


J. M. WOUTERS, Livre des placcarts, édits, règlemens, et décrets émanés depuis l’an M.DCLXX (1670), Bruxelles, 1737.

SALM, seigneurie des Pays-Bas, au duché de Luxembourg, sur les frontières de l’évêché de Liège. Henri IV, dernier comte de l’ancienne maison de Salm ; institua pour son héritier Jean, seigneur de Reifferscheidt, son parent, auquel le comté fut adjugé en 1455, contre Engelbrecht de Rougrave qui s’en étoit emparé. C’est de ce Jean que descendent les comtes de Salm-Reifferscheidt.
Le principal produit de ce comté dérive de ses carrières d’ardoises & de pierres à émoudre ou à remouleur.
Le comté de Salm contient une petite ville de ce nom & 40 villages. Quant au château, il est tombé en ruines & abandonné. (R.)
- que les « carrières d’ardoises, pierres à rasoir et autres qui se sont
ouvertes » dans le comté de Salm sont la propriété du Seigneur comte et lui
« appartiennent incommutablement » ;
- que les rentes à payer au
seigneur par ceux qui exploitent les carrières sont « purement personnelles
et ne donnent aucun droit au fond des dites carrières … de manière que les dites
rentes se paient simplement par le profit que chaque ouvrier retire de la
carrière où il travaille il est naturel et de droit que tous ceux qui y sont
emploiés paient autant de rente au Seigneur propriétaire des dites carrières
n’étant pas raisonnable qu’un particulier travaillant sur le fond d’autrui …
puisse en emploier d’autres avec luy et tirer double profit du dit fond ».
L’ordonnance veut remédier au fait que certains sujets, de façon abusive, « s’imaginent » qu’en ne payant qu’une seule rente, ils peuvent « tenir deux carrières ou portions d’icelle », ou y travailler avec
d’autres ouvriers à leur propre profit, leurs enfants ou autres personnes.
L’ordonnance :
- interdit l’ouverture de nouvelles carrières dans
l’étendue du comté, sans la permission spéciale et expresse du seigneur comte ;
- défend « de rentrer dans une carrière abandonnée dont la rente n’a pas été
payée depuis trois ans » sans la permission spéciale du comte.
- Ordonne de
réformer les abus introduits dans les carrières à ce moment.
- 1689, 28 septembre, « a estez accablez dans la fosse d’ardoise Mathieu
Freçon de Rincheux ».
- 1717, « le 17me mars Jean Hubert Pierre de
Beche at eu la teste escrazée travaillant dans la carrière aux ardoises par une
pierre médiocre ».
- 1723, « le 18 octobre est décédé aux carrières
Bartholomé Jean Evrard de la Comté ».
- 1803, 20 mai, est décédé
Jean-Pierre ENGLEBERT de Ville-du-Bois « à 4 h. à la suite de l’éboulement
d’un rocher qui l’a écrasé dans l’ardoisière dite Linard ».
« annotation. Chronographie du Comté de Salm [suite]
D’avantage ce territoir a ce bonheur qu’il produit des pierres de moulin, et a mesme des carrieres à tirer des pierres propres à tout usage de massonerie. On y voire en une montagne pas fort distante du château se voyent plusieurs fosses d’où l’on tire des escailles très propres pour les couvertures des édifices, lesquelles en ce sont admirables, qu’elles se peuvent fendre si menuement et délicatement qu’on les peut quelque peu fleschir avant qu’elles se viennent à rompre estantes aucune d’une couleur perse, d’autres verdes.
L’usage et le soleil les endurcissent tellement que ne cédantes pas au fer, les cloux avec lesquels on les attache se trouvent consommez et mangez par la rouille, icelles demeurant entières ; et voilà pourquoi on en fait grand cas, les menant par navigation jusqu’en Hollande, Zélande, Angleterre et autres provinces, ce qui cause grand profit aux habitateurs de ce lieu.
D’où vient que parfois sont à voir des ouvriers s’employans alentour de cet ouvrage à nombre de septante et davantage lesquels vivent sous des loix et statuts particuliers tels, que si quelque difficulté ou doute entre eux survient, ils ont recours à iceux, ce qui cause qu’ils sont toujours très concordés et unanimes.
Mais à cause que leur vocation est fort pénible et laborieuse, ils se recréent quelquefois par boisson et d’autant qu’en taillant et fendant les roches il peut arriver que quelque lourde pièce de quelque rocher tombant dans les fosses et concavitez, vient à mettre tout en dégast par prevoyance et indices que le naturel des rochers leur a par expérience enseigné ils eschapent facilement semblables périls, de façon qu’iceux bien rarement se trouvent accablez ni endommagez aucunement. De mesmes pierres se font des tablettes très comodes à recevoir la croye, petites et grandes, portatifères autres lesquelles on apporte comunément es régions estrangères.
Outre tout quoi, il se trouve proche des fondations du Chasteau des queües à aiguiser toute sorte de ferremens [coticule], les plus exquises singulières et rares qui se peuvent recouvrer en aucun pays voisin comme attestent ceux qui les ont expérimenté. D’où ils ont prins occasion de les transporter annuellement en grand nombre aux relevées foires de Francfort et de là à Venise et ès autres provinces.
Celles sont d’une couleur jaunastre tirant sur le blanc, mais le moyen avec lequel on les tire est assez dangereux, partant que ceux qui les veulent mettre au jour se trainent par des trous soubterriens de bien longue estendue et fort estroitz, tellment qu’ils sont contraints par nécessité se trainer et grimper avant qu’ils arrivent aux lieux prétendus ; ou estant ils les tranchent du rocher selon les veines trouvées et menées et taschent les ayant préparées (ou le commodité de la place le permet) les jeter en lumière ; duquel œuvre ils sont pour le plus souvent empeschés et retardés au temps d’esté pour la crudité du lieu subterrien, et de sa froidir excessive. De façon que tant plus piquante et aprè est la froidure de l’hiver, tant plus aisément font ils leur besoing.
Cette contrée… elle est arrosée du fleuve nommé Glaine [La Glaine ou le Glain est l’ancien nom de la Salm] produisante de très bons poissons comme truites, barbillons et autres au bord et rivage duquel se voit une fontaine acide ou comme on dit vulgairement pouhon [Près de Grand-Halleux probablement], de mesme naturel que celuy de Spa, on y voire le surpassant en légèreté tesmoin l’expérience, en sorte que d’aucuns personnages d’auctorité l’on à icelle préférée ; ses effects sont de purger l’estomach, donner appétit, deschasser l’hydropisie, refroidir de foye, rompre la gravelle. La preuve de tout quoy est, partant que les paysants de ce lieu qui en boivent ordinairement ne se trouvent jamais atteints de ces infirmités ».