la clémence de l’hiver de 1913 ; le désir des habitants de Neuville d’avoir une église, qui ne sera construite qu’en 1928 ; la présence du typhus à Lierneux qui y fit plusieurs victimes ; l’incendie du Cercle catholique de Vielsalm et de ses abords ; la création d’une section de Croix-Rouge à Vielsalm ; le succès remporté en septembre, à la fête internationale de Kinkempois, par la société de gymnastique de Salmchâteau ; le vingt-cinquième anniversaire du comice agricole ; l’instruction primaire obligatoire jusqu’à 14 ans, qui fut votée le 19 mai 1914 ; la préparation du cinquantenaire de la fanfare « Les Echos de la Salm », à célébrer en août 1914 et qui n’eut pas lieu.
Il y avait aussi la vie politique qui, ma foi, ne manquait pas de vigueur. Mais, au terme de ces notes hâtives, n’en disons qu’un mot : cette vigueur, n’était-ce pas, chez la population, un signe de bonne santé ?
C’était il y a cinquante ans.

Gaston REMACLE

mercredi 2 septembre 2009

En marge d’un centenaire. De quelques « sorties » des Echos de la Salm au temps passé.

(publié dans Pays de Salm le 20 octobre 1963)

Vielsalm aura vu, cette année, un événement d’importance pour la vie locale, et peu commun : le centenaire de sa fanfare.
Sous la plume de L.J., « Pays de Salm » a rappelé dernièrement quelques faits caractéristiques à situer aux débuts de la société en question. Nous voudrions y ajouter quelques notes, relatives à des manifestations des « Echos », et que nous ont suggérées des souvenirs et certaines archives. Mais il est entendu qu’elles ne retracent pas, et de loin, toute la vie de la société.


En septembre 1883, la société « Les Echos de la Salm » compte vingt ans déjà. Elle est sans doute bien vivante puisqu’elle organise un festival le 23 septembre, dimanche de la fête locale, accompagné d’une exposition agricole.
A 10 h., les Echos recevaient, à la gare, les sociétés de Clervaux, Pepinster, Bastogne, Houffalize. Puis, en cortège, les cinq sociétés gagnèrent le centre de la localité, avec des flots d’harmonie, tandis que, dit un chroniqueur de l’époque, « de belles couronnes étaient lancées par de charmantes personnes au porte-drapeau de chaque phalange ». le bourgmestre BEAUPAIN souhaita la bienvenue.
A 14 h., arrivée d’un nouveau renfort musical avec la fanfare de Ligneuville et trois sociétés de Stavelot. Et le festival commença. On sait que les Stavelotains chantèrent un cramignon sur Vielsalm. Et l’on s’amusa.

Le dimanche 8 avril 1886, les Echos donnèrent un concert au parc de Hermanmont, à leur président le baron de ROSEE, sous la direction d’Auguste HOFFMAN de Rencheux.
Au programme, notamment « La perle du Nord », polka pour bugle, et « A l’opéra comique », ce qui donna l’occasion d’admirer la virtuosité de plusieurs solistes de grand talent, dont Honoré CAHAY (piston solo), Elisée LEMAIRE (bugle solo), et M. MENTION (baryton).

Plus tard, en 1888, à l’occasion de la Saint-Hubert, la fanfare reprendra le chemin de Hermanmont, pour y offrir un concert sérénade à MM. Les membres de la chasse à courre réunis chez M. le baron de ROSEE. Tous ces messieurs étaient d’ailleurs membres honoraires de la société.

Revenons en 1886. le 18 juin, les Echos recevaient la société « L’Emulation » de Stavelot. Deux mois plus tard, le 15 août, c’est « L’Emulation » qui rendait la politesse, à Stavelot. Vielsalm interpréta quatre morceaux, et put encore faire applaudir ses virtuoses. Au départ, vers 19 h., Vielsalm et Stavelot se fondaient en un magnifique ensemble, entonnant « L’Anversoise », un ronflant pas redoublé. Les 75 exécutants regagnèrent la gare où Salmiens et Stavelotains se séparèrent aux cris de « vive Vielsalm », « vive Stavelot ».

Le 29 juillet 1888, voilà les Echos partis en excursion à Reuland. Des voitures les attendaient à la gare de Gouvy pour assurer le transport jusqu’au lieu de destination. Reuland faisait alors partie de la Prusse et nul doute que le voyage se heurta à plus d’un problème. Mais nous en ignorons les détails.

On en sait un peu davantage de la randonée accomplie six mois plus tard au festival de Herve, le 19 août.
Sous la direction de H. REULAND, Vielsalm emporta une médaille d’or et un prix de 50 francs attribué à la société la plus éloignée.
Il y eut une brillante réception. Mais, après, nos musiciens furent invités à se rendre dans une ferme où ils dégustèrent, tenez-vous bien, 38 fromages et 25 bouteilles de vin. Puis ils donnèrent une sérénade à Louis LAMBERTY, originaire de Vielsalm, et percepteur des postes à Herve ; et on trinqua de nouveau. Le retour ne s’effectua que le lundi soir. Dès la descente à la halte de Rencheux, un joyeux pas redoublé ramena le groupe. Toutefois, la liesse n’était pas terminée ; il y eut encore grand accueil à l’Hôtel de Belle-Vue, chez le commissaire Alexandre HENRARD.

Huit jours plus tard, les 26 et 27 août, grand festival à Vielsalm avec concours agricole.
Y participaient, outre les Echos, les sociétés de fanfare ou de chant de Vielsalm, Ligneuville, Bèche, Reuland, Houffalize, Malmedy (La Fraternité et La Malmédienne), Stavelot (L’Orphée, L’Emulation, Les Artisans réunis). Environ 2 500 personnes assistèrent aux festivités.

Le 1 septembre 1889, Stavelot, à son tour, organisa un festial avec 19 sociétés de musique et de chant. Vielsalm y fit excellente figure avec 30 exécutants sous la direction de H.REULAND, et il offrit aux auditeurs deux morceaux choisis « Venise », boléro, et un « Grand pot pourri ».

A une fanfare, il faut un kiosque. A Vielsalm, les Echos en réclamaient un à cor et à cris, ne pouvant, sur la grand-place, présenter leur savoir-faire qu’avec les pieds dans la poussière ou la pierraille.
En 1888 enfin, le Conseil communal en décida la construction. On ne l’étrenna toutefois qu’à la Saint-Gengoux de 1891. mais c’est en septembre de la même année, à la Saint-Lambert, qu’il fut vraiment inauguré avec un festival auquel participèrent 13 sociétés de musique.





Le kiosque de Vielsalm.


Les manifestations paroissiales aussi, maintes fois, n’ont pas manqué d’être rehaussées du concours de la fanfare.
N’en citons qu’une, spéciale. Le 29 décembre 1892 eut lieu l’installation du nouveau curé-doyen, M. MARTILLY, succédant à M. BONNECOMPAGNIE. La fanfare fut au poste, exécutant trois morceaux devant le nouveau pasteur. Bien sûr, cela valut, aux musiciens, un rafraîchissement au presbytère.

Le 16 juin 1894, voilà nos musiciens partis en excursion à Anvers.
Au kiosque de la Place d’Armes, sous la direction d’Auguste HOFFMAN, un concert présenta aux Anversois : « Fantaisie sur la mascotte », « Bouquet de lilas », « Une soirée chez les hannetons », « Begique-Congo ». on logea aux bords de l’Escaut.
Le lendemain, excursion à Flessingue. Comme à Herve en 1888, on fut reçu par un « Samiot », Norbert DIDERICH, ingénieur civil, l’un des premiers pionniers du Congo d’où il était revenu à Vielsalm le 30 avril 1893. quelle réception on lui avait faite, à laquelle les Echos avaient pris bonne part ! A Anvers, DIDERICH se souvint généreusement de ses amis salmiens.

Et les Echos continuèrent de participer à bien des manifestations, dont plusieurs à Stavelot, telle, en 1895, le cinquantenaire de la société « La Bourgeoise », avec 48 sociétés diverses. Les Echos s’y présentèrent avec 42 exécutants.
Avec le temps, ils approchaient, eux aussi, du cinquantenaire. On le préparait avec fervent espoir pour le 23 août 1914. En mai précédent, le Conseil communal vota un subside de mille francs à cet effet.
Hélas ! tous les projets furent anéantis au 4 août. La guerre, de quatre longues années, imposa silence complet aux cuivres. Mais, à l’armistice, quelle exubérance pour célébrer la liberté ! On se souvient encore de cette époque-là, de la vogue du pas redoublé « Les hommes bleus », que notre fanfare avait inscrit à son répertoire.

Nous arrêtons ici ce très modeste relevé de quelques « sorties » d’une belle société de chez nous, en lui souhaitant de fêter un jour avec éclat un second centenaire.

lundi 24 août 2009

Le XVIIe et le XVIIIe siècles.

(mise-à-jour le 11/09/09)


Plus près de nous déjà. Le XVIIe siècle vit naître de graves difficultés. L’extension du protestantisme et l’arrivée du duc d’Albe en 1567 furent le début d’une guerre civile et religieuse qui dura jusqu’à la moitié du siècle suivant.
L’Espagne, dont nous dépendions, représentait l’élément catholique ; le nord des Pays-Bas, avec Guillaume de NASSAU, prince d’Orange, l’élément protestant. La France favorisait ce dernier. Nous eûmes à souffrir de la soldatesque de l’un et l’autre de ces partis. Il y eut, pour les aider dans leurs déprédations, nombre de brigands qui n’appartenaient à aucune armée régulière. À ce point de vue, notre histoire locale et l’histoire de la région confirment les données de l’histoire générale quand celle-ci parle, pour la susdite époque, de mutins, d’iconoclastes hollandais, bandits de tout calibre.
Le traité de Westphalie, en 1648, mit fin à la lutte contre les Hollandais. Hélas, la guerre continua avec la France ; elle se termina provisoirement en 1659, mais d’une façon définitive en 1714 seulement par le traité de Rastatt.

Notre région n’échappa pas à ces calamités.
Vers 1590, des gens de guerre sont signalés dans nos environs.

1590. « A Pierre le Oureau de Bovigny preusté 11 dall. Por ses urgentes nécessités, et encore 2 écus de preust porun agneau que les gens de guerre lui ont mangé ».
1591. « Encore doivent devers Jehan La Grande de Halconru 4 dald. ½ pour ung aulnay que les gens de guerre ont mangé en sa maison ».
(A.P. Bovigny, cité par C. GUILLAUME)

Dans l’histoire du comte de MANSFELD par SCHANNAT, on lit : « En 1583, Mansfeld repassa des Pays-Bas dans son Gouvernement de Luxembourg pour se défendre contre les courses de quelques régiments espagnols qui s’étaient révoltés faute de paiement. Quoiqu’ils fussent alors retranchés à Saint-Vith, il les força néanmoins le 21 août avec le secours des garnisons qu’il avait tirées des places fortes voisines et, après un horrible carnage où périt une grande partie de ces mutins, il obligea le reste à prendre la fuite. Les révoltés appartenaient au régiment d’Anhalt ». que certains d’entre eux aient encore infesté le pays de leur présence et leurs rapines plusieurs années après la chasse qui leur fut faite par MANSFELD, la chose est vraisemblable.

Le roi Philippe II avait donné à Guillaume de MANSFELD, gouverneur du Luxembourg, la jouissance des domaines du prince d’Orange, dont Saint-Vith. De là, la rancune de la famille de NASSAU. En 1593, Philippe de NASSAU envahit le Luxembourg avec 1 200 fantassins et 500 cavaliers. Les Hollandais passent dans le comté de Salm. Ils menacent du feu. On y échappe ; mais moyennant le paiement d’une somme considérable que les habitants du comté doivent donner, et pour la garantie de laquelle les troupes prennent des otages.

C’est ainsi que le 7 juin 1599, Pierre GILLET, mayeur de Laloux au comté de Salm, hypothèque tous ses biens meubles et immeubles en faveur de Laurent GÉRARD, bourgeois et citoyen de Liège, « assisté de Jean Laurent son frère », du fait que le dit GILLET se déclare redevable envers les susdits « d’une somme de deux mil florins carolus XX pattars pièce monnoye courante selon l’évaluation de Liège » et ce pour une somme et intérêts « exposé au nom et de la part des subjects inhabitans au dit comté de Saulme par le dit Laurent et Estienne son filz pour la relaxation et eslargissement des ostagiers, lesquels sur l’an 93 pour le rachapt et redemption du feu avoient esté meiné es mains des hollandais en ostage, estans lors hostilement empieté en cestuy Duché de Luxembourg ». l’intérêt convenu à payer au denier douze, soit 8,33 %.
(CS 1597-1603/70-71vo)

Le même jour, Hubert OTTE de Menil échevin, se reconnaît également redevable, et pour le même motif, envers Laurent GÉRARD de Liège, d’une somme de mille florins carolus.
(CS 1597-1603/72vo-74vo)

Tout le comté étant engagé dans cette dette, c’est que son occupation a dû être complète.
En 1602, nouvelle expédition des Hollandais dans le Luxembourg, sous la conduite du comte Louis de NASSAU. Par Hollandais, il faut entendre un ramassis de toutes sortes de gens, Bataves, Français, Écossais, Hauts-Allemands, cavaliers et fantassins, en tout 1 200 hommes avec 3 pièces de campagne et 50 chariots. Parties de Nimègue le 3 novembre 1602, ces troupes y rentrèrent le 2 décembre suivant, après avoir dévasté, au cours de ce raid, 200 villages dans le rayon circonscrit par Saint-Vith, Bastogne, Saint-Hubert et La Roche.
En 1603, les archives font état de la présence également chez nous de soldats indisciplinés et révoltés, vivant de rançons exigées des habitants. Il fallut ainsi payer une forte somme à « l’esquadron des mutinez qui pour alors se tenoient à Hochstratte » et « pour abvier et couper chemin à beaucoup d’inconvéniens desquels autrement on estoit menacé ».
(CS 1602-1609/241-241vo)

Sur la douzaine d’années qui vient de s’écouler, le dénombrement de 1604 apporte de tristes constatations. Chacun de nos villages y est signalé comme comptant plusieurs chefs de ménage « pauves », « mendians », « ranconnez oultre leurs moyens » ; Ville-du-Bois et Petit-Thier, particulièrement frappés, ont perdu un tiers de leurs ménages.

Relevons enfin cette conclusion du dénombrement : « Le comté du dit Saulme est beaucoup diminué et appauvry depuis les dénombrements derniers, tant à cause des passaiges et subsequents logements que les gens de guerres y ont faict aux grandes foulles de désordres que par les ravaiges que l’ennemy hollandois y ont aussi faict par deux fois, y aiant séjourné avec son armée, ranconné et brascatté les subiects jusques à huict mil rix daler butné leur meubles, prins bon nombre de prisonniers et à l’une ou l’autre fois bruslé plus de vingt quattre maisons avec fourraiges de bestiaux. Et oultre tant de charges et ruines sont aussi estez constrainct de bailler aux mutins de hostraey avant leur réconciliation plus de deux mil florins sans les deppens et domaiges qu’ils ont faict au dit comté et les fourraiges que les sus dits subiects leures fournissent encore présentement en la ville de Ruremonde depuis la dite réconciliation, ce qui est cause qu’ils sont au présent fort pauvres, endebtés et engaigés, et par conséquent d’une diminution telle que s’est icy trouvé ».

(A.E.LUX.)

Voici encore deux autres textes :
- « Mémoire qu’avons presté à Jehan Konard, Jehan Dony et Jehan Henry le meeur por tos les manans de Corty, la somme de 40 fls ½ por payr le rachap des incursions des mutinys, lesquels flor. ont promis de rendre ou de faire rendre par les susdits habitans, en l’an 1603, environ le cinq d’april ».
- 1603. « Item avoir exposé environ 5 fl. Bb. por destorner 16 hommes de chevales hors Cortil et des deux villes de Cieru et Rogery, por lesquels flor. ont cautionné Jehan Konard et Jehan Jacques »
(A.P. Bovigny, cité par C. GUILLAUME)


La guerre de Trente ans (1618 – 1648) et une grave épidémie de peste amenèrent bien d’autres misères.
G. REMACLE n’a pas recueilli d’indications sur la présence de la peste au pays de Salm en 1636. Mais cette épidémie a sévi toutefois dans la région puisque dans une chronique commencée en 1742 le P. Jean Evangéliste, originaire de Malmedy, signale : « En l’an 1636, la peste estant icy à Malmedy pendant l’été jusqu’en hyver, 3 religieux capucins sont morts de peste au service des pestifiérés ».
(F. DANDRIFOSSE, dans Folklore Stavelot-Malmedy, t. X, 1946, note p.51)

La peste avait sévi à Vielsalm notamment en septembre 1571 : « au mois de septembre dernier comme il convenoit aux habitants du villaige de la vieille Saulme sortir du dt villaige pour la peste y regnant ».

(23 avril 1572, CS 1565-1594/40vo)

Des gens de guerre sont signalés chez nous à différents endroits déjà vers 1630, pillant l’église de Saint-Martin (Bovigny) et la chapelle de Courtil, comme ils séviront à Vielsalm en 1636.

1631. « Ce fust le jor que les Wippaerts pillèrent l’église Saint-Martin, l’église Saint-Hubert, et la chambre Nostre-Dame, en la fête St Simon et St Jude ».
(A.P. Bovigny, cité par C. GUILLAUME)


À partir de 1636 commence une série d’années désastreuses comme jamais le Luxembourg n’a subies.
En ce temps-là (1636), l’armée austro-espagnole (environ 30 000 Croates, Polonais, Hongrois, sous les ordres de PICCOLIMINI) en guerre avec la France, établit ses quartiers d’hiver dans le Luxembourg.
Les Impériaux s’y livrèrent aux plus épouvantables excès pour se procurer de l’argent, des vivres, ou pour le simple plaisir de détruire. La misère atteignit un haut degré. L’hygiène devait s’en ressentir ; une épidémie de peste ne tarda pas à faire son apparition et sévit avec violence. À la connaissance de G. REMACLE, toutefois, il semble que la terre de Salm, située tout au nord-est de la province, ait échappé aux excès des troupes austro-espagnoles.

Mais en 1636 également, un corps de soldats hollandais venant de Saint-Vith et allant jusqu’à La Roche, commit toutes sortes de sévices sur son passage. Le curé de Salm consigne à ce propos dans son registre paroissial : « le 16 novembre 1636, les Hollandois ont fait excursion en la Conté de Salme et ont bruslez les principales maisons de la Vielle Salme et la maison pastoralle ».
(R.P. Salm, 2/dernière page)

Il notait encore qu’en 1637 un édit hollandais interdit tout exercice du culte dans la région. On cessa dès lors de célébrer la messe dans l’église de Salm et autres lieux, jusqu’à l’Epiphanie. L’édit fut rapporté en 1639.

(R.P. Salm, 1/1. Inscription de 1637 par « Petrus Gomé, Vicarius in Salmis » ; « Notandum quod anno 1637 supra dicto, incipiendo a 16° januarii fuerit prohibitum edicto hollandico facere sacra in terris en provincies ejus contributioni obnoxiis et subjectis, ab eoque tempore fuit cessatum a missa in Ecclesia de Salma et coeteris usque diem regum plus minusve secundum diplomatis publicationem anni 1639 ».)

Des soldats de plusieurs régiments français ont également résidé chez nous du début de 1637 à 1645, régiment de RAFFROY, de la JOSSE, de LAMBOY. Plusieurs actes de baptême de la paroisse de Salm en font foi.

À partir de 1646, nouvelles troupes, des Lorrains cette fois, mais à cette époque les armées n’étaient qu’un ramassis de gens sans aveu, de toutes nationalités, servant quiconque les payait. Plusieurs années durant, les Lorrains restèrent chez nous, en stationnement ou en vagabondage. Des pillages nous sont signalés ainsi en divers endroits.

Dans son testament de 1659, Mathieu REMACLE de Ville-du-Bois, déclare qu’il ne possède plus de biens meubles, ceux-ci ayant été « perdu aux ravaiges et pillaiges des Lorrains ».
(CS 1651-1664/131-131vo)

À Beho, les troupes lorraines de passage en 1647 « en emportent 45 vaches, 42 chèvres, d’une valeur de 700 écus ».
(Archives de Clervaux, cité par L. ROGER, A.I.A.LUX., 1914, t.XLIX, p.46. Au lieu de chèvres, il faut sans doute lire « moutons »).

Devant les excès, les populations terrorisées s’enfuient. Par exemple, les actes de baptême de Salm ont gardé le souvenir de trois baptêmes extra-paroissiaux, en 1646, 1650 et 1653, les parents – de Rogery et de Braunlauf – des enfants baptisé étant déclarés en fuite à cause de la présence des Lorrains.
Après le traité de Munster, la guerre étant finie avec les Provinces-Unies, elle continua toutefois avec la France, jusqu’au traité des Pyrénées en 1659. Cela nous valut la présence de troupes françaises qui ne se comportèrent guère mieux que les précédentes.

À Petit-Thier, le dénombrement de 1656 signale qu’après les Hollandais, les Français, « ont encore tout pris ».

A. de NOUE, Etudes historiques sur l’ancien pays de Stavelot et Malmedy, p.389, signale qu’en 1654, les troupes de Lorraine venant faire le siège de Malmedy, « déchargent leur fureur sur Hedomont et sur Weismes qu’elles démolissent ».
Cf. aussi Folklore Eupen, Malmedy, St-Vith, 1924, p.82.

Les archives de Wanne notent la mort tragique, en 1650-1651, de 48 personnes du ban de Wanne, provoquée par les excès des soldats de l’armée du vicomte de TURENNE.

Dans ses notes, C. GUILLAUME écrivait à propos de la paroisse de Glain-Saint-Martin : « La présence de soldats pillards dans les différentes sections de la paroisse est signalée notamment en 1649, 1651, 1655, en quelles années respectives ils enlevèrent le bétail ou détruisirent les immeubles ».

Les actes de baptême de Salm notent la présence de soldats des régiments de LONGVAL, de BREDENCY, du comte de RETZ, de CONDÉ, et du comte COLIGNY.

En 1659, le dénombrement au comté de Salm signale encore que plusieurs chefs de ménage sont absents ; particulièrement pour Bovigny et Courtil, qu’ils « sont tout abandonné quand ils ont ouie parlé que la garnison approchoit ne sachant où ils sont allés ».

Ces années de misère passées, on put compter dans le Luxembourg 380 villages et censes abandonnées et déserts.

Quant au pays de Salm, il est dévasté. Les dénombrements de 1656 et 1659 en donnent un triste tableau ; on peut en juger d’après les extraits publiés plus loin au chapitre concernant la population. On y lit que chaque village comporte des maisons ruinées ou brulées, sans compter les immeubles en mauvais état, « desrompus », ou les « huttes de gazon ». en voici la liste, pour les localités du comté :

Vielsalm, 17 maisons brûlées ou ruinées.
Salmchâteau, 2.
Goronne, 3.
Menil, 2.
Arbrefontaine, 5.
Burtonville, 1.
Rencheux, 5.
Cierreux, 7.
Bèche et Gotale, 2.
Rogery, 11.
Bovigny et Longchamps, 7.
Halconreux, 5.
Honvelez, 6.
Gouvy, 10.
Neuville, 9.
Commanster, 18.
Ville-du-Bois, 5.
Petit-Thier, 5.
Ennal, 9.
Grand-Halleux, 9.
Hourt, 5.
Tigeonville, 2.
Mont, 5.
Petit-Halleux, 4.
Dairomont, 3.
Farnières, 3.
Becharpré, 1.
Mont-le-Soie, 3 sur 3, le village est désert.


La plupart des chefs de ménage sont accablés de dettes et, comme le note le recensement pour Petit-Halleux et Ville-du-Bois, « presque tous doibvent plus de debtes qu’ils nont vallant ». Une grande partie du bétail est engagé. Beaucoup de terrains sont abandonnés ou en friche.

Tableau lamentable. La terre de Salm a été rudement flagellée.

Le 4 novembre 1648 déjà, le Conseil provincial avait exposé la situation pénible du pays à l’archiduc Léopold-Guillaume d’Autriche, gouverneur des Pays-Bas : « le pauvre peuple de cette province est si exténué et sy bas qu’il est très difficile de le pouvoir assé exprimer … [il] est notoire que dez l’an 1636 la province endura une désolation sy horrible par une multitude démesurée de gendarmerie quy furent jettés sans règle, que par la famine, peste et maladies qui s’en ensuivent il y moururent misérablement des personnes par cent et cent mille et n’y resta pas la dixième âme vivante, tous biens et bestaille furent enlevez, perdus et destruicts, et depuis le petit reste qui est demeuré a continuellement esté travaillé, fatigué et surchargé par des armées entières, passages, séjours, camp, contributions, corvées, fournissement d’esleuz, entretenement de gens de guerre, par dessus les Brandschatz, voleries et ravages de l’ennemis, et est chose de très grande compassion de veoir et entendre leurs misères, les désolations, plainctes et doléances, avecq se trouvent encore affligez par le fléau de la famine en la présente misérable année en laquelle par ceste extraordinaire continuation des pluyes sont faillyz les grains en ceste province et tous autres fruicts de la terre, tellement que l’on commence déjà à crier la faim et de vivre d’avoine et de légumes ».

(J. SCHOETTER, Le duché de Luxembourg et le comté de Chiny, Luxembourg, 1875, p.206. L’hiver de l’année 1649 fut d’une rigueur excessive.)

Le nombre de ménages n’a toutefois pas, en général, subi de diminution sensible.

D'après divers dénombrements, le tableau suivant du nombre de ménages peut être établi :

Localités 150115891604161116561659
Bèche et Gotale61718191014
Burtonville-69101012
La Comté46761010
Neuville102522241818
Priesmont ? 3 1/2
3 1/2
3 1/2
3 1/2
2 1/2
Rencheux91213131619
Salmchâteau91819161925
Vielsalm, Hermanmont et Cahay81617203638
Ville-du-Bois223322214741
Petit-Thier-159152220
Goronne142221242230



D'autre part, l'état de la ruine matérielle de la région au XVIIe siècle est illustré par les chiffres suivants, indiquant le nombre de fois que l'unité d'imposition ou feu a été admise aux recensements de 1561, 1589, 1604 et 1611 :

Localités1561158916041611
Bèche et Gotale?723
Burtonville-11/41 1/4
La Comté421/21
Neuville10 1/210 1/22 1/24
Rencheux672 1/23
Salmchâteau10 1/2622 1/4
Vielsalm, Priesmont, Cahay13 1/27 1/22 1/24
Ville-du-Bois et Petit-Thier26 1/22046 1/2
Goronne10 1/21045
Tout le comté de Salm21818456 1/479 7/12


Selon SCHOETTER (p.254), en 1659 ce nombre de 79 7/12 était tombé à 49 1/3.

Mais dans quelles conditions doivent-ils vivre ?

Comme en 1940 et 1944, la population aura sauvé sa vie avant tout, néanmoins au prix du pillage, rançons, incendies, fuite, et toutes sortes de misères. Écoutons-en encore des échos saisissants :

- À Rogery, les habitants « ont esté pillez trois fois entièrement ».
- À Petit-Thier, les habitants déclarent en 1656 : « qu’ils doibvent encor le rachast de leurs bestes qui furent prises par les hollandois pour les arrerages de leurs contributions, que depuis deux ans les françois de Thionville leur ont encor tout pris, et que la pluspart doibvent encore leur quartier d’hiver de l’an passé ».
- À Vielsalm : « les hollandais ont bruslé l’an 1636 dix sept maisons sans qu’il y en soit aulcune rebastie » en 1656.
- À Ennal, en 1656, « toutes les maisons et biens du village sont engagés à ceux de Stavelot pour debtes ».
- À Mont-le-Soie : « Soye est désert ayant trois maisons qui sont esté bruslées par les hollandais, les biens estans abandonnez et ruinez ».


Après le traité des Pyrénées, le pays de Salm jouit d’un peu de tranquillité. Celle-ci permit sans doute de restaurer bien des ruines et de panser des plaies.

Les troupes françaises reviendront toutefois encore avant la fin du siècle.

En 1679, le roi de France avait chargé quatre tribunaux français, les fameuses chambres de réunion, de rechercher les villes et pays ayant relevé autrefois des territoires acquis à la France par les derniers traités ; le Luxembourg ne pouvait échapper à l’annexion.

Les attaques de Louis XIV contre le duché se multiplièrent vers 1680. Elles avaient pour but d’occuper le pays.
En août 1681, l’officier du comté de Salm transmet à François-Egon de FURSTENBERG évêque de Strasbourg, tuteur du comte François-Guillaume encore en minorité, les ordres « de comparastre devant la chambre de réunion de Metz pour y rendre hommage et de prester le serment de fidélité au Roy » de France.

(A. FAHNE, Geschichte der Grafen, jetzigen Fürsten zu Salm-Reifferscheid, sowie ihrer Länder und Sitze, nebst Genealogie derjenigen Familien aus denen sie ihre Frauen genommen, Cöln, 1866, t.I. ,p.28, lettre de François-Egon, du 15 août 1681, au président et procureur général de la chambre de réunion de Metz.)

C’est que l’ordre lui était parvenu auparavant, sans doute, et que Salm était à ce moment déjà sous le contrôle français.

En août 1681, d’ailleurs, l’infanterie du régiment du dauphin est au nord de Bastogne, et la France occupera le Luxembourg jusqu’au traité de Ryswick, de 1698.
(L. LEFEBVRE, A.I.A.LUX., 1954, p.355)

Nous savons notamment que le pays de Salm n’échappa pas à cette invasion, par un acte de décès, du 11 décembre 1684, de Jean Le RUTTE de Neuville : « L’onziesme a estez occis Jean Le Rutte par un soldat qui avait son quartier à la Neuville du Régiment du dauphin ».
(R.P. Salm, 3/112)

Mais c’est là le seul fait que nous ayons pu relever de la présence de troupes étrangères chez nous à ce moment.

Au cours de ces invasions françaises, le pays de Stavelot et Malmedy souffrit, semble-t-il plus que celui de Salm. Dans le Mémoire présenté au Haut Directoire de Westphalie par les députés du pays de Stavelot, ceux-ci exposèrent que leur pays entier était épuisé.
Cette plainte fut trouvée réelle et justifiée (de NOUE).


En octobre 1697, les Français ayant pénétré dans le pays de Stavelot, il y demeurèrent dix-huit jours, 600 chevaux furent installés à Lierneux et environs, y consommant 11 000 rations de foin et 3 800 setiers (environ 55 000 kgs) d’avoine ; ce qui causa « une grande pauvreté dans le pays ».
(Journal d’Antoine RENARD, de Lansival)

Le 4 octobre 1689, Malmedy et Stavelot furent brûlées par les Français.
Le 2 août 1690, plus de 3 000 cavaliers et dragons français, qui avaient fait une course au pays de Juliers, arrivèrent à Malmedy et y restèrent jusqu’au 16.
(J. HALKIN, Inventaire des archives de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, Com. Roy. D’histoire, 1897, p.319)

Le pays de Salm ne s’est-il pas ressenti de ces événements si proches de lui ?

La restauration espagnole de 1698 fut de courte durée. De nouveau Louis XIV, au cours de la guerre de succession d’Espagne ( 1701 – 1714), envahit le Luxembourg. On revît la présence française à Salm car, en 1702 déjà, Louis XIV confisqua par droit de guerre les revenus du comté de Salm sur « Monseigneur le comte de Salm », celui-ci résidant sur les terres de l’Empereur. Le roi de France mit ces revenus aux enchères publiques. Henri WIROTTE, haut-officier et receveur du comté, s’en rendit adjudicataire, le 23 novembre 1702, pour 3 850 florins brabant à payer chaque année de la durée des hostilités.
WIROTTE percevait annuellement 4 à 5 000 thalers, et n’en versait que 1 300 au roi de France. Il employait son bénéfice au profit du comté.
(A. FAHNE, Cod. Diplom., p.321)

La confiscation porta aussi sur la somme de 4 612 florins que devaient encore les habitants à la recette seigneuriale pour les années antérieures, ainsi que sur les grains se trouvant à ce moment sur les greniers du château, soit 243 muids de seigle et 363 muids d’avoine ; ces grains furent vendus par le receveur des confiscations.
(A.E.LUX. C.P. LUX., requêtes, liasses 201A, 201B, 202, 215)

De 1702 à 1714, le château de Salm fut occupé par une compagnie de fusiliers sous les ordres d’abords de Jean SAUVAGE de Lierneux puis, à partir de 1707, d’Eric-François PIERRET de Vielsalm, devenu capitaine commandant au dit château et au service de Sa Majesté catholique.
(CS 1683-1718/300vo et 311vo ; CS 1702-1725/29vo)

G. REMACLE signale aussi un acte de décès à Salm de « Martin Strabius, soldat dans la compagnie du sr Pierret », le 13 octobre 1710.
(R.P. Salm 8/64vo)

Et 16 actes de baptêmes d’enfants de ces fusiliers.

Cette adjudication dura jusqu’à la fin de la guerre.

Les traités d’Utrecht (11-4-1713) de Rastatt (6-3-1714) et de Bade (7-9-1714) constituèrent enfin, pour ainsi dire, l’acte final des invasions de la période la plus tragique de notre histoire.

Après 1714 et avec l’avènement de l’empereur Charles VI commença, pour notre région, comme pour le duché de Luxembourg, une période de paix et de réparation. Elle devait durer jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

Des troupes vinrent encore séjourner à Salm au cours de la guerre de succession d’Autriche (1741 – 1748). Ainsi, de 1743 à 1748 plusieurs actes de décès ou de baptêmes mentionnent le séjour temporaire de dragons autrichiens à Salmchâteau, à Vielsalm, à Rencheux. Ils appartenaient aux régiments de STIRUM, de RETHUM, et de LIGNE.
Par exemple, cet acte de décès du 5 mars 1743 : « Le même jour est perie malheureusement par un coup de fusil laché par un dragon du Régiment de Styrum Catherine fille à Winand Laplume de Salm Château ».
(R.P. Salm 9/71 ; autres actes : 9-1-1743 (9/10vo) ; 20-1-1743 (9/70vo) ; 9-9-1746 (10/61vo) ; 3-3-1747 (10/64) et 12-7-1748 (10/72))

En 1747, une compagnie de LIGNE dragons (régiment autrichien) fut cantonnée à Neuville, Rencheux, Petit-Thier, Vielsalm, Ville-du-Bois, une demie à Arbrefontaine, Goronne, Grand-Halleux, Petit-Halleux. Fin 1748, il y eut encoe deux compagnies du même régiment dans le comté de Salm.
(SPRUNCK, Le Duché de Luxembourg)


D’autre part, en 1748, de nouveau des troupes françaises sont cantonnées chez nous. Elles payeront les « livremens » qui leur sont effectués pour 1 700 florins. Toutefois, leur séjour avait provoqué pas mal de tracasseries.
(CS 1749-1763/408)

On peut lire le mécontentement provoqué par l’attitude du haut-officier RUTH en ces événements.
(A.E.A. Conseil de Luxembourg, Liasse Salm)


Pour ce XVIIIe siècle, il faut signaler avant tout le relèvement de la prospérité, ramenée par l’ordre et la sécurité.
C’est un fait que Charles VI et sa fille Marie-Thérèse ont beaucoup fait pour favoriser le développement du Luxembourg et accroître le bien-être matériel des habitants. Ils construisent certaines grandes routes, établissent des services de diligence, réorganisent la justice et les finances, encouragent l’instruction publique, favorisent la création d’industries, s’intéressent vivement aux progrès de l’agriculture, promulguent diverses ordonnances très opportunes. Le pays sortit rapidement du marasme où il était plongé depuis Philippe II.

Au pays de Salm, à travers les documents de l’époque, on perçoit nettement une vie plus active et plus riche.

Les relations commerciales, à ce moment, grandissent. Des « marchands » sont signalés en plusieurs de nos villages : Jean JEUNEJEAN de Burtonville, Laurent LEBECQUE de Salmchâteau, Jean RAPHAËL et Jacques LIBAR de Vielsalm, les BAPTISTE de Commanster, Neuville et Courtil, etc. Ces derniers acquerront une belle fortune.

Les articles en faïence, le tabac, le verre et d’autres nouveautés se répandent. La pomme de terre est introduite dans la première partie du siècle et sa culture prend vite de l’extension, à tel point qu’un procès surgira entre le comte et ses sujets à propos de la dîme que ceux-ci ne voulaient pas payer sur cette nouvelle culture.

Selon une transaction du 14 juillet 1768, le comte de Salm admit que la dîme sur les pommes de terre ne fût payée que pour l’excédent d’un demi-journal de culture.
(A.E.A. Conseil de Luxembourg, Liasse Salm)

Un décret de Charles de LORRAINE, daté de Bruxelles le 27-11-1754, introduisit la dîme des pommes de terre dans le duché de Luxembourg : « Les habitants du duché de Luxembourg qui ne peuvent prouver la prescription de 40 ans, sont obligés de donner disme des poires de terre qu’ils plantent dans les champs décimales ».
(J. BASTIN, Les plantes dans le parler, l’histoire et les usages de la Wallonie malmédienne, Liège, 1939, p.107)

G. REMACLE a relevé, dans les archives, divers textes concernant cette culture au pays de Salm.

De petites fabriques familiales de « potaschen » se créent, à Burtonville, Neuvillen Ville-du-Bois, produisant annuellement, vers 1765, 7 à 8 mille livres.
(E.TANDEL, t.I, p.376)

L’exploitation des carrières d’ardoises s’amplifie car l’intérêt s’y porte de telle façon qu’il provoque une appropriation privée des lieux d’extraction. Des recherches sont même effectuées en vue de découvrir de la houille.
Par lettre du 31-12-1755, le comte Léopold de SALM accorde à Guillaume LAPLUME de Provedroux, autorisation de chercher et tirer du charbon de terre.
(CS 1749-1763/256-257)

La pierre à rasoir, ne comptant toutefois que deux exploitants en 1735 au comté de Salm, commence à être connue sérieusement bien en dehors du pays puisqu’elle est signalée en 1781 à Madrid et Amsterdam.
(CS 1780-1783/261 ; CS 1783-1785/92)

Les transporteurs du pays de Salm sont renommés depuis longtemps. Ils prennent , des longs déplacements, une habitude qui se transmettra jusque bien avant le XIXe siècle et fera connaître au loin les noms de LEMOINE, PAQUAY, JEUNEJEAN, LEBECQUE, DANTINE, REMACLE, GENGOUX, et d’autres dont le souvenir n’est pas encore entièrement disparu.

Un trafic assez intense s’établit sur l’ancien chemin limitant à l’est le comté de Salm, et se raccordant à Stavelot et Luxembourg. Un bureau de péage des droits d’entrée et de sortie, établi sur cette voie vers 1740, provoqua, à la fin du siècle, la naissance d’un hameau à l’endroit dénommé Broudefa, aujourd’hui Poteau.
De 1740 à 1787, G. REMACLE a relevé les noms suivants d’employés de ce bureau : AUTRICQUE, DUPAIX, HENRARD, VERHOVEN, CRESKENS, FORTBRAS, BALAND, RADELET, HOFFAIT, GRÉGOIRE, MONTLUISANT, RAVAUX, COULON, LAVAL, GENNOTTE. Tous ces personnages sont d’origine étrangère au pays.

D’autre part, les actes de l’époque, de la paroisse de Salm, concernant les baptêmes, mariages et décès, montrent que la population devient peu à peu plus mouvante. On relève notamment le fait de plusieurs jeunes salmiens au service des armées de l’impératrice Marie-Thérèse.

Dans cette activité et cette paix, il est normal que la population ait crû sensiblement. De 1659 à 1800, elle fera plus que doubler.

La vie religieuse devait se ressentir de cet accroissement de population, certaines communauté villageoises devenant assez populeuses pour ériger une chapelle et subvenir à l’entretien d’un prêtre, sans toutefois être détachées de la paroisse de Salm. Ainsi, procédant avec l’accord des autorités, et les localités les plus éloignées de Vielsalm d’abord, Commanster en 1683, Goronne en 1691, Burtonville en 1703, Petit-Thier et Cierreux en 1704, Salmchâteau en 1723, Ville-du-Bois en 1766.
(D’après D. GUILLEAUME, L’archidiaonné d'Ardenne, et divers documents.)

D’autre part, le transfert du titre d’église paroissiale de Saint-Martin à la chapelle de Bovigny fut régularisé en 1717, et Rogery eut également sa chapelle en 1713.
L’église de Vielsalm étant en fort mauvais état, sa reconstruction totale commença en 1715. On y travailla plusieurs années, sous l’impulsion du haut-officier RUTH à qui le comte Charles-Antoine reprochera plus tard d’en avoir fait non une église de village mais une cathédrale.

Signalons aussi que nos villages ont dû, à ce moment, modifier profondément leur physionomie. Car le plupart des anciennes maisons qui nous sont parvenues portent une date du XVIIIe siècle. Si le XVIIe siècle avait ruiné bien des demeures, le XVIIIe a constitué une période de construction.
Signe manifeste de paix et de prospérité.

Toutefois, le siècle ne fut pas sans difficultés, mais d’un ordre nouveau. La population plus considérable prend conscience de sa force. En même temps, les relations avec l’extérieur et l’accroissement du bien-être stimulent un sentiment de liberté et de progrès social. La réalité de la vie ne correspond plus aux institutions créées sous la féodalité. Un malaise ne pouvait que sortir de cette situation, et dans laquelle, humainement, des abus devaient se faire jour. Nous parlons de ces événements plus loin à propos de la vie au comté de Salm.

Signalons enfin qu’au terme du siècle, le hasard des circonstances avait groupé à Vielsalm les principales personnes influentes de la région : J.B. OTTE, mayeur durant quarante-cinq ans, et cumulant aussi, à certains moments, les fonctions de greffier et de receveur ; le prévôt ; le greffier de la Cour de Justice ; deux notaires ; sans compter le curé de Salm sire Laurent MARTINY, également doyen du concile de Stavelot.
Au reste, l’accroissement notable de la population paroissiale faisait de ce centre religieux un lieu dont la fréquentation devenait occasion de rencontres, d’affaires, et suscitait le groupement des influences régionales mêmes.
Aussi, n’est-il pas étonnant quand viendront les révolutionnaires français, que Vielsalm ait bénéficié de ces influences pour l’établissement des institutions nouvelles.


Ndlr:

1) publié avec les nombreux compléments de G. REMACLE.

2) Annette DEMASY, au cours de ses recherches s'est documentée sur Guillaume de LAMBOY, et m'a fait parvenir les notes suivantes qui complètent et rectifient le texte de G. REMACLE :

Guillaume de LAMBOY est signalé comme combattant avec les Français, alors qu'en réalité il combattait pour les Espagnols et Autrichiens.
Il faut distinguer le père et le fils tous deux prénommés Guillaume. Le père a combattu pour la France , mais le fils deviendra "feldmarschal" des troupes impériales durant la guerre de Trente Ans.

"Jusqu'à sa mort, Guillaume fut un combattant violent et cruel de la contre-réforme avec l'aide des jésuites et des dragons".

A Hanau en Allemagne, on fête encore chaque année la levée du siège de la ville par Guillaume de LAMBOY et cette fête est nommée Lamboyfest.

Les troupes de Guillaume de LAMBOY sont souvent associées aux troupes croates de FORKATZ (qui étaient théoriquement sous ses ordres), mais les Lorrains faisaient aussi partie du camp des Impériaux. c'est peut-être ce dernier fait qui a amené la confusion.

(S. THION, Les armées françaises de la guerre de Trente ans, Auzielle, 2008)

lundi 3 août 2009

Après les invasions.

(mise-à-jour le 22/09/09)

En 406, toute la Gaule du nord et du centre fut envahie par de véritables essaims de peuples : Alamans, Suèves, Hérules, Vandales, Burgondes, Goths. Puis les Huns, en 451. Ce qui restait de la présence romaine après les invasions antérieures, fut ruiné.

Vers 648, à l'arrivée de l'abbé Remacle à Stavelot, le pays n'était plus guère qu'une région boisée et inculte : « in locis vaste solitudinis, in quibus’ caterva bestiarum germinat », stipule le diplôme du roi Sigebert III, bien que cette façon de s'exprimer ne doive pas être prise à la lettre.
En décembre 881, les pirates normands arrivèrent dans la région. Le 6, ils étaient à Stavelot, d'où les moines partis en grande hâte avec les restes de saint Remacle, ne revinrent qu'à Noël 882 ; les barbares y avaient tout détruit. L'année suivante, les pirates revinrent encore. Ces calamités avaient ruiné le pays.

(F. BAIX, Etude sur l'abbaye et principauté de Stavelot-Malmedy, T.I, Ed. La Terre wallonne, 1924, pp. 99 à 103.)

Quelques années plus tard, ce fut le tour des Hongrois, poussant en 954 jusqu'à Stavelot et Malmedy.

(F. BAIX, Etude sur l'abbaye et principauté de Stavelot-Malmedy, T.I, Ed. La Terre wallonne, 1924, pp. 135-136.)

Nous ne savons dans quelle mesure le pays de Salm souffrit de ces calamités. Néanmoins on peut penser que tous ces envahisseurs furent davantage attirés par les monastères de Stavelot et de Malmedy.

La population de notre région était donc, à ce moment, forcément clairsemée.

L'organisation de l'Ardenne mérovingienne présente une répartition de ce territoire en domaines correspondant à peu près à l'une de nos grandes communes actuelles. Ces domaines sont calqués, en général, sur les villas romaines et, pour certains du moins, ils ne sont que la continuation de domaines celtiques. Cette organisation durera, dans l'ensemble, jusqu'à la féodalité.
Tout le territoire de nos environs est constellé de ces domaines : Amblève (Amblava), Thommen (ad Tumbas), Bellain( Belsonacum), Cherain (Charango), Lierneux (Ledernao), Glain (Glaniau villa).
Pour ce qui est de l'étendue allant du ruisseau d'Ennal jusqu'à Cierreux, son histoire à cette époque est assez obscure. Toutefois, elle n'a pu échapper au système d'exploitation du moment. Deux des domaines précités paraissent bien l'avoir constituée, ainsi qu'on en retrouve les traces au comté de Salm encore.

(G. REMACLE, A propos de la Justice au comté de Salm, dans B.I.A.LUX., 1952)

L'un comprenait le territoire de l'actuelle commune de Grand-Halleux, plus Goronne et Rencheux jusqu'au Bonalfa et au Glain. Ce sera, plus tard, ce qui constituera la mairie des Halleux.
L'autre concordait avec les territoires des actuelles communes de Petit-Thier et de Vielsalm, plus Commanster, et Cierreux jusqu'au ruisseau.
Comment s'appelait ce dernier domaine et quel était son centre vital ?
Ce domaine est certainement envisagé dans un document de 915 assignant les limites de la villa de Glain (celle-ci correspondant à peu près à l'actuelle commune de Bovigny), c'est-à- dire la terre d'Erlebold, la terre de Saint-Remacle, la terre d'Everhelm, et la terre de Saint-Aubin.

(J. HALKIN et C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, Comm. Roy. D’hist., Bruxelles, 1909, T. I, pp. 128-129)

Sauf la dernière, identifiée avec Gouvy, laquelle de ces terres comprenait le territoire de l'actuelle commune de Vielsalm ? Le texte du document en question n'a pas permis, jusqu'à présent du moins, de répondre à cette question, et diverses interprétations en ont été données.

( B. WILLEMS, Everhelm und Erlebold die ältesten Herren von Salm und Thommen, dans Folklore Stavelot-Malmedy, t. IX, 1939. — L. et P.F. LOMRY, La toponymie de la commune de Bovigny, dans A.I.A.LUX., 1947, p. 131. — C. GUILLAUME, notes diverses inédites. — J. de WALQUE, Les origines territoriales et la formation du comté de Salm, dans Journal des Ardennes, Trois-Ponts, 1962 et L’Annonce de Vielsalm, Vielsalm, 1965)

La discussion à ce sujet peut paraître assez vaine.

Aucun document connu ne donne, à ce propos, de certitude absolue. Toutefois, nous pensons qu'on peut l'identifier avec une des villas mentionnée à la fin du VIIe siècle et au début du VIlle sous le nom de Silvestrivilla. Voici à quel propos.

Dans un acte à situer entre 687 et 714, est signalée la cession, au moyen d'un contrat de précaire, par l'abbé Papolène de Stavelot à un certain Rotgisus, de villas de l'abbaye de Stavelot, Silvestrivilla. Suivant la nature du contrat, à la mort de Rotgisus l'abbaye devait rentrer en jouissance de ces deux terres et recevoir en outre certains autres biens provenant de Rotgisus. Or, celui-ci étant mort, ses héritiers représentés par Wolfrannus agissant au nom de sa femme Richilde contestèrent les droits de l'abbaye. Pour trancher le différend, les deux parties en cause se rendirent à la villa royale de Glain (entre Beho et Bovigny) où Charles Martel se trouvait en ce moment. La sentence fut promulguée le 6 décembre 720 elle confirmait les droits de Stavelot sur ces terres.

(J. HALKIN et C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, Comm. Roy. D’hist., Bruxelles, 1909, T. I, p. 38. ;
Le précaire est une concession d'usufruit accordée à la suite d'une prière (precaria) ou demande, moyennant renonciation à la nue propriété d'un fonds. Le nouveau propriétaire du fonds laissait donc viagèrement à l'ancien propriétaire l'usufruit du fonds cédé, et il y ajoutait souvent l'usufruit d'un autre bien. Le fonds cédé en précaire par une église était ordinairement situé près de la propriété que lui abandonnait le particulier en continuant à l'exploiter viagèrement (d'après F. BAIX, Etude sur l'abbaye et principauté de Stavelot-Malmedy, T.I, Ed. La Terre wallonne, 1924,, pp. 154 à 156)




Quel est ce domaine ? On a proposé l'identification de Silvestrivilla avec Ville-du-Bois (7).

(J. HALKIN et C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, Comm. Roy. D’hist., Bruxelles, 1909, T. I, indiquent (p. 41, note 1) pour Silvestrivilla et Tofino, constamment cités ensemble dans le document envisagé : « Lieux inconnus ». — F. BAIX, Etude sur l'abbaye et principauté de Stavelot-Malmedy, T.I, Ed. La Terre wallonne, 1924, p. 54, déclare qu'il n'est guère possible d'identifier avec certitude « Silvestrivilla ». — E. TANDEL, Les communes luxembourgeoises, t. IV, p. 639, note « Ville-du-Bois, en 719-720, Sylvestris villa ». — L. THOMASSIN, Mémoire statistique du département de l'Ourte, Liège, 1879, écrit, p. 142 : « Ville du Bois - Silvestris villa. Ce village a été restitué à l'abbaye de Stavelot par une ordonnance de Charles Martel en 719 ». J. YERNAUX, Les premiers siècles de l'abbaye de Stavelot-Malmedy, dans Bull. de la Soc. D’art et d’hist. Du dioc. De Liège, 1910, p. 333, signale l'avis suivant de GRANDGAGNAGE (Mémoire sur les anciens noms de lieux de la Belgique orientale, 1855, p. 20) : « Tofino et Silvestrivilla sont difficiles à identifier d'une manière certaine. Grandgagnage propose, pour la seconde, Ville-du-Bois près de Vielsalm, tout en faisant remarquer que cette traduction d'un nom de lieu latin en roman est chose extrêmement rare. » — A. VINCENT, Les noms de lieux de la Belgique, Bruxelles, 1927, p. 91, s'en référant, lui, à J. HALKIN et C.G. ROLAND, identifie Silvestrivilla avec Fescourt, près Beauraing.)

Remarquons précisément que la proximité de Glain, où est rendue la sentence de 720, par rapport à Ville-du-Bois et à Stavelot, est frappante s'il s'agissait d'un domaine plus éloigné de Stavelot, on comprendrait moins le choix de Glain pour l'événement en question.
Ajoutons que si l'on tient compte de l'ancienneté des diverses localités actuelles ou disparues des environs de Vielsalm, de leur situation et de leur approvisionnement naturel en eau potable, c'est Ville-du-Bois qui paraît bien la mieux placée pour avoir été le centre actif du domaine au nord du ruisseau de Cierreux.
Gaston REMACLE pense que Silvestrivilla ou Tofino est tout simplement Ville-du-Bois.

(Gaston REMACLE estime donc que l'expression « Ville-du-Bois » (vèye do bwès), de langage roman, aura remplacé peu à peu l'appellation plus ancienne . Il ne peut s’ étendre ici sur ce sujet. Quant au second domaine voisin, ne serait-ce pas ce qui sera plus tard dénommé les Halleux ? A remarquer que le territoire de la commune de Grand-Halleux comporte deux endroits, déserts depuis fort longtemps — vu le silence des archives à leur sujet — mais autrefois habités : Rosister et Sâte ; des vestiges importants de constructions y ont été relevés.)

Revenons un peu en arrière, pour relever un fait important par ses conséquences : l'installation des moines à Stavelot.

C'est vers 648 que Sigebert III, fils et successeur du bon roi Dagobert, notifia par diplôme royal la fondation des abbayes de Stavelot et de Malmedy : « Sigebert, roi des Francs..., sous l'impulsion de notre cœur, nous voulons veiller, avec l'aide du Seigneur, aux intérêts des serviteurs de Dieu dans notre forêt d'Ardenne, en des lieux où règne une vaste solitude, où pullulent les bêtes féroces, et afin d'obtenir abondance de récompense éternelle par les mérites de ceux qui, en ces lieux, vont se mettre sous la protection des Saints, nous leur avons accordé d'y fonder les monastères appelés Malmunderio et Stabelaco, où, avec l'aide du Christ, le chef sera le vénérable abbé Remacle... »

Il est difficile d'évaluer la superficie du domaine ainsi cédé à saint Remacle : « Nous avons permis, déclare Sigebert, que, en traçant le cercle sur le territoire des deux monastères, on mesurât vers la droite, dans notre forêt d'Ardenne, des étendues de douze milles. » Texte assez ambigu. Toutefois, on admet généralement que le mille mentionné de la sorte équivaut à 2 km 1/2.

(D'après les évaluations de J. VERNAUX, Les premiers siècles de l'abbaye de Stavelot-Malmedy, dans Bull. de la Soc. D’art et d’hist. Du dioc. De Liège, 1910,)

Ainsi, avec un rayon de 30 km, à partir de Stavelot, le domaine abbatial comprenait tout le territoire de l'actuelle commune de Vielsalm.

Cette appartenance aux possessions monastiques ne dura pas longtemps. Car l'abbé Remacle et ses compagnons demandèrent une délimitation réelle et précise de leurs propriétés. Le roi Childéric II la leur accorda en 670. Par un acte du 6 septembre scellé à Maestricht, cette délimitation est indiquée bien concrètement et aboutit à réduire le domaine, de moitié, du côté des villas royales d'Amblève, Cherain et Lierneux.
La ligne frontière fixée de la sorte comprend notamment le ruisseau d'Ennal jusqu'à son confluent avec le Glain : « De Jocunda Fania... per ipsam alsenam usque ubi in Glanem ingreditur ».

(J. HALKIN et C.G. ROLAND, Recueil des chartes de l’abbaye de Stavelot-Malmedy, Comm. Roy. D’hist., Bruxelles, 1909, T. I, p. 22.)

Le Glain franchi, on se rabattait, par Rochelinval, vers l'Amblève en face de Stoumont.

Le fait que, dans cette réduction du domaine, le ruisseau d'Ennal est retenu comme limite, prouve bien qu'auparavant les possessions abbatiales dépassaient ce ruisseau vers le sud.

Qu'est alors devenu ce territoire au sud d'Ennal ? A-t-il été rattaché à l'une des cours royales de Cherain et de Lierneux ou de Glain ? Ou plutôt a-t-il constitué un territoire de régime propre ? Nous sommes porté à admettre cette dernière hypothèse du fait que, par la suite, aucun indice ne révèle une influence de l'une des trois cours précitées sur notre région. Celle-ci, quand se créera le comté de Salm, ne semble nullement avoir été détachée à ce moment d'un autre territoire.
Cette solution se raccorde aussi à ce qui a été dit plus haut de Silvestrivilla.
D'autre part, si, en 720, Silvestrivilla est devenu dépendant de Stavelot, comment ce retour s'est-il effectué ? On l'ignore. Sans doute sous forme d'un don, selon l'usage du temps, pour s'attirer et mériter des faveurs spirituelles.
Puis comment Stavelot a-t-il de nouveau perdu ses droits sur ce centre du territoire salmien ? On sait, en général, qu'au cours des IXe et Xe siècles notamment, l'abbaye fit d'énormes pertes de propriétés ; au milieu des désordres qui éclatèrent à ce moment, les droits de l'abbaye furent facilement usurpés, et la disparition des archives a supprimé dans son histoire beaucoup de traces de contrats d'échanges, ou de ventes de biens.

(F. BAIX, Etude sur l'abbaye et principauté de Stavelot-Malmedy, T.I, Ed. La Terre wallonne, 1924, pp. 81 et 82.)

Quoi qu'il en soit, c'est un fait que le rayonnement de Stavelot se manifesta rapidement.
Il s'établit de façon particulière par l'évangélisation et la création de paroisses. L'origine de celle de Salm, comme nous le dirons plus loin, lui est due.

Ndlr:
1) Texte revu sur base des corrections apportées par Gaston REMACLE.

2) C. WILLEMS-LAGAMME, Origine de quelques centres religieux de Haute-Ardenne aux VIIe et VIIIe siècle (régions de Lierneux, Malmedy, Stavelot, Vielsalm), dans G.S.H.A. n°13 (1980) pp.19-23.